MSF et Srebrenica 1993 - Speaking Out Srebrenica... · Prises de parole publiques ... Bill Clinton,…

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  • MSF et Srebrenica 1993 - 2003

    Prises de Parole Publiques

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    Prises de parole publiques

    Mdecins Sans Frontires. Juin 2015

    Comit ditorial : Laurence Binet, Franoise Bouchet-Saulnier, Marine Buissonnire, Rebecca Golden, Michiel Hofman, Jrome Oberreit, Paul Mac Phun, Darin Portnoy - Directrice dtudes (coordination du projet - recherche et interviews - rdaction - traduction de langlais vers le franais) : Laurence Binet - Traduction de langlais vers le franais : Martin Saulnier - Correction/prparation de copie : Laurence Binet Martin Saulnier - Graphisme et mise en page : tcgraphite - Recherche documentaire audiovisuelle : Martin Saulnier - Montage vidos : Sara Mac Leod - Conception et suivi du site internet : Sean Brokenshire.

    Merci Wouter Kok pour ses recherches et traductions de la presse nerlandaise, Juliette Estival pour une partie de linterview de Franoise Bouchet-SaulnierMerci lquipe de MSF Australie pour son soutien.Projet du Conseil International du mouvement Mdecins Sans Frontires - La mise en uvre, la gestion, et la promotion du site http ://speakingout.msf.org sont dlgues la section australienne de MSF.

    Dans la mme collection, Prises de Parole Publiques de MSF :

    - Camps de rfugis salvadoriens au Honduras 1988Laurence Binet - Mdecins Sans Frontires [octobre 2003 - avril 2004]

    - Gnocide des Rwandais tutsis 1994Laurence Binet - Mdecins Sans Frontires [octobre 2003 - avril 2004]

    - Camps de rfugis rwandais au Zare et en Tanzanie 1994-1995Laurence Binet - Mdecins Sans Frontires [octobre 2003 - avril 2004]

    - Violences du nouveau rgime rwandaisLaurence Binet - Mdecins Sans Frontires [octobre 2003 - avril 2004]

    - Traque et massacres des rfugis rwandais au Zare - Congo 1996-1997Laurence Binet - Mdecins Sans Frontires [aot 2004]

    - Famine et transferts forcs de populations en thiopie 1984-1986Laurence Binet - Mdecins Sans Frontires [janvier 2005]

    - Violence contre les Kosovars albanais, intervention de lOTAN 1998-1999Laurence Binet - Mdecins Sans Frontires [septembre 2006]

    - Crimes de guerre et politiques de terreur en Tchtchnie 1994-2004Laurence Binet - Mdecins Sans Frontires [septembre 2014]

    - Somalie 1991-1993 : guerre civile, alerte la famine et intervention militaro-humanitaire de lOTANLaurence Binet - Mdecins Sans Frontires [octobre 2013]

    - MSF et la Core du Nord 1995-1998Laurence Binet - Mdecins Sans Frontires [novembre 2014]

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    Les Etudes de cas sur les prises de parole publiques de Mdecins Sans Frontires ont pour origine le souhait exprim par le Conseil international du mouvement MSF, la fin des annes 1990, de mettre disposition des volontaires du mouvement, un document sur le tmoignage .

    Le document souhait devait tre simple et accessible tous et servir de rfrence aux volontaires pour comprendre et se rapproprier la culture de prise de parole de lassociation. Il ne devait pas prendre la forme dun manuel idologique ou technique (guide-line) le tmoignage ne se limitant pas lapplication mcanique de prceptes et de procdures, mais impliquant la comprhension des dilemmes inhrents laction humanitaire.

    Le projet a t confi par le Conseil international une directrice dtudes, qui travaille avec un comit ditorial, compos de personnalits de MSF choisies par le Conseil international, pour leur exprience et leur comptence. Les membres de ce comit sigent intuitu personae , indpendamment de leur section dorigine.

    Confront aux difficults de dfinition du terme tmoignage, le comit ditorial a privilgi ltude des prises de paroles publiques de MSF comportant un dilemme, donc une prise de risque. Il a choisi une vingtaine de cas dtude partir des listes proposes par les diffrentes sections oprationnelles de MSF.

    La source principale dinformation de ces tudes rside dans la mmoire crite et orale de MSF. Celle-ci est restitue via la recherche de documents datant de lpoque traite et la conduite dentretiens avec les protagonistes des vnements slectionns.

    Les personnes interviewes sont choisies aprs consultation des sections oprationnelles impliques dans le cas tudi. Ces acteurs prsentent alors la fois leur rcit des vnements et leur apprciation sur la manire dont Mdecins Sans Frontires a ragi. Ils sexpriment dans la langue de leur choix, avec lappui dun traducteur si ncessaire. Les entretiens sont enregistrs puis transcrits.

    Les documents sont recherchs et exhums des archives des diffrentes sections impliques, et dans la mesure du possible, dans celles des mdias.

    Ces travaux de recherche sont soumis des contraintes dordre pratique et financier : localisation et volont des interviews de sexprimer, existence, qualit et quantit de documents darchives.

    Le montage principal qui dcrit les faits sur un mode chronologique, est compos dextraits de documents et dentretiens, relis entre eux par de courts textes. Les extraits de documents ont t privilgis pour tablir les faits. A dfaut, les entretiens sont parfois amens jouer ce rle. Ils apportent galement un clairage humain sur le vcu des vnements et des lments danalyse de la part des protagonistes.

    Ce texte-montage principal est prcd dune ou plusieurs cartes, de la liste des abrviations utilises, de celle des personnes interviewes et des rapports MSF cits, et dune introduction qui prsente le contexte des prises de parole publiques concernes et les principaux dilemmes auxquels elles ont tent de rpondre.

    La mthodologie adopte permet de restituer les dbats et les dilemmes rencontrs sans imposer de conclusion dfinitive sur la qualit des dcisions prises.

    avant-propos

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    Prises de parole publiques

    Il est complt par une chronologie dtaille, qui resitue les actions et prises de paroles de MSF dans lactualit rgio-nale et internationale de lpoque. Destine aider le lecteur se reprer, elle ne prtend pas tre une rfrence universitaire.

    Chaque tude de cas, rdige lorigine en franais et traduite en anglais, est disponible dans les deux langues1.

    Ces tudes de cas, dont la vocation est essentiellement pdagogique ont t longtemps rserves aux seuls membres de lassociation. Dsormais, dans un souci de renforcer cet objectif pdagogique, elles sont mises gracieusement la disposition du public, sur le site internet www.speakingout.msf.org, sur les sites francophones et anglophones des diverses sections de MSF et sur Google book.

    Bonne lecture !

    Le comit ditorial.

    Septembre 2013

    1. Les extraits de documents et dentretiens ont t traduits dans ces deux langues.

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    Liste des personnes interviewes ..........................................................................................................................................6

    Personnalits politiques et militaires en poste au moment des vnements ...............................7

    Abrviations .............................................................................................................................................................................................9

    Carte .............................................................................................................................................................................................................10

    Introduction ..........................................................................................................................................................................................12

    MSF et Srebrenica 1993 - 2003 ....................................................................................................................................15

    Entrer dans lenclave et y ouvrir une mission .................................................................................................................16

    Porter secours dans une prison ciel ouvert ..................................................................................................................29

    Tmoigner pendant la chute de lenclave ..........................................................................................................................48

    Tmoigner de labandon de la zone de scurit .....................................................................................................70

    Pas daccords de paix au dtriment de la justice .........................................................................................................85

    Vers un appel tablir les responsabilits franaises ..............................................................................................94

    Appui critique la mission dinformation du parlement franais ................................................................. 105

    Raction aux rapports sur les responsabilits nerlandaises ............................................................................ 129

    pilogue .................................................................................................................................................................................................. 136

    sommaire

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    Prises de parole publiques

    Liste des personnes interviewes

    Franoise Bouchet-Saulnier, Responsable juridique de MSF

    Dr Jean-Herv Bradol, Prsident de MSF France de 2000 2007

    Dr Rony Brauman, Prsident de MSF France de 1982 1994 puis directeur dtude la Fondation MSF

    Dr George Dallemagne, Directeur des oprations de MSF Belgique

    Dr Graziella Diap, Coordinatrice mdicale de MSF Belgique/France pour lex-Yougoslavie doctobre 1993 avril 1995

    Fabien Dubuet, Adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005

    Dr Marc Gastellu-Etchegorry, Directeur adjoint des oprations de MSF France de 1992 1997,

    Graziella Godain, Coordinatrice de terrain de MSF Belgique/France Srebrenica doctobre 1993 avril 1994

    Dr Eric Goemaere, Directeur gnral de MSF Belgique de 1994 1997

    Wouter Kok, Coordinateur de MSF Hollande en Bosnie en 1992 puis coordinateur de la cellule durgence de MSF Hollande

    Jacques de Milliano, Directeur gnral de MSF Hollande de 1984 1996

    Stephan Oberreit, Coordinateur gnral de MSF Belgique/France en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur de la communication de MSF France de 2000 2006

    Pierre Salignon, Adjoint au responsable de programme de MSF France, en charge des programmes en ex-Yougoslavie de 1992 1996

    Eric Stobbaerts, Coordinateur gnral de MSF Belgique/France en ex-Yougoslavie de dcembre 1993 avril 1995

    Dr Renaud Tockert, Responsable des programmes en ex-Yougoslavie pour MSF Belgique en 1993 et 1995

    Wilna van Aartzen, Coordinatrice de MSF Hollande en ex-Yougoslavie en 1991-1993 puis responsable du desk urgence, puis directrice des Oprations

    Christina Schmitz et Daniel OBrien, les deux volontaires de MSF prsents dans lenclave de Srebrenica pendant sa chute en juillet 1995 nont pas souhait tre interviews.

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    personnaLits poLitiques et miLitaires en poste au moment des vnements

    Madeleine Albright, Ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies de 1993 1997

    Kofi Annan, Secrtaire gnral adjoint des Nations unies en charge des oprations de maintien de la paix partir de mars 1993 puis Secrtaire gnral des Nations unies de janvier 1997 dcembre 2006

    Yasushi Akashi, Reprsentant spcial du Secrtaire gnral des Nations Unis en ex-Yougoslavie

    Boutros Boutros-Ghali, Secrtaire gnral des Nations unies de janvier 1992 dcembre 1996

    Herv de Charrette, Ministre des Affaires trangres franais de mai 1995 juin 1997

    Jacques Chirac, Prsident de la Rpublique franaise de mai 1995 juin 2007

    Warren Christopher, Secrtaire dEtat des Etats-Unis de janvier 1993 janvier 1997

    Bill Clinton, Prsident des Etats-Unis de janvier 1993 janvier 2001

    Gnral Jean Cot, Commandant de la Forpronu de mars 1993 mars 1994 [Franais]

    Major Robert Franken, Commandant en second du bataillon nerlandais des forces de maintien de la paix des Nations unies Srebrenica

    Gnral Jean Heinrich, Directeur du renseignement militaire franais de 1992 1995

    Alija Izetbegovic, Prsident de la Rpublique de Bosnie-Herzgovine doctobre 1990 octobre 1996

    Gnral Bernard Janvier, Commandant de la Forpronu de mars 1995 janvier 1996 [Franais]

    Alain Jupp, Ministre des Affaires trangres franais de mars 1993 mai 1995 puis Premier ministre de mai 1995 juin 1997

    Radovan Karadzic, Prsident de la Rpublique serbe de Bosnie de dcembre 1992 juillet 1996

    Wim Kok, Premier ministre des Pays-Bas daot 1994 juillet 2002

    Nikola Koljevic, Vice-prsident de la Rpublique serbe de Bosnie

    Radislav Krstic, Chef dtat-major de larme de la Rpublique serbe de Bosnie

    Lieutenant-colonel Tom Karremans, Commandant du bataillon nerlandais des forces de maintien de la paix des Nations unies Srebrenica

    Amiral Jacques Lanxade, Chef dtat-major des armes franaises de 1991 1995

    Franois Lotard, Ministre de la Dfense franais de mars 1993 mai 1995

    Jean-Daniel Levitte, Conseiller diplomatique de Jacques Chirac de 1995 2000

    Franois Loncle, Prsident de la mission dinformation parlementaire franaise sur Srebrenica

    John Major, Premier ministre britannique de novembre 1990 mai 1997

    Hans van Mierlo, Ministre des Affaires trangres nerlandais daot 1994 mai 1998

    Slobodan Milosevic, Prsident de la Rpublique de Serbie de 1989 2000

    Franois Mitterrand, Prsident de la Rpublique franaise de mai 1981 mai 1995

    David Owen, Co-prsident de la confrence sur lex-Yougoslavie

    Gnral Ratko Mladic, Commandant en chef de larme de la Rpublique serbe de Bosnie

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    Prises de parole publiques

    Gnral Philippe Morillon, Commandant de la Forpronu en Bosnie-Herzgovine de septembre 1992 juillet 1993 [Franais]

    Naser Oric, Commandant des forces de larme de la Rpublique de Bosnie-Herzgovine dans lenclave de Srebrenica

    Jan Pronk, Ministre de la Coopration pour le dveloppement des Pays-Bas novembre 1989 mai 1998

    Paul Quils, Prsident de la Commission de la Dfense nationale et des forces armes de lAssemble nationale franaise de 1997 2002

    Lieutenant-gnral Rupert Smith Commandant de la Forpronu en Bosnie-Herzgovine de janvier 1995 1996 [Britannique]

    Franjo Tudjman, Prsident de la Rpublique de Croatie de mai 1990 dcembre 1999

    Cyrus Vance, Co-prsident de la confrence sur lex-Yougoslavie

    Joris Voorhoeve, Ministre de la Dfense des Pays-Bas daot 1994 mai 1998

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    abrviations

    Cliquez et retrouvez le document intgral en cliquant sur le numro correspondant dans la liste de rfrence.

    Cliquez et retrouvez la vido en cliquant sur le numro correspondant dans la liste de rfrence.

    Extrait dentretiens mens en 2000 et 2015 avec des acteurs et/ou tmoins des vnements

    AFP Agence France Presse

    AP Associated Press

    BBC British Broadcasting Corporation (chane audiovisuelle britannique)

    DAS Direction des affaires stratgiques du Ministre de la Dfense franais

    DGSE Direction gnrale de la scurit extrieure du Ministre de la Dfense franais

    DPKO [UN] Department of Peacekeeping Operations / Dpartement des oprations de maintien de la paix des Nations unies

    DRM Direction du renseignement militaire du Ministre de la Dfense franais

    Dutchbat Bataillon nerlandais de la Force de protection des Nation unies Srebrenica

    CICR/ICRC Comit international de la Croix-Rouge

    HCR Haut-commissariat des Nations unies aux rfugis

    Forpronu/FPNU Force de protection des Nations unies en ex-Yougoslavie

    IFOR Implementation Force, force de maintien de la paix de lOTAN

    MDM Mdecins du Monde

    MNUEE Mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythre

    MSF B Mdecins Sans Frontires Belgique

    MSF F Mdecins Sans Frontires France

    MSF H Mdecins Sans Frontires Hollande

    NBC National Broadcasting Company Chane de tlvision tasunienne

    NIOD Nederlands instituut voor oorlogsdocumentatie (Institut nerlandais dtudes militaires)

    OMS Organisation mondiale de la sant (Nations unies)

    ONU Organisation des Nations unies

    OTAN Organisation du Trait de lAtlantique nord

    Oxfam Oxford Commitee for Famine Relief (Comit dOxford pour les secours aux affams)

    PSF Pharmaciens Sans Frontires

    SAS Special Air Service, unit des forces spciales britanniques

    Unicef Fonds des Nations unies pour lenfance

    UNMO United Nations Military Observer/Observateur militaire des Nations unies

    Extrait des archives de MSF ou darticles de presse.

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    Prises de parole publiques

    MER ADRIATIQUE

    BUDAPEST

    BUCAREST

    SOFIA

    SKOPJE

    BELGRADE

    SARAJEVO

    ZAGREBLJUBIJANA

    BULGARIE

    MACDOINE

    GRCE

    VOVODINE

    SERBIE

    MONTENEGRO KOSOVO

    HONGRIE

    CROATIE

    ALBANIE

    SLOVENIE

    ITALIE

    TURQUIE

    ROUMANIE

    BOSNIE-HERZGOVINE

    Pristina

    Gasinci

    Banja LukaBihac

    Split

    Dubrovnik

    Mostar

    Tuzla

    Gorazde

    ZenicaSrebrenica

    Zepa

    Prsence de Mdecins Sans Frontires

    Zones de scurit sous protection de lONU

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    BratunacPotocari

    Srebrenica

    Zepa

    DRINA

    DRINA

    YOUGOSLAVIE

    BOSNIE-HERZGOVINE

    Vers Tuzla

    Vers Kladanj

    Base de la Forpronu

    Attaques des forces bosno-serbes

    0 10 km5 km

    SARAJEVO

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    Prises de parole publiques

    En 1992, aprs le dmantlement de lex-Yougoslavie et la prise de contrle de la majeure partie de la Bosnie orientale par les forces serbes de Bosnie, qui sappliquent en faire partir par la force tous les non-Serbes, la ville de Srebrenica devient une enclave assige et surpeuple o se rfugient les Musulmans de la rgion. Son approvisionnement est erratique, soumis au bon-vouloir des assigeants qui la bombar-dent rgulirement.

    En mars 1993, aprs des mois de blocage, le commandant des Forces de paix des Nations unies dployes en Bosnie (Forpronu), le gnral Morillon russit entrer dans lenclave avec un convoi du Haut-Commis-sariat aux rfugis (HCR). Il promet la population quil ne labandonnera pas. Srebrenica, ainsi que Zepa, Sarajevo, Tuzla, Gorazde et Bihac deviennent des zones de scurit dmilitarises places sous la protec-tion de la Forpronu.

    Une quipe de Mdecins Sans Frontires est galement entre Srebrenica dans le sillage du gnral Moril-lon et tmoigne de la situation dans les mdias. Dans les semaines qui suivent, MSF ouvre une mission mdico-sanitaire dans lenclave. Pendant deux ans, ses volontaires travaillent dans ce que daucuns considrent comme une prison ciel ouvert maintenant en vie, grce ses secours, une population asphyxie par le sige. A plusieurs occasions, MSF rapporte aux mdias les difficults quelle rencontre obtenir lautorisation de faire entrer dans lenclave du matriel, des mdicaments et mme des volontaires.

    Le 6 juillet 1995, les forces bosno-serbes attaquent Srebrenica. Dans les jours qui suivent, les deux volo-ntaires de MSF, prsents auprs des blesss, assistent loffensive militaire des forces bosno-serbes, qui prennent le contrle de lenclave, vacuent de force la population et mettent lcart les hommes gs de plus de 16 ans. Srebrenica tombe aux mains des forces bosno-serbes le 11 juillet 1995, sans que les soldats de la Forpronu et de lOTAN sopposent militairement la prise de cette zone de scurit ou garantissent la protection de la population. Le contingent de casques bleus nerlandais de la Forpronu, dont certains membres sont pris en otage, noppose aucune rsistance et les frappes ariennes de lOTAN, insuffisantes et opres trop tard, nont aucun impact sur la situation au sol.

    22 membres du personnel de MSF et employs de lhpital de Srebrenica sont ports disparus.

    Pendant toute cette priode, MSF rapporte en dtail aux mdias tout ce dont son quipe est tmoin dans lenclave et multiplie les appels demandant que la population soit protge.

    Une autre quipe de MSF porte secours aux dizaines de milliers de rfugis de Srebrenica qui sont arrivs Tuzla et recueillent leurs tmoignages.

    Dans les semaines qui suivent la chute de lenclave, on dcouvre que les forces serbes ont massacr plus de 8 000 hommes et adolescents de plus de 16 ans. Des inculpations et des mandats darrts sont lancs contre les responsables bosno-serbes Ratko Mladic et Radovan Karadzic.

    Des enqutes journalistiques rvlent quun accord aurait t pass entre le gnral Janvier, le commandant de la Forpronu et le gnral Mladic, qui liait la libration de casques bleus otages labsence de frappes ariennes.

    MSF rend public le journal de bord de son quipe de Srebrenica et les tmoignages recueillis Tuzla. Lquipe est interroge par les mdias sur ses relations avec les casques bleus nerlandais dont le comportement passif est questionn.

    introduCtion

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    Aprs la signature des accords de paix sur lex-Yougoslavie, dits de Dayton, en dcembre 19951, MSF sinquite publiquement que la volont de paix nentrave la justice et ltablissement des responsabilits dans ce qui sest pass Srebrenica.

    Le 19 novembre 1999, le rapport de lONU sur les vnements de Srebrenica reconnait les erreurs de juge-ment de lorganisation et demande aux Etats membres impliqus de mener une enqute sur leurs propres responsabilits.

    En juillet 2000, sappuyant sur ce rapport, et forte davoir dj obtenu, en 1998, la cration dune mission parlementaire sur le Rwanda, la section franaise de MSF lance un appel la cration dune commission denqute du Parlement franais sur les responsabilits de la France dans les vnements de Srebrenica. Son objectif est de comprendre comment les logiques et dfaillances politiques, militaires et humanitaires ont men labandon et au massacre dune partie de la population dune zone de scurit o celle-ci tait cense tre protge et den tirer les leons. Il sagit de mettre en lumire les forces et les faiblesses des interventions armes interna-tionales censes protger les populations qui se multiplient depuis quelques annes.

    En novembre 2000, une mission dinformation parlementaire est finalement mise en place et MSF lui apporte un soutien critique actif en fournissant aux parlementaires des lments dinformation leur permettant de poser des questions susceptibles damener des rponses clairantes sur les vnements. Tous ces lments, ainsi que des commentaires, sont transmis aux mdias et posts sur un site internet ddi.

    Lors de la publication du rapport de la mission en novembre 2001, MSF souligne publiquement que, sil reconnait les responsabilits militaires, ce document oublie les responsabilits politiques.

    En 2002 et 2003, la section hollandaise de MSF commente publiquement les diffrents rapports raliss la demande des autorits nerlandaises, qui rpartissent les responsabilits de la tragdie de Srebrenica sur lensemble des acteurs de la communaut internationale. Lorganisation insiste sur la ncessit de tirer les leons de la crise de Srebrenica au regard de la protection des civils face aux violences de guerre.

    MSF demande publiquement qu leur tour les Etats-Unis et le Royaume-Uni lancent un processus denqute sur leurs propres responsabilits dans les vnements de Srebrenica.

    Pendant toute cette priode, MSF est confronte de multiples questionnements et dilemmes :

    En acceptant dapporter des secours a minima une population assige, MSF ne contribue-t-elle pas, linstar de mdecins-geliers, la stratgie des assigeants tout en adoucissant leur image ?

    A linverse, demander lvacuation de la population civile qui le souhaite nquivaut-il pas cautionner la politique dpuration ethnique mene par ces assigeants ?

    Ayant fait confiance lengagement de protection de lenclave et de sa population par les Forces des Nations unies, MSF doit-elle assumer une part de culpabilit ou de complicit dans labandon de lenclave par lONU et le massacre de la population qui a suivi ? MSF na-t-elle pas donn la population la fausse impression que rien ne pouvait lui arriver tant que son quipe tait prsente ?

    1. Les accords de Dayton ont donn un cadre gnral la paix en Bosnie-Herzgovine. Ils ont t ngocis sur la base militaire arienne de Wright-Patterson prs de Dayton, dans lEtat dOHIO, aux Etats-Unis, en novembre 1995 et signs Paris, en France le 14 dcembre 1995.

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    Prises de parole publiques

    Est-ce le rle dune organisation mdicale humanitaire de lancer un appel une commission denqute parlementaire puis, celle-ci mise en place, den assurer un suivi actif critique ?

    linverse, MSF peut-elle ne pas chercher comprendre les circonstances et les responsabilits qui au niveau international ont men labandon et au massacre dune population laquelle ses quipes portaient secours ? Peut-elle se contenter de lancer un appel une enqute parlementaire sans sassurer que celle-ci se pose des questions susceptibles dapporter des rponses clairantes sur les vnements ?

    En nexplorant pas aussi les zones dombre des accords passs entre Bosno-Serbes et Bosniaques, MSF ne risque-t- elle pas de se poser en procureur des seules pratiques de lONU et de ses Etats membres ?

    Est-ce que le cas de Srebrenica doit tre conu comme un accident de lhistoire ou comme un modle irrductible de limpossibilit des mandats internationaux de protection des populations dvelopp par lONU ?

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    msF et srebreniCa 1993 - 2003

    Aprs le dmantlement de lex-Yougoslavie en 1991, les forces des Serbes de Bosnie ont pris le contrle de la majeure partie de la Bosnie orientale. Elles y mnent des oprations militaires visant faire partir les Musulmans de Bosnie de la rgion.

    Les villes de Sarajevo, Bihac, Gorazde, Zepa, Tuzla et Srebrenica, majoritairement habites par des Musulmans, se transforment en enclaves, assiges et soumises aux offensives rcurrentes des forces bosno-serbes. Des milliers de Musulmans bosniaques chasss de leurs villages viennent sy rfugier.

    Les effectifs de la population de Srebrenica, sont passs de 8 000 40 000 personnes. Ces personnes vivent dans des conditions dextrme prcarit, tributaires de lappro-visionnement que les assigeants acceptent de laisser entrer. Ainsi un convoi daide internationale, entr le 18 novembre 1992 aprs plusieurs mois de pnurie savrera tre le seul pntrer dans lenclave pendant les quatre mois dhiver.

    Bosnie : Srebrenica ravitaille Le Monde (France) Reuters (Royaume-Uni), 1er dcembre 1992 (en franais) D1

    Extrait : Un convoi daide des Nations unies a russi atteindre, samedi 28 novembre, la ville musulmane assige de Srebrenica (70 000 habitants), en Bosnie, aprs avoir t bloqu pendant trois jours par les Serbes. LONU avait dj tent deux reprises, mais en vain, de ravitailler la ville, coupe du monde depuis le dbut de la guerre civile en avril. Selon des responsables du Haut-Commissariat pour les rfu-gis [HCR], la population tait dans un tat proche de la famine ; les hpitaux doivent soigner les blesss sans mdi-caments ni anesthsie.

    Purification ethnique en Bosnie orientale. Pour les Serbes, les transferts de populations sont inluctables et reprsentent une des contraintes de la guerre Le Monde (France), 7 mars 1993 (en franais) D2

    Extrait : Sur les crtes des montagnes alentour, les forces serbes guettent lune des dernires enclaves musulmanes de la Bosnie orientale : Srebrenica, dont ils ont dcid de semparer pour assurer la continuit de leurs territoires. []Le major Pandurevic dclarait, jeudi, au Monde que politi-ciens et diplomates ne faisaient que prolonger lagonie en discutant dun plan de paix selon lequel ces rgions revien-draient aux Musulmans... Tt ou tard , dit-il, la commu-naut internationale sera contrainte de reconnatre ltat de fait sur le terrain . Pour lui, cela signifie la possession et le contrle de territoires ethniquement homognes. Dans ces conditions, les Musulmans doivent partir et sinstaller dans dautres territoires o ils sont majoritaires. Le transfert de populations est, ses yeux, une des contraintes de la guerre . Nous voulons montrer, soulignait-il, que nous sommes plus humains que les humanitaires en expliquant que lvacuation des civils et des blesss pouvait fort bien se faire sans le HCR, lequel se contenterait descorter les convois.

    Du 18 au 21 fvrier 1993, le Haut-Commissariat aux rfugis (HCR), constatant son impuissance faire passer laide humanitaire en Bosnie suspend toute activit dans cette rgion.

    De son ct, MSF Belgique russit livrer du matriel de premire ncessit aux populations dplaces de Zenica, mais ne parvient pas approvisionner Tuzla et Srebrenica. Elle en informe les mdias.

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    Prises de parole publiques

    La suspension de laide internationale la Bosnie Une dcision prise par le haut-commissaire pour les rfugis Le Monde (France), 19 fvrier 1993 (en franais) D3

    Extrait : Au sige du HCR, on en est venu baisser les bras. Et le Haut-Commissaire, Mme Sadako Ogata, a annonc, mercredi 17 juillet, quelle avait pris, contre-cur, une srie de mesures revenant priver la Bosnie-Herzgovine de lessentiel de laide humanitaire internationale. Ces mesures sont les sui-vantes : rappel leurs bases des convois humanitaires du HCR bloqus dans lest de la Bosnie et suspension immdiate de tous les secours dans les rgions sous contrle serbe ; inter-ruption de toutes les activits du HCR Sarajevo et retrait de la majorit de son personnel, avec maintien dune prsence minimale dans cette ville assige de 380 000 habitants ; interruption des convois humanitaires et du pont arien vers Sarajevo ; maintien un niveau rduit des oprations du HCR dans les rgions de Bosnie o il peut encore oprer. [] Alors que tous nos efforts ont t concentrs pour soulager les victimes, les parties ont confondu aide humanitaire et intrts politiques , a dclar Mme Ogata, ajoutant : Nos efforts humanitaires sont devenus la rise des responsables politiques et je regrette profondment que leur conduite mait force prendre une telle dcision.

    Mdecins Sans Frontires poursuit ses pro-grammes de distribution en Bosnie Communiqu de presse MSF Belgique, 19 fvrier 1993 (en franais) D4

    Mdecins Sans Frontires poursuivra la distribution dune aide durgence en Bosnie depuis ses bases logistiques situes en ex-Yougoslavie. En cela, MSF ne suit pas lappel lanc ce mercredi par le Haut-Commissariat pour les rfugis des Nations unies darrter toute opration humanitaire en Bosnie.Sans pour autant se distancier du bien-fond de cet appel, qui fait rfrence au non-respect total des droits de lhomme par les diffrentes parties en conflit, Mdecins Sans Frontires estime quune aide massive en faveur de la population civile bosniaque savre plus que jamais ncessaire.Ce sont surtout les habitants des villes encercles en Bosnie du nord et en Bosnie centrale qui souffrent du blocus qui leur est impos par les forces serbes, croates et musulmanes. Les villes de Tuzla et Srebrenica notamment, se voient prives dun approvisionnement rgulier en nourriture, mdicaments lmentaires et carburant depuis plusieurs mois dj.Ces deux dernires semaines, la section belge de MSF est par-venue acheminer 400 tonnes de matriel de premire nces-sit (nourriture, couvertures) vers des entrepts de Zenica (Bosnie-centrale). De Zenica, le matriel est distribu auprs des populations rfugies et dplaces bosniaques. Aujourdhui encore un convoi de 80 tonnes daide durgence atteindra la population de Tuzla, ville bosniaque encercle par les Serbes.

    ENTRER DANS LENCLAVE ET Y OUVRIR UNE MISSION

    Fin fvrier 1993, alors que les forces bosno-serbes lancent une nouvelle offensive, une quipe exploratoire de MSF Belgique, tente de nouveau dobtenir des autorits serbes de Bosnie lautorisation de se rendre Srebrenica. A plusieurs reprises, elle est bloque par les forces bosno-serbes qui lui confisquent son matriel mdical. De son ct, le gnral Morillon, commandant de la Force de protection des Nations Unies (Forpronu), charge en particulier de protger les convois daide humanitaire du HCR, se dirige vers cette enclave, la tte dun convoi qui se retrouve lui aussi bloqu plusieurs reprises par les forces bosno-serbes. Aprs une courte visite dans lenclave de Cerska, il affirme navoir vu aucune trace de massacres .

    Alors que le gnral Morillon affirme navoir vu aucune trace de massacres Les organisations humanitaires font tat dune situation dramatique en Bosnie orientale Le Monde (France), 9 mars 1993 (en franais) D5

    Extrait : LONU devait entreprendre, partir du mardi 9 mars, une mis-sion de secours vers lenclave musulmane de Srebrenica, assige par les forces serbes, pour tenter dvacuer des cen-taines de blesss et dy acheminer des vivres. Les dclarations du gnral Philippe Morillon, commandant des troupes de lONU en Bosnie-Herzgovine, qui a affirm, samedi, navoir vu aucune trace de massacres lors de sa courte visite Cerska, vide de ses habitants, sont contredites par des infor-mations du HCR et de radioamateurs qui font tat dune situa-tion dramatique en Bosnie orientale.

    Aprs une dizaine de jours dattente et de ngociations, lquipe de MSF dcide finalement de se joindre au convoi de la Forpronu. Le 11 mars, celui-ci est autoris par les forces bosno-serbes entrer dans Srebrenica. MSF Belgique lannonce dans un communiqu de presse.

    Ex-Yougoslavie - Les convois passent enfin Communiqu de presse MSF Belgique, 11 mars 1993 (en franais) D6

    Selon les dernires informations recueillies sur place, des convois humanitaires du HCR et de la Forpronu, accompagns

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    par des quipes de MSF B, ont finalement obtenu lautorisa-tion de se diriger vers la poche musulmane de Srebrenica et la ville de Konjevic-Polje, situes au nord-est de la Bosnie.Une quipe de MSF se trouve depuis 13h00 UTC Srebrenica pour y administrer les premiers secours aux habitants assigs et la population rfugie dans la ville. Aux postes de contrle serbes, lquipe a nanmoins d laisser une grande partie du matriel mdical et des mdicaments prvus pour cette opration de secours.Ce midi par ailleurs, deux MSF-B ont atteint la ville de Konjevic-Polje o ils essayent leur tour de mettre sur pied une opration de secours.

    On tait en pleine offensive des forces serbes et proserbes dans la rgion. Depuis une dizaine de jours, on essayait

    dentrer dans Srebrenica. On tait bloqus dans une petite ville, de lautre ct des ponts qui donnent sur la Drina. Tous les matins, on essayait daller ngocier avec les Serbes et voir comment on pouvait entrer. Et puis Morillon est arriv, il a dit : bon, moi je rentrerai dans Srebrenica cote que cote . On tait dans un htel dont lambiance tait trs particulire. Le soir y venaient dner les forces de lONU, le HCR, les agences humanitaires mais aussi les milices serbes. Tous ces gens se ctoyaient dans cet htel. Et donc chaque soir on essayait de sympathiser pour ngocier lentre dans Srebrenica le lende-main. Au bout dune dizaine de jours, on est parvenus rentrer, en prenant des risques considrables. En effet, les Serbes nous ont envoys sur des petits chemins de montagne enneigs en prtendant que les ponts de la route normale avaient t mins. On a fini par arriver dans le no mans land entre les forces proserbes et les forces bosniaques, vers 5 heures du soir. Il faisait dj sombre. Dans le convoi il y avait un petit char dans lequel se trouvait Morillon, une voiture MSF, une voiture HCR, une voiture de militaires des Nations unies dans laquelle se trouvaient des Amricains avec du matriel satellite et un camion belge de la Forpronu qui transportait du sucre et des mdicaments. Plusieurs vhicules ont t bloqus par la neige. Jtais pied pour pousser le vhicule MSF et je me suis fait dpasser par le camion belge. Ils avanaient sans sarrter pour ne pas rester bloqus et je devais monter sur leur marchepied. Mais comme jtais trop lourd cause de mon gilet pare-balle, jai laiss passer le camion. 10 mtres plus loin, ce camion a explos sur une mine antichar. Et le marchepied sur lequel je devais me trouver sest totalement volatilis : ctait cette roue-l qui avait roul sur la mine antichar ! Eric Dachy qui tait dans un vhicule qui tait dj pass est arriv avec la valise dur-gence en pensant quil allait me retrouver en morceaux ! Les militaires belges nont pas t touchs parce que ctait les seuls camions de la Forpronu tapisss de feuilles de kevlar. Nous avons continu pied et rejoint le char de Morillon qui lui avait fil tranquillement, sans nous attendre. Ils nous ont embarqus. Puis en pleine nuit, nous avons rencontr des partisans bosniaques Tout ce chemin tait assez impressionnant.

    Dr Georges Dallemagne, directeur des oprations de MSF Belgique (en franais) interview en juillet 2000

    Quand Georges Dallemagne sest joint au convoi avec Morillon, on a tous trouv cela gnial. Puis quand le

    gnral est parti, les MSF sont rests et cela a dbouch sur une mission. Cela na pas seulement t un coup, mais un vrai dmar-rage. Donc on tait fond derrire eux. Dune certaine manire on tait jaloux, car cest quelque chose quon aurait aim faire nous-mme. Ctait bien jou, on tait fier de nos copains belges.

    Dr Rony Brauman, prsident de MSF France de 1982 1994 puis directeur dtudes la Fondation MSF

    (en franais) interview en avril 2015

    En arrivant dans lenclave dans la nuit du 11 au 12 mars, lquipe de MSF dcouvre que des dizaines de ses habitants y meurent chaque jour, faute de nourriture et de soins. Les nombreux blesss causs par les bombardements affluent lhpital.

    Un dbut daide humanitaire pour lenclave de Srebrenica Le Soir (Belgique), 12 mars 1993 (en franais) D7

    Extrait : Une quipe de Mdecins Sans Frontires a pu parvenir, hier, dans lenclave musulmane de Srebrenica mais a d aban-donner la majeure partie des mdicaments et du matriel mdical quelle transportait des postes de contrle serbes, selon un communiqu diffus par lOrganisation Bruxelles.Larrive de lquipe de MSF indique quun convoi de lONU qui se rend dans cette mme enclave pourrait traverser les lignes serbes. Ce serait le premier y parvenir depuis le 10 dcembre, bien que la ville assige ait reu de laide grce aux parachu-tages amricains.Le convoi transportant 80 tonnes daide, parti de Belgrade, a franchi la frontire dans laprs-midi. Cest le gnral Morillon lui-mme, commandant de la Forpronu en Bosnie, qui a obtenu des autorits serbes Zvornik le passage de deux convois lgers, le premier quil dirige lui-mme pour lenclave musulmane de Srebrenica, le second pour vacuer des blesss de lenclave voisine, elle aussi assige, de Konjevic Polje.

    Je garderai toujours un souvenir terrible de cette ville. Il y avait essentiellement des femmes et des enfants qui

    arrivaient dans la nuit, fuyant les bombardements des villages avoisinants. Ils arrivaient en pyjama, en chandail, pieds-nus parfois. Ils avaient eu juste le temps de se sauver de leur maison. On entendait des cris, des pleurs. Des blesss taient amens dans des brouettes. Il faisait un froid pouvantable et pour tout combustible, ils brlaient au coin des rues des boites de Coca. Il y avait des petits feux comme a dans la nuit, et des milliers et des milliers de personnes dans cette ville. On est alls lhpital. La situation y tait compltement dantesque, un cauchemar total avec des gens ensanglants partout.

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    Prises de parole publiques

    Le personnel de lhpital tait dpass par les vnements. Il y avait deux petites filles avec les jambes brises, par terre, geignant, et je suis all chercher Morillon en lui disant : venez voir la guerre . Je me souviendrai toujours que Morillon est arriv jusqu lhpital, il a fait un petit speech et puis il sest tourn. Il a t incapable daller voir ces enfants baignant dans leur sang, finalement incapable de voir la guerre. La plupart de ces gens sont morts parce quil ny avait pas de quoi les soigner. Eric et moi nous sommes mdecins mais pas chirur-giens. On a quand mme essay doprer, de traiter, de faire des transfusions en donnant notre sang etc. On a peut-tre sauv une ou deux personnes. Ctait une mission exploratoire, on ne savait pas quon pourrait passer ni ce quon allait trouver.

    Dr Georges Dallemagne, directeur des oprations de MSF Belgique (en franais) interview en juillet 2000

    Le 12 mars, les habitants de Srebrenica refusent de laisser lquipe de MSF quitter lenclave. Ils peroivent sa prsence comme une garantie potentielle contre une exacerbation de la violence. Avec le mme espoir, ils retiennent galement le gnral Morillon et son quipe. Le 13 mars, du balcon du btiment de la poste, celui-ci sadresse eux : Ne soyez pas inquiets. Je reste avec vous . Il demande la fin de loffensive serbe, lapplication des cessez le feu, ltablissement de corridors humanitaires vers Srebrenica et le dploiement dobservateurs des Nations-Unies. V1

    Un commandant des Nations unies dment avoir t retenu en otage dans une ville bosniaque Reuters (Royaume-Uni), Sarajevo, 13 mars 1993 (en anglais)

    Extrait : Dans un message radio mis depuis Srebrenica, une ville de lest de la Bosnie qui subit un sige des forces bosno-serbes depuis onze mois, le gnral Philippe Morillon a dmenti une dclaration faite plus tt par le porte-parole du Haut-Commissariat pour les rfugis affirmant quil avait t empch de quitter la ville.Le gnral Morillon a demand la fin immdiate de loffensive serbe dans la rgion et louverture de corridors humanitaires pour les enclaves musulmanes.Il sest adress par radio-transmission depuis Srebrenica, o il stait rendu jeudi. Son message a t rcupr par des oprateurs radioamateurs de Sarajevo puis relay par la radio bosniaque. []Le porte-parole du HCR avait dclar plus tt que les forces musulmanes de Srebrenica refusaient de laisser M. Morillon quitter la ville tant quun convoi des Nations unies ntait pas autoris entrer dans lenclave.Le convoi est en ce moment bloqu la frontire serbe par les Serbes de Bosnie qui refusent de lautoriser rentrer en Bosnie.

    Texte dun gnral des Nations unies depuis la ville assige de Srebrenica Reuters (Royaume-Uni) Sarajevo, 13 mars 1993 (en anglais)

    Extrait : Le gnral Morillon sexprime depuis Srebrenica.Quand jai t nomm commandant des forces en Bosnie-Herzgovine, jai dcid de minstaller Sarajevo parce que ctait lendroit o la population tait le plus en danger. Je my suis install pour des raisons symboliques et pour rduire ce danger.La semaine dernire, il est devenu clair que les Serbes de Bosnie narrteraient pas leur offensive en Bosnie orientale, non pas tant quils aient besoin de se saisir de ces territoires mais parce quils avaient t scandaliss par la dcouverte de fosses communes Kamenica.Jai essay de leur faire comprendre que justice serait rendue pour tous les crimes de guerre une fois que les combats auront cess et la paix rtablie. Mais ils nont pas voulu couter et ont dcid de se faire justice eux-mmes.Pleinement conscient quune tragdie allait sabattre sur Srebrenica, je suis dlibrment venu ici, et jai dcid de rester ici, Srebrenica, pour calmer les angoisses de la popu-lation et la sauver, ou essayer de la sauver.Je demande premirement la fin immdiate de loffensive serbe comme elle me lavait t promise Pale.Deuximement, la mise en uvre immdiate et complte de tous les cessez-le-feu qui ont t convenus.Troisimement, le dploiement immdiat et permanent des observateurs militaires ncessaires. Quatrimement, louverture dun corridor terrestre entre Srebrenica, Bratunac, Konjevic Polje et Zvornik. Les ing-nieurs de la Forpronu rpareront le pont entre Srebrenica et Bratunac.Cinquimement, louverture dun corridor arien pour Srebrenica afin dvacuer les centaines de blesss graves.Siximement, la libration des convois pour Srebrenica, qui sont en ce moment bloqus Zvornik.A la population de Srebrenica, je dis : (longue pause puis la mme voix dans un serbo-croate hsitant) nayez pas peur, je resterai avec vous.

    Nous avions dit aux Bosno-Serbes que nous revenions le lendemain. Mais quand, le lendemain, nous avons voulu

    repartir, la population a dit : non, vous restez l. En tant que mdecins, on circulait assez facilement dans cette enclave, on tait bien accueillis. Les gens partageaient avec nous le peu quils avaient encore manger. Les militaires qui nous avaient accompagns restaient entre eux. Ils ont eu trs peur dtre pris en otage. Vers 2 ou 3 heures du matin, Morillon nous a rveills et nous a dit : Je pars. Mon chef de camp va soccuper de la suite des oprations. Il a train toute la nuit dans lenclave et puis videmment il na jamais pu en sortir et il est revenu. Le lendemain en se rveillant vers midi aprs sa petite fugue, il avait chang davis et de stratgie, et il a annonc : Je resterai Srebrenica, je vais en faire mon quartier gnral et je prot-gerai cette enclave. Cest ce moment-l que sest installe cette protection officielle de lONU et donc cette immense

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    responsabilit de la communaut internationale par rapport lavenir, au destin de lenclave. Nous, nous sommes rests encore une journe aider lhpital, puis nous sommes repartis. De toute faon, nous ntions pas les bonnes personnes. Il fallait une quipe chirurgicale, avec des moyens, une grosse quipe MSF pour reprendre en main lhpital.

    Dr Georges Dallemagne, directeur des oprations de MSF Belgique (en franais) interview en juillet 2000

    Lquipe exploratoire de MSF quitte Srebrenica le 14 mars. Ds son retour Bruxelles, elle tmoigne auprs des mdias de la situation dramatique qui rgne dans lenclave et de lenjeu que reprsente la dmarche du gnral Morillon. Le 16 mars, une confrence de presse est organise.

    Morillon joue sa dernire carte pour les enclaves musulmanes Agence France Presse, Banja Koviljaca, 15 mars 1993 (en anglais)

    Extrait : Le drapeau de lONU flotte enfin au-dessus de lenclave musul-mane assige de Srebrenica grce la courageuse posture du commandant des forces de maintien de la paix de lONU en Bosnie-Herzgovine, le gnral Philippe Morillon.Mais beaucoup sur place pensent que le geste de Morillon, en promettant de rester dans la ville pour mettre un terme aux tentatives continues des Bosno-Serbes de sen emparer, ne suffira pas en empcher la chute. Le Gnral Morillon joue une de ses dernires cartes, peut-tre sa plus forte, pour sauver la ville a dclar George Dallemagne, un mdecin de lorganisation Mdecins Sans Frontire qui a quitt Srebrenica dimanche.

    Un tmoignage terrifiant sur le calvaire bos-niaque Edouard Van Velthem Le Soir (Belgique), 16 mars 1993 (en franais) D8

    Extrait : La voix est basse, fatigue. De retour, via Belgrade, dun voyage de quatre jours dans lenclave assige de Srebrenica, lest de la Bosnie-Herzgovine, le Dr Georges Dallemagne, directeur des oprations de Mdecins Sans Frontire - Belgique, demeure sous le choc de la ralit endure. Et son tmoignage est difiant : cest une ville moiti dtruite et dlibrment affame que la dlgation mixte de lONU et de MSF a atteinte ds vendredi dernier. Avec, dans le convoi, en plus du vhicule de lOrganisation, le vhicule du comman-dant de la Forpronu en Bosnie, le gnral Philippe Morillon - toujours sur place -, une voiture du Haut-Commissariat aux rfugis, un camion de matriel mdical et un blind lger.Il y a encore quelque 30 000 personnes sur place, dont la

    moiti de rfugis venus de Konjevic Polje. Beaucoup dentre elles navaient plus mang depuis cinq ou six jours, dautres se nourrissent de baies ou de glands ramasss dans la fort. La plupart nont plus de toit, alors elles restent dehors dans le vent glacial. Des enfants meurent ainsi de froid toutes les nuits. Mais lafflux des errants ne tarit pas pour autant : il en arrive chaque jour, par les montagnes environnantes, aprs sept ou huit heures de marche dans la neige. Ils nont plus que les vtements quils portent comme bagage. Quand ils ne sont pas nu-pieds... []Lhpital ? Avec une capacit maximale de 96 lits, il accueille 150 blesss, dont trois quarts dhommes. Et 80 % des blessures sont le fait des bombardements, des clats dobus notamment. Sans parler des victimes qui sentassent dans les maisons indi-viduelles environnantes. Les cinq mdecins qui travaillent l sont puiss, sans moyens. Les oprations se font la lampe de poche, les strilisations sans lectricit. Les hpitaux que jai visits en Afrique sont souvent en meilleur tat.Dans ce contexte de survie prcaire, les parachutages amri-cains ne sont bien sr quun palliatif insuffisant : Contrairement ce qui a t affirm au dbut, les largages sont dsormais trs prcis. Les colis tombent deux ou trois kilomtres de la ville au maximum. Mais seuls les plus cos-tauds parviennent les rcuprer. [] Il y a des meutes, les gens se battent entre eux pour une ration. []Partie avec toutes les autorisations ncessaires pour forcer les diffrents barrages, lexpdition quaccompagnait le Dr Dallemagne a de surcrot d composer avec les circonstances contraires : les contrles multiples et tatillons des milices serbes, un pont en ruines sur la voie principale, lobligation demprunter des routes de montagne troites et verglaces, laccueil en demi-teinte enfin de la population musulmane. [] Et, au moment du dpart, redoutant dtre extermine ds que nous aurions le dos tourn, elle nous a empchs de partir. Il y a eu un moment de forte tension et, disons le mot, nous tions retenus contre notre gr. Mais le gnral Morillon a invers la tendance : il a fait une dclaration, hiss solen-nellement les couleurs de lONU et promis de rester sur place jusqu ce que tous les blesss, et pas seulement les femmes et les enfants - car les hommes, de 16 60 ans, sont consi-drs comme criminels de guerre potentiels par les Serbes - puissent tre vacus. [] Les gens taient rassurs. Et nous-mmes avons pu repartir sans incident le lendemain. Chapeau au gnral Morillon : il a accompli la seule dmarche humainement possible.Aujourdhui, lurgence, pour les pompiers de MSF, cest de mettre en place, Srebrenica, une quipe chirurgicale avec tout le matriel ncessaire. []Mais les autorisations tardent venir, les promesses sont renies et la situation reste bloque. [] Mme si un fragile espoir est intervenu hier soir en faveur des blesss et des rfugis de Srebrenica : les chefs dtat-major serbe et bos-niaque, le gnral Mladic et le commandant Halilevic, ont cd aux insistances de Philippe Morillon, autorisant, ce mardi, le passage du convoi de secours des Nations unies en sengageant respecter un cessez-le-feu temporaire. [] Ce qui est insupportable, cest que pendant des semaines les chefs militaires locaux nous mnent en bateau. Le feu vert que nous recevons Belgrade passe aussitt au rouge Pale, fief des Serbes de Bosnie.

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    Prises de parole publiques

    A notre retour Bruxelles, nous avons organis une confrence de presse qui a eu un retentissement norme

    parce quy avait trs peu de personnes qui taient revenues de Srebrenica et trs peu qui avaient tmoign. Mon tmoignage tait assez brutal, parce que jai racont tout ce que javais vu. Javais t trs choqu et je pense que mon tmoignage a contribu alerter lopinion sur ce qui se passait dans Srebrenica. Et peut-tre arrter momentanment loffensive qui tait en cours et stabiliser ce moment-l les lignes de front. Jusqu quel point je nen sais rien.

    Dr Georges Dallemagne, directeur des oprations de MSF Belgique (en franais) interview en juillet 2000

    Le 19 mars, le gnral Morillon obtient lautorisation de faire entrer un nouveau convoi dapprovisionnement des Nations unies Srebrenica. Il dclare la chaine de tlvision franaise France 3 quil restera dans lenclave jusqu ce quun nombre suffisant dobservateurs soient dploys. Le lendemain, 100 blesss sont vacus de lenclave par les Nations unies.

    Morillon promet de rester Srebrenica jusqu larrive des observateurs de lONU Agence France Presse, 19 mars 1993 (en anglais)

    Extrait : Je ne partirai pas dici tant quun nombre suffisant dobser-vateurs naura pas t dploy a dclar le gnral Morillon dans une interview par radio avec France 3 tlvision. Lui qui avait russi faire passer le premier convoi daide de lONU pour Srebrenica depuis 3 mois, aprs 9 jours de rsistance de la part des forces bosno-serbes, a dclar que les camions repartiraient dimanche pour vacuer les premiers blesss ainsi que des femmes et des enfants. []

    Nous avons dcharg toute laide humanitaire dans des entrepts et elle a commenc tre distribue a-t-il dit une chaine de tlvision franaise.Il explique tre all Mali Zvornik, o le convoi attendait, vendredi matin pour mettre les camions en route, ajoutant que cest une bonne chose, autrement je ne pense pas que quoi que ce soit se serait pass. Il avait dclar plus tt lAFP, par radio avec Zagreb, quil avait t accueilli avec joie son retour dans lenclave la tte du convoi vendredi aprs-midi. Ils taient terriblement heureux, les gens pleuraient de joie .Les radioamateurs de Sarajevo citent galement le gnral Morillon disant quaprs leur avoir apport lespoir, nous leur avons apport la vie. Ctait mouvant. Pour ceux qui ont assist a, ce sont des scnes inoubliables .Il a annonc quun autre convoi daide arrivera Srebrenica la semaine prochaine et quil espre mettre en place une srie de convois raison dun par semaine.

    La dmarche du gnral Morillon est salue par les mdias et les opinions publiques occidentales. Le prsident de MSF France, Rony Brauman, est un des rares en pointer publiquement les limites et les effets pervers.

    Images dlai Le Monde (France), 19 mars 1993 (en franais) D9

    Extrait : On retrouva le gnral au dbut de La marche du sicle (video). Cavada : Ne quittez pas, gnral, je vous passe Bernard Kouchner1, et aussi M. Mendiluce, envoy spcial dans lex-Yougoslavie du Haut-Commissariat pour les rfu-gis. Nous sommes prts vous rejoindre , lui lana Kouchner, admiratif. En change, le gnral, l-bas, au milieu de la neige, de la boue et de la mort, se fendit de quelques gentillesses destination de Bernard Kouchner.Faut-il regretter que le gnral soit avec nous en duplex quasi permanent, au bout de ce poste de radioamateur qui le relie au monde ? Quil ait ainsi mis le doigt dans la moulinette qui transforme tout, le tragique et le sublime, en vague divertisse-ment indiffrenci ? Ainsi le feuilleton du convoi destination de Srebrenica. Passera, passera pas ? Rponse demain, peut-tre. Prsident de Mdecins sans frontires, Rony Brauman, chez Cavada, manifesta dhonorables rticences face lhuma-nitaire-spectacle. Cest la mort des enfants, qui est ind-cente , lui rpliqua Bernard Kouchner, avec, pour lui, la force brutale de lvidence. Si lon nentendait pas le gnral Morillon chaque soir, ne laurait-on dj oubli ? Naurait-il pas t enseveli sous le flot quotidien, le terrorisme en Algrie, la dernire gaffe de Rocard ? La mre dans la neige, avec son bb, naurait-elle pas t chasse par cette autre mre, femme de marin, dfilant dans les rues dune ville franaise ? Deux jours de suite dattention, cest tant demander !

    Un gnral au balcon Rony Brauman, Le Monde (France), 3 avril 1993 (en franais) D10

    Extrait : Le gnral Morillon, qui commande une force dite de pro-tection , na jamais utilis le moindre dtour pour reprocher leur violence ceux qui se dfendent, tandis quil a toujours fait preuve dune grande comprhension pour les attaquants. Lors dun sjour Sarajevo, je lai entendu reprocher dure-ment larme bosniaque de susciter la colre des Serbes en rpliquant aux tirs dartillerie par dautres tirs. En somme, voil des gens qui ont le culot de prtendre rsister alors que nous veillons tout, puisque nous sommes prts, si leurs ennemis nous y autorisent, leur apporter manger jusquau bord des fosses communes, jusqu lintrieur des camps de dtention. Quant au Docteur Karadzic , lun des criminels de guerre les plus en vue de cette rgion, le voil crdit, la

    1. Bernard Kouchner, co-fondateur de Mdecins Sans Frontires a quitt lassociation en 1979. En 1993, il tait ministre de la Sant et de lAction humanitaire du gouvernement franais.

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    seule condition de laisser passer un convoi humanitaire, dune volont de paix reconnue par tous et dune reprsenta-tivit porte de main. Si les mots avaient un sens, la Force de protection des Nations unies devrait tre rebaptise Force dobservation de la purification ethnique .Daladier ne cachait pas sa honte de Munich, ni Blum sa rage de ne pouvoir intervenir en Espagne. Nous, nous exhibons le courage physique, indniable, dun militaire dont cest tout de mme le mtier, pour recouvrir dun manteau de vertu notre constante impuissance et la lchet de notre compor-tement. Un seul geste de bravoure, pourvu quil passe lcran, et tous nos pitoyables renoncements sont effacs.Mes rticences face lhumanitaire-spectacle viennent de l, et de ma conviction que lindcence de la mort dun enfant ne justifie aucune autre indcence. Quand va-t-on saperce-voir quune fois de plus lessentiel du carnage tait pass lorsque les troupes allies ont dbarqu de la faon que lon sait Mogadiscio ? Quand va-t-on se rappeler que, mme lorsquils meurent de faim, les Somaliens ne sont pas des animaux qui lon peut jeter, sans tats dme, une pitance salvatrice sous les feux des sunlights ?Ce que je redoute profondment devant le dveloppement de lhumanitaire-spectacle en Bosnie et en Somalie, cest que lhumanitaire mcanis, mdiatis, aseptis nous rende insi-dieusement inhumains.

    Ctait une rponse Daniel Schneidermann, qui dans sa rubrique mdias du Monde stait lanc dans un

    dithyrambe sur Morillon. Moi, je trouvais que Morillon tait un faiseur et que lenthousiasme de Schneidermann son gard tait compltement dplac. Donc je lui ai crit cette lettre quil a publie, de faon assez lgante. Je ne voulais pas le faire sur le mode je proteste et jai un droit de rponse parce que je navais aucun titre le faire. Mais MSF tait sur place, quand mme bien plac pour en parler... Et puis le cot gnral hroque ... Dallemagne et les autres taient dix fois plus gonfls que lui, qui ne risquait rien, car les Bosno-Serbes nal-laient pas descendre un gnral franais. Nos collgues belges et hollandais, a les a fait plutt rire que je tape sur Morillon. Il ntait pas tenu en grande estime. Jtais le seul le dire mais il ny a pas eu de ractions.

    Dr Rony Brauman, prsident de MSF France de 1982 1994 (en franais) interview en 2015

    Le 20 mars, un chirurgien de MSF Belgique est entr Srebrenica. Une semaine plus tard, il est rejoint par un anesthsiste, un mdecin et un sanitarien. Ils se mettent au travail auprs dune population terrorise et dans un tat de dnuement total, malgr larrive de deux convois dapprovisionnement les 28 et 30 mars, qui ont ensuite vacu plus de 5 000 femmes et enfants.

    Le chirurgien de MSF, qui est rest dix jours dans lenclave bombarde, tmoigne dans le quotidien franais Le Monde.

    Srebrenica, le point au 21 avril 1993 Mmo MSF Belgique (en franais) D11

    Extrait : Un premier chirurgien, Thierry Pontus, est parti et a su rentrer le 21 mars dans la ville en compagnie du General Morillon (qui tait, lui aussi, ressorti entre temps), aprs avoir t en standby durant plusieurs jours. Il y a effectu les premires interventions chirurgicales dans lhpital totalement dmuni des moyens de base (coupures de courant, deau, matriel dtruit ou en mauvaise condition). Les mdicaments apports par un convoi prcdent se sont avrs indispensables.Pendant quelques jours, il y a travaill et log dans ces condi-tions prcaires et sans contact direct avec lextrieur. Son dpart prvu a d tre remis plusieurs fois, faute de moyens pour quitter Srebrenica : dun ct, les Serbes empchaient les convois de lUNHCR avec laide de passer, dun autre ct, les Muslims de Srebrenica ne voulaient pas que lUNPROFOR [Forpronu], lUNHCR et notre reprsentant MSF partent de peur que les Serbes ne passent lattaque massive de la ville. Pendant tout ce temps, les tirs sur la ville ne staient pas arrts.Thierry Pontus a su sortir de Srebrenica le 29 mars et son tmoignage ne laissait pas de doutes : les besoins dassis-tance aux habitants de cette ville restaient normes.Une nouvelle quipe, compose de Martin De Smet (md.gn.), Norbert Scholtzen (anesth.), Piet Willems (chir.) et Hans Ullens (log-sanit.), fut installe Srebrenica en dbut du mois davril.Le cessez-le-feu tait ce moment plus ou moins respect.Pendant les trois semaines, un travail dquipe a permis de remettre lhpital dans un tat plus ou moins oprationnel, lapprovisionnement en eau fut rtabli, les 5 mdecins locaux motivs continuer le travail. Les conditions de scurit ont press lquipe de quitter la ville la premire semaine davril avec ce qui parut alors lun des derniers convois encore rentrer dans Srebrenica.Hans Ullens a dcid de rester pour assister aux vacuations des blesss par hlicoptre vers Tuzla et pour continuer son travail de sanitation. []En ce moment, une quipe compose de Johannes Van Der Bijl (chir.), Eric Kamp (md.gn.), et Jos Vrancken (log.) est en standby Belgrade pour se rendre Srebrenica avec le premier convoi.Les besoins restent, malgr les vacuations, normes. MSF a, en plus, assum le rle de reprsentant symbolique auprs dune population dmunie de tout espoir sur une amliora-tion de sa condition prsente et continuera tre prsent pour aussi longtemps que possible.

    Bosnie-Herzgovine : le tmoignage dun membre de Mdecins Sans Frontires, le calvaire des habi-tants de Srebrenica Le Monde (France), 1er avril 1993 (en franais) D12

    Extrait : Thierry Pontus est sous le choc. Il cherche ses mots ; il a du mal exprimer ce quil vient de vivre. Membre de Mdecins

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    Prises de parole publiques

    Sans Frontires (MSF), ce chirurgien belge qui a ralli, mardi 30 mars, Belgrade est le premier mdecin tranger avoir pass dix jours dans lenclave musulmane de Srebrenica. Dix jours pendant lesquels il a tent de porter secours aux habi-tants de cette ville de Bosnie orientale coupe du monde depuis 11 mois de guerre.Entr Srebrenica dans la Jeep du gnral Philippe Morillon, alors que ses deux assistants - un anesthsiste et une infirmire - se voyaient refuser le passage par les assigeants serbes, Thierry Pontus a d affronter, tout seul, un vritable drame humanitaire. A lhpital de Srebrenica, o il a pass la plus grande partie de son sjour, cinq mdecins gnralistes, sans exprience chirurgicale, luttent jour et nuit depuis des mois pour sauver les blesss et les malades quils oprent la lampe de poche dans une salle dopration qui nen est pas une .Si le docteur Pontus sest employ, au dbut, leur apprendre les rudiments de la chirurgie, mme pour les amputations, alors quils en ont dj effectu prs de 400 , il explique que le plus grave problme est celui des infections dues lab-sence de moyens de strilisation et limpossibilit de se laver, puisque leau de Srebrenica est sale. La ville, qui comp-tait 9 000 habitants avant la guerre, a vu arriver des dizaines de milliers de rfugis des poches musulmanes voisines tom-bes aux mains des Serbes. Dans lcole de Srebrenica, grande comme un lyce de chez nous , les rfugis sen-tassent 80 ou 100 par classe, dans des conditions sanitaires catastrophiques.Lune des images les plus tragiques que le mdecin garde en mmoire est celle dun bb au ventre dchiquet par un obus et qui est mort dans les bras de lun des deux casques bleus canadiens, blesss au moment o, mercredi 24 mars, ils assu-raient lvacuation hliporte dhabitants, une opration qui a d tre annule, les Serbes ayant pris laire datterrissage pour cible. Autre image : celle de personnes dsespres pre-nant dassaut un convoi dvacuation.MSF, qui envoie ces jours-ci un nouveau chirurgien, un anes-thsiste et un logisticien, entend poursuivre son action Srebrenica, mme si les responsables de lorganisation ne se font gure dillusions. Les observateurs de lONU installs dans lenclave ont en effet reconnu devant le docteur Pontus quavec le soutien des units de larme rgulire [yougos-lave] dployes du ct bosniaque, les Serbes peuvent faire sauter le verrou quand ils veulent . Si la situation venait se dgrader, il est craindre que MSF et la Forpronu soient gards comme garantie par les Musulmans , souligne le mdecin. Pour conclure que, dans tous les cas, les humani-taires sont trs mal laise, car si les femmes et les enfants sont vacus, il ne restera plus que des hommes, et, ce moment-l, on ne pourra plus rien faire pour sauver la ville .

    Le 28 mars, un nouveau cessez-le-feu est sign. Un convoi humanitaire entre Srebrenica et vacue 2 400 personnes vers Tuzla. Des observateurs militaires de lONU sont dploys dans lenclave. Le gnral Morillon assure que Srebrenica est sauv, tandis que des responsables militaires bosno-serbes laccusent de stre rendu Srebrenica pour armer et nourrir les Musulmans.

    Malgr la trve en Bosnie, le pari du gnral Morillon nest pas encore gagn Le Monde (France), 31 mars 1993 (en franais) D13

    Extrait : Le convoi arriv dimanche soir dans la ville assige est reparti lundi vers Tuzla, en zone musulmane, en vacuant prs de 2 400 personnes, dont plusieurs centaines ont besoin de soins mdicaux. Ce convoi, qui devait lorigine vacuer 900 habitants de Srebrenica, a t littralement pris dassaut au moment de son dpart par des femmes et des enfants dsesprs.[] Si les Serbes bosniaques semblent finalement honorer leurs promesses au moment o, comme lavait constat ven-dredi le gnral Mladic, les mdias ont fait de Srebrenica le centre du monde , lopration humanitaire en faveur de lenclave musulmane semble toutefois profondment agacer les Serbes. Tout comme lattitude du gnral Morillon, com-mandant de la Forpronu en Bosnie-Herzgovine, qui leur a quelque peu forc la main. Aprs les assurances arraches lors de ngociations ardues, le gnral Morillon avait dclar ce week-end : Srebrenica est sauve, cest irrversible. Son pari semble cependant encore loin dtre gagn.[] Si le gnral franais a pu installer dans la ville une vingtaine dobservateurs militaires de lONU (en loccurrence des Canadiens), les forces serbes sopposent rigoureusement au dploiement dans la poche musulmane de nouveaux obser-vateurs et dune compagnie dinfanterie de la Forpronu. Le chef du gouvernement indpendantiste serbe de Bosnie-Herzgovine, M. Vladimir Lukic, que le gnral Morillon avait rencontr dimanche soir Pale, a fait savoir quil navait nul-lement donn son accord, en promettant toutefois une rponse dans les trois jours . Cette question, qui sinscrit dans un plan global de dploiement dobservateurs dans len-semble des territoires de la Bosnie-Herzgovine, est reste ouverte , a-t-il prcis. M. Lukic a dautre part insist sur le fait que les convois humanitaires ne devront tre accompa-gns que par une escorte arme minimale . Quant la dmi-litarisation de lenclave, annonce comme prochaine par le gnral Morillon, dimanche, M. Lukic a dmenti quelle ait fait lobjet dun accord.Les obstacles au droulement des oprations humanitaires Srebrenica et en dautres points sensibles de la Bosnie-Herzgovine ne sont manifestement pas tous carts.[] Dans un article publi ce week-end par la revue officielle de larme yougoslave, Vojska, les Serbes de Bosnie sen prennent laction du gnral Morillon en faveur de Srebrenica pour alimenter la thse selon laquelle la Forpronu est partiale dans la crise bosniaque. Selon eux, lofficier franais a non seulement abus de son mandat, mais aussi tromp le peuple serbe et larme serbe bosniaque. Ils affirment que le gnral Morillon sest rendu Srebrenica pour nourrir et armer les Musulmans afin de les aider reprendre linitiative sur le terrain et peut-tre mme gagner la guerre en Bosnie orientale.

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    Le 31 mars, le Conseil de scurit des Nations unies prolonge le mandat de la Forpronu jusquau 30 juin. Le 6 avril, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les rfugis (HCR) annonce vouloir vacuer de 10 15 000 civils de Srebrenica. Cette initiative est perue par nombre dobservateurs comme risquant dencourager le nettoyage ethnique pratiqu par les forces serbes de Bosnie.

    Les Etats-Unis brandissent la menace de la leve de lembargo sur la livraison darmes aux Bosniaques musulmans.

    Le HCR veut tenter une grosse opration Srebrenica Bosnie : vacuer des milliers de ci-vils ? Agns Gorissen Agence France Presse, Le Soir (Belgique), 6 avril 1993 (en franais)

    Extrait : Cela reprsente prs dun tiers de la population actuelle de Srebrenica. lorigine, la localit ne comptait que 6 500 per-sonnes auxquelles sont venus sajouter 20 000 30 000 rfu-gis, venant principalement de Kamenica, Cerska et Konjevic Polje, des poches tombes aux mains des Serbes, la premire en fvrier, les autres en mars. Ce seraient ces rfugis quva-cuerait en priorit le HCR. noter que 5 500 personnes ont dj quitt lenclave grce au HCR. Significatif : le premier convoi de 18 camions bloqu ce mardi midi par les Serbes Zvornik, a finalement pu repartir. []En outre, a tenu prciser le Haut-Commissaire, Mme Sadako Ogata, une autre option est toujours ltude : faire de cette enclave une zone sous protection de lONU afin dy acheminer une aide accrue. La Forpronu ngocie depuis deux semaines avec les Serbes pour pouvoir envoyer 150 soldats et des observateurs militaires Srebrenica. []Comme pour faire pression sur les Serbes, le Secrtaire dtat amricain, Warren Christopher, a une nouvelle fois voqu hier une possible leve de lembargo sur les armes au bnfice des Bosniaques si les Serbes ne respectent pas le plan de paix de lONU. LUnion de lEurope occidentale (UEO), a elle aussi fait un geste en dcidant de renforcer, sur le Danube, les contrles de lembargo lencontre de la Serbie. []

    Assige par les Serbes en Bosnie orientale, lenclave musulmane de Srebrenica va tre par-tiellement vacue. Sauvetage ou puration ? Le Monde (France), 7 avril 1993 (en franais) D14

    Extrait : Certes, un reprsentant du HCR Sarajevo, John Mc Millan, a fermement ni que cette organisation spcialise de lONU participe au nettoyage ethnique . Certes, chaque dpart de camions blancs de Srebrenica a donn lieu de sanglantes bousculades ayant fait plusieurs morts et donnant une ide de la terreur dans laquelle vivent ces gens promis un sort pouvantable sils restent exposs un assaut serbe.

    Certes, le prsident bosniaque, Alija Izetbegovic, a fini par donner son feu vert cette vacuation massive. Reste lopposition de nombreux Musulmans une pratique qui, au nom de lhumanisme le plus lmentaire, risque doffrir, sur un plateau dargent, une victoire de plus aux forces serbes et de vider une nouvelle rgion de sa population originelle.Car ce nest certainement pas un hasard si les Serbes sop-posent, jusqu prsent, lenvoi de casques bleus suppl-mentaires Srebrenica ; cest, en fait, un signe de plus que Belgrade et ses allis locaux ont toujours la ferme intention de rduire cette enclave qui reprsente un lment de rup-ture, une sorte danomalie , dans les territoires quils ont conquis.Or, une fois vacues les personnes clairement identifies comme ntant pas des combattants - blesss, malades, femmes, enfants et vieillards - il ne restera plus, sur place, que des hommes valides, en ge de porter les armes, qui seront donc vite assimils des combattants. Et la guerre, laquelle la communaut internationale ne veut pas se mler, pourra reprendre ses droits. Etant donn le dsquilibre des forces, on peut aisment prvoir le sort de Srebrenica.Et mme si John Mc Millan avait raison, si lONU ne se prtait pas des pratiques condamnables, cette vacuation est un nouveau constat dchec mettre au dbit des Nations unies. LOrganisation agit, en loccurrence, comme si elle avait renonc dfendre Srebrenica, comme si elle avait dfiniti-vement dcid de ne pas entraver lavance des Serbes. Dans ce cas, elle avait effectivement le devoir de sauver le plus de vies humaines possible.

    Le 7 avril, MSF demande publiquement un renforcement des quipes de secours internationales dans Srebrenica assige, pour rpondre aux besoins de la population, mais aussi pour viter des exactions de grande ampleur en cas de prise de la ville.

    Mdecins Sans Frontires demande un renforce-ment de la prsence internationale dans Srebrenica assige Communiqu de presse MSF, 7 avril 1993 (en franais) D15

    Mdecins Sans Frontires lance un appel pour un renforce-ment de la prsence internationale afin de venir en aide la population de Srebrenica. Le personnel des organisations internationales est aujourdhui en nombre insuffisant et ne dispose pas des moyens ncessaires pour rpondre aux besoins de la population.Seuls un reprsentant du Haut-Commissariat aux rfugis, cinq observateurs des Nations unies, sept membres de la Forpronu ainsi que deux Mdecins Sans Frontires sont pr-sents dans lenclave assige sur le point de tomber.Une action vritablement efficace nest possible quavec un renforcement des quipes de secours. Cette prsence accrue pourrait avoir un effet dissuasif et viter des exactions de grande ampleur si la ville tombait. Mme si les projets

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    Prises de parole publiques

    dvacuations aboutissent, 30 000 civils sans dfense reste-ront la merci des agresseurs.Le droit humanitaire international, tel quil est dfini par les Conventions de Genve, prvoit la protection des civils dans les zones de guerre, mais engage galement les Etats signa-taires en respecter et en faire respecter lapplication quelles que soient les circonstances.Mdecins Sans Frontires constitue des quipes mdicales supplmentaires pour toute nouvelle intervention durgence Srebrenica.

    Le 12 avril, les bombardements sur Srebrenica sintensifient. Une centaine de blesss graves arrive lhpital. Ils sont pris en charge par le personnel local soutenu par lquipe de MSF. Le 15 avril, en raison de la violence des bombardements, une partie de cette dernire quitte lenclave avec un convoi du HCR qui repart vide. Les autorits bosniaques ont refus tout dpart de rfugis tant que leurs combattants gravement blesss, dans les combats qui les opposent aux forces bosno-serbes ne seraient pas vacus. Les volontaires de MSF tmoignent dans les mdias de la situation dsespre de la population de lenclave.

    Le tmoignage de Mdecins Sans Frontires dans la ville assige - Les rfugis de Srebrenica sont terroriss Agence France Presse, Le Soir (Bel-gique), 16 avril 1993 (en franais)

    Extrait : Les rfugis de Srebrenica sont terroriss, explique sobre-ment Hans Ullens, responsable dans cette ville de lquipe de lorganisation humanitaire Mdecins Sans Frontires - Hollande. Contact jeudi soir par radio de Tuzla, sa voix gr-sille dans le haut-parleur du radioamateur, qui sefforce damliorer la qualit du son de cette liaison avec lenclave musulmane de Bosnie orientale assige depuis des semaines par les forces serbes bosniaques.M. Ullens a fait partir jeudi ses trois collgues mdecins, deux chirurgiens et un anesthsiste. Pour le moment, la situation est difficile. Cest trop dangereux, prcise-t-il en franais. Lui, spcialiste du traitement de leau potable, a dcid de rester sur place.Ses collgues ont profit du convoi du Haut-Commissariat des Nations unies pour les rfugis (HCR), dont les forces serbes bosniaques ont autoris cinq camions passer. Ce convoi est reparti vide, les autorits locales ayant refus tout dpart de rfugis tant que 500 grands blesss nauront pas t va-cus par hlicoptre. Cinq vieilles personnes seulement ont pu monter dans un camion avec les trois mdecins. Elles sont arrives dans la soire de jeudi Tuzla, do les mdecins de MSF ont gagn Belgrade.Depuis les bombardements de lundi, explique Hans Ullens, nous sommes la plupart du temps dans notre btiment. Nous ne pouvons pas sortir, sauf en voiture blinde et pour une

    courte priode. Avant ces bombardements, qui selon lONU ont fait 57 morts et une centaine de blesss, tous les rfugis dormaient dans les rues. Depuis, tous essaient de sabriter comme ils le peuvent, le plus souvent dans les sous-sols des maisons. La population est terrorise, souligne-t-il. []Les bombardements sont moins intenses que lundi dernier mais se poursuivent toujours. Les forces serbes bosniaques sont deux kilomtres environ de la ville et rien a priori ne peut les empcher de la prendre, reprend le responsable MSF Hans Ullens, dont parfois la voix sestompe la radio.Arriv depuis trois semaines Srebrenica, il a constat la dgradation de la situation des rfugis. Si la nourriture fournie par le HCR est peu prs suffisante, quoique peu varie, les stocks diminuent. Avant les bombardements de lundi, il y avait assez de mdicaments, au point que lquipe avait demand vendredi que lon cesse den envoyer. Depuis les stocks ont t largement entams.

    Le 16 avril 1993, la rsolution 819 de lONU D16 exige que Srebrenica soit traite comme une zone de scurit et demande laccroissement immdiat de la prsence de la Forpronu dans lenclave. Un accord de cessez-le-feu et de dmilitarisation de Srebrenica est sign qui prvoit que toutes les units militaires, lexception de la Forpronu quittent la ville la fin de cette opration. Pour de nombreux analystes cela revient de facto une reddition organise des forces musulmanes. Le 17 avril, la rsolution 820 renforce lembargo contre la Serbie. V2

    Les casques bleus arrivent trop tard ? Le calvaire de Srebrenica met lONU au pied du mur, qui isole un peu plus Belgrade Edouard Van Velthem, Agence France Presse (France), Belga, Le Soir (Belgique), 19 avril 1993 (en franais)

    Extrait : Une course contre la montre. Alors que lessentiel est dj acquis par les armes. Hier, Srebrenica, la communaut inter-nationale a commenc de mettre en place une aide humani-taire durgence avec la bndiction des miliciens serbes repus : vacuation par hlicoptres des premiers grands blesss vers Tuzla, convoi alimentaire dune vingtaine de camions du Haut-Commissariat aux rfugis dont larrive dans lenclave est prvue pour aujourdhui, et dploiement de 150 casques bleus canadiens pour obtenir, dans les trois jours, la dmilitarisation de la ville et sa mise sous la protec-tion de lONU.[]Tout peut encore se produire dans une situation aussi confuse o des chefs de guerre souvent incontrls ncoutent que dune oreille distraite les ordres de leurs suprieurs. Ensuite, et surtout, parce que les Serbes, mme sans entrer effective-ment dans le centre de la cit, ont dj atteint lessentiel de leurs objectifs : largir leur couloir de scurit et para-chever la purification ethnique.

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    Radovan Karadzic lui-mme nappelait-il pas de ses voeux linterposition de la Forpronu sur toutes les lignes de front ? A Srebrenica, cest chose faite. Et le chef militaire des Serbes de Bosnie, le gnral Mladic, a tout lieu aussi dtre satisfait : en vertu du cessez-le-feu conclu sous lgide du gnral Morillon, les casques bleus doivent rcuprer toutes les armes des combattants musulmans, vaincus par la puissance de feu adverse. [] Une chose, en tout cas, est sre : le calvaire de Srebrenica marque un tournant dans la guerre de Bosnie-Herzgovine. Pour les belligrants, comme pour la commu-naut internationale. La runion durgence du Conseil de scurit, ce week-end, ladoption dune rsolution sur le ren-forcement de lembargo contre Belgrade, qui conduit un isolement de la Serbie plus important encore que celui dcrt contre lIrak, ne doit pas faire illusion. Il faudra bien plus pour prtendre influer sur le conflit.

    Le 25 avril, profitant de la mdiatisation de la visite clair dune dlgation des Nations-unies dans lenclave, MSF rappelle la presse que Srebrenica est en train de devenir une bombe sanitaire .

    Une dlgation de lONU se rend Srebrenica, 161 blesss sont vacus Agence France Presse, 25 avril 1993 (en anglais)

    Extrait : La mission de lONU a pass la journe du dimanche ins-pecter et parler aux habitants de Srebrenica, une ville majorit musulmane qui accueille 30 000 rfugis suppl-mentaires depuis loffensive lance par les combattants bosno-serbes lan dernier.Mais un an de combats et la surpopulation ont leur cot : des mdecins trangers rapportent que la sant de la population se dtriore rapidement.Leau est sale, rare et peine potable. Chaque personne est rationne trois litres deau par jour au lieu des 20 litres requis quotidiennement pour viter une pidmie selon ces mdecins. Le docteur Jacques de Miliano de la branche ner-landaise de Mdecins sans Frontires a dclar que Srebrenica est devenue une bombe sanitaire .Il a ajout que le manque deau est un facteur expliquant la propagation des diarrhes, spcialement chez les enfants et que la maladie peut devenir fatale en 48 heures si elle nest pas prise en charge. Cependant, sa connaissance, personne nen est encore mort, pour le moment.

    Le 5 mai, malgr les menaces dintervention militaire internationale, les membres du Parlement des Serbes de Bosnie rejettent le plan de paix Vance-Owen, pourtant sign par leur leader, Radovan Karadzic trois jours plus tt.

    Aprs le nouveau rejet du plan de paix et lannonce dun rfrendum Washington prconise des actions plus dures contre les Serbes de Bosnie Le Monde (France), 7 mai 1993 (en franais) D17

    Extrait : Aprs dix-sept heures de ngociations dramatiques, le Parlement des Serbes de Bosnie, runi mercredi 5 mai Pale, a refus de ratifier le plan de paix pour la Bosnie-Herzgovine. [] M. Karadzic a justifi la dcision de son Parlement en accusant la communaut internationale davoir plac les Serbes de Bosnie dans une situation dsespre laquelle ils ne peuvent rpondre que par des dcisions dsespres . Il a mis en garde contre les risques dun chaos gnral en cas dintervention militaire trangre. [] Expliquant son tour que les Serbes ne pouvaient pas entrer en guerre contre la communaut internationale, le prsident yougoslave, Dobrica Cosic, a dclar que les conditions offertes ne sont pas idales, elles sont mme douloureuses, mais elles permettent dobtenir en temps de paix ce qui na pas t obtenu dans les tranches . Il a demand aux Serbes de Bosnie de ne pas continuer une guerre tout prix, jusquau suicide .

    Le 6 mai, la Yougoslavie (Serbie et Montngro) dcrte un embargo conomique contre les Serbes de Bosnie afin de les obliger accepter le plan de paix. Le mme jour la rsolution 824 du Conseil de scurit des Nations unies D18 ajoute les enclaves de Sarajevo, Tuzla, Zepa, Gorazde et Bihac la liste des zones de scurit sous la protection de la Forpronu. Le 8 mai, un accord de cessez-le-feu prvoit le dploiement des forces de lONU la place des combattants. A Srebrenica, la zone dmilitarise est largie.

    Le Conseil de scurit dcrte zones de scurit cinq nouvelles villes bosniaques Le Monde (France), 8 mai 1993 (en franais) D19

    Extrait : Cette rsolution autorise le renforcement de la Forpronu en Bosnie par cinquante observateurs militaires, savoir cinq observateurs pour chaque zone de scurit. Cette prsence sera purement symbolique, explique un diplomate. Le but est en fait daccrotre le cot politique de lagression, le message tant que les attaques contre les zones protges reviennent des attaques contre lONU. Les membres occidentaux du Conseil qui staient opposs ladoption de ce texte esti-ment que dcrter des zones de scurit sans pouvoir rellement protger les populations qui y vivent est assez cynique comme dmarche . Et de citer lexemple de Srebrenica, dcrte zone protge depuis trois semaines, qui fait notamment face dnormes difficults dapprovi-

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    Prises de parole publiques

    sionnement en eau. Reste la menace de la rsolution 824 de prendre toute mesure supplmentaire , au cas o les par-ties ne sy conformeraient pas.

    La guerre dans lex-Yougoslavie - Sous les aus-pices de la Forpronu, un accord gnral de cessez-le-feu a t conclu entre combattants serbes et musulmans en Bosnie Le Monde (France), 11 mai 1993 (en franais) D20

    Extrait : Sign samedi Sarajevo, aprs trente heures de ngociations sous les auspices du commandant de la Forpronu en Bosnie, le gnral Morillon, par les chefs militaires des Serbes et des Musulmans de Bosnie, le nouvel accord de cessez-le-feu gnral est entr en vigueur dimanche midi et semblait globalement respect lundi au matin. Suivant la rsolu-tion 824 du Conseil de scurit dclarant, cinq villes musul-manes zones de scurit , lautre accord prvoit la dmilitarisation bilatrale des enclaves musulmanes de Srebrenica et Zepa, en Bosnie orientale, ainsi que le dploie-ment de forces de lONU la place des combattants. A Srebrenica, dj partiellement dmilitarise et o se trouvent trois cent quarante casques bleus canadiens, la zone dmilitarise doit tre simplement largie.Laccord final autorise les forces musulmanes quitter les zones dmilitarises avec leur armes et ordonne aux forces serbes de se replier bonne distance de la ligne de front.

    Le 18 mai 1993, lors dun rfrendum organis pour montrer quil sagit bien dun choix du peuple et non pas seulement des parlementaires, les Serbes de Bosnie rejettent 96 % le plan de paix Vance-Owen et se prononcent pour lindpendance de la Rpublique serbe .

    Aprs avoir rejet massivement le plan Vance-Owen Les Serbes de Bosnie se dclarent ouverts toute nouvelle initiative Le Monde (France), 21 mai 1993 (en franais) D21

    Extrait : Ce plan de paix prvoyant le partage de la Bosnie-Herzgovine en dix provinces autonomes a t rejet par 96 % des lec-teurs serbes bosniaques. Et cest 96 % galement quils se sont prononcs en faveur de lindpendance de la Rpublique serbe , installe sur 70 % du territoire bosniaque. Le taux de participation a t chiffr 92 %. La premire tape de notre lutte est termine [...], le peuple serbe a pris sa des-tine en main en dcidant quil ne renoncera jamais son Etat.

    Le 4 juin, la rsolution 836 du conseil de scurit de lONU permet la Forpronu de riposter en cas dagression contre les six enclaves musulmanes, dclares zones protges et aux Etats Membres dutiliser la force arienne pour soutenir la FORPRONU.

    Rsolution 836 (1993) adopte par le Conseil de scurit sa 3228e sance, le 4 juin 1993 (en franais/ en anglais) D22

    Extrait : Le Conseil de scurit, []4. Dcide dassurer le plein respect des zones de scurit mentionnes dans la rsolution 824 (1993);5. Dcide dtendre cette fin le mandat de la Forpronu afin de lui permettre, dans les zones de scurit mentionnes dans la rsolution 824 (1993), de dissuader les attaques contre les zones de scurit, de contrler le cessez-le-feu, de favoriser le retrait des units militaires ou paramilitaires ne relevant pas du Gouvernement de la Rpublique de Bosnie-Herzgovine et doccuper quelques points essentiels sur le terrain, []9. Autorise la Forpronu, en sus du mandat dfini dans les rso-lutions 770 (1992) du 13 aot 1992 et 776 (1992), dans lac-complissement du mandat dfini au paragraphe 5 ci-dessus, pour se dfendre, prendre les mesures ncessaires, y compris en recourant la force, en riposte des bombardements par toute partie contre les zones de scurit, des incursions armes ou si des obstacles dlibrs taient mis lintrieur de ces zones ou dans leurs environs la libert de circulation de la Forpronu ou de convois humanitaires protgs;10. Dcide que [...] les Etats Membres, agissant titre national ou dans le cadre dorganisations ou darrangements rgionaux, peuvent prendre, sous lautorit du Conseil de scurit et moyennant une troite coordination avec le Secrtaire gnral et la FORPRONU, toutes mesures nces-saires, lintrieur et dans les environs des zones de scurit de la Rpublique de Bosnie-Herzgovine, en recourant la force arienne, pour soutenir la FORPRONU dans laccomplis-sement de son mandat [...]

    Fin juin, Franjo Tudjman et Radovan Karazdic, les leaders croate et bosno-serbe se mettent daccord sur un plan de partition de la Bosnie en trois entits ethniques (serbe, croate, musulmane) que le leader Musulman, Alija Izetbegovic refuse dendosser. De lavis des observateurs, ce plan consacre la politique dpuration ethnique mene par le pouvoir bosno-serbe.

    Dans les mois qui suivent, les ngociations voluent au gr des avances militaires sur le terrain et des retards rcurrents dans lapplication des dcisions de lONU : dploiement des casques bleus dans les zones de scu-rit , frappes ariennes de lOTAN, renforcement de lem-bargo etc.

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    Les missions de lONU en ex-Yougoslavie : les drobades Le Monde (France), 25 septembre 1993 (en franais) D23

    Extrait : LONU a servi de lieu o lon a substitu laction humanitaire une action politique dfaillante. Cette intervention huma-nitaire a eu pour rgle de ne sexercer quavec laccord de tous les belligrants. La rsolution du Conseil de scurit autori-sant le recours la force pour garantir larrive des secours aux populations est reste pratiquement lettre morte, et lon a vu maintes reprises des miliciens entraver lacheminement de convois pourtant escorts par des blinds de lONU. Cette action humanitaire ntait de surcrot pas neutre politique-ment. Lpisode le plus parlant fut cet gard celui de Srebrenica, en avril 1993, o lon vit le gnral Morillon, com-mandant des casques bleus en Bosnie, sauver la petite enclave musulmane assige par les Serbes, moyennant sa reddition et le dsarmement des combattants musulmans par les soins de la Forpronu elle-mme. Les membres permanents du Conseil de scurit se sont dautre part dconsidrs, notamment aux yeux des pays non-aligns et musulmans, en adoptant une srie de rsolutions censes dmontrer leur fer-met, mais qui ne furent jamais appliques, ou beaucoup trop tard. En mai 1992, la rsolution 757 dcrtait contre la Serbie un embargo dont chacun savait bien quil ne serait quune passoire, et qui le fut jusqu la fin avril 1993. A cette date, le Conseil transformait enfin le pseudo-embargo en un blocus beaucoup plus tanche, dont on mesura trs vite leffet sur le rgime de Belgrade : on avait perdu un an. En octobre 1992, le Conseil dcrtait linterdiction de survol de la Bosnie par laviation serbe, mais sans mesure de rtorsion. Elle fut des centaines de fois viole impunment, jusqu ce quen mars 1993, sous la pression des Amricains, le Conseil charget lOTAN de la faire respecter. Ce premier pisode conflictuel entre Amricains et Europens avait fait apparatre une autre ambigut de la prsence des casques bleus en Bosnie : otages, cible dsigne des reprsailles, ils faisaient obstacle toute intervention militaire arienne. Ne souhaitant pas sengager dans une preuve de force dans lex-Yougoslavie, Europens et Amricains (quoi quils en disent) y trouvaient leur compte. La communaut internationale y perdait toute crdibilit. Au chapitre des rsolutions sans suite, il faut citer encore celles sur les zones de scurit censes protger Sarajevo et cinq enclaves musulmanes, qui nentrrent jamais en vigueur, faute de renforts en casques bleus, et celle sur le Tribunal international cens juger des criminels de guerre que personne narrtera et avec lesquels la Forpronu continue de ngocier sur le terrain. Enfin, lautre intervention de lONU dans lex-Yougoslavie - llaboration de plans de paix - laisse pour le moins perplexe. Le plan de Cyrus Vance pour la Croatie, adopt en fvrier 1992 et que 14 000 casques bleus sont sup-poss faire respecter nest toujours pas appliqu : les milices serbes de Krajina restent armes jusquaux dents et moins disposes que jamais renoncer leur combat scession-niste. En Bosnie, lONU a soutenu dabord un plan dit Vance-Owen qui navait pas, loin de l, que des qualits et qui notamment a jou son rle dans le dclenchement de la deu-xime guerre bosniaque : celle qui oppose Croates et Musulmans. Puis, elle y a renonc devant son rejet par les

    Serbes de Bosnie. Enfin, elle soutient prsent un projet de rglement Owen-Stoltenberg qui, sil est accept, consacrera lclatement de la Bosnie. Sinclinant devant la force, les Nations unies, manquant lun des prceptes fondamentaux de leur Charte, accepteront ainsi la dsintgration dun Etat quelles avaient reconnu comme membre en mai 1993.

    En avril, la section franaise de MSF a dcid de proposer la section belge dtablir une mission conjointe en ex-Yougoslavie et de chercher du personnel mdical pour renforcer lquipe de Srebrenica.

    Le 15 mai 1993, dans son rapport moral lassemble gnrale, le prsident de MSF France rappelle le malaise de lorganisation face lutilisation de lhumanitaire comme alibi linertie politique en Bosnie. Il souligne toutefois qu Srebrenica MSF remplit son rle. Un dbat sensuit sur la ncessit pour la section franaise de dve-lopper des programmes en ex-Yougoslavie. Dans le commu-niqu de presse publi la suite de lassemble gnrale, MSF France ritre ses inquitudes face lutilisation de lhumanitaire en Bosnie pour pallier linertie politique.

    Compte-rendu de la runion des oprations MSF France, 27 avril 1993 (en franais) D24

    Extrait : Yougoslavie :[]- Srebrenica : MSF B a trouv 1 inf [irmier]. et 1 log[isticien]. MSF F trouverait 1 md[ecin], 1 chir[urgien]. et 1 anesth[siste].Dcision :1) proposer Georges Dallemagne une mission conjointe B/F, coordination de Belgrade sur Tuzla2) chercher rapidement ressources humaines exprimentes

    Rapport moral du prsident de MSF France la XXIIe Assemble gnrale de la section franaise de MSF, 15 mai 1993 (en franais) D25

    Extrait : Tout au long de lanne, nous avons tergivers sur notre engagement en Bosnie. Ces tergiversations sexpliquent la fois par la prsence importante et efficace des sections hol-landaise et belge de MSF, la fois en Croatie et en Serbie, mais galement, il ne faut pas se le cacher, par le malaise que nous prouvions devant lutilisation de lhumanitaire en Bosnie. [] Je veux simplement mentionner quen ce moment mme, une quipe belge de 5 MSF est pied doeuvre Srebrenica et que dautres missions sont ventuellement en cours. Si MSF est Srebrenica, quel que soit le jugement que lon porte sur lutilisation de lhumanitaire en Bosnie, il est indiscutable que MSF remplit son rle, que cest l notre mis-sion et quil faut laccomplir.

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    Prises de parole publiques

    LAssemble Gnrale de Mdecins Sans Frontires sinquite des difficults grandissantes dinter-vention auprs de certaines populations en d-tresse et sindigne de lusage de lhumanitaire en Bosnie - Herzgovine Communiqu de presse de MSF France, 18 mai 1993 (en franais)D26

    Extrait : Les dbats de lAssemble gnrale sur les relations entre humanitaire et politique ont mis en vidence lindignation de tous sur lusage de lhumanitaire en Bosnie-Herzgovine. Refusant de dclarer hors-la-loi la purification ethnique ct son cortge datrocits lorsquil tait encore temps, les Etats europens se sont en effet contents de laccompagner de convois humanitaires. Tout en raffirmant le caractre indis-pensable de laide en raison de la dgradation de la situation sur le terrain, lAssemble gnrale de Mdecins Sans Frontires a rigoureusement condamn lhabillage humani-taire du renoncement politique en Bosnie.

    En juin, un accord est pass entre les sections belge et franaise qui grent dsormais en commun les programmes mens dans les enclaves de Srebrenica et Gorazde.

    Compte-rendu de la runion du Conseil dadmi-nistration de MSF France du 25 juin 1993 (en franais) D27

    Extrait : Ex-Yougoslavie - Marc Gastellu (directeur adjoint des oprations)Au cours de la dernire Assemble gnrale, des discussions sont intervenues sur la question de la ncessit dintervenir ou non en ex-Yougoslavie. Marc Gastellu sest donc rendu dans cette rgion pour constater les actions des sections belges et hollandaises, apprhender les difficults rencon-tres et en dgager des lments de rflexion. []Dans les enclaves de Gorazde et de Srebrenica, o la ville connat dnormes problmes dhygine, une distribution deau potable a t mise en place, en mme temps quun programme chirurgical dvelopp. Outre lappui mdical, ces actions prsentent un grand intrt en termes de prsence et de solidarit.Pour pallier les difficults de recrutement de personnel ren-contres dans ces missions, MSF France va collaborer avec les Belges. []Marc Gastellu a ressenti la difficult des quipes se dmar-quer de la Forpronu, seuls interlocuteurs. Ce manque de recul les prive selon lui dune analyse sur les positions locales. Le port permanent du gilet pare-balles lui est galement apparu comme une escalade dans les moyens de protection auxquels MSF doit se soumettre. []La prsence de MSF Karlovac permet davoir un regard sur lvolution de la situation. MSF France est ici souvent mal

    perue, la confusion avec MDM et sa campagne daffichage2 est courante. A cela sajoute une complexit oprationnelle norme et un danger rel dcoulant des tmoignages rendus publics3. Tous ces arguments poussent Marc Gastellu penser que MSF France ne doit pas se rendre dans cette rgion. Son intervention sur le terrain doit se borner fournir un appui aux autres sections dans les enclaves de Gorazde et de Srebrenica.Une dnonciation de quelque partie en prsence que ce soit pouvant mettre en danger les quipes sur le terrain, toute prise de position publique se doit dtre un message commun aux trois sections.

    Les Belges taient clairement intresss pour quon y aille, sans doute pour une question de moyens, mais

    aussi pour nous mettre dans le coup. Ils nous ont ouvert la porte.En Serbie, on navait pas grand-chose faire, jen tais convaincu. En Croatie, il y aurait sans doute eu des choses faire, mais ce ntait pas l o un positionnement humanitaire avait lieu dtre. En Bosnie, les Hollandais couvraient le terrain et ce ntait pas la peine de dupliquer. Ma conclusion a donc t que le positionnement quil nous fallait avoir ctait sur les enclaves. Donc Srebrenica, Gorazde et Zepa. Tout le monde tait daccord l-dessus Ctait typiquement le genre de terrain sur lequel il fallait tre car ctait une situation o on trouvait enfin la possibilit de faire ce que lon savait faire : des activits mdicales et du tmoignage.

    Dr. Marc Gastellu - Etchegorry, directeur adjoint des oprations de MSF France (en franais) interview

    en 2015

    En juin 1993, MSF ouvre un bureau Pale, sige des autorits bosno-serbes, esprant ainsi faciliter les relations avec ces dernires.

    Message du coordinateur gnral de MSF Bel-gique Belgrade au coordinateur gnral de MSF Hollande Zagreb 15 juin 1993 (en anglais) D28

    Extrait : Je sais que lquipe MSF de Sarajevo a des contacts avec Pale pour les ngociations et les distributions. Donc lide est la prsence dun officier de liaison, qui est absolument nces-saire pour le travail ralis de Belgrade pour la Bosnie serbe

    2. Dans sa campagne daffichage Mdecins du Monde comparait le prsident de la Serbie, Milosevic, Hitler.3. En particulier le rapport Nettoyage ethnique dans la rgion de Kozarac publi en dcembre 1992

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    et les enclaves musulmanes Pale, mais qui visiterait aussi dautres endroits en Bosnie.Cet officier de liaison pourrait tre accompagn dun per-sonnel mdical pour les valuations. [] En fait a ne ferait pas une grande diffrence puisque nous sommes en contact permanent avec Pale depuis maintenant plus dun an.

    PORTER SECOURS DANS UNE PRISON CIEL OUVERT

    A Srebrenica, lquipe de MSF se concentre sur lapprovi-sionnement en eau et lassainissement et sur la rhabili-tation des btiments, en prvision de lhiver. Mais les Bosno-Serbes qui maintiennent le sige, ne laissent passer quune aide insuffisante et de faon erratique. Les longs dlais de validation du comit des sanctions de lONU aggravent la situation. Lquipe sinterroge sur la ralit de la protection sense tre garantie par la prsence des casques bleus.

    Blocus des programmes MSF dans les enclaves Lettre du coordinateur gnral de MSF pour lex-Yougoslavie lenvoy spcial du HCR, 6 septembre 1993 (en anglais) D29

    Extrait : La tension et lanxit de la population vont grandissantes. Sa survie est entirement dpendante des livraisons de laide internationale et cette aide est dpendante du bon vouloir des autorits bosno-serbes Pale et du Comit des sanctions New York.Aprs deux semaines de ngociations avec les autorits de Pale, MSF se trouve face un refus complet de laisser entrer autre chose que du matriel mdical dans les enclaves. A cause des refus rpts et des retards causs par les autorits de Pale, le programme de MSF Srebrenica, mais galement celui Gorazde, est bloqu. Les matriaux ncessaires pour la premire phase de notre projet de rhabilitation pour 2 000 rfugis Srebrenica ont dj t achets et sont pour lins-tant stocks Belgrade. Les autorits de Pale (le Ministre de la Sant et la Commission pour laide humanitaire) rclament un programme MSF quivalent du ct bosno-serbe, dans ce quils appellent les enclaves serbes . MSF poursuit un pro-gramme quilibr bas sur les besoins. Nous distribuons des mdicaments de base et du matriel chirurgical aux hpitaux serbes de Bosnie orientale et nous menons des missions exploratoires Tmovo, Sokolac, Petrovac comme nous lont demand les autorits de Pale. Cependant, nous nenvisa-geons pas de large programme dabri dans les zones bosno-

    serbes. En tant que seul partenaire du HCR actif dans les enclaves, je demande urgemment votre assistance dans nos ngociations avec Pale. []

    Parce que les promesses dabris ont t faites, parce que les convois napportent pas une ration de nourriture adquate aux rfugis, parce que les enfants ne reoivent pas de chaus-sures et dhabits en quantit suffisante avant lhiver, parce que de nouveaux envois de matriel mdical ne sont pas encore arrivs, la population de Srebrenica doute que la com-munaut internationale remplisse son mandat. La scurit de nos reprsentants, MSF comme HCR ou CICR, pourrait tre menace si des progrs ne sont pas faits rapidement.

    Rapport sur la dtrioration de la situation de la population de Srebrenica par Hans Ullens, Coordinateur de terrain MSF Srebrenica pour MSF Paris, 16 septembre 1993 (en anglais) D30

    Extrait : 5. Conclusion.La population de Srebrenica est compltement isole du monde extrieur et force lautosuffisance. Cependant, il est impossible de fournir la structure pour cette autosuffisance court terme et mme long terme tant que les Serbes de Bosnie rgneront sur la rgion. Il ny a pas de ressources locales et pas de source dnergie, il ny a pas dinstitutions, ni mme de personnel et de ressources pour ouvrir ces insti-tutions. Par exemple, lhpital qui est la premire institution avoir t organise (ctait un dispensaire auparavant) est compltement dpendant de MSF en matire de mdicaments et de personnel qualifi. Il ny a pas de personnel local pour remplacer le chirurgien, lanesthsiste ou le stomatologue. Personne nest en mesure et personne na le pouvoir de faire venir des mdicaments de lextrieur dans lenclave. Lhpital est seulement un exemple des nombreuses institutions sociales ou juridiques qui ont besoin dtre cres. Elles ren-contrent toutes le mme problme. Il ny a pas de personnel qualifi pour officier dans ces institutions et ils ne viendront pas de Tuzla ou de Sarajevo. Lide dune enclave autosuffi-sante encercle par une population hostile est une illusion totale.Les Nations unies ont dclar Srebrenica zone de scurit , mais lont en ralit vendue aux Serbes de Bosnie qui la trans-forment peu peu en un camp dextermination. Ils dcident de ce qui rentre et deviennent les gestionnaires du programme daide. LONU et les organisations humanitaires ne sont quune main duvre bon march pour eux. Ils dirigent une ferme de 45 000 personnes avec un gestionnaire serbe qui ne se proc-cupe que de se dbarrasser de ses animaux.Quand la Forpronu est arrive en mars, les gens pensaient que ctait la fin du cauchemar et il y avait un optimisme gnral. Cet optimisme sest transform en amertume. Tout le monde ralise que la tragdie nest pas loin. La seule solution est la cration immdiate dun corridor pour le matriel destination de Srebrenica, contrl par lONU et sans contrle ou interfrence des autorits serbes de Pale, ainsi quun programme daide massif. []

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    Prises de parole publiques

    Le cauchemar de ce dbut danne revient avec une petite diffrence : il est orchestr par les Serbes de Bosnie mais il est mis en uvre par lONU et les organisations humanitaires. Mourir dun tir de mortier est finalement plus humain que de mourir de froid et de misre.Si le libre passage de laide nest pas possible, nous prfrons le retrait de toute protection et dassistance plutt que das-sister cette dernire.

    MSF appelle au secours pour la Bosnie Edouard van Elthem, Le Soir (Belgique), 25 septembre 1993 (en franais) D31

    Extrait : Jusquici, les zones de scurit soit-disant dcrtes par lONU ne sont pratiquement pas protges. []A lautre bout du fil, Genevive Bekoyan reprend son souffle. Chef de mission Mdecins Sans Frontires, elle coordonne, depuis Belgrade, trois programmes daction diffrents : pour les Serbes de Serbie et les Albanais du Kosovo, pour les Serbes de lest de la Bosnie, depuis Trebinje au sud jusqu Brcko au nord, enfin pour les Musulmans des enclaves assiges. []La lenteur et la complexit des ngociations, les conditions mises par les autorits militaires serbes - qui exigent une contrepartie identique pour leur propre communaut chaque passage dun convoi pour la population musulmane -, la bureaucratie, surtout du Comit des sanctions, sont autant dentraves laction des organisations humanitaires. Du ct des check points, des fameux points de contrle serbes, la situation semble samliorer depuis la discussion que nous avons eue, mercredi dernier, avec les dirigeants de Pale sur les conditions daccs aux rgions assiges. En revanche, tout le monde est bloqu sous le double poids de linertie et des contrles tatillons du Comit des sanctions des Nations unies. Pas seulement nous, organisation non gouvernementale, qui attendons parfois jusqu deux mois avant de recevoir le feu vert limportation de mdicaments. Mais mme les agences de lONU, telles que le Haut-Commissariat aux rfugis. Sil passe commande de matriel aujourdhui, son dlai dattente peut atteindre trois semaines. []

    MSF tait la seule source de soins Srebrenica, il ny en avait pas dautre. En 1993, on avait russi faire entrer

    une quantit importante de mdicaments et on survivait grce cela. Ensuite ce stock sest puis. En huit mois, on a russi faire entrer une seule commande de mdicaments, en mars 1994, juste un mois avant que je ne parte. On vivait sur des reliquats, sur ce que les casques bleus canadiens nous donnaient. Le CICR avait aussi russi nous faire passer des mdicaments mme si officiellement ils ne livraient que des secours non mdicaux Par les voies officielles, on ne faisait rentrer que des quantits minimes, drisoires. Mais au point o on en tait, de toute faon, tout tait bon prendre ! Il fallait ngocier en permanence avec les militaires bosno-serbes. Quasiment tous les deux ou trois jours, jallais parler au capi-taine qui tait lentre de lenclave. Il nous disait : mais

    quest-ce que vous faites ici ? A quoi a sert ? De toute faon, on va le rcuprer cet endroit ! Il ajoutait : mais a pue les Musulmans ! On ngociait un passage. Mais le lendemain quand on arrivait au check point, on nous tirait dessus. Le fameux capitaine disait : je ny peux rien, je ne contrle pas les snipers l-haut Ctait en permanence une preuve de force. Mais on sentait que les types taient rsolus, quils iraient jusquau bout, quils ne lcheraient pas. Ils taient comme des bulldogs qui serreraient un morceau de viande. On a beau les blesser, leur faire nimporte quoi, ils ne desserreront pas les dents.

    Graziella Godain, coordinatrice de terrain de MSF Belgique/France Srebrenica doctobre 1993 avril 1994

    (en franais) interviewe en aot 2000

    En dcembre 1993, le coordinateur de MSF Srebrenica dplore auprs du HCR les obstacles poss par les autorits bosniaques musulmanes qui grent lenclave toute activit humanitaire qui nest pas sous leur contrle.

    Message de Hans Ullens, Coordinateur MSF Srebrenica au reprsentant du HCR Belgrade, 17 dcembre 1993 (en anglais) D32

    Extrait : Auparavant, la coopration entre les autorits locales et les organisations humanitaires tait plus ou moins bonne. Aujourdhui, cette coopration sest mue en un sabotage continuel de toute activit de secours qui nest pas compl-tement sous leur contrle.Les autorits locales ne semblent pas accepter que des orga-nisations humanitaires recrutent leur propre personnel et veulent les forcer passer systmatiquement par leurs canaux. Elles dsirent que toute laide qui arrive Srebrenica ne soit distribue que par des gens quelles ont-elles-mmes dsign, bien que leurs propres distributions naient pas tou-jours bien fonctionn. Chaque personne implique dans les distributions organises par les organisations humanitaires est victime dune campagne de dsinformation continue orchestre par les autorits locales.Nous avons limpression que laide humanitaire est devenue de plus en plus le sujet dune lutte politique interne et que ses objectifs premiers sont dune importance secondaire.Mdecins Sans Frontire est une organisation humanitaire qui offre assistance toutes les personnes en dtresse. Mais nous sommes une organisation apolitique et nous ne pouvons donc accepter aucune manipulation politique de nos actions.

    Le phnomne denclave cristallisait la mise en pril de la population, prise en otage par les Serbes de Bosnie

    mais aussi par ses propres extrmistes, les miliciens bosniaques. Ils symbolisaient une certaine rsistance inacceptable pour les

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    Serbes de Bosnie. Il y avait des radicaux dun ct comme de lautre. Il ny avait pas que des gentils Bosniaques lintrieur. Pendant huit mois je les ai ctoys et ils ne rigolaient pas Ils organisaient des oprations commando. Ils se shootaient tous la morphine avant de partir dans la montagne en pleine nuit et aller tuer des Bosno-Serbes. Il fallait vraiment tre un peu shoot pour faire a. On pouvait appeler cela de lautodfense, mais jusqu un certain point.Les Bosno-Serbes en profitaient pour dire : vous avez dit que ctait une zone dmilitarise et ils nous tirent dessus . Et ils en faisaient un alibi pour tirer sur les civils. On avait droit systmatiquement ce genre de reprsailles. Jen discutais avec le commandant bosniaque, je lui disais : chaque fois que vous faites ce genre dopration, le lendemain, on se prend des tirs de tous les cts, on a un enfant qui se fait tirer dessus .

    Graziella Godain, coordinatrice de terrain de MSF Belgique/France Srebrenica doctobre 1993 avril 1994

    (en franais) interviewe en aot 2000

    Fin 1993, sous la pression serbe, la Forpronu renonce temporairement dployer le contingent nerlandais (Dutchbat) prvu pour remplacer le bataillon canadien dans les enclaves de Srebrenica et Zepa. Ce dernier sest montr dun grand secours pour les populations en aidant du mieux possible les quipes de MSF. La rotation na finalement lieu quen mars 1994. Les casques bleus nerlandais installent leur base prs de lusine de Podgorica Potocari, dans lenclave mais hors de la ville de Srebrenica. Ils y dploient des moyens qui laissent penser lquipe de MSF quun renforcement de la scurit est en cours.

    La Forpronu renonce dployer des casques bleus dans deux enclaves musulmanes Le Monde (France), 25 dcembre 1993 (en franais) D33

    Extrait : La Forpronu a momentanment renonc, sous la pression des forces serbes en Bosnie, protger les zones de scurit population musulmane de Zepa et de Srebrenica, dans lest du pays. Cette mission devait incomber un bataillon de la brigade aroporte nerlandaise, dont le commandant a confirm, au cours dun entretien radiodiffus, mercredi 22 dcembre, que le dpart tait report sine die.La dcision mane du quartier gnral de la Forpronu, et fait suite au refus rcent des militaires serbes de laisser une patrouille de reconnaissance de la brigade pntrer dans les deux zones protger. Les 1 100 militaires nerlandais qui devaient sy dployer compter du 18 janvier prochain appar-tiennent une unit de combat qui aurait t lourdement quipe et dont lengagement dplairait au commandant en chef des forces serbes en Bosnie, Ratko Madlic. Bien que le chef de la diplomatie des Pays-Bas, Pieter Kooijmans, ait jug inacceptable de voir les Serbes dterminer lemplacement

    des forces de lONU, le secrtaire dEtat la Dfense a dores et dj annonc que le dtachement nerlandais recevrait une nouvelle affectation, probablement la protection des transports humanitaires dans le centre de la Bosnie.

    La menace de frappe arienne de lOTAN - Les Occidentaux veulent tenter une action sur Tuzla et Srebrenica Le Monde (France), 25 dcembre 1993 (en franais) D34

    Extrait : Les dirigeants allis ont annonc, le mme jour, quils deman-daient aux autorits de la Forpronu dtablir durgence des plans pour le rouverture de Tuzla, ainsi que pour permettre la relve dun contingent de casques bleus canadiens dans lenclave de Srebrenica, laquelle sopposent les Serbes. A propos de Srebrenica, un porte-parole de la Forpronu a dclar, mardi Sarajevo, que le problme ntait pas d seulement au blocage serbe, mais aussi la difficult de trouver des casques bleus pour assurer la relve des 180 sol-dats canadiens.Dans sa confrence de presse, le premier ministre britannique John Major a qualifi dintolrable la situation qui tait faite la Forpronu dans cette enclave musulmane de Bosnie orientale. Il est trs clair a-t-il dit, que si lusage de la force arienne se rvlait ncessaire pour permettre la rota-tion des casques bleus Srebrenica, nous serions prts y avoir recours.

    Les casques bleus canadiens faisaient normment defforts. Ils soignaient les populations. Le mdecin

    canadien faisait des consultations mobiles avec nous le week-end dans les dispensaires qui taient dissmins autour de la ville. Par Visoko, leur base, ils se faisaient approvisionner en mdicaments, et ils nous faisaient ensuite des donations car on narrivait rien faire rentrer. Beaucoup de choses passaient par les Canadiens, ils nous ont normment aids. En mars 1994, il y a eu un regain de sentiment de scurit parce que les Hollandais sont arrivs avec beaucoup plus de moyens que les Canadiens. Ils ont dplac la base des casques bleus dans lusine de Podgorica. Ils ntaient pas beaucoup plus nombreux mais ils ont tout rquip. Ctait impressionnant. Pour le matriel mdical, les Canadiens navaient quune salle minuscule, qui-pe trs sommairement. Les Hollandais sont arrivs avec un chographe et un quipement dernier cri. Ils ont install deux blocs opratoires alors que les Canadiens nen avaient pas. On a eu limpression quil existait une volont de renforcer, de donner les moyens et de rester un certain temps.

    Graziella Godain, coordinatrice de terrain de MSF Belgique/France Srebrenica doctobre 1993 avril 1994

    (en franais) interviewe en aot 2000

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    Prises de parole publiques

    Au sein de MSF, les avis divergent sur la position tenir face au marchandage men par les autorits bosno-serbes qui exigent, pour laisser les quipes et le matriel MSF entrer dans les enclaves, que lorganisation apporte des secours de mme envergure en Bosnie serbe. Sur le terrain les quipes semploient assister les populations les plus vulnrables de Serbie et de Bosnie serbe. Elles relayent parfois des demandes des autorits aussi extravagantes que dangereuses, telles que la mise disposition de chirurgiens expatris qui travailleraient isols dans plusieurs hpitaux de la rgion.

    Compte-rendu de la runion du Conseil dadmi-nistration de MSF France du 12 janvier 1994 (en franais) D35

    Extrait : 2) YougoslavieUn rsum de laction MSF France en ex-Yougoslavie est fait par Pierre Salignon :MSF continue travailler en Croatie auprs des ex-dtenus, en Macdoine dans les camps de rfugis, un programme commun Belgrade sous coordination belge est men dans les enclaves de Gorazde, Srebrenica et Zepa et une priorit est mise sur cette mission enclaves o le travail est ncessaire mais se confronte de multiples obstacles : le [manque de] bon vou-loir des milices serbes et des autorits de Pale, le difficile accs aux victimes, la confiscation du matriel... MSF doit se dmarquer des UN pour avoir accs aux enclaves.Pour Rony B. se pose le problme dune orientation politique et dun quilibre trouver. Compte-tenu de limportance des budgets et de ce que lon doit payer ( le page ) pour arriver l o cest ncessaire,les quipes sont confrontes des pro-blmes de scurit et les gens se fatiguent dans un contexte difficile.Sans MSF, lhpital de Srebrenica ne fonctionnerait pas. La rhabilitation et la sanitation sont aussi essentiellement le fait des quipes MSF. A Gorazde, la prsence de MSF est ga-lement essentielle.Il faudrait dvelopper une assistance humanitaire en Bosnie serbe (une valuation est en cours) en sachant que cela reprsente un rel danger, tre attentif lenvol des bud-gets, tenir compte, comme le souligne Karim, du fait que MSF France sest implique trs tardivement en Yougoslavie et quil a fallu dfinir des schmas de coordination avec le pro-gramme Bruxelles/Belgrade sur lequel MSF sest greffe et qui tournait depuis un an.

    Lettre de Franoise Saulnier, Directrice juridique de MSF lquipe de coordination de MSF en ex-Yougoslavie, 15 janvier 1994 (en franais) D36

    Extrait : Vous nous avez soumis notamment les demandes du ministre de la Sant, M. Kalinic, pour trois postes de chirurgien gn-raliste dans les hpitaux dOrvar, Brcko et Nevesinje.

    Je vous rappelle que la politique daction humanitaire de MSF dans lex-Yougoslavie obit des rgles prcises.La politique gnrale de scurit de MSF dans les pays en conflit soppose au travail dindividu isol. MSF dploie des quipes. Cela donne une plus grande efficacit laction, chaque individu connait trs bien sa mission. Cela permet MSF dassurer la scurit des individus.La prsence sur le territoire de lex-Yougoslavie de mdecins et auxiliaires mdicaux trs comptents et en nombre suffi-sant a conduit MSF une politique surtout tourne vers lap-provisionnement depuis le dbut du conflit.Concernant la question que vous me soumettez, veuillez noter les points suivants :1/ Le droit humanitaire lie la libert de passage des secours humanitaires dans les conflits, la qualit dorganisation humanitaire impartiale (art.18 du deuxime protocole addi-tionnel aux Conventions de Genve)MSF fournit sa caution dorganisme humanitaire impartial pour la distribution de secours aux populations civiles sur lensemble des territoires de lex-Yougoslavie.2/ Le droit humanitaire distingue toujours dans les activits de secours entre, ce qui doit tre entrepris par les autorits nationales dune part, et dautre part ce qui ne peut tre mis en oeuvre que par lintermdiaire dune organisation humani-taire impartiale (art.7, 9, 10, 11, 14 et 18 du mme protocole)MSF a donc galement offert son impartialit, pour bnficier dun droit dentre et de sortie dans les enclaves, conform-ment au droit humanitaire.La dcision dinstaller des quipes chirurgicales dans ces sites est due deux facteurs spcifiques :- labsence sur place, de toute capacit chirurgicale, malgr un nombre important doprations ncessaires tous les jours.

    - limpossibilit o sont les autorits sanitaires et civiles concernes, de pourvoir ces besoins, en raison du blocus militaire de ces zones.

    3/ MSF sattache assurer la communaut internationale que la distribution des secours se fait sans aucune discrimi-nation autre que lurgence des besoins.MSF a donc toujours le devoir dvaluer les besoins, de faon aussi prcise que possible, en adaptant au maximum ses contraintes oprationnelles.

    Les programmes en Serbie ont commenc bien avant notre prsence dans les enclaves. Il tait vident qu

    cause de la guerre il y avait des difficults en Serbie. Mais ces difficults taient essentiellement lies leffort de guerre. Je ne pense pas que les mdicaments que nous avons fournis aient rellement couvert des besoins fondamentaux. On navait pas de prsence directe sur le terrain. On peut supposer que laide matrielle quon octroyait pouvait se transformer assez rapide-ment en moyen financier et politique puisque la Serbie pouvait aussi profiter de cette image de faade.En 1993, pour justifier cette activit, certains disaient que cela allait nous permettre davoir des accs ailleurs. Mais par la suite, il a aussi fallu ngocier laccs aux enclaves. Jai particip un tout petit peu aux discussions sur la meilleure faon dapprocher ces

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    ngociations. Les Bosno-Serbes disaient cest 50/50, vous devez apporter autant de mdicaments ct serbe que ct bosniaque .On peut se poser la question de savoir si on aurait eu accs aux enclaves sans ces programmes en Serbie. Moi je crois que oui.

    Dr. Marc Gastellu - Etchegorry, directeur adjoint des oprations de MSF France (en franais) interview en 2015

    La seule chose quon savait cest que pour pouvoir passer des mdicaments dans les enclaves, on devait faire une

    distribution en Republika Srpska. Mais il y avait faon et faon de le faire. Il y avait une discussion de fond sur ce projet que tout le monde qualifiait de projet alibi. Quand je suis arrive, jai dit : On ne doit pas faire de projet alibi. Je vais faire une visite . Parfois on peut faire des projets simplement parce que notre prsence auprs des populations est trs importante. Mais l ce ntait pas le cas. Aprs un an de projet on trouvait des bouteilles de shampoings et des paquets de compresse tiquets MSF dans les boutiques des hpitaux bosno-serbes. Jtais choque. Dans les hpitaux de la Rpublika Srpska prs de la frontire, les Bosno-Serbes ne permettaient pas quon soigne la population civile parce que ctait des zones militaires. Ces hpitaux, rservs aux militaires, taient trs bien approvision-ns et pas seulement par MSF, mais par dautres organisa-tions aussi, finances par lUnion europenne. Et pour moi, il tait impardonnable que MSF nait pas dcid darrter plus tt, sachant que le ministre de la Dfense avait les fonds pour approvisionner ces hpitaux.On a alors fait des valuations dans les petites structures de sant que personne navait jamais pris le temps de visiter. Cela sautait aux yeux que ces structures taient compltement oublies parce que la population qui les frquentait, des vieillards, des femmes ntait absolument pas la priorit des autorits. On a donc refait le programme de ce projet et cibl ces structures de sant. Notre impact ntait pas terrible, mais quand mme a nous permettait daller voir ce qui se passait dans les villages loigns de la ligne de front. Les consultations nous ont permis de constater que le traitement de la population civile, surtout les vieillards et les patients des structures de soins de sant mentale, tait vraiment honteux. La vie des habitants de la Republika Srpska, tait extrmement difficile, mme si la situa-tion ntait pas aussi grave que celle des enclaves. Linformation tait manipule, la priorit tait donne aux militaires. Pour MSF ctait important de connatre tout cela mme si a ne ltait pas autant du point de vue des tmoignages.

    Dr. Graciela Diap, coordinatrice mdicale de MSF Belgique/France pour lex-Yougoslavie doctobre 1993

    avril 1995 (en franais) interviewe en 2000

    Il tait vident que les Bosno-Serbes tiraient un certain avantage politique de notre prsence Srebrenica. On

    avait un dsaccord, sur lanalyse de la situation avec les Belges qui pensaient quils devaient en quelque sorte racheter leur prsence Srebrenica par des distributions ct serbe. Nous on pensait que notre prsence Srebrenica arrangeait aussi les

    Bosno-Serbes parce quil y avait aussi un deal qui tait pas clair avec les Bosniaques et quil y avait aussi une proccupation dimage publique. Cest pour a que la Forpronu tait prsente ainsi que le HCR et le CICR mais plus formellement parce quils ne faisaient quune visite par semaine, tandis que nous nous avions une prsence consistante et permanente. Mais ce forma-lisme la ntait pas indiffrent, tout le monde y tait attach, il avait une signification politique.Au printemps 1994, jai accompagn une dlgation de MSF Belgique, venue ngocier un accs continu aux enclaves avec pour compensation une distribution de biens dhygine et de produits sanitaires dans les villages bosno-serbes. La difficult ctait quun certain nombre de ces villages serbes taient des villages bosniaques serbiss. On arrive Pale, o le gouverne-ment de la Republika Srepska tait install dans un htel, puisque cest une station de sports dhiver. Au lieu dtre intro-duits dans un bureau, on est conduits dans la salle manger de lhtel o lon a la surprise de trouver une vingtaine de personnes attables autour dune table dispose en grand carr et les camras de la tl de la Republika Srepska plantes l. On comprend quon est pris dans une affaire de propagande mais ce nest pas bien grave. Je me retrouve assis avec juste ma gauche Mme Karadzic qui se prsente moi comme Mme Karadzic, Freudan Psychoanalyst . Cest la petite cerise sur le gteau dont je me rgale encore aujourdhui !La discussion commence avant le dner, avec des allusions prcises et un peu lourdes mais trs diplomatiques, en direction des gens qui ont pris des positions hostiles aux droits des Bosno-Serbes. Aucun dentre nous na ragi. Tout le monde a jou sa carte assez discrtement, assez lgamment. Viennent ensuite les informations concernant le projet dextermination des enfants serbes de Bosnie, donc le gnocide organis par lUNICEF On nen avait jamais entendu parler ! Plusieurs personnes, des mdecins de sant publique au ministre, qui avaient de solides formations - dont lancien chef du dparte-ment dpidmiologie du ministre de la Sant yougoslave, chef de service de chirurgie ont repris sur un ton pas trs convaincu cette accusation folle selon laquelle les vaccins contre la rougeole envoys par lUNICEF taient empoisonns. Ctaient donc autant de doses mortelles quon les invitait injecter leurs enfants. Par prcaution, ils staient soucis de faire un test de vrification sur un des chantillons, dans un laboratoire anglais, ce qui donnait une crdibilit la chose. Quand ils ont vu ce rsultat selon lequel le flacon contenait un poison, ils nen ont pas cru leurs yeux et ils sont alls faire vrifier a en Allemagne. A lpoque lAllemagne tait pour les Serbes, lauxi-liaire de Satan, lalli de lennemi, avec le Vatican et lUniversit Al-Hazar. Le complot germano-christiano-islamique, ctait a leur grande histoire ! En Allemagne, ils ont eu une triste confir-mation de la ralit de cet empoisonnement et donc in extremis ils ont arrt cette campagne de vaccination, faute de quoi les 300 000 enfants quils allaient vacciner auraient t assassins. Parce que ctait dirig contre les enfants, ctait lavenir des Serbes de Bosnie qui tait compromis, donc ctait un gnocide. De toutes faons a sinscrivait dans une conspiration mondiale pour la disparition du peuple serbe, ctait donc parfaitement cohrent avec le reste.On tait assez dcontenancs. En plus, il y avait un dcalage entre lnormit de laccusation et le calme apparent, le ct un peu automatis de leur discours. Quand tes enfants sont

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    Prises de parole publiques

    menacs de cette faon-l, tu as normalement tendance dramatiser un peu les choses, avoir un peu plus dmotion dans tes paroles ! Je leur ai dit quon ntait pas au courant du tout de cette histoire-l, mais quils faisaient bien de nous en parler parce quune affaire dune telle importance ne pouvait pas rester comme a. Je leur garantissais que tous les moyens de MSF seraient mis leur disposition condition que linfor-mation soit vrifie. Donc ils navaient qu nous donner les flacons pour quon les analyse de notre ct et on mnerait campagne contre tous les responsables et on sonnerait lalerte. Ca a semble-il compltement satisfait tout le monde, et presque instantanment on est passs du gnocide la commande de papier toilette, de coton et de serviettes hyginiques. Une shop-ping list familiale, compltement dcale par rapport la guerre, aux dplacements de populations, aux accusations de gnocide. Il ny avait dailleurs pratiquement pas de mdica-ments sur cette liste des besoins quils nous soumettaient. Cette histoire na pas eu de suite, puisque nous navons jamais reu les chantillons analyser. Elle reste comme un grand moment de kitsch victimaire !

    Dr Rony Brauman, prsident de MSF France de 1982 1994 (en franais) interview en 2015

    Il y avait une base de MSF Pale, dans une maison, avec une administratrice et une infirmire qui graient un petit

    stock, faisaient de lapprovisionnement dans lest de la Republika Srpska. On avait pass un accord : on navait pas de personnel en permanence sur place mais on faisait de la distribution dans des centres de sant. On essayait aussi de travailler dans un tablissement psychiatrique o les patients vivaient dans des conditions pouvantables. On faisait des petites rhabilitations de centres de sant, une activit classique, pour justifier une prsence Pale et dans la Republika Srpska. On en faisait beau-coup moins que ce que faisaient les Hollandais dans louest.

    Stephan Oberreit, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur

    de la communication de MSF France de 2000 2006 (en franais) interwiew en 2015

    Le 1er avril 1994, le mandat de la Forpronu en ex-Yougoslavie est prolong de six mois. Ses effectifs sont augments de 3 500 hommes, au lieu des 10 000 hommes demands par lONU, mais refuss par les Etats-Unis pour des raisons financires.

    Les Nations unies autorisent lenvoi de 3 500 casques bleus supplmentaires Le Monde (France), 2 avril 1994 (en franais) D37

    Extrait : Le mandat de la Force de protection des Nations unies dans

    lex-Yougoslavie (Forpronu) a t prorog, jeudi 31 mars, de six mois par le Conseil de scurit de lONU. Mais le renforce-ment de la mission a t limit, du fait des Etats-Unis, 3 500 hommes au lieu des 10 000 demands par le Secrtaire gnral. La France et la Grande-Bretagne ont toutefois obtenu que le Conseil affirme quil ne sagissait l que dune pre-mire tape et que la question des renforts serait rexa-mine au plus tard dans un mois afin de doter la Forpronu des moyens ncessaires la mise en oeuvre de son mandat . [] Les Etats-Unis, pour des raisons financires , avaient refus mercredi de donner leur accord au total des effectifs rclams par les militaires de la Forpronu sur le terrain et par M. Boutros-Ghali.

    De fin mars fin avril 1994, Gorazde, lautre enclave dans laquelle se trouve une quipe de MSF, fait lobjet dune offensive de la part des forces bosno-serbes. MSF dont deux volontaires sont dans lenclave, dnonce les bombardements constants de lenclave et dcrit la situation dsastreuse de sa population.

    Au bout de plusieurs semaines doffensive, lOTAN opre des frappes ariennes. Pour les dissuader de recommencer, les forces bosno-serbes prennent des casques bleus en otage.

    Cette dynamique de pression des forces bosno-serbes sur la Forpronu se reproduira dsormais rgulirement. V3

    Aprs le raid arien de lOTAN sur les forces serbes qui encerclent Gorazde, amertume teinte de satisfaction Sarajevo Le Monde (France), 12 avril 1994 (en franais) D38

    Extrait : Dimanche matin, les forces serbes taient aux portes est de la ville, et les quartiers situs sur la rive droite de la Drina taient sur le point de tomber. Au cours dune liaison radio dimanche en milieu daprs-midi, un mdecin belge de Mdecins sans frontires (MSF), Olivier Van Bull, confirmait les informations alarmantes avances par les autorits bos-niaques. Selon son tmoignage, la rive droite de la Drina, o se trouve notamment lhpital, pouvait passer sous contrle serbe dans les heures qui viennent . La population est prise de panique, des milliers de gens fuient sur la rive ouest. La situation est critique et nous navons pas les moyens dvacuer lhpital, qui abrite 250 blesss , ajoutait-il, en prcisant que la ville tait depuis le matin sous bombarde-ments constants . []Inform par ses observateurs sur place de la dgradation de la situation, le gnral Rose a finalement demand, dimanche 16h30, son commandant en chef, le gnral de Lapresle, un appui arien rapproch alors que la vie des civils, des observateurs militaires de lONU et du personnel des organi-sations humanitaires sur place est en danger . Ce dernier en

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    a rfr au diplomate japonais, Yasushi Akashi, reprsentant du Secrtaire gnral, qui a dcid de faire appel lOTAN.Il naura fallu que 25 minutes lAlliance atlantique pour approuver la requte de lONU et dclencher la procdure des frappes ariennes. A 18h22, deux F-16 amricains bombar-daient, pour la premire fois, des positions au sol en Bosnie. Auparavant, le commandant des forces serbes, le gnral Ratko Mladic, avait t expressment averti, deux reprises, du danger que ses troupes encouraient si elles ne mettaient pas un terme loffensive. Son chef dtat-major, le gnral Manojlo Milovanovic, stait content de rpondre quaucun obus dartillerie serbe ne tombe [dimanche] sur Gorazde .

    En raction aux raids ariens de lOTAN Les Serbes de Bosnie recourent lintimidation contre les casques bleus Le Monde (France), 14 avril 1994 (en franais) D39

    Extrait : Aprs les frappes ariennes de dimanche et lundi contre leurs positions Gorazde, les Serbes de Bosnie avaient annonc la rupture de toutes leurs relations avec la Forpronu et donn lordre de fermer le passage aux personnels de lONU tous les points de contrle serbes. Rsultat : plusieurs milliers de casques bleus dploys dans Sarajevo se sont donc retrouvs ds lundi pratiquement clotrs dans la ville assige, avec comme seule chappatoire possible un accs drob condui-sant laroport de la capitale sans passer par les lignes serbes : une route que les snipers se sont empresss mardi de remettre dans leur ligne de mire.Mais pour les soldats de la paix dploys en territoire serbe, la situation tait plus grave : ils devenaient otages, bloqus en territoire hostile, isols de leur poste de commandement et privs le plus souvent de leur libert de mouvement. []Selon le chef des observateurs militaires de lONU (UNMO), le major Roy Thomas, quarante de ces observateurs ont t assi-gns rsidence force dans des zones sous contrle serbe en Bosnie, et un autre a tout simplement disparu avec son inter-prte, aprs avoir quitt lenclave musulmane de Zepa (Bosnie orientale, au nord-est de Gorazde) et tre entr en territoire serbe. Les forces serbes ayant suspendu les relations avec la Forpronu, toutes les dmarches entreprises pour localiser cet observateur hollandais ont t vaines. Les quarante observa-teurs militaires consigns depuis lundi ont, quant eux, t menacs dtre arrts sils quittaient leur domicile que sur-veillent, depuis, des soldats serbes et des patrouilles de police. []Dautre part, un certain nombre de casques bleus sont rests bloqus mardi dans les hangars o sont ranges les armes lourdes serbes retires des hauteurs de Sarajevo, aprs la cration, en fvrier dernier, dune zone dexclusion de 20 kilo-mtres autour de la capitale bosniaque. Pour les dissuader de sortir, les miliciens serbes avaient pos, lundi, des chapelets de mines devant lentre des btiments. Des barrages de mines ont galement permis aux forces serbes de bloquer plusieurs compagnies de casques bleus dployes sur les col-lines qui surplombent Sarajevo. Ces hommes ont pour mission de surveiller le cessez-le-feu, respect dans lensemble depuis

    sa signature, en fvrier, mais fragilis depuis ces derniers jours, en raison de la tension croissante.De mme, des lments du bataillon nordique de la Forpronu sont retenus avec leur convoi, depuis dimanche aprs-midi, aux postes de contrle serbes de Kobiljaca, entre Kiseljak et Sarajevo. Bloqus par des mines, ces casques bleus sudois sont contraints de dormir dans leurs camions et de se satis-faire des bouteilles deau que leurs geliers leur apportent. []Le personnel humanitaire pour sa part sest vu interdire mardi de quitter le territoire serbe sans autorisation. Cest ce qua confirm, dans la journe, le porte-parole du HCR Sarajevo, Chris Janowski, en prcisant que lacheminement de laide humanitaire vers Banja-Luka, Tuzla, Gorazde, Zepa et Srebrenica, avait t suspendu en raison de la fermeture des points de contrle serbes. Il a ajout qu dfaut dune reprise du ravitaillement des populations dans le besoin dans les dix jours, la situation deviendrait critique .

    Le 1er mars 1994, les autorits bosniaques musulmanes et croates ont dcid de constituer une fdration croato-musulmane qui se met en place dans les mois suivants. Le 26 avril 1994, le Groupe de contact sur la Bosnie incluant les Etats-Unis, la Russie, lAllemagne, la France et le Royaume-Uni a t cr afin dobtenir un cessez-le-feu et relancer les voies diplomatiques pour aboutir une paix durable.

    Le 5 juillet 1994, ce groupe de contact propose un nouveau partage de la Bosnie attribuant 51 % du territoire la Fdration croato-musulmane et 49 % aux Bosno-Serbes qui refusent. Rupture Belgrade/Pale ?

    A la mi-septembre 1994, les forces bosno-serbes encerclent de nouveau Srebrenica et ne laissent passer quun quart des convois humanitaires. La rsolution 943 des Nations unies D40 complique cette situation en laissant dans la liste des marchandises sous embargo les matriels logistiques et sanitaires pourtant vitaux pour la prparation des enclaves lhiver. MSF sen inquite auprs du Conseil de scurit de lONU et prpare un message pour la presse.

    Message dEric Stobbaerts, coordinateur de MSF en ex-Yougoslavie au bureau MSF de Belgrade, 29 septembre 1994 (en franais) D41

    Extrait : a) prparer Bruxelles un texte avec le contenu suivant :

    1) MSF dnonce le non accs la Bosnie serbe et les enclaves musulmanes depuis plus de 15 jours (date du der-nier convoi). MSF demande aux autorits comptentes un droit daccs et de libre circulation pour ces convois huma-nitaires pour les populations civiles de Bosnie, tel que dfini dans les conventions de Genve.

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    b) Sur le terrain la situation sanitaire et mdicale reste tou-jours aussi urgente dans les enclaves musulmanes de Gorazde et Srebrenica. Ces populations sont toujours emprisonnes depuis plus de deux ans. MSF Sinquite de ce nouveau blocus qui renforce lextrme prcarit de la situation de ces populations civiles. MSF souligne le manque de mdicaments essentiels dans ces endroits [...] de mme lacheminement de la nourriture, des produits dhygine et du matriel pour se prparer lhiver mettent en danger la survie de ces populations abandonnes leur propre sort. [...]

    c) Attendre dans la matine si volution Pale vers un mee-ting dans la journe, contacter le CICR et le HCR pour avoir leur valuation de la situation. Ensuite :- si rien de concret midi, envoyer le communiqu de presse- si le meeting a lieu et selon un contenu pas/peu satisfai-sant envoyer un communiqu de presse dans le mme style mais complt des nouvelles infos (style encore dans une semaine ou avec des conditions absurdes)

    Message dEric Stobbaerts, coordinateur de MSF en ex-Yougoslavie Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme MSF France, 8 oc-tobre1994 (en franais) D42

    Extrait : 1. Depuis plus dun mois pas de convois MSF dans les enclaves de Bosnie orientale. Depuis 15 jours, refus systmatique par les autorits militaires dacheminer des convois MSF, sans mme mentionner linterdiction dacheminement de matriel logistique pour la prparation de lhiver. Pas de mouvement de nos volontaires pendant deux semaines, bien que ceci semble samliorer depuis quelques jours. Autorisations de circuler ce week-end du 10/10/94 ainsi quen dbut de semaine prochaine. Mais toujours aucune autorisation pour les mdicaments, qui font maintenant dfaut. Plus doxygne Srebrenica. []Lhiver est l, prcoce. La neige est tombe ce week-end Gorazde et Srebrenica. Toujours des familles sans abris puisquil ny a plus de matriel logistique qui rentre dans ces poches.2. [...] rsolution du Conseil de scurit, numrote 943 [...] concerne la question de lembargo impos sur la Bosnie serbe par le gouvernement de Serbie, dans le cadre de lacceptation du dernier plan de paix sur la Bosnie. [...] Elle approuve les mesures du gouvernement de Belgrade sur leur voisin, qui consiste en linterdiction de tout transit commercial ou mili-taire, lexception des biens essentiels pour tous besoins humanitaires : vtements, nourriture et mdicaments. Ces dfinitions ne peuvent tre satisfaisantes si lon considre les programmes de rhabilitation et de sanitation, de prpara-tion lhiver mis en place dans les enclaves musulmanes (et en Rep. serbe). Cest ici quil y a problme. En effet, en approuvant les mesures dj mises en place par Belgrade, elle cautionne donc les limites du gouvernement de Belgrade sur laction humanitaire internationale. La rsolution va mme dans le

    sens des restrictions imposes depuis deux mois par les auto-rits de Pale sur les convois logistiques des agences humani-taires (MSF, CICR et HCR) destines aux enclaves musulmanes de Bosnie orientale.Une demande de rvision de la rsolution simpose.3. Cette interdiction ne concerne que les convois MSF. En effet Sarajevo la semaine dernire un accord est pass entre les autorits serbes et Musulmanes de Bosnie propos dun change de prisonniers de guerre. (Prsence CICR et informel-lement HCR Sarajevo). Lchange a eu lieu le 6/10. Cet accord prvoit lchange de prisonniers serbes [...] (contre) un ache-minement daide humanitaire dans les enclaves (nourriture essentiellement) par des convois du HCR !27 camions sont entrs depuis lors. Aucun de MSF [...]La stratgie daction que je propose pour cette semaine :- Audience avec le vice-prsident de la Rpublique serbe pour obtenir une autorisation pour nos convois. - Si refus ou impossibilit ou promesse dans quelques jours, alors une raction MSF face aux medias (par un com. de presse) dans le style du draft envoy il y a une semaine. De plus en parallle, une intervention auprs du Conseil de scu-rit pour la rvision de la rsolution.

    Lettre de MSF Sir David Hannay, prsident du Conseil de scurit des Nations unies, 13 octobre 1994 (en anglais) D43

    Extrait : Je voudrais attirer votre attention sur les difficults rencon-tres par notre organisation dans lacheminement de laide aux populations civiles des enclaves musulmanes de Bosnie orientale (Srebrenica, Gorazde et Zepa) la suite de la rso-lution 943 adopte par le Conseil de scurit le 2 septembre 1994.Comme vous le savez, cette rsolution dtaille les mesures prises pour allger les sanctions internationales lencontre de la Rpublique Fdrale de Yougoslavie (RFY).Elle approuve la dcision de Belgrade de fermer la frontire entre la RFY et la Bosnie-Herzgovine.Elle restreint le transit de matriel commercial et militaire au travers de la RFY et destination de la Bosnie sous contrle Serbe, lexception des vtements, nourriture et mdica-ments ncessaires pour couvrir les besoins humanitaires essentiels la survie de la population civile.Cependant, il est noter que la liste des quipements, tablie par le Conseil de scurit des Nations unies, qui sont ne sont pas soumis cet embargo, ninclut pas le matriel logis-tique et sanitaire . Avec larrive dun troisime hiver de sige, ce genre de matriel est de la plus grande importance pour les programmes de rparations et dabris mens par nos quipes dans les enclaves de Srebrenica, Gorazde et Zepa.Pour cette raison, nous demandons, comme il est en votre pouvoir, que ne soient pas soumis cet embargo tous les matriaux ncessaires pour offrir un abri ces populations dans le besoin. Ils sont essentiels pour la survie des popula-tions civiles de ces enclaves qui vivent dans des abris dvasts par la guerre. Ces programmes ont une nature exclusivement humanitaire, avec pour objectif daider 2 000 familles qui

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    vivent encore dans des conditions prcaires Gorazde ainsi que 1 000 autres Srebrenica.Notre quipe de Belgrade est dans lincapacit de transporter le matriel logistique qui est stock dans nos hangars l-bas (voir liste en annexe). Le rsultat de cette carence est que nos programmes dans les enclaves sont au point mort depuis plusieurs semaines.En attendant le vote dune nouvelle rsolution donnant une dfinition plus approprie du matriel humanitaire non soumis embargo et tant donne lurgence de reprendre ces programmes avant lhiver, des directives pourraient tre envoyes aux observateurs de lONU en ex-Yougoslavie auto-risant une application plus souple de la rsolution 943 sur le terrain en ce qui concerne le matriel logistique destin aux enclaves musulmanes de Bosnie orientale.Le futur des 100 000 habitants des enclaves est incertain et leur survie dpend de laide apport par la communaut internationale.

    Une fois quon avait russi faire entrer un camion ou une quipe, progressivement la position recommenait

    se durcir. Ca pouvait prendre un, deux ou trois mois, et ctait de nouveau lescalade. Notre dfense de laccs aux enclaves se faisait en plusieurs tapes qui se terminaient par de la commu-nication. On la fait plusieurs reprises soit partir de Belgrade, soit partir de Bruxelles ou de Paris. On faisait dabord appel aux casques bleus, au gouvernement, au Secrtaire gnral des Nations unies et puis on arrivait une position dans la presse. On a publi trs rgulirement des communiqus de presse et parfois mme lancs uniquement partir de Belgrade, simple-ment pour se rappeler la mmoire des autorits

    Dr. Renaud Tockert, responsable des programmes en ex-Yougoslavie pour MSF Belgique en 1993 et 1995

    (en franais) interview en 2000

    Il y avait des prises de parole, surtout partir de Belgrade, mais pas de communiqu de presse. On rpon-

    dait plutt aux questions des journalistes. On tait extrmement prudents. On tait vraiment dans la thorie des petits pas : avoir accs, ngocier de mettre pied du cot de Belgrade. Et puis on allait Srebrenica en passant par Belgrade et la frontire la limite de la Macdoine et de la zone serbe, donc tout tait ngociations. Il fallait tre dans les enclaves, donc on essayait de sy maintenir. On tait pris au pige mais on ne cdait pas. On essayait dtre imaginatifs, de faire passer des mdicaments, de garder des liens avec le CICR, avec le HCR. Mais on restait trs frustrs de la dgradation, trs inquiets. Et puis il y avait des bombardements, des blesss, enfin la vie dun territoire enferm.

    Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme de MSF France, en charge des programmes

    en ex-Yougoslavie (en franais) interview en 2015

    En dcembre, la situation continue se dtriorer Srebrenica, o lquipe MSF est quasiment bloque depuis plus de deux mois, toujours sans approvisionnement. Le 12 dcembre, le coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie, qui a dj confi ses proccupations ce sujet lAFP quelques semaines plus tt, demande au sige denvisager une opration de communication. Le 16 dcembre, dans un communiqu de presse envoy aux correspondants Belgrade de mdias occidentaux, il rapporte larrive dune nouvelle vague de Musulmans victimes de purification ethnique. En reprsailles, les forces bosno-serbes ne laisseront entrer aucun convoi transportant des mdicaments dans les enclaves pendant quatre mois, jusquen mars 1995.

    Selon un mdecin dune organisation daide, les enclaves musulmanes sont des prisons Agence France Presse, 24 novembre 1994 (en anglais)

    Extrait : Jeudi, Eric Stobbaerts qui est le coordinateur de MSF en ex-Yougoslavie, a expliqu des journalistes quen plus des dif-ficults conomiques, la population subit une importante pression psychologique pour rester dans ce quil appelle des prisons ciel ouvert . La pression vient de larme serbe lextrieur et lintrieur pour dcourager les gens de quitter les enclaves bosniaques . Si les enclaves taient ouvertes, les gens quitteraient la rgion explique-il, ajoutant quil y a un risque que les gens abandonnent et sen aillent bien quils aient le droit de vivre dans cette rgion . De plus, pour quitter la rgion tout le monde doit payer 2 000 Deutsch Marks larme serbe .Eric Stobbaerts rapporte quavec lapproche de lhiver, la situation des habitants de lenclave est devenue critique.Avant la guerre, Srebrenica comptait 6 000 habitants. Maintenant il y a 23 000 personnes qui tentent de survivre dans lenclave - 80 % dentre eux sont des rfugis venus dautres villages pris par les Serbes, raconte-il. Dans les villes, la population dpend entirement des distri-butions de nourriture et de laide mdicale de MSF.Mais les Serbes nautorisent quun minimum de ravitaillement passer. Selon Eric Stobbaerts, les forces serbes ne laissent passer quelques camions de vivres, en partie remplis, que lorsque la situation devient vraiment dsespre.Les seuls vivres disponibles dans les enclaves musulmanes sont la farine, lhuile, la viande en conserve et le lait en poudre.Ce rgime a caus des carences nutritionnelles et rend la population plus vulnrable aux maladies.Pour Eric Stobbaerts le principal problme Srebrenica et Gorazde est laccs laide humanitaire. Il ajoute que MSF est la seule organisation non gouvernementale tre autorise aller dans les enclaves. Les gens qui vivent dans ces enclaves sont dans un situation impossible, attendre une solution hautement improbable cette crise. Les travailleurs de MSF sont les tmoins de ce dsespoir au quotidien .

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    Prises de parole publiques

    Message dEric Stobbaert, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie au directeur des op-rations de MSF Belgique, 12 dcembre 1994 (en franais) D44

    Extrait : Il y a besoin de faire de la comm[unication]. Un cri dalarme pour les populations civiles des enclaves en Bosnie orientale. La situation devient chaque fois plus dramatique. Comme tu le sais nous sommes depuis prs de deux mois totalement bloqus, sans possibilits de convois ni mme de dplace-ment dexpats. Ce dlai dpasse tous ceux que jai connus depuis mon arrive ici.Aujourdhui encore les autorisations pour la semaine ont t refuses sans explications Samedi, une Jeep MSF a t confisque la sortie de Srebrenica. Nous essayons toujours de la rcuprer. Les quipes sont prises en otage puisquelles ne peuvent plus sortir ni rentrer, sans fuel pour poursuivre nos programmes et bientt plus de nourriture. Il faudra bientt penser survivre o et peut-tre abandonner ces populations en danger.Pour MSF plus de convoi logistique depuis le mois daot. Quelle solution pour ceux qui nont toujours pas dabri pour lhiver ?La pression est donc norme. Il faut ajouter linscurit gn-rale : shelling [bombardements] sporadiques et actes de francs-tireurs qui augmentent chaque jour, les confisca-tions Lobjectif de Pale est vident : pousser MSF partir. Le CICR se trouve dans la mme situation. Seul le HCR par-vient encore faire rentrer quelques ridicules tonnes de nour-riture pour viter quune famine ne svisse.LUNPROFOR [Forpronu] a dclar ce matin ne plus vouloir escorter les convois humanitaires des UN en Bosnie orientale car trop de risques. Quel jeu sournois est-il en train de se jouer ? A quel niveau ?Nous ressentons un abandon vident de ces personnes et peu de recours possible au niveau de la communaut internationale.Peux-tu voir avec la comm[unication] Bruxelles et Paris ce quon peut faire ? (NB : merci de coordonner avec le terrain pour la scurit des quipes).

    16 dcembre 1994 : la purification ethnique continue , Communiqu de presse du coordi-nateur de MSF en ex-Yougoslavie envoy aux correspondants de lAgence France Presse, Reu-ters, BBC et Le Figaro Belgrade, 16 dcembre 1994 (en franais) D45

    Extrait : De nouveau, ce vendredi 16 dcembre, cents personnes (exactement 39 femmes, 40 hommes et 17 enfants qui viennent sajouter aux 17 arrivs depuis le dbut de la semaine) ont chou tels des rescaps dun naufrage inat-tendu, dans la rgion de Tuzla. Perdus et abandonns par ceux qui furent un jour leurs voisins et leurs frres. On attend une nouvelle vague cette semaine. Ils viennent tous de la rgion de Bijeljina et certains des hommes dun camp de

    dtention. Aprs menaces et victions parmi les leurs, ils sont finalement obligs et forcs de partir. Le systme est organis, mthodique : ils paient et sont aussi dmunis de toute possession.Depuis la ligne de front o ils sont emports et dposs, il y a cette longue marche qui peut durer jusque 12 heures jusquau premier village musulman. De ce ct, les agences internationales les attendent et les mettent labri. Beaucoup retrouvent des parents ou des proches qui les accueillent dans de bien maigres conditions. Terroriss par leur nouveau sort et un destin inconnu, ils sont apathiques, choqus. Ils ont besoin de rconfort.

    MSF est extrmement proccupe par la situation humanitaire dans les enclaves de Bosnie orientale, qui se dtriore avec lavance de lhiver Communiqu de presse de MSF Belgrade, 19 dcembre 1994 (en anglais) D46

    Au mois de novembre, la quantit de nourriture qui a pu entrer dans les enclaves dlevait 905 kgcal par personne et par jour Srebrenica et 875 kgcal Gorazde (lapport calorique journa-lier ncessaire par personne slve normalement 2 500). Les quelques champs qui taient encore fertile sont aujourdhui striles, en particulier en cette saison.Il ny a pas dautre source dapprovisionnement venant de lextrieur. La situation risque de devenir rapidement drama-tique. MSF est extrmement proccup et demande que laccs soit donn aux convois humanitaires afin de permettre aux populations des enclaves de Bosnie orientale de vivre dans des conditions acceptables.MSF demande galement de laisser entrer du matriel de rhabilitation et damnagement aux conditions hivernales. Plusieurs centaines de familles sont en effet toujours sans abris et la merci de maladies, voire de mourir de froid.

    Bjelina, ctait un des fiefs des Serbes de Republika Srpska. Ils obligeaient les Bosniaques musulmans encore

    prsents dans cette zone accueillir chez eux des dplacs bosno-serbes. Ces derniers prenaient littralement le contrle de la maison, les empchant de brler les meubles pour se chauffer ou de rcolter les lgumes du jardin. La cohabitation tait tellement difficile qu la fin les Musulmans voulaient partir. Et l, on leur disait : si vous voulez partir, vous devez payer Je pense qu lpoque ctait 200 deutschmark. Il y a un charter qui va vous faciliter le transport jusqu la fron-tire. La frontire de lautre ct ctait Tuzla. Et une fois quils avaient pay, on leur disait : vous ne pouvez pas partir avec toutes vos affaires, mais vous pouvez prendre des choses de valeur et traverser la frontire . Au moment de traverser, plutt que la frontire, la ligne de front, il y avait un check point, o on les dpouillait de tous leurs biens. Il y avait mme des gens qui arrivaient sans chaussures. Eric Stobbaert, le coordinateur gnral, tait justement Tuzla. Il a vu arriver cette vague de dports, et on a sorti un communiqu de presse dont on na pas mesur les consquences : pendant les 4 mois suivant, on

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    na pas russi obtenir une seule autorisation pour faire entrer des mdicaments dans les enclaves.

    Dr. Graciela Diap, coordinatrice mdicale de MSF pour lex-Yougoslavie doctobre 1993 avril 1995 (en franais)

    interviewe en 2000

    En janvier et fvrier 1995, les autorits bosno-serbes renforcent encore leurs exigences quant aux contreparties que doit apporter MSF en territoire bosno-serbe en change de la possibilit de faire entrer des secours dans les enclaves. MSF refuse toujours de dlivrer de laide sans valuer les besoins au pralable. Tous les responsables internationaux susceptibles de faire pression sur les autorits bosno-serbes sont informs de ces difficults.

    Lettre du Dr Philippe Biberson, Prsident de MSF France et dric Goemaere, Directeur gnral de MSF Belgique lONU et aux responsables euro-pens en charge de lex-Yougoslavie, 12 fvrier 1995 (en anglais) D47

    Extrait : Nous voudrions attirer aujourdhui votre attention sur lim-possibilit que rencontre notre organisation depuis plusieurs mois de faire parvenir de laide dans les territoires assigs de Srebrenica, Gorazde et Zepa. Cette situation est le rsultat dun blocus continu impos par les autorits serbes de Bosnie sur les convois humanitaires de Mdecins Sans Frontires en violation du droit dinitiative humanitaire accord aux organisations impartiales par les Conventions de Genve (art. 9 CG 1,2,3 art.10 CG 4). Laccs ces zones a toujours t difficile mais il est maintenant impossible depuis quelques mois.La situation humanitaire est maintenant critique : Depuis plus de 3 mois (dbut novembre 1994), notre orga-

    nisation sest vue refuser le droit dapprovisionner les enclaves en mdicaments et en matriel mdical. Etant donn que Mdecins Sans Frontires est le principal four-nisseur de mdicament dans ces enclaves, il existe aujourdhui des pnuries importantes de mdicaments de base (voir en annexe : liste des mdicaments ncessaires envoys par nos quipes mdicales Gorazde et Srebrenica). En consquence, la sant des populations assiges est maintenant en danger grave, principalement celle des enfants et des personnes ges.

    Concernant les programmes de prparation pour lhiver, depuis aot 1994, tous ces programmes ont t grande-ment limits par le refus systmatique des autorits serbes de Bosnie dautoriser le passage de convois de matriel logistique, dassainissement et de rhabilitation. Ceci aggrave la prcarit et la misre dans lesquelles vivent les populations civiles.

    Mdecins Sans Frontires suit galement de prs lapprovi-sionnement en nourriture afin de pouvoir surveiller de pos-sibles cas de malnutrition et dautres problmes de sant.

    Les chiffres pour la fin de lanne 1994 et le dbut de lanne 1995 sont en dessous des standards internationaux de 2 000 Kcal par personne et par jour. En ralit, les convois de nour-riture de lONU ne sont autoriss quen quantit insuffisante ces derniers mois, ce qui entraine un affaiblissement gnral de la population. (voir les chiffres en annexe)

    En 1994, sur la route des enclaves, les quipes de Mdecins Sans Frontires ont galement t victimes, plusieurs reprises, de confiscation arbitraire de matriel humanitaire, considr par les autorits serbes de Bosnie comme du mat-riel stratgique (6 bombonnes doxygne, 68 cartons de mdicaments, du matriel de communication et de protection et un vhicule Toyota), ce qui a altr lefficacit de nos op-rations. Les autorits de Pale enqutent sur cet incident depuis plusieurs mois et nous ont promis de nous rendre le matriel confisqu.Les problmes mentionns ci-dessus montrent clairement le rejet des principes humanitaires dicts par les Conventions de Genve et des rsolutions de lONU relatives la protection des soi-disant zones de scurit .Parce que nos approvisionnements et nos activits humani-taires sont dune importance capitale pour les populations assiges et parce que la situation pourrait devenir rapide-ment dramatique, nous demandons votre soutien pour nous aider rsoudre le problme actuel avec les autorits serbes de Bosnie.

    Lettre de lONU et des responsables europens en charge de lex-Yougoslavie au Dr Philippe Biberson, Prsident de MSF France et au Dr Eric Goemaere, Directeur gnral de MSF Belgique, fvrier 1995 (en anglais)

    Extrait : De la Mission permanente de lAllemagne aux Nations unies, le 24 fvrier 1995 D48Merci pour votre lettre []. Ces informations sont extrme-ment utiles pour notre valuation de la situation en Bosnie dans le cadre de notre travail au Conseil de scurit

    Du Reprsentant permanent de la Fdration de Russie aux Nations unies, le 28 fvrier 1995 D49La Fdration de Russie est trs proccupe [)]. Le Conseil de scurit a t saisi de cette affaire et fait un certain nombre de dclarations prsidentielles []. Le Conseil va continuer suivre de prs la situation.

    De la Confrence internationale des Nations unies sur lEx-Yougoslavie, le 28 fvrier 1995 D50Le Groupe de contact des 5 nations a t le principal canal pour la ngociation avec les Serbes de Bosnie depuis prs dun an () votre dmarche devrait donc plutt tre faite auprs des ministres des Affaires trangres de ces 5 pays.

    Du Conseil de scurit des Etats-Unis, le 9 mars 1995 D51Je partage votre proccupation et votre frustration, et jai une haute estime pour le travail accompli par votre organisa-tion pour tenter dattnuer la souffrance des populations en

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    Prises de parole publiques

    Bosnie. [] Nous avons peu dinfluence sur les Serbes de Bosnie. Nous continuerons nanmoins appeler la libre circulation de laide en Bosnie.

    Lettre du ministre de la Sant, du Travail et des Affaires sociales de la Rpublique serbe de Bosnie lUNICEF, PSF, MDM et MSF Sarajevo, 22 fvrier 1995 (en anglais) D52

    Extrait : Nous ne sommes pas du tout satisfaits de votre explication selon laquelle cette aide, en principe, est tablie en fonction respectivement des besoins et de vos valuations sur le ter-rain, et non selon le ratio rel du nombre dhabitants et du nombre de structures de sant qui sont sous le contrle des autorits de Sarajevo et de celles qui sont sous le contrle des autorits de la Rpublique serbe de Bosnie. Mes collgues ont essay, au cours de plusieurs entretiens, dattirer votre atten-tion l-dessus, et sur lingalit du traitement appliqu selon nous la partie serbe dans la rpartition de laide que vous fournissez. Malheureusement, lexception de lOMS et du HCR, les autres organisations nont pas port assez datten-tion nos arguments et nous serons bientt dans lobligation de revoir compltement notre coopration avec elles.

    Message du coordinateur gnral de MSF pour lex-Yougoslavie MSF Bruxelles et Paris, 24 fvrier 1995 (en anglais) D53

    Extrait : Pour rsumer :Il est maintenant clair pour moi que le problme nest pas MSF.Toute ngociation sur un document, sur laspect politique de notre dclaration, sur le plan de distribution de la mi-mars ne sert qu gagner du temps. Cest le seul outil que peuvent, officiellement, utiliser les autorits civiles.Le problme est militaire. La menace relle dune offensive bosniaque avant la fin du cessez-le-feu en est la raison.Militairement parlant, il est plus intressant de couper lap-provisionnement en matriel mdical plutt quen nourriture pour affaiblir une arme. Les mdicaments seront donc refuss pour toutes les organisations.Cest pour cela par exemple que le HCR refuse les mdica-ments de MSF non-tiquets, que le convoi du Dutchbat avec PSF et MSF H de Tuzla a t refus, que lautorisation du CICR a t refuseDonc cessons dtres paranoaques et prparons-nous pour une urgence.Nous avons discut de la possibilit de largages ariens pour forcer le passage de quelques convois (parce que les autorits serbes de Bosnie dtestent les largages ariens). Cest la der-nire solution. []Les mouvements dexpatris vont aussi tre un sujet difficile (puisque ce sont des personnels mdicaux) mais qui devrait pouvoir tre rsolu. Je vais faire tout ce que je peux pour rsoudre a pour demain. On verra les rsultats.

    The Mission n198, lettre dinformation satirique de MSF France, 26 juin 1995 (en franais) D54

    Extrait : Ex-Yougo. a y est, on a enfin obtenu des Serbes de Bosnie les autorisations pour faire sortir et entrer des quipes Srebrenica et Gorazde. La rotation a t faite ce ouikende sur Srebrenica, pas encore sur Gorazde; on attend avant dy croire (comme Saint Trucmuche) Les gus de Srebrenica, eux, entrans par Pierre Souploignon-y-crouton [Salignon] qui est Pale pour lvnement, nont visiblement pas attendu pour arroser leur quille [...] Pour rappel, on a deux personnes Gorazde et trois Srebrenica. Pour elles, cest comme une sortie de prison. Aussi bien. Aussi triste pour les gens quelles laissent derrire les barreaux. a na rien voir, mais on a par ailleurs fait une petite dotation de matriel des hpitaux non seulement militaires mais aussi serbes dans la rgion de Sarajevo. Polies, les autorits militaires serbes de Bosnie nous ont envoy tous leurs remerciements. Beurk.

    Message de Pierre Salignon adjoint au responsable de programme, MSF France au dpartement de la communication, 27 juin 1995 (en franais) D55

    Extrait : Salut de PaleOn vient de lire le dernier The Mission et on peut dire que nous avons t pour le moins surpris par le paragraphe ex-Yougo. On connait le ton provocateur de The Mission, mais ce nest pas pour cela que lon a la permission de dire tout et nim-porte quoi []Vous faites rfrence une donation des hpitaux militaires et de surcroit serbes ? ? ? Si a vous fait plaisir dcrire des btisesDonc on se permet de vous rpondre. []Il y a ici aussi une guerre depuis 3 ans. Que les Serbes en soient responsables, cest une chose. Que des populations en souffrent, a en est une autre et peu importe quelle com-munaut elles appartiennent.Si vous ne le saviez pas dj, MSF dveloppe en Bosnie de lest (ct serbe) un programme de distribution de mdica-ments 30 structures de sant (polycliniques et dispensaires, et 5 pharmacies pour refugis).Ce programme aujourdhui fonctionne mieux et a un rel intrt mdical/impact auprs de la population civile, mme si vous nen tes pas convaincus, le CICR lui soccupe notam-ment des hpitaux et des blesss de guerre, cest son mandat.Il est important aussi de savoir, que depuis plusieurs semaines la guerre est ici en train de changer de nature. Sans oublier les responsabilits des Serbes dans ce conflit et les massacres commis en 1992 et 1993 [] aujourdhui ce sont deux armes qui se combattent et sont prtes tout pour arriver leurs fins. Et la guerre est sale et les mthodes utilises de chaque ct pas recommandables.Les victimes de part et dautres, ces dernires semaines - civiles et militaires - sont nombreuses. Ce qui explique claire-

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    ment pourquoi des donations urgentes peuvent tre ralises, mme si cela dplait certains de voir MSF soigner des Serbes civils ou militaires Vous avez lu la charte ? ? ?

    On apportait la liste des mdicaments quon voulait distribuer aux responsables bosno-serbes et ils nous

    disaient : OK, on va faire 70 % pour la partie serbe, 30 % pour la partie bosniaque. On rpondait quon ne parlait pas de pourcentage mais de besoins. On leur racontait quelle situation on avait trouv en Republika Srpska et quel approvisionnement on prvoyait. Puis on racontait quelle tait la situation de lautre ct et on leur donnait la liste des mdicaments quon estimait devoir livrer. Et l commenait la procdure de clearance4 , de la bureaucratie totale ! Il fallait une clearance pour le camion, une pour le chauffeur, une pour la personne qui accom-pagnait, une pour les mdicaments quon transportait et une pour la date. La plupart du temps, tout tait prt et les clea-rances taient ngatives. Une fois, le responsable tait en train de signer la fameuse clearance lorsque par la fentre, derrire lui, jai vu apparaitre un champignon de fume. Ctaient les premires frappes de lOTAN. Le type sest tourn, il a pris le papier et il la chiffonn. Jen avais les larmes aux yeux. Un beau matin, on recevait lautorisation et on partait. Ensuite on pouvait se retrouver attendre un check point, parfois jusquau lendemain. Parfois aussi il y avait des mines anti-char sur le passage et les militaires nous provoquaient : on ne peut pas les bouger mais vous pouvez descendre les retirer vous-mme . La situation tait tellement critique dans les enclaves que lorsquon y venait seul, on laissait les mdicaments de la malle durgence.

    Dr. Graciela Diap, coordinatrice mdicale de MSF pour lex-Yougoslavie doctobre 1993 avril 1995 (en franais)

    interviewe en 2000

    Tandis que les offensives clatent un peu partout en Bosnie, au sein de MSF on sinterroge nouveau sur le rle de lorganisation dans les enclaves. Depuis plusieurs mois, le coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie constate que la plupart des responsables militaires, diplomates et journalistes trangers prsent en ex-Yougoslavie, se sont rsigns lide que les enclaves sont une entrave au processus de paix.

    Dans le numro davril du journal interne de MSF Belgique, Contact, il se demande si MSF ne joue pas le rle de mde-cin- gelier dans ces enclaves et ne devrait pas prendre la parole au nom de ceux qui veulent en sortir.

    4. autorisation

    Compte-rendu de la runion du Conseil dadmi-nistration de MSF France, 24 fvrier 1995 (en franais) D56

    Extrait : La situation dans les enclaves est de plus en plus difficile. Les quipes nont plus de matriel mdical (depuis 2 mois) ni de matriel logistique (depuis 5 mois). On renforce tous les moyens de pression pour faire entrer le matriel et on se dit que si on ny arrive pas, on retirera peut-tre les quipes car cela deviendra extrmement dangereux pour elles lorsquelles nauront plus rien. Cest une ventualit douloureuse.Les nouvelles quipes sont arrives et se trouvent dans une situation laquelle elles taient mal prpares. Elles ont quand mme trouv de quoi accomplir un travail mdical et le moral est un peu meilleur.Dune faon gnrale, la situation se dgrade et nous avons mis la barre trs haut dans notre intransigeance ne pas payer aux Serbes de contrepartie en change de ce qui entre dans les enclaves. Dautres acteurs humanitaires sont moins exigeantsA titre dexemple, on estime 30 % le pourcentage de ce que lOMS achemine allant aux Serbes.Il existait un soi-disant programme dvacuation des blesss qui na jamais fonctionn, sauf en change de prisonniers ou de convois qui arrivent en zone serbe.Nous nous sommes retirs de ce systme et nous sommes fait agonir dinjures par le HCR et le CICR (et par les ONG en gnral). Nous sommes trs isols, car partout on marchandeLes enclaves sont maintenant un enjeu stratgique et non plus militaire.Nous navons pas de bonne solution pour linstant.

    Infomatin, Bulletin dinformation interne de MSF Belgique, 22 mars 1995 (en franais) D57

    Extrait : On ressent partout le contexte de guerre; les Bosniaques sont rarms par les US.La situation dans les enclaves est dsespre; les gens sont vritablement en prison, nont plus aucun espoir et la mort na plus aucune valeur pour eux. Ils se disent eux-mmes condamns mourir.Mme si la nourriture et les mdicaments sont encore suffi-sants (mais limites), il sagit rellement dune stratgie des serbes de laisser passer les approvisionnements au compte- goutte, pour mieux asphyxier les populations.MSF devrait revoir sa stratgie et faire davantage pour redonner un sens la vie de ces gens enferms et dsesprs.A Pale (QG des Serbes bosniaques), 8 MSF ont parlement pen-dant 5 jours avec les autorits. Un accord est intervenu pour le transport de laide vers les enclaves avec lobligation pour les ONG de dclarer mois par mois le matriel y faire entrer. Un premier convoi a pu pntrer Srebrenica et Gorazde, ce qui a permis de changer les quipes et de faire entrer quelques tonnes de vivres et de mdicaments.En conclusion, il faut absolument reparler des enclaves et

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    Prises de parole publiques

    tre plus agressifs dans notre communication (une runion sera programme rapidement sur la Bosnie).

    Du rle de MSF dans les enclaves de Bosnie orientale Eric Stobbaerts, Coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie, fvrier 1995, Sarajevo, Pale publi dans Contact, journal interne de MSF Belgique, avril 1995 (en franais) D58

    Le ton et lauteur risquent de surprendre certains dentre vous. Cest le rsultat dune frustration norme attendre laboutissement dinterminables ngociations en Bosnie orientale pour recommencer nos activits un rythme plus soutenu. Cela nest certainement pas un cri de capitulation; notre quotidien a pour devise : A luta continua !

    Arriv au terme dune mission de plus de quinze mois qui ma passionn et pris aux tripes, laquelle je me suis donn corps et me, soudain cette rflexion inattendue, venue du plus profond : mais quel rle sommes-nous amens jouer par notre intervention en Bosnie Orientale ? []Quel avenir ?A terme, tout le monde le sait, ces poches nont pas de futur. Tous ont capitul, mme cette hypocrite communaut inter-nationale qui rpugnait, au dbut du conflit, la division communautaire. Aujourdhui, cest elle-mme qui propose ce partage et de faon trs mticuleuse. La population assige ny croit pas non plus. On peut estimer grossirement 70 % ceux qui souhaitaient partir.Mais il ne faut pas le cacher : si ces populations sont assi-ges par lanne serbe, elles le sont dsormais aussi par les autorits dans ces poches. Le sige est donc double.Doit-on encore garder sous silence que cet t, par exemple, une grand-mre et sa petite fille ont t tues par les auto-rits de la poche de Gorazde alors quelles essayaient de tra-verser la ligne de front serbe ?Lenjeu politique et diplomatique que reprsentent ces enclaves tant pour Pale que pour Sarajevo est vident.Quel rle joue-t-on ?Dune part, nous faisons le jeu des intrts de Pale puisque nous assurons la stabilit (pas lamlioration) de ltat de sant de ces populations-monnaies dchange. Cela vite au bourreau un scandale humanitaire qui attirerait trop lattention.Dautre part, nous participons au dessein politique (encore peu clair) de Sarajevo, en nous conformant leurs mthodes expditives et en ngligeant lessentiel : avant tout, cette population veut sa libert.A quoi joue-t-on alors ?MSF doit-il se conformer un rle de glier/mdecin de prison, au service de deux parties en conflit ?Ne doit-on pas prendre la parole au nom de ceux qui veulent partir, ceux qui veulent retrouver leur libert, ceux qui se trouvent emprisonns contre leur gr, et pour un idal auquel ils ne croient plus ?O en est la Bosnie, cet idal de la multi-diffrence qui diminue, tel une peau de chagrin, coup de purification eth-nique de part et dautre, cet idal qui se limite dsormais aux

    contours du centre de Sarajevo, et encore, dans quel tat !!!Nest-ce point le moment de rflchir autrement, de penser de faon objective, en revoyant les principes qui nous ont fait venir et en saisissant ce jour la souffrance de ces populations ?Ne doit-on pas penser que le sort de 100 000 personnes rfu-gies sur un sol en paix et unifi est plus profitable (humaine-ment), sol o ils pourront jouir de leur libert et de leurs droits dtres humains ?Quel est le sort de 100 000 personnes voues vivre dans un tat mi-humain mi-animal, vides de leur substance, cest--dire de leur intgrit ? Ne doit-on pas se rvolter devant cette rflexion dune jeune rfugie (19 ans) de Srebrenica : Attendre encore un ou dix ans, quimporte ? Peut-tre est-il prmatur dapprofondir cette rflexion ou de se lapproprier, mais la veille dune nouvelle offensive que nous attendons tous ce printemps ... elle est justifie ? Quel prix faut-il payer pour dfendre un idal ? Et lHistoire nous en sera-t-elle reconnaissante ?En tous les cas, on se doit dy rflchir, ne serait-ce que pour ritrer les bases de notre engagement dans ces ghettos de la fin du millnaire ...

    Ds 1994, les gens ont compris que vu son encerclement, sa disposition gographique, trop rapproche, trop

    ancre dans la Republica Srpska, prs de la frontire yougoslave, Srebrenica allait tre un enjeu, une monnaie dchange et tomberait aux mains des Serbes loccasion dun deal politique pour des accords de paix. Les gens avaient compris quils ne pourraient pas rester, quils partiraient. Quand jai quitt len-clave [en avril 1994], jtais persuade que a ne tiendrait pas, quon ne leur garderait pas Srebrenica et la rgion pour eux. En revanche, comme les gens eux-mmes, nous avons eu la navet de croire quils garantiraient la scurit de la population et sa protection.

    Graziella Godain, coordinatrice de terrain de MSF Belgique/France Srebrenica doctobre 1993 avril 1994

    (en franais) interviewe en aot 2000

    Jtais en contact rgulier avec les Nations unies, les journalistes, les responsables de la Forpronu, les diplo-

    mates etc. Au fur et mesure des mois qui passaient - et cest devenu trs clair lhiver 94 et dbut 95 - pour tous ces gens-l, Srebrenica et les autres enclaves taient devenues un obstacle au processus de paix. Ils ne lont videmment jamais dit ni par crit, ni dans une runion officielle, mais tout le monde avait capitul sur la possibilit davoir une Bosnie multiethnique. Dans ce sens, les Serbes avaient gagn. En janvier 1995, les convois nentraient pas. On en tait arriv se dire quil fallait faire du largage par voie arienne. MSF avait toujours critiqu cela, mais on tait dans une telle situa-tion - on navait mme plus daspirine dans la pharmacie - quon a dcid daller demander aux Nations unies de faire du para-chutage de mdicaments sur Srebrenica. Je suis all voir le gnral Smith, le responsable de lUNPROFOR [Forpronu], qui

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    ma rpondu en substance que la communaut internationale ntait pas prte risquer une troisime guerre mondiale pour faire parvenir de laspirine Srebrenica.En 1993 Srebrenica, la population tait compose de ruraux dplacs. Ils avaient une force, une volont dtre sur place. Au-del de la souffrance, de la situation inhumaine quils vivaient, ils comprenaient la raison dexister de cette enclave, qutre l ctait une faon de lutter pour arriver une recon-naissance dune Bosnie multiethnique. Mais au fur et mesure de mois et de mois horribles dune vie atroce, la situation a volu. Lors de ma dernire visite Srebrenica avant de partir (en avril 1995) - a se formalisait un peu parce que je partais, les gens me disaient : merci beau-coup MSF pour tout ce que vous faites, mais nous ce que lon veut cest sortir, on veut rejoindre les ntres. Entre temps, un Etat stait mis en place en Bosnie-Herzgovine, sur la base dun accord entre les Croates et les Musulmans. Il y avait une sorte de stabilisation en Bosnie centrale et les gens de Srebrenica avaient chang de discours. Entre ce que disaient les diplomates et ce que disaient les gens de Srebrenica, jai fait une sorte de synthse empirique et je me suis dit que finalement MSF, on tait en train de devenir les mdecins de prisons serbes. Je crois quon ne sen est pas rendu compte temps. Pour moi, le rle de MSF cest dtre lcoute des populations et on ne la pas t suffisamment dans le cas de Srebrenica. Au cours de mon dbriefing au sige, jai suggr quon propose un dplacement de cette population, quon demande ce que les gens de Srebrenica puissent rejoindre les leurs, puisque cest cela quils demandaient. Jai eu droit une leve de boucliers. On ma dit : ce nest pas le mandat de MSF, en plus ce serait faire le jeu des Serbes . Je men veux personnellement dtre parti ce moment-l. La personne qui devait me remplacer ntait pas disponible, on a divis ma position en deux : on a temporairement remis un coordinateur Belgrade et un autre Split et on a renforc leur profil. Srebrenica tait dsormais sous coordination de Belgrade. Or beaucoup de contacts concernant Srebrenica ne se trouvaient pas Belgrade, mais Sarajevo et Zagreb. Il ny avait plus personne, part les responsables des siges pour avoir une vision globale de la situation. Mais ils ne se dplaaient pas sur le terrain toutes les semaines pour recouper les informations. Cette rorganisation nous a fait perdre de linformation.

    Eric Stobbaerts, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de dcembre 1993 avril 1995

    (en franais) interview en juillet 2000

    Cest bien que MSF soit arrive dans lenclave avec Morillon, soit reste, ait dvelopp toute cette activit

    mdicale, se soit battu pour faire venir des mdecins, et pour habiter l, tre proche des gens. Je pense que llment le plus important ctait vraiment notre prsence. Mais cette prsence a peut-tre eu un revers en donnant le sentiment que tout allait bien. La population de Srebrenica ne voulait pas rester, elle voulait aller Tuzla. MSF le savait mais na pas relay cette volont. Pourquoi ? Parce quon sattendait ce que cette popu-lation soit respecte. Peut-tre aussi parce que larrogance de MSF la amene se satisfaire dtre dans lenclave, l o il

    fallait tre , sans vraiment analyser la souffrance des gens. Et a, on doit le reconnatre.

    Dr. Graciela Diap, coordinatrice mdicale de MSF pour lex-Yougoslavie doctobre 1993 avril 1995 (en franais)

    interviewe en 2000

    A de trs nombreuses reprises au sein du Conseil dadmi-nistration de MSF France, dont jtais membre, la ques-

    tion des enclaves a t pose. Le vice-prsident de lpoque a soulev la question : est-ce que MSF nest pas la cigarette du condamn ? Cest exactement comme a quil la formule. On a rflchi la possibilit de demander lvacuation des gens. Mais cest une ide qui a t carte parce quelle nous semblait tout fait irraliste, irralisable. Il ny avait pas daccord poli-tique l-dessus et la mettre en terme de communication publique ctait nous empcher court terme dentrer dans les enclaves et nous amener perdre le contact.

    Dr. Renaud Tockert, responsable des programmes en ex-Yougoslavie pour MSF Belgique en 1993 et 1995

    (en franais) interview en 2000

    Je ne me souviens pas de discussion autour des vacua-tions. Ce ntait pas entendable par les responsables

    politiques nationaux concerns.Je voyais souvent la reprsentante du HCR. On discutait de la ralit de ces populations bloques dans les enclaves, compl-tement dpendantes, vivant dans une sorte de petit Varsovie de la pire poque et se demandant quelle serait la prochaine tape. Mais tout le monde tait tenu par le deal politique et le rapport de force, qui voluait avec les vnements militaires : les dploiements de troupes qui gelaient certaines positions, les frappes ariennes etc. Et dans le deal politique personne nen parlait mme si tout le monde savait quil y avait une verrue et quil allait falloir trouver une solution.

    Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme de MSF France, en charge des programmes

    en ex-Yougoslavie (en franais) interview en 2015

    A la mme poque, les relations se tendent de nouveau entre lquipe de MSF Srebrenica et lOpstina, lautorit civile bosniaque musulmane qui gre la ville, au sujet du personnel local employ par MSF. Les autorits municipales bosniaques exigent la dmission du logisticien, employ essentiel pour les activits de lorganisation et qui rsiste aux tentatives de corruption. Il est somm de rejoindre larme bosniaque, sous peine dtre emprisonn. Progressivement le contentieux stend aux cas dautres membres du personnel de MSF.

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    Prises de parole publiques

    Message du coordinateur MSF Srebrenica au coordinateur gnral de MSF pour lex-Yougoslavie, 9 mars 1995 (en anglais) D59

    Extrait : Ils veulent :1. le retrait de notre logisticien, il a reu une lettre lui deman-dant dtre prsent le 9 mars 8h lcole sinon prison. Cest lui qui porte le plus de responsabilits dans la mission MSF.2. la rotation de tout le personnel MSF. Nous devons leur fournir la liste de notre staff, avec le nombre et les qualifica-tions du personnel futur. Date limite dans deux ou trois jours, dans 15 jours tout le personnel devra avoir t remplac.3/ ce nest pas une attaque contre MSF, cela concerne le per-sonnel local de toutes les organisations.POURQUOI ? (notre conclusion)- Ils veulent montrer leur force- Ils veulent avoir leurs personnes aux positions cls des organisations, donc tout contrler.

    - Prlever des impts sur les salaires

    Lettre du coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie au reprsentant du ministre de la Dfense Srebrenica, 24 avril 1995 (en anglais) D60

    Extrait : En pratique, la situation confuse que je vous ai expos et la mobilisation de notre personnel nous a oblig annuler cer-taines de nos activits faute de support logistique.- Programme de rhabilitation- Maintien de lhpital- Toutes les activits qui ne dpendent pas de la pharmacie puisque notre entrept principal na plus de magasinier. 12 ambulantas sont cours de produits dhygine, 6 dentre elles sont plus ou moins inaccessibles puisque lun de nos vhicule est en panne et que personne ne peut faire les rparations.

    En plus de leurs responsabilits mdicales, les docteurs doivent assumer lentretien du gnrateur et des vhicules. [] Dans lincapacit de porter une assistance essentielle la population, jestime que la situation ne peut perdurer sans consquences durables sur notre opration.Croyant en une volont commune de permettre nos pro-grammes de redmarrer, nous attendons une rponse positive de votre part pour une discussion ouverte.

    Compte-rendu de la runion des oprations de MSF France, 6 juin 1995 (en franais) D61

    Extrait : Srebrenica : des personnes de notre staff vont tre mobili-ses. Problme vis vis de lquipe dune part et dautre part le staff de remplacement va nous tre impos. Nous allons changer les profils de poste en diminuant la responsabilit du personnel local.

    Rapport mensuel de juin 1995, MSF Srebrenica, 8 juillet 1995 (en anglais) D62

    Extrait : Non seulement le manque de ressources humaines, de mdi-caments et de matriel mdical bloque nos activits, mais le problme actuel avec lOpstina rend difficile la fourniture dune assistance suffisante la population.Il ne semble pas y avoir de possibilit de compromis de leur part et [] (deux logisticiens trs importants) ne sont plus autoriss dans notre maison. Des discussions sont en cours Sarajevo. 30 % des travailleurs des structures civiles seront retirs de leurs postes.Quelle est la relation entre ladministration civile et militaire ?

    On avait de gros problmes avec lOpstina, la municipa-lit, qui tait trs vindicative et trs revendicatrice. Il y

    avait la fois de la dprime dans la majorit de la population et une espce dnervement au sein des militaires bosniaques. LOpstina commenait imposer le recrutement forc des hommes et on commenait avoir du mal garder le personnel masculin. Il a fallu quon rsiste lorsquils voulaient nous enrler des employs pour faire leurs oprations commando sur les postes serbes. Dune part, la plupart dentre eux ne voulaient pas participer ces actions. Dautre part, on avait besoin deux pour travailler. La prise en charge mdicale de 45 000 personnes ctait norme et nous ntions que quatre six expatris.

    Graziella Godain, coordinatrice de terrain de MSF Belgique/France Srebrenica doctobre 1993

    avril 1994 (en franais) interviewe en aot 2000

    A partir du 15 avril, les autorits bosno-serbes sopposent nouveau toute rotation des quipes expatries de MSF travaillant dans les enclaves de Gorazde et Srebrenica. Dbut juin, depuis Belgrade, MSF rapporte la presse la dgradation de la situation dans lenclave qui est de nouveau bombarde par les forces bosno-serbes.

    Les autorits de Pale tentent de conditionner la rotation des expatris au fait que lorganisation les mette en contact avec les responsables politiques franais. MSF refuse.

    La situation humanitaire saggrave dans les enclaves Agence France Presse, Belgrade, 5 juin 1995 (en franais)

    Extrait : Le dernier convoi de nourriture est parvenu Srebrenica le 25 avril et les stocks baissent Gorazde galement, selon M. Stphan Oberreit, coordinateur gnral de MSF Belgrade.Lapprovisionnement en mdicaments est cependant rgulier le dernier convoi tant arriv le 18 mai Srebrenica et le 23 Gorazde.

    http://speakingout.msf.org/fr/srebrenica/reference-materialshttp://speakingout.msf.org/fr/srebrenica/reference-materialshttp://speakingout.msf.org/fr/srebrenica/reference-materialshttp://speakingout.msf.org/fr/srebrenica/reference-materials

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    MSF rencontre de nombreux problmes dans la conduite de ses programmes du fait quil lui est impossible lheure actuelle deffectuer les rotations normales des quipes , a dit M. Oberreit.Les autorits serbes de Bosnie ne dlivrent pas les autori-sations ncessaires pour effectuer les changements de per-sonnels prvus . a-t-il prcis.A Gorazde, lanesthsiste de lquipe MSF a pu assister les mdecins locaux dans les oprations de 30 blesss graves et il a dnombr une dizaine de dcs lhpital.Sur le plan de la scurit. la situation se dtriore gale-ment. Plusieurs obus sont tombs prs de lantenne MSF, Gorazde et plusieurs autres dans le campement mme de lhpital local , a ajout M. Oberreit.Les activits militaires dans la rgion de Gorazde restent importantes. Un vhicule MSF clairement identifi a t pour-suivi par un tir de mitrailleuse alors quil quittait le pont principal de Gorazde avec lanesthsiste et un bless son bord selon la mme source.LONU Sarajevo a annonc que lenclave de Srebrenica qui avait connu une relative accalmie, avait t bombarde dans la nuit de dimanche lundi. 303 dtonations y ont t enre-gistres par les observateurs de lONU.)

    Message de MSF Pale pour MSF Srebrenica, 20 juin 1995 (en anglais) D63

    Extrait : Leur proposition tait que MSFB/F demande au gouvernement franais de contacter NL Pale pour le forcer accepter la rotation. Cela lui donnerait lopportunit davoir un contact avec des reprsentants de la diplomatie franaise. Ils esprent ainsi ouvrir un nouveau canal de ngociations.Imaginez notre surprise dentendre ce discours, mme si nous comprenons quil y a une crise entre les autorits civiles et militaires de la Rpublique serbe de Bosnie. Soyons clairs, ils essayent de nous entrainer dans des affaires politiques en contradiction avec nos principes. Cest, comme vous pouvez vous en douter, videmment dlicat. Nous devons avoir de nou-veaux rendez-vous avec eux demain. Aprs discussion avec les siges nous pensons que ce chantage est inacceptable.Il y a deux faons de rsoudre tout a.Premirement, linacceptable, qui est de faire de nos quipes dans les enclaves, cest dire vous, un enjeu de marchandage entre ngociateurs serbes et ngociateurs franais occiden-taux , sur lequel nous naurions aucun contrle, sachant que les Serbes joueraient ce jeu trs professionnellement - comme ils lont fait avec les casques bleus - et cela ajouterait mme une contrainte sur nos activits futures dans les enclaves, puisquils pourraient utiliser cet argument chaque fois quils le voudraient et dans toute circonstance qui leur plairait.Deuximement, le difficile, qui est de refuser ce marchandage de voleur et dire que nous nous en tiendrons notre posi-tion : demander laccs, une rotation des quipes normale et la continuation de toutes nos activits humanitaires, sachant que cela pourrait avoir rapidement un effet boomerang dif-frents niveaux : autorisation dentre et de sortie pour les enclaves et les quipes de Pale, des contraintes de scurit,

    peut-tre mme tre pris en otage, lexpulsion des enclaves et de la Rpublique serbe, tout est possible.Si il devait sen suivre une raction inacceptable des Serbes cette proposition, alors nous pourrions avoir prendre dautres mesures, qui nont pas tre discutes ici et mainte-nant, mais que nous prparons dj.Nous voulons dfendre la seconde option demain et nous vous tiendrons informs de tout nouveau dveloppement qui suivrait dans la journe.Cela implique que nous vous demandions de rester ferme, comme nous le faisons ici et quil ny ait pas de discordance dans le message officiel. Nous savons que cest une condition qui est dure pour vous, nous savons que vous tes fatigus, que vous en avez assez de ces conneries, mais est-ce que vous pouvez tenir encore une semaine ou plus ?Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous sou-tenir autant que possible.

    Quand MSF est entre dans les enclaves en 1993, il devait y avoir 5 postes Srebrenica et 3 Gorazde. En

    mai 1995, on navait plus droit qu 3 postes Srebrenica et 2 Gorazde. Et il fallait attendre que des volontaires aient une autorisation de rentrer pour faire sortir les autres. Au bout dun certain temps, ceux qui taient dans lenclave, sous les bombes, craquaient. On les avait en pleurs la radio. Je leur chantais des chansons pour leur remonter le moral et les faire rireJai pass trois semaines essayer dobtenir les autorisations de faire des rotations de personnel et de faire rentrer du mat-riel. Ces ngociations taient un rien surralistes. On rencontrait les Serbes, entours de gros malabars, dans des chalets. Linterlocuteur des humanitaires, ctait Nikola Kolievic, le vice-prsident de la Republika Srpska, un professeur de littrature anglaise. Il a commenc par demander quon le mette en contact avec le prsident franais Jacques Chirac, quon lui fasse passer son numro de tlphone. Jai refus en expliquant que MSF tait une organisation non-gouvernementale.Au bout dun moment, je me suis dit quil fallait lcher quelque chose. Donc je lui ai dit que sur Srebrenica, on ne pouvait pas descendre en dessous de deux volontaires. Et l il a rpondu : Trs bien, a cest un argument qui va maider . Une fois la rotation effectue, je lai appel pour le lui annoncer et le remercier et l il ma dit quil tait bien content et quil venait fter a chez nous ! Il est arriv, dj compltement ivre, avec des bouteilles. Jai demand que son garde du corps arm reste dehors. On a donc pass la soire avec Kolievic qui nous chantait des chansons franaises et nous racontait sa vie. Ctait compltement surraliste.

    Stephan Oberreit, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur

    de la communication de MSF France de 2000 2006 (en franais) interwiew en 2015

    Lorsquon est Pale, Stephan et moi, en juin 1995, on voit normment de choses. On voit des voitures de

    lONU, on entend que tel responsable de lONU est venu la

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    Prises de parole publiques

    Maison-Blanche, le petit chalet du parlement des Serbes bosniaques. On ne sait pas bien de quoi ils discutent puisquon ny est pas. Mais Kolievic nous dit on est en train de ngocier. La guerre est bientt finie, on va peu prs avoir ce quon veut Oui, il y a un deal sur Srebrenica . Il ne nous dit pas : on a sign ceci contre cela mais il nous donne des numros de tlphone, de fax en nous disant voil, donnez a M. Chirac . Cest compltement brouillon et trs manipulateur, pour voir jusquo on est prt aller ou pas.

    Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme de MSF France, en charge des programmes

    en ex-Yougoslavie (en franais) interview en 2015

    Fin mars, le Secrtaire gnral des Nations unies a demand au Conseil de scurit de remplacer la Forpronu par trois forces de paix, dont lune en charge de la Bosnie, qui resteront toutefois coordonnes par un commandement gnral.

    A la mi-avril deux soldats du contingent franais de la Forpronu sont tus par des tireurs embusqus.

    Trois forces de paix distinctes vont succder la Forpronu Agence France Presse, Reuters (Royaume-Uni), 27 mars 1995 (en franais)

    Extrait : Par ailleurs, le Secrtaire gnral de lONU a demand au Conseil de scurit de remplacer, compter du 31 mars, la Forpronu par trois forces de paix distinctes en Croatie, Bosnie et Macdoine. Un quartier-gnral effectuant la liaison entre les trois oprations (Croatie, Bosnie, Macdoine) sera cepen-dant maintenu Zagreb, sous le commandement gnral et le contrle du diplomate japonais Yasushi Akashi et du gnral franais Bernard Janvier. []Le quartier-gnral sera aussi responsable de la liaison avec le gouvernement de Belgrade et dautres gouvernements concerns, ainsi quavec lOtan, qui effectue des oprations ariennes dans la rgion. []Sur le terrain, une semaine de violents combats a permis aux forces du gouvernement bosniaque de semparer de plusieurs points stratgiques, alors que, de leur ct, les forces des serbes de Bosnie ripostaient en bombardant plusieurs villes, dont des zones de scurit.

    Le 24 mai, les forces bosno-serbes bombardent de nouveau Sarajevo. A lONU, les dsaccords et lindcision rgnent quant la pertinence de riposter par des frappes ariennes. Les Etats-Unis qui nont pas de troupes au sol insistent pour frapper. Les Etats membres qui ont engag des contingents dans la Forpronu craignent pour la vie de leurs soldats.

    Le 25 mai, des frappes ariennes sont finalement mises en oeuvre. Les forces bosno-serbes rpondent en bombardant les zones de scurit de Tuzla, Srebrenica, Gorazde et Bihac et en prenant en otage plusieurs centaines de casques bleus, quils positionnent en boucliers humains pour dissuader dautres frappes.

    O et qui sont les otages ? Le Monde (France), 18 mai 1995 (en franais) D64

    Extrait : Pour faire cesser les raids ariens de lOTAN, qui a frapp, jeudi 25 et vendredi 26 mai, proximit de leur fief de Pale, les Serbes de Bosnie ont transform des soldats de lONU en boucliers humains. 145 casques bleus, dont 103 Franais, et 22 observateurs militaires de lONU se trouvaient encore samedi matin entre les mains des milices serbes de Bosnie, selon lONU. Soit un total de 167 personnes. Ils taient retenus en des points de rassemblement darmement dans douze sites diffrents situs autour de Sarajevo, mais cer-tains ont t emmens vers une destination inconnue .

    Les derniers casques bleus otages des forces bosno-serbes sont librs le 18 juin. Dans son dition date du 23 juin, le quotidien tasunien The New York Times rapporte que, selon des responsables occidentaux, la France aurait secrtement ngoci leur libration contre la garantie donne aux Bosno-Serbes de ne pas mettre en uvre de forces ariennes de lOTAN et contre la libration de quatre de leurs prisonniers.

    Pale a libr les hommes de lONU Agence France Presse, 19 juin 1995 (en franais)

    Extrait : Laffaire des casques bleus et des observateurs de lONU pris en otage par les Serbes de Bosnie est termine. Un dernier groupe de 26 militaires est arriv hier en dbut de soire en Serbie. Le groupe - 15 observateurs de diffrentes nationa-lits, dont un Belge (le commandant Guy Schandeler), et 11 Casques bleus canadiens - a t remis Pale Jovica Stanisic, envoy spcial du prsident serbe Milosevic. []Un premier groupe de 120 prisonniers avait t libr le 2 juin, et 111 autres cinq jours plus tard.A Sarajevo, la Forpronu a annonc, elle, que la plupart des casques bleus qui taient encercls depuis le 25 mai dans plusieurs postes situs en territoire sous contrle serbe avaient vacu ces positions.

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    La France a men des ngociations secrtes avec les Serbes The New York Times (Etats-Unis), 23 juin 1995 (en anglais) D65

    Extrait : Selon des responsables occidentaux, la France avait ngoci la libration des soldats de lONU retenus en otages par les Serbes de Bosnie, mme si lONU et les gouvernements occi-dentaux avaient insist pour que leur libration soit inconditionnelle.En change de la libration des soldats des Nations unies, qui comprenaient de nombreux soldats franais, les Serbes de Bosnie auraient apparemment reu lassurance que les avions de lOTAN ne frapperaient plus les positions serbes. Un autre terme de laccord semble avoir permis la reprise des livraisons de nourriture aux enclaves musulmanes assiges.Ces responsables ont galement indiqu que le gnral Bernard Janvier, le commandant franais des forces des Nations unies en ex-Yougoslavie, aurait rencontr deux reprises le gnral Ratko Mladic, commandant des Serbes de Bosnie, pendant la prise dotages. Ces rencontres auraient eu lieu le 4 juin Zvornik la frontire entre la Bosnie et la Serbie et le 17 juin au quartier gnral des Serbes de Bosnie Pale, prs de Sarajevo.De plus, ont ajout ces responsables, le gnral Bertrand de Lapresle, le prcdent commandant des forces des Nations unies a t envoy en Bosnie o il sest entretenu avec les dirigeants Serbes de Bosnie au sujet de la libration des otages. Les soldats avaient t capturs par les forces bosno-serbes aprs un raid arien de lOTAN sur un de leur dpt de munitions.Tout au long de cette priode, la France faisait partie des gouvernements qui insistaient publiquement pour quaucune tractation secrte ne soit conduite avec les Serbes. Les Franais ont eu un rle moteur dans la libration des otages nous a confi un responsable. Laccord qui a permis de les librer a t conclu lors des runions avec le gnral Janvier et le gnral de Lapresle . Le lieutenant-gnral Rupert Smith, le commandant britan-nique des forces des Nations unies en Bosnie stait forte-ment oppos lide de discussions secrtes avec les Serbes de Bosnie. Il avait t invit la runion du 4 juin Zvornik mais avait refus dy aller. Les tensions staient alors accrues entre le quartier gnral du gnral Smith Sarajevo et celui du gnral Janvier Zagreb.Les termes de laccord conclu par les gnraux franais sont maintenant clairs. La runion du 4 juin Zvornik, qui stait tenue une semaine aprs la prise dotage, avait t suivie dune dclaration des Nations unies annonant quelle se conformerait strictement ses principes de maintien de la paix - un signal fort quil ny aurait plus de frappes ariennes de lOTAN.Ctait la premire demande du gnral Mladic et de Radovan Karadzic, le dirigeant des Serbes de Bosnie.Les responsables expliquent que le rle de la France dans la ngociation de cette garantie a t mis en lumire cette semaine lorsque le prsident Russe Boris Eltsine a annonc avoir t assur par le prsident Jacques Chirac de la fin des frappes ariennes en Bosnie.Ils ont ajout que la runion du 17 juin Pale entre le gnral

    Janvier et le gnral Mladic avait fix les derniers dtails. Elle a permis la libration des derniers otages le lendemain, en change de quatre Serbes capturs par les soldats franais lors dun combat autour dune position des Nations unies Sarajevo le 27 mai. Deux soldats franais avaient t tus au cours de lopration.En change de cette attitude comprhensive, le gnral Janvier aurait reu la promesse du gnral Mladic quil laisse-rait les convois de nourriture des Nations unies accder aux enclaves.

    Les Franais dmentent chercher marchan-der avec les Serbes The New York Times (Etats-Unis), 24 juin 1995 D66

    Extrait : La France a affirm aujourdhui avoir rencontr toutes les parties belligrantes en Bosnie pour obtenir la libration des soldats des Nations unies pris en otage par les Serbes, mais navoir ni ngoci, ni marchand pour leur libration.Cette dclaration a t faite en raction larticle du New York Times de vendredi qui disait que des responsables fran-ais avaient ngoci avec les Serbes de Bosnie pour librer plus de 320 casques bleus capturs en mai. []Yves Doutriaux, un porte-parole du ministre des Affaires trangres a dclar aujourdhui Paris que le gnral Bernard Janvier, commandant pour lex-Yougoslavie, et le gnral de Lapresle, son prdcesseur ont transmis par divers moyens le message de fermet de la France : la libration immdiate et inconditionnelle de tous les otages . Il ny a eu ni ngociation, ni marchandage a conclu M. Doutriaux.

    Dbut juin, linitiative de la France, une Force de raction rapide dun millier dhommes, indpendante de la Forpronu a t cre qui aura pour mission de dfendre les casques bleus.

    Sengager en Bosnie Le Monde (France), 6 juin 1995 (en franais) D67

    Extrait : Face la paralysie de la Forpronu, les Occidentaux en fait, essentiellement les Europens navaient gure le choix. Ou ils acceptaient le dfaitisme dun Boutros Boutros-Ghali, le Secrtaire gnral de lONU, prt apaiser les Serbes en can-tonnant la Forpronu dans un tout petit rle humanitaire et en oubliant sa mission de protection des populations civiles bosniaques, ou ils sortaient du cadre de lONU et consti-tuaient une force arme autonome la manire de ce quont fait les Etats-Unis en Hati afin damener les Serbes la raison, sans tre lis par limpossible mcanique onusienne.Runis samedi 3 juin Paris, linitiative de la France, les

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    ministres de la Dfense des pays participant la Forpronu ont choisi une solution intermdiaire. Ils mettent bien sur pied une force, respectable, de plusieurs milliers dhommes, sous le nom de force de raction rapide (FRR). Sa mission sera de dfendre les casques bleus, dempcher quils ne puissent tre humilis ou pris en otage comme ces derniers jours, de sas-surer, enfin, quils peuvent accomplir leur mission.Ces hommes nopreront pas sous la bannire des Nations unies mais sous leurs uniformes nationaux. Les liens ne sont, cependant, pas coups avec lONU : formellement, la FRR est la disposition du gnral franais Bernard Janvier, le patron des casques bleus dans lex-Yougoslavie, et du britannique Rupert Smith, le commandant de la Forpronu en Bosnie.

    Le 3 juin, les forces bosno-serbes semparent du point dobservation des casques bleus de Slapovici situ dans lenclave de Srebrenica. Le 24 juin, des paramilitaires bosno-serbes attaquent le village.

    La situation de la population de lenclave se dgrade, larrive de plusieurs convois nayant permis de couvrir que 30 % de ses besoins en nourriture.

    Rapport mensuel Juin 1995, MSF Srebrenica, 8 juillet 1995 (en anglais) D62

    Extrait : On sest vraiment rendu-compte ce mois-ci que Srebrenica ntait pas dmilitarise. Des hommes jeunes, en nombre, ont fait leur apparition, vtus duniformes neufs et ds le dbut cette prsence de combattants arms indiquait clairement quils se prparaient dfendre lenclave, ce qui videmment a fait monter la tension.Des incidents isols comme le bombardement dun lieu spci-fique, des changes de tirs, des dtonations, ont lieu tous les jours. Mais cela ressemble plus une forme de terrorisme qu un ciblage prcis. Les forces bosno-serbes ont pris un poste dobservation des casques bleus Slapovici. Ils ont promis de ne pas en prendre dautres LONU a ouvert deux autres postes prs de celui qui a t pris. Le 24 de ce mois, des paramilitaires sont entrs dans lenclave en passant par un vieux tunnel de 5 km et ont attaqu un village. Aujourdhui la seule chose faire cest se prparer lurgence. On doit tre prt pour nimporte quel scenario (par exemple un dpart du contingent nerlandais de la Forpronu) 1. Conditions de vie de la population []Au mois de juin, seuls quatre convois de nourriture ont pu pntrer dans lenclave. Le fait que cela corresponde 30 % des besoins parle de soi.

    TMOIGNER PENDANT LA CHUTE DE LENCLAVE

    Le 24 juin, une quipe mdicale de deux personnes, compose de linfirmire et responsable de terrain Christina Schmitz, et du mdecin Daniel O Brien, est fina-lement autorise entrer dans Srebrenica pour remplacer ses collgues qui quittent lenclave. Une autre quipe entrera Gorazde le 2 juillet.

    Message de MSF Belgrade aux responsables de programme Paris et Bruxelles, 24 juin 1995 (en anglais) D68

    Extrait : Information au sujet de bombardements dans la poche de Srebrenica pendant la nuit. (15 en tout), 3 prs de lhpital et la maison de MSF 1 mort et deux blesss les forces bosno-serbes sont entres dans la poche puis se sont replies sur leur position initiale. 8h30 : [] On vient juste de recevoir lautorisation pour India YYYOOUUUPPPI !!![]Maintenant il faut faire la route... nous sommes plutt opti-mistes car un convoi du HCR est en route et 3 observateurs de lONU ont pu quitter la poche ce matin sans problme. 10h25 : Notre quipe (Christine et Daniel) vient de quitter Belgrade. Il ny a plus qu attendre. Bonne chance eux. [] 14h45 : Ils ont russi entrer dans la poche OOOOUUUUUUAAAAAOOOOOUUUUU !!!Il ne leur reste maintenant plus quune heure pour se faire briefer par Ewdin, Catherine et Igor. Ensuite, ces trois-l doivent rentrer Belgrade. []Le HCR na pas eu la mme chance. Aujourdhui son convoi pour Srebrenica a t bloqu par les forces bosno-serbes. []17h00 : Cest confirm : Edwin, Catherine et Igor sont en chemin pour Belgrade.

    A chaque barrage lquipe se faisait bloquer. Jai repr Kolievic dans une runion du HCR et chaque blocage

    je lappelais et il me disait quil sen occupait. Lune des dernires fois o je lai appel, il ma dit quil allait prendre son M16 personnel pour aller tirer sur les militaires qui bloquaient ! Je lui ai dit quil ntait peut-tre pas ncessaire daller jusque-l, quil suffisait de leur dire de laisser passer lquipe.

    Stephan Oberreit, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur

    de la communication de MSF France de 2000 2006 (en franais) interwiew en 2015

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    On tait inquiet. Karadzic avait dclar de toutes faons les Musulmans nous attaquent, ils brulent les

    villages autour de lenclave . Tout tait donc l pour que les Bosno-Serbes attaquent. Mais on se disait que la Forpronu tait l pour les protger. On tait dpendant de la capacit faire entrer et sortir des volontaires. Au final, on en a sorti 4, fait entrer 2 et il ny avait mme pas de chirurgien. Mais jassume ce choix. On la fait en se disant : On sait que a va arriver. On veut tre dedans car notre prsence limitera les consquences des violences, parce quils noseront pas. Est-ce quon la vrai-ment formul comme a ? Cest comme a que je le reconstruis aujourdhui.

    Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme de MSF France, en charge des programmes

    en ex-Yougoslavie (en franais) interview en 2015

    Dbut juillet, les mouvements des forces armes dans et autour de lenclave laissent penser lquipe MSF que les combats vont reprendre.

    Sitrep Srebrenica 1/7 au 7/7 1995, MSF Srebrenica, 9 juillet 1995 (en anglais) D69

    Extrait : Au cours de la premire moiti de la semaine, il est devenu vident que les deux parties se prparaient au scnario actuel. Les forces bosniaques musulmanes taient leurs postes, les forces bosno-serbes ont dploy leurs soldats autour de lenclave, on a observ des mouvements de tanks et dartillerie lourde. Le 2, une femme a t tue prs du poste dobservation Qubec (au nord est)

    Le 6 juillet 1995, les forces bosno-serbes attaquent les positions de larme bosniaque au sud-est et au nord de Srebrenica. Lenclave est sous les bombardements permanents. Lquipe de MSF se met labri. 13 blesss arrivent lhpital.

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Extrait : Jeudi 6 juillet00h30 : 6 roquettes sont tombes sur la base de la Forpronu, deux dentre elles ont explos.04h30 - 07h30 : intenses bombardements au sud de lenclave Slapovici. Le bruit nous rveille, nous dbranchons la radio HF et nous nous rfugions dans le bunker.

    A partir de ce moment, nous sommes en alerte orange fonc/rouge, a ne changera pas jusquau 12 juillet.Les UNMO [observateurs militaires de lONU] ont dnombr 150 tirs dobus, dartillerie et de mortier.08h30 - 09h00 : 10 obus tombent sur la ville. []Le bilan du jour est de 13 blesss et de 4 tus. Mais le nombre de morts est certainement beaucoup plus important : tous narrivent pas lhpital.Un centre dhbergement qui se trouvait sur la route de Potocari a t bombard, les habitants ont fui.

    Violents combats dans lenclave de Srebrenica Agence France Presse, 6 juillet 1995 (en franais)

    Extrait : De violents affrontements ont clat jeudi matin entre les forces serbes et larme gouvernementale bosniaque dans lenclave musulmane de Srebrenica (est de la Bosnie), a annonc le porte-parole de la Force de protection des Nations unies (Forpronu) Sarajevo. Six roquettes ont t tires sur la ville 00h35, selon la mme source. Moins dune heure plus tard, des changes de mortier, dartillerie lourde, darmes lgres et de canon de char ont clat. Le bataillon nerlandais de la Forpronu stationn Srebrenica a t mis en tat dalerte rouge, le plus haut niveau dalerte dans la graduation de la Force.

    Le 7 juillet 1995, quatre tanks des forces bosno-serbes bombardent les rues de Srebrenica. Lquipe de MSF transporte les blesss lhpital.

    Sitrep Srebrenica 1/7 au 7/7 1995 , MSF Srebrenica, 9 juillet 1995 (en anglais) D69

    Extrait : Mercredi 7 juillet : activits de MSF B/F : les changements drastiques en matire de scurit nous ont obligs modifier nos objectifs. Pendant la semaine, nous avions dcid de recommencer les dispensaires mobiles dans les villages, le planning familial, les consultations au centre social [] mais toutes ces activits ont d tre reportes jusqu Hpital : les deux derniers jours de la semaine, lhpital tait dbord, plein de patients blesss de guerre. Le personnel travaille quasiment 24 heures sur 24. Cela fonctionne trs bien, malgr des circonstances difficiles. Mais il est vident que la charge de travail est trop importante, en particulier pour le chirurgien local. []Forpronu : leur nouvelle quipe mdicale est arrive. Ces der-niers jours le contingent nerlandais avait refus son aide la population. []Et soudain leur quipe mdicale a fait son apparition et

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    Prises de parole publiques

    demand travailler sur notre programme. Nous devons faire attention prserver notre neutralit.Lquipe de liaison du contingent nerlandais ne donne aucune information qui que ce soit sur la scurit, mme pas aux observateurs de lONU.

    Le 8 juillet 1995, les forces bosno-serbes continuent semparer des postes dobservations de la Forpronu tuant un casque bleu et en faisant vingt autres prisonniers et bombarder lenclave. Dans la nuit du 8 au 9 juillet, elles entrent dans la ville de Srebrenica.

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Extrait : Samedi 8 juillet : Peu dobus pendant la nuit [] Le chirur-gien local est sur le point de craquer, nous avons donc un besoin urgent dun nouveau chirurgien [expatri]. Matin calme, mais depuis lheure du djeuner on entend de forts bombardements, parfois plus dun obus par minute.Larme des Serbes de Bosnie a pris le poste dobservation Foxtrott et la fait exploser. Un casque bleu nerlandais a t tu.Les vhicules blinds lgers de lONU vont et viennent le long de la route. 2 soldats bosniaques, lgrement blesss, sont arrivs de la ligne de front [] Le CICR a attendu [] Yellow Bridge et a d sen retourner. Les autorits locales ont donn des interviews Radio Tuzla et Sarajevo et ont dclar quelles taient satisfaites de MSF Srebrenica.

    Le 9 juillet 1995, les casques bleus bass dans les postes dobservation de lONU sont pris au pige entre les forces bosno-serbes et les forces bosniaques. Ceux qui sont bass en centre-ville se replient sur la base de la Forpronu Potocari sans en avertir lquipe MSF. En raison des bombardements, celle-ci doit annuler une visite lcole de Slapovici o se trouvent 4 000 rfugis. Les autorits municipales nenvisagent toujours pas dvacuation.

    Le commandant de la Forpronu demande un appui arien lOTAN.

    Srebrenica : les Serbes humilient lONU Le Soir (Belgique), Associated Press (Etats-Unis), Agence France Presse, Reuter (Royaume-Uni), 10 juillet 1995 (en franais)

    Extrait : Une nouvelle fois, les Serbes de Bosnie ont dfi et humili les casques bleus ce week-end. Poursuivant leur offensive terrestre contre lenclave musulmane de Srebrenica, dans lest, lune des zones de scurit de lONU, ils se sont empars dimanche de trois postes dobservation ainsi que dun blind de la Forpronu, et ont fait prisonniers 32 soldats nerlandais. []En fin de journe, les combattants de Radovan Karadzic taient arrivs un kilomtre de la ville de Srebrenica, et avaient tir. []Vers 23 heures, hier, on apprenait que la Forpronu venait de menacer les Serbes de demander des frappes ariennes sils attaquaient Srebrenica. Quant la tlvision de ces Serbes bosniaques, elle expliquait en soire que laction de leur arme dans lenclave ntait destine qu dfendre ses posi-tions attaques par les musulmans

    La Forpronu demande un appui arien aprs loffensive serbe dans lest de la Bosnie , Le Monde (France), 11 juillet 1995 (en franais) D71

    Extrait : Le gnral Janvier, commandant des forces de lONU dans lex-Yougoslavie a demand, dimanche 9 juillet, un appui arien de lOTAN devant loffensive mene par les Serbes de Bosnie contre lenclave musulmane de Srebrenica, dans lest de la Rpublique. Cet appui pourrait aboutir des frappes ariennes si les forces serbes reprenaient leur progression, quelles sem-blaient avoir interrompue lundi matin.La Forpronu a par ailleurs bon espoir dobtenir la libration de la trentaine de casques bleus nerlandais capturs, samedi et dimanche, dans lenclave par les Serbes de Bosnie et dont certains ont t conduits dans la ville voisine de Bratunac, prs de la frontire avec la Serbie. Ils ont t faits prisonniers alors quils occupaient des postes dobservation la limite de la zone. []On indique Paris que la Force de raction rapide (FRR), si elle avait t oprationnelle, serait intervenue Srebrenica pour arrter loffensive contre cette rgion qui est lune des six zones de scurit dcrtes par les Nations unies au mme titre que Sarajevo, Zepa, Gorazde, Tuzla et Bihac. Mais la FRR ne peut encore tre utilise en raison des retards dans lacheminement de son matriel. Le dispositif devrait tre partiellement oprationnel vers la mi-juillet et complet environ un mois plus tard.

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    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Extrait : Dimanche 9 juillet : Runion avec IUNMO [Observateur mili-taire des Nations unies], la FORPORNU et les autorits locales dans les btiments de la poste. Le prsident a requis de laide pour les 4 000 rfugis de Slapovici, pour la plupart rfugis dans lcole.Nous avons prvu daller les voir cet aprs-midi avec lquipe de liaison de lONU. Je leur ai propos un support logistique.La visite na pas pu avoir lieu cause des bombardements.Selon les Nations unies, larme bosno-serbe occupe un bout de territoire au sud de lenclave, la ligne de front se situe un kilomtre au sud de Srebrenica ... []Toute la journe, nous avons entendu des tirs larme lourde. Au total, 9 blesss aujourdhui, des hommes jeunes atteints par des clats dobus. Un obus est tomb dans une pice o staient rassembles de nombreuses personnes. On a entendu dire que des villages ont t brls.Aujourdhui, on essaie encore de faire comme si tout tait normal, en discutant de problmes mdicaux avec lquipe MSF de Belgrade. Daniel fait la tourne des malades et des blesss au milieu des bombardements.

    Le 10 juillet, les forces bosno-serbes lancent un ultimatum aux casques bleus, leur intimant dvacuer lenclave de sa population ds le lendemain matin. Les Nations unies et les responsables nerlandais bran-dissent la menace dune attaque arienne de lOTAN.

    Plusieurs obus tombent prs de lhpital o les blesss affluent. Les chirurgiens sont dbords. Le commandant du bataillon nerlandais de la Forpronu refuse MSF lassis-tance dun chirurgien, mais propose de mettre disposition un vhicule blind lger pour le transport des blesss.

    MSF diffuse un communiqu de presse demandant que les structures et le personnel mdical soient pargns par les combats.

    Voorhoeve : le soutien arien de lOTAN en Bosnie est invitable NRC Handelsblatt (Pays-Bas) La Haye, 11 juillet 1995 (en nerlandais) D72

    Extrait : Selon le ministre de la Dfense Voorhoeve, le soutien arien de lOTAN aux militaires nerlandais Srebrenica est invi-table. Hier aprs-midi [10 juillet] il a considr le dploie-ment davions de lOTAN comme risqu pour les troupes nerlandaises et les 30 otages , mais il pense que des attaques ariennes pourraient arrter lavance des chars des forces serbes de Bosnie. Des positions dartillerie pourraient aussi tre la cible dattaques des avions de lOTAN.

    Lattaque de lundi soir [10 juillet] justifie les craintes sur ce que prparent les Serbes pour ces prochains jours a dclar M. Voorhoeve. Le colonel Dedden, du comit de crise (au sein du ministre de la Dfense) la Haye hier a indiqu que la situation Srebrenica tait redevenue sous contrle Les Serbes de Bosnie ont atteint leur objectif, le contrle dune route stratgique vers deux sites miniers. Selon lui, au cas o les Serbes de Bosnie voudraient conqurir lenclave, le sou-tien arien de lOTAN serait demand et les troupes gouverne-mentales bosniaques ne permettraient pas une telle opration (par les Serbes).

    Il a ajout quil y a eu des contacts entre le commandant des troupes nerlandaises de Srebrenica et les 30 otages ce lundi et quils vont bien.

    Les Serbes de Bosnie rclament le retrait des casques bleus de Srebrenica Le Monde (France),12 juillet 1995 (en franais) D73

    Extrait : Le commandant serbe local a lanc un ultimatum au comman-dant des 450 casques bleus nerlandais dploys Srebrenica, lexhortant procder lvacuation de la poche partir de mardi [11 juillet] laube. Les forces serbes exigent non seu-lement le dpart des 44 000 habitants mais aussi celui des casques bleus sous les quarante-huit heures et en abandon-nant leurs armes. [] Le Secrtaire gnral de lONU, Boutros Boutros-Ghali, a indiqu, lors dune visite lundi [10 juillet] Athnes, que les Nations unies auront si ncessaire recours des frappes ariennes de lOTAN pour protger les enclaves musulmanes si les Serbes les attaquent . [] Dans la soire, le ministre hollandais de la Dfense, Joris Voorhoeve, a affirm que les raids de lOTAN taient invitables aprs lattaque serbe contre les casques bleus nerlandais et que cette interven-tion de lOTAN faisait lobjet de discussions

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Extrait : Lundi 10 juillet : Le chirurgien et son quipe ont travaill toute la nuit. A 7 heures du matin, lhpital tait de nouveau compltement dbord. Partout, des gens en train de geindre et de pleurer, des blesss perdent leur sang. Notre voiture et le vhicule de ramassage des dchets retournent au centre de la ville et heureusement ne ramnent pas de nouveaux blesss. []Sur la BBC, nous entendons que les Bosno-Serbes nient avoir lanc une offensive. Quel cynisme ! []A 10h30, un obus est tomb sur la route en face de lhpital. Nous sommes tous les deux dans le bunker, mais nous sommes horrifis par le bruit et parce que la zone de lhpital est maintenant prise pour cible. Peu de temps aprs, un nouvel

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    Prises de parole publiques

    obus, un petit peu plus loin. Les vitres sont brises dans la pharmacie et dans lhpital.Un soldat de la Forpronu nous offre son aide pour rparer les fentres. Un autre nous informe quen dehors des bombar-dements, la situation dans lenclave est stable ! Difficile croire ...Nous avons vu les autorits locales pour essayer davoir plus dinformations propos des nouveaux dplacs et de leurs conditions de vie. Vers 16h00, les bombardements se sont encore intensifis. On entend des mitrailleuses, ce qui laisse supposer que la ligne de front se rapproche. 10 minutes plus tard lhpital reoit 9 blesss, des civils pour la plupart, des membres dchiquets, des clats dobus dans tout le corps.[] Le chirurgien demande laide du contingent nerlandais. Jenvoie un tlex, sachant dj que ce ne sera pas possible5. Et en effet, le refus arrive immdiatement par tlex. Cest mon premier contact avec Franken, le commandant-adjoint du contingent nerlandais. Il nous propose un vhicule blind lger pour transporter les blesss. Dix minutes plus tard, le vhicule est l. Il sera stationn la base et nous pouvons tout moment demander sa mise disposition. Notre sige est en contact avec lenvoy spcial de lONU, lui-mme en contact avec le contingent nerlandais et Akashi. MSF Belgrade est en contact avec le CICR et les Bosno-Serbes. Ce soir, les gens ont commenc quitter le centre-ville et se rassembler autour de lhpital. Tous les membres du per-sonnel local avec leurs familles. []Finalement les forces bosniaques poussent la population rentrer chez elle dans le centre. Le personnel mdical rfugi dans notre bunker refuse de partir tant quune solution na pas t trouve. Ils expriment leur dsespoir, leur fatigue et leur souhait de quitter cette prison et de vivre libres. Ils ont toute notre sympathie. [] A force de temps et dnergie nous les convainquons quil nest pas possible de dormir 80 dans notre petit abri. Fianlement ils retournent lhpital.

    Lhpital de Srebrenica compltement satur Communiqu de presse de MSF B/F, 10 juillet 1995 (en franais) D74

    Les bombardements intensifs qui avaient commenc vendredi dernier se sont poursuivis ce matin, touchant nouveau le centre-ville de lenclave de Srebrenica.Lquipe de Mdecins Sans Frontires (un mdecin et une infirmire) a quitt le bunker MSF trs tt ce matin pour se rendre lhpital, o une cinquantaine de blesss a t enre-gistre lors des quatre derniers jours. Parmi eux, dix sont dcds de la suite de leurs blessures. Lquipe mdicale locale, assiste de lquipe MSF, travaille sans dsemparer afin de soigner les nombreux blesss, dont la plupart sont touchs par des clats dobus. Lhpital, dune capacit dune centaine de lits, est compltement satur alors que lafflux de

    5. Christina sait que selon les rgles militaires, lorsquun bataillon est en opration, son service mdical est mobilis exclusivement pour ses propres blesss.

    patients se poursuit et que les bombardements se rapprochent.En dpit de son statut de zone de scurit, lenclave de Srebrenica o vivent prs de 40 000 personnes, est nouveau la cible dune offensive meurtrire. Les bombardements sont effectus de manire indiscrimine, touchant rgulirement des btiments civils.Aprs trois ans de sige, la population civile de lenclave de Srebrenica, victime de privations rptes, se trouve nou-veau dans une situation dramatique.Mdecins Sans Frontires demande avec insistance le respect des populations civiles et des structures de sant.

    Pour des raisons de scurit et de disponibilit, lquipe de MSF Srebrenica nest pas mise en contact direct avec la presse. Elle dbriefe lquipe de Belgrade qui se charge des relations avec les journalistes. Le quotidien franais Libration reprendra des extraits des messages radio envoys par lquipe la coordination Belgrade.

    Bosnie : lONU menace les Serbes de frappes ariennes. Loffensive se poursuit dans la poche de Srebrenica. Libration (France), 11 juillet 1995 (en franais) D75

    Extrait : Selon un responsable de Mdecins Sans Frontires (MSF) Belgrade, dont une quipe se trouve Srebrenica, 30 blesss ont t admis hier lhpital, soit autant quau cours des trois jours prcdents. Une dizaine de personnes, accueillies au cours des quatre derniers jours lhpital, sont dcdes des suites de leurs blessures. MSF sest refus faire un bilan des victimes, seuls les blesss tant transports lhpital.

    Le monde ici sest effondr De Srebrenica, des membres de Mdecins Sans Frontires t-moignent. Libration (France), 14 juillet 1995 (en franais) D76

    Extrait : Voici de nouveaux extraits des messages radio envoys par lquipe de MSF Srebrenica sa centrale de Belgrade, ren-dant compte de la situation dans la ville que les Serbes ont quasiment vide de sa population.

    A partir du moment o lattaque est lance, la presse sy intresse. On dcide que Christina ne prendra pas les

    journalistes en direct. Il faut quelle puisse continuer tre oprationnelle et soit protge. Elle fait dj plein de choses, alors si elle doit en plus rpondre des interviews, on ne sen sortira pas. Elle me dbriefe et cest moi qui les prends partir

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    du bureau de Belgrade. Lautre option aurait t de faire entrer les journalistes dans notre salle radio pour linterviewer. Mais ce ntait pas une bonne ide, car cela laurait mise un peu plus en danger et lui aurait pris de son temps. Mais je me suis toujours pos la question : si elle avait pu dcrire elle-mme en direct la situation de lintrieur, est ce que a aurait chang quelque chose ? . a aurait surement t plus impactant et plus efficace. Je me suis toujours demand si on navait pas fait une erreur. Mais on avait dcid que non.

    Stephan Oberreit, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur

    de la communication de MSF France de 2000 2006 (en franais) interwiew en 2015

    Le 11 juillet 1995, en dbut daprs-midi, les avions de lOTAN oprent deux frappes ariennes qui atteignent des chars bosno-serbes. Lautorisation pour une troisime frappe est demande.

    La population fuit vers le Nord de lenclave et lquipe de MSF dcide de la suivre en vacuant les patients. Ces derniers sont rinstalls dans un hpital de campagne sur la base de la Forpronu, installe dans lusine dsaffecte de Podgorica, Potocari. Environ 20 000 personnes sta-blissent sur un campement de fortune autour de cette base dans des conditions dhygine et de scurit extrmement prcaires. La Forpronu accepte den accueillir 5 000 lin-trieur, dans de meilleures conditions. Lquipe de MSF travaille en bonne collaboration avec le contingent de casques bleus nerlandais.

    A Belgrade, lquipe de coordination de MSF rflchit deux options : demander ltablissement dun corridor humanitaire pour vacuer les patients ou au contraire demander laccs de renforts en personnel et matriel mdical lenclave.

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Extrait : Mardi 11 juillet : Nous voyons encore des gens qui fuient par petits groupes vers Potocari.Lquipe de liaison de la Forpronu et les trois soldats britan-niques qui guident au sol les frappes ariennes sortent de limmeuble de la poste et les gens se mettent courir crai-gnant des attaques ariennes. [] Les mdecins bosniaques insistent pour vacuer [les 80 patients] ce matin par camions jusqu Potocari. Ils ont peur que se reproduise la situation de Vukovar, o les forces serbes ont pntr dans lhpital et tu tout le monde.Nous prfrons garder les malades dans lhpital car il sagit en thorie dune zone neutre, mais nous comprenons la dter-

    mination des mdecins bosniaques. Ils organiseront le trans-fert avec deux camions.La ville est trs tendue et agite, il y a beaucoup de soldats en armes dans lhpital. Notre appel incessant pour que lh-pital reste neutre en interdisant les armes et les uniformes na aucun effet.Tout est tranquille jusquen milieu de journe, puis les bom-bardements sur le centre-ville reprennent. Il ny a pas de blesss, donc nous pouvons rester dans le bunker. Nous entendons des avions qui passent au-dessus de nous sans savoir o les bombes vont tomber.On nous a dit que les patients sont partis pour rejoindre la compagnie Bravo (le bataillon nerlandais, 500 mtres plus loin), mais un obus est tomb sur cette base. Les patients ont fait demi-tour. []Vers 15h00, nous entendons des avions et voyons des bombes tomber. Peu aprs, nous courons lhpital. Un flot de gens fuit vers Potocari [la base de la Forpronu].Aprs une courte discussion avec lquipe de capitale Belgrade, nous dcidons de suivre la population. [].Daniel part dans une voiture, avec le personnel bosniaque et les bagages, pendant que nous tentons de caser les patients dans les deux voitures restantes.Il reste encore 20 personnes dans lhpital.Nous roulons jusqu Potocari o nous dposons les patients. Je reviens ensuite avec un pick-up. Entre temps, dautres blesss sont arrivs, jai d laisser 6 personnes ges parce que le vhicule de lONU quittait lhpital.[] Quel chaos!Les gens courent, pris de panique, emmenant des enfants qui hurlent. Les casques bleus marchent avec la population en fuite. Les bombardements continuent depuis les montagnes. Il fait trs chaud. La route poussireuse est envahie de monde. En face de nous, un camion est embourb, les casques bleus le poussent. Puis le camion sarrte et les gens sont autoriss y monter. Les gens sentretueraient presque pour avoir une place, pour tre transports sur les 4 km restant.Enfin, nous arrivons la base de la Forpronu, les casques bleus ont dj mis en place un hpital de fortune dans un couloir sombre.55 patients sont arrivs ici, avec des blessures de guerre pour la plupart. Nous navons pas de mdicaments avec nous.Daniel tablit une liste des mdicaments essentiels demander au bataillon nerlandais. Pendant ce temps, nous demandons MSF Belgrade des mdicaments supplmen-taires, en sachant que de toutes manires, ils narriveront pas.Aprs avoir pris contact avec MSF Belgrade par la radio de la voiture, je fais un tour dans le camp lextrieur avec le per-sonnel bosniaque. 20 000 personnes cherchent refuge autour de quelques btiments dtruits, pour chapper aux bombar-dements continuels, tremblant chaque dflagration. Le commandant-adjoint Franken tente darranger avec larme bosno-Serbe un aller-retour en ville pour aller chercher les personnes ges restes dans lhpital et notre stock de mdicaments. Mais Mladic nous dit que tout est vide.Mladic rquisitionnent les bus des Nations unies pour lva-cuation des dplacs, propose de la nourriture et des mdicaments. La Forpronu accepte que plus de 5 000 femmes et enfants

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    trouvent refuge lintrieur de sa base, dans lusine. L, lap-provisionnement en eau et en nourriture est un peu meilleur, la Forpronu peut fournir 7 000 litres deau par jour et une ration pour un jour. De plus, les gens qui viennent se rfugier sont labri, protgs des bombes, du soleil et hors de vue des Bosno-serbes. Nous distribuons aux malades des couver-tures, des serviettes, du savon et des seaux, ainsi que des bches plastiques pour le dispensaire, prlevs sur le stock MSF bas dans un entrept Potocari.La Forpronu essaie encore de proclamer Potocari zone sre.MSF Belgrade demande louverture dun corridor humanitaire vers la Bosnie centrale et des autorisations pour quune quipe dexpatris vienne nous aider avec du matriel logis-tique et mdical Potocari.Les bombardements continuent jusqu 22h00 environ

    Les casques bleus se sont replis, des milliers de civils ont fui vers le nord. Lenclave assige de Srebrenica tombe aux mains des troupes serbes Hlne Despic-Popovic, Libration (France), 12 juillet 1995 (en franais) D77

    Extrait : Au moment de la frappe, un exode massif de la population avait dj commenc , raconte par tlphone Stphan Oberreit, un responsable de Mdecins Sans Frontires (MSF) Belgrade, selon le rcit qui a t fait par un mdecin et une infirmire de MSF sur place. A 15h30, date de notre dernier contact radio, lquipe venait dvacuer lhpital avec les der-niers quinze blesss. Les autres taient dj partis plus tt avec des mdecins locaux. Il avait fallu organiser plusieurs navettes parce que lquipe na que deux voitures. En nous annonant quils venaient de faire la dernire navette, notre quipe a dit que les Serbes venaient dentrer dans la ville. Depuis le dbut de la matine, la ville se vidait, en proie la panique. Une foule de gens effrays et puiss stait mise en marche vers Potocari, o se trouve la base de lONU, en qute de protection.

    Un nouveau communiqu de presse de MSF dcrit la situation dans lenclave, condamne lincapacit de lONU protger les civils de Srebrenica et demande un cessez-le feu. Lorganisation dnonce aussi le non-respect de la zone de scurit par les troupes bosno-serbes.

    Le responsable de programme de MSF Hollande pour lex-Yougoslavie dplore ne pas avoir t inform au pralable de cette publication, arguant quelle peut compromettre la scurit des quipes et la continuation des projets dans le reste de lex-Yougoslavie. Par ailleurs, selon lui, le bataillon de la Forpronu tant nerlandais, limplication de MSF Hollande dans ces dclarations aurait permis davoir plus dimpact sur les Nations unies via lopinion publique et les politiques nerlandais.

    MSF Hollande positionne des secours Tuzla et Zenica, les villes proches de Srebrenica ou risquent darriver les 15 000 personnes qui ont fuit lenclave pied, travers la fort et la montagne.

    Mdecins Sans Frontires demande un cessez-le-feu immdiat pour la protection des populations de Srebrenica Communiqu de presse, MSF B/F, 11 juillet 1995 (en franais) D78

    Alors que les forces serbes entrent dans la ville de Srebrenica, la population, les malades de lhpital et lensemble du per-sonnel se sont rfugis massivement vers le nord de la poche, aux environs des campements de la Forpronu. Des dizaines de milliers de personnes demandent maintenant quitter len-clave, de peur dy tre massacrs. Pris de panique, des petits groupes se dplacent galement vers lextrieur de la ville et dans les bois alentours. Le centre de la ville sest vid de sa population.A 13 heures, des camions ont quitt lhpital avec 65 patients accompagns du personnel mdical, en direction du nord de lenclave. Lvacuation de lhpital sest poursuivie dans laprs-midi avec le transfert des 10 derniers blesss. Lquipe MSF a d raliser plusieurs aller - retours pour pouvoir va-cuer des patients vers les campements de la Forpronu.Aujourdhui la zone de scurit de Srebrenica nexiste plus et prs de 40 000 personnes y sont prises au pige. Mdecins Sans Frontires dnonce le non-respect de la zone de scurit par les troupes serbes de Bosnie et dplore lincapacit des Nations unies protger les populations civiles. MSF demande instamment quun cessez-le-feu soit install et que la protec-tion de la population de Srebrenica soit garantie.

    Message du responsable de programme de MSF Hollande aux responsables de programme de MSF Belgique et de MSF France, 11 juillet 1995 (en anglais) D79

    Extrait : Hier aprs-midi [10 juillet], MSF Hollande nous avons reu votre communiqu de presse sur Srebrenica. Nous regrettons que vous ayez agit de cette faon car nous aurions pu vous apporter un soutien consquent. De plus ce communiqu nest pas en rgle avec les prcdents accords sur la coopra-tion entre les sections []Il y a quelques mois, nous avions (une fois encore !) confirm, Renaud [Tockert] de MSF B, Pierre [Salignon] de MSF F et moi-mme Hans van Oort de MSF H que toute section souhaitant faire une dclaration publique sur la situation en ex-Yougos-lavie devait consulter auparavant les desks des autres sections. La raison cela est que toutes les sections ont du personnel qui travaille sous haute tension et dans des rgions o le niveau dinscurit est lev, de tous les cts des lignes de front et avec toutes les parties au conflit. Les dclarations publiques peuvent mettre en danger les expatris. La conti-

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    nuation des projets est galement mise en danger, car pour de nombreux transports de personnel et de matriel (les enclaves, Bihac, Sarajevo) lautorisation des Serbes est ncessaire. [] Je suis dsole que vous nayez pas tenu compte de cet accord et diffus ce communiqu de presse sans mme nous en informer auparavant. De nouveau MSF H a d prendre des prcautions pour son personnel prsent dans les zones serbes []Lautre considration cest que MSF devrait mieux utiliser le fait que le contingent nerlandais est prsent Srebrenica. Cette prsence a un norme impact sur lopinion publique nerlandaise ainsi que la participation nerlandaise la FFR [Force de raction rapide]. Impliquer MSF H dans les prises de parole publiques sur la situation dans les enclaves pourrait renforcer limpact car MSF H a une certaine influence sur lopinion nerlandaise et pourrait donc influencer les politi-ciens pour faire pression sur lONU etc.

    Message du responsable de programme de MSF Hollande aux responsables de programme de MSF Belgique et de MSF France, 12 juillet 1995 (en anglais) D80

    Hier soir, notre communiqu de presse, bas sur le vtre, a bnfici dune trs bonne couverture dans la presse et la tlvision.Barbara Belgrade a t interviewe en direct et jai t cit plusieurs fois dans les journaux du matin. Un ministre ner-landais va demander le retrait du contingent nerlandais mais en insistant sur limportance de continuer protger les civils. Nous nous attendons encore plus de demandes de la presse aujourdhui. Pouvez-vous nous tenir encore mieux informs en nous nous envoyant les rapports du terrain. Nos quipes de Zenica et Tuzla prparent des plans durgence.

    Le 11 juillet au soir, une troisime frappe arienne est annule la demande du ministre de la dfense nerlandais afin de prserver la vie des casques bleus pris en otages. Aux Pays-Bas, lopinion publique sinquite pour la scurit de ses soldats.

    Les Pays-Bas se sont opposs une troisime frappe arienne de lOTAN Le Monde (France), 13 juillet 1995 (en franais) D81

    Extrait : Les Pays-Bas fournissent 2 400 hommes aux forces de lONU dans lex-Yougoslavie. Une trentaine dentre eux sont retenus en otage par les Serbes, tandis que 410 autres tentaient mer-credi de ngocier leur sortie et celle de quelques milliers de civils de lenclave de Srebrenica. Cest La Haye qui, avec lappui de la France notamment, a demand la runion dur-gence du Conseil de scurit.

    Mardi soir [11 juillet], le ministre de la dfense, Joris Voorhoeve, a qualifi la chute de lenclave protge de catastrophe de grande ampleur , tandis que son collgue des Affaires trangres, Hans Van Mierlo, estimait que lhis-toire des casques bleus dans lex-Yougoslavie atteignait un tournant important , lourd de consquences politiques. Joris Voorhoeve a galement indiqu quil avait demand la suspension dune troisime frappe arienne de lOTAN, suite aux menaces dordre terroriste des Serbes de Bosnie contre leurs otages.Les deux ministres ont toutefois refus dvoquer un retrait total des forces de lONU, dont il nest, selon leur entourage, pas question pour linstant. Malgr tout, les casques bleus ont sauv des vies, continuent le faire, et cela suffit jus-tifier leur mission. Cette unit gouvernementale pourrait cependant, terme, se heurter lopinion publique, malgr toute la sympathie quelle manifeste pour le camp bosniaque. Le Centre de crise de larme est submerg dappels de Nerlandais inquiets pour la scurit des hommes sur le terrain.Selon de rcents sondages, la population sinterroge de plus en plus sur la ncessit dune prsence nerlandaise en Bosnie. Mardi soir, Joris Voorhoeve rappelait les exactions commises dans le pass rcent contre des Musulmans de Bosnie et ajoutait propos de Srebrenica : 40 000 Musulmans sont exposs la purification ethnique. Je crains que se repro-duisent des vnements tels que ceux que nous avons observs auparavant dans des situations semblables.

    Voorhoeve, le ministre de la Dfense est un type bien. Mais il ne pouvait pas faire grand -chose. Je me souviens

    de lui la confrence de presse, le lendemain de la chute. Il a dclar, littralement : Aujourdhui, il sest pass quelque chose dpouvantable . Au moins, il ntait pas dans le registre nos ptits gars ont bien agi. Il sintressait la population. Je le vois encore faisant sa dclaration. On voyait que cela latteignait vraiment.

    Wouter Kok, coordinateur de MSF Hollande en Bosnie en 1992 puis coordinateur de la cellule durgence de MSF

    Hollande (en anglais) interview en 2015

    Le 12 juillet au matin, les forces bosno-serbes menacent de bombarder les populations qui fuient lenclave en cas de nouvelle frappe arienne de lOTAN et exigent la remise de toutes les armes des forces bosniaques.

    Les Serbes menacent de bombarder les rfugis qui fuient la zone de scurit de Srebrenica Le Monde (France), 13 juillet 1995 (en franais) D82

    Extrait : Les Serbes ont menac, mercredi matin, de bombarder ces

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    Prises de parole publiques

    colonnes de rfugis si lOTAN procde de nouveaux raids une menace que les responsables des casques bleus disent prendre au srieux . Les organisations humanitaires font tat dun manque deau, de nourriture et de matriel mdical. Lhpital de Srebrenica a t vacu.Le Conseil de scurit devait adopter, mercredi 12 juillet New York, une rsolution demandant au secrtaire gnral, Boutros Boutros-Ghali, dutiliser tous les moyens dispo-nibles pour restaurer le statut de zone de scurit de Srebrenica. Les dirigeants occidentaux ne se sont toutefois gure exprims sur une opration militaire, lexception de Jacques Chirac qui, ds mardi soir, a fait savoir quil tait prt une intervention et a somm le Conseil de scurit das-sumer ses responsabilits. La France ne peut intervenir seule, a expliqu le prsident de la Rpublique franaise, en marge du sommet franco-allemand de Strasbourg.

    Dans la journe du 12 juillet, la base de Potocari est prise sans aucune rsistance de la part du contingent de la Forpronu. Des milliers de femmes, denfants et de vieillards sont entasss dans des bus et dbarqus prs de la ligne de front, o ils sont forcs marcher prs de huit kilomtres pour rejoindre le village de Kladanj. Dautres sont transports Tuzla.Devant les camras de la tlvision serbe, leur comman-dant, le gnral Mladic assure que les civils sont bien traits, tandis que Radovan Karadzic, le leader politique affirme que la zone de scurit ne sera pas reconstitue.

    La plupart des hommes est mise lcart dans un btiment gard par des militaires et des chiens.

    Lquipe MSF soppose, en vain, lvacuation dun groupe de patients vers le village voisin de Bratunac. Dans lhpi-tal de campagne, le contingent de casques bleus nerlan-dais met sa disposition tout son matriel mdical et ses mdicaments. V4 V5 V6

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Mercredi 12 juilletLarme bosno-serbe a annonc un cessez-le-feu jusqu 10h00. Ils rclament toutes les armes des soldats bosniaques en change de la scurit des dplacs. Les Nations unies nont aucun contact avec larme bosniaque. Profitant de laccalmie et avec laide de casques bleus nous avons install trois tentes pour le tri des blesss ou la rhydratation. Les dplacs sont trs affaiblis aprs cette nuit dehors. Je ne peux plus les aider quand les bombardements reprennent 9h45 : 3 ou 4 obus tombent en 15 minutes.Des tanks bosno-serbes tentent de franchir le Yellow Bridge et dentrer dans lenclave. La Forpronu essaye de sy opposer avec un barrage de soldats.

    La situation dans lhpital de campagne o travaille Daniel reste prcaire en matire de mdicaments : les fluides, les antibiotiques, les analgsiques et les pansements sont rares.Un peu plus tard, le bataillon nerlandais nous offre tout son stock mdical. Depuis lors, nous ne manquons plus de mdi-caments de premire ncessit. Mais lquipe mdicale bos-niaque est dmotive : leurs familles sont lextrieur. []Puis nous sommes informs que les forces bosno-serbes et Mladic commenceront par lvacuation des blesss vers le stade de foot de Bratunac, puis les civils. Jai essay de parler Mladic pour protester contre les vacuations, mais il ma juste dit de faire mon boulot et il est parti.Le convoi MSF de 30 tonnes de mdicaments, avec un mdecin et deux logisticiens est en route depuis Belgrade afin de nous rejoindre []Le sige a parl ladjoint de Boutros Boutros-Ghali [Secrtaire gnral des Nations unies] qui leur a dit que lONU obtiendrait la garantie que toute la population, y compris les hommes serait emmene Tuzla. Cest facile dire mais puisquil nexiste pas de recensement, comment contrler cela.A environ 15h00, les Serbes commencent vacuer les dplacs en bus et en camions avec une incroyable rapidit. La plupart des hommes ont t spars et emmens dans une maison garde par des soldats et des chiens. A proximit, on entend des tirs darmes feu.Quelques heures plus tard, 18h00, la Forpronu prpare le premier convoi mdical. Les gens sautent dans les camions. Les familles se retrouvent spares. Mladic accepte que je me rende lextrieur, pour recuprer les blesss et les malades dans le camp.Deux camions-citernes ont t mis en place pour que les dplacs, qui sapprtent passer leur deuxime nuit dehors, puissent avoir de leau potable.

    Les Serbes commencent dplacer des Musul-mans en dehors des territoires capturs Chris Hedges, The New York Times (Etats-Unis), 13 juillet 1995 (en anglais) D83

    Extrait : Lair tait empli de pleurs angoisss quand les Serbes ont commencer faire embarquer les 3 000 premires femmes, enfants et personnes ges dans des bus Potocari, la base des Nations unies, lextrieur de Srebrenica, tombe mardi [11 juillet] et envahie aujourdhui [12 juillet]. Les rfugis ont t dposs aux abords de Kladanj, 40 km de l, et ils ont t forcs de marcher sur les 10 derniers kilomtres, travers les lignes de front, jusqu la ville tenue par le gouvernement.

    Ctait une scne horrible a dclar Stephan Oberreit de Mdecins Sans Frontires qui tait en contact par radio de Belgrade avec ses collgues de Srebrenica. Il y avait des cris, des pleurs, ctait la panique. Ils ne savaient pas o ils taient emmens. Associated Press a rapport que les premiers 1 500 rfugis sont arrivs tard ce soir dans des bus du gouvernement bos-

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    niaque la base des Nations unies de Tuzla, o ils taient attendus pour la fin de leur voyage. Une rfugie a dit avoir vu des Serbes de Bosnie tuer une femme et son enfant, mais il ny a pas encore de confirmation de ce tmoignage.Aujourdhui [11 juillet], 1 500 hommes des forces bosno-serbes, appuys par des chars, sont entrs dans Potocari la mi-journe. Ils ont envahi la base des Nations unies sans rencontrer de rsistance aprs avoir menac de bombarder les rfugis et de tuer des casques bleus nerlandais quils tenaient en otage si laviation de lOTAN intervenait.Les casques bleus nerlandais ont fait entrer des douzaines de blesss sur leur base de Potocari mardi soir [11 juillet], mais la plupart des 40 000 rfugis ont pass la nuit sans rien, sur le champ qui entoure la base a dclar Ron Redmond le porte-parole du Haut-Commissariat aux Rfugis des Nations unies Genve.La tlvision serbe de Bosnie a montr aujourdhui [12 juillet] des dizaines de milliers de rfugis sagglutinant autour du camp ainsi que des femmes et des enfants escorts vers des bus. La tlvision ne montrait aucune scne de panique mais de nombreux rfugis avaient lair fatigus, hagards et terrifis.Le gnral Ratko Mladic, commandant des Serbes de Bosnie, tait l, entour de gardes du corps, pour superviser lembar-quement des rfugis dans les camions et dans les bus. Vous navez rien craindre leur a-t-il dit laissez passer les femmes et les enfants en premier . Il a ajout : pour ce premier tour nous vacuerons les femmes, les enfants, les personnes ges et tous ceux qui veulent quitter la zone des combats, sans forcer personne .Il a dclar la tlvision : Srebrenica est dsormais libre mais il a ajout il reste encore des petits groupes qui essayent de rsister .Le dirigeant des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, tait encore plus confiant. Mme sil a assur que les civils cap-turs et les casques bleus taient hors de danger et en scurit il a annonc quil ny avait aucune chance que la zone de scurit soit reconstitue, ce que le Conseil de scu-rit rclamait aujourdhui. Depuis Pale, le quartier gnral des Serbes de Bosnie proche de Sarajevo, il a dclar : Srebrenica est notre pays .

    On a tout de suite suspect quils allaient sen prendre aux hommes en ge de combattre. Il y a eu une premire

    alerte de Christina qui se demandait sil ny avait pas des excu-tions en cours autour de Poto ari. Et puis Poto ari sest vid trs rapidement, les Serbes dportant les gens. Les quipes de Bosnie centrale ont commenc voir arriver les bus. Je leur demandais sil y avait des hommes dans ces bus et on me disait quil y en avait. Or il ny en avait pas beaucoup, puisquils avaient t tus Poto ari ou quils avaient fui travers champs. Ca na pas trs bien march. Je pense rtrospective-ment quon aurait pu alerter beaucoup plus.

    Stephan Oberreit, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur

    de la communication de MSF France de 2000 2006 (en franais) interwiew en 2015

    Le commandant du contingent nerlandais des casques bleus ngocie un cessez-le-feu avec le gnral Mladic, le commandant des forces bosno-serbes.

    Bosnie : lONU sous le choc aprs la chute de Srebrenica Le Soir (Belgique), 12 juillet 1995 (en franais) D84

    Extrait : Les quelques centaines de casques bleus nerlandais, inf-rieurs dans un rapport de un vingt selon des officiers de la Forpronu Sarajevo, nont pu tenir bien longtemps et ont d battre en retraite vers leur quartier gnral de Potocari, entranant dans leur sillage plusieurs milliers de rfugis ter-roriss. Le commandant du contingent, le lieutenant-colonel Tom Karremans, a ngoci ce matin [12 juillet] un cessez-le-feu temporaire avec les vainqueurs qui, par la voix de leur leader politique, Radovan Karadzic, ont dj exclu de se retirer de lenclave.Prive de dfense, Srebrenica se vide rapidement de ses 40 000 habitants, laissant entrevoir un nouvel exode aux consquences humanitaires tragiques : Il ny a plus personne dans la ville, toute la population est sur la route pour fuir lavance serbe, a prcis Stephan Oberreit, reprsentant Belgrade de lassociation Mdecins Sans Frontires.

    Lors dune confrence de presse Bruxelles, MSF Belgique tmoigne de la prise de Potocari par les forces bosno-serbes et de la situation dramatique qui y prvaut.

    La poche de Potocari est tombe - la population de Srebrenica aux mains des forces serbes bos-niaques - Confrence de presse MSF B Com-muniqu de presse MSF Belgique, 12 juillet 1995 (en franais) D85

    Les forces serbes de Bosnie viennent de prendre totalement le contrle de lenclave musulmane de Srebrenica. Ils se sont infiltrs dans le campement des casques bleus de la Forpronu faisant prisonnire la population de Srebrenica qui sy tait rfugie.Les Serbes comptent vacuer la population travers Bratunac en commenant par les femmes et les enfants.MSF est profondment choqu par la chute de Srebrenica et tente pour linstant de protger et de soigner ceux qui peuvent ltre.Lors de cette confrence de presse, MSF tmoignera de la situation sur place.

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    Prises de parole publiques

    MSF demande gue laide humanitaire puisse parvenir immdiatement la population de Srebrenica . Communiqu de presse MSF Bel-gique, 12 juillet 1995 (en franais) D86

    Extrait : Une partie de la population, reste hors du campement, sest abrite dans des btiments en partie dtruits, les autres dplacs se sont regroups sur le bord de la route.A lintrieur mme du campement, plus de 7 000 personnes - essentiellement des femmes et des enfants - disposent de moins dun litre par jour et par personne. Les besoins en nourriture et en eau sont les plus urgents.Lquipe de Mdecins Sans Frontires a amnag des abris pour les dplacs, et distribu des couvertures, et des rci-pients. Des tentes ont t installes dans le campement afin dabriter les femmes et les enfants, les protger de la chaleur et prvenir les problmes de dshydratation de cette popula-tion vulnrable. Une partie des blesss est dj prise en charge, il faut encore identifier parmi la population ceux qui nont pas pu tre secourus. Les stocks de mdicaments sont extrmement limits et les mdicaments essentiels com-mencent manquer.Des quipes de Mdecins Sans Frontires prsentes Belgrade se tiennent prtes intervenir avec tout le matriel nces-saire. Seules les autorisations manquent.Une dcision doit tre prise dans la journe pour lachemine-ment dune aide matrielle durgence aux dizaines de milliers de personnes dplaces. La prsence dagences internatio-nales (HCR, CICR...) est absolument ncessaire pour assurer la protection de la population.

    Dans sa rsolution 1004, le Conseil de scurit de lONU exige que les forces bosno-serbes mettent un terme leur offensive et que toutes les parties donnent aux organismes daide le libre accs la zone de scurit. Elle demande au Secrtaire gnral duser de toutes ses ressources pour rtablir la zone de scurit de Srebrenica. Toutefois les commentaires des responsables politiques des divers Etats impliqus et des observateurs aux Nations-Unies laissent penser que le sort de lenclave nest dj plus considr comme un enjeu. Certains voquent mme un retrait de la Forpronu.

    LONU exige le retrait des Serbes sans aucune intention de limposer Le Monde (France), 14 juillet 1995 (en franais) D87

    Extrait : Le Conseil de scurit des Nations unies a adopt, mercredi 12 juillet, une rsolution demandant au Secrtaire gnral duser de toutes les ressources sa disposition pour rta-blir, en conformit avec le mandat de la Forpronu, le statut de zone de scurit de Srebrenica et exigeant des Serbes qu ils se retirent sur-le-champ de la ville. Mais peu importe,

    vrai dire, les termes de cette rsolution, adopte lunani-mit : il ne se passera rien Srebrenica. Le Conseil de scurit a renou mercredi avec une pratique qui lui est chre face la guerre en Bosnie : celle des rsolutions non destines tre appliques. []Dans les interventions formelles, lors de la runion du Conseil de scurit, aucun pays, part la France, na fait allusion une utilisation de la force, nous rapporte notre correspon-dante New York, Afsan Bassir Pour. Lambassadeur franais, Jean-Bernard Mrime, tout en affirmant que la France ne peut en aucun cas admettre la mise en cause du statut des enclaves , a tout de mme ajout que Paris, bien entendu, nimpose pas de recourir tel moyen plutt qu tel autre . Nous disons tout simplement, a-t-il prcis, que nous sommes prts, si les autorits civiles et militaires de lONU lestiment possible, mettre nos forces la disposition de telles oprations quelles considreraient comme utiles et ralisables. Dans les milieux de lONU, on nexclut pas la chute dautres enclaves. Si les Serbes veulent prendre Zepa, on ny peut rien , explique un diplomate. Allant plus loin, il ajoute : Labandon des enclaves orientales, proximit de la Serbie, aux Bosno-Serbes pourrait, long terme, tre la solution pour une stabilit dans ce pays. Lalternative est une guerre de lONU contre les Serbes. Qui va lentreprendre ? Mme si aucun officiel ne ladmet ouvertement, les Nations unies ont donc renonc de fait la notion de zone de scu-rit pour Srebrenica et peut-tre pour dautres enclaves. Le ministre des Affaires trangres, Muhamed Sacirbey, a rcus mercredi la proposition faite par les Britanniques de tenter dobtenir le retrait serbe en change de la dmilitarisation de Srebrenica. Il faut arrter de parler en termes fantaisistes , disait M. Sacirbey, en se demandant qui, dans une telle hypo-thse, garantirait la scurit de lenclave.Le prsident de la Rpublique, Jacques Chirac, a de nouveau fait allusion mercredi, au Snat, un dpart de la Forpronu si elle se rvle incapable de remplir sa mission : Si la commu-naut internationale ne ragit pas, alors il faut se demander ce que la Forpronu fait sur place et, le cas chant, en tirer les consquences. Si les enclaves ne sont pas respectes, si celle de Srebrenica nest pas rhabilite, cest toute la mis-sion de la Forpronu qui est en cause. Cette ide dun retrait ne figure pas, en revanche, dans le communiqu publi mer-credi par Matignon lissue dun conseil ministriel restreint sur la Bosnie. Le secrtaire au Foreign Office, Malcolm Rifkind, a jug pour sa part quil faudrait plusieurs jours avant de savoir si les vnements de Srebrenica doivent avoir des consquences fondamentales sur la prsence de lONU en Bosnie . [] A Washington, le porte-parole de la Maison Blanche a rpt que, pour Bill Clinton, il tait souhaitable et important que lONU reste en Bosnie.

    Aux Pays Bas, Jacques de Milliano, le directeur gnral de MSF Hollande tente en vain de convaincre les parlementaires, obnubils par le sort du contingent nerlandais, de sintresser la protection de la population civile de Srebrenica.

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    Le mercredi 12 juillet, jai reu un coup de tlphone de Bernard Pcoul et dEric Goemaere [directeurs gnraux

    de MSF France et MSF Belgique] qui mont dit que les volontaires de MSF sur place avaient vu les gens tre mis dans des bus et quils avaient un mauvais pressentiment. Je me suis demand ce quon pouvait faire. Il tait 10 h du matin et je savais qu 12 h il y avait une mini-runion parlementaire sur la chute de Srebrenica La Haye. Jai tlphon La Haye pour parler des parlementaires et leur demander quon mette la protection des civils sur lagenda. Il tait 11 h, les gens taient dj partis vers la salle. Jai pris un taxi et trois quarts dheure plus tard, jtais La Haye. Quand je suis arriv le briefing du ministre tait dj fini. Il navait mme pas dur une demi-heure. Jai demand aux parlementaires de quoi ils avaient parl. Ils mont rpondu : on a parl de la situation des troupes hollandaises . Jai demand : avez-vous parl de la protection de la population civile ? Ils mont dit : on na pas voulu mentionner ce problme-l parce quil y avait la famille des militaires dans la salle. Ca pouvait donner limpression quon ne se souciait pas des militaires hollandais l-bas. A ce moment-l aux Pays-Bas, ctait impos-sible den parler. Ctait le blocus, la paralysie totale.

    Dr Jacques de Milliano, directeur gnral de MSF Hollande de 1984 1996 (en franais) interview en 2000

    Les 13 et 14 juillet, le camp puis la base de la Forpronu sont progressivement vids de la plupart des rfugis entasss dans des autobus avec violence par les militaires bosno-serbes. Les patients qui peuvent marcher et le personnel infirmier sont galement vacus. Les hommes continuent tre mis lcart. Lquipe MSF entend des coups de feu vers le btiment o ils sont enferms et la rumeur coure quon trouve des cadavres dans les alentours. Un homme remet son enfant linfirmire de MSF avant dtre emmen par les militaires. V7

    Lquipe MSF apprend que certains patients du convoi du 12 juillet vers Bratunac ont t mis lcart quand les militaires bosno-serbes se sont aperus quils ntaient pas blesss. Pour le prochain convoi dvacuation, elle prvoit de garder avec elle le personnel mdical masculin.

    Les responsables onusiens condamnent ce quils qualifient dactes odieux et dpuration ethnique.

    Message satellite de MSF Srebrenica MSF Bel-grade, 13 juillet 1995 -11h41 GMT (en anglais) D88

    Extrait : Le convoi mdical des Nations unies transportant nos patients se dirige vers Tuzla escort par un dtachement spcial de forces serbes avec des instructions personnelles de Mladic en ce qui concerne la scurit. []

    Jai vcu une exprience horrible - un soldat bosno-serbe est venu vers moi avec un homme et son bb. Lhomme ne savait pas qui confier son enfant. Jai donc du sparer le bb de son pre, en larmes, tandis que le soldat emmenait le pre. Les Bosno-Serbes sont daccord pour que jaille voir ce qui se passe, accompagne dun observateur de lONU, mais ils ne garantiront pas ma scurit. De toute faon, je pense quil vaut mieux que je ny aille pas - trop risqu, pas confirm, pas clair o se trouvent les cadavres. Quen pensez-vous ?

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Jeudi 13 juilletA 7 heures, lvacuation des personnes dplaces se pour-suit... Les casques bleus tentent de contrler une foule dsespre.Tous ceux qui auraient pu mettre un terme cet exode devraient leur tour ressentir, un jour, la panique et le dses-poir de ceux qui doivent partir en laissant derrire eux le peu de choses qui leur restait. Ils devraient avoir vu la violence qui saffiche sur les visages des soldats de larme bosno-serbe, dirigeant la foule vers les bus, telle un troupeau dani-maux. Les enfants hurlent dans les bras de leurs mres, chacun fuit pour survivre, mais fuit vers un avenir incertain.Larme des Serbes de Bosnie refuse que notre convoi dexpa-tris et de mdicaments en provenance de Belgrade passe, arguant que les soldats bosniaques sont encore dans le coin et pourraient tirer sur le convoi.Dans la matine, je me suis essentiellement dplace hors du campement des Nations unies, jai amen des personnes ges, extnues ou en pleine crise dhystrie jusqu notre hpital o Daniel et les infirmires bosniaques les prennent en charge.Dans laprs-midi, le nombre de patients a augment forte-ment et des soldats des Nations unies nous ont aids les transporter en camion. Les mdecins des Nations unies effec-tuent une sorte de triage mdical dans le camp lextrieur. Des abris sont en train dtre fabriqus avec nos bches en plastique, la Forpronu a apport un camion dapprovisionne-ment en eau, qui sera plus tard pill par les soldats bosno-serbes. []Les mres ont des problmes allaiter leurs enfants cause du stress.Un vieil homme est mort pendant la soire, il y a eu 7 accou-chements (dont un mort-n) en 24 heures, la plupart se sont drouls dans des conditions effroyables, au milieu de la foule, sans aucune intimit, sans hygine, sur une civire sale, dans la boue dun corridor humide et sombre. Au total, 27 nouveaux patients ont t admis aujourdhui.Aujoudhui, les conditions pour les dplacs dans le campe-ment des Nations unies se sont aggraves en terme dhygine - pas assez de latrines, les toilettes existantes sont satures. [].Vers 4 heures, le camp est vid et une demi-heure aprs, larme commence vacuer les dplacs, cela durera jusqu

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    Prises de parole publiques

    7 heures. Les casques bleus les assistent jusquau portail et l les civils sont emmens dans des bus et des camions qui attendent. Le personnel de lhpital et tous les patients capables de marcher partent avec le convoi.Les rumeurs disent quune partie des hommes a t spare des groupes. Aprs avoir vid le camp, larme bosno-serbe est venue inspecter le campement des Nations unies. Ils y ont pass dix minutes, visiblement dgots par lodeur et les conditions de vie, ont pos quelques questions aux patients et notre traductrice, ont pris une liste des patients et sont partis. Jai saisi loccasion pour demander une escorte mili-taire afin de retourner dans la ville de Srebrenica. Nous avons pu nous rendre avec un observateur de lONU et lescorte lhpital o nous avons retrouv trois patients gs, assis lendroit mme o nous les avions laisss trois jours auparavant.Ils sont en bonne sant. En passant notre ancien centre social, jai vu une personne assise devant le centre, nous nous sommes arrts et nous avons dcouvert trois nouvelles per-sonnes ges. Les militaires bosno-serbes taient assez ner-veux et sattendaient trouver des soldats bosniaques dans le centre ou lhpital. On a d se dpcher, mais [nous] devions porter seuls les patients jusquau camion. Quelle drle dimpression de retourner dans une ville que je com-menais aimer et qui est maintenant vide ! Il y a de nom-breux soldats bosno-serbes qui commencent piller Le convoi du HCR avec de la nourriture est arriv dans laprs-midi Bratunac et a reu lautorisation dentrer. Comme cest cynique : juste au moment o tout le monde est parti.

    Message satellite de MSF Srebrenica MSF Bel-grade, 13 juillet 1995 -16h57 GMT (en anglais) D89

    Extrait : Runion avec Franken : nous sommes daccord pour attendre que tout le monde soit vacu. Pas de convoi mdical aujourdhui. Nous ngocierons avec les Bosno-Serbes la mise disposition dun bus pour les personnes ages incapables de marcher, mais qui nont pas besoin dune escorte mdicale de lONU. Les membres du personnel mdical peuvent choisir sils prfrent partir aujourdhui avec la foule ou demain. Les hommes devraient rester avec nous - le personnel de MSF - encore une fois les femmes peuvent choisir, mais jinsiste pour que les hommes restent avec nous. Au cas o Barbara narriverait pas aujourdhui : devons-nous partir avec les der-niers patients ? Je mattends ce que les hommes soient emmens de force. Selon Franken, les Bosno-Serbes ne touchent pas aux hommes qui ne sont pas enrls dans larme bosniaque. Pour les autres, vous savezVoici la version dfinitive de Franken au sujet du convoi medical de la nuit dernire : avant dentrer dans Bratunac, les militaires bosno-serbes ont contrl les pansements de quelques hommes et dcouvert quils ntaient pas blesss. Evidemment ils taient furieux et ont emmens une trentaine dhommes lcart. Ils ont disparu. Franken a inform le CICR et dautres niveaux hirarchiques. Il ne nous en veut pas.

    Daniel ma dit quil navait aucun moyen de contrler qui montait dans le camion. []Voici une deuxime version, que Daniel tient dun infirmier du contingent nerlandais accompagnant le convoi : la fron-tire, tous les patients qui pouvaient marcher ont t sortis du camion et ont d parcourir pied les 37 km restant. Ils taient inquiets pour la scurit, les infirmiers locaux les accompagnaient. Cette aprs-midi, linfirmier a reu confir-mation par la Forpronu quils taient tous arrivs sains et saufs, y compris les hommes. Avec Franken, nous avons dcid que demain les hommes seront contrls par les militaires bosno-serbes avant le dpart, afin dviter leur colre.

    Les Serbes poursuivent lpuration ethnique de lenclave Le Monde (France), 13 juillet 1995 (en franais) D90

    Extrait : Le commandant des casques bleus nerlandais dploys dans la zone de scurit , le colonel Karremans, a dcid de rester jusquau dpart du dernier rfugi, faisant ainsi le choix du capitaine dont le bateau est en train de couler , a indiqu le ministre de la Dfense La Haye. Selon des sources concordantes, les casques bleus nerlandais encore prsents sur place ont subi des pressions de la part des forces serbes pour quils quittent leur base de Potocari. De plus, 55 soldats nerlandais taient toujours retenus, vendredi matin, par les Serbes. []Chargs dans des bus et des camions, en dehors de tout contrle des casques bleus, ces 14 000 femmes, enfants et vieillards expulss ont t conduits jusquaux lignes de front, quils ont d franchir pied, sur plusieurs kilomtres, seuls et sans aide. Parmi eux, 33 blesss graves qui nont pu traverser le no mans land pied ont t repris par les forces serbes, a indiqu le porte-parole de la Forpronu, Alexander Ivanko. Lincertitude plane sur le sort qui leur est rserv.Seuls quelques hommes en ge de se battre ont t relchs, jeudi, par les miliciens serbes. Les autres ont t emmens vers Bratunac, une ville sous contrle serbe, au nord de Srebrenica, o ils seraient parqus sur un terrain de football. Lattaque et le nettoyage ethnique dune zone de scurit de lONU sont des actes odieux qui justifient lcurement de la communaut internationale , a dclar lenvoy spcial de lONU en ex-Yougoslavie, Yasushi Akashi. Le Haut-Commissaire de lONU pour les rfugis, Sadaka Ogata, a condamn, dans les termes les plus vigoureux , ce quelle a qualifi dexemple frappant de purification ethnique . []Selon un communiqu des autorits de Pale, les forces serbes ont continu, jeudi, neutraliser les soldats bosniaques de Srebrenica qui ont refus de dposer les armes . Le dirigeant des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a menac, jeudi, dinfliger le mme traitement aux cinq autres zones de scurit de lONU. Selon lONU, les forces serbes ont bombard, jeudi matin, la poche de Zepa.

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    Linquitude sur le sort rserv aux hommes de lenclave est expose ouvertement dans la presse, par MSF et par lONU. MSF demande de nouveau laccs pour ses renforts en personnel et matriel mdical, son convoi tant toujours bloqu la frontire. Lorganisation lance aussi un appel lapprovisionnement en eau et nourriture pour les 20 000 rfugis sont arrivs Tuzla o ses quipes sefforcent de leur porter secours. Elle demande galement que le CICR soit autoris contrler les transferts de rfugis.

    MSF demande laccs des agences humanitaires Potocari Communiqu de presse MSF B et MSF F, 13 juillet 1995 (en franais) D91

    Des milliers de civils, effrays et choqus, sont toujours masss dans des conditions dramatiques Potocari, au nord de Srebrenica, alors que les transferts forcs de populations se poursuivent en direction de la Bosnie centrale.Plusieurs milliers de personnes, dplaces par bus, sont arri-ves dans la zone de Kladanj, louest de Srebrenica. Des centaines dentre elles sont parties vers la ville de Tuzla.Deux quipes de Mdecins Sans Frontires prennent en charge les arrivants dans des camps de dplacs Kladanj et Tuzla o de la nourriture a t distribue. 3 Mdecins Sans Frontires sont partis de Bruxelles et de Paris pour renforcer les quipes dj prsentes sur place.Les transferts de populations seffectueront sur plusieurs jours. Or, la situation sanitaire pour les personnes qui restent autour de Potocari est dplorable et on craint lapparition dpidmies. La nourriture, le matriel et les mdicaments spuisent.La situation empirant dheure en heure, les agences humani-taires demandent instamment de pouvoir avoir accs en urgence aux milliers de personnes qui restent autour du cam-pement. Actuellement, un convoi de Mdecins Sans Frontires accompagn de deux mdecins et de deux logisticiens et charg de matriel mdical et logistique, est bloqu, avec le convoi du HCR, au poste frontire de Zvornik, quelques kilomtres de Srebrenica.

    Srebrenica est victime son tour de la purifi-cation ethnique Le Monde (France), 14 juillet 1995 (en franais) D92

    Extrait : Plusieurs tmoignages indiquent que les Serbes ont procd un vritable tri de la population avant de lexpulser. Mdecins Sans Frontires, par exemple, explique que les hommes ont t emmens sparment vers des bureaux o ils ont t pris de dcliner leur identit. Une partie dentre eux ont dj t transports dans des camions vers des destina-tions inconnues. Visiblement, ces chargements dans les bus taient terrifiants. Les gens hurlaient ou paniquaient , rap-portent les reprsentants de MSF sur place. LONU signale que le gnral Mladic a ordonn une slection de tous les

    hommes de plus de seize ans, qui devaient tre ensuite regroups sur le stade de football de la petite ville de Bratunac, la frontire avec la Serbie. []Selon Alexander Ivanko, porte-parole des Nations unies, les Serbes envisageaient apparemment des interrogatoires pour dterminer si ces civils staient rendus coupables de crimes de guerre . Dans lesprit des Serbes, qui considrent les Musulmans comme des terroristes , toute personne ayant port une arme est assimile un criminel de guerre . Zena Hasanovic, une jeune habitante de Srebrenica expulse mer-credi vers Tuzla, a affirm avoir vu des soldats serbes tuer une femme et un garon de dix ans. []Lexode des rfugis sest poursuivi mercredi. Plus de quinze cents personnes sont arrives dans la soire Tuzla, o elles ont t prises en charge par le personnel des Nations unies. []Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les rfugis (HCR) estime que la quasi-totalit de la population de Srebrenica [qui comptait environ 44 000 habitants avant loffensive] a probablement fui la ville . []Selon Mdecins Sans Frontires, qui a une quipe sur place, les besoins en eau et en nourriture sont des plus urgents. Cest une population extrmement vulnrable, beaucoup de gens navaient pratiquement rien manger depuis des semaines et vivaient dans des conditions dhygine drama-tiques , expliquait un reprsentant de MSF. Lorganisation humanitaire et le HCR tentaient, mercredi, dobtenir des autorits serbes lautorisation dacheminer vivres et mdica-ments dans lenclave. Deux convois taient bloqus par les forces du gnral Mladic.

    MSF : des femmes rfugies Potocari avec des marques videntes de svices Agence France Presse, 14 juillet 1995 (en franais)

    Extrait : Mdecins Sans Frontires (MSF) nourrit les plus grandes inquitudes sur le sort rserv aux populations dplaces en Bosnie, des femmes musulmanes arrivant Potocari avec des marques videntes de svices , indique vendredi lorga-nisation humanitaire interroge par lAFP. 300 rfugis, dont 650 sont blesss, venant de lex zone de scurit de lONU Srebrenica, dont larme serbe de Bosnie a pris le contrle, se trouvent encore Potocari, 2 km au nord de Srebrenica, avec deux membres dune quipe de MSF .Une infirmire de MSF et un observateur de lONU ont pu se rendre jeudi lhpital de Srebrenica do ils ont russi ramener trois vieillards Potocari, o se trouve la base du bataillon nerlandais de la Forpronu. Selon MSF, 700 rfugis, en majorit des hommes et seule-ment quelques femmes, se trouvent Bratunac, localit sous contrle serbe, lest de Srebrenica, et leur sort est incertain. Ainsi, MSF na pas de nouvelle dun premier convoi de 33 blesss qui devait partir du stade de Bratunac, o ni MSF, ni les six observateurs du Haut-Commissariat aux rfugis de lONU (HCR), chargs de superviser sur le terrain la distribu-tion de laide, ne sont autoriss entrer par les militaires serbes de Bosnie. Les responsables de MSF et du HCR ngo-

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    Prises de parole publiques

    cient depuis jeudi soir pour obtenir lautorisation de pntrer dans ce stade.Lorganisation humanitaire souligne que la majorit de la population rfugie Potocari vient du sud de lenclave de Srebrenica. On ne sait rien sur les populations des villages voisins, qui se sont enfuies on ne sait o, souligne MSF.

    20 000 refugis de Srebrenica dans des abris de fortune laroport de Tuzla Communiqu de presse de MSF, 13 juillet 1995 (en anglais) D93

    20 000 refugis, tout juste arrivs de lenclave de Srebrenica enclave sont regroups sur les pistes de laroport de Tuzla. Les Nations unies, MSF et dautres organisations leur four-nissent des soins mdicaux, de la nourriture et de leau. MSF envoie vers Tuzla et Kladanj, via Split, un cargo charg de 12 tonnes de secours, dont des tentes, des couvertures et des bches de plastique avec son bord deux volontaires suppl-mentaires. MSF a dj cinq volontaires Kladanj et trois Tuzla.

    Message des responsables de programme de MSF B et MSF F lquipe de MSF Srebrenica, 13 juillet 1995 (en anglais) D94

    Extrait : Nous voulons juste vous dire que nous sommes fiers de vous deux. Nous pensons vous sans arrt et chaque mot que vous crivez reste grav pour longtemps dans nos esprits. Comme vous nous le demandez, nous informons le monde entier de cette tragdie. Cest notre faon dtre avec vous et avec la population. Ce que vous faites Srebrenica est fantastique. Parfois on a du mal croire quil ny a que vous deux, Christina et Daniel sur place. On aimerait vraiment tre avec vous. Lobjectif de toute cette pression que nous mettons en disant quil faut absolument que de laide internationale arrive durgence Potocari, cest pour y envoyer une nouvelle quipe MSF pour au moins vous soutenir physiquement. Merci pour tout ce que vous tes capables de faire. On vous aime et on sait que vous serez bientt avec nous. Prenez soin de vousPlein de bises Pierre, Pierre Pascal, et tout votre fan club.

    Point info Bosnie, MSF International aux dpar-tements de la communication des sections MSF, 13 juillet 1995 - 12h00 (en anglais) D95

    Extrait : lnterviews et briefings de BelgradeNotre quipe Belgrade ne peut plus faire face aux demandes

    de vos journalistes nationaux. Nous suggrons qu partir de maintenant vous laissiez Anouk ou Michel de MSF Belgique et Anne Guibert MSF France organiser les interviews pour vous. Stephan et Barbara continueront rpondre aux interviews. Il faut juste quon organise un systme plus efficace. Il ya aura certainement un communiqu de presse soulignant le fait quil y a des besoins daide en Bosnie centrale et Srebrenica mme.

    Le 14 juillet, le prsident franais prconise une action militaire de la communaut internationale pour donner un coup darrt labandon des enclaves. Il nest plus question de reprendre Srebrenica, mais de protger Zepa et Gorazde. Ses homologues europens et tasuniens restent sceptiques.

    Lappel de M. Chirac se heurte au scepticisme des Britanniques et des Amricains Daniel Vernet, Le Monde (France), 15 juillet 1995 (en franais) D96

    Extrait : Les capitales occidentales saluent, bien entendu, les fortes paroles du prsident de la Rpublique franaise et dclarent leur accord de principe avec une analyse sans fard de la situa-tion humiliante dans laquelle se trouve la communaut inter-nationale ; mais elles souponnent implicitement la France de vouloir se donner le beau rle, en sattribuant le mrite dune initiative si quelque chose se fait ou en rejetant la responsa-bilit sur les autres si rien ne se passe. Or M. Chirac a dclar vendredi, avec une franchise fort peu diplomatique, que sa proposition de dgager Srebrenica par la force, aprs que les Serbes bosniaques sen furent empar stait heurte une fin de non-recevoir de la part des allis de la France. Les pre-mires ractions aux nouvelles propositions franaises mini-males, a dit le chef de lEtat, cest--dire la protection de Gorazde et un accs garanti Sarajevo, ne sont gure plus encourageantes.Personne na encore dit vraiment non, mais les Amricains, sollicits pour apporter un appui logistique, et surtout les Britanniques, avec qui la France a cr la Force de raction rapide, mettent en avant des obstacles techniques et lab-sence de plan prcis pour ajourner leur rponse.

    Le mme jour, la coordinatrice mdicale de MSF en ex-Yougoslavie, bloque avec le convoi Zvornik y croise des officiers franais venus rencontrer le gnral Mladic, commandant des forces bosno-serbes. Ce quils lui disent confirment limpression quune opration de reprise de toutes les enclaves est en cours.

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    Message de la coordinatrice mdicale de MSF en ex-Yougoslavie aux responsables de programme, 15 juillet 1995 (en franais)

    Extrait : Hier soir lhtel nous avons crois 3 militaires dont un fran-ais. Ils nous ont dit quils venaient voir les Serbes . Aujourdhui je les ai recroiss dans un autre htel ( 5 km vol doiseau de Srebrenica).Cest une dlgation compose de deux envoys spciaux de Janvier (un colonel franais et un colonel russe) et un officier de liaison serbe. Les deux envoys essayaient depuis hier de rencontrer Mladic.Lofficier de liaison ma fait savoir que :- Il retournerait Belgrade dans la journe probablement avec les deux sans avoir pu rencontrer Mladic (injoignable car en action depuis 3 h du matin) (disons quil y avait un manque de volont certain de la part des Serbes de pousser pour que la rencontre se fasse)

    - Il avait t Bratunac la semaine passe. Que l-bas ils se rjouissaient de la victoire proche. Quil leur avait demand pourquoi ils taient si presss.

    - A ma question si Zepa se passait la mme chose qu Srebrenica il a rpondu oui.

    - Quant ma question sur le passage dAlessandra via Bratunac sur Pale il ma rpondu que cette zone-l resterait inacces-sible pendant 2 3 jours.

    Si vous aviez un doute sur le degr de planification de cette action, vous nen avez plus maintenant.

    Lquipe de MSF Potocari, semploie organiser correctement lvacuation des derniers patients ainsi que sa propre sortie de lenclave. Lopration est complique par limplication de divers acteurs et la volont des militaires bosno-serbes de vrifier la prsence de combattants bosniques parmi les patients.

    Message satellite de MSF Srebrenica MSF Bel-grade, 14 juillet 1995 - 9h17 GMT (en anglais) D97

    Extrait : Les patients ne seront pas vacus par hlicoptre. Franken veut que ce soit le CICR qui le fasse, parce quil se peut que la Forpronu narrive pas gagner Kladanj avec ses vhicules. Franken est en contact avec le CICR. Rien nest encore fina-lis, mais il semble que nous ne pouvons pas partir aujourdhui. Stephan, est-ce qu ce niveau des vnements MSF ne pou-rait pas simpliquer plus dans toute la procdure dvacuation ? Nest ce pas MSF, de concert avec lONU, de demander au CICR ? Merci de ton conseil. Merci de garder lesprit les 30 camions du HCR. Ne pourraient-t-ils pas servir cette vacuation ?

    Je pense que la priorit est faire sortir les patients aussi tt que possible. Si cela prend trop de temps, les forces bosno-serbes vont sen charger On a vu avec quelle rapidit ils ont dport toute la popula-tion et personne na t capable de les arrter. Ils veulent vider lenclave. Ce qui va se passer pour le contingent nerlandais nest pas clair. Vont - ils tre gards en otage ?

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Extrait : Vendredi 14 juillet : Les patients sont actuellement trans-ports au bunker du bataillon nerlandais qui a plus despace, de lumire et de meilleures conditions dhygine. []Le CICR nous a informs dans laprs-midi quils envisageaient dvacuer les patients vers Kladanj, mais nont toujours pas les autorisations. Notre vacuation et celle du personnel local est un problme trait sparment. Le HCR cherche vacuer tous les patients par hlicoptre jusqu Sarajevo.A Tuzla, le HCR joue aussi le jeu et essaie de son ct dva-cuer les patients en convoi.Un convoi de la Forpronu est arriv dans laprs-midi avec de nouveaux mdicaments, de la nourriture et 35 000 litres de carburant (les forces bosno-serbes en confisquent 30 000 litres !) []La question du jour : pourquoi lvacuation des patients est-elle bloque ?On pense, comme Franken, que cest parce quil y a, parmi les patients qui sont Bratunac des soldats de larme bos-niaque. Bien sr, les Serbes pourraient simplement les emmener, mais puisque le monde entier connat le nombre des patients, ils cherchent certainement viter les commu-niqus alarmistes. Difficile croire nanmoins.Samedi 15 juillet : Tt ce matin, lancienne quipe mdicale de la Forpronu a pu quitter lenclave. Jan Pronk, le ministre nerlandais des Affaires humanitaires est Tuzla et essaie dorganiser lvacuation (qui nessaie pas ?).La situation mdicale est sous contrle. Les infirmires locales et MSF soccupent de prendre en charge les patients, et les casques bleus sont plus que coopratifs pour nous aider. []On a appris qu Bratunac, 4 patients devaient subir des inter-ventions chirurgicales, sous peine de faire augmenter les taux de mortalit.Lambulance organise par les Nations unies, avec une de leurs infirmires et sous escorte des forces serbes de Bosnie a fini par repartir, mais sans malades. Apparemment ce sont tous de jeunes hommes. []Selon Franken, quelques hommes arrivent bien Kladanj, mais, bien sr, personne ne dispose de chiffres fiables.La rumeur daujourdhui concerne un groupe de 700 1 000 hommes, capturs sur le chemin de Tuzla, qui seraient ras-sembls dans le stade de foot de Bratunac.[]Cest aussi la journe des listes. Avec le HCR, nous prparons

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    Prises de parole publiques

    une liste de tous les malades et de leur diagnostic. Une autre liste du personnel local et des membres de leurs familles est donne aux Nations unies et aux forces bosno-serbes afin dobtenir des autorisations pour quils vacuent avec nous.

    Dimanche 16 juillet : Le service mdical du bataillon norv-gien de la Forpronu qui semble spcialis dans les vacua-tions mdicales a pris la responsabilit dvacuer les patients et doit quitter [Tuzla] 1h30. Et maintenant, deux informa-tions diffrentes, vous de deviner laquelle est vraie : Le convoi de MSF a pass Zvornik et est en chemin vers Bratunac. (Info venant des autorits de Bratunac)Le convoi a essuy des tirs dans les environs de Zvornik et a d faire demi-tour (information venant des Nations unies Tuzla). []Une autre rencontre est organise avec les forces bosno-serbes au sujet de lvacuation des malades. Comble du cynisme, nous nous retrouvons devoir discuter de culture et dart, alors que dehors, une horde de Serbes est en train de piller Srebrenica ... []Le CICR tente aussi dorganiser une vacuation et demandera lautorisation pour les patients. Aujourdhui Bratunac, une petite dlgation a rendu visite aux prisonniers de guerre. MSF Belgrade soccupe de nos autorisations, pour nous per-mettre de partir avec le convoi de demain.

    Le 16 juillet, plusieurs milliers de personnes ayant fui Srebrenica pied travers la fort et qui taient portes disparues arrivent Tuzla o une quipe de MSF est luvre auprs des rfugis.

    Les responsables de programme se posent des questions sur la scurit du personnel MSF prsent dans lenclave, et particulirement celle du personnel local, si le contingent nerlandais se retire rapidement. Lquipe de MSF Hollande sen ouvre au ministre nerlandais prsent Tuzla.

    A Potocari, les derniers patients rests sous la responsa-bilit de lquipe MSF et du bataillon nerlandais sont finalement vacus par le CICR dans la soire du 17 juillet. MSF lannonce dans un communiqu de presse.

    Des journalistes tentent de joindre en direct lquipe de MSF sur le poste tlphonique du bataillon de la Forpronu.

    Message de MSF Belgrade aux responsables de programme de MSF Belgique et France, 16 juillet 1995 (en franais) D98

    Extrait : Nouvelles de dernire minute : un afflux important (on parle de 4 000) personnes (pas mal de blesss lgers) est en train de se produire via Kalesia. Ce serait le BiH qui aurait ouvert un corridor permettant une partie des disparus dint-grer la zone de Tuzla. A confirmer demain matin, pour le

    moment pas daccs possible vers la rgion, quipe med locale assure soins et transports.

    Opration de secours de Mdecins Sans Fron-tires Communiqu de presse MSF Belgique, 15 juillet 1995 (en franais) D99

    Une quipe de Mdecins Sans Frontires compose de 13 expatris travaille actuellement dans les camps de dplacs dans et autour de laroport de Tuzla afin de venir en aide aux 20 000 rfugis en provenance de Srebrenica.Tous les efforts sont concentrs sur lapprovisionnement en eau potable et en nourriture ainsi que sur ltablissement de plusieurs postes de sant.De plus, MSF a mis sur pied une structure daccueil pour les rfugis arrivant encore Kladanj.MSF a dj dpch sur place 24 tonnes de matriel de secours compos principalement de tentes, de couvertures, de containers deau et de lait en poudre.

    Message du responsable de programme de MSF France lquipe de coordination de MSF Bel-grade, 16 juillet 1995 (en franais) D100

    Extrait : Je ne veux rien imposer car je suis trop loin de la situation de Daniel et Christina pour tre suffisamment pertinent. Jespre seulement vous donner un peu plus dlments pour alimenter votre rflexion []Tout notre personnel (6 hommes + 1 traductrice) est thori-quement protg par des conventions protgeant le per-sonnel de secours en situation de conflit. Il faut quils portent des signes didentification soit MSF soit la bonne vieille croix rouge.Nous devons considrer que les chauffeurs comme les log[isticiens] ont un rle dans la surveillance ou la prise en charge des patients. Ils sont brancardiers, ambulanciers, agents hospitaliers, aides-soignants ou tout ce quon veut.A ce titre nous devons proposer quils accompagnent les blesss et les familles (enfants et femmes du staff notamment).La ngociation des conditions mme de lvacuation nous chappe mais nous pouvons transmettre ce qui concerne leur rle daccompagnant. []Je crois que nos craintes sont passes Franken ce qui est lessentiel. Ce nest pas bon pour le moral de trop rflchir sur ce qui va se passer car personne ne peut deviner lavenir.Peut-on faire quelque chose depuis Paris, Bruxelles et Amsterdam ?Nous avons rpt nos inquitudes sur la population de Potocari et Bratunac.Devons-nous prciser dans notre message la prsence de staff local et demander leur immunit ? Nous ne sommes pas srs que les journalistes reprennent cet aspect. Et cela peut aussi les faire un peu trop voir ? []Le gouvernement hollandais veut absolument que le Dutchbat se retire rapidement.

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    Grosse pression de la population hollandaise. La crainte est quil accepte une vacuation avec des garanties minimales de protection condition quelle soit rapidement effectue. Deuxime crainte. Resteront- ils aprs le dpart des blesss et alors que le CICR ne sera pas dans la place ?Lquipe hollandaise de Tuzla est entre en contact avec leur ministre prsent sur place. Ils ont insist sur le sort de len-semble des refugies restant Potocari et Bratunac et donc sur limportance de la prsence du Dutchbat en matire de pro-tection. Le ministre a bien compris le message mais quel poids aura-t-il face aux autres facteurs politiques nationaux et internationaux ?

    Message du responsable de programme de MSF France lquipe de coordination de MSF Bel-grade, 16 juillet 1995 (en franais)

    Extrait : 1. personnel MSF de Srebrenica. Nous ne pouvons pas faire plus que ce qui a dj t fait pour protger le personnel MSF de Srebrenica. Si lvacuation des blesss a lieu et que larme serbe refuse laccompagnement par une partie ou la totalit du personnel MSF bosniaque, Daniel et Christina devront tout de mme partir.Rester encore ne ferait que reculer lchance sans apporter plus de garantie de succs. la protection de tous les hommes prisonniers qui resteraient Potocari et Bratunac est du res-sort du mandat du CICR et non celui de MSF.Si Daniel et Christina souhaitent rester aprs le dpart des blesses la capitale ou les siges peuvent refuser cette proposition.2. la communication- nous devons effectivement demander lavis de Christina lorsque nous donnons la presse des informations concer-nant ses propres ractions personnelles. Nous avons commis une erreur pour larticle de Libration6.

    - les infos donnes la presse depuis Paris sont filtres en fonction des risques potentiels pour lquipe sur le terrain.

    - je ne pense pas que la communication au sujet de Srebrenica aujourdhui modifie en quoi que ce soit la scurit de lquipe de Gorazde ou influe sur nos demandes auprs des autorits de Pale. Les Serbes sont dtermins, de toutes les manires.

    - la communication aprs la sortie de Christine et Daniel : pour Paris il nest pas envisageable de demander Christina et Daniel de participer a la communication sans que cela soit pour eux un souhait spontan.

    6. Dans son dition du 14 juillet, le quotidien franais Libration a publi des extraits des messages radio envoys par Christina Schmitz la responsable de terrain de MSF Srebrenica, qui lui avaient t transmis par MSF, sans laccord de lintresse.

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Extrait : Lundi 17 juillet : Des journalistes ont russi trouver le numro de tlphone de la base de la Forpronu et com-mencent nous harceler avec des demandes dinterviews. Comme nous navons pas nos propres moyens de communica-tion et que les interviews peuvent mettre en danger notre vacuation nous les rfrons sur Belgrade. []Tt ce matin nous avons appris que le bataillon norvgien a une nouvelle fois tent de quitter Tuzla pour procder lva-cuation, mais il a eu quelques petits problmes prs de la ligne de front et a d rebrousser chemin.Le convoi du CICR a quitt Bjelina 8 heures et demi ce matin et est attendu vers midi Bratunac. Nous nous tenons prts partir.Ce matin, nous avons rencontr, aux cts dobservateurs militaires de lONU et de la Forpronu, plusieurs commandants des forces bosno-serbes. Au menu des discussions : lvacua-tion des malades, celle des expatris et du personnel local de MSF, ainsi que lvacuation du bataillon hollandais. Nous apprenons que notre personnel local est libre de partir avec nous. Difficile croire.Les forces bosno-serbes insistent sur la ncessit didentifier les patients, avant que le CICR puisse les vacuer. Lidentification se fera bien sr en prsence du CICR. []Pendant ce temps, Daniel a distribu des tranquillisants aux malades les plus vulnrables. []A 18h15, tous les malades sont embarqus bord de voitures du CICR et quittent Potocari, lexception de 7 hommes, qui sont spars du lot par les Bosno-serbes, transports Bratunac par la Forpronu, remis au CICR. [] Le reste des malades de Bratunac a pu se joindre galement au convoi, lexception de 11 personnes.Lanesthsiste de lONU et lun des observateurs militaires onusiens, taient sur place pour garantir un bon traitement des malades.

    Communiqu de presse MSF, 17 juillet 1995 (en franais) D101

    Lvacuation mdicale de 59 blesss et patients de Bratunac et des 43 de Potocari, demande depuis jeudi dernier, est actuellement en cours. Le CICR est arriv Potocari en fin de matine.MSF insiste pour que lvacuation concerne tous les blesss et les patients ainsi que le personnel de secours local et sa famille. Lquipe de MSF, toujours prsente Potocari devrait accompagner les blesss. MSF demande que le CICR puisse accder aux prisonniers rests Potocari et Bratunac afin quils soient traits conformment aux Conventions de Genve.

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    Prises de parole publiques

    Lorganisation de lvacuation de lquipe MSF elle-mme, et de la quinzaine de personnes sous sa responsabilit require quatre jours supplmentaires en raison de multiples blocages administratifs, politiques et scuritaires concernant en particulier le sort des Bosno-Musulmans vacus. MSF publie un communiqu de presse pour essayer de dbloquer la situation.

    Le 21 juillet, lquipe MSF compose des deux expatris et de huit membres du personnel local, leur famille ainsi que deux personnes ges est enfin vacue de lenclave avec le dernier convoi de casques bleus.

    MSF demande aux autorits de Pale et Belgrade de dlivrer les autorisations ncessaires lva-cuation de son quipe et de 15 civils de Potocari Communiqu de presse MSF B et MSF F, 19 juillet 1995 (en franais) D102

    8 jours aprs la chute de Srebrenica, lquipe de Mdecins Sans Frontires est toujours bloque Potocari. Auprs du mdecin et de linfirmire de lassociation se trouvent 15 civils dont trois enfants, deux personnes ges et les membres du personnel bosniaque de Mdecins Sans Frontires.Lensemble des autorisations permettant leur vacuation na encore pu tre obtenue.Mdecins Sans Frontires demande que tout soit mis en oeuvre pour leur vacuation rapide et dans de bonnes condi-tions de scurit.

    Un 4e avion pour Tuzla Communiqu de presse MSF, 19 juillet 1995 (en franais) D103

    A Potocari, lquipe de Mdecins Sans Frontires espre pou-voir vacuer cette aprs-midi, en emmenant avec eux les 13 membres du staff local et deux derniers blesss, une femme et un homme gs respectivement de 80 et 81 ans. A Kladanj, 2 MSF restent prt prendre en charge dautres rfugis en provenance de Srebrenica. []

    Sitrep Srebrenica-Potocari - du 6 au 22 juillet 1995 Journal de bord de lquipe de MSF Srebrenica, 24 juillet 1995 (en anglais) D70

    Extrait : Mardi 18 juillet : Bien qutant autoriss nous rendre Tuzla, nous hsitons beaucoup car notre scurit ne peut pas tre garantie : nous ne connaissons pas la route du tout, nous ne pouvons pas tre escorts par la Forpronu, ni par les Bosno-Serbes au del de Lubovija et nous craignons davoir des ennuis cause de notre personnel masculin. []Dans la matine, Franken est inform que tous nos passagers locaux seront arrts sils essaient dentrer en Serbie et/ou en Croatie.

    Finalement, la Forpronu Sarajevo [] envoie une lettre Renaud [Tockert, responsable de programme de MSF Belgique] annonant que la Forpronu va prendre la responsabilit de transporter les 13 civils musulmans de la Serbie jusquen ter-ritoire bosniaque. Il reste quon na encore aboutit rien aujourdhui et quune dernire surprise nous attend : les militaires bosno-serbes ont trouv deux personnes ges dans le sud de Srebrenica et nous les amnent. []Nous devrons les prendre en charge puisque la Forpronu nest pas capable de les prendre sous sa responsabilit et que le personnel local du HCR nest plus en situation de travailler. Mercredi 19 juillet 1995Lors dune runion qui a lieu 10 heures avec le HCR et les Nations unies, nous sommes informs du rsultat de la ren-contre entre Rupert Smith et Mladic : toute personne se trou-vant dans lenceinte du campement des Nations unies est autorise partir avec un convoi hollandais le vendredi 21 juillet, midi.Vendredi 21 juilletA 11 heures, nous sommes prts pour le dpart. Les 8 membres du personnel local, avec 5 personnes de leurs familles, plus les deux personnes ges sinstallent dans les voitures. Les radios fonctionnent et les rservoirs sont pleins. Deux minutes avant midi, le convoi sbranle en direction de Potocari. Nos trois voitures sont en tte du convoi qui ras-semble 163 vhicules. []Mladic, flanqu dune dlgation de la presse serbe et le gnral Karremans, commandant de la Forpronu Srebrenica nous attendent ct bosniaque du pont de fer. Guy, le coordinateur technique de MSF Belgrade peut finale-ment se joindre au convoi qui se dirige lentement jusqu la frontire croate. A partir de l, la Forpronu ne peut plus nous escorter, mais sa place la police croate et des reprsentants des Nations unies en Croatie.Les deux heures et demie passes la frontire sont trs dplaisantes : le responsable du service dimmigration inter-roge notre personnel local sur des vnements qui se sont produits Srebrenica. Il mengueule et accuse la Forpronu de ne pas avoir protg les civils.

    Lquipe de Mdecins Sans Frontires a pu vacuer Potocari Communiqu de presse MSF, 21 juillet 1995 (en franais) D104

    Le mdecin et linfirmire de Mdecins Sans Frontires ont quitt ce matin Potocari avec 15 civils dont les membres du personnel bosniaque de lassociation, trois enfants et deux personnes ges. Aprs avoir transits en Rpublique fd-rale de Yougoslavie, ils sont arrivs en Croatie .Depuis avril 1993, Mdecins Sans Frontires tait la seule organisation humanitaire qui maintenait une prsence tran-gre dans lenclave, fournissant une assistance mdicale, chirurgicale et logistique prs de 40 000 personnes.Pendant toute la dure de loffensive, le mdecin et linfir-mire ont pris en charge avec le personnel bosniaque, plu-sieurs dizaines de personnes blesses lors des bombardements

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    et ont port assistance aux civils qui staient rfugis sur Potocari.Une quipe (une infirmire et un anesthsiste) de Mdecins Sans Frontires travaille toujours Gorazde. A Tuzla, Zenica et Kladanj, une vingtaine de volontaires participent la prise en charge des populations dplaces de Srebrenica.

    Les Bosno-Serbes nous disent que notre quipe peut sortir, mais nos volontaires sont avec 17 personnes, des

    membres du personnel avec leurs familles, des connaissances, qui restent groups autour deux. Jexplique Christina quelle et Daniel peuvent sortir. Elle me dit quelle ne sortira quavec tous les autres. De nouveau, on se lance dans des ngociations denfer jusqu ce que les Bosno-Serbes acceptent. Dans le cadre de lvacuation du bataillon nerlandais, 17 personnes sen-tassent dans trois voitures MSF. Ctait assez pique. Quand ils sont arrivs en Croatie, lquipe de MSF Hollande a pass un dur moment avec les Croates pour les faire entrer. Puis ils ont fil sur lautoroute jusqu Zagreb. Je suis tout de suite all voir le gars du HCR Zagreb pour lui dire que jaurai du travail pour lui quand ils arriveraient. Ils ont d arriver lhtel vers minuit. Ces trois voitures, ctait le radeau de la mduse ! Un des vacus ma dit quil demandait le statut de rfugi. Donc jai de nouveau appel le gars du HCR pour lui dire quil faudrait quil vienne une runion le lendemain. Des voitures sont venues chercher ceux qui taient prts retourner en Bosnie centrale. Dautres ont demand une protection et certains lont eu.

    Stephan Oberreit, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur

    de la communication de MSF France de 2000 2006 (en franais) interview en 2015

    Les quipes de MSF Hollande augmentent leur assistance aux milliers de dplacs de Srebrenica installs sur laroport de Tuzla et dans les alentours.

    Un 4e avion pour Tuzla Communiqu de presse MSF, 19 juillet 1995 (en franais) D103

    Ce matin, 6h00, un quatrime avion-cargo affrt par Mdecins Sans Frontires, a dcoll dAmsterdam en direction de Split. Il tait charg de 11 tonnes de matriel (kits mdi-caux, matriel de sanitation et dapprovisionnement en eau).Dans la rgion de Tuzla, les quipes MSF, composes de 22 expatris et de membres du personnel local, se chargent de la distribution de nourriture et de lapprovisionnement en eau. MSF assure aussi, en coordination avec les autorits locales et dautres ONG, les soins mdicaux auprs des 20 000 rfu-gis de la rgion, rpartis entre le camp de laroport de Tuzla et diffrents centres collectifs et coles de la rgion. Ces derniers sont situs dans les municipalits de Zivinice, Srebrenik, Banovici, Gracanica et Lukavac.

    Enfin, une quipe MSF compose de 2 expatris est toujours prsente Gorazde, son tour menace. Une infirmire et une anesthsiste, qui travaille au sein de lhpital o, en plus du travail opratoire, elle assure la formation.

    Le 18 juillet 1995, Jacques de Milliano, le directeur gnral de MSF Hollande, de retour de Tuzla donne une confrence de presse La Haye o il dnonce labsence de protection apporte la population de Srebrenica. Ses propos passent mal auprs dune opinion publique qui soutient fond le contingent nerlandais. Cest le cas de la majorit des donateurs de MSF. Seul Jan Pronk, le ministre charg de la Coopration pour le dveloppement partage lopinion exprime par MSF.

    Le soutien nerlandais tait trop limit NRC Handelsblad (Pays-Bas), 19 juillet 1996 (en nerlandais) D105

    Extrait : La question de savoir si les casques bleus nerlandais ont, ou non, fait tout ce qui tait en leur pouvoir pour protger les 25 000 rfugis est lvidence une question difficile pour J. de Milliano. Revenant juste dune visite Tuzla et en Bosnie orientale, il choisit ses mots avec beaucoup de soin. Aprs tout ce que jai vu et entendu l-bas, je ne vois aucune raison de mener une enqute sur la conduite des casques bleus nerlandais. Ne serait-ce que pour contrer les rumeurs selon lesquelles ils nen ont pas fait assez, ce serait une bonne chose si le Gouvernement pouvait apporter un rcit cohrent de ce qui sest rellement pass dans la rela-tion entre les Serbes, les rfugis et les casques bleus ner-landais . Une enqute nest pas le bon mot pour Jacques de Milliano. Cest trop connot, comme si quelquun tait accus de quelque chose . En accord avec son quipe il appellerait cela une reconstruction des faits .Avec ces faits M. de Milliano se rfre aux multiples tmoignages des rfugis sur des viols de femmes et des ex-cutions de Musulmans bosniaques par des Serbes de Bosnie dans le voisinage immdiat des soldats nerlandais dans lenclave musulmane de Srebrenica. O, comme de Milliano la formul au cours dune confrence de presse laroport : Des actes de cruaut pouvantables ont t commis : des enfants ont t arrachs leur mre, des femmes violes, de jeunes hommes abattus devant leurs mres. Ce sont des tmoignages authentiques, trop prcis et trop dtaills pour ntre que des histoires. Ce nest pas une psychose de masse. Il y a suffisamment de victimes pouvant dtailler leur histoire de manire convaincante .Ces atrocits auraient, selon de multiples sources, eu lieu aux vues des casques bleus nerlandais . Oui, mais alors quest-ce que cela signifie ? Que les casques bleus ont vu des choses de leurs propres yeux ? Quils taient l ce moment ? Ou alors quelque chose dautre. Les marges dinterprtation de ce genre dobservations et de dclarations

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    doivent faire lobjet dune enqute avant quon juge du com-portement des casques bleus . Cest un fait que de nombreux rfugis arrivs Tuzla racontent que ces atrocits se sont droules Potocari, o ils (les rfugis) sattendaient tre protgs par les casques bleus nerlandais. Cest aussi un fait que la protection, par les casques bleus, des bus qui transportaient les Musulmans de la zone, et hors desquels nombre de personnes ont t de nou-veau emmenes par les Serbes, tait extrmement limite . Vous pouvez voir la situation de deux points de vue diff-rents : celui du ministre de la dfense (nerlandais) Voorhoeve qui dclare que les Serbes avaient le contrle total, le per-sonnel de lONU tait impuissant . Et celui des rfugis : Les Nerlandais ne nous ont pas suffisamment protg . Lequel de ces points de vue est le vtre ? Le mien est principalement que lONU en tant quinstrument de protection humanitaire a chou. Doivent faire lobjet dune enqute, non seulement les atrocits commises par les Serbes, mais galement les dcisions prises au sein des Nations unies et qui ont conduit les militaires nerlandais dans cette situation dlicate. Qui a dcid, si tard, trop tard, de nautoriser que deux frappes ariennes de lOTAN Srebrenica ? Ces questions mritent des rponses. Vous utilisez, comme M. le ministre Pronk, assez librement les mots de gnocide et datrocits commis par les Serbes, alors quon demande aux militaires qui en reviennent de ne pas utiliser cette terminologie afin de ne pas mettre en danger les soldats qui sont encore sur place. Pourquoi faites-vous cela ? Pour moi le gnocide est la destruction dun peuple, et cest exactement ce qui se passe en ce moment en Bosnie. Nous utilisons ces mots pour montrer que laide humanitaire a com-pltement chou en labsence de protection militaire contre des violations brutales et systmatiques des droits de lHomme, que ce soit au Rwanda et en Bosnie.

    De Milliano Le Dutchbat na pas suffisamment tenu sa promesse Trouw (Pays-Bas), 21 juillet 1995 (en nerlandais) D106

    Extrait : Le personnel nerlandais des Nations unies Srebrenica na pas suffisamment tenu sa promesse daccompagner les Musulmans de lenclave. Cest ce dont le directeur de MSF Jacques de Milliano rend les dirigeants du Dutchbat respon-sables. Il a dclar hier : si vous ne pouvez pas tenir votre promesse, vous devez tre clairs ce sujet ajoutant : Je ne doute pas des bonnes intentions, mais elles ont donn aux rfugis le faux sentiment dtre protgs .M. de Milliano se dit frustr par certains vnements. Aprs la chute de lenclave, le ministre de la dfense avait dclar que les Nerlandais ne partiraient quau moment o tous les blesss et les rfugis auraient t mis en scurit. Le Commandant Karremans du Dutchbat donnait limpression que ses hommes accompagneraient les civils jusqu ce quils soient en scurit, pendant le transport vers Tuzla ajoute Jacques de Milliano. a a t dit de faon forte, mais jai limpression que ce ntait que des mots. Karremans et les Serbes de Bosnie se sont accords sur le fait que les hommes

    du Dutchbat voyageraient avec les bus dans lesquels les Musulmans taient transports . M. de Milliano explique cependant avoir entendu que cette prsence nerlandaise tait trs limite.

    Le jeudi, il ny avait rien dans les mdias. Le vendredi, mes vacances commenaient, jallais dans le sud avec

    ma femme et mes enfants et je me disais : ce nest pas possible. Dans la nuit, je me rveille, je tlphone pour avoir un billet davion. Le samedi matin, je pars Bruxelles pour prendre lavion pour Split o je prends un hlicoptre de lONU qui va de Split Tuzla. L, jai parl avec les femmes qui arrivaient. Leurs histoires se recoupaient compltement. Je suis revenu aux Pays-Bas, jai fait une confrence de presse pour dire que ctait la catastrophe et jai eu droit encore aux mmes remarques : tu accuses les soldats nerlandais, tu dis quils nont pas t coura-geux . Je rpondais : non, cest que la population na pas eu la protection quelle aurait d avoir, le ministre de la dfense fait semblant que tout est OK mais il y a un grave problme. En fait on essayait de me faire dire que jtais contre le Dutchbat alors que ce ntait pas vrai. Je devais donner une longue inter-view sur un autre sujet. Jai dit au journaliste : maintenant on va parler de Tuzla parce quavec les autres journalistes, ce ntait pas possible . Jai fait une page sur mes sentiments l-dessus. Ca a fait leffet dune bombe au sein de MSF et auprs des donateurs. Jtais le seul en Hollande tenir ces propos. Ils pensaient tous que je draillais. Cela a t une semaine difficile pour moi parce que je tenais mon discours seul contre tous les autres. A MSF, il y en avait qui comprenaient, en particulier les desks, mais il y en avait qui taient trs angoisss, car 90 % des donateurs taient pour le Dutchbat.

    Dr Jacques de Milliano, directeur gnral de MSF Hollande de 1984 1996 (en franais) interview en 2000

    A MSF Hollande, on a diffus un communiqu de presse sur nos ptits gars , comme les journaux qui les soute-

    naient avaient surnomms les casques bleus nerlandais. On a port une parole contradictoire et tout le monde nous est tomb dessus. Les Nerlandais pensaient vraiment que nos ptits gars faisaient du bon travail, quils taient plein de bonnes inten-tions, quils allaient l-bas pour prendre soin des gens. En ralit, la socit nerlandaise ntait pas prte accepter lide que le bataillon nerlandais aurait d en faire plus. Et affirmer le contraire, ctait manquer de respect la nation. A Srebrenica, certains moments, les casques bleus nerlandais en avaient assez de la guerre, assez des Musulmans. Ctait choquant. Les Nerlandais ntaient pas habitus cette socit quils consi-draient comme sous-dveloppe. Ils regardaient vraiment de haut ces gens qui ntaient pas des citadins, dont les femmes portaient des foulards. Ce nest pas pour cette raison, bien sr, que tout a mal tourn Srebrenica, mais cet a - priori ne les a pas incits non plus avoir une approche humanitaire de cette population. Ces gens taient en danger et quelles que soient

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    leurs croyances, leurs rfrences culturelles, on devait les aider sur le plan mdical comme sur le plan non-mdical.

    Wilna van Aartzen, coordinatrice de MSF Hollande en ex-Yougoslavie 1991-1993 puis, member de la cellule

    durgence, puis directrice des oprations de MSF Hollande (en anglais) interviewe en 2015

    Pour les Nerlandais, la question ctait : nos pauvres gars y taient et ces mchants Serbes leur ont men la

    vie dure . Ctait plus lhistoire des soldats nerlandais que celle de la population de Srebrenica. Une fois sortis, ils sont arrivs Zagreb et le prince hritier et le Premier ministre ont dbarqu. Ils ont bu des bires ensemble et ils ont trinqu et fait la fte, alors quau mme moment une population se faisait massacrer. Seul Jan Pronk le ministre du dveloppement et de la coopration a dit : il ny a aucune raison de clbrer, au moment o nous parlons, des gens se font massacrer, nous ne savons pas o se trouve la population masculine et nous devons craindre le pire. Jacques de Milliano est all Tuzla, et a aussi plaid : nous devons y aller, envoyer une reprsentation inter-nationale pour les escorter et garantir leur scurit. Seul le tandem Pronk et de Milliano, a vraiment tent de renverser une opinion publique qui continuait dire : Comme cest merveil-leux, nos hros sont sains et saufs ! alors que personne ne parlait de la population de lenclave.

    Wouter Kok, coordinateur de MSF Hollande en Bosnie en 1992 puis coordinateur de la cellule durgence de MSF

    Hollande (en anglais) interview en 2015

    Le 20 juillet 1995, des sources au sein des services de renseignement franais dclarent la presse que si les frappes de lOTAN du 11 juillet nont pas atteint leurs objectifs, cest faute de guidage au sol, les officiers britanniques chargs de cette tche ayant quitt leur poste. Cette explication sera questionne par la suite.

    Le rendez-vous manqu de lOTAN Srebrenica Le Monde (France), 20 juillet 1995 (en franais) D107

    Extrait : Fautes dofficiers de guidage au sol pour leur dsigner les cibles durant les combats qui ont abouti la chute de Srebrenica, les avions de lOTAN nont pas atteint leurs objec-tifs, contrairement aux indications donnes par les tats-majors allis aprs le raid du 11 juillet. Cest ce que des sources franaises de renseignement affirment, aprs un examen des conditions dans lesquelles les frappes ariennes de lOTAN ont eu lieu pour tenter denrayer loffensive serbe contre lenclave musulmane. Ce jour-l, en effet, lOTAN devait excuter trois frappes. Seules les deux premires ont

    eu lieu, la troisime ayant t rcuse par les Pays-Bas. Un char T-55 serbe a t neutralis et quelques camions dtruits.A Srebrenica, la zone onusienne de scurit tait tenue par quelque 780 casques bleus nerlandais. Lorsque, le 11 juillet, les avions de lOTAN se sont prsents, les officiers de guidage au sol, si lon en juge par les renseignements runis par les tats-majors franais, avaient quitt leurs postes. Les avions taient en lair , prcise un gnral franais, leurs pilotes avaient un bon visuel de la situation, mais ils navaient pas de cibles dsignes pour accomplir la mission, du fait du dpart des contrleurs au sol censs devoir guider leur intervention. En clair, les pilotes, prenant des risques pour voler basse altitude, voyaient leurs objectifs - il sagissait, entre autres, de chars serbes - mais les rgles dengagement de lOTAN sont impratives : elles stipulent que les cibles doivent leur tre nominativement et prcisment dsignes depuis le sol. Ce qui ne fut pas le cas en la circonstance, faute de ces officiers de guidage des tirs. La rgle a t institue pour limiter le plus possible les dgts dits collatraux au sol, cest--dire les destructions inutiles et les pertes en vies humaines dans la population.

    Le 21 juillet, runis Londres, les ministres des Affaires trangres et de la Dfense et les chefs dtat-major de seize pays impliqus dans le maintien de la paix en Bosnie (dont les Etats-Unis et la Russie), ainsi que des reprsentants des Nations unies, de lOTAN et de lUnion europenne lancent un avertissement aux responsables bosno-serbes. Ils les menacent dune rponse substantielle et dcisive toute attaque sur lenclave assige de Gorazde. Les observateurs sinterrogent toutefois sur les modalits dapplication de ces menaces.

    La confrence sur la Bosnie adresse une mise en garde limite aux Serbes Patrice de Beer, Le Monde (France), Londres, 23 juillet 1995 (en franais) D108

    Extrait : Les Franais voulaient envoyer des troupes sur le terrain, les Britanniques tergiversaient, et la Maison Blanche soucieuse dviter les pertes et menace par le Congrs dune leve de lembargo sur la fourniture darmes aux Bosniaques ne propo-sait dautre alternative que des bombardements ariens. Au bout dune journe de discussions acharnes Lancaster House sous une chaleur accablante, les participants sont par-venus un compromis qui, sil semble navoir heurt per-sonne lexception des Russes, opposs toute escalade , donne dj lieu des interprtations diffrentes. []Si lon se fie aux textes, lavertissement occidental Radovan Karadzic, le chef des milices serbes, ne semble pas plus muscl que celui qui lui avait t adress le 28 fvrier 1992, lors dune confrence prcdente, galement Londres. Il est

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    Prises de parole publiques

    loin dtre aussi dtermin que lexigeait la France. Le texte britannique est rdig dans des termes gnraux qui nces-sitent pour le moins lexgse. Mais, dit-on, il sera prsent avec la plus grande fermet aux hommes de Pale (le fief des Bosno-Serbes) []Selon Paris, le compromis entre les trois principaux protago-nistes Etats-Unis, Grande-Bretagne et France est donc de tenter lapproche amricaine (menace de raids ariens) et, si elle choue, de retourner la proposition franaise (interven-tion sur le terrain).Mais le texte est bien vague. Restent les modalits dapplica-tion, sur lesquelles il faudra se mettre daccord [...] Qui dci-dera des frappes ? LOTAN, sur la demande du commandant local de la Forpronu ? Ou bien la dcision relvera-t-elle tou-jours de la lourde machine onusienne (la double cl ) freine par son chef, le Japonais Yasushi Akashi ? Et o les frappes auront-elles lieu ?

    TMOIGNER DE LABANDON DE LA ZONE DE SCURIT

    Le mme jour, le ministre de la dfense nerlandais Joris Voorhoeve dclare craindre que de graves crimes de guerre aient t commis lors de la prise de Srebrenica. Le 23 juillet, il rapporte que des casques bleus du contin-gent nerlandais ont vu des militaires bosno-serbes abattre une dizaine dhommes. Certains casques bleus tmoignent de scnes de violence extrme.

    A Tuzla, un rescap raconte deux journalistes comment il a survcu un massacre.

    Le 24 juillet, Tadeuz Mazowiecki, le rapporteur de la commission des droits de lhomme des Nations unies annonce tre sans nouvelles de 7 000 personnes, ce que confirme la Croix-Rouge et assure que des actes barbares ont t commis Srebrenica.

    Graves crimes de guerre Srebrenica ? Le Monde (France), 23 juillet 1995 (en franais) D109

    Extrait : Le ministre nerlandais de la dfense, Joris Voorhoeve, a dit craindre, vendredi 21 juillet, que de graves crimes de guerre aient t commis lors de la prise de lenclave musulmane de Srebrenica, le 11 juillet par les Serbes, et que des centaines, voire des milliers de personnes aient t tues . Une enqute doit tre ouverte pour le compte du tribunal interna-tional charg de juger les auteurs de crimes dans lex-Yougos-

    lavie , a indiqu M. Voorhoeve, cit par lAFP. Les propos du ministre corroborent les tmoignages de rfugis, qui disent avoir vu de nombreux cadavres aprs que les Serbes eurent captur des milliers dhommes de Srebrenica.

    Une mer de cadavres Srebrenica Le Monde (France), 25 juillet 1995 (en franais) D110

    Extrait : Dix jours aprs la chute de Srebrenica, le 11 juillet, le tmoi-gnage dun Bosniaque rescap de lenclave musulmane accr-dite la thse de massacres perptrs par les Serbes lors de la chute de cette enclave musulmane de Bosnie orientale. Encore sous le choc, M. O., vingt-quatre ans, qui a en rchapp avec deux autres Bosniaques de Srebrenica, a dcrit deux journalistes franais de lAFP et de Libration, comment il a survcu au massacre. Je dois la vie sauve mon cousin , assure M. O. Touch par la premire rafale, mon cousin, que je tenais par la main, ma entran dans sa chute avant quune seule balle matteigne , dit-il. Pendant la dure des excu-tions, il est rest couch sans bouger, dans le sang des vic-times. Lorsquil sest relev vers minuit, il a commenc hurler la vue dune mer de cadavres . Avant de partir, M. O. a remarqu une fosse prs du lieu dexcution. [] Par ailleurs, des casques bleus nerlandais ont vu des Serbes de Bosnie abattre une dizaine dhommes dans lenclave musul-mane de Srebrenica, a dclar, dimanche 23 juillet Zagreb, le ministre nerlandais de la Dfense, Joris Voorhoeve. Mais ce quils ont vu ne rend pas compte de la disparition de mil-liers de gens , a affirm le ministre. De son ct, le gnral Hans Couzy, commandant en chef de larme nerlandaise, a fait tat dexcutions sommaires Srebrenica tandis que dautres soldats nerlandais disent avoir assist des scnes de matraquage et de mutilation.

    Tadeusz Mazowiecki : on peut parler de barbarie Srebrenica Alain Debove Le Monde (France), 26 juillet 1995 (en franais) D111

    Extrait : Selon lancien premier ministre polonais, on est sans la moindre nouvelle de 7 000 habitants de lenclave. Nous sommes srs quun certain nombre dentre eux ont t ex-cuts, sommairement, par les Serbes. Pour les autres, nous pouvons craindre le pire. Le problme est que notre dlga-tion na pas t autorise se rendre sur place pour enquter. Le Comit international de la Croix-Rouge non plus, et la tragdie nest sans doute pas termine. Il est formel : On peut parler ici en termes de barbarie. Les tmoins que nous avons entendus sont videmment cr-dibles. Un rfugi nous a racont quil avait vu un milicien serbe se promener dans un village de lenclave avec dans ses bras une tte et les membres dune femme. Il y a des quan-tits dautres tmoignages horribles, et tous vont tre transmis au Tribunal international de La Haye sur les crimes de guerre.

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    Le 23 juillet, au cours dune confrence de presse Zagreb, le colonel Karremans commandant du contingent nerlandais de la Forpronu Srebrenica, se laisse aller des compliments sur le gnral Mladic, commandant des forces bosno-serbes. Le ministre-prsident et le prince hritier nerlandais clbrent le contingent nerlandais quils flicitent d avoir tout fait pour protger la population .

    Les journalistes nerlandais se retournent alors vers Jacques de Milliano, le directeur gnral de MSF Hollande, attendant quil accable le contingent nerlandais.

    Quand les casques bleus nerlandais trinquaient avec les Serbes Srebrenica... Le Monde (France), 2 septembre 1995 (en franais) D112

    Extrait : Lors dune confrence de presse Zagreb, ce mme 23 juillet, le lieutenant-colonel Karremans a affirm, malgr les infor-mations dont il disposait, quen Bosnie il ny a ni good guys ni bad guys . Lun des plus hauts grads en provenance de Srebrenica sest aussi laiss aller des compliments sur le comportement du gnral Mladic, avec qui il avait trinqu devant des camras serbes quelques jours plus tt. Le mme na pas hsit colporter lhistoire, considre par tous les observateurs comme de la propagande serbe, de 192 villages serbes autour de lenclave rass par les Bosniaques musul-mans. Selon le lieutenant-colonel Everts, le bataillon tait anim par un sentiment antimusulman : Plus personne ne supportait les gens pour lesquels nous tions l, les Bosniaques musulmans de lenclave.

    Le samedi je reviens Zagreb o se trouvait le Premier ministre qui tait venu avec le prince pour fter le

    Dutchbat. Je vois a la tl en direct. Je vois Karremans qui commence dire des btises : les Serbes taient trs corrects etc. L je me dis : il va tre dmasqu, il na rien compris. Et tout dun coup, par vagues, les journalistes viennent me voir. Je leur ai rpondu : cest trop tard, je nai plus rien dire. Jtais dgot. Ils taient soudain tous contre Karremans. Mais moi, mon but ntait pas dtre pour ou contre. Ctait la protection de la population et maintenant elle avait t massacre ! Ctait vraiment dur !

    Dr Jacques de Milliano, directeur gnral de MSF Hollande de 1984 1996 (en franais) interview en 2000

    Le 25 juillet, les forces bosno-serbes assigent toujours Gorazde et prennent Zepa. A Kladanj et Zenica, des quipes de MSF accueillent les rfugis qui fuient lenclave. Lorganisation annonce publiquement que 3 200 personnes qui ont quitt lenclave manquent

    lappel. Le reprsentant de lONU en Bosnie, Yasushi Akashi se flicite davoir pass un accord avec les Bosno-Serbes pour lvacuation de cette population.

    MSF assure la prise en charge des premiers rfu-gis de Zepa Communiqu de presse MSF, 26 juillet 1995 (en franais) D113

    1 400 personnes sont arrives de lenclave de Zepa Kladanj tt ce matin. Il sagit denfants, de femmes et de vieillards, qui nont rien pu emmener avec eux. Daprs les premires constatations de nos quipes, leur tat de sant semble satisfaisant.3 postes de sant sont ouverts Kladanj, dont un tenu par MSF et 50 personnes ont t soignes par nos quipes ce matin. Ensuite, ds midi, les rfugis bosniaques ont t emmens dans une vingtaine de bus en direction de Zenica o ils devraient arriver au cours de la nuit.A Zenica, les quipes MSF ont mis en place un dispositif en vue dassurer leur prise en charge au niveau mdical et sani-taire dans les centres daccueil pour rfugis. 2 000 autres rfugis devraient arriver sur Kladanj en provenance de Zepa en dbut de soire et suivre la mme route.

    3 200 personnes manquent lappel Commu-niqu de presse MSF, 31 juillet 1995 (en franais) D114

    MSF sinquite du sort denviron 3 200 personnes en prove-nance de Zepa et qui ne sont toujours pas arrives au centre de transit de Kladanj. Il sagit de 1 700 femmes, hommes et personnes ges, sur les routes depuis le 25 juillet, jour de la chute de Zepa, ainsi que de 1 500 hommes en ge de com-battre qui sont soit arrts par les forces serbes, soit rfugis dans les collines avoisinantes.MSF est nanmoins prt accueillir ces rfugis ds leur arrive Kladanj. Une quipe mdicale est sur place afin de fournir une assistance en cas de besoin. A Zenica, outre une quipe de coordination, 4 expatris et plusieurs dizaines de collaborateurs locaux prennent en charge 4 050 personnes en provenance de Zepa (des femmes, des enfants et des per-sonnes ges enregistrs officiellement) rpartis sur 22 camps de transit et centres collectifs. Les actions de MSF se concentrent sur la sanitation, la distribution de biens de pre-mire ncessit et des consultations mdicales. Nos quipes travaillent en troite collaboration avec le ministre de la Sant et dautres ONG.A Tuzla, nos programmes dassistance auprs de 7 500 rfu-gis en provenance de Srebrenica suivent leur cours. MSF poursuit les consultations mdicales mobiles ainsi que les programmes dhygine collective et de distribution dans les deux centres daccueil de Srebrenik et Banovici pris en charge par ses quipes.Pour rappel : des quipes MSF travaillent galement Maglaj et Mostar. Un programme daide destin aux rfugis serbes de Banja Luka est actuellement mis sur pied.

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    Prises de parole publiques

    Les Serbes ont conquis lenclave bosniaque de Zepa Le Monde (France), 26 juillet 1995 (en franais) D115

    Extrait : Lenclave musulmane de Zepa, une de ces zones dites de scurit de lest de la Bosnie, qui devait tre, ce titre, protge par lONU, est tombe mardi matin 25 juillet aux mains des scessionnistes serbes. Aprs Srebrenica, investie le 11 juillet, Zepa, qui abrite quelque 12 000 personnes, est la deuxime enclave musulmane de Bosnie orientale tre ainsi conquise par les forces de Radovan Karadzic. Comme il en a t lors de la chute de Srebrenica, les Serbes entendent vider Zepa de sa population musulmane, afin de disposer dun territoire ethniquement pur .Attendue depuis plusieurs semaines, la reddition de Zepa navait pas encore suscit de raction de la part des Occidentaux mardi en fin de matine. La confusion reste totale sur les intentions prcises de ces derniers, et notam-ment sur ce quils considrent comme une ligne rouge que les Serbes ne pourraient franchir sans sexposer une riposte de lOTAN.[]Comme sil ne restait plus lONU qu organiser pacifi-quement la purification ethnique , son reprsentant en Bosnie, le Japonais Yasushi Akashi, se flicitait mardi matin que la reddition de Zepa ait t concomitante avec un accord conclu, par lintermdiaire des Nations unies, sur lvacuation des civils de la ville. Nous sommes parvenus un accord pour lvacuation des civils de Zepa, cet accord est trs signi-ficatif , a affirm M. Akashi. Mais linformation tait imm-diatement dmentie par le gouvernement bosniaque, pour lequel il ny a pas eu daccord, il y a eu un ultimatum des forces serbes .

    Le mme jour, le Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie lance des actes daccusation contre les responsables bosno-serbes Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

    Radovan Karadzic et Ratko Mladic poursuivi pour gnocide Le Monde (France) 27 juillet 1995 (en franais) D116

    Extrait : Le document de 18 pages du Tribunal numre les charges retenues contre MM. Karadzic et Mladic : gnocide et crimes contre lhumanit, crimes de guerre et graves infractions aux Conventions de Genve, organisation de la politique dassas-sinats de civils au moyen de francs-tireurs (les snipers de Sarajevo), prise dotages et constitution de boucliers humains. Radovan Karadzic et Ratko Mladic ont, depuis avril 1992, par leur actes et omissions sur le territoire de la Rpublique de Bosnie-Herzgovine, commis un gnocide , crit le procureur.

    Le 26 juillet, avec Amnesty International et deux autres organisations belges, MSF donne une confrence de presse Bruxelles au cours de laquelle est lanc un appel pour sauver Gorazde, la dernire enclave assige par les forces bosno-serbes. Un camp de rfugis symbolique est install place de la monnaie.

    Souvenez-vous de Srebrenica - Sauvez Gorazde et Sarajevo Lindignation ne suffit plus Commu-niqu de presse Amnesty International, MSF, Causes Communes, Balkanactie, 20 juillet 1995 (en franais) D117

    Hier Srebrenica, aujourdhui Zepa, demain Gorazde. Lindignation ne suffit plus. Elle devient un aveu de notre impuissance. Cest pourquoi nos diffrentes organisations appellent avec insistance pour que tout soit mis en oeuvre pour sauvegarder Gorazde, futur enjeu, ainsi que Sarajevo.Perdre Gorazde, ce sera perdre lEurope.Pour ne pas oublier les milliers de rfugis de Srebrenica et de toute la Bosnie, un camp de rfugis symbolique sera mis en place sur la Place de la Monnaie Bruxelles du mercredi 26 juillet au dimanche 30 juillet. Nous souhaitons quil devienne un lieu daccueil pour tous ceux qui ont la conviction quil faut sauver Gorazde.Des tmoignages, confrences, dbats et dautres actions concrtes seront organiss durant ces cinq jours.Confrence de presse, mercredi 26 juillet 11h, Place de la Monnaie, 1 000 Bruxelles.

    Quatre jours de solidarit en plein cur de Bruxelles Agns Gorissen, Jean Wouters, Le Soir (Belgique), 27 juillet 1995 (en franais) V8 D118

    Extrait : Un camp de rfugis. En plein centre de Bruxelles, place de la Monnaie. Pendant quatre jours, jusqu samedi, cinq tentes resteront sur place, pour partager des tmoignages, des inquitudes et refuser lindignit dune Europe sans rponse face au conflit en Bosnie, comme la dclar le Dr Dallemagne, de Mdecins Sans Frontires Belgique. Sous le slogan Remember Srebrenica, save Gorazde and Sarajevo, MSF a mis sur pied, avec Amnesty International, Causes communes et Balkanactie der Gemeenten, cette action de solidarit et de mobilisation.[] On en prend dautant plus conscience lorsquon entend Christina Schmitz, infirmire MSF de retour de Srebrenica, raconter, la voix trangle par les sanglots, le calvaire qua t pour les civils la chute de la ville, avec son lot de viols de fillettes, de bbs enlevs leurs mres, de morts sous les bombes.

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    Le 27 juillet, dans le quotidien nerlandais Trouw, Christina Schmitz, la responsable de terrain de MSF Srebrenica pendant la chute, dclare quelle na aucun reproche faire au contingent nerlandais, qui selon elle a ptit dun mandat trop faible. Elle considre que lchec est politique.

    Linfirmire de MSF ne partage pas les critiques lencontre du Dutchbat Trouw (Pays-Bas), 27 juillet 1995 (en nerlandais) D119

    Extrait : La critique par le directeur de MSF, Jacques de Milliano, de laction du Dutchbat Srebrenica nest pas partage au sein de lquipe MSF qui a travaill dans lenclave jusquau dernier moment. Selon linfirmire Christina Schmitz, les hommes du Dutchbat nont chou aucun niveau. Je nai aucune cri-tique leur faire .M. de Milliano a dclar la semaine dernire que les Nerlandais navaient pas suffisamment protg les Musulmans durant leur fuite Kladanj et Tuzla. Sa collgue, Mme Schmitz, ne soppose pas cette dclaration, mais elle dit quelle ne peut juger que des vnements Srebrenica. Jusquau moment o nous avons d partir avec le premier groupe de casques bleus, la coopration entre MSF et le Dutchbat tait excellente Avec un mdecin australien, linfirmire allemande a t envoye Srebrenica par la section belge de lorganisation. Le 12 juillet, ils ont d fuir ensemble avec la population quand les Serbes ont pris le contrle de la ville. Dans la base des Nations unies de Potocari, lquipe MSF, aide des casques bleus nerlandais, a fourni un soutien mdical aux dizaines de milliers de rfugis des alentours du camp. A lexception de MSF, il ny a aucune organisation au moment de la chute dramatique de lenclave.Hier, linfirmire est retourne Bruxelles. Elle est trs cho-que par les vnements des dernires semaines. Jai aussi travaill en Tchtchnie, mais cette fois-ci ctait pire vivre. Il ny a quen travaillant dur et en ne rflchissant pas ce qui se passait autour que nous avons pu garder notre calme. A la fin, nous pouvions faire si peu pour ces dizaines de milliers de rfugis. Mais nous naurions jamais pu nous en sortir vivants sans le Dutchbat. Pendant notre fuite de la ville nous avons transport 80 patients. Pendant cet pisode le Dutchbat nous a soutenus de faon exemplaire .Linfirmire allemande est retourne Srebrenica le soir de la chute pour rcuprer un groupe de patients rests derrire, dans la ville dserte. Trois personnes restes lhpital ont t sauves, et trois personnes ges trouves un autre endroit. Srebrenica est une ville fantme, dserte et dtruite. Les Serbes de Bosnie taient occups emporter les machines laver et les tls des maisons. Il y avait des pillages inces-sants. Ctait horrible de voir la ville dans un tel tat et de savoir que nous ne pourrions plus y retourner. Nous navions que peu de temps. Nous navons pas pu chercher plus de per-sonnes qui auraient pu tre abandonnes derrire . Trois autres patients laisss lhpital pendant lvacuation ini-

    tiale nont pas t retrouvs. Mme Schmitz ne sait pas ce qui leur est arriv.Elle conclut que le Dutchbat na pas t capable de protger la population civile. Leur mandat ntait pas assez fort. Cest surtout un chec politique.

    Christina a dit ce quil fallait dire. Elle a essay de distin-guer lattitude des individus de celle de linstitution.

    Wouter Kok, coordinateur de MSF Hollande en Bosnie en 1992, puis coordinateur de la cellule durgence de MSF

    Hollande (en anglais) interview en 2015

    Le 27 juillet, Tadeusz Mazowiecki, le rapporteur spcial de la Commission des droits de lhomme de lONU dmissionne, en signe de protestation contre le fait que la communaut internationale, la confrence de Londres, a entrin la chute de Srebrenica et na rien fait pour sauver Zepa. V9

    Tadeusz Mazowiecki abandonne sa mission dans lex-Yougoslavie Le Monde (France), 29 juillet 1995 (en franais) D120

    Extrait : Dans sa lettre, M. Mazowiecki explique quil sest rsolu franchir le pas la suite des vnements de ces derniers jours, surtout aprs les chutes des enclaves musulmanes de Srebrenica et de Zepa qui lont conduit constater limpos-sibilit de poursuivre lexercice de [son] mandat . A ce propos, il indique que la cration des zones de scurit a constitu lune de ses recommandations essentielles pour protger les civils.Deux facteurs, a reconnu M. Mazowiecki, ont jou un rle essentiel dans sa dcision de dmissionner : la confrence de Londres du 21 juillet et les constatations quil a rcemment pu faire lui-mme lors de son voyage Tuzla sur le sort des rfugis de Srebrenica. Les dcisions prises Londres, qui ont pris acte de la chute de Srebrenica et qui nont pas empch celle de Zepa, sont pour moi inacceptables. Il a aussi fait part du choc quil a ressenti en pntrant dans une tente Tuzla lorsque les rfugis ont refus de lui adresser la parole parce quil tait un reprsentant de lONU, tellement ils se sentaient abandonns .

    Le 10 aot 1995, les Etats-Unis prsentent au Conseil de scurit des Nations unies des photos prouvant lexcution en juillet, prs de Srebrenica, de plusieurs centaines dhommes par les forces bosno-serbes. Ils demandent au Tribunal pnal international pour lex-

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    Prises de parole publiques

    Yougoslavie denquter sur ce site qui renfermerait dautres fosses communes.

    Le Conseil de scurit des Nations-Unies commande un rapport sur les violations des droits de lhomme commises Srebrenica et Zepa.

    Le Conseil de scurit demande une enqute sur les exactions serbes en Bosnie orientale Afsan Bassir Pour, Le Monde (France), 12 aot 1995 (en franais) D121

    Extrait : Cest avec grande motion et sans aucun scepticisme que les membres du Conseil de scurit de lONU ont accueilli, jeudi 10 aot, les preuves prsentes par la dlgation amricaine des atrocits supposes commises par les Serbes de Bosnie contre les Musulmans de Srebrenica (Bosnie orien-tale). Munie de sept photos satellites, prises entre le 12 et le 14 juillet prs de la ville de Nova Kasaba, et le tmoignage dun seul rescap, lambassadeur amricain aux Nations unies Madeleine Albright aurait convaincu les membres du Conseil que les Serbes ont excut coups de mitrailleuse et par groupes de vingt-cinq personnes entre 2 000 et 2 700 hommes dsarms.Deux des photos montrent un terrain de football avec une masse compacte de plus de six cents personnes, deux autres sont des gros plans sur une srie de champs avoisinants o la terre est intacte. Les trois autres photos, prises, selon lam-bassadeur Albright, quelques jours dintervalle, montrent la terre frachement remue dans les mmes champs. Evidentes aussi sur les photos, des traces dengins lourds, et cela malgr labsence de toute activit agricole ou industrielle .Recueilli par le secrtaire dEtat adjoint amricain aux droits de lhomme, John Shattuck, le tmoignage du rescap bos-niaque Smail Hodzic, soixante-trois ans, a t, selon des diplomates du Conseil de scurit particulirement convain-cant . M. Hodzic, qui a pu chapper la mort en se laissant tomber aprs la premire salve de mitrailleuse, aurait direc-tement mis en cause le chef militaire des forces serbes, le gnral Ratko Mladic. Selon lui, les excutions ont eu lieu sur ordre du gnral Mladic, en reprsailles de lattaque bos-niaque contre sa ville natale de Visnice. Un diplomate amri-cain a affirm la presse que le gnral Mladic avait jou un rle particulirement cruel dans les assassinats.La dlgation amricaine a souhait un complment den-qute par le Tribunal international pour lex-Yougoslavie []Le Conseil de scurit a [] adopt, lunanimit, deux nouvelles rsolutions, lune demandant un rapport du Secrtaire gnral dici au 1er septembre sur les violations du droit humanitaire Srebrenica et Zepa, la deuxime, axe sur loffensive croate en Krajina, mettant laccent sur le res-pect des droits des populations civiles serbes.

    En aot, MSF diffuse la presse le journal de bord de ses volontaires prsents dans lenclave pendant la chute de Srebrenica. Des extraits en sont galement publis dans Messages, le journal interne de MSF France, distribu une centaine de journalistes.

    Un ralisateur appoint par MSF recueille Tuzla les tmoignages des survivants dun groupe de 12 000 personnes, essentiellement des hommes et quelques femmes et enfants, qui avaient pris la fuite dans la fort larrive des forces bosno-serbes dans lenclave.

    Son documentaire Srebrenica in memoriam sera diffus dans les mois qui suivent sur la chaine de tlvision publique franaise France 2 et sur la chane franco-alle-mande ARTE. V10

    Certains des tmoignages quil a recueillis seront gale-ment repris par le quotidien franais Le Monde la mi-octobre.

    Les membres du conseil dadministration de MSF France saccordent pour utiliser ce film afin de continuer poser dans le dbat public les questions des disparus et des ngociations qui auraient eu lieu au sujet de lenclave de Srebrenica au moment de sa chute. V11 V12

    Compte-rendu de la runion du conseil dadmi-nistration de MSF France, 28 juillet 1995 (en franais) D122

    Extrait : Ex-Yougoslavie par Stphan OberreitStphan reprend la chronologie des vnements de ces der-niers jours.[]On peut dire que : il y a eu nettoyage ethnique, les promesses nont pas t tenues. beaucoup de choses ne sont malheureusement pas vues :

    grande technicit des Bosno-Serbes (les bus taient prts, etc.),

    les reprsentants des Nations unies ont t refuss dans les bus et on ne saura pas grand-chose des crimes ...

    cest un phnomne de rouleau compresseur ... []Il faut rflchir ce que MSF va faire en termes de communication.Bernard [Pcoul, directeur gnral] explique que lon essaye de faire passer ce que les gens ont vu Srebrenica sous forme darticle ou dinterview. Cest trs difficile en ce moment en France et on sest entendu dire que ce ntait pas un scoop ! Il est prvu de faire une publication reprenant la vie Srebrenica. Les rcits mis bout bout reprsentent un tmoi-gnage essentiel.Il y a dautre part eu Bruxelles une animation pendant 3/4 jours avec un historique de la guerre et les tmoignages de Srebrenica.Hans dit que le bataillon nerlandais des Nations unies na pas pris de position antiserbe. Ils semblaient mme plutt

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    admiratifs de lorganisation des Serbes ... Disent quils nont rien vu ... Peu datrocits ...Il demande si MSF va tmoigner La Haye pour les crimes contre lhumanit dont les membres de MSF auraient t tmoins ? Brigitte [Vasset, directrice des oprations] rpond que le choix sera laiss aux individus.

    Srebrenica agonise, une infirmire raconte Tlrama (France), 16 aot 1995 (en franais)

    Extrait : Lampleur du malheur. Nous vous livrons, sans artifices, le tmoignage de Christina Schmidt, infirmire de Mdecins Sans Frontires, qui a, du 6 au 22 juillet, vcu lagonie de Srebrenica. Plus de 40 000 personnes ont d tout abandonner et fuir sous une pluie dobus vers Potocari, au nord de len-clave, o sont bass les casques bleus de la Forpronu.

    Dossier ex-Yougoslavie - La chute de Srebrenica - Journal de mission Messages, journal interne de MSF France, septembre/octobre 1995 (en franais) D123

    Extrait : Lagonie de Srebrenica dbute le 6 juillet 1995 pour prendre fin le 21 juillet au moment o les derniers blesss, le per-sonnel mdical local et les volontaires humanitaires quittent lenclave. Christina, infirmire MSF, raconte la disparition dune zone de scurit .Tout est arriv si vite et de faon si dramatique ... La chute tragique de lenclave musulmane de Srebrenica a commenc soudainement le jeudi 6 juillet. Le 11 juillet, toute la popula-tion, panique, a t contrainte de fuir la ville sous une pluie dobus. A Potocari, (au nord de lenclave), les familles ont t spares avant dtre dportes par les miliciens Serbes de Bosnie.Quest-il arriv aux hommes qui ont alors t spars du reste de la population emmene en bus vers la Bosnie centrale ? Nous avons appris que quatre mille personnes environ, dont des mdecins bosniaques avec qui nous travaillions, avaient russi rejoindre Tuzla en passant par la fort.Mais on nous a aussi racont que beaucoup staient donn la mort en chemin ou ont t tus.

    Compte-rendu de la runion du Conseil dadmi-nistration de MSF France, 1er Septembre 1995 (en franais) D124

    Extrait : Film sur Srebrenica : une transcription/traduction dinter-views de Bosniaques sur la fin de Srebrenica est distribue aux membres du CA.Bernard rappelle quun film (de 25/40) est en cours de mon-tage sera prt dans environ 10 jours.

    Des contacts ont t pris avec des chanes de TV et Tlrama et on va galement tenter den tirer des clips de 1. Un livre blanc sortira dans environ 1 mois.Frdric souligne quil y a dj eu un llm sur la Tchtchnie et maintenant un sur Srebrenica beaucoup grce au travail de Christophe [Picard] qui permet que des tmoignages existent.Ce film est un outil MSF qui prolonge le travail fait Srebrenica car il rend compte dune situation historique avec des faits abominables, mais ce nest pas le travail dune organisation spcialise dans les droits de lhomme. Nous navons aucun moyen de diffrencier ce qui fait partie de la ralit vrifiable et ce qui fait partie des fantasmes. II ne sagit en aucun cas dun document scientifique mais dun tmoignage que lon peut fournir au tribunal de La Haye.

    Compte-rendu de la runion du conseil dadmi-nistration de MSF France du 29 septembre 1995 (en franais) D125

    Extrait : Film sur Srebrenica (Frdric Laffont)Il est intressant de voir, comment en passant aprs tout le monde, Christophe [Picard] a amen des choses nouvelles. Il ny a pas de promotion pour MSF dans ce document, unique-ment les tmoignages des personnes. Cest la preuve que lon peut faire vivre une parole diffrente.Le film a t chaleureusement accueilli par ARTE, qui la achet []Discussion :[] Une question doit tre remise au cur du dbat autour du film sur Srebrenica : celle des10 000 disparus (de 12 75 ans). Si Srebrenica est tomb, cest que tout le monde tait daccord. Y aurait-il eu des ngociations autour de la chute de Srebrenica ? (Renaud)

    En Bosnie, la colonne de lenfer Florence Hartmann, Le Monde (France), 17 octobre 1995 (en franais) D126

    Extrait : La plupart des hommes de Srebrenica avaient toutefois com-pris que les casques bleus ne les protgeraient pas et, lar-rive des troupes du gnral Mladic, entre 12 000 et 15 000 hommes de quinze cinquante ans, suivis par des femmes et des enfants, se regrouprent pour former une colonne qui senfuit par la fort et la montagne dans lespoir de rallier la ville de Tuzla, en territoire tenu par les gouvernementaux. Plusieurs rescaps de cette colonne de lenfer ont tmoign, dbut aot, devant la camra dun membre de MSF venu Tuzla enquter sur le sort des habitants de Srebrenica. []Le docteur E [], qui pendant les trois annes de sige a tra-vaill au dispensaire de Srebrenica transform en hpital de guerre, raconte pour sa part : Le long de la colonne, il y avait un fusil toutes les 300, 400 ou 500 personnes, nous ne pouvions pas nous dfendre. Mais nous ne pouvions pas non plus faire marche arrire. A laube du 12 juillet, les Serbes ont

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    attaqu larrire de la colonne et fait un grand nombre de prisonniers. En fin de journe, vers 18 ou 19 heures, alors que nous venions de nous regrouper pour repartir, trois ou quatre mille Serbes nous ont nouveau encercls. Ils nous arro-saient dobus, ctait la panique. Il y avait des morts partout, un millier peut-tre. Beaucoup ont t fait prisonniers vivants, certains ont russi senfuir dans les montagnes et sont arrivs Tuzla aprs avoir cherch pendant longtemps leur chemin vers les territoires libres . La deuxime nuit de notre parcours , poursuit le docteur E [], nous devions traverser une route trs frquente, celle qui relie Zvornik Vlasenica. En approchant, nous avons entendu le bruit des chars serbes et les mgaphones qui nous demandaient de nous rendre. Quand nous avons travers la route, laube, ils nous ont attaqus. La colonne a t morcele, il y a eu beau-coup de morts et de prisonniers.

    Le 28 aot 1995, un bombardement des forces bosno-serbes sur Sarajevo provoque la premire offensive denvergure dartillerie et daviation de lOTAN et de la Force de raction rapide.

    Les Occidentaux ripostent massivement au carnage de Sarajevo Agence France Presse, 30 aot 1995 (en franais)

    Extrait : Coordonns ds le dbut avec lartillerie de la Force de rac-tion rapide (FRR), les raids des avions de combat de lOTAN se sont poursuivis toute la journe sur les positions serbes.Le Secrtaire gnral de lAlliance atlantique Willy Claes a reconnu que ces pilonnages constituaient plus quune riposte au carnage perptr lundi par les Serbes de Bosnie Sarajevo, dont le bilan slve 37 morts et 87 blesss. Si les Serbes bosniaques ne dmontrent pas cette fois-ci quils sont prts respecter les rgles du jeu et donc accepter les dcisions du Conseil de scurit des Nations unies, nous sommes prts continuer et mme renforcer les actions militaires , a-t-il menac.[]Le chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a demand que les bombardements cessent immdiatement , sinon lescalade de la guerre sera invitable et le processus de paix sera certainement dtruit par ces bombes .Auparavant, il avait dclar : Nous sommes prts tout pour nous dfendre mais aussi participer aux ngocia-tions de paix.Le ngociateur amricain Richard Holbrooke sest dailleurs rendu Belgrade, en dpit de lopration occidentale, pour y poursuivre sa mission de paix. Alors quil tait reu par le prsident serbe Slobodan Milosevic, le gouvernement you-goslave a condamn les oprations contre les Serbes de Bosnie.Quant au prsident bosniaque Alija Izetbegovic, il a affirm que la situation a chang fondamentalement et que la voie vers la paix est ouverte grce ces bombardements.

    La coopration de lOTAN et de la FRR constitue une premire et a jou de la complmentarit avions-artillerie.

    Dbut septembre, la suite de rvlations sur lattitude du contingent nerlandais Srebrenica et de plusieurs bvues commises par le ministre de la Dfense, des dbats tendus ont lieu lors des runions des commissions parlementaires de la dfense et des affaires trangres des Pays Bas. Ainsi le 14 septembre, le journal nerlandais De Volkskrant rvle quun accord sur le sort des civils de Srebrenica aurait t pass le 19 juillet entre le gnral britannique Rupert Smith, commandant en chef adjoint de la Forpronu et le gnral Mladic et que le ministre de la Dfense nerlandais, au courant de cet accord, lavait cach, afin de ne pas fcher le commandant bosno-serbe. Le ministre de la Dfense nerlandais lance un processus denqute interne sur le comportement du bataillon de casques bleus nerlandais pendant la chute de Srebrenica, bas sur un dbriefing de ces derniers.

    Une srie de bvues hollandaises Srebrenica , Barbara Smith, Le Soir (Belgique), La Haye, 2 septembre 1995 (en franais) D127

    Extrait : Le mois dernier, Joris Voorhoeve, le ministre nerlandais de la Dfense, tait acclam comme un glorieux parrain de la nation, un chef de guerre la fois calme, lucide et engag. Depuis le bunker dune cellule de crise La Haye, il avait suivi jour et nuit les dboires des casques bleus nerlandais pris en otages, depuis la chute de Srebrenica jusqu leur libration et leur retour en territoire batave.Mais aujourdhui, le mme Voorhoeve est sur la sellette. Les preuves dexcutions sommaires par les Serbes bosniaques aprs leur conqute de lenclave de Srebrenica saccumulent, et le rle des casques bleus nerlandais dans ce drame devient de plus en plus flou. Par ailleurs, Joris Voorhoeve a avou que le dpartement de la Dfense avait commis une srie derreurs frisant laberration : par exemple, lune des deux pellicules sur lesquelles les casques bleus auraient fix des preuves datro-cits autour de Srebrenica fut lave par un laborantin maladroit du ministre. Et une liste contenant les noms des civils isols par les Serbes de Bosnie, qui pourrait savrer trs utile pour une enqute sur le comportement des troupes du gnral Mladic, a simplement disparu.La crdibilit du responsable politique, le ministre Voorhoeve, en a pris un sacr coup. Il a d modifier sa version des faits plusieurs reprises, la suite de rvlations dans la presse. Dans la plupart des cas, M. Voorhoeve ne semblait pas tre au courant, et devait rectifier ses propres dmentis aprs consul-tation avec les leaders militaires. Ces bourdes semblent telle-ment grosses que nous avons du mal y croire nous-mmes. Dans la plupart des cas, nous pensons quil sest agi dun pro-blme de communication entre larme de terre et le groupe de coordination du ministre, explique un porte-parole []

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    A lissue du dbat, la position du ministre, soutenu par les fractions des trois partis du gouvernement, ne semblait pas menace. La plupart des intervenants ont mis laccent sur les fautes commises par les responsables militaires : plusieurs reprises, ils auraient tout simplement omis dinformer le ministre.

    Quand les casques bleus nerlandais trinquaient avec les Serbes Srebrenica... Le Monde (France), 2 septembre 1995 (en franais) D128

    Extrait : Selon Joris Voorhoeve, le ministre de la dfense, les casques bleus ont t tmoins des excutions sommaires de 9 ou 10 personnes proximit du secteur nerlandais de Potocari. Le ministre rapporte galement le tmoignage dun soldat qui a vu dans lenclave, Nova Kasaba, une range de chaussures et de sacs dos pouvant appartenir une centaine de per-sonnes . Ce mme soldat a vu un camion-benne rempli de cadavres , et un bulldozer transportant des corps. Malgr cela, ltat-major nerlandais Srebrenica a sign un docu-ment officiel indiquant que lvacuation des Musulmans sest droule de faon correcte , en tout cas en ce qui concerne les convois sous surveillance des casques bleus . []Le 23 juillet, les casques bleus nerlandais ont reu le feu vert pour rentrer au pays, alors que le drame de Srebrenica continuait. De retour aux Pays-Bas, ils ont t reus par le prince hritier, Willem Alexander, le ministre-prsident, Wim Kok, et son homologue de la Dfense, venus les fliciter pour, crira plus tard ce dernier, avoir tout fait pour protger la population . Tout ? Selon le quotidien NRC Handelsblad, non dmenti, lambassade des Pays-Bas Belgrade avait pourtant demand avec insistance La Haye que la Croix-Rouge ait accs lenclave avant de battre le rappel. []Dautres vnements soulvent des questions. [] un film vido a t brl au moment o les Bosno-Serbes prenaient Srebrenica. Ces documents contenaient des images de cadavres excuts, les mmes que ceux photographis prs du secteur , confirme Bert Kreemers, porte-parole du minis-tre de la Dfense.

    Pays-Bas : le malaise de Srebrenica Barbara Smith, Le Soir (Belgique), La Haye, 14 septembre 1995 (en franais) D129

    Extrait : Cette fois, cest un accord entre le gnral Rupert Smith de lONU et le gnral serbe Mladic sur le sort des civils de Srebrenica qui jette le trouble La Haye.Selon le quotidien De Volkskrant, le ministre de la Dfense, Joris Voorhoeve, tait au courant de cet accord, mais il se serait senti oblig de le taire (mme au Parlement) pour am-liorer les relations avec Mladic, suivant une instruction de lONU.En concluant laccord avec Mladic le 19 juillet, Rupert Smith

    acceptait en fait ce que Karremans, le chef des casques bleus nerlandais, avait concd une semaine plus tt sous la menace de la violence : la dtention de plusieurs milliers de civils musulmans par les Serbes de Bosnie, et leur vacua-tion . Au dpart, Smith aurait insist pour confrer ces dtenus le statut de prisonniers de guerre, mais Mladic aurait refus de discuter sur ce point.Une source de lONU cite par De Volkskrant dclare que la publication de laccord aurait pu laver les Nerlandais de toutes les accusations concernant des civils. En effet, le document aurait t sign par un haut responsable de lONU, et pas par des militaires nerlandais.Cependant, par le pass, Voorhoeve a fermement ni plu-sieurs reprises des ngociations entre lONU et le gnral Mladic. Janvier et Rupert Smith nont pas ngoci eux-mmes avec Mladic aprs la chute de Srebrenica, a-t-il dit et il (Mladic) a platement refus plusieurs reprises de parler avec lONU.Les casques bleus sont actuellement soumis un debrie-fing en profondeur. Mais dores et dj, il semble vident que leur comportement ne fut pas toujours exemplaire. Comme raconte la mre dun casque bleu, les soldats ressentaient une aversion profonde vis--vis de la population musulmane, au comportement souvent sauvage et hostile face aux casques bleus, venus risquer leur vie pour les protger. Cest sr que nos soldats ont parfois ragi de manire abrupte.

    Dans les semaines qui suivent, lquipe de MSF prsente Srebrenica pendant la chute est sollicite pour tmoigner dans le cadre de la procdure denqute interne du ministre de la Dfense nerlandais, puis devant le Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie. La pertinence de participer ces procdures est discute. Une question se pose en particulier sur une liste de patients vacuer fournie par MSF au contingent nerlandais et laquelle les Bosno-Serbes ont eu accs. Il est finalement dcid de laisser le choix aux volontaires de tmoigner ou non devant les diverses instances. Il est toutefois prvu de leur fournir tout lappui qui leur semblera ncessaire.

    Alors que la presse nerlandaise tente de leur faire prendre position dans la campagne contre les casques bleus, MSF dcide de distribuer aux journalistes qui prennent contact sur ce sujet une dclaration de clarification. Ce texte dnonce en particulier le fait que les forces de lONU dans lenclave nont pas t en mesure de remplir leur mandat de protection.

    Message de Pierre-Pascal Vandini, responsable de programme de MSF France MSF Berlin, Amster-dam, Bruxelles et Belgrade, 28 septembre 1995 (en anglais) D130

    Extrait : 2. Un des arguments dans cette enqute est la remise de

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    plusieurs listes de Bosniaques de Srebrenica. Une de ces listes concerne les blesss et cest le lien avec MSF, puisque MSF a eu tablir une liste nominative pour pouvoir vacuer les blesss avec des garanties de scurit, esprant les sauver dune mort certaine. []4. A cause du comportement irresponsable des siges, Christina et Daniel sont sous la pression des journalistes qui demandent plus de dtails. Sous cette pression, Christina et Daniel pourraient tre amens donner une fausse interpr-tation de leur conduite durant la chute de Srebrenica, alors que nous, Belgrade, Bruxelles et Paris, savons quils ont agi de faon exemplaire et humaine.5. Le sige de MSF Paris a t inform de lapparition dans les mdias dune liste des blesss par le Flash News de MSF Hollande une semaine aprs le dbut de cette campagne. Les numros de tlphone de Christina et Daniel ont t donns sans retenue aux journalistes par le sige de MSF Amsterdam et le bureau allemand.Les recommandations (qui doivent tre des rgles) 1) Comme laffaire de la presse nerlandaise est strictement une affaire gouvernementale interne, MSF na pas y tre implique. Vous remarquerez que le CICR napparait jamais dans les articles, mme sils avaient une liste complte des blesss Potocari.2) Tous les mdias (nationaux et internationaux) qui contac-teraient MSF au sujet des vnements en lien avec Srebrenica doivent tre redirigs vers Pierre-Pascal Vandini (MSF Paris) et Renaud Tockert (MSF Bruxelles), responsables de desk pour Srebrenica, et uniquement vers eux.3) Les deux siges, Bruxelles et Paris, doivent tre les pre-miers informs de toute demande faite par les mdias aux autres sections, ou bureaux, avant dy rpondre tant quil ny a pas daccord prcis entre Bruxelles et Paris - pour tout sujet concernant le programme MSF B/F en ex-Yougoslavie.4) Nous devons rappeler que Christina et Daniel sont libres de refuser tout tmoignage ou interview, mme si MSF a accept dy participer.Ils ont tous deux suffisamment contribu la dnonciation des actes inhumains perptrs Srebrenica en juillet 1995. MSF peut faire valoir cet argument et les laisser en paix.

    Message de Daniel OBrien, membre de lquipe MSF Srebrenica, Belgique, 28 septembre 1995 (en anglais) D131

    Extrait : Dans la soire du jeudi 13 juillet, aprs que tous les rfugis, lexception de mes patients de lhpital, ont t transports en dehors de la base de Nations unies de Potocari, vers approximativement 19h, jai t inform quune liste des patients de lhpital tait requise par les autorits serbes. Je ne me souviens plus exactement de qui me la dit, mais je pense que ctait un soldat des Nations unies.La liste devait mentionner les informations suivantes : Nom, ge, lieu de naissance, sexe et nom du pre.La liste a t dresse par la traductrice de MSF [].Avant quelle ne soit complte, les commandants des forces serbes de Bosnie sont arrivs, accompagns par des soldats

    de la Forpronu et ont inspect lhpital et les patients. Ils ont pos des questions quelques patients, mais ne se sont pas entretenus avec moi. A la fin le chef de la dlgation a pris la liste [la traductrice] et la lue. Il a exprim son mconten-tement quand il sest rendu compte quelle navait pas not le nom du pre et lui a demand de recommencer et de le noter. Il lui a galement demand de se dpcher. Linspection a d durer 10 minutes, puis ils sont partis.Une fois la liste complte, elle a t remise un jeune soldat des Nations unies qui lattendait. Je ne sais pas ce quil en est devenu aprs a et je ne pourrai donc pas confirmer que les Serbes ont reu cette liste.

    Message du responsable presse de MSF Belgique aux responsables de programme et responsables de la communication de MSF B et F, 2 octobre 1995 (en anglais) D132

    Extrait : Vendredi dernier, au cours dune runion Bruxelles il est devenu vident que toutes les sections devaient se mettre daccord sur une dclaration concernant la chute de Srebrenica en vue dun regain dintrt des mdias, spcialement aux Pays-Bas. Voil donc cette dclaration. Jespre que vous serez tous daccord avec. Si ce ntait pas le cas, envoyez vos remarques et suggestions le plus vite possible.

    Je voudrais insister sur ce qui a t convenu concernant les contacts avec les mdias.- La dclaration (ci-aprs) peut tre utilise par toutes les sections en rponse aux demandes des journalistes et non de manire proactive.

    - Les journalistes qui voudraient plus dinformation, ou qui voudraient interviewer Daniel ou Christina, me seront adresss. Je traiterai les demandes pour les adresser la personne la plus approprie (Renaud, Pierre-Pascal, Georges, Christina). Je pense que Christina peut continuer donner des interviews si elle le souhaite, mais seulement de manire slective, disons pour des journalistes pour les-quels nous avons la garantie quils produisent une informa-tion de haute qualit. Ceci suppose un change dinformations au sujet de ces journalistes entre sections et mme avec les bureaux dlgus dans certains cas.

    Suite aux diverses communications faites propos de la chute de lenclave musulmane de Srebrenica, en Bosnie de lEst, et aux questions poses aux collaborateurs de MSF qui en furent tmoins, Mdecins Sans Frontires dsire clarifier les points suivants :1) Mdecins Sans Frontires insiste auprs du Tribunal inter-national pour lex-Yougoslavie La Haye pour que la justice soit rendue face aux crimes commis par les forces serbes de Bosnie pendant et aprs la chute de Srebrenica. Et ceci, afin dapporter des claircissements sur le sort des milliers de dis-parus de lenclave dont on est toujours sans nouvelles.Cet pisode de la guerre en ex-Yougoslavie est le plus acca-blant pour la Communaut Internationale. A Srebrenica, tout comme Zepa, elle na pas rempli son rle. Malgr leur statut

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    de zones de scurit dmilitarises , qui leur a t attribu par le Conseil de scurit de lONU, et en dpit de lactivit diplomatique des membres du Groupe de contact, rien ne fut mis en place pour dfendre correctement les enclaves et leurs habitants. Toutes deux furent tout simplement rayes de la carte.Le comportement des casques bleus hollandais dans cette crise ne fut pas dterminant. MSF dnonce nanmoins le fait que lUNPROFOR ntait pas en mesure de remplir son mandat et quelle a abandonn les 30 000 habitants de lenclave sans fournir beaucoup defforts pour sopposer aux envahisseurs serbes.2) Aprs la chute des deux enclaves, le retrait des casques bleus des Nations unies de lenclave de Gorazde a t justifi par une protection inadquate des troupes de la Forpronu. Le retrait a eu lieu au mois daot, sans quaucune autre alterna-tive valable ne soit prsente pour assurer la scurit de la population civile. Aujourdhui, plus dun mois plus tard, lavenir de cette dernire zone de scurit en Bosnie orientale reste incertain.Les bombardements sporadiques et les tireurs embusqus continuent entretemps de faire des victimes. Nous appre-nons, par lintermdiaire de nos quipes sur place, que les habitants de Gorazde (estims 56 000 personnes) se demandent quel sort il leur sera rserv. Certains interprtent les derniers dveloppements, et plus prcisment les efforts pour obtenir la leve du sige de Sarajevo, comme un signe positif. Mais, lors des rcents pourparlers diplomatiques, Gorazde semble tre reste loin des discussions.En tant quorganisation humanitaire, MSF prie dune part les ngociateurs internationaux de placer Gorazde en tte sur lagenda et de se porter garant de la scurit de sa population.Dautre part, MSF insiste auprs du Secrtaire gnral des Nations unies, M. Boutros Boutros Ghali de fournir les efforts ncessaires afin dobtenir la leve du sige de Sarajevo

    Finalement, les volontaires de MSF refusent dtre auditionns en direct par les enquteurs du ministre de la dfense nerlandaise, mais acceptent de rpondre par crit des questions prcises.

    Questions-rponses, enqute nerlandaise Message de Christina Schmitz, ex coordinatrice MSF Srebrenica Peter Caesar, MSF Belgique, 11 octobre 1995 (en anglais) D133

    Extrait : Questions 17 : Dsole, avons-nous dcid de laisser cette question ou bien dy rpondre : MSF na pas film, faute de camra. Nous ne savons pas si des violations des droits de lhomme ont t filmes par la Forpronu.Question du ministre de la dfense nerlandaisIntroduction1. [Au cours de quelle priode et en quelle qualit vous trou-viez vous dans lenclave ? Quelles taient vos responsabilits ?

    Quel tait le primtre gographique de ce travail ? Faisiez-vous des rapports rguliers vos suprieurs sur la situation dans lenclave ? Si oui, sur quelles questions ?]Priode de sjour 24.06.95 - 21.07.95Responsabilits de Christina Schmitz : Coordinatrice de terrainResponsabilit de Daniel OBrien : mdecin (travail dans lh-pital du district, direction du service mdical pour les hommes, blesss, consultation externe, garde de nuit de lhpital, chirurgie)Planning FamilialProgramme tuberculose6 postes de sant primaire dans la priphrieService de consultation externe hygineEau et sanitationProgramme dimmunisation tenduFourniture de mdicaments et de matriel mdical pour approximativement 40 000 habitantsSystme de surveillance (collecte de donnes)Surveillance des apports caloriques et de la situation nutri-tionnelle gnrale Centre social avec 96 handicaps et/ou habitants gsPorte gographique : durant le temps de notre sjour, nous navons pas pu visiter personnellement tous les environs, nous sommes rests dans le centre, cependant le projet a t tendu aux villages environnants de lenclave.Rapport : nous tions en contact quotidien par radio HF et tlex avec la coordination MSF B/F Belgrade, Bruxelles et Paris et nous rapportions tout changement dans la situation mdicale, humanitaire et scuritaire du programme.2. [Pouvez-vous dcrire factuellement vos contacts avec le bataillon nerlandais de lONU avant, pendant et aprs la crise ? Avec qui tiez-vous habituellement en contact, quelle frquence et sur quelles questions ? ] Avant la crise, javais un contact quotidien avec lquipe de liaison des Nations unies la runion scurit de 9h30 dans le btiment des PTT.Nous nous sommes prsents au Commandant Karremans Potocari.Lquipe mdicale du Dutchbat a poursuivi ses activits dans lhpital.Le 5, la nouvelle quipe mdicale nous a t prsente. Pendant les bombardements, entre le 6 et le 11, jai eu des contacts sporadiques par tlex demandant des informations sur la scurit et informant de la situation de lhpital, demandant une assistance mdicale.Du 11 au 21 nous avons vcu sur la base nerlandaise de Potocari. En 10 jours, jai eu des contacts continus, principa-lement avec le commandant en second, Robert Franken, mais aussi avec lquipe mdicale et les soldats nerlandais qui assistaient.Les principaux problmes taient la situation des dplacs, les soins aux patients, lvacuation de ces derniers ainsi que celle du personnel local et la ntre.[] MSF na pas donn la liste aux forces bosno-serbesJe ne suis pas en mesure de savoir si le CICR a donn la liste quiconque.Dans lventualit dune vacuation anticipe, une liste des patients est gnralement dresse par MSF dans le but de faciliter leur transport et garantir leur scurit. []

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    8. [Quel tait le rle de MSF concernant le transport de blesss de lenclave ? Et de Bratunac ?]MSF a remis ses patients au CICR Potocari. MSF na jou aucun rle dans le transport des patients de Potocari ou de Bratunac.9. [Avez-vous pu visiter les blesss dans lhpital de Bratunac ? Que savez-vous sur leurs traitements ?]En raison des restrictions daccs et de capacit, MSF na pas rendu visite aux patients Bratunac et na donc pas dinfor-mation concrte sur leurs traitements. []10. [Etiez-vous implique dans des runions avec larme des Serbes de Bosnie ? Si oui, qui tait prsent ces runions et quest ce qui y tait discut ? Avec quels rsultats ?]Je ntais prsente dans les runions entre les Nations unies et les forces bosno-serbes que quand leur ordre du jour concernait les patients, notre prsence, notre personnel local ou leurs familles.11. [Avez-vous coordonn votre propre position avec des offi-ciers nerlandais de lONU avant ou aprs des runions avec les Serbes de Bosnie ?]Les runions taient prpares conjointement et des changes de point de vue avaient lieu. MSF coordonnait ses activits avec ses bureaux de Belgrade, Bruxelles et Paris.12. [Avez-vous connaissance de documents signs par le per-sonnel nerlandais de lONU sur demande des Serbes de Bosnie ou de tout accord entre lONU et les Serbes de Bosnie ? Si oui, pouvez-vous dcrire le contenu de ces documents ou accords ainsi que les circonstances dans lesquelles ils auraient t signs/conclus.]Non 13. [Pouvez-vous confirmer la faible prsence dhommes parmi les rfugis prsents lintrieur et aux alentours de la base nerlandaise de lONU Potocari du 11 juillet au 14 juillet ? Quelle est votre explication ce sujet ? Selon vous, combien dhommes taient prsents ?]Pas de possibilit de rponse concrte. Je ne peux ni confirmer ni estimer le nombre dhommes prsents sur la base nerlan-daise de Potocari parce que les rfugis taient pris en charge par la Forpronu.14. [Pouvez-vous confirmer que les hommes ont t spars des autres rfugis Potocari ? Si oui, combien ? Savez-vous ce quil leur est arriv ?]Diffrents membres de la Forpronu nous ont rapport que les hommes taient spars. Il est impossible de donner un chiffre exact. Nous ne savons pas ce qui leur est arriv.Le 12, un jeune Musulman est venu me voir avec son enfant dun an dans les bras, accompagn par un soldat serbe. Il ma demand de prendre soin de sa fille puisquil devait aller avec les Serbes et quil navait personne pour prendre soin delle.15. [Que pouvez-vous nous dire au sujet des convois de rfu-gis entre Potocari et Kladanj ? Jusquo le bataillon nerlan-dais de lONU tait-il autoris escorter ces convois ?]Les rfugis ont t transports de Potocari dans des bus et des camions des forces bosno-serbes. Je ne pourrais dire si les forces de Nations unies ont pu les escorter.16. [Avez-vous t tmoins de violations grave des droits de lhomme lintrieur ou aux alentours de lenclave ? Si oui, avez-vous fait tat de ces violations et qui ?]A partir du 6 juillet, lenclave a subit un bombardement intensif qui ciblait galement les civils. Plusieurs civils sont

    morts cause de ce bombardement et de nombreux autres ont t blesss.Le 10 juillet un obus est tomb approximativement 30 mtres de lhpital.Quand la majorit de la population a fui Potocari, le bom-bardement a continu, ainsi que quand la population sest rassemble Potocari. A partir du 12 juillet, des soldats serbes taient prsents Potocari, mais pas lintrieur de la base de la Forpronu.Le 12, jai entendu de nombreux coups de feu ct dun btiment, jen ai galement entendu dans la soire mais venant dune autre direction.Le 13, je suis retourne Srebrenica constater le pillage des maisons et du btail de la population de la ville par les sol-dats serbes et des civils.Jai tout rapport aux bureaux de MSF Belgrade, Bruxelles et Paris. Au cours de la priode du 6 au 10, jen ai galement rendu compte la Forpronu au cours de runions ou par tlex.17. [Est-ce que des violations de droits de lHomme ont t enregistres par des appareils photo ou vido ? Si oui, par qui et concernant quelles violations ?]Je ne sais pas18. [Avez-vous dautres informations pertinentes au sujet dvnements ayant eu lieu au cours de la chute de Srebrenica ou aprs.]Question non spcifique

    Message du responsable de programme de MSF Belgique aux responsables de programme et aux directeurs des oprations de MSF B/F/H, 3 octobre 1995 D134

    Contexte : Enqute en Hollande sur le rle du Dutchbat lors de la chute de Srebrenica. Une campagne de presse nerlan-daise implique Daniel et Christina dans ltablissement dune liste des patients vacuer et son utilisation par le Dutchbat et les forces serbes de Bosnie. Christina a t interviewe de manire assez agressive sur les raisons de ltablissement de cette liste. Cette liste est devenue un sujet chaud en Hollande puisque la presse nerlandaise a laiss entendre quelle avait men la disparition de 7 patients de sexe masculin.Besoin de clarifier :1. La position de MSF - et donc de Christina - vis--vis de la presse nerlandaise au sujet de la liste.2. La participation de Christina la commission denqute spciale demande par les parlementaires nerlandais mais cre par le ministre de la dfense.3. La participation au Tribunal international de la Haye puisquune invitation tmoigner lui a t adresse. [] Aprs la runion de vendredi dernier, plusieurs propositions ont t faites :1/ Le dpartement de la communication de MSF B et Malou (MSF H) ont prpar une dclaration publique. Cette dclara-tion vise raffirmer la responsabilit de la communaut internationale et lchec du systme de protection des civils de lONU et de la Forpronu ainsi qu faire comprendre que la question de cette liste (qui est une pratique courante dans

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    ces circonstances) est hors sujet quant la question du manque de protection de la population de Srebrenica.Cette dclaration sera distribue tous les journalistes qui souhaitent enquter. Tous les contacts passeront par Anouk qui les triera et dcidera de la personne qui les adresser (Renaud, P-P, Georges ou Christina).2. La commission spciale du ministre de la Dfense : mme si elle a t rclame par des parlementaires, cette commis-sion est sous la supervision du ministre de la Dfense.Elle na donc aucune valeur et il y un risque quelle se serve de Christina pour blanchir larme nerlandaise. Les questions risquent dtre quelque peu brutales et on craint quelles ne soient aussi assez orientes.Mais refuser de tmoigner devant cette commission risquerait dalimenter des questions sur le positionnement de MSF durant la chute de Srebrenica ( Quest-ce quils craignent ? ) et pose le problme du tmoignage MSF. Nous devons tre srs davoir fait tout ce qui est possible, quels que soient les rsultats de cette enqute.Nous proposons donc de demander la commission de fournir les questions Christina afin quune rponse crite puisse tre rendue. Les contacts personnels avec la commission seront discuts aprs, si ncessaire.3. Cour internationale de justice : Christina a exprim le dsir de participer et de tmoigner mais elle demande le soutien de MSF. Il est vident que Christina tait prsente Srebrenica dans le cadre de sa mission pour MSF et donc la prsence de lorganisation est ncessaire.Nous proposons donc :- de se renseigner sur le type dinterface qui peut exister entre MSF et la Cour internationale, qui est une structure nouvelle.Le caractre permanent de la Cour devrait garantir une va-luation et une utilisation adquate du tmoignage.Peter Caesar sera en charge, en collaboration avec F. Saulnier, de se renseigner sur ce problme et dexpliquer comment les tmoignages devraient tre organiss. - que P. Caesar et F. Saulnier rendent une visite la Cour afin dorganiser les relations avec elle et mieux comprendre son fonctionnement.- daccompagner Christina sa premire audience devant la Cour, une fois que le premier point aura t clarifi. Pour les contacts ultrieurs avec la Cour, on dcidera plus tard sil est ncessaire de continuer accompagner Christina.

    A la mi-novembre, alors que la presse nerlandaise continue rvler les fautes commises par le contingent nerlandais Srebrenica, les responsables de MSF sinterrogent sur la pertinence de transmettre aux enquteurs du ministre de la dfense les changes de fax entre son quipe et le contingent nerlandais au dbut de lattaque de lenclave, au sujet de la prise en charge de patients. Finalement le choix est fait de les transmettre.

    Message du responsable de programme de MSF France, aux responsables de programme de MSF Belgique, 13 novembre 1995 (en franais) D135

    Extrait : Jai discut nouveau de la problmatique du tmoignage sur les vnements de Srebrenica. Jai eu lavis de Bernard Pcoul [directeur gnral de MSF France] et Marc Gastellu [directeur adjoint des oprations de MSF France] titre dcisionnel en labsence de Philippe Biberson [prsident de MSF France] et de Brigitte Vasset [directrice des oprations], et aussi celui de Franoise [Bouchet] - Saulnier [responsable juridique] titre technique. []Conclusion; pour Bernard et Marc OK pour fournir les l-ments en notre possession.Attention les journalistes nont pas la mme rigueur que des commissions de magistratures.Pour Franoise, le tlex que nous avons est a priori une pice dcharge ; elle montre que le commandement des UN Potocari prend en compte notre demande mme si la rponse ne nous satisfait pas. Elle ne prouve pas quil y eu cons-quence sur la sant des patients. Par contre la situation du 11 et 12 juillet 1995 Srebrenica et Potocari montre que rien naurait pu tre fait de plus au niveau mdical.Bref attention lintervention de MSF peut ne servir qu ren-forcer la position de non intervention des UN.Mon avis vous le connaissez : nous nous fourvoyons car MSF simplique dans des enqutes soit internes aux UN, soit jour-nalistiques, soit nationale (Hollande) qui ne visent en rien donner rparation aux torts subis par la population de Srebrenica. Il existe un vritable danger que nos dires soient utiliss des fins opposes celles que nous souhaitons.Bien entendu je suis les opinions de Marc et Bernard dans le cas actuel mais je crains que le dbat ressurgisse.

    Message du responsable de programme de MSF Belgique aux dpartements communication et oprations de MSF Hollande, 8 dcembre 1995 (en anglais) D136

    Extrait : Voil un petit rsum des vnements que nous avons recons-truit aprs avoir retrouv quelques-uns des tlex.Malheureusement, nous navons pas pu retrouver le tlex du 10, dans lequel une aide tait requise pour les deux patients. Il est possible que ce tlex soit encore sur le disque dur du standard de Pale, mais jusqu prsent lquipe na pas russi le retrouver. Mais je pense que la rponse est assez claire.Je vous envoie aussi les autres tlex, moins pertinents sur le sujet actuel, mais qui sont intressants pour comprendre ltat des relations entre MSF et le Dutchbat.

    Point information Srebrenica Message du responsable de programme de MSF Belgique au cabinet du ministre de la Dfense des Pays-Bas []

    1. Le 5 juillet. Daniel OBrien a pris contact avec deux chirur-

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    giens et dautres membres de la nouvelle quipe mdicale. La nouvelle quipe mdicale du Dutchbat comprenant le chirur-gien [M. H] venait juste darriver dans lenclave et tait venue nous voir lhpital pour valuer la situation. Le Dr OBrien a demand leur assistance pour un patient atteint dune leu-cmie en stade terminal.Il a demand du matriel de transfusion sanguine spcifique dont ne disposait pas lhpital, mais disponible Potocari. Il a galement demand que le technicien de laboratoire ner-landais vienne lhpital. Le chirurgien a consenti cette demande. Le 6 juillet, Christina Schmitz est descendue Potocari pour demander nouveau de laide. A ce moment il lui a t rpondu que le matriel ntait pas disponible et que de toute faon, il faudrait que le technicien de laboratoire se rende lhpital, ce qui ntait pas possible, vue linscurit. 2. Le 6 juillet encore, dans la soire, Christina Schmitz a envoy un tlex 18h47 lquipe mdicale du Dutchbat (voir tlex n1 en annexe), lattention de M. T, demandant une assistance mdicale pour une jeune fille de 15 ans que lhpital navait pas la capacit de prendre en charge.Elle a propos de descendre la patiente Potocari. Le tlex du Dutchbat qui vous a t envoy par P. Casaer (tlex n2) sign par H.G.J. [H] est la rponse cette demande et non celle la suite du tlex n1. Ce tlex rejette la demande en raison du manque de capacit et de matriel de soins inten-sifs. La raison de cette confusion la semaine dernire est que Christina ne sest rappele de cette seconde demande que lorsquelle a trouv la disquette avec les tlex. Nous avons joint Daniel OBrien par tlphone qui nous a confirm les faits.3. Pour la journe du 10 juillet vous trouverez ci-aprs un tlex envoy 2 h du matin au Dutchbat pour linformer de la situation lhpital (tlex n3). Ce tlex a t envoy avant quune nouvelle demande dassistance ne leur soit adresse aprs un bombardement survenu entre 3 h et 4 h du matin. Lorsquil a rpondu la demande dassistance mdicale pour deux patients grivement blesss, le major Franken tait donc parfaitement au courant de la situation dans lhpital.4. Mme si, pour diverses raisons, les relations entre MSF et le Dutchbat ont pu tre difficiles par moment, nous voulons insister sur le fait que la plupart du temps la collaboration entre eux sur le terrain a t bonne, en particulier au cours de la priode du 12 au 21 juillet.Jespre que cette mise au point clarifiera la situation.

    6 juillet 18:47De : MSF SrebrenicaA lattention de lquipe mdicaleMessage urgentCher []Dsol de vous dranger nouveau, mais nous voudrions savoir si nous pouvons amener dans vos installations un patient dans un tat critique.Cest une des victimes du bombardement de cet aprs-midi.Nos installations ne permettent pas de prise en charge suffi-sante en soins intensifs.Elle a 15 ans. Diagnostic : hmopneumothorax, perte dune importante quantit de sang, elle a t ranime, pas de drainage intercostal pour le moment.

    Rpondez nous quelle que soit la rponse.

    6 juillet 20:49 UTC [18:49]De : DutchbatA : MSF SrebrenicaRef : Votre message concernant le patientAvec toutes nos excuses, nous ne pouvons pas prendre en charge votre patient faute de capacit et de matriel pour les soins intensifs.Cordialement []

    De : MSF SrebrenicaA : DutchbatA qui de droit au sujet de Srebrenica 10 juillet 2:00Merci beaucoup pour vos trois tlex.Je voudrais vous donner quelques informations supplmen-taires : Jusqu maintenant lhpital a reu 22 blesss de guerre, tous des jeunes hommes et pour la plupart prsentant des blessures mineures dues des clats dobus.Selon le Prsident [autorits locales] 6 personnes sont mortes. Lhpital est submerg par les patients et leurs familles.Le personnel mdical de lhpital fait un excellent travail et peut grer la charge de travail pour le moment.Les fentres de la pharmacie et de lhpital ont t rpares avec des bches plastiques.Japprcie beaucoup votre proposition dassistance [] et jy reviendrai certainement un moment un peu plus calme. Les fentres du bloc opratoire sont toujours intactes et heureu-sement cest lt.Durant laprs-midi, le nombre dobus tombs a faiblit, mais je ne peux pas dire que la situation soit calme pour le moment. Nous navons pas beaucoup dinformation sur ltat, autre que mdical, de la population. Jai toutefois demand un rendez-vous avec la personne responsable des rfugis de lcole.Cordialement et dans lesprance dune bonne collaboration.Christina Schmitz, coordinatrice MSF B/F Srebrenica

    10 juillet 14:48De : Major FrankenA : MSF Christina- Encore une fois, cest mal laise que je dois vous rpondre que nous ne sommes pas en mesure de pouvoir vous assister et vous fournir une aide mdicale

    - Cest volontiers que je le ferai, mais jai la responsabilit de la scurit mdicale de mes soldats

    - Mes stocks mdicaux sont au minimum vital.- En dpit de la pnurie de carburant, la seule offre que je peux vous faire est de mettre votre disposition une ambu-lance blinde pour aider lvacuation des blesss.

    - Je dois ajouter une condition cela, cest que le vhicule ne soit utilis que dans la ville, tant donn quen cas dur-gence jen ai besoin pour mes soldats qui sont prioritaires.

    - Tenez-moi inform si vous acceptez cette (petite) aide

    10 juillet 19:27 UTC [17:27]De : MSF SrebrenicaA : Major Karremans et toute personne concerneLa situation na pas volu devant lhpital.

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    Prs de 10 000 personnes attendent en face.Nous vous demandons dagir immdiatement.La population et lhpital sont sans protection et le bombar-dement se poursuit.Le maire de Srebrenica vous demande de vous rendre imm-diatement au btiment des PTT.Au nom de MSF je demande votre assistance pour la population.Cette situation est inacceptable.Veuillez nous informer des mesures que vous prendrez.Christina Schmitz, coordinatrice MSF B/F Srebrenica

    Les 21 et 30 octobre 1995, les quotidiens franais Le Monde et britannique The Independent rvlent tous deux que le 24 mai lors dun briefing huis clos aux Nations unies, le gnral Janvier, commandant de la Forpronu a conseill dabandonner les enclaves, quil considrait comme non dfendables.

    Jours de crise lONU Afsan Bassir Pour, Le Monde (France), 21 octobre 1995 (en franais) D137

    Extraits : Mercredi 24 mai, 10 heures : huis clos au 2e tage. Dans la salle du Conseil de scurit, le gnral Bernard Janvier, chef des casques bleus dans lex-Yougoslavie, confront quinze diplomates, ne mche pas ses mots ; il exige des instructions claires, rapides et prcises sur le rle des units places sous son commandement. Il explique que lattitude de chacun, sur le terrain, rend son travail impossible . Il prne le regroupement de ses soldats et leur retrait des enclaves musulmanes de lest de la Bosnie. Le Conseil renvoie la balle au reprsentant du Secrtaire gnral, lIndien Chinmaya Gharakhan, et lui demande... un rapport sur la situation avant la fin du mois.Nouveau huis-clos laprs-midi, au sous-sol cette fois. Le gnral Janvier fait figure daccus, face aux reprsentants des quarante pays contributeurs de forces de la paix . Lambassadeur de Turquie ouvre le feu : Labsence dune raction muscle de lONU nourrit lagression serbe en Bosnie, cela nest pas acceptable , accuse Inal Batu. Lofficier ne cache pas son agacement : Depuis que je suis New York, je nentends que le mot muscl ; je nai toujours pas compris ce que cela veut dire. Le reprsentant de Nouvelle-Zlande, Colin Keating, passe lattaque ; il considre comme totalement inacceptable que Yasushi Akashi, le reprsentant du Secrtaire gnral, ait, une fois de plus , refus lusage de la force, alors quune intervention a t demande par le gnral britan-nique Rupert Smith, responsable des casques bleus en Bosnie. Le gnral Janvier linterrompt pour clarifier Un malentendu trop rpandu : moi-mme, je me suis oppos aux frappes ariennes, il nest donc pas exact de dire que seul M. Akashi est responsable.

    Un peu plus tard, le gnral Janvier doit essuyer le feu de lambassadeur amricain, dans son bureau. Mme Albright parle en anglais, lofficier rpond en franais. [] A Washington, nous sommes tous extrmement frustrs car, une fois de plus, les opportunits de recours la force arienne sont per-dues. Le gnral rappelle que le dernier en date des cessez-le-feu a t rompu par les forces bosniaques. Il est vrai, rtorque-t-elle, que les Bosniaques ne sont pas toujours des anges, mais ds quune victime de viol contre-attaque, vous laccusez de crer des problmes. []Comme Mme Albright insiste sur le recours aux frappes ariennes, le gnral Janvier : Ce que vous nous demandez, madame, cest de faire la guerre aux Serbes. Est-ce que Washington est prt la faire ? []Jeudi 25 mai. A 7 heures, lultimatum lanc aux Serbes pour quils restituent lONU quatre armes lourdes quils avaient soustraites aux centres de regroupement des Nations unies dans la rgion de Sarajevo expire. Au tlphone avec le gnral Smith, le gnral Janvier finit, malgr ses rticences, par donner son accord pour des frappes ariennes. [] [Boutros-Boutros Ghali] apprend la prise en otage de casques bleus par les Serbes. Une confrence de presse est organise. La rponse la question qui ne saurait manquer dtre pose est promptement prpare : les casques bleus se trouvent dans une situation vulnrable parce que les tats-membres de lONU ont ignor les appels du Secrtaire gnral en faveur du regroupement des soldats de la paix. Mais la Bosnie nest pas mme voque par les participants.[]Kofi Annan [le sous-secrtaire gnral charg des opra-tions, de maintien de la paix de lONU] participe au mme moment une runion urgente du Conseil de scurit pour linformer de la deuxime frappe arienne contre les Serbes, qui a eu lieu le matin. Les premires reprsailles serbes le bombardement de la ville de Tuzla ont fait 71 morts et plus de 150 blesss. Aujourdhui, le nombre de casques bleus cap-turs par les Serbes sest lev 10. Quelque 80 observateurs de lONU sont enchans des poteaux. [] Il est 19 heures lorsque le Conseil de scurit se runit. Boutros Boutros-Ghali ouvre le dbat :[] Je suis ici devant vous pour vous demander conseil et voil la question : faut-il ou non une troisime frappe arienne contre les Serbes ? [] Lambassadeur de France, Jean-Bernard Merime, trs gn, se souvient de linsistance amricaine pour que lONU frappe les Serbes. Mais, une fois les otages pris, tout le monde se dfile.Le Secrtaire gnral conclut : Jtais venu demander conseil ; mais, malgr toutes les critiques publiques contre ma politique, vous me demandez de dcider. Jen assume la responsabilit. Daccord, je prendrai moi-mme la dcision finale. [] Il ny a, effectivement, pas eu de troisime frappe arienne.

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    Prises de parole publiques

    LONU laisse 8 000 personnes mourir en Bosnie Robert Block, The Independent (Royaume-Uni), 30 octobre 1995 (en anglais) D138

    Extrait : Le lieutenant-gnral Bernard Janvier, commandant des forces des Nations unies en Bosnie et en Croatie, a particip cette tlconfrence huis-clos New York le 24 mai. The Independent sest procur une copie de cette dclaration confidentielle du gnral.

    Son dsir ouvertement exprim de se dbarrasser des enclaves, et la faon dont il a gr la crise en juillet, quand les Serbes ont lanc leur offensive, a conduit de hauts res-ponsables des Nations unies conclure que lofficier franais, soutenu par ses dirigeants Paris, Londres et Washington, a dlibrment laiss Srebrenica et Zepa, une autre zone de scurit, tomber entre les mains des Serbes de Bosnie. Rtrospectivement, il ne fait aucun doute que le gnral signalait ainsi son intention, et lintention de ceux quil reprsentait, de se laver les mains des zones de scurit a dclar un diplomate de lONU qui avait particip au briefing du gnral Janvier en mai. Il ny a aucun doute, la chute de Srebrenica a t autorise .Entre le 6 et le 11 juillet, quand lenclave a t attaque, le gnral Janvier a, plusieurs reprises, refus de tenir compte des demandes dsespres des forces des Nations unies dans lenclave, souvent contre lavis de ses propres collaborateurs. Selon des responsables et des documents de lONU, le gnral Janvier a refus au moins 5 demandes de support arien faites par le commandant du bataillon nerlandais de Srebrenica. Quand il a fini par autoriser lutilisation des avions de lOTAN, quelques heures avant la chute de lenclave, cela a t considr comme trop peu et trop tard. Aprs la chute de la ville, quelques 8 000 personnes sont prsumes avoir t tues par les Serbes de Bosnie - abandonnes leur destin par la communaut internationale.Six semaines auparavant, il avait dit aux ambassadeurs et aux reprsentants du Conseil de scurit de lONU ainsi qu 35 pays contributeurs de troupes , que les forces des Nations unies en poste dans les enclaves, y compris les forces ner-landaises de Srebrenica, ntaient pas dune grande utilit puisquelles taient isoles, peu armes et susceptibles dtre prises en otage. Il a soutenu que des renforts limits et dautres dmarches taient de peu dintrt. La meilleure option possible tait le retrait. Nous avons peu de temps devant nous, nous devons prendre des mesures nous permet-tant de limiter les risques encourus par nos forces a conclu le gnral Janvier. Soyons pragmatique et honntes, particulirement lgard de ceux dont nous avons la responsabilit : sans paratonnerre restons loin de lorage ! . Le gnral a ajout quil na pas le sentiment davoir trahi lesprit de la mission. Cette mission est base sur le consentement entre les parties. En labsence de celui-ci, laissons-les affronter leurs responsabilits dans des zones o nous sommes les boucs missaires []Un diplomate dun pays musulman contributeur de troupes pour lex-Yougoslavie a expliqu que personne navait jamais dit ce que le gnral Janvier a dit aussi clairement et aussi froidement . Ils [les responsables du maintien de la

    paix de lONU] se plaignaient toujours de ne pas avoir les ressources pour mettre en uvre leur mandat, et ctait vrai. Cependant, personne na jamais dit ce que Janvier a dit, que les zones taient indfendables, que nous ne pouvions pas les dfendre, que nous ne devions pas les dfendre et que nous devions les laisser abandonner leur sort. Ctait complte-ment nouveau.

    Le 31 octobre 1995, le ministre de la Dfense nerlandais publie le rapport de la procdure denqute interne initie en septembre. Ce rapport ddouane les casques bleus de toute responsabilit dans la chute de Srebrenica et des massacres qui lont accompagn et pointe des dysfonctionnements dans lapplication des rgles dintervention des forces de maintien de la paix de lONU.

    Rapport bas sur le dbriefing de Srebrenica 4 octobre 1995 (embargo jusquau 30 octobre 1995) (en anglais) D139

    Extrait : Le Dutchbat oprait sous le concept onusien de zone de scurit . Sur la base de ce concept, Srebrenica, le Dutchbat devait aider crer un environnement suffisamment stable (incluant le dsarmement des forces bosniaques) pour per-mettre la fourniture daide humanitaire, lvacuation des blesss et lamlioration des conditions de vie de la population.

    Des points dobservation ont t installs dans ce but, des patrouilles avaient lieu sur la frontire de la zone de scurit, des soins mdicaux taient apports, linfrastructure amliore et des contacts tablis entre les autorits civiles et militaires des diffrentes factions de la rgion.On tentait ainsi de satis-faire les besoins humanitaires les plus urgents et dviter les hostilits en promouvant les changes entre les parties. La faon dont ce concept de zone de scurit a t finalement mis en uvre par les Nations unies na pas permis lutilisation de la force par la Forpronu et donc par le Dutchbat. La menace de lONU de recourir la force arienne de lOTAN si ncessaire tait le seul lment dissuasif. Suite au blocus total impos par les forces bosno-serbes le Dutchbat a d faire face des pnuries importantes. En consquence, au final son dploie-ment oprationnel tait peine envisageable.

    Les Pays-Bas dmentent avoir trahi Srebrenica Tony Barder, The Independent (Royaume-Uni) 31 octobre 1995 (en anglais) D140

    Extrait : Le gouvernement nerlandais a dclar hier que ses forces de maintien de la paix ne portaient aucune responsabilit dans

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    la chute de lenclave musulmane de Srebrenica en juillet, un pisode au cours duquel les forces serbes de Bosnie sont sus-pectes davoir massacr prs de 8 000 musulmans dsarms. Prsentant un rapport officiel sur la catastrophe, le ministre nerlandais de la dfense, Joris Voorhoeve, a indiqu que la chute de Srebrenica tait principalement la consquence de lagression bosno-serbe et dune mauvaise mise en uvre des dcisions de lONU.M. Voorhoeve a ainsi dclar que la chute de Srebrenica a t cause par lagression des Serbes de Bosnie, pas par la faon dont le Dutchbat oprait. Les forces adverses taient suprieures en nombre et en puissance de feu. La petite unit nerlandaise de lONU les a affrontes seule . Il a blm les Etats-membres de lONU davoir fait si peu pour protger Srebrenica, Zepa et Gorazde, les trois zones de scurit musulmanes de Bosnie orientale dclares par les Nations unies, bien quil ft manifeste quelles taient vulnrables la pression militaire des Serbes de Bosnie. M. Voorhoeve estime que la faon dont lONU et ses Etats membres ont mis en uvre le concept de ces soit disant zones de scurit a chou lamentablement .Il a confirm quaprs que les Serbes de Bosnie ont attaqu Srebrenica en juillet, les commandants des Nations unies ont bien rejet les demandes de frappes ariennes contre les forces serbes lances par les forces nerlandaises de lenclave.Dcrivant lunit nerlandaise comme une prsence symbo-lique de lONU dans lenclave, en raison de son armement lger et de son faible approvisionnement, M. Voorhoeve explique quelle naurait pu sopposer aux chars et aux armes lourdes des forces serbes de Bosnie du gnral Ratko Mladic. Si il y avait eu une tentative de repousser lattaque de larme bosno-Serbe par la force, elle aurait conduit un bain de sang chez les dizaines de milliers de rfugis et chez les casques bleus nerlandais .Le rapport avait t demand en partie pour dfendre les forces nerlandaise des Nations unies contre les reproches qui lui sont fait davoir fait trop peu pour protger la population de Srebrenica contre une orgie de violence des Serbes de Bosnie.Reposant sur des entretiens avec les 460 militaires qui ont servi dans lenclave et avec du personnel de lONU servant en ex-Yougoslavie, le rapport affirme que les soldats nerlandais ont fait de leur mieux pour remplir leurs devoirs militaires et humanitaires.

    PAS DACCORDS DE PAIX AU DTRIMENT DE LA JUSTICE

    Fin octobre 1995, les Etats-Unis prsentent de nouvelles photos satellitaires et des documents prouvant lexistence dune douzaine dautres charniers aux alentours de Srebrenica. Ces lments sont remis au Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie.

    Le 16 novembre 1995, ce dernier met en accusation les responsables bosno-serbes Ratko Mladic et Radovan Karadzic, pour leur responsabilit individuelle directe dans les exactions perptres lors de chute de Srebrenica.

    Du 1er au 21 novembre des pourparlers se droulent sous lgide des Etats-Unis Dayton (Ohio) entre la Republika Srpska (RS) et la Fdration croato-musulmane. Les accords dits de Dayton seront signs Paris le 14 dcembre et prvoient , entre autres, le remplacement de la Forpronu par lIFOR une force de maintien de la paix place sous le commandement de lOTAN.

    Nouvelles preuves de massacres serbes en Bos-nie Agence France Presse, 30 octobre 1995 (en franais)

    Extrait : Les Etats-Unis ont fourni au Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie (TPI) de nouvelles preuves sur des massacres de Musulmans que les Serbes de Bosnie auraient perptrs lors de la prise de Srebrenica (est de la Bosnie), a assur dimanche le Washington Post.Les Amricains disposent aussi de preuves selon lesquelles larme rgulire de Belgrade a aid les Serbes de Bosnie lors de lassaut contre cette enclave musulmane tombe le 11 juillet, mais sans ncessairement participer aux massacres qui ont suivi, a-t-il ajout. Selon le journal, des photos satel-litaires et dautres documents manant des services de rensei-gnements amricains prouvent lexistence dune demi-douzaine de charniers, en plus de ceux dj dcouverts.Les autorits amricaines ont remis des documents au TPI, cr par lONU pour juger les crimes commis durant la guerre en ex-Yougoslavie et qui sige La Haye : ils avaient peur que les Serbes bosniaques ne fassent disparatre les charniers pour se disculper, ajoute le journal.

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    Prises de parole publiques

    Le tribunal international inculpe M. Karadzic et M. Mladic pour le gnocide de Srebrenica Alain Franco Le Monde (France), 18 novembre 1995 (en franais) D141

    Extrait : Linculpation, jeudi 16 novembre, pour gnocide et pour crimes contre lhumanit du chef politique bosno-serbe, Radovan Karadzic, et de son commandant militaire, Ratko Mladic, pour leur participation au gnocide qui a suivi la prise de Srebrenica le 11 juillet dernier, concerne lun des actes les plus sanglants du conflit yougoslave . Cette mise en accusation sajoute celle du 25 juillet, lorsque le TPI avait dj accus les deux chefs serbes de Bosnie de gnocide et de crimes contre lhumanit, pour leur politique dassas-sinat de civils Sarajevo et pour la prise dotages et la constitution de boucliers humains . []Le dossier, bas sur des tmoignages de rfugis, de survi-vants dexcutions sommaires, confirms et corrobors par dautres sources , notamment par les casques bleus nerlan-dais dploys Srebrenica, dcrit trois lieux o se sont droules les atrocits. Le premier concerne la colonne des fuyards en route pour Tuzla et bombarde par lartillerie serbe. Des centaines de Musulmans ont t tus, un plus grand nombre blesss. Beaucoup ont t rendus fous par les assauts rpts. Des tmoignages dcrivent comment des dizaines de personnes se sont suicides pour chapper toute capture. Ceux qui ont t pris ont t immdiatement excuts, mme les blesss. Des centaines ont t enterrs dans des fosses com-munes, certains encore vivants. []Des excutions massives ont galement eu lieu autour du 14 juillet dans les environs de Karakaj la sortie de Zvornik. []A Potocari, proximit du campement des casques bleus nerlandais, dautres scnes dhorreur se sont droules : Nombre de personnes ont t assassines dans les champs et les rivires alentours. Les tmoins dcrivent un tat de terreur telle que nombre dindividus se sont suicids. Des femmes ont t violes et tues. En quelques jours, au cours dune opration sans prcdent dpuration ethnique o les soldats serbes ont agi avec autant de clrit que de sauvagerie, la population musulmane de Srebrenica a t virtuellement limine , conclut le juge Riad.Lacte daccusation affirme que le gnral Mladic a t prsent sur les lieux dexcutions sommaires et massives, au moment mme des excutions. Il prcise que Radovan Karadzic exer-ait galement un contrle militaire effectif sur les forces bosno-serbes, en tant que commandant et chef politique . Plus dune trentaine de tmoignages directs permettent rai-sonnablement de penser que Ratko Mladic a personnelle-ment supervis la prise de Srebrenica, en portant une attention particulire aux dtails , lit-on dans le dossier. Des milliers de Musulmans se sont rendus aux forces com-mandes par Ratko Mladic et Radovan Karadzic, aprs avoir reu lassurance quils seraient en scurit. Certains soldats serbes avaient mme revtu des uniformes vols aux casques bleus [...] Ratko Mladic a t vu sur les sites dexcutions massives par plusieurs survivants. Des tmoins rapportent galement comment lofficier bosno-serbe supervisait le tri entre hommes et femmes Potocari, juste avant les excu-

    tions. Enfin, remarque le juge Riad, arriv Potocari, Mladic a donn lordre quaucun homme ou garon ne soit vacu de lenclave. La plupart dentre eux ont t transports Bratunac et ont termin leur funeste voyage dans les champs de la mort prcdemment dcrits .

    Les principaux points et les dispositions mili-taires Le Monde (France) 23 novembre 1995 (en franais) D142

    Extrait : Une force de maintien de la paix (IFOR, Implementation Force), place sous le commandement de lOTAN et dirige par un gnral amricain, sera dploye en Bosnie-Herzgovine pour remplacer la Force de protection des Nations unies (Forpronu).LIFOR veillera au respect du cessez-le-feu et la sparation des forces. Elle sera en mesure de se dfendre de faon vigou-reuse en toutes circonstances. [] LIFOR disposera dune libert de mouvement totale travers tout le territoire de Bosnie-Herzgovine.

    Les accords de Dayton prvoient galement la leve de lembargo conomique impos la Serbie. Richard Goldstone, le procureur du Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie menace de dmissionner si un march est pass qui changerait la paix contre limpunit des responsables serbes.

    Les mmes craintes animent le conseil dadministration de MSF France qui sinquite de la menace que la leve de lembargo conomique peut faire peser sur larrestation et la remise des criminels au tribunal. Il est suggr de profi-ter de la signature des accords de paix Paris pour soulever cette question publiquement.

    Le 16 dcembre, dans une tribune publie dans le quoti-dien franais Le Monde, Franoise Bouchet-Saulnier, la responsable juridique de MSF, demande que les gouverne-ments europens sengagent garantir que les accords de paix ne seront pas passs au dtriment de la justice.

    Le procureur du tribunal pnal international de La Haye menace de dmissionner Alain Franco, Le Monde (France), La Haye, 17 novembre 1995 (en franais) D143

    Extrait : M. Goldstone a aussi laiss planer la menace de sa dmission dans lventualit, souvent voque autour des discussions entre belligrants Dayton, dun march entre les Etats-Unis et le prsident serbe Slobodan Milosevic, permettant dchanger

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    la paix contre limpunit des chefs serbes, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, inculps de gnocide par le TPI : Si un Etat du Conseil de scurit ou de la communaut internationale prenait part un tel march, je pense sincrement que tous les membres du tribunal se poseraient srieusement la question : cela vaut-il la peine de continuer dans ces conditions ?

    Compte-rendu du conseil dadministration de MSF France, 24 novembre 1995 (en franais) D144

    Extrait : Le Tribunal international menac par les accords de Dayton sur lex-Yougoslavie - Frdric Laffont [] Les accords de paix signs Dayton font en effet peser une menace sur le sort du Tribunal, dans la mesure o les crimi-nels dex-Yougoslavie risquent de ne pas tre poursuivis. La livraison des criminels tait en effet lie la leve de lem-bargo. Or laccord de Dayton a lev lembargo. Les criminels ne sont plus une monnaie dchange.Est-ce que MSF va demander que ce que le Conseil de scurit a mis en place en crant le Tribunal international ne soit pas retir ?Dayton marque que des tats peuvent devenir criminels impunment. Est-ce quon reste spectateur ? Est-ce quon demande au Conseil de scurit de ne pas rayer dun trait de plume le Tribunal international pour lex-Yougoslavie ?Pierre Salignon : la paix avalise le partage ethnique de la Bosnie. Mais la paix ne peut exister si justice nest pas rendue. En tant que tmoin, MSF doit demander des comptes et ne pas cesser de les demander. On ne doit pas laisser passer loccasion de la signature de la paix Paris. Cest aussi impor-tant que laction quon peut mener sur le terrain.A une remarque dOdile sur les projets proposs par les collec-tifs en cette matire, Pierre rappelle que nous nous sommes le plus souvent dmarqus des collectifs et que leur action nempche pas une action spare de MSF.On peut aussi rencontrer Goldstone, savoir comment on peut agir. Quand les tats le voudront, le Tribunal sera supprim, non seulement pour lex-Yougoslavie, mais aussi pour le Rwanda.

    Ne sacrifions pas le tribunal pour lex-Yougos-lavie Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF, Le Monde (France), 16 dcembre 1995 (en franais) D145

    Extrait : Laccord de paix sign Dayton pour lex-Yougoslavie ouvre une nouvelle priode hauts risques dans lhistoire de ce conflit si proche de nous. Linvention de lexpression nouvelle purification ethnique a rendu les atrocits commises sur le terrain intellectuellement supportables sans pour autant ouvrir notre intelligence.Cette guerre dclenche au nom de la dfense de la puret de

    la race et de la conqute de lespace vital fut raciste. L o est un Serbe, l est la Serbie : ce slogan politique a jalonn toute la logique de la guerre lintrieur de lancienne fd-ration yougoslave. Cette logique contagieuse a conduit par la suite chacune des parties en conflit se dfinir par rapport sa race. La guerre ne fut pas un accident politique, mais le rsultat dune volont dlibre dimposer une doctrine raciale de lEtat.La Communaut europenne na pas pu faire face ce danger, car elle na ni politique trangre ni politique de dfense communes. Les diffrents gouvernements europens se sont donc livrs dans ce secteur la libre concurrence des petites ides et des gestes symboliques. Seule laction humanitaire est intgre dans le cadre europen. Bruxelles a d grer par le secours humanitaire une guerre qui niait prcisment lgale dignit des tres humains.Incapable de faire la guerre cette politique raciale de nga-tion de ltre humain, la Communaut europenne a promis de faire justice de ces crimes commis contre lhumanit en ex-Yougoslavie. Le Tribunal international a t cr, dabord sans moyens matriels puis dans lincertitude dexister encore demain, et de pouvoir tenir la parole donne. Rappelez-vous : Vukovar, Gorazde, Srebrenica. Les civils pris au pige, les malades massacrs, les slections, lextermination. Puis le silence.La paix sera peut-tre amricaine.La justice peut encore tre europenneMais la justice narrte pas la guerre. Trois ans aprs le dbut de ce conflit, la menace persistante au cur de lEurope a conduit les Amricains exercer une fois de plus leur mission de protecteurs de notre continent. Un accord de paix a finale-ment t sign sous leur gide. Il ne prtend toutefois pas utiliser la force pour imposer la justice. En ltat, il entrine donc une nouvelle application de la doctrine dj utilise en 1918 dans les Balkans par le prsident amricain Woodrow Wilson. A cette poque, la politique une nation = un Etat avait conduit la premire grande purification ethnique de cette rgion, avec le dplacement de plusieurs millions de per-sonnes au travers des nouvelles frontires. Un tribunal inter-national devait contrebalancer cette drive raciale potentielle en punissant les auteurs du gnocide armnien. Mais en 1923, laccord de paix final accordait lamnistie pour tous les crimes commis. Si la guerre a un prix, certaines paix aussi.Aujourdhui, le Tribunal international pour lex-Yougoslavie se retrouve dans le mme dilemme. Les Etats nont pas fait la guerre pour obtenir une paix juste. Mettront-ils en danger un accord de paix pour que la justice passe ?Celle qui se dessine sur le terrain, et dont nos volontaires sont tmoins, ne rpond pas aux questions les plus simples : o vivront ceux qui ne se considrent pas comme ethnique-ment purs ? Sur quelles bases et o seront rimplants les deux millions de rfugis et dplacs causs par la guerre ? Quel rle joueront demain les criminels de guerre ?Cette paix amricaine nous concerne en tant qutres humains et en tant que citoyens europens. Qui fixe aujourdhui le prix de notre vie, le prix de notre humanit ?La paix sera peut-tre amricaine ; la justice peut encore tre europenne. Les gouvernements de lUnion europenne doivent prendre position pour garantir que le Tribunal inter-national ne disparatra pas avec la signature de laccord de

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    Prises de parole publiques

    paix, que la justice na pas t ngocie contre la libration des pilotes franais.7

    Le 1er dcembre 1995, le Secrtaire gnral des Nations unies prsente un premier rapport sur la chute de Srebrenica qui apporte des preuves indniables dune mthode constante dexcutions sommaires et de la prsence du gnral Mladic sur les lieux des exactions.Le 21 dcembre, le Conseil de scurit des Nations unies exige une enqute plus approfondie sur les atrocits commises par les Serbes Srebrenica.

    LONU veut la vrit sur Srebrenica Agence France Presse, 22 dcembre 1995 (en franais)

    Extrait : Le Conseil de scurit exige une enqute sur les atrocits commises au mois de juillet dernier par les Serbes bosniaques dans la ville.Outre un accs immdiat pour des enquteurs internationaux dans cette enclave musulmane de lest de la Bosnie, le Conseil de scurit de lONU a aussi exig, dans une rsolution adopte jeudi soir, que les Serbes bosniaques sabstiennent de toute action visant dtruire, altrer, dissimuler ou dt-riorer tout lment de preuve Srebrenica. []Dans un rapport au Conseil de scurit, le secrtaire gnral de lONU Boutros Boutros-Ghali avait indiqu que selon la meilleure estimation possible, entre 3 500 et 5 500 personnes taient toujours portes disparues depuis la chute de Srebrenica.Le Conseil de scurit a not que le Tribunal pnal interna-tional sur lex-Yougoslavie (TPI) avait mis en accusation les dirigeants des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic du fait quils sont directement et personnellement res-ponsables des atrocits commises en juillet contre la popula-tion musulmane bosniaque de Srebrenica.Le Conseil de scurit a galement pris note des preuves solides mentionnes dans le rapport de M. Boutros-Ghali selon lesquelles un nombre inconnu mais considrable dhommes de la zone de Srebrenica ont t excuts sommai-rement par les forces des Serbes de Bosnie et les forces paramilitaires.

    En fvrier 1996, MSF publie un rapport contenant des tmoignages sur lvacuation de Srebrenica et le sort des membres de lquipe locale. Un appel information est lanc sur le sort du personnel port disparu.

    7. Le 30 aot 1995, deux pilotes franais ont t fait prisonniers par les forces Bosno-Serbes aprs que leur avion a t abattu. Il seront librs le 12 dcembre 1995.

    Personnel de lhpital de Srebrenica et personnel local : tmoignage de lvacuation de Srebrenica et du sort des collgues disparus Rapport MSF, fvrier 1996 (en anglais) D146

    Extrait : Le but de ce rapport est dattirer lattention sur le sort du personnel de lhpital et du personnel local de MSF, de rendre hommage leur travail au cours de ces dures annes de guerre et de souffrance dans lenclave.Cest aussi un appel aux organisations et aux institutions qui essayent de mettre en uvre le volet civil de laccord de paix pour quelles continuent leur recherche de preuves et quelles rendent justice aux milliers de personnes disparues ou tues.MSF demande instamment que tout individu ou organisation dtenant des informations sur les membres du personnel port disparu nous les transmette.Il y avait 13 employs locaux de MSF Srebrenica et lhpital comptait 128 employs.Ce rapport sappuie sur le tmoignage oculaire de 37 employs de lhpital et 6 employs locaux de MSF recueilli entre le 27 novembre et le 14 dcembre 1995 :Des 128 personnes travaillant lhpital, 21 sont portes disparues, 3 ont t tues dans la priode antrieure la chute de la ville.Des 13 employs locaux, 1 est port disparu.MSF continue dessayer dobtenir des informations sur la situation actuelle de 50 autres membres du personnel de lhpital.

    Dans ce rapport sur la chute et sur les membres du personnel de lhpital et du personnel de MSF qui ont

    t tus ou sont ports disparus, on parle en particulier de ce charg de la protection civile, qui faisait aussi partie de lquipe MSF et qui sera retrouv quelques annes plus tard dans une fosse commune. Ce rapport-l il est central. Cest un lment de rcit trs important pour tout le monde, par-del lacte de publier un rapport. Cest une manire de dire on na pas seulement t tmoins dun massacre, on est directement concerns parce quon nous a assassin des patients, et que des collgues de lhpital et mme du personnel MSF ont disparu .

    Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme de MSF France, en charge des programmes

    en ex-Yougoslavie (en franais) interview en 2015

    Le 22 mars 1996, lquipe de MSF Zenica demande que lorganisation considre la possibilit dune intervention Srebrenica auprs des dplacs bosno-serbes de Sarajevo qui sy sont installs. Lide est finalement abandonne, les massacres de juillet 1995 tant encore prsents dans tous les esprits.

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    MSFF Srebrenica, le retour ? Messages des responsables de programme de MSF France au prsident, directeur gnral et la Fondation de MSF France, 22 mars 1996 (en franais) D147

    Extrait : Nous vous livrons ici un fax reu de Bosnie et concernant les nombreuses questions que se posent certains expatris MSF en Bosnie, sur notre absence Srebrenica depuis la chute de lenclave, et alors que des rfugis serbes originaires de Sarajevo sy rinstallent.Nous vous serions reconnaissant de le lire, aprs quoi, nous vous proposons den parler au cours dune runion (spciale, ou dans le cadre des rencontres avec la Fondation organises certains vendredi).Pourquoi vous solliciter ? Et bien parce que nous trouvons important douvrir ce dbat avec vous, sur un sujet qui nous tient cur, et sur lattitude oprationnelle que doit avoir MSF suite aux vnements tragiques qui se sont drouls Srebrenica et Zepa en juillet dernier (je vous rappelle que lon est toujours sans nouvelles de 6 8 000 personnes, dont du personnel mdical, et que la justice sur cette affaire risque de ntre jamais faite).Pour tre complet, vous devez savoir, que pendant un mois aprs la chute de Srebrenica, la rgion autour de lenclave a t interdite ... il est facile de comprendre pourquoi. Ensuite, des rfugis serbes arrivant pour sinstaller dans cette zone, les quipes MSF ont repris leurs activits de distribution de mdicaments, Bratunac (le bourg situ la sortie de la poche, et o les hommes de la poche ont t regroups avant de disparatre, parmi eux des blsss). Aujourdhui, des tra-vaux dans des centres collectifs de rfugis sont en cours.

    Message de MSF Zenica aux responsables de programmes de MSF Belgique, 20 mars 1996 (en anglais) D148

    Extrait : 2. Il y a un nouveau groupe de rfugis Srebrenica. Ce sont des Serbes de Bosnie et ils sont de Sarajevo. Ils nont pas fui de combats ou de situation de guerre. Cependant nous savons par de nombreux rapports quils nont pas, aprs 4 annes passes vivre dans les combats, soudainement dcid dabandonner leurs maisons. []Les entretiens que nous avons eu avec les dplacs qui sont maintenant Srebrenica sont assez intressants. Ils ralisent quils ont t manipuls par leur gouvernement (je pense que ce groupe le ralise mieux que les autres compte-tenu de la situation dlicate Srebrenica) et ils payent pour les pchs de leurs fils .Pour ces raisons, je ne peux pas justifier que MSF naide pas ces personnes en leur fournissant le ncessaire (comme dans dautres centres) afin quils puissent vivre, mais aussi en leur laissant dire la communaut internationale (ce qui inclue leurs dirigeants) comment ils vivent leur situation, ce que lexode de Sarajevo signifie pour eux (et sls veulent y retourner maintenant ?).Ce nest peut-tre pas le rle de MSF (nous risquons dtre

    expulss de la Rpublique Serbe aprs a - mais cest un risque que nous pouvons accepter de prendre). Sinon, MSF peut aussi prsenter la situation des journalistes.Sil est dcid que MSF ne travaillera pas Srebrenica (ce qui veut dire ne pas y aller, parce que je ne peux pas justifier de sy rendre si la dcision est dj prise de ne pas rpondre leurs besoins) alors je demande que Bruxelles fasse une dclaration internationale expliquant pourquoi nous ny tra-vaillerons pas, parce que ce nest pas une dcision que je peux dfendre.Je serais heureuse den discuter avec vous. Je sais que la plupart dentre vous ne sont pas daccord avec le fait de tra-vailler ici nouveau, mais si MSF essaye de faire valoir ses arguments avec les responsables de la chute de lenclave et des massacres (ce qui inclut les autorits bosno-croates ga-lement, si lon veut vraiment tre juste sur les culpabilits), pensez-vous vraiment quils sen soucieront si on se dtourne de ces personnes ? ? ? Aprs tout, ils les utilisent comme des pions, juste pour installer des gens dans leurs zones vides. Le seul moyen de mettre notre argument en avant est soit daider ces personnes, de rendre public leurs sentiments et leur situa-tion, soit de les viter et de faire un communiqu de presse international expliquant pourquoi. Mais ma grande question reste que si MSF fait une distinction entre les rfugis sur une base politique, pouvons-nous alors encore conserver notre mandat de neutralit et dapolitisme ? Je ne vois pas com-ment ce serait possible.

    Neuf mois aprs les vnements, je fais une visite avec les quipes belges qui veulent retourner Srebrenica

    parce quil y a l-bas des dplacs de Sarajevo. Sur la route, je leur dis vous vous rendez compte quici il sest pass a, que les gens sont passs par l Je ne veux pas aller dans lenclave. On va la Dovitzdrana, la clinique de Bratunac o on est bien accueilli. On a une discussion avec un mdecin musulman sur les besoins lintrieur de lenclave, sur lhpital, etc. A un moment donn, son collgue, un Serbe de Bosnie sort de la pice et je demande celui qui reste : o sont passs les blesss ? Il y a un grand silence. Lautre mdecin entre de nouveau. On se regarde avec lquipe et on sen va. Le retour en voiture a t trs silencieux. Je pense que les gens ont compris quil ne fallait pas non plus faire nimporte quoi, quil stait pass quelque chose de fondamentalement anormal dans cet endroit, que des blesss avaient t excuts. Ce mdecin, par son silence, nous a dit ce quils taient devenus. En fait je me dis que si on ma laiss y aller cest parce que cela arrangeait peut tre tout le monde quon puisse faire cette visite et un peu calmer les choses.

    Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme de MSF France, en charge des programmes

    en ex-Yougoslavie (en franais) interview en 2015

    MSF sinquite des limites poses la recherche de la vrit sur le sort des victimes et sur larrestation des coupables. En effet, les enquteurs internationaux qui

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    Prises de parole publiques

    fouillent les charniers aux alentours de Srebrenica se heurtent diverses tentatives pour masquer les preuves. Mladic et Karadzic, pourtant mis en accusation par le TPIY ne sont toujours pas arrts.

    Compte-rendu du conseil dadministration de MSF France, 23 fvrier 1996 (en franais) D149

    Extrait : Nous sommes srs aujourdhui que 5 8 000 personnes ont t massacres au moment de la chute de Srebrenica. Le Tribunal international (cr par les Nations unies) dpend de la volont des Etats et ses limites sont de ce fait videntes. Cest un alibi plus quautre chose et on assiste des manipu-lations et des coups monts autour de la question des char-niers. Certains endroits, qui sont des leurres sont mis en avant par la communaut internationale et on peut se demander quelle sera linvestigation relle ? On sait que les Serbes font des choses pour supprimer les traces des char-niers et on ne fait rien pour les en empcher, car sinon la paix pourrait sans doute tre remise en cause.

    Des enquteurs internationaux ont inspect des sites de massacres en Bosnie nationale Rmy Ourdan, Le Monde (France), 16 avril 1996 (en franais) D150

    Extrait : Les enquteurs du Tribunal pnal international (TPI) de La Haye ont achev, samedi 13 avril, linspection dune quin-zaine de sites de la rgion de Srebrenica, en Bosnie orientale, o larme serbe a excut et enterr des Musulmans bos-niaques capturs lors de la prise de lenclave en juillet 1995. Les rsultats de cette enqute seront verss au dossier du TPI, qui a dj inculp Radovan Karadzic et Ratko Mladic, les chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie, de gno-cide et de crimes de guerre pour les massacres commis autour de Srebrenica. [] Les enquteurs doivent galement tablir si les Serbes cherchent masquer les preuves des crimes commis lan der-nier. Daprs les constatations de journalistes qui les accom-pagnaient, au moins un site de charnier semblait avoir t nettoy avant leur visite, la semaine dernire, mais les enquteurs y ont trouv des morceaux de cadavres mls la terre frachement retourne. [] De plus en plus, les obser-vateurs sinterrogent sur lattitude de la force multinationale (IFOR), qui refuse rsolument de garder les sites de charniers prsums. Lamiral Leighton Smith, commandant de lIFOR, avait annonc que les sites seraient surveills par les avions de lOTAN, qui dtecteraient immdiatement dventuelles tentatives de dterrer les corps enfouis. Aucun rapport de lOTAN na pourtant signal le cas du charnier inspect par les enquteurs du TPI o, selon les traces parfaitement visibles au bord du champ, les cadavres ont t dterrs laide den-gins de chantier. La position de lIFOR na pas chang, dclare un porte-parole. Nos troupes nassurent pas la scu-

    rit des fosses communes. Par contre, elles veillent la scu-rit des enquteurs.

    Qui veut la justice ? Nicole du Roy, Tlrama (France) 24 avril 1996 (en franais)

    Extrait : Pourquoi partir du moment o la Serbie est dclare Etat criminel ne pas lancer dacte daccusation contre son pr-sident Slobodan Milosevic ? []Franoise Bouchet-Saulnier, juriste de Mdecins Sans Frontires qui travaille rgulirement avec le Tribunal apporte une rponse : Si la communaut internationale doit choisir entre la justice ou la paix, il est vident que ce sera la paix. Comment expliquer sinon que Karadzic et Mladic soient encore libres ? Karadzic fait partie des personnes dont la libert prserve aujourdhui laccord de paix. Son arrestation, et surtout, son jugement conduiraient dvoiler ses relations avec le prsident Milosevic, principal signataire de Dayton. Les sanctions conomiques contre la Serbie, seul moyen de pression du tribunal pour que ce pays accepte de livrer ces criminels ont t leves le lendemain mme de Dayton. Il est bien sr essentiel que le tribunal continue dexister, mais surtout ses conditions de travail et dindpendance.

    Le 29 mai 1996, la chaine de tlvision britannique Channel Four diffuse le documentaire Srebrenica, enqute sur un massacre . Sur la base de documents de lONU et de lOTAN et de tmoignages, un groupe de journalistes amricains, britanniques, franais et nerlandais y dmontre que la population de Srebrenica a t sciemment abandonne aux violences Bosno-Serbes par la communaut internationale. Ce documentaire sera galement diffus sur la chaine franaise France 2, le 22 septembre 1996. V13 V14

    Labandon de Srebrenica Florence Hartmann, Le Monde (France), 22 septembre 1996 (en fran-ais) D151

    Extrait : Il sagit maintenant de rpondre cette interrogation cru-ciale : la communaut internationale, qui, deux ans plus tt avait envoy des casques bleus en armes pour veiller la scurit de la population assige, a-t-elle t empche de tenir ses engagements ? Ou bien a-t-elle dcid froidement de ne rien faire ?Voil la question laquelle un groupe de journalistes fran-ais, amricains, britanniques et nerlandais a dcid de rpondre. Pendant six mois, ils ont enqut aux Etats-Unis, en Europe et en Bosnie. On dcouvrira le rsultat de leurs investigations dans Envoy spcial . Ce qui fait de ce docu-ment un vnement ne pas manquer, cest la dmonstration

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    implacable de ce cynique lchage. Preuves lappui, lquipe de journalistes montre que la communaut internationale tait informe de longue date des prparatifs de loffensive serbe contre lenclave. Et que les Nations unies ont livr les victimes leurs bourreaux, ngligeant ensuite les informa-tions concernant le massacre de milliers de civils dans les heures qui ont suivi la chute de lenclave, tombe aux mains des milices serbes de Ratko Mladic. Pour remonter le fil des vnements et dmonter le tragique enchanement des non-dcisions, les auteurs se sont appuys le plus souvent sur des documents confidentiels de lONU et de lOTAN. Ils ont recueilli galement les tmoignages dacteurs directs du drame : notamment des officiers des renseignements occiden-taux et des membres des Nations unies. Le reportage a dj t diffus dans la mme version sur la chane britannique Channel Four, le 29 mai, et les graves accusations qui y sont portes nont pas fait lobjet du moindre dmenti.

    Le 4 juillet 1996, le rsultat des fouilles est prsent au Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie, lui apportant des preuves matrielles de la prmditation des crimes et de la participation directe du gnral Mladic.Les tmoignages des casques bleus nerlandais devant le Tribunal clairent de nouveau lattitude passive des offi-ciers devant les exactions des Bosno-serbes.

    Au cours de son audition, lancien chef dEtat-Major ner-landais accuse les autorits franaises davoir oblig le gnral Janvier annuler les frappes prvues avant que lenclave soit prise.

    Alors quaucune photo du site de Srebrenica prise entre le 5 et le 17 juillet 1995 nest rendue publique, le quotidien franais La Croix rvle que la CIA - en possession de photos satellitaires prises pendant cette priode - avait inform les Occidentaux des massacres qui se droulaient Srebrenica.

    Le 9 juillet 1996, le Tribunal lance des mandats darrt internationaux contre Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

    Leffroyable massacre de Srebrenica est retrac devant le Tribunal de La Haye Alain Franco, Le Monde (France), 5 juillet 1996 (en franais) D152

    Extrait : A partir de multiples rcits analogues, lenquteur du TPI a fait mercredi la dmonstration que les crimes perptrs Srebrenica taient prmdits et planifis, que Mladic y a directement particip, quil y a eu par la suite des tentatives de destruction des preuves . Les documents quil a produits soulvent aussi une question : entre les photos ariennes prises de divers endroits de la rgion, le 5 juillet, et celles du 17, aucun autre clich na-t-il t ralis ? La source de ces documents na pas t rvle, mais on se souvient que les

    Amricains avaient prsent des clichs similaires au Conseil de scurit de lONU en aot 1995. Rien na-t-il t observ entre ces deux dates ? Les grandes puissances ignoraient-elles la nature et lampleur du crime qui se perptrait dans la rgion de Srebrenica, et dont on estime aujourdhui que le bilan pourrait stablir dix mille morts ?

    Le tribunal international de La Haye lance un mandat darrt mais ne lve pas le malaise Le Soir (Belgique), La Haye, 9 juillet 1996 (en fran-ais) D153

    Extrait : Dans sa dclaration finale, le procureur Mark Harmon a demand la dlivrance dun mandat darrt international contre les deux leaders bosno-serbes Radovan Karadzic et Ratko Mladic, accuss notamment de gnocide et de crimes contre lhumanit. Ds la dlivrance de ce mandat, qui devrait intervenir ce jeudi, les deux hommes pourront tre recherchs par Interpol et arrts par toutes les polices du monde. [] Dans la foule, le procureur a demand la Cour de dnoncer au Conseil de scurit le fait que Belgrade ait refus de coo-prer avec la justice internationale en ne remettant pas au TPI les deux hommes qui se rendent priodiquement sur son territoire. []En attendant, les audiences de ces derniers jours, laissent un malaise persistant et des zones dombre. Le malaise provient des tmoignages au TPI des casques bleus nerlandais, qui ont jet une nouvelle fois, une lumire crue sur le refus de la communaut internationale de prendre ses responsabilits. Le fait que le colonel Karremans, commandant suprme des Nations unies dans lenclave nait pas pens senqurir du sort des rfugis auprs du gnral Mladic, au point de ne pas mentionner les rapports dexcutions tablis par ses propres subordonns, en dit long sur le comportement de lONU. Les accusations de ces derniers jours, de lancien chef dtat-major nerlandais qui a accus Paris davoir ordonn au gnral Janvier dannuler les frappes ariennes prvues le 10 juillet, soit moins de 24 heures avant que les forces bosno-serbes naient conquis lenclave ne change rien laffaire : durant ces semaines de juillet 1995, ni la France, ni aucun autre membre permanent, du Conseil de scurit, nont voulu intervenir.Cette attitude de passivit devant le crime explique sans doute pourquoi, le procureur a montr des photos ariennes prises avant les massacres et juste aprs, mais non pendant les jours sanglants de juillet 1995. Peut-on croire que les images des hommes en train dtre excuts la chane nexistent pas ? Du point de vue diplomatique, cela tomberait pic. Vraisemblablement ces clichs existent, mais leur dif-fusion contribuerait encore davantage dmontrer lattitude des grandes puissances qui ont prfr fermer les yeux. Selon le journal franais La Croix, la CIA avait averti les Occidentaux des massacres de Srebrenica, envahie par les Serbes le 11 juillet 1995. Le journal, qui na pas t dmenti Washington, affirme que les services de renseignements amricains dispo-saient ds le 13 juillet 1995 de photos prises par satellites et par avions espions montrant des hommes debout, cerns par

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    dautres hommes en armes. Limage suivante les montre, allongs sur le sol, morts, indique La Croix.

    Le 11 juillet 1996, un an aprs la chute de Srebrenica, plusieurs responsables de MSF publient des tribunes dans les mdias belges et franais, soulignant en particulier que les responsabilits politiques dans la faillite de lONU protger la population nont toujours pas t tablies.

    Srebrenica, un an plus tard Dr Renaud Tockert et Luc Nicolas, MSF Belgique, La Libre Belgique, 11 juillet 1996 / Srebrenica un an aprs : ques-tions de lchets Pierre Salignon et Franoise Bouchet-Saulnier, MSF France, La Croix (France), 11 juillet 1996 (en franais)8

    Souvenez-vous de lun des pisodes le plus odieux de la guerre en Bosnie : le massacre des habitants de Srebrenica.On a tous vu ce soir-l sur les tlvisions du monde entier ces images qui prdisaient le pire. Les soldats serbes sparaient les civils en deux colonnes. A droite, les femmes, les bbs et les vieillards. A gauche, les adolescents et les hommes.Conformment un plan soigneusement prpar, les soldats du gnral Mladic ont alors dport en quelques heures plus de 30 000 civils pendant que plusieurs milliers dautres essayaient de fuir travers la fort, seuls, dmunis, pour-chasss. Environ 8 000 dentre eux, en majorit des hommes, ont t livrs leurs bourreaux, froidement excuts, puis jets dans des fosses communes.Les volontaires de MSF sont entrs dans lenclave, pour la premire fois, en mars 1993, sur les pas du gnral Morillon. Ils ont aussitt dcid dy rester pour amliorer le quotidien dune population soumise un blocus inhumain, et pour tmoigner de son sort.Srebrenica tait la premire des enclaves bosniaques de lest de la Bosnie dclare zone de scurit par lONU en 1993 et protges depuis par un bataillon de la Force de protection des Nations unies (Forpronu).Abandonne par les tats occidentaux, elle fut aussi la pre-mire disparatre au dbut du mois de juillet 1995 (suivie quelques semaines plus tard par celle de Zepa).Les Nations unies ont laiss les crimes saccomplir sans inter-venir, les casques bleus nerlandais (prsents dans la poche ce moment-l) tant tout simplement devenus les auxi-liaires du nettoyage ethnique pratiqu par les miliciens serbes.Un an aprs, les circonstances dans lesquelles la population de la zone de scurit de Srebrenica a t trahie et aban-donne nont toujours pas t totalement claircies.Les Pays-Bas ont ouvert une enqute sur le comportement de leur bataillon pendant les massacres de Srebrenica, et rendu public leur rapport.

    8. Lextrait reprsent ici est la partie commune aux deux articles.

    En revanche, il ny a toujours aucune rponse de la hirarchie onusienne sur le fait que le gnral Janvier, commandant des casques bleus en Bosnie, et le reprsentant du Secrtaire gnral des Nations unies en ex-Yougoslavie, Yasushi Akashi se sont opposs aux demandes rptes du commandant des casques bleus Srebrenica pour que des frappes de lOtan soient lances contre les forces serbes qui attaquaient lenclave. Pourquoi ?La France disposait via le gnral Janvier du Haut-commandement de la force des Nations unies en Bosnie. Elle tait donc responsable de la promesse de protection faite aux populations civiles de Srebrenica.- A ce jour, aucune commission parlementaire franaise na enqut sur la faon dont les plus hautes autorits civiles et militaires de notre pays ont rpondu ce chantage et dfendu lintrt des populations civiles des enclaves. Le prsident Jacques Chirac, lui-mme, est aujourdhui mis en cause dans une investigation mene par la tlvision nerlandaise IKON-Kenmerk et la chane britannique Channel 4. Les circons-tances ayant conduit au massacre de plusieurs milliers de personnes relveraient-elles dans notre pays du secret dfense ?- Comment expliquer qu ce jour, les 2 deux principaux lea-ders politiques et militaires des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic sont les seuls responsables des massacres de Srebrenica tre poursuivis et quils naient toujours pas t arrts, malgr les accusations de crimes contre lhumanit et de gnocide qui psent sur eux ? Dans cette affaire, le seul inculp aujourdhui dtenu La Haye est un milicien repenti ayant particip aux massacres de plu-sieurs de centaines de musulmans.- Comment expliquer quaucun autres noms de criminels ne soient cits ? Sont-ils donc tous si ncessaires pour faire la paix, pour reconstruire les ruines de Srebrenica sur loubli et le mpris des morts ? Le lieutenant-colonel Karremans, com-mandant du bataillon des casques bleus de Srebrenica connat pourtant bien les soldats serbes avec lesquels il a t contraint de ngocier.Dernire question sans rponse : la responsabilit de S. Milosevic, lhomme fort de Belgrade, alors que des allgations de plus en plus prcises font tat de livraisons darmes aux Serbes de Bosnie avant loffensive contre Srebrenica, et de la participation de ses troupes aux massacres qui ont suivi.Pour les victimes de Srebrenica, la justice nest pas un luxe. Elle nest pas une vengeance non plus, mais un repre indis-pensable pour se reconstruire et apprhender lavenir. Cest aussi la seule faon de rparer une socit brise, dchire. Demander justice la communaut internationale cest enfin la dernire faon dempcher que les tats ne btissent la paix en Bosnie sur limpunit des criminels.

    Le 30 novembre 1998, la rsolution 53/35 de lAssemble gnrale des Nations unies demande que soit tabli un rapport complet comprenant une valuation des vnements survenus en ex-Yougoslavie dans la zone de scurit de Srebrenica .

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    Le 19 novembre 1999, Kofi Annan le nouveau Secrtaire gnral des Nations unies, qui tait le sous-secrtaire gnral charg des oprations de maintien de la paix de lONU au moment des vnements de juillet 1995, rend public le rapport denqute de lONU sur la chute de Srebrenica D154 . Ce rapport reconnait les erreurs de jugement de lOrganisation des Nations unies. Il demande aux Etats-membres impliqus de mener une enqute au niveau national sur leurs propres responsabilits.

    Le mea maxima culpa de Kofi Annan pour le massacre de Srebrenica Le Monde (France), 17 novembre 1999 (en franais) D155

    Extrait : Une position de principe inadapte , dimpartialit des responsables onusiens New York, leur incapacit reconnatre la guerre en Bosnie-Herzgovine comme une cause morale , leur valuation errone des objectifs serbes, leur refus des frappes ariennes contre les forces serbes, leur apaisement des Serbes en Bosnie, mais aussi labsence de volont politique des grandes puissances mettre fin aux exactions par la force, ont provoqu la tra-gdie de Srebrenica en juillet 1995, sa prise par les Serbes et le massacres de milliers de civils qui y avaient trouv refuge. Cest en ces termes que le Secrtaire gnral des Nations unies explique, dans un rapport, les vnements qui ont men la chute de Srebrenica, o 2 500 corps ont t retrouvs dans les fosses communes et o, selon la Croix-Rouge, plus de 7 000 personnes sont portes disparues. La tragdie de Srebrenica suscite lhorreur pour deux raisons, crit Kofi Annan : lampleur des crimes et le fait que les civils croyaient leur scurit garantie par la prsence des casques bleus de lONU.Trop peu, trop tard, diront certains. Reste que ce mea maxima culpa collectif exprim par M. Annan est sans prcdent dans lhistoire des Nations unies : Par nos graves erreurs de juge-ments et notre incapacit comprendre lampleur du mal auquel nous tions confront, nous avons chou faire notre part pour protger les habitants de Srebrenica face aux campagnes planifies de massacres par les forces serbes , crit le diplomate ghanen.Fond sur des entretiens avec des responsables internatio-naux, des observateurs civils et militaires, des journalistes, ainsi que sur les archives confidentielles de lONU, ce rapport de 150 pages devrait tre prsent au Conseil de scurit en dbut de semaine. Les erreurs commises par le Secrtariat, donc par M. Annan, qui tait charg lpoque des oprations de maintien de la paix, peut-on y lire, ont leurs racines dans notre philosophie de limpartialit et de la non-violence [de lONU] dans cette guerre, philosophie totalement inadapte au conflit bosniaque . M. Annan prcise que cela ne devrait pas faire oublier dautres erreurs, plus fondamentales , comme la cration, par le Conseil de scurit, des zones de scurit sans les moyens militaires pour les protger, mais aussi par la dcision de la communaut internationale de rpondre la guerre en Bosnie-Herzgovine non par laction militaire dcisive mais par un embargo sur les armes, avec

    laide humanitaire et avec le dploiement des casques bleus . Cette attitude, estime-t-il, a priv les Bosniaques de leur droit de lgitime dfense . []Dans un pays o les Serbes avaient dcid de crer des zones ethniquement pures et o la communaut internationale ne sy opposait pas par la force, laction humanitaire ne pou-vait jamais apporter la rponse . Il admet ainsi que pour mettre un terme la guerre en Bosnie, la communaut inter-nationale aurait d lever lembargo sur les armes pour les Musulmans et user de frappes ariennes contre les Serbes. [] Nous avons eu tort de dclarer souvent et publiquement notre refus des frappes contre les Serbes et daccepter les bombardements quotidiens des zones de scurit par les forces serbes . Quant aux 150 casques bleus nerlandais, qui nauraient pas pu sopposer 2 000 Serbes appuys par des vhicules blinds , ils auraient d rapporter plus rapidement les atrocits dont ils taient tmoins.

    Aux Pays-Bas, le rapport de lONU, interprt comme un blanchiment du contingent nerlandais est accueilli avec soulagement par la classe politique et la presse populaire. Dautres mdias incitent le gouvernement ne pas sen satisfaire.

    Le bataillon nerlandais de Srebrenica Alain Franco, Le Monde (France), La Haye, 24 novembre 1999 (en franais) D156

    Extrait : Le ministre nerlandais de la dfense insistait sur le caractre nuanc du rapport, notamment en ce qui concerne le rle des casques bleus nerlandais du Dutchbat. Cet empresse-ment, alors mme que le ministre navait pas encore lu le document, sexplique la lumire du traumatisme que repr-sente Srebrenica pour les Pays-Bas. []Depuis, la majorit de la presse et de la classe politique sou-haitent que le pays tourne la page . De Telegraaf, quotidien populaire et chauvin au plus fort tirage, a, sans surprise, fait sa Une sur Lhonneur retrouv du Dutchbat . Le journal rappelle en caractres gras que les casques bleus navaient aucun pouvoir darrter les massacres . En quelques lignes, le Telegraaf concde que les soldats nerlandais auraient pu rapporter de faon plus nergique les exactions systma-tiques commises par les Serbes .Le quotidien dAmsterdam Het Parool consacre son deuxime cahier lvnement sous le titre Mission Impossible . Il met laccent sur le soulagement chez les dputs la publication du rapport, et rappelle que les sociaux-dmo-crates de Wim Kok et les libraux (le parti du ministre de la Dfense de lpoque) sopposent la cration dune commis-sion denqute parlementaire. Nostra culpa : tel est en revanche le titre de lditorial du NRC Handelsblad Handelsblad. Avant de conclure que les oprations internationales pour ramener la paix sont terriblement plus compliques que

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    prvu , le quotidien de rfrence nerlandais rappelle le cynisme de Mladic qui offrit un cadeau de dpart pour votre pouse au lieutenant-colonel Karremans, chef du Dutchbat, qui sillustra par sa faiblesse et son dsintrt pour le sort des musulmans. Le journal de centre-gauche De Volkskrant creuse la plaie ouverte des Pays-Bas : Le gouvernement et les dputs feraient preuve dune extrme petitesse desprit sils se cachaient derrire le rapport de lONU. En revanche, ils shonoreraient suivre lexemple de lorganisation, et balayer devant leur propre porte .

    VERS UN APPEL TABLIR LES RESPONSABILITS FRANAISES

    Le 19 novembre 1999, le Conseil dadministration de MSF France dcide de sengager pour demander louverture dune commission denqute parlementaire sur le rle de la France lors de la chute de Srebrenica.

    Compte-rendu de la runion du conseil dadmi-nistration de MSF France, 19 novembre 1999 (en franais) D157

    Extrait : Franoise Saulnier se fait le relais devant le CA dune demande manant du Collectif de citoyens et de citoyennes pour la Bosnie. Ce collectif veut rclamer la cration dune commis-sion denqute parlementaire (sur le modle de celle sur le Rwanda) pour faire la lumire sur la gestion de lenclave de Srebrenica par les instances politico-gouvernementales.Pour appuyer cette rclamation, le Collectif demande le sou-tien et la participation de MSF. Franoise Saulnier estime que, par principe et surtout pour lavenir (et pas seulement pour le souvenir), MSF pourrait sengager dans cette dmarche. Par ailleurs, elle rappelle que MSF a dj tmoign devant le TPI (Tribunal Pnal International) et la commission hollandaise.Les membres du CA lui posent alors des questions pour peser et sassurer de lentreprise.Virginie Raisson : Est-ce que tu vois des raisons pour ne pas rallier cette initiative ?Franoise Saulnier : Non, mais ce qui importe, cest bien que nous prenions un engagementcollectif pour viter que cela soit uniquement port par des individus marqus vie par ce quils ont vcu l-bas.Christian Losson : Pourrais-tu nous prciser les ambitions de ce Collectif ?Franoise Saulnier : Il sagit dabord de refuser la politique du fait accompli sans quaucun effort de transparence ne soit fait. La commission sur le Rwanda a quand mme dbouch

    sur lide quil fallait un contrle parlementaire sur les dci-sions militaires et je pense quautour de Srebrenica on peut revenir sur ce point essentiel.Marc Le Pape : Mais la France navait pas le commandement des Nations unies, est-ce que cela peut justifier la cration dune commission denqute ?Karim : Un documentaire de la BBC a trs bien dmont le mcanisme de la prise de Srebrenica et a bien mentionn la responsabilit du gnral Janvier (un Franais). Quelles sont les chaines de commandement dans ce cadre ?Franoise Saulnier : Ce quil ne faut pas oublier, cest quun militaire franais, mme sous commandement onusien, garde toujours ses rfrents nationaux. Cette collusion est dail-leurs renforce par un double secret-dfense, lun au niveau de la France et lautre au niveau de lONU.Philippe Biberson : Enquter sur Srebrenica, cest mettre au jour les mcanismes qui de faon paradoxale prtendent assurer la protection des populations tout en diluant la res-ponsabilit et en fractionnant les pouvoirs. Pour accompa-gner ce collectif, il me semble que la question centrale est de sassurer de la validit de la formulation pour viter dtre dbout.Franoise Saulnier : On ne fait que poser une question... on rdige une lettre, on na pas amener de preuves... ce sera le travail du Parlement. Il suffit de laccord de 25 ou 40 parle-mentaires pour que la commission soit monte et on a dj quelques appuis...Karim : On a une lgitimit pour poser la question car nous tions prsents Srebrenica du dbut la fin.Bruno Corb : Tu peux mme ajouter que lon sest fait piger par le dispositif des enclaves. On nous a dit Allez-y, on les protge et puis ce fut le massacre.Christian Losson : Cest un geste politique au sens large, qui sinscrit dans le fil de la dmarche sur le Rwanda et qui consiste demander des explications.DcisionLe CA dcide de sengager avec le Collectif des citoyens et citoyennes pour la Bosnie pour demander louverture dune commission parlementaire sur Srebrenica.

    Le plus important a t la sortie du rapport du Secrtaire gnral des Nations unies sur Srebrenica. Il y avait tout

    un contexte. Donc avec Franoise on a propos de lancer un appel. Ca sest fait trs vite et trs naturellement. Je ne me souviens pas de discussions longues l-dessus,

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    Le 10 dcembre, dans son discours de rception du prix Nobel de la paix MSF, mentionne les vnements de Srebrenica et souligne la ncessit de rformer les oprations de maintien de la paix des Nations unies.

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    Discours de rception du prix Nobel de la Paix, dlivr Oslo le 10 dcembre 1999, par Dr James Orbinski, Prsident de MSF International (en franais, in English) D158

    Extrait : Si on veut qu lavenir les oprations de maintien de la paix puissent protger les populations civiles. Il faudra aller au-del du mea culpa du Secrtaire gnral des Nations unies sur Srebrenica et le Rwanda. Une rforme des oprations de main-tien de la paix de lONU devrait permettre de rendre chaque Etat membre du Conseil de scurit publiquement respon-sable des dcisions quil a ou na pas soutenu.

    Le 21 dcembre 1999, le ministre de la Dfense nerlandais publie une version plus dtaille du rapport de dbriefing des casques bleus, qui navait t transmis la justice quen 1998, entravant ainsi des procdures judiciaires en cours contre des soldats du bataillon nerlandais. La presse laccuse de rtention dinformation et dentrave la justice. Le parlement met en place une commission provisoire charge denquter sur les responsabilits politiques mises en uvre dans les oprations de maintien de la paix nerlandaises.

    Vives critiques contre le ministre de la Dfense dans laffaire Srebrenica Agence France Presse, La Haye, 22 dcembre 1999 (en franais)

    Extrait : La presse nerlandaise a multipli ses critiques contre le ministre de la Dfense de La Haye mercredi, au lendemain de la publication tardive du rapport de dbriefing des casques bleus censs protger lenclave musulmane de Srebrenica en juillet 1995 en Bosnie. Les enqutes judiciaires sur les dlits commis par les

    casques bleus nerlandais ont t entraves par le ministre de la Dfense qui a fait de la rtention dinformation , estime le quotidien Trouw (protestant) en une.Mardi, le parquet dArnhem (est) a dcid, faute de tmoins,

    de ne pas poursuivre sept soldats nerlandais accuss davoir cras un groupe de Musulmans, et de non-assistance per-sonnes en danger. Si le ministre de la Dfense nous avait communiqu

    avant 1998 le rapport de dbriefing ralis en 1995, nous aurions pu trouver plus facilement des tmoins , a dclar le porte-parole du parquet.Le ministre de la Dfense Frank de Grave, qui a remis ce

    rapport de dbriefing la Justice ds sa prise de fonctions en 1998, a reconnu que son ministre navait pas fait preuve dassez de transparence dans cette affaire.A cause de la ngligence du ministre de la Dfense,

    Srebrenica continuera de hanter les Pays-Bas , estime le quotidien Algemeen Dagblad (droite) dans un ditorial, esti-mant que le rapport de dbriefing rendu public mardi est un catalogue dattitudes rprhensibles .

    Selon les tmoignages publis dans ce rapport, plusieurs soldats nerlandais ont menac avec leur arme des enfants musulmans, fait preuve dattitude raciste et dextrme-droite, entretenu des relations sexuelles avec des femmes de Srebrenica contre un pot de confiture ou de beurre de caca-hutes , refus de fournir une aide mdicale ou fait du march noir. Les casques bleus avaient un a priori contre les Musulmans

    et avaient en revanche une trs bonne opinion des Serbes de Bosnie , qui ont pris lenclave le 11 juillet 1995, selon la conclusion de ce rapport de debriefing.

    Le 20 mars 2000, la responsable juridique de MSF soumet aux responsables de lassociation une note de contexte interne concernant la demande par cette dernire dune commission denqute parlementaire sur Srebrenica.

    Cette dmarche est prsente comme cohrente avec lappel lanc par MSF en 1998 la cration dune mission dinformation parlementaire sur le Rwanda et laudition de lun de ses membres par cette mission.

    Elle sinscrit dans une volont dvaluer le niveau de protection rellement apport aux populations par les oprations de maintien de la paix.

    Une commission denqute sur le rle de la France dans la chute de lenclave de Srebrenica Franoise Saulnier et Fabien Dubuet, responsables juridiques MSF, Note de contexte, 20 mars 2000 (en franais) D159

    Extrait : La demande dune commission denqute sur le Rwanda et aujourdhui sur Srebrenica rsulte dune politique cohrente de MSF destine valuer le niveau de protection des popu-lations que peuvent offrir ou non ces oprations de faon positionner au mieux nos actions sur le terrain et nos prises de parole publiques.Il nest pas inutile de rappeler quaprs la chute de Srebrenica, certaines voix dans MSF se sont leves pour dnoncer le fait que notre prsence dans lenclave et le sentiment de scurit conscutif de ses habitants avait ratifi le mensonge de la communaut internationale quant la protection de cette zone de scurit.La demande de MSF est importante car elle sinscrit dans un contexte international et national particulier quant aux op-rations extrieures (oprations de maintien ou dimposition de la paix).1) Une relative transparence autour des interventions mili-

    taires et militaro-humanitaires qui rpond cependant des objectifs politiques prcisa. Au niveau international

    i. Les rapports des Nations unies sur le gnocide au Rwanda et sur la chute de Srebrenica []

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    ii. Le rapport de lOUA sur le gnocide rwandais ( paraitre en mars)

    b. Au niveau national i. En France le rapport sur la mission dinformation sur

    le Rwanda et le rapport de la commission de la Dfense de lAssemble nationale sur lintervention de lOTAN au Kosovo []

    ii. Aux Pays-Bas le rapport de dbriefing des casques bleus dploys Srebrenica publi en novembre 1999 et lenqute confie par le gouvernement hol-landais linstitut national de recherches sur la guerre (NIOD) []

    2) Une adaptation de loutil militaire destine rpondre au passage de la stratgie de confrontation propre la priode de guerre froide aux stratgies de gestion de crises spcifiques aux contextes de guerre froide [] Au total ce mouvement pourrait se traduire par un retour du militaro-humanitaire et/ou par une nouvelle vague dinstrumenta-lisation de laction humanitaire [] Face ce possible renforcement de la prsence militaire en situation de conflit, une clarification des rles et des responsabilits de chacun savre essentielle, pour viter que la confusion des genres ne se fasse au dtriment des populations et de laction humanitaire indpendante. []

    Deux cueils sont viter []- Prsenter la demande denqute sur le mode dune croisade anti-militariste et anti Bernard Janvier. Nous devons au contraire positivement expliquer [] que la commission doit tirer les leons pour viter lavenir de dployer des militaires pieds et poings lis face des politiques crimi-nelles contre une population.

    - Prsenter la demande comme une tape vers un jugement des responsables politiques et militaires franais pour com-plicit de crimes contre lhumanit. []

    On sest dit quil y avait une cohrence avec ce qui avait t fait pour le Rwanda. Et puis il y avait un regain

    dinterventions militaires ou militaro-humanitaires. Dans le dispositif onusien, la France avait un rle particulier [avec un sige permanent au Conseil de scurit]. Mais son rle avait t encore plus important dans la cration de la zone de scurit et dans la promesse de protection qui avait t faite. Ctait toujours la France qui tait linitiative au Conseil de scurit sur ces questions-l. Sur le terrain, ctait le gnral Morillon. Ctait aussi un gnral franais qui commandait la Forpronu et puis un autre gnral franais qui dirigeait le DPKO [Dpartement des oprations de maintien de la paix]. Donc on pensait que la France avait des responsabilits singulires. Et puis cette poque il y a eu de profondes rorganisations des appareils militaires en Europe, au sein de lOTAN, avec une orientation vers les oprations extrieures, les oprations de maintien de la paix. Il y avait donc un climat, un contexte particulier qui nous laissait penser que ce travail devait avoir lieu.

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    On avait lexprience de la mission dinformation parle-mentaire franaise sur le Rwanda. Donc on avait un peu

    confiance en nous sur notre capacit participer un processus comme a, lalimenter, le critiquer. Bon, confiance, le mot est peut-tre un peu fort ! Mais a ne nous paraissait pas insur-montable. On en avait dj une premire exprience, ce ntait pas compltement exotique ou en dehors de nos habitudes.

    Dr. Jean-Herv Bradol, prsident de MSF France de 2000 2007 (en franais) interview en 2015

    On a tous extrmement mal vcu la chute de Srebrenica. Il y a un certain nombre de responsabilits qui sont en

    cause, et le lchage des populations par lONU, ce qui veut dire aussi par lensemble des nations, pour nous a a t quelque chose de terrible. Je pense que mme si on ne considrait pas lONU comme une solution miracle pour le monde, cela a t encore pire aprs ce lchage. On a voulu mettre en vidence le dcalage qui existait entre un certain discours selon lequel lONU va tout rsoudre et la ralit. Sur Srebrenica, comme sur le Rwanda, ces commissions den-qute ont t pour nous une manire de dire Vous navez pas tenu vos engagements.

    Dr. Marc Gastellu - Etchegorry, directeur adjoint des oprations de MSF France (en franais) interview en 2015

    Le 12 avril 2000, MSF est auditionn par le Conseil de scurit dans le cadre du premier rapport du Secrtaire gnral de lONU sur la protection des populations en situation de conflit. Sappuyant, entre autres, sur les vnements de Srebrenica, lorganisation questionne les processus de dcision de lONU qui ont men Srebrenica et ailleurs labandon sans protection de populations.

    Briefing de MSF au Conseil de scurit de lONU, Dr James Orbinski, Prsident de MSF International et Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF, 12 avril 2000 (en anglais) D160

    Extrait : Le Conseil de scurit avait clairement indiqu quil fallait 34 000 soldats pour pouvoir dissuader toute attaque sur les zones de scurit. Au lieu de cela, le Conseil de scurit a prfr loption minimale de 7 600 hommes. Au final, en ont rsult la chute de Srebrenica et les massacres [] Dans le cas de Srebrenica, le sort des civils a t scell par la dcision de ne dployer que seulement 7 000 soldats.Dans chacun de ces cas, le danger rside au niveau de la prise de dcision, lorsque les Etats peuvent agir en mme temps en fonction de leurs propres intrts nationaux et de ceux de la communaut internationale, sans quil soit possible de faire

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    la distinction entre les deux. La leon que nous en tirons cest que la bonne solution tait disponible temps au sein des structures de lONU.La question reste de savoir si le Conseil de scurit a la capa-cit de sengager en matire de rsultats au-del des bonnes intentions.

    Le 9 juillet 2000, lhebdomadaire britannique The Sunday Times rvle que la publication du livre de lun des deux officiers britanniques prsents Srebrenica pour assurer le guidage au sol des frappes ariennes a t bloque par le ministre de la Dfense.

    Un livre dun SAS sur la Bosnie bloqu Tom Walker, The Sunday Times (Royaume-Uni), 9 juillet 2000 (en anglais) D161

    Extrait : Le ministre de la dfense a dfendu un ancien soldat du SAS [Special Air Service, unit des forces spciales britanniques]de publier un livre dtaillant le rle du renseignement britan-nique lintrieur de lenclave de Srebrenica en Bosnie en 1995.Le livre raconte lhistoire dun binme du SAS envoy dans la soit-disant zone de scurit pour les rfugis musulmans, alors que les Serbes resserraient leur tau autour de celle-ci.Le binme a contribu guider une frappe arienne de lOTAN alors que les Serbes attaquaient lenclave en juillet. Ils ont du se mler aux casques bleus nerlandais alors que ceux-ci abandonnaient Srebrenica et que les Serbes en prenaient le contrle, massacrant prs de 7 000 hommes. Des sources nerlandaises proches de la mission pensent que le livre aurait probablement rvl que les soldats britan-niques avaient t consterns quand lOTAN a abandonn ses frappes ariennes, et quils taient sans doute au courant des massacres.Un ancien soldat de la paix a dclar que a a t un jour noir pour les Nations unies ajoutant que les britanniques ne veulent pas quon sache quils taient prsents .Il ny a jamais eu de reconnaissance officielle de la prsence du SAS dans Srebrenica, et les casques bleus nerlandais ont endoss la responsabilit de cet pisode considr comme un moment sombre de lhistoire des Nations unies.Les enquteurs nerlandais, qui travaillent sur cet vne-ment, ont galement t empchs de parler avec lauteur par le ministre de la Dfense, malgr une autorisation de lOTAN.[] Dautres sources ont dcrit comment lquipe du SAS a travaill au ct des Nerlandais et est reste en contact avec le lieutenant gnral Rupert Smith, le commandant britan-nique des forces des Nations unies en Bosnie.

    Le 10 juillet 2000, la veille du cinquime anniversaire de la chute de Srebrenica, Kofi Annan, le Secrtaire gnral des Nations unies exprime de nouveau ses regrets et remords au sujet de lattitude des Nations unies pendant la crise de Srebrenica.

    Kofi Annan exprime ses regrets et ses remords Agence France Presse, 10 juillet 2000 (en franais)

    Extrait : La tragdie de Srebrenica hantera pour toujours lhistoire des Nations unies , a dclar Kofi Annan dans un message loccasion de lanniversaire du massacre [] Il appelle a implicitement traduire en justice les architectes des massacres , cest--dire les ex-chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic. Bien quinculps par le Tribunal international sur lex-You-goslavie, (ils) sont toujours en libert , souligne M. Annan. La principale leon de Srebrenica est quil faut sopposer au mal non par le compromis mais par une rsistance impla-cable , dit-il.

    Le 11 juillet 2000, un groupe dintellectuels nerlandais publie une lettre ouverte exigeant du gouvernement des excuses publiques pour avoir abandonn Srebrenica.

    Une enqute parlementaire sur les vnements de Srebrenica parat envisageable, selon M. Qui-ls Le Monde (France), 13 juillet 2000 (en franais) D162

    Extrait : Les Pays-Bas sont lautre pays directement concern, puisque cest un de leurs bataillons qui se trouvait Srebrenica dans le cadre de la Forpronu au moment de loffensive serbe, ce qui donnait au gouvernement de La Haye un poids particulier dans la dcision de sopposer ou non cette offensive et de faire intervenir ou non laviation de lOTAN. Aux Pays-Bas non plus, le besoin de transparence qui sest exprim depuis cinq ans na toujours pas t satisfait, en dpit de plusieurs enqutes officielles. Mardi encore, une quarantaine dintellec-tuels et dcrivains nerlandais, dans une lettre ouverte au gouvernement, laccusaient de fuir le sujet et rclamaient de lui des excuses publiques pour labandon de Srebrenica .

    Le 13 juillet 2000, lors dune confrence de presse ainsi que dans une tribune de son prsident publie dans le quotidien franais Le Monde, MSF France lance un appel

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    Prises de parole publiques

    public la cration dune commission denqute du Parlement franais sur les vnements de Srebrenica.

    Outre lappel lui-mme, le dossier distribu la presse D163 comprend des extraits du rapport de lONU, du journal de bord de lquipe de MSF prsente Srebrenica pendant les vnements et des tmoignages des survi-vants recueillis Tuzla. En exergue, on y lit lappel une rforme des oprations de maintien de la paix lanc par MSF en dcembre 1999 lors de la rception du prix Nobel de la paix.

    Message de ladjoint la responsable juridique de MSF au prsident et au dpartement de la communication de MSF France, 11 juillet 2000 (en franais) D164

    Extrait : 1. En cho notre question hier, je vous confirme que le Parlement est en vacances depuis le 30 juin et quil reprendra son travail le 2 octobre.2. Par consquent, nous enverrons, Franoise et moi, copie de lappel Pierre Brana (auteur de la tentative de commission denqute sur Srebrenica en dcembre 1999) et aux deux pr-sidents des commissions comptentes (Paul Quils pour la Dfense et Franois Loncle pour les Affaires trangres) avec un petit mot douverture sur le mode : en esprant pouvoir en discuter avec vous la rentre . Lappel leur parviendra grosso modo simultanment sa publication dans Le Monde.

    Points darticulation pour la confrence de presse , Mmo, MSF France, 13 juillet 2000 (en franais) D165

    Extrait : Introduction Poser la demande de commission denqute parlementaire sur le rle de la France dans la tragdie de Srebrenica. Objectif : ltablissement des responsabilits politiques et militaires de la France qui ont conduit la paralysie des Nations unies et de lOTAN face lattaque bosno-serbe contre Srebrenica. Rappeler la lgitimit de MSF : prsence dans cette zone de scurit de 1993 1995, tmoin de la chute de lenclave, personnel MSF et blesss et malades de MSF excuts et ports disparus. Rappeler responsabilit importante de la France : elle dirige lensemble des forces de protection des Nations unies (FPNU) en ex-Yougoslavie, la zone de scurit a t cre aprs lini-tiative dun gnral franais (Morillon) et la rsolution 836 du Conseil de scurit (4 juin 1993) qui autorise le recours la force pour protger les zones de scurit a t adopte linitiative de la France.1) Le rapport de lONU sur la chute de Srebrenica est insuffi-sant []2) La demande de MSF est dautant plus importante quelle

    sinscrit dans un contexte de regain des oprations militaro-humanitaires. []3) La France est tenue un effort spcifique de transparence, la lumire :

    De ses responsabilits en matire de maintien de la paix : elle dirige le dpartement des oprations de main-tien de la paix des Nations unies et elle est lun des pri-nicipaux contributeurs de troupes

    Du caractre stratgique des oprations extrieures dans la politique de dfense franaise []

    4) La France doit participer aux efforts de transparence sur les oprations de maintien de la paix menes depuis plusieurs mois au niveau national et international. Un refus de sa part la placerait dans une situation disolement.[]5) Des enqutes srieuses ralises par des journalistes ner-landais et britanniques (Frank Westerman, Bart Rijs, Channel Four) ont accus la France davoir paralys les Nations unies et lOTAN.Trs curieusement, ces journalistes nont jamais t audi-tionns au cours de la prparation du rapport de lONU sur Srebrenica.Ces journalistes ont livr des informations prcises qui accr-ditent deux thses : la thse selon laquelle la France aurait ngoci en marge des Nations unies un march non autoris consistant en la libration des otages contre larrt dfinitif des frappes ariennes. [] la thse selon laquelle la France aurait cherch retarder et minimiser les frappes ariennes de lOTAN, pendant loffen-sive serbe contre Srebrenica. []Ces informations sont qualifies de spculations par les auto-rits franaises. Cest prcisment pour passer des spcula-tions ltablissement des faits quune commission denqute parlementaire doit faire la lumire sur les responsabilits politiques et militaires de la France dans la tragdie de Srebrenica.

    Une commission denqute sur Srebrenica ! Jean-Herv Bradol, prsident de MSF France, Le Monde (France), 13 juillet 2000 (en franais) / Appel de Mdecins Sans Frontires pour la cration dune commission denqute parlemen-taire sur la responsabilit de la France dans la chute de Srebrenica Communiqu de presse de MSF France, 13 juillet 2000 (en franais) D166

    5 ans aprs, le massacre de Srebrenica reste une page noire dans lhistoire europenne. Aujourdhui, MSF demande quune enqute parlementaire claircisse le rle de la France dans ce drame.Le 11 juillet 1995, Srebrenica tombait aux mains des forces serbes de Bosnie. Le contingent hollandais de lONU prsent sur le terrain na pas dfendu la population regroupe dans cette zone dite de scurit . La chute de Srebrenica a entran la dportation de 40 000 personnes et lexcution denviron 7 000 autres.Entre en 1993, en mme temps que le gnral Morillon, dans

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    lenclave de Srebrenica, Mdecins Sans Frontires a, pendant deux ans, apport un soutien mdical et matriel cette population assige, officiellement place sous la protection des casques bleus de lONU. Cette population avait reu la promesse quelle ne serait pas abandonne et cest, entre autres, avec cette garantie quelle est reste sur place au lieu de fuir la menace des forces bosno-serbes. La prsence continue de MSF auprs de cette population a contribu entretenir lillusion dune protection internationale dans cette zone. Mais lquipe de MSF est reste un tmoin impuis-sant du tri de la population et des malades et blesss, de la sparation des hommes et des femmes et du dpart des groupes en convoi vers des destinations inconnues ainsi que de linertie du bataillon hollandais de la Forpronu.Plusieurs dizaines de blesss et malades de MSF vacus de lenclave par les bosno-serbes et sous escorte hollandaise , ont t sortis des bus et excuts par les forces serbes. Au moins trois infirmires bosniaques de MSF qui les accompa-gnaient ont galement t sorties des bus, et sont depuis portes disparues.La France, qui commandait alors la Forpronu, jouait un rle dcisionnel majeur. Cest pourquoi nous demandons la cra-tion dune commission denqute parlementaire charge dexaminer la part des responsabilits politiques et militaires de notre pays face la paralysie des Nations unies et de lOTAN dans la mise en oeuvre des frappes ariennes deman-des par le contingent hollandais.Les conclusions du rapport de lONU sur le massacre de Srebrenica demandent explicitement aux Etats membres impliqus de mener un travail denqute au niveau national. Aux Pays-Bas, le rapport de dbriefing des casques bleus dploys Srebrenica a t publi en novembre 1999 et une enqute a t confie par le gouvernement nerlandais lInstitut royal de recherches sur la guerre. En France, alors que la volont de contrle parlementaire sur les oprations militaires sest dj exerce pour le Rwanda et le Kosovo, elle est reste paralyse pour Srebrenica. Alors que les oprations de maintien de la paix connaissent un regain manifeste et que la France y joue un rle de premier plan, elle est tenue un effort de transparence quant lefficacit de dispositifs qui prtendent protger les victimes. Nous souhaitons donc que le travail dinvestigation parle-mentaire permette de tirer les leons de ces checs sanglants pour viter, lavenir, le dploiement trompeur de militaires destins rester pieds et poings lis face des politiques criminelles.

    On voulait savoir pourquoi, comment, dans une zone protge sur le plan international, protection laquelle

    participait la France au sens large, on avait pu laisser ces gens-l se faire massacrer. Nos collgues et nos malades. Et puis il y avait une deuxime motivation parmi certains MSF, qui ntait pas trop la mienne, tout simplement parce que je ntais pas impliqu au moment de la chute de lenclave. Mais ceux qui lavaient t, des personnes comme Pierre, Franoise et dautres, ils avaient envie, et a se sent dans toute lentreprise, de faire cracher aux politiques et aux militaires auditionns, quil y avait un deal cynique pour abandonner les enclaves, quon navait

    pas cherch secourir les gens. Donc, si je me souviens bien, il y avait un double agenda : un agenda assez basique o lon demande des comptes parce quil y a eu des morts dans notre quipe, et un deuxime agenda sur la question de labandon. Cette dimension politique - ils ont abandonn les gens pour faire un deal - nous semblait lgitime, car cette question des zones humanitaires sres stait pose aussi au Rwanda avec Kibeho9.Avec Bruxelles, je ne me souviens pas quil y ait eu des difficul-ts. Ce dont je me souviens cest qu Amsterdam ils taient fluctuants, suivant les annes et leurs dirigeants, dans leur volont de mettre en cause les soldats hollandais. Ds juillet 1995, il y avait Jacques de Miliano qui a toujours t partisan de sexprimer publiquement, et puis le reste du bureau qui tait beaucoup plus sur le mode : ca nous concerne moins, ce nest pas nos affaires directes, restons en retrait, pas de mis en cause trop flamboyante par MSF de larme hollandaise.

    Dr Jean-Herv Bradol, prsident de MSF France de 2000 2007 (en franais) interview en 2015

    Lappel la mission dinformation parlementaire, nest pas un acte politique ou militant. Cest une dcision

    uniquement et intimement lie notre rflexion sur notre responsabilit oprationnelle. Cest directement li ce que MSF a vcu en tant quacteur humanitaire en ex-Yougoslavie. Je considre quil est vraiment de notre responsabilit dacteur humanitaire, de comprendre comment notre responsabilit est articule celle des autres acteurs impliqus dans cette situa-tion. Lide nest pas de condamner mais de comprendre comment les responsabilits humanitaires et militaires se sont imbriques pour produire ce massacre, et sur quelles logiques et quelles dfaillances. Comment le systme militaire onusien de protection des zones de scurit a fonctionn et dysfonc-tionn. Quest-ce quon aurait d ou pu comprendre du systme militaire international et quest-ce quon aurait d ou pu faire diffremment en terme doprations et de communication. En 1993-94, on est au dbut des oprations dites militaro-huma-nitaires internationales et des mandats onusiens de protection des populations. Et pendant presque dix ans, on narrive pas savoir ce qui sest vraiment pass dans les diffrentes chaines de dcision internationales : ONU, OTAN France, Pays Bas, groupe de contact Il faut attendre 2002, aprs presque dix ans defforts pour enfin parvenir obtenir une enqute sur le systme. Pendant tout ce temps-l, il est impossible de clarifier les responsabilits des militaires onusiens, ni celles des contin-gents nationaux, ni la ntre en tant quhumanitaire. On est dans une situation politique et juridique dlirante ou on commence par nier le nombre de morts, puis ensuite chacun donne des explications techniques qui ne tiennent pas la route, qui accusent les autres et qui sont contradictoires en pariant sur le fait que personne ne mettra tous les lments bouts bouts. LONU parle lONU, les Hollandais aux Hollandais, les Franais

    9. Voir Prises de paroles publiques de MSF - Violences du nouveau rgime rwandais Laurence Binet /MSF International - http ://speakingout.msf.org/fr/violences-du-nouveau-regime-rwandais

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    Prises de parole publiques

    aux Franais, les Britanniques aux Britanniques et a donne : 7 000 morts ! Vous tes sr ? Ah bon ! Je ne savais pas que ctait moi de ils se sont tromp de formulaire, le fax tait en panne, jai fait tout ce que jai pu mais ce sont les autres qui Bref chacun accrdite la thse du grand malentendu de lHistoire coup darguments techniques et de protestation de bonne foi politique mais on se retrouve avec 7 000 morts la cl, protgs par une force des Nations unies, et personne ne sait pourquoi a sest pass !

    Franoise Bouchet- Saulnier, responsable juridique de MSF (en franais) Interviewe en 2015

    Langle sous lequel on a abord cet exercice est rest langle humanitaire. On ne peut pas accepter le sacrifice

    de milliers de vies humaines, pour quelque raison que ce soit. Ce quon souhaitait ctait quil contribue ltablissement des responsabilits politiques et militaires et surtout quil soit peru comme contribuant clairer les mcanismes de protection des populations civiles. Pas autre chose. Et donc on a pris nos distances par rapport dautres organisations ou individus qui eux taient plus dans un dynamique pnale, pour retrouver des coupables, pour que les responsables soient punis, sanctionns. Cest la raison pour laquelle on ne sest pas associ avec ces organisations.

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    Lors de la confrence de presse, les responsables de MSF dplorent lexistence de blocages toute enqute sur les responsabilits de la France dans le drame de Srebrenica. Le jour-mme, Paul Quils, le prsident de la commission de la dfense au parlement franais, se dclare prt discuter, la rentre, de lventualit de renouveler le type de contrle parlementaire men par la mission sur les responsabilits de la France au Rwanda. Il reproche toutefois lappel de MSF de reflter des prjugs accusateurs.

    MSF dplore le blocage de toute enqute en France sur Srebrenica Agence France Presse, 15 juillet 2000 (en franais)

    Extrait : Les autorits franaises bloquent toute enqute sur leurs res-ponsabilits dans la tragdie de Srebrenica, enclave protge par lONU prise par les Serbes de Bosnie le 11 juillet 1995, ont dplor jeudi les dirigeants de Mdecins Sans Frontires (MSF).Lorganisation humanitaire demande lAssemble nationale franaise la cration dune commission denqute parlemen-taire, mais les chances daboutir sont nulles , a reconnu

    Franoise Saulnier, responsable du service juridique de MSF, au cours dune confrence de presse avec le prsident de MSF, le docteur Jean-Herv Bradol. Il y a de fortes rsistances politiques , a-t-elle expliqu. Les parlementaires contacts nous ont rpondu : cest dlicat , a-t-elle prcis.Un officier franais, le gnral Bernard Janvier, commandait en 1995 lensemble de la Force de Protection des Nations unies (Forpronu) en Bosnie avec le pouvoir de rclamer des frappes ariennes de lOTAN, ce quil na pas fait. [] Cest peut-tre dans la relation entre le gnral Janvier et le Prsident Chirac que sest nou le blocage de toute action , a soulign Jean-Herv Bradol. Nous voulons demander des comptes , a-t-il ajout pour justifier la dmarche de son organisation, qui avait lpoque une quipe Srebrenica, dclare zone protge par lONU. [] La gravit des faits est connue, mais la suite de dmissions na jamais t compltement mise jour , a-t-il comment. [] Qui a dit Janvier de ne pas donner lordre. Quels argu-ments ont t avancs ? demande le docteur Bradol. Un travail denqute est men aux Pays Bas. Les Nations unies ont publi un rapport. Rien na t fait en France , dplore pour sa part Franoise Saulnier. Les Nations unies nont pas darchives sur ce qui pourrait nuire ses Etats membres. Les traces des tlgrammes, des demandes de frappes ariennes sont dans les archives natio-nales. En France, il ny a que le Parlement qui puisse faire cette enqute , a-t-elle expliqu. Nous souhaitons que ce travail dinvestigation parlemen-taire permette de tirer les leons pour viter lavenir le dploiement trompeur de militaires destins rester pieds et poings lis face des politiques criminelles , insiste Jean-Herv Bradol.

    Une enqute parlementaire sur les vnements de Srebrenica parait envisageable selon M. Quils Le Monde (France),13 juillet 2000 (en franais) D167

    Extrait : Pour le prsident de MSF, Jean-Herv Bradol, les commmo-rations, le devoir de mmoire ne suffisent pas, ni non plus les mea culpa comme celui qua fait au nom de lONU son actuel Secrtaire gnral, Kofi Annan, dans le rapport quil a consacr cette tragdie fin 1999.Alors que se multiplient les situations dans lesquelles les Etats et lONU prtendent comme Srebrenica protger des populations civiles , alors que la France entend jouer un rle de premier plan dans les oprations de maintien de la paix, il importe que soient mis au jour les dysfonctionnements, les dmissions ou les dcisions qui ont conduit la passivit de la communaut internationale en juillet 1995, estime lorga-nisation humanitaire. Nous sommes atterrs par la lgret avec laquelle les victimes de Srebrenica ont t passes par pertes et profits , a dclar Franoise Bouchet-Saulnier, juriste de MSF, dplorant que lEtat et larme naient pas procd aprs ce drame lvaluation de lefficacit de leur

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    action en matire de protection des civils dans les situations de conflit . Le rapport de Kofi Annan a laiss beaucoup de questions sans rponse, et les dirigeants de MSF lui reprochent dtre rdig en termes trop diplomatiques . Le Secrtaire gnral de lONU avait dailleurs invit les Etats poursuivre pour eux-mmes le travail de mise au jour.Cest un Franais, le gnral Bernard Janvier, qui commandait en 1995 la force de lONU en Bosnie (Forpronu), et la France est, de ce fait, depuis cette poque, la cible de rumeurs lui imputant le refus de mettre en oeuvre laviation de lOTAN contre les forces serbes pour stopper leur offensive Srebrenica. Ces insinuations, que lon rejette au sommet de lEtat, nont cependant jamais fait lobjet dun dmenti public mthodique. Lide dune investigation parlementaire du type de celle qui fut mene par lAssemble nationale propos du rle qua jou la France en 1994 au Rwanda ne sest jamais impose, en dpit des dmarches menes en ce sens par diverses organisations ces dernires annes. La rponse que nous donnent les parlementaires que nous avons contacts est que c est d l icat , a d i t jeudi F ranoise Bouchet-Saulnier.En novembre 1999, aprs le rapport de Kofi Annan, le dput socialiste Pierre Brana, membre de la commission des Affaires trangres de lAssemble nationale, avait tent de mobiliser les parlementaires. Il avait rdig une proposition de rsolu-tion demandant la cration dune commission denqute et cherch la faire endosser par le groupe socialiste lAssem-ble. Sa dmarche a t bloque ce stade par les dputs socialistes. Paul Quils, qui dirige la commission Dfense lAssemble, et qui avait prsid la mission dinformation sur le Rwanda, se dit cependant aujourdhui prt discuter , la rentre, de lventualit dorganiser un semblable travail dinvestigation sur Srebrenica. Mais la condition, dit-il, cest quon ne se trompe pas sur ce que lon cherche. Il reproche lappel de MSF de reflter des prjugs accusateurs et il slve contre la tendance incriminer la France du seul fait quelle met des troupes au service des oprations de maintien de la paix de lONU. M. Quils, qui dirige par ailleurs un groupe de rflexion sur la rforme de lONU, nen reconnat pas moins quun examen prcis de la faon dont la commu-naut internationale a ragi aux vnements de Srebrenica serait utile : Je ny suis pas oppos, dit-il; mais si nous le faisons, ce sera sans a priori.

    A cette poque-l, en France, le contrle parlementaire sur les oprations extrieures tait quasiment gal

    zro. Lexercice sur le Rwanda avait t une rvolution pour la Vme Rpublique, un gros morceau avaler pour le Quai dOrsay, pour lElyse et pour la Dfense. Il y avait eu un rapport sur le Kosovo, mais pas du tout avec un angle dinvestigation par les parlementaires. Et il ny avait pas du tout de projet parlemen-taire sur Srebrenica. Cest parce que MSF a pos la demande et quon la formalise publiquement quil sest pass quelque chose.

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    Le 4 septembre 2000, dans une interview publie sur le site internet de MSF International, Eric Stobbaerts, le coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de dcembre 1993 avril 1995 questionne de nouveau le positionnement de MSF dans les enclaves cette poque.

    Srebrenica, 5 ans aprs Interview dric Stob-baerts, ancien coordinateur gnral en ex-You-goslavie, Site Web de MSF International, 4 septembre 2000 (en anglais) D168

    Extrait : La population qui avait, au dbut, appel la rsistance a peu peu chang davis.Oui, et la communaut internationale aussi. Au cours de lanne 1994, la population commenait dsesprment se demander combien de temps elle devrait encore rester dans lenclave. En fait, ils voulaient partir pour la Bosnie centrale pour rejoindre les leurs. En mme temps, la communaut internationale continuait ngocier et avait commenc redessiner une carte de la Bosnie. La vrit cest que Srebrenica et Gorazde rendait ce redcoupage difficile Au final, les politiciens ont dcid que tant que les enclaves existeraient, un accord de paix ne serait pas possible.Quelle a t la position de MSF quand elle a compris ce que la population voulait vritablement ?A ce moment-l prendre une dcision tait trs difficile. En tant que coordinateur gnral, jai plaid pour vacuer la population. Mais il y avait deux arguments contre ce choix. Dun ct, MSF ne pouvait pas entreprendre une telle action, ce nest pas dans notre mandat, et de lautre vacuer la popu-lation revenait faire des concessions aux Serbes qui vou-laient prendre lenclave. Au final la population na pas t vacue, mme si je pense que MSF aurait d faire pression, ou initier une campagne de lobbying pour que les institutions concernes rsolvent la situation. Personnellement je pense que notre neutralit porte une part de responsabilit dans ce qui sest pass Srebrenica. A lvidence, MSF ne savait pas ce qui allait se passer en juillet 1995, mais nous avons manqu dune vision globale de la situation. Nous aurions d mettre plus de pression. Etre rests neutres Srebrenica nous a fait fermer les yeux sur ce qui tait rellement en train de se passer. Mme si MSF nest pas coupable, nous avons chou. Malgr tout, nous sommes responsables de notre passivit, de ne pas avoir questionn le futur, compris les besoins de la population. La neutralit de MSF sest rvle perverse, ngative. Nous avons t trop dogmatiques.La prsence de MSF pendant ces deux ans a quand mme permis la protection de la population, un des piliers de lac-tion humanitaire.En effet, MSF a port Srebrenica sous les projecteurs. Nous avons constamment dnonc le manque daccs lenclave, le manque de mdicaments Nous avons prsent la situation comme elle tait, quoi quil arrive dans cette prison. Ctait un moyen de mettre la pression sur la communaut interna-tionale pour quelle assume les dclarations de Morillon et quelle assure la scurit de la zone.Grce nos dclarations, lopinion publique a connu lexis-

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    tence de Srebrenica. Malgr son statut de zone de scurit, lenclave a t prise par les Serbes en juillet 1995. Cinq ans plus tard, qui doit tre tenu responsable de a ? Tout dabord les forces serbes de Bosnie, Mladic et Karadzic. Mais aussi les dirigeants politiques, tous ceux responsables de la scurit de lenclave. MSF a demand la mise en place dune commis-sion denqute parlementaire pour dterminer les responsabi-lits de la France. Au cours du conflit, les dirigeants politiques nont montr aucun intrt pour Srebrenica. Dans une ru-nion avec une personne en charge de la Forpronu, on ma dit que la communaut internationale ne voulait pas dune troisime Guerre mondiale cause de Srebrenica . Le jeu diplomatique tait extrmement complexe.Zones de scurit, forces de maintien de la paix Pensez-vous quelles donnaient la population la fausse impression dtre protge ?En thorie, les zones de scurit et les forces de maintien de la paix sont un bon signe. Mais quelles fonctionnent ou non dpend de leur mandat. En Yougoslavie elles ntaient pas autorises se servir de leurs armes et leur mandat tait trs ambigu, pas assez clair. En fait, ctait le reflet de la position de la communaut internationale. En envoyant des troupes elles taient dans le politiquement correct, blanchissant leur image auprs de leur opinion publique. Mais ce ntait pas dans lintrt de la population. La preuve en est le mpris de la population de Bosnie vis--vis des troupes de la Forpronu.Qua appris MSF de Srebrenica ?Il y a encore des leons en tirer. Je garde une profonde amertume de ce qui sest pass Srebrenica Le dbat MSF est ouvert La leon de Srebrenica sera dure tirer.

    A la rentre parlementaire, MSF France reprend ses dmarches pour convaincre de la ncessit dune commission denqute parlementaire franaise sur Srebrenica. Une srie de documents sont prpars qui reprennent les arguments dj voqus lors de la confrence de presse de juillet et seront diffuss des contacts au parlement et dans les mdias.

    Message de ladjoint la responsable juridique au prsident et au dpartement de la communi-cation de MSF France, 8 novembre 2000 (en franais) D169

    Extrait : Vous trouverez ci-joints 5 documents (trs courts rassurez-vous !) dans le cadre du lancement du lobby pour obtenir la cration de la CE (commission denqute] sur Srebrenica. la liste des personnes que nous allons rencontrer, leur titre

    et pour certains, leur positionnement sur notre demande, daprs des informations de sources parlementaires croises ou des mdias. Je vous recontacte tous pour les RV qui commencent tomber.

    4 documents qui seront remis nos interlocuteurs dans une chemise avec le logo MSF :

    - un argumentaire intitul Pourquoi MSF demande une CE sur Srebrenica ? Je vous invite lire attentivement ce document et vous en servir lors des entretiens.

    - un document intitul Demandes de MSF Pour une CE sur Srebrenica Cest ce document qui servira galement de base un CP au cas o et videmment aprs validation par la com.

    - Un document qui souligne les insuffisances du rapport de lONU

    - La liste du personnel local de MSF qui a disparu lors de la tragdie de Srebrenica.

    Il nous reste discuter avec la corn : de la version finale du CP; de la faon de laisser filtrer les infos vers une liste cible de

    journalistes

    Pourquoi Mdecins Sans Frontires demande une commission denqute parlementaire sur Srebre-nica ? Mmo de MSF France, 8 novembre 2000 (en franais) D170

    Extrait : La demande de MSF nest pas une croisade anti-militariste et anti-Bemard Janvier. Nous souhaitons au contraire que la commission tire les leons pour viter lavenir de dployer des militaires pieds et poings lis face des politiques crimi-nelles contre une population. Cette demande nest pas non plus la premire tape vers un jugement des responsables politiques et militaires franais pour complicit de crimes contre lhumanit. Il sagit unique-ment de mettre en lumire les responsabilits politiques et militaires. Le Tribunal pnal international de La Haye est quant lui charg dtablir les responsabilits pnales des planificateurs et des excuteurs de la purification ethnique et de les sanctionner. La demande dune commission denqute sur le Rwanda en 1998 et aujourdhui sur Srebrenica rsulte dune politique cohrente de MSF destine valuer le niveau de protection des populations que peuvent offrir ou non les oprations de maintien de la paix, de faon positionner au mieux nos actions sur le terrain. []

    Demandes de Mdecins Sans Frontires pour une commission denqute parlementaire sur Srebre-nica Memo MSF, 8 novembre 2000 (en franais) D171

    La commission denqute parlementaire devra notamment rpondre aux questions suivantes : La France a-t-elle eu connaissance du fait que larme bosno-serbe sapprtait attaquer Srebrenica ? Le cas chant, pourquoi cette information na-t-elle pas t trans-mise aux Nations unies afin dorganiser la protection ou lva-cuation des habitants de Srebrenica ?Alors que les avantages et les inconvnients des stratgies croises de dploiement terrestre et de soutien arien dans le

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    cadre des oprations de maintien de la paix font lobjet de dbats confus, il est important que les parlementaires par-viennent claircir les dysfonctionnements politiques et militaires qui ont conduit concrtement cette tragdie humaine. Pourquoi le gnral Janvier na t il pas autoris en juillet 1995 les frappes ariennes de lOTAN sur Srebrenica alors :-quil ny avait aucun obstacle lgal lusage de la force ?-que le bataillon hollandais prsent au sol Srebrenica en avait fait la demande de multiples reprises, en assumant les risques physiques que cela entranait pour eux-mmes ?-que des frappes ariennes avaient t lances plusieurs reprises en 1994, pour dfendre les zones de scurit de Goradze (le 10 et 11 avril 1994) et Bihac (le 21 et 23 novembre 1994), malgr une chane de dcision beaucoup plus complexe que lors de la tragdie de Srebrenica.Lors de lattaque contre Srebrenica, le gnral Janvier est en effet habilit depuis le 9 juillet 1995, autoriser seul le recours larme arienne. La France a-t-elle cherch, en marge de la chane de com-mandement des Nations unies, retarder et minimiser les frappes ariennes de lOTAN pendant lattaque serbe contre Srebrenica ? Le cas chant, cette initiative tait-elle concerte avec les autres membres du Groupe de contact (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, Allemagne) ? La France a-t-elle pass en juin 1995, en marge des Nations unies, un march non autoris consistant en la libration des casques bleus pris en otage contre larrt dfinitif des frappes ariennes ? Le cas chant, cette initiative tait-elle concerte avec les autres membres du Groupe de contact ? A chaque tape et dans tous les cas de figures, quelles garanties ont t ngocies pour assurer la protection ou lvacuation en toute scurit des habitants de lenclave pro-tge de Srebrenica ?

    Le 10 novembre 2000, la Commission des Affaires trangres de lAssemble nationale franaise annonce quelle a dcid de charger Franois Lotard, qui fut ministre de la Dfense de 1993 1995, de rdiger un rapport dinformation parlementaire sur la chute de Srebrenica. MSF slve publiquement contre ce choix, considrant que lancien ministre de la Dfense ne peut pas tre charg de lvaluation dun dispositif quil a lui-mme mis en place. Lorganisation insiste pour que soit cre une vritable commission denqute.

    Investigation ou diversion ? Mdecins Sans Frontires conteste les conditions de lenqute parlementaire sur Srebrenica Communiqu de presse MSF 10 novembre 2000 (en franais) D172

    Extrait : Hier, le Bureau de la commission des Affaires trangres a annonc la nomination de Monsieur Franois Lotard pour procder, en association avec un membre de la commission de

    la Dfense, la rdaction dun rapport dinformation parle-mentaire sur la chute de Srebrenica. MSF rcuse les condi-tions et les modalits qui ont conduit cette nomination et maintient son appel la cration dune vritable commission denqute, indpendante et pluraliste, charge de faire la lumire sur la tragdie de Srebrenica.La nomination, en dehors de tout dbat et vote parlemen-taire, dune quipe dinvestigation rduite deux personnes ne prsente pas les garanties de pluralisme et de transpa-rence requises pour une telle enqute. Le choix de confier cette investigation parlementaire M. Franois Lotard, constitue, en outre, un manquement total au devoir dind-pendance et dimpartialit dune telle enqute. En effet, en tant que ministre de la Dfense, Monsieur Lotard, a mis en place et gr, entre 1993 et 1995, le dispositif militaire fran-ais en Bosnie. Comment pourrait-il, aujourdhui, tre la fois juge et partie dans une procdure dvaluation de ce dispositif ?Les quipes de MSF ont travaill dans lenclave de 1993 1995. En juillet 1995, lattaque de Srebrenica par les forces serbes et lincapacit des troupes de lOnu assurer la protec-tion de la population se sont soldes par le massacre de 7 000 personnes et la dportation de 45 000 autres.Alors quils taient vacus de cette zone protge , plu-sieurs dizaines de blesss et malades soigns par les quipes de MSF ont t sortis des bus et excuts par les forces serbes. 22 membres du personnel bosniaque de lassociation ont ga-lement t tus.Le 13 juillet 2000, MSF avait demand la cration dune com-mission denqute sur les circonstances de la chute de Srebrenica. Monsieur Paul Quils, prsident de la commission de la Dfense, stait alors dclar prt renouveler le type de contrle parlementaire quil avait lui-mme initi la tte de la mission dinformation sur les responsabilits de la France au Rwanda. Linitiative actuelle nest, en rien, compa-rable avec cette prcdente initiative.Alors que les oprations de maintien de la paix se multiplient et que le dbat reste vif sur les diffrentes stratgies mili-taires permettant de protger les populations, il est impor-tant que les parlementaires parviennent claircir les dysfonctionnements politiques et militaires qui ont conduit la tragdie de Srebrenica. La ncessit et la lgitimit dun contrle parlementaire sur les oprations extrieures de la France sont aujourdhui renforces par le rle de premier plan que joue la France dans les oprations de maintien de la paix. Ce travail denqute et de contrle a, dailleurs, t demand par le Secrtaire gnral de lONU aux pays qui ont particip laction de lONU Srebrenica.Compte tenu du rle central qua jou la France dans le com-mandement du dispositif de lONU en Bosnie et de lampleur des tueries qui ont eu lieu Srebrenica, MSF maintient sa demande dune commission denqute capable de garantir la qualit et la transparence dun rel travail dinvestigation.Cette commission devrait : tre compose de tous les parlementaires appartenant la commission de la Dfense et des Affaires trangres qui en font la demande ; avoir un accs systmatique tous les documents indispen-sables son travail, y compris ceux qui relvent du secret de la Dfense nationale ou des Affaires trangres ;

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    procder des auditions publiques de tous les acteurs et tmoins ncessaires pour claircir la part des responsabilits politiques et militaires de la France ; limiter le recours au huis-clos des cas exceptionnels et clairement motivs ; procder la publication exhaustive de ses travaux et docu-ments de travail.MSF demande la commission de la dfense, qui doit se runir mercredi prochain, de ne pas entriner le processus actuel, et douvrir un vritable dbat permettant de lever les ambiguts sur les intentions de la dmarche en cours.

    M. Lotard contest pour enquter sur Srebre-nica Le Monde (France), 12 novembre 2000 (en franais) D173

    Extrait : Nomm jeudi par le bureau de la commission des Affaires trangres lAssemble nationale pour procder la rdac-tion dun rapport dinformation sur la chute, en 1995, de lenclave musulmane de Bosnie, M. Lotard tait, lpoque des faits, ministre de la dfense. Sa dsignation, estime MSF, constitue un manquement total au devoir dindpendance et dimpartialit dune telle enqute . En 1993 et 1995, M. Lotard a mis en place et gr le dispositif militaire franais en Bosnie en tant que ministre de la Dfense. Comment pour-rait-il, aujourdhui, tre la fois juge et partie dans une pro-cdure dvaluation de ce dispositi ? [] Aux yeux de MSF, le fait de dsigner aujourdhui comme rap-porteur M. Lotard, qui tait ministre quelques mois encore avant la chute de lenclave, tmoigne qu on nest pas prt mener un travail indpendant et qu on ne veut pas dinvestigation sur ce qui drange .

    Je savais quon nobtiendrait pas de commission den-qute car on navait pas russi lobtenir pour le Rwanda

    en 1998. Mais notre demande tait surtout une faon de faire comprendre quon voulait un vrai travail denqute dans lequel les parlementaires acceptent de se mettre en tension avec le gouvernement au lieu de donner un simple habillage de contrle dmocratique. Dans la dmocratie franaise, il ny a jamais eu de tradition de contrle parlementaire des oprations ext-rieures. Le parlement contrle lemploi des armes en cas de guerre, mais pas en cas dinterventions internationales onusiennes. A lpoque, Paul Quils pilotait en tant que parle-mentaire et ancien ministre un groupe de rflexion sur la rforme de lONU. Son intrt pour le contrle parlementaire des oprations extrieures entrait en synergie partielle avec celui de MSF, mais il tait essentiel que MSF mette des distances claires et ne se laisse pas instrumentaliser par ces agendas politiques franais. En 1998, MSF avait obtenu la cration dune mission dinformation parlementaire sur le Rwanda, mais navait assur aucun suivi critique des travaux. Ceux-ci staient conclus par une confrence de presse dont le message se rsu-mait : La France na pas rougir de ce qui sest pass au Rwanda . Pour Srebrenica, on ne voulait pas ritrer cette

    exprience, ni quon apparaisse comme les idiots utiles qui, aprs avoir obtenu de longue lutte louverture de cette enqute se laissent immdiatement dpossder par des personnes qui nont jusquici manifest aucun intrt particulier cet gard, et qui ont dautres objectifs. Il sagissait dun enjeu de crdibi-lit et de professionnalisme humanitaire. Je me souviens des menaces de ce parlementaire qui mavait dit que si on conti-nuait comme cela, plus aucun Etat naccepterait de participer aux oprations militaires internationales. Il cherchait gale-ment nous diviser en affirmant que la parole et lhonneur dun homme sont de garanties suprieures celle de la procdure et du droit. Ctait videmment un discours dmagogique et malin pour opposer les politiques et les juristes au sein de MSF. Heureusement lquipe MSF est reste soude.Lors dune commission denqute, tout se passe huis clos, les gens parlent sous serment. Cest une procdure quasi judiciaire, interne au parlement, et qui met le parlement face lExcutif. Si ce choix avait t fait, les parlementaires auraient donc pu exiger la d - classification et la transmission de documents que la mission dinformation na finalement jamais obtenu. Mais ni le gouvernement ni le parlement ne voulaient vraiment jouer cette confrontation sur des oprations extrieures, impliquant larme, le gouvernement et la prsidence en particulier pendant cette priode o il y avait cohabitation politique entre les deux partis opposs. Donc a naurait servi rien. Mais jai pouss quand mme, pour montrer quon ne faisait pas de politique mais quon voulait que certaines rponses soient donnes sur des faits qui sont au-del de la politique : un massacre de grande ampleur au cur de lEurope.De toute faon le fait que ce soit finalement une mission dinfor-mation nous a permis nous MSF dassister aux travaux en temps rel et jouer un rle de suivi important.

    Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF (en franais) Interviewe en 2015

    Commission denqute, mission dinformation Je trouve quil y a des surenchres qui sont vaines. Pour la

    mission Rwanda, quand certains dnonaient la dgradation de la demande de la commission en mission dinformation, avec donc des prrogatives juridiques beaucoup plus faibles, moins de pouvoirs, cela ne me semblait pas dcisif parce que le niveau auquel on devait intervenir me semblait malgr tout atteint.

    Dr Rony Brauman, prsident de MSF France de 1982 1994 puis directeur dtudes la Fondation MSF

    (en franais)

    Le 15 novembre 2000, les commissions des Affaires trangres et de la Dfense de lAssemble nationale dcident finalement de mettre en uvre une mission dinformation sur les vnements de juillet 1995 Srebrenica. Le groupe charg de cette mission est compos de dix dputs qui ont nomm deux rapporteurs, Franois Lotard, lancien ministre de la Dfense et Franois Lamy un dput de lopposition.

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    Une mission dinformation sur les massacres de Srebrenica Le Monde (France), 17 novembre 2000 (en franais) D174

    Extrait : La cration dune mission dinformation sur les vnements de juillet 1995 Srebrenica (Bosnie) a t dcide, mercredi 15 novembre, par les commissions des Affaires trangres et de la Dfense de lAssemble nationale. Cette mission com-pose de dix dputs aura pour co-rapporteurs Franois Lotard (UDF), ministre de la Dfense de mars 1993 mai 1995, et Franois Lamy (PS), vice-prsident du groupe dAmiti France-Bosnie. Ses dix membres, appartenant toutes les tendances de lAssemble, seront dsigns par les groupes politiques de lAssemble. [] Aprs le communiqu de Mdecins Sans Frontires, dans lequel lorganisation criti-quait la dsignation de M. Lotard, ses yeux juge et partie (Le Monde des 12 et 13 novembre), le prsident de la commission de la Dfense, Paul Quils, a prcis que ce sont les parlementaires qui dsignent leur rapporteur, pas les ONG .

    APPUI CRITIQUE LA MISSION DINFORMATION DU PARLEMENT

    FRANAIS

    Le mme jour, MSF demande publiquement au Prsident de la Rpublique franaise et au gouvernement de faciliter le travail dinvestigation des parlementaires sur la chute de Srebrenica en leur donnant accs aux documents et en auditionnant les protagonistes ncessaires pour claircir les responsabilits. Elle demande galement la publica-tion des rsultats de ces travaux.

    Mdecins Sans Frontires demande au prsident et au gouvernement de faciliter le travail dinves-tigation des parlementaires sur la chute de Srebrenica . Communiqu de presse de Mdecins Sans Frontires, 15 novembre 2000 (en franais) D175

    Mdecins Sans Frontires se flicite de la dcision adopte aujourdhui par la commission des Affaires trangres et de la Dfense de crer une mission dinformation parlementaire sur la tragdie de Srebrenica, largie dix dputs.MSF contestait jusqu prsent la dcision de confier Franois Lotard, ancien ministre de la dfense pendant la crise en Bosnie, et un autre dput, la rdaction dun simple

    rapport dinformation. Dans ce nouveau contexte, la partici-pation de Franois Lotard une mission dinformation largie dix dputs nest plus un problme pour MSF.MSF restera toutefois vigilant sur la composition finale de la mission.Le choix dune mission dinformation au dtriment dune commission denqute limite les capacits dinvestigation des parlementaires et conditionne leur travail la bonne volont du pouvoir excutif.Cest pourquoi MSF demande au Prsident et au gouvernement de faciliter au maximum le travail des parlementaires, en leur permettant notamment :- davoir un accs systmatique tous les documents nces-saires leur travail, y compris ceux qui relvent du secret de la Dfense nationale et des Affaires trangres.

    - Dauditionner tous les acteurs et tmoins ncessaires pour claircir la part des responsabilits politiques et militaires franaises

    - De publier leurs travaux et leurs documents de travail.

    Lquipe de MSF anime par ladjoint la responsable juridique commence organiser une activit suivie dappui critique au travail de la mission dinformation. Lobjectif est de fournir aux parlementaires des lments dinformation leur permettant de poser des questions qui amneront des rponses clairantes sur les vnements.

    Un site internet D176 ddi est ouvert sur lequel seront posts les verbatim des auditions et toutes les informations et lments danalyse permettant de poser les questions dont les rponses peuvent clairer les responsabilits.

    Message de ladjoint la responsable juridique au prsident et au dpartement de la communi-cation de MSF France, 7 dcembre 2000 (en franais) D177

    Extrait : Bonjour tous,Voici quelques (bonnes) nouvelles de la mission dinforma-tion parlementaire sur Srebrenica.La premire runion constitutive a eu lieu ce matin. Cette runion ntait pas publique mais voici ce qui sy est pass selon des sources parlementaires fiables et amies .Composition : le prsident est Franois Loncle (cest la tradi-tion car cest lactuel prsident de la commission des affaires trangres de lassemble), la vice-prsidente est Marie-Hlne Aubert (Vert). Les deux rapporteurs sont comme prvu, Franois Lotard (UDF) et Franois Lamy (PS). Les autres membres sont : Ren Andr (RPR), Ren Galy-Dejean (RPR), Roland Blum (DL), Pierre Brana (PS), Jean-Nol Kerdraon (PS) et Franois Liberti (PC).De sources parlementaires et journalistiques, la composition est plutt bonne. Quatre dputs sont considrs comme actifs ou trs actifs (= transparents) sur les questions internationales. []

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    Prises de parole publiques

    Pour beaucoup, Franois Lotard est galement sincre dans sa dmarche de transparence []Mthodes de travail :La mission rendra son rapport public avant lt ; un dplace-ment en Bosnie a dj t book pour janvier. Il y en aura dautres et dautres endroits; le rythme des auditions sera de deux par semaine le jeudi partir de 10 heures ; toutes les auditions seront publiques sauf si la personne auditionne demande le huis-clos ; les premires auditions auront lieu jeudi prochain. Il sagit de lAmiral Lanxade, ancien chef dtat-major des armes et de lambassadeur Jacobin, en poste Sarajevo au moment de la chute de Srebrenica.Loncle, Lotard et Lamy ont propos ce matin une premire liste de personnes auditionner. Cette liste nest pas exhaus-tive et nous aurons la possibilit de proposer indirectement des noms et des questions poser chacune de ces per-sonnes. []Accs aux archivesSur laccs aux archives en France, Franois Loncle a indiqu ce matin quil avait demand par crit un accs aux archives dfense et affaires trangres. Nous aurons la confirmation que cette lettre est bien partie et que les archives de lElyse sont galement mentionnes (trs trs important). Je vous rappelle cet gard que lElyse a refus de nous recevoir. []Comme pour le Rwanda, chaque ministre a nomm un haut fonctionnaire qui est charg de faire linterface sur ces ques-tions avec la mission.La question des archives ONU et OTAN na pas t mentionne ce matin. Je vous rappelle que ces archives sont couvertes par les immunits diplomatiques propres aux organisations internationales. Ces documents ne pourront donc tre transmis la mission que si le Secrtaire gnral de lONU et le Secrtaire gnral de lOTAN lvent limmunit au cas par cas. L aussi, sils le souhaitent, ils peuvent nommer un haut fonctionnaire charg de faire linterface.MSF et la mission :Nous avons trois rendez-vous de travail la semaine prochaine, la couverture media va commencer sur Srebrenica avec le dbut des auditions. Les gros journaux crits ont tous dsign une personne qui va suivre le travail de la mission.Le Monde : Claire TranLib : Marc SemaLe Figaro : Isabelle LasserreLa Croix : Alain GuillemolesParis-Match : Frdric GerschelTous ces journalistes ont reu un dossier complet MSF sur Srebrenica. En revanche, jignore totalement ce quil en est pour les grosses radios comme Europe 1, France inter, France info, RTL ? ? ? Y aura-t-il quelquun de fixe ou pas ? Ccile avait dj identifi et contact des noms dans ces radios. Est-ce que ce sont toujours ces mmes noms qui vont suivre le travail parlementaire ? Help !!Lenjeu pour la semaine prochaine, cest que nous obtenions un espace de parole afin 1) de repositionner immdiatement et publiquement MSF comme un acteur vigilant sur le travail parlementaire et 2) de formuler publiquement les questions prcises auxquelles nous souhaitons avoir des rponses pr-cises et la lumire desquelles nous valuerons le travail. Car le danger de la mission, cest que les dputs utilisent Srebrenica pour pousser un certain nombre dobjectifs poli-

    tiques (trs nobles au demeurant) comme la rforme de lONU ou le contrle parlementaire des oprations extrieures, mais quils ne rpondent pas ou de faon vasive aux questions en suspens sur Srebrenica. Il faudra donc quon se cale sur la relance media : quand la commence-t-on, qui le fait et pour dire quoi ?Suivi des travaux de la mission : nous avons sous la main avec Franoise deux stagiaires, profil sciences po/droit qui ont dj une exprience terrain + lobby et que nous connaissons personnellement. [] Ils travailleront pour nous un ou deux jours par semaine.Nous leur demanderons 1) de suivre et de faire les verbatim des auditions qui pourraient tre bascules sur notre site internet ( discuter ensemble) ; 2) de travailler sur des ques-tions techniques qui pourraient se poser lors du travail parle-mentaire et sur lesquelles nous pourrions tre amens ragir ; 3) de slectionner les documents MSF qui pourraient tre transmis la mission. Lide est que ces stagiaires nous permettent tous de garder la tte froide et disponible pour assurer le contrle politique du lobby et de la prise de parole publique de MSF, tout en ayant une bonne connais-sance des dossiers techniques.Audition de MSF : selon nos sources amies, ce qui importe, cest que notre audition permette aux dputs les plus actifs et transparents dobliger la mission aller au fond des choses ou sorienter vers des pistes. Concrtement nous devrons dans notre audition poser les questions auxquelles nous pen-sons que la mission doit rpondre, citer des noms de per-sonnes de faon subtile et indirecte qui pourraient tre auditionnes...Position du Secrtariat gnral de lONU :Catherine Harper NY [New York] a tent de prendre RV [rendez-vous] avec le cabinet de Kofi [Annan, Secrtaire gnral des Nations unies] et avec celui de Guhenno (nou-veau Secrtaire gnral adjoint en charge des oprations de maintien de la paix [de lONU]). Lide tait dexposer le sens de notre dmarche et de demander au SG de lONU de faciliter le travail des parlementaires franais.Refus poli de Guhenno et rponse trs diplomatique du cabinet de Kofi : nous navons rien dire de plus que ce qui est dans le rapport de lONU sur Srebrenica; nous navons pas davis sur la procdure en cours en France ; les ONG sont effectivement plus lgitime que le SG [Secrtaire gnral] de lONU demander des comptes aux Etats membres.Articulation avec les Pays-Bas :Deux organisations nous demandent de cooprer (dfinir ce que cela veut dire concrtement) :- nos cousins hollandais de MSF : JHB [Jean-Herv Bradol, le prsident de MSF France] a fait un mot pour demander que soit dsigns des interlocuteurs sur Srebrenica avant toute chose.

    - IKV : organisation non gouvernementale indpendante qui nous a crit et que nous avons eue longuement au tl-phone. Ils font du bon boulot sur Srebrenica et depuis long-temps. Ils nous proposent de se rencontrer jeudi prochain 9 heures Paris, MSF, avec lancien interprte bosniaque du Dutchbat de Srebrenica, Hasan Nuhanovic. Cet homme qui se bat depuis des annes en Hollande, a perdu ses parents et ses enfants dans la tragdie de Srebrenica. Ils nous expliquerons la procdure en Hollande et attendent

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    que nous leur proposions des pistes de coopration []On peut tout fait imaginer de mettre les verbatim sur le site internet de MSF H et dIKV. Cest un exemple de coopration possible. IKV est a priori OK. MSF H, je ne sais pas []

    La France enqute sur son rle Srebrenica Marlise Simons, The New York Times (Etats-Unis), 11 dcembre 2000 (en anglais) D178

    Extrait : Cette semaine, aprs plus de deux ans de lobbying men par lorganisation Mdecins Sans Frontires, le Parlement franais va commencer ses auditions pour savoir si la France a, indi-rectement ou non, empch des frappes ariennes sur les troupes bosno-serbes alors quelles avanaient sur Srebrenica. Nous sommes terrifis par la faon dont les victimes de Srebrenica ont t cartes a dclar Franoise Saulnier, directrice juridique de lorganisation. Lchec des forces de maintien de la paix doit tre clairci, le gouvernement et larme doivent rendre des comptes nos institutions dmocratiques .Elle note quil aura fallu des annes avant que lenqute de cette semaine ne soit lance, ajoutant que pendant tout ce temps, on nous a dit que le sujet tait sensible . []Mdecins Sans Frontires, cre par des Franais, mais qui est aujourdhui une organisation internationale, a un intrt cer-tain dans cette enqute. Lorganisation avait commenc travailler Srebrenica en 1993, peu aprs que la ville avait t dclare zone de scurit par les Nations unies la suite dune visite dun autre Franais, le gnral Philippe Morillon. Celui-ci avait rpondu la demande des rsidents Musulmans qui voulaient tre sauvs des forces serbes qui les assigeaient.Lorganisation mdicale avait pris soin des malades et des blesss de guerre de Srebrenica pendant deux ans. Selon elle, aprs la chute de la ville, plusieurs douzaines de ses patients initialement vacus et escorts par des casques bleus ner-landais, avaient t sortis des bus qui les transportaient et tus22 personnes qui travaillaient pour Mdecins Sans Frontires ont sans doute t tus et seuls deux corps ont t retrouvs.Lorganisation mdicale, et dautres soutenant cette enqute, ont dclar quelles voulaient des rponses un certain nombre de questions et daffirmations, rvles dans les jour-naux et dans des documentaires, au sujet de rencontres qui auraient eu lieu la fin du printemps et au dbut de lt 1995 entre le gnral Janvier et Ratko Mladic, commandant des forces serbes de Bosnie aujourdhui inculp de crimes de guerre, ainsi quau sujet de recommandations du Prsident Chirac demandant au gnral Janvier de retenir les frappes ariennes. []Les membres de lorganisation mdicale ont insist sur le fait quil ne sagissait pas de mener une croisade contre larme franaise ou le gnral janvier. Nous avons besoin de tirer les leons de ce sanglant chec pour qu lavenir larme ne soit pas envoye pour protger des gens avec les mains lies a dclar le Dr Jean-Herv Bradol, prsident de lorganisation.

    Jallais toutes les sances ainsi que les deux stagiaires et mon adjoint. On retranscrivait en temps rel les

    dbats de lintgralit de la sance. Tout tait mis en ligne ds le lendemain matin sur le site internet spcial que nous avions cr. Chacun pouvait donc lire immdiatement les propos, ques-tions et rponses de chaque personne auditionne et se faire une ide de la qualit des tmoins et de lefficacit des ques-tions des parlementaires impliqus. MSF tenait le procs-verbal des sances en quelque sorte. A partir de l, dune semaine sur lautre, on pouvait, nous aussi analyser ce qui avait t dit, si cela confirmait ou dmentait les propos dautres tmoins et affiner le contenu des questions qui devaient ensuite tre poses aux tmoins suivants. En effet, cela ne sert rien dinter-roger une personne sur des gnralits et une audition peut trs vite se transformer en long monologue imprcis. Les parlemen-taires connaissent trs bien la vie de leurs rgions et de leurs circonscriptions mais pour une enclave de lest de la Bosnie il fallait un effort collectif pour passer des discours gnraux aux faits prcis, ce qui stait rellement pass Srebrenica. Je trouve que les journalistes et les parlementaires ont t trs rceptifs leffort fait par MSF pour stimuler le travail de la mission dinformation. Il fallait un miroir public qui permettait dviter que la mission serve simplement de plateforme des tmoins qui viendraient raconter pendant 1h30 leur histoire, sans quon puisse challenger quoi que ce soit. Sur la mission Rwanda, on avait fait confiance, on avait laiss faire et le rsultat tait dcevant. Donc pour la mission Srebrenica, MSF devait sinscrire dans le suivi du processus et mobiliser les journalistes pendant tout le droulement de cette mission dinformation. Sinon elle ne servirait de nouveau rien sinon blanchir le gouvernement franais.

    Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF (en franais) interviewe en 2015

    On avait lide de faire un travail de contre-enqute et donc on sest organis presque comme une campagne.

    Ctait couvert par des mdias importants. Le rythme des audi-tions tait soutenu et on avait beaucoup de contacts avec les mdias. Il y avait une sympathie lgard de MSF parce que les journalistes avaient compris notre dmarche. Beaucoup de ceux qui couvraient cette mission dinformation avaient t des reporters de guerre dploys en Bosnie. Ils avaient vu des horreurs, avaient les mmes questionnements et les mmes doutes sur les raisons de la chute des enclaves et le non-respect des promesses de protection. Ils avaient aussi la volont dy voir plus clair.

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    Pour le Rwanda, on y tait all la fleur au fusil, car on ne connaissait pas les rouages. Ce nest pas notre mtier.

    Mais lexprience avait t utile pour saguerrir. Franoise, qui avait essuy les pltres avec cette mission Rwanda, avait un peu plus de mthodologie. Elle anticipait mieux. Sur Srebrenica,

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    on a fait un vritable travail denqute, avec de bonnes intui-tions. On y a mis beaucoup dnergie. On tait assez ractifs. Le site ntait pas trs frquent. Ctait surtout un outil pour nous.

    Stephan Oberreit, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur

    de la communication de MSF France de 2000 2006 (en franais) interview en 2015

    Le 14 dcembre 2000, alors que la mission dinformation parlementaire sur Srebrenica commence ses travaux, MSF publie une srie de questions auxquelles il lui semble essentiel que celle-ci rponde.

    Mdecins Sans Frontires attend de la mission dinformation sur Srebrenica quelle rponde plusieurs questions importantes . Communiqu de presse de Mdecins Sans Frontires, 14 d-cembre 2000 (en franais) D179

    Le 11 juillet 1995, Srebrenica tombait aux mains des forces serbes de Bosnie. La chute de Srebrenica a entran la dpor-tation de 40 000 personnes et lexcution denviron 7 000 autres. Plusieurs dizaines de blesss et de malades pris en charge par MSF ont t excuts par les forces serbes. Vingt-deux membres du personnel local de Mdecins Sans Frontires ont galement t excuts.Alors que les premires auditions de la mission dinformation sur Srebrenica dbutent aujourdhui, Mdecins Sans Frontires souhaite que le travail des parlementaires rponde plusieurs questions importantes afin dclaircir les dysfonctionnements politiques et militaires qui ont conduit cette tragdie :- La France a-t-elle eu connaissance du fait que larme bosno-serbe sapprtait quitter Srebrenica ? Le cas chant pourquoi cette information na-t-elle pas t trans-mise aux Nations unies afin dorganiser la protection ou lvacuation des habitants de Srebrenica ?

    - Pourquoi le gnral Janvier na-t-il pas autoris en juillet 1995 les frappes ariennes de lOTAN sur Srebrenica alors : Quil ny avait aucun obstacle lgal lusage de la force ? Que le bataillon des casques bleus hollandais prsent au

    sol Srebrenica en avait fait la demande de multiples reprises, en assumant les risques physiques que cela entranerait pour eux-mmes ?

    Que des frappes ariennes avaient t lances plusieurs reprises en 1994, pour dfendre les zones de scurit de Gorazde et Bihac malgr une chane de dcision beaucoup plus complexe que lors de la tragdie de Srebrenica. Lors de lattaque de Srebrenica, le gnral Janvier tait en effet habilit depuis le 9 juillet 1995, autoriser seul le recours larme arienne.

    - La France a-t-elle cherch, dans le cadre ou en marge de la chane de commandement des UN retarder et minimiser les frappes ariennes de lOTAN pendant lattaque serbe

    contre Srebrenica ? Le cas chant, cette initiative tait-elle concerte avec les autres membres du Groupe de contact (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, Allemagne) ?

    - La France a-t-elle ngoci en juin 1995, dans le cadre ou en marge des Nations unies, la libration des casques bleus pris en otage contre larrt dfinitif des frappes ariennes ? Le cas chant, cette initiative tait-elle concerte avec les autres membres du Groupe de contact ?

    - A chaque tape et dans tous les cas de figure, quelles garan-ties ont t ngocies pour assurer la protection ou lva-cuation en toute scurit des habitants de lenclave protge de Srebrenica ? []

    Le mme jour, lors de son audition, lamiral Lanxade, chef dEtat-major des armes entre 1991 et 1995 nie avoir ngoci la libration des otages contre larrt des frappes ariennes. Sur son site Srebrenica et dans la presse MSF juge ces rponses insuffisantes.

    Examen de conscience franais sur le massacre de Srebrenica Isabelle Lasserre, Le Figaro (France), 16 dcembre 2000 (en franais) D180

    Extrait : Pour la premire fois cette semaine aprs une pression sans relche de Mdecins Sans Frontires (MSF), les responsabi-lits du gouvernement franais et du gnral Bernard Janvier, qui commandait lpoque les forces de lONU dans la rgion ont t voques. [] Auditionn jeudi, lamiral Lanxade a ni avoir ngoci la libration des otages. Selon lui la volont politique internationale a fait gravement dfaut. Il y a, a-t-il dit une certaine inconsquence voter des rsolutions et laisser ensuite les chefs sur le terrain sans les moyens. Le massacre aurait-il pu tre vit ? Si on pose la question dbut juillet 1995, la rponse est non, mais si on la pose un an avant, la rponse est oui. Ces rponses ont t juges insuffisantes par MSF. Lorganisation qui aurait prfr une commission denqute une simple mission dinforma-tion, moins contraignante, rclame, pour les auditions sui-vantes, des rponses prcises des questions prcises.

    Faux dpart Fabien Dubuet, site MSF Srebre-nica, 21 dcembre 2000 (en franais) D181

    Extrait : La mission dinformation parlementaire sur Srebrenica est bien mal partie. La premire audition, celle de lAmiral Lanxade, chef dtat-major des Armes pendant la quasi totalit de la crise yougoslave et encore en poste au moment de la tragdie de Srebrenica, a ressembl une mauvaise plaisanterie.Un chef dtat-major sait tout ou presque. Pourtant lAmiral Lanxade ne sait rien ou presque.

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    Le gnral Janvier qui dirigeait lensemble des troupes des Nations unies en ex-Yougoslavie est-il venu Paris entre le 4 et Je 8 juillet 1995, soit quelques jours seulement avant la chute de Srebrenica, et si oui la-t-il rencontr ? Javoue que je ne suis pas en mesure de rpondre cette question. Il ne se souvient plus.Le chef dtat-major franais a-t-il eu des relations tlpho-niques avec son collgue nerlandais pendant la tragdie de Srebrenica ? Je nai pas de souvenir trs prcis de ces rela-tions avec mon homologue nerlandais mais il est tout fait vident que nous avons chang des apprciations sur la situation sauf peut-tre dans les tous derniers jours de la chute de Srebrenica parce que ctait le sommet franco-alle-mand et nous ntions pas Paris. Seule prcision intressante dans ses rponses pour le moins floues, Lanxade livre par la mme occasion un scoop des plus inquitants : le chef dtat-major des Armes, cest--dire le premier militaire responsable de la dfense du sanctuaire national nest pas joignable quand il nest pas Paris.Le gnral Janvier a-t-il conclu un march non autoris en marge des Nations unies consistant en la libration des casques bleus pris en otages fin mai 1995 (une grande partie dentre eux taient franais) contre larrt dfinitif des frappes, lors de sa rencontre Mali Zvornik, le 4 juin 1995 ? Il est pour moi tout fait exclu quil y ait eu un quelconque change, comme cela a t avanc. Naturellement, je ntais pas cet entretien mais toutes les informations que jai eues aprs le laissent penser que tout ceci est tout fait faux et que l on fait peser sur le gnral Janvier un soupon tout fait injustifi . Et il tient mme prciser que la ngociation des otages a t mene par les Nations unies et que ltat-major franais nest pas intervenu. Une prcision difficile admettre la lumire de ces deux lments. Dabord parce quun peu plus tt dans son audition, lAmiral insistait sur lexistence de liens directs entre ltat-major national et les troupes franaises sur le terrain, en marge de la chane de commandement de lONU, en particulier quand la scurit des soldats est en jeu. Ensuite parce que selon lenqute trs srieuse des journalistes Frank Westerman et Bart Rijs, Paris a envoy deux militaires franais, dont le gnral de Lapresle, pour ngocier la libration des otages franais.Les parlementaires oublient de demander lAmiral Lanxade de prciser la nature et les sources de ces informations quil a eues aprs . Lui demanderont - ils dapporter la preuve, documents lappui, de ces propos ? Ils oublient aussi de lui demander comment il explique que lactuel secrtaire gnral de lONU, Kofi Annan, lpoque en charge du maintien de la paix, a demand une enqute au reprsentant spcial pour la Yougoslavie (M. Akashi) sur la nature de laccord entre Janvier et Mladic, dans un message cod n1981 du 15 juin 1995. Ils oublient encore de lui demander comment il explique que le Secrtaire gnral de lOTAN lui-mme demande des explica-tions au Secrtaire gnral de lONU sur ce sujet, dans une lettre date du 21 juin 1995. On ne saura pas davantage pourquoi le prsident russe Eltsine dclare cette mme priode, que le prsident franais Jacques Chirac lui a assur que lemploi des frappes ariennes en Bosnie tait termin.Vu le nombre dofficiels qui voquent un march conclu ou sinterrogent sur ce march il est ncessaire que les parle-mentaires aillent beaucoup plus loin dans leur travail dinves-

    tigation. Si du moins ils souhaitent obtenir des rponses prcises des questions prcises ...

    Le 20 dcembre 2000, MSF transmet la mission dinformation sur Srebrenica la copie dun cble confidentiel de lONU accrditant la thse selon laquelle un accord a t pass entre le prsident Chirac et le prsident Milosevic qui liait la libration des casques bleus franais pris en otages, la suspension des frappes ariennes. Le cble est rendu public sur le site de MSF ddi Srebrenica.

    Message de Franoise Bouchet-Saulnier, respon-sable juridique de MSF Franois Loncle, prsident de la commission des Affaires trangres de lAssemble nationale franaise, 20 dcembre 2000 (en franais) D182

    Extrait : Nous avons lhonneur de vous transmettre la copie dun cble des Nations unies numro Z-1020 en date du 19 juin 1995 entre le reprsentant spcial du Secrtaire gnral de lONU pour lex-Yougoslavie, M. Yasushi Akashi et M. Kofi Anan, alors Secrtaire gnral adjoint en charge du maintien de la paix. Les informations contenues dans ce document semblent de premire importance au regard du travail de la mission dinformation que vous prsidez sur les circonstances de la chute de Srebrenica.

    Un document qui confirme des ngociations entre messieurs Milosevic et Chirac autour des frappes ariennes. post sur le site MSF Srebre-nica 21 dcembre 2000 (en franais, in English) D183

    Mdecins Sans Frontires publie aujourdhui le cble confi-dentiel numro Z-1020 dat du 19 juin 1995, entre le repr-sentant spcial du Secrtaire gnral de lONU, Yasuki Akashi et Kofi Annan, alors Secrtaire gnral adjoint en charge du maintien de la paix.Ce document semble confirmer les conclusions de lenqute srieuse des journalistes Frank Westerman et Bart Rijs.Selon cette enqute, le gnral Janvier navait nullement lintention initialement de rendre compte aux Nations unies de sa rencontre avec le gnral Mladic, le 4 juin 1995, Mali Zvornik. Cest la demande des Nations unies et seulement onze jours plus tard, le 15 juin 1995, quil envoie son compte rendu lONU, dans un message cod Z995.Lactuel Secrtaire gnral de lONU, alors responsable du maintien de la paix, demande une enqute au reprsentant spcial pour la Yougoslavie (Akashi) sur le sujet, dans un message cod n1981 du 15 juin 1995.Cest lors dun entretien Belgrade avec Slobodan Milosevic,

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    le 17 juin 1995, que Yasushi Akashi apprend la nature de laccord pass entre le gnral Janvier et le gnral Mladic : Slobodan Milosevic explique quil a reu la garantie du pr-sident franais Jacques Chirac quil ny aura plus de frappes ariennes, selon un accord pass entre le prsident franais et Bill Clinton.Le document que MSF publie aujourdhui est le compte rendu de cet entretien Belgrade.

    A : Annan, UNations, New YorkINFO : Gharekhan, Nations unies, New York Stoltenberg, ICFY, GeneveDE : Akashi, UNPF-HQ, ZagrebDATE : 19 juin 1995NUMERO : Z-1020SUJET : Discussions avec le Prsident Milosevic - 17 juin 1995ExtraitLors de nos discussions sur les frappes ariennes, Milosevic a dclar que le Prsident Chirac lavait inform que le Prsident Clinton tait daccord pour quil ny ait pas de frappes ariennes si celles-ci apparaissaient inacceptables au Prsident Chirac. Milosevic a ajout que Chirac avait aussi dclar quil ne sattendait pas non plus ce que la force de raction rapide soit jamais employe, mais que sa cration pouvait permettre de remettre les ngociations sur les rails. Malgr ces assurances, Milosevic sinquitait de la possibilit que la force daction rapide soit exploite par le gouverne-ment bosniaque pour provoquer une intervention internatio-nale. Je lui ai rpondu que le ministre Muratovic avait accept calmement larrive de cette force en insistant pour quun contrat spar soit exig par le gouvernement. Jai aussi sou-lign que cette force de rserve serait partie intgrante des forces des Nations unies et quelle suivrait les rgles du main-tien de la paix et resterait impartiale, comme prvu dans la rsolution 998 (1995).

    Regard sur le monde Dominique Bromberger, France Inter (France), 22 dcembre 2000 (en franais) D184

    Extrait : Hier, Mdecins Sans Frontires a publi un document confiden-tiel des Nations unies dans lequel lenvoy spcial du Secrtaire gnral, le Japonais Akashi raconte que Milosevic lui aurait fait part des assurances suivantes du prsident Chirac : aucun bombardement naurait lieu sans laccord explicite du chef de lEtat franais. Milosevic, on le sait, est le matre de la dsin-formation, et Il voyait peut-tre l loccasion denfoncer un coin entre les allis. Jacques Chirac, par ailleurs, a fait montre de beaucoup de dtermination dans la cration de la force de raction rapide, mais lpoque tait au dsordre, les casques bleus ntaient plus commands par lONU dfaillante mais par Londres et Paris. Lhistoire de Srebrenica est si tragique que, 5 ans aprs, lONU, les Pays-Bas, la France et la Grande-Bretagne se renvoient au visage la responsabilit du massacre Peut-tre Srebrenica tait-elle tout simplement indfendable, peut-tre la confusion et la dsunion font-elles peser la responsabilit sur des hommes de bonne foi et de bonne volont. Un homme

    en tous cas dtient toute la vrit, un homme respectable, ayant men une carrire militaire sans reproche mais qui a toujours obstinment refus de parler sur le sujet : le gnral Janvier. Il sera appel tmoigner, son silence serait terrible pour nous tous, il ferait peser le soupon dun secret ina-vouable. Au IIIe millnaire, il y a encore, sur les sujets les plus graves, des vrits qui nous chappent.

    Srebrenica : mise en cause de Chirac- Mdecins Sans Frontires publie un document confidentiel de lONU Jean-Dominique Merchet, Libration (France), 22 dcembre 2000 (en franais) D185

    Extrait : Pour MSF, ce texte semble accrditer la thse selon laquelle un accord sur les frappes ariennes a t pass entre le pr-sident Chirac et Slobodan Milosevic . Quelques semaines plus tard, la ville de Srebrenica, thoriquement sous protec-tion de lONU, tombait aux mains des Serbes sans raction militaire des Occidentaux. Environ 7 000 Musulmans avaient t tus en quelques jours.Publi par MSF (1), le cble Z-1020 a t envoy par Yasushi Akashi, reprsentant spcial de lONU en ex-Yougos-lavie, Kofi Annan, alors Secrtaire gnral adjoint des Nations unies, au surlendemain de sa rencontre avec le pr-sident serbe, le 17 juin 1995 Belgrade. On y lit notamment : Milosevic a affirm quil avait t averti par le prsident Chirac de laccord du prsident Clinton quil ny aurait pas de frappes ariennes si elles taient inacceptables pour Chirac. Milosevic a ajout que Chirac avait affirm quil ne sattendait pas ce que la force de raction rapide soit utilise, mais que sa cration allait permettre de relancer les ngociations. A cette date, les Serbes librent les derniers casques bleus quils avaient pris en otages la suite dune premire attaque arienne de lOtan, le 26 mai. La France a-t-elle chang ses soldats contre la promesse quil ny aurait pas de nouvelles frappes ? MSF appuie sa thse sur une rencontre, le 4 juin, entre le gnral Bernard Janvier, patron de la Forpronu, et le gnral Mladic. Mandat directement par Paris, Janvier nau-rait rendu compte de cette runion sa hirarchie onusienne que contraint et forc neuf jours plus tard.Le 7 juillet, les Serbes investissent Srebrenica sans que le gnral Janvier demande lintervention de laviation. Il faudra attendre les massacres puis le bombardement du march de Sarajevo pour que lOtan dcide, le 30 aot, de passer lac-tion. Cette lettre dAkashi a t transmise par MSF la mis-sion parlementaire dinformation sur Srebrenica, qui rendra son rapport en juin prochain.(1)Disponible sur www.paris.msf.org

    Pendant toutes ces annes aprs la chute de Srebrenica, on na jamais cess de sinterroger sur pourquoi les

    choses staient passes comme cela. Il y avait eu une enqute aux Pays Bas sur le fonctionnement du bataillon Hollandais Srebrenica pour lesquelles MSF avait t auditionn. Il y avait

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    galement eu une enqute des Nations unies. Les journalistes de diffrents pays avaient aussi publi les rsultats de leurs propres investigations. Jtais aussi en lien avec les enquteurs du TPIY car MSF avait transmis au Tribunal des listes de blesss, de patients et de personnels disparu. De temps en temps ils nous contactaient pour nous dire quils avaient identifi des cadavres correspondant nos blesss ou notre personnel. Quand on fait son travail correc-tement sur la dure, on recoupe les informations qui se confir-ment et celles qui se contredisent. Certaines personnes parmi les victimes mais aussi au sein des Nations unies ou dautres nous ont transmis des informations ou des documents car ils avaient confiance en MSF. Cest comme cela quon a obtenu des copies de documents internes des Nations unies. Il sagissait notamment de communications changes entre le commandement de la FORPRONU en ex-Yougoslavie et les Nations unies New York. Chaque fois, on acquiert une meilleure comprhension du contexte et on voit bien que cest un travail bte mais qui ncessite de lenttement. Les procureurs prononcent souvent cet avertissement bien connu partir de maintenant tout ce que vous allez dire peut se retourner contre vous . Et effectivement au fil de toutes les enqutes et interviews, les principaux protagonistes internationaux se justifient en donnant des expli-cations et des informations qui vont petit petit tre dmenties par dautres et parfois par eux-mmes. Donc on connaissait les arguments utiliss par les Nations unies pour se dfendre. Ensuite les Nations unies et les Franais ont accus les casques bleus hollandais, et ceux-ci leur tour se sont dfendus. Cest donc notre lgitimit dacteur de terrain qui nous a permis de continuer poser des quetions et avoir accs ces infor-mations. Cest parce quon avait la copie de certaines communi-cations de lONU quon a pu montrer que ces documents existaient. Quand on avait un fax qui tait un fax entre cela voulait dire quil y avait un fax retour quelque part et inver-sement. Cest cela qui nous a permis notamment de soumettre des documents et des questionnements la mission dinforma-tion pour quelle demande la d-classification de certains docu-ments clairement identifis. Mais elle ne les a pas obtenus.

    Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF (en franais) interviewe en 2015

    Quelques semaines aprs le dmarrage de la mission, Jean-Herv nous a dit quil avait reu un coup de fil

    dune certaine Bianca Jagger10, de Londres. Elle disait quelle avait des documents confidentiels, des cbles de lONU et quelle tait prte partager avec nous. On ne savait pas du tout si tout cela tait trs srieux mais on sest dit que a ne coutait rien daller vrifier. On est alls Londres o on sest retrouvs chez elle, assis sur la moquette plucher tous ces documents tals par terre. Il y avait quelques documents intressants auxquels elle avait eu accs.

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    10. militante pour la dfense des droits humains

    Le 10 janvier 2001, dans une lettre publique au prsident de la mission, le prsident de MSF France dresse une liste dune vingtaine de personnes dont laudition est considre comme cruciale. Une autre lettre adresse aux Secrtaires gnraux de lONU et de lOTAN et rendue publique le 11 janvier 2001, leur demande dautoriser laudition de certains de leurs membres par la mission dinformation et de lui transmettre les documents pertinents.

    Le 31 janvier 2001, lOTAN rpond MSF navoir reu aucune demande daudition de la part de la commission denqute parlementaire franaise.

    Le 15 fvrier 2001, MSF rend publique cette rponse de lOTAN.

    Une vingtaine de personnes dont le tmoignage est crucial pour apporter toute la lumire sur la tragdie de Srebrenica doivent tre auditionnes et libres de leur devoir de rserve . Commu-niqu de presse de MSF France, 11 janvier 2001 (en franais) D186

    Mdecins Sans Frontires a transmis hier au prsident de la mission dinformation parlementaire, Franois Loncle, une liste de personnes dont laudition est cruciale pour apporter toute la lumire sur la tragdie de Srebrenica.Cette liste, annexe au prsent communiqu de presse, est compose dune vingtaine de noms de haut-fonctionnaires civils et militaires franais qui, au moment de la tragdie de Srebrenica, travaillaient lElyse, Matignon, au ministre de la Dfense et au ministre des Affaires trangres. La liste comprend galement des fonctionnaires et haut-fonctionnaires franais ou trangers qui taient en poste aux Nations unies et lOTAN au moment des faits.

    Mdecins Sans Frontires a galement demand hier par lettre au Secrtaire gnral de lONU et au Secrtaire gnral de lOTAN :- dautoriser et de faciliter laudition des personnes qui dpendent des deux organisations internationales ;

    - de transmettre tous les documents de nature faciliter le travail de la mission dinformation parlementaire franaise.

    Lettre du Secrtaire gnral de lOTAN au pr-sident de MSF France, 31 janvier 2001 (en fran-ais) D187

    Extrait : Je nai pas reu, ce jour, de la part de la commission den-qute parlementaire, de demande daudition de responsables de lOTAN, actuellement ou prcdemment en fonction, sur leurs actions lpoque de la chute de Srebrenica. Je me dois toutefois de vous informer que les Etats membres de IOTAN ont adopt le principe selon lequel les hauts responsables de

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    Prises de parole publiques

    lOrganisation ne devraient pas tre appels tmoigner devant les Parlements des autres pays membres.

    Pas de demande daudition de responsables de lOTAN pour la mission Srebrenica Agence France Presse, 15 fvrier 2001 (en franais)

    Extrait : Aucune demande daudition de responsables de lOTAN na t formule par la mission dinformation de lAssemble natio-nale franaise sur la tragdie de Srebrenica, a indiqu le secrtaire gnral de lAlliance George Robertson dans une lettre lorganisation humanitaire Mdecins Sans Frontires. []Le prsident de MSF, Jean-Herv Bradol lui avait demand le 10 janvier dautoriser et de faciliter laudition de hauts dirigeants de lAlliance dont le tmoignage est considr comme crucial pour faire la lumire sur la tragdie. Une demande similaire a t adresse au Secrtaire gnral des Nations unies.

    Entre-temps, le 24 janvier 2001, le ministre de la Dfense franais a demand que les auditions des gnraux Bernard Janvier et Philippe Morillon se tiennent huis-clos. Dans un communiqu de presse, il justifie cette demande par lobligation de se conformer aux modalits appliques par le Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie. Le porte-parole du Tribunal rpond alors que ses procdures nont rien voir avec celles du gouvernement franais et quil na jamais mis de rserve quant aux auditions des personnes quil est amen lui-mme interroger.

    MSF conteste publiquement lapplication dun huis-clos pour ces auditions et met en question la validit de largu-ment avanc par le ministre de la Dfense. V15

    Communiqu de presse du ministre de la D-fense, 24 janvier 2001 (en franais) D188

    Les commissions des Affaires trangres et de la Dfense nationale et des forces armes, de lAssemble nationale ont dcid de crer une mission dinformation parlementaire sur les vnements de Srebrenica du mois de juillet 1995. Le Gouvernement a indiqu quil apporterait tout son concours au travail de la mission. Tous les agents, civils et militaires, dont laudition sera demande, seront ainsi auditionns par la mission. Certains dentre eux lont dj t par le Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie. La France apporte en effet son plein et entier concours ce tribunal pour lui permettre de runir tous les lments ncessaires sa mis-sion de juger les auteurs de diffrents crimes atroces commis en ex-Yougoslavie. A cet effet, une trentaine de militaires franais dont plusieurs officiers gnraux ont dj t audi-

    tionns, notamment la demande des quipes du procureur du TPIY. Ces auditions se sont, dans des modalits dfinies avec le procureur, tenues huis clos. Elles visent fournir toute information contre des prsums criminels dj arrts ou contre des personnes faisant lobjet daccusation secrtes. Dans ce cadre, il est ncessaire que les agents publics devant tre auditionns par la mission parlementaire et dont la coo-pration est requise par le TPIY le soient selon des modalits analogue celles dfinies avec le tribunalCest pourquoi, le ministre de la Dfense a demand au pr-sident de la mission dinformation parlementaire que les auditions des gnraux Janvier et Morillon soient faites huis clos. Ces modalits doivent permettre la mission dinformation de poursuivre ses travaux tout en permettant au TPIY de conduire galement son action.La volont du Gouvernement est de donner chacune de ces instances les moyens de travaiIler la manifestation de la vrit et de la comprhension des vnements de Srebrenica.

    Srebrenica - Le TPI na aucun rapport avec le huis-clos en France Agence France Presse, La Haye, 26 janvier 2000 (en franais)

    Extrait : Le Tribunal Pnal International (TPI) pour lex-Yougoslavie na rien voir avec la demande dhuis-clos du ministre fran-ais de la Dfense pour les interrogatoires des gnraux Janvier et Morillon dans lenqute parlementaire sur le drame de Srebrenica, a-t-on appris vendredi auprs du TPI. Le ministre franais de la Dfense a argu que sa dcision se fondait sur les procdures en vigueur au TPI. Les proc-dures du TPI sont bien connues, et lun na rien voir avec lautre , a dclar le porte-parole du TPI Christian Chartier lAFP.Les deux gnraux franais avaient t entendus jeudi dans le cadre de la mission dinformation du Parlement franais sur les circonstances de la tragdie de Srebrenica (est de la Bosnie) en juillet 1995. []Initialement prvue pour tre ouverte au public, leur audition a finalement t tenue huis-clos aprs une demande du ministre franais de la Dfense.Ce dernier avait prcis avoir demand ce huis-clos car les deux hommes avaient prcdemment t entendus huis-clos par le TPI.Le prsident de la mission dinformation, le dput Franois Loncle avait dplor cette dcision, exprimant cependant sa comprhension pour le souhait du gouvernement franais de respecter ses obligations avec le TPI . A ma connaissance, il ny a aucun accord entre le Tribunal et le gouvernement franais, a indiqu M. Chartier.

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    Mission dinformation parlementaire sur la tragdie de Srebrenica : Huis clos sur 7 000 morts. Communiqu de presse de Mdecins Sans Frontires, 24 janvier 2001 (en franais) D189

    La mission dinformation parlementaire sur Srebrenica serait-elle passe sous le contrle du ministre de la Dfense ? , sinterroge Franoise Bouchet-Saulnier, direc-trice de la Fondation de Mdecins Sans Frontires [respon-sable juridique]. En effet, le ministre de la Dfense a demand, dans un communiqu rendu public hier soir, que les auditions prvues ce jour des gnraux Janvier et Morillon se tiennent huis clos.Alors que le secret-dfense nest pas avanc, le ministre invoque les contraintes de coopration avec le TPIY pour imposer ce huis-clos susceptible de sappliquer lavenir lensemble des hauts fonctionnaires civils et militaires fran-ais que la mission parlementaire souhaiterait auditionner. Or, ces arguments ne reposent sur aucun fondement juridique avr. Cest prendre un prtexte pour une raison, commente Franoise Bouchet-Saulnier, alors que le Tribunal pnal de La Haye na mis aucune rserve quant de telles auditions. Plus grave encore, Mdecins Sans Frontires stonne du fait que la mission dinformation nait pas vrifi la validit des arguments avancs par le ministre de la Dfense avant de se plier cette exigence. Une telle lgret sur une simple ques-tion de procdure soulve de vives inquitudes quant lexamen des questions de fond. Cette dcision est de nature remettre en cause la crdibilit et la pertinence du travail dinvestigation men par les parlementaires.Elle laisse aussi en suspens des questions cruciales qui devaient tre poses aujourdhui notamment au gnral Janvier, savoir :- Selon le rapport des Nations unies sur la chute de Srebrenica, le gnral Janvier a rencontr trois reprises le gnral Mladic dans le cadre des ngociations sur la libration des otages. Quelles sont les consignes quil a reues pour mener ces ngociations ? Qui lui donnait ces consignes et de quelle marge de manoeuvre disposait-il dans ces ngociations ?

    - Le rapport de lONU prcise le march propos par le gnral Mladic lors de leur premire rencontre. Que lui a-t-il propos lors des deux autres rencontres ?

    - Quelle a finalement t la nature de laccord conclu avec le gnral Mladic pour obtenir la libration des otages ?

    - La France, qui avait le plus grand nombre dotages, a-t-elle mis en place un dispositif spcifique national pour ngocier leur libration ? Le gnral franais entretenait-il des contacts avec les personnes qui composaient ce dispositif ? Etait-il inform de la nature des ngociations menes au niveau franais ?

    - Le gnral Janvier confirme-t-il linformation parue dans la presse selon laquelle son prdcesseur, le gnral de Lapresle, aurait particip ces ngociations au niveau fran-ais et se serait mme rendu en Bosnie ? A-t-il eu des contacts avec ce dernier ?

    - La France a-t-elle pu court-circuiter les ngociations menes dans le cadre des Nations unies, pour librer les otages en passant le march suivant : libration des otages contre arrt dfinitif des frappes ariennes ?

    - Est-il en mesure dindiquer la chronologie prcise des demandes de frappes ariennes quil a reues de Srebrenica partir de lattaque de lenclave ? Pour chacune des demandes quil a refuses, peut-il indiquer les motivations exactes de ces refus ? Quelles sont les personnes quil a consultes et quel tait leur avis ?

    Mdecins Sans Frontires avait demand, le 13 juillet 2000, la cration dune commission denqute parlementaire sur la responsabilit franaise dans la chute de Srebrenica.

    Le 30 janvier 2001, Jean-David Levitte, ancien conseiller diplomatique du prsident franais Jacques Chirac, affirme la mission dinformation parlementaire quil ny a eu aucun marchandage avec les Serbes propos de Srebrenica.

    Aucun marchandage franco-serbe propos de Srebrenica Claire Tran, Le Monde (France), 31 janvier 2001 (en franais) D190

    Extrait : Lancien conseiller diplomatique de Jacques Chirac, aujourdhui ambassadeur de France lONU, Jean-David Levitte, tait entendu, mardi 30 janvier, lAssemble natio-nale par la mission dinformation sur les vnements de Srebrenica, en juillet 1995. Il sest attach tordre le cou aux soupons mis par certains sur lattitude de la France, en particulier de Jacques Chirac, en faisant le rcit dtaill de plusieurs pisodes cls dont il a t le tmoin direct.[] Dix-huit appareils de lOTAN taient dj en route vers Srebrenica, six avaient reu lordre dattaquer, deux largueront deux bombes en dbut daprs-midi, prcise M. Levitte ce point de son rcit, pour dmentir par les faits les allgations selon lesquelles Jacques Chirac, le mois prcdent, aurait pris lengagement de bloquer toute intervention arienne occi-dentale en change de la libration des casques bleus retenus en otage par les Serbes. Il y a eu dbut dintervention arienne, il y en aura une vritable le mois suivant, ce qui est la preuve, a-t-il insist, quaucun marchandage de cette nature navait t conclu .

    Le 7 fvrier, lors de son audition par la mission dinformation, le gnral Jean Heinrich, chef des services de renseignements militaires franais de 1992 1995 puis commandant en chef de lIFOR en 1996 dclare que selon lui Srebrenica na pas t dfendue en raison dun accord secret entre les Bosno Serbes et les Bosniaques dont le chef a t exfiltr de lenclave quelques semaines avant la chute.

    Il rapporte galement quen 1996, sans lopposition des responsables tasuniens, Mladic et Karadzic auraient pu tre arrts par lIFOR plusieurs occasions.

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    Prises de parole publiques

    En 1996 les Etats-Unis ne tenaient pas capturer les leaders serbes de Bosnie Agence France Presse, 8 fvrier 2001 (en anglais)

    Extrait : Un gnral franais a dclar jeudi que les forces de lOTAN en Bosnie Herzgovine auraient pu arrter les dirigeants des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic plu-sieurs occasions en 1996 mais que les responsables tatsu-niens nen ont manifest aucun intrt. Le gnral Jean Heinrich a dclar un comit parlementaire franais que la force de stabilisation (SFOR) dploye en Bosnie sous lgide de lOTAN aurait pu les intercepter certains moments en 1996 mais que les Amricains ne voulaient tout simplement pas les arrter . []Le gnral franais a galement dnonc le mandat ridi-cule confi la SFOR par le Tribunal international, disant quil tait bien trop faible pour permettre la poursuite de personnes suspectes de crimes de guerre.Il a reconnu que Srebrenica, une des trois enclaves musul-manes de Bosnie orientale, assige par les forces serbes dbut 1995, tait tombe parce quelle ntait pas dfendue. Si elle avait t dfendue, les Serbes ny seraient pas entrs . Selon le gnral Heinrich il y aurait eu un accord secret entre les dirigeants serbes et musulmans qui prvoyait que les Musulmans se retirent des trois enclaves. Les deux autres tant Zepa et Gorazde. Il a dclar que le commandant des forces musulmanes de Srebrenica, Naser Oric, stait chapp de la ville avant sa chute en juillet 1995, un fait confirm par le journal bosniaque Oslobodenje.Heinrich a dit ne pas savoir pourquoi le commandant musulman stait chapp, mais selon lui avec cette fuite lenclave tait grande ouverte aux attaques des forces serbes.

    Du 16 au 20 mars 2001, le prsident et le directeur de la communication de MSF France ainsi que ladjoint au responsable de programme en charge au moment de la chute de lenclave se rendent Srebrenica afin dexpliquer la dmarche de lorganisation vis--vis de la mission dinformation parlementaire franaise. V16

    Alors que la mission dinformation parlementaire franaise poursuit ses travaux, une quipe de Mdecins Sans Frontires est en visite en Bosnie Communiqu de presse de Mdecins Sans Fron-tires, 16 mars 2001 (en franais) D191

    Une dlgation du sige parisien de Mdecins Sans Frontires, compose du prsident de lassociation Jean-Herv Bradol, du responsable de programmes en 1995 Pierre Salignon et du directeur de la communication Stephan Oberreit, entame une visite en Bosnie afin de rendre compte aux personnes concer-nes, du travail de suivi entrepris par lorganisation Paris, de la mission dinformation nomme en septembre dernier et

    destine faire la lumire sur les responsabilits franaises dans cette tragdie.Entre en 1993 dans lenclave, Mdecins Sans Frontires a, pendant deux ans, apport un soutien mdical et matriel cette population assige, officiellement place sous la pro-tection des casques bleus de lONU. Cette population avait reu la promesse quelle ne serait pas abandonne et cest, entre autres, avec cette garantie quelle est reste sur place au lieu de fuir la menace. La chute de Srebrenica, pour-tant consacre zone de scurit a entran la dportation de 40 000 personnes et lexcution denviron 7 000 autres.Lquipe de MSF est reste un tmoin impuissant du tri de la population et des malades et blesss, de la separation des hommes et des femmes et du dpart des groupes en convoi vers des destinations inconnues. Plusieurs dizaines de blesss et malades de MSF vacus de lenclave par les bosno-serbes et sous escorte hollandaise , ont t sortis des bus et excuts par les forces serbes. Vingt-deux membres du personnel local de MSF ont galement t excuts.En la mmoire de ces collgues et malades et estimant que sa prsence a contribu entretenir lillusion dune protection internationale dans cette zone, Mdecins Sans Frontires a demand que les responsabilits politiques et militaires de la France qui ont conduit la paralysie des Nations unies et de lOTAN soient mises en lumire. La France jouait en effet un rle dcisionnel majeur dans cette crise en dirigeant les forces de protection des Nations unies (FPNU). Cest par ail-leurs sur linitiative dun gnral franais Morillon et sur pro-position de la France (Alain Jupp) quont t cres les zones de scurit par la rsolution 819 du 16 avril 1993 et la rsolution 836 du Conseil de scurit (4 juin 1993) autorisant le recours la force pour protger les zones de scurit a galement t adopte linitiative de la France.Pour MSF, une telle demande rsulte donc dune politique cohrente destine valuer le niveau de protection des populations que peuvent offrir ou non les oprations de maintien de la paix, de faon positionner au mieux nos actions sur le terrain.MSF avait demand, le 13 juillet 2000, la cration dune com-mission denqute parlementaire et suit au plus prs les tra-vaux entams par la mission dinformation parlementaire sur Srebrenica cre le 23 novembre 2000 et qui devrait rendre ses conclusions cet t.

    Cest un des moments les plus mouvants de ma vie professionnelle. Il y avait eu un processus donc Serbes

    et Musulmans taient membres du conseil municipal mais ils navaient jamais voqu la question des massacres entre eux. Ctait aussi un jour fri. On tait en petit comit. Les serbes ont commenc par nous dire : vous savez, vous pouvez parler de tout a, nous-mme on reconnait quil y a eu ces massacres, on en est absolument dsols, on ne les dfend pas . Ctait la premire fois que les deux Musulmans qui taient l enten-daient a de la part de leurs homologues serbes. Sur le plan humain et politique, ctait vraiment mouvant de voir des personnes reprendre langue, parler ensemble avec notre mdia-tion aprs des vnements aussi graves.On avait un peu peur parce quon se considrait comme des

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    victimes mineures par rapport eux, mais ils taient trs int-resss par notre dmarche vis--vis de la mission denqute parlementaire et comprenaient bien ce quon faisait. En revanche ils ont exprim leur norme frustration la fois vis--vis des autorits bosniaques et vis--vis des puissances euro-pennes. Ils taient dj dans cette dmarche, mme sils ne lavaient pas formalise, de faire condamner les casques bleus hollandais. Donc pour eux, la mission parlementaire franaise ctait un pisode mineur dun combat bien plus important dont ils voyaient bien quil allait se drouler pendant encore des annes et des annes.

    Dr Jean-Herv Bradol, prsident de MSF France de 2000 2007 (en franais) interview en 2015

    Le 29 mars 2001 Christina Schmitz et Daniel OBrien, les deux volontaires de MSF prsents Srebrenica pendant la chute, sont auditionns par la mission dinformation parlementaire franaise. Il a t dcid quils se concentreraient sur la narration de ce quils ont vus sur le terrain, les lments danalyse devant tre apports lors de laudition prochaine du responsable de programme.

    Aucune attention nest prte leur tmoignage sur la prsence sur le terrain, le jour de lattaque arienne de lOTAN dune quipe militaire de guidage au sol des avions. Ce tmoignage contredit pourtant largument des respon-sables franais selon lequel labsence de guidage au sol a empch la poursuite des frappes ariennes.

    Audition de Christina Schmitz et Daniel OBrien, volontaires de MSF devant la mission dinformation parlementaire franaise sur les vnements de Srebrenica, 29 mars 2001 (traduits en franais) V17 D192

    Extraits : F. Loncle : [] puisque vous indiquez plusieurs reprises que cette attaque, ces massacres taient prvisibles, pourquoi MSF na-t-il pas vacu ou tent dvacuer son personnel bosniaque ?C. Schmitz : Tout dabord ceci reste une question pour tout le monde prsent ici. Est-ce que ces massacres taient prvi-sibles ? Est-ce que dautres personnes savaient ? Est-ce que vous saviez que cela tait en train de se produire ? Nous ne savions pas mme si, en regardant en arrire, il peut sembler que ctait prvisible. Quant la question de savoir pourquoi nous navons pas vacu notre personnel local, nous voulions rester auprs de la population nonobstant ce qui tait en train de se passer. Si nous avions vacu nos personnels locaux et internationaux avant la chute de lenclave ou durant la chute, qui aurait t avec la population ce moment ? Nous ne savions pas, et a je tiens vous lassurer, nous ne savions pas que lenclave tomberait. Et en fait, le 11 juillet,

    je pensais, comme je lai dj dit, que nous serions en mesure de revenir. Quil ne sagissait que dun dplacement tempo-raire de la population. []C. Schmitz : [] nous avions une vague ide que les hommes taient spars, nous savions quil y avait des problmes. Mais je ne serai jamais capable de dire, aujourdhui, que nous tions conscients de ce quil se passait exactement. Pas du tout. Sinon, si nous avions su, nous aurions t beaucoup plus fermes en ce qui concerne les informations que nous passions au monde extrieur travers notre quipe Belgrade. Il ne sagissait que de notions floues. Il y avait cet exemple, il y avait lexemple de la maison o les hommes taient squestrs. Vous devez aussi avoir conscience que tout est all trs vite. Nous ntions que deux. Les choses allaient trs vite. Un vnement en chassait un autre. Ce nest pas comme si vous tiez quelque part, regardant les vnements de loin sans avoir besoin de faire quoi que ce soit. Non, nous tions vraiment impliqus. Donc je dois dire que nous ne savions pas lampleur de ce qui tait en train de se produire, pas plus que nous le savions le 22 juillet quand nous sommes arrivs Zagreb. Je crois que la mauvaise nouvelle nest venue quaprs, peu peu. [] D. OBrien : [] Je pense quil y avait certainement des inquitudes ce sujet parce que la population locale et le personnel local nous parlaient. Les gens savaient que les hommes taient spars et quils taient tus. Cela ne faisait aucun doute. Donc des proccupations se faisaient jour expressment autours de nous mais dans ces moments-l vous devez dcider pour vous mme ce que vous en pensez et quant moi, je ne pouvais imaginer, et je nimagine toujours pas, que quand vous voyez des milliers de personnes, des individus qui savent, entours de soldats des Nations unies, le monde sait ce quil se passe. Je ne pouvais pas croire que ces personnes qui vivaient ensemble avant seraient spares et excutes. Non je ne pouvais pas croire a ce moment-l et malgr les craintes que la population exprimait, je suppose que ma confiance en lhumanit tait suffisante pour ne pas croire que cela se produirait. Mais malheureusement cela na pas t le cas. Et rtrospectivement, nous tions nafs et les locaux savaient. []F. Loncle : [] on observe dans vos rponses toute la diffi-cult sur le caractre prvisible ou non de lissue. Il est diffi-cile dtre affirmatif mme si vous avez tent de ltre pendant votre rcit sur ce point particulier. Cest un des problmes qui nous occupe au long des auditions. Mais votre conclusion est une accusation rude sur ce que vous avez appel au dbut la responsabilit de la communaut internationale . [] Je souhaiterais pour ma part que vous puissiez nous prciser, vous lavez fait un peu, mais davantage, les responsabilits, les personnes, pays, militaires, civils, responsables politique, les responsabilits que vous souhaitez noncer avec plus de prcision dans cette affaire tragique. Lexpression commu-naut internationale nest pas suffisante si vous me le permettez.C. Schmitz : [] la question que vous posez est aussi notre question et cest finalement la raison pour laquelle nous sommes ici. Nous voudrions savoir par vous, par la commu-naut internationale, qui tait vraiment responsable et pour quoi. Cela ne dpend pas des ONG de dire Ctait cette per-sonne, ctait ce pays, ctait cette nationalit . Cest notre

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    Prises de parole publiques

    question et aussi celle de la population de Srebrenica : qui tait responsable ? Parce que jusqu aujourdhui nous ne savons pas. []Jean-Herv Bradol : Jaimerais juste prciser le contexte dans lequel se droule cette audition. Il sagit du personnel de terrain de Mdecins Sans Frontires, cest--dire des gens enferms dans une situation, qui taient arrivs trs peu de temps auparavant, en juin. [] Le conseil que nous leur avons donn, [cest] de se limiter ce quils ont vu eux-mmes. Et donc en ce qui concerne les autres lments din-formation dont nous disposons et les positions de notre organisation sur cette histoire, comme la dit plusieurs fois Christina, elles vous seront communiques par Pierre Salignon, lors de laudition du 17 mai.

    Srebrenica : les membres de MSF accusent et livrent un tmoignage de terrain Agence France Presse, 29 mars 2001 (en franais)

    Extrait : La communaut internationale a failli en ne protgeant pas la population de Srebrenica , a dclar Christina Schmitz. La communaut internationale tait reprsente par la Forpronu (force de lONU dans lex-Yougoslavie), dabord sous la responsabilit du gnral Philippe Morillon, au moment de la cration de la zone de scurit de Srebrenica (en 1993), puis au moment de sa prise brutale, sous la responsabilit du gnral Bernard Janvier , a-t-elle dit. Des milliers de femmes et denfants ont t dports, ont perdu leurs maisons, ont perdu leurs pres, leurs frres, leurs maris. Plus de 7 000 hommes ont t tus. Cela sest produit en prsence des forces de maintien de la paix et, de ce fait, personne ne peut prtendre quil na pas t inform , a-t-elle ajout. Nous voudrions savoir qui est responsable. Ce nest pas une Organisation non gouvernementale (ONG) de dire qui est respon-sable. Cest la question que nous posons , ont rpondu Chritina Schmitz et Daniel OBrien, aux questions des dputs franais.La tragdie fait lobjet dune polmique internationale, sur-tout entre les Franais, qui dirigeaient la Forpronu et les Nerlandais, dont lescasques bleus taient stationns Srebrenica.MSF a cependant men sa propre enqute sur cette tragdie et ses conclusions seront exposes devant la mission parle-mentaire, le 17 mai, par les responsables de lONG.Christina Schmitz et Daniel OBrien sont rests Srebrenica du 24 juin au 21 juillet 1995.

    Le 24 janvier 2001, en rponse des accusations portes lors de son audition par Alain Jupp, qui tait ministre des Affaires trangres de la France au moment de la chute de Srebrenica, Hans de Mierlo, le ministre des Affaires trangres nerlandais de lpoque, avait affirm que lassistance arienne aux casques bleus nerlandais avait t refuse par le gnral Janvier. Le 12 avril, sa

    demande, Hans de Mierlo est auditionn par la mission ainsi que Joris Voorhoeve, le ministre de la dfense.

    Dans la presse franaise, MSF fait part de lintrt quelle voit cette audition.

    Larme franaise risque den prendre pour son grade Karen Lajon, Le Journal du Dimanche (France), 8 avril 2001 (en franais)

    Extrait : Nous attendons normment de laudition des Nerlandais explique Fabien Dubuet, juriste en droit international huma-nitaire MSF, car ils risquent fort de faire scrouler un des pans de la ligne de dfense politique et militaire de la France. [] Pour Fabien Dubuet, il est vident que les dirigeants franais ont des trous de mmoire pour la priode du 6 au 11 juillet. On peut lgitimement se demander si larme franaise navait pas eu connaissance que larme bosno-serbe sapprtait attaquer Srebrenica, dautant que lors des auditions dHenri Jacolin, ancien ambassadeur franais Sarajevo, et de Jean-Ren Ruez, charg des enqutes sur Srebrenica au Tribunal pnal international de La Haye, il sem-blerait que les autorits franaises aient t alertes.

    Auditions haut risque pour la France ? Fabien Dubuet, Site MSF sur Srebrenica, 12 avril 2001 (en franais) D193

    Les quatre prochaines auditions de la mission dinformation parlementaire sur Srebrenica risquent bien de faire crouler lun des pans de la ligne de dfense des autorits franaises sur la question des frappes ariennes.Jeudi 12 avril ce sont tout dabord les deux anciens ministres nerlandais de la Dfense et des Affaires trangres, Joris Voorhoeve et Hans Van Mierlo, qui viendront donner leur ver-sion des faits. Le jeudi suivant (19 avril), ce sera le tour du colonel Karremans, commandant du bataillon hollandais de Srebrenica et du gnral Nicola, chef dtat-major de la Forpronu Sarajevo.Avant mme son audition, Hans Van Mierlo a dj expliqu que les dirigeants franais confondaient tout sur la ques-tion des frappes ariennes. Il ragissait aux propos de lan-cien Premier ministre Alain Jupp qui avait dclar lors de son audition que ctait la demande expresse des autorits nerlandaises que lhypothse dune intervention arienne avait t carte.Il faut dire que largumentation franaise qui consiste faire reposer sur les Pays-Bas la responsabilit du non recours aux frappes ariennes nest absolument pas conforme la ralit des faits. Et les dirigeants franais semblent avoir de curieux trous de mmoire pour la priode du 6 au 11 juillet 1995.Car le bataillon nerlandais Srebrenica a demand des frappes ariennes ds le premier jour de lattaque (le 6 juillet) et cinq ou six reprises, selon le rapport de lONU sur la chute de Srebrenica, en assumant les risques physiques ces

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    demandes faisaient peser sur les casques bleus et alors mme quune trentaine de soldats avaient t pris en otage par les forces serbes.Et lintervention du ministre nerlandais de la dfense pour demander larrt de lintervention arienne na lieu que le 11 juillet et aprs la chute de Srebrenica, un moment o lim-brication entre les forces serbes, la population civile et les casques bleus tait telle quil tait devenu impossible de bombarder. Mais cette imbrication tait le rsultat direct du caractre tardif de la rponse apporte aux multiples demandes de frappes ariennes effectues par le contingent hollandais de Srebrenica.Quant aux arguments techniques avancs par les respon-sables politiques et militaires franais pour expliquer la diffi-cult de lancer des frappes ariennes, notamment la complexit du systme de dcision des frappes ariennes et la ncessit de disposer dun guidage au sol pour ces mmes frappes, ils sont l encore balays par la ralit des faits sur le terrain. Dabord parce quil y a bel et bien eu des frappes ariennes en 1994 avec le mme mcanisme de dcision et ce plusieurs reprises pour dfendre les zones de scurit de Gorazde, Sarajevo et Bihac.Le gnral de Lapresle, qui a command les Forces des Nations unies de mars 1994 fvrier 1995 a expliqu quil ny avait jamais eu de problmes techniques dans la chane de dcision des frappes ariennes. Il a galement reconnu que le recours larme arienne avait stopp les forces bosno-serbes dans leurs attaques. Le gnral Quesnot, ancien chef dtat-major particulier des prsidents Franois Mitterrand et Jacques Chirac, a lui aussi estim que les frappes ariennes avaient montr leur efficacit lors de leur utilisation en avril 1994 pour stopper loffensive serbe contre Gorazde. Il a ajout quelles auraient du tre utilises Srebrenica.Ensuite parce quil y avait bien des guideurs au sol Srebrenica. Le rapport des Nations unies sur la chute de Srebrenica mentionne (pages 28, 56, 69 et 70) lexistence de deux quipes de contrleurs ariens avancs et indique quils sont parfaitement oprationnels, y compris plusieurs jours aprs le dbut de lattaque. Cest parce que la zone de scurit na pas t dfendue par lONU et par lOTAN et une fois que les Serbes ont pris Srebrenica, que ces guideurs ont d se retirer avec les casques bleus nerlandais.Les deux membres de Mdecins Sans Frontires prsents dans lenclave au moment de la tragdie ont galement confirm lors de leur audition la prsence de ces guideurs au sol. Ils ont en outre prcis que certains dentre eux taient britan-niques, information qui devrait alimenter le dbat en Grande-Bretagne, o le ministre de la dfense a toujours cherch dissimuler la prsence de militaires anglais Srebrenica au moment de la chute de la zone de scurit.

    Srebrenica : deux ministres nerlandais sex-pliquent Paris Le Monde (France), 14 avril 2001 (en franais) D194

    Extrait : Le 10 juillet 1995 (alors que loffensive serbe est engage depuis le 6) le gouvernement nerlandais est consult -

    pour la premire fois , ont-ils soulign - par un appel de lONU lui demandant, au nom du gnral Janvier, comman-dant en chef de la Forpronu, sil ne soppose pas une opra-tion de laviation occidentale. Quarante soldats nerlandais sont les otages des forces serbes dans lenclave, mais le gou-vernement unanime accepte que larme arienne soit engage, en dpit du risque que cela leur fait courir.Lopration nest pas lance le soir mme. Je croyais que le 11, vers 6 ou 7 heures du matin, un grand nombre davions de lOTAN attaqueraient lartillerie serbe. Mais ce matin-l, on na rien vu venir , raconte Joris Voorhoeve. A 14h40 seulement, huit appareils de lOTAN survolent lenclave et deux dentre eux seulement lancent deux bombes qui dtruisent un char ; autant dire que lopration nest pas massive. Deux heures plus tard, lONU et La Haye sont informs que la ville mme de Srebrenica est tombe et que le gnral Mladic menace de tuer les otages et de bombarder les milliers de civils rfugis sur la base des casques bleus si les frappes se poursuivent. La Haye demande alors lONU dinterrompre lopration. Lun des officiers de la Forpronu Sarajevo, le gnral Gobillard, avait fait la mme requte dix minutes avant , affirme Joris Voorhoeve. []A entendre les deux ministres rpter que lONU ne les avait consults pour la premire fois que le 10 juillet, on avait envie de leur demander pourquoi eux navaient pas tempt plus tt pour relayer les appels de leur contingent sur place ; et aussi - puisquils avaient eu finalement le courage dex-poser leurs soldats des reprsailles - pourquoi ils navaient pas song, avant, leur donner consigne de rsister. Nous sommes un petit pays sans grande influence , a dit M. Van Mierlo. Modestie, ou respect envers un systme onusien dfaillant, lourd de consquences. Mais aucun des parlemen-taires franais na vu l, jeudi, matire questions intres-santes. Consternant.

    Le 26 avril 2001, MSF publie sur son site Srebrenica deux documents confidentiels D195 censs prouver quil existait un accord entre le gnral Mladic et la Forpronu sur une non-intervention et des dsaccords au sein de la Forpronu sur les frappes ariennes.

    Srebrenica : MSF publie des documents confi-dentiels mettant en cause le gnral Janvier Agence France Presse, 26 avril 2001 (en franais)

    Extrait : Selon lorganisation humanitaire, dont le sige est Paris, le compte-rendu rdig par le gnral Janvier de son premier entretien avec le gnral bosno-serbe Ratko Mladic le 4 juin 1995 et qui fait lobjet dun fax confidentiel, dat du 15 juin 1995, entre lmissaire spcial de lONU, Yasushi Akashi et Kofi Annan, alors responsable des oprations de maintien de la paix, confirme les informations selon lesquelles le gnral Mladic avait prpar un accord qui tablissait un lien entre la

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    Prises de parole publiques

    libration des otages et le non-emploi de la force arienne contre les Serbes . Les Bosno-serbes dtenaient au 1er juin quelque 377 otages de lONU quils libraient par petits groupes. Les derniers, soit au moins 26 personnes, nont t librs que le 18 juin, soit avant leur offensive sur Srebrenica, le 11 juillet.Le fax des Nations unies prcise que le gnral Janvier na inform le Secrtariat gnral de cette rencontre que 11 jours aprs quelle eut lieu et seulement aprs la demande expresse du secrtariat .Dans un deuxime document confidentiel, MSF rvle que le compte rendu dune runion le 9 juin 1995 entre le gnral britannique Ruppert Smith, commandant de la Force de lONU en Bosnie (Forpronu), le gnral Janvier et M. Akashi, confirme les mises en cause du gnral franais par le chef dtat-major de la Forpronu en Bosnie, le gnral Cees Nicolai, et le commandant des casques bleus nerlandais dploys Srebrenica, le colonel Ton Karremans, lors de leur audition jeudi dernier par la mission dinformation de lAssemble nationale franaise concernant la disparition de 7 000 per-sonnes Srebrenica.Les deux officiers nerlandais avaient affirm que si un appui arien massif avait t mis en oeuvre rapidement, ds le premier jour de loffensive des Serbes de Bosnie, on aurait peut-tre vit cette tragdie .Le gnral Nicolai avait soulign lopposition entre le gnral Janvier et le gnral Smith, sur le recours larme arienne.Deux frappes ont t effectues dans laprs-midi du 11 juillet, mais trop tard. Les Bosno-Serbes ont ensuite pro-cd la dportation massive de la population musulmane, et environ 7 000 personnes, en majorit des hommes, sont depuis portes disparues.

    Le 16 mai, MSF publie un communiqu de presse annonant laudition, le lendemain, de Pierre Salignon, responsable des programmes de MSF France en ex-Yougoslavie en 1995.

    Pour renforcer le cadre politique de cette audition, lorga-nisation met en ligne des extraits de larticle publi par The Independent le 30 octobre 1995 (voir page 83), rv-lant que le 24 mai 1995 lors dun briefing huis clos aux Nations unies, le gnral Janvier, commandant de la Forpronu avait conseill dabandonner les enclaves, quil considrait comme non dfendables.

    Audition de Mdecins Sans Frontires par la Commission dinformation parlementaire sur la chute de Srebrenica : lengagement de protection des habitants de Srebrenica a-t-il t abandonn au profit dobjectifs politiques plus larges ? Communiqu de presse de Mdecins Sans Fron-tires, 16 mai 2001 (en franais) D196

    Dans le cadre de la mission dinformation parlementaire sur la tragdie sur Srebrenica, Pierre Salignon, responsable des pro-

    grammes MSF en ex-Yougoslavie en 1995, sera auditionn jeudi 17 mai 9h30 lAssemble nationale. Il prsentera les lments qui conduisent aujourdhui penser que lengagement de protection des habitants de Srebrenica a t abandonn au profit dobjectifs politiques plus larges, dont la conclusion des accords de paix. Son audition insistera par ailleurs sur la prvisibilit de la chute et des massacres perptrs par les forces serbes, sur labsence de raction des Etats membres de lONU pour pro-tger les habitants de la zone de scurit et sur linstru-mentalisation de laction humanitaire par la France dans le conflit bosniaque. A cette occasion, il reviendra sur les lacunes et contradictions de largumentation officielle dveloppe par les responsables politiques et militaires franais concernant leur responsabi-lit dans la chute de cette enclave et les massacres de 7 000 personnes protges par lONU.

    Article mis en ligne sur le site MSF Srebrenica le 17 mai 2001 (en franais) D176

    Extrait : Mdecins Sans Frontires publie aujourdhui des extraits dun article du journal The Indpendant dat du 30 octobre 1995 et sign par Robert Block. Cet article montre que la protec-tion des habitants de lenclave de Srebrenica a t sacrifie par le Groupe de contact au profit des accords de paix. La dcision dabandonner la zone de scurit de Srebrenica aurait t prise par certains membres du Groupe de contact (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) loccasion dun briefing du gnral Janvier huis-clos devant le Conseil de scurit, le 24 mai 1995. Le gnral Janvier aurait lui-mme demand quon le dbarrasse des enclaves du Nord-Est de la Bosnie (Srebrenica et Zepa)

    Le 17 mai 2001, lors de son audition Pierre Salignon, responsable des programmes de MSF en ex-Yougoslavie au moment des vnements pose des questions prcises et met en lumire les contradictions dans les lments de rponse dj existant.

    Tmoignage de MSF [Pierre Salignon] devant la mission dinformation parlementaire franaise sur la tragdie de Srebrenica, 17 mai 2001 (en fran-ais) D197

    Extrait : Avant de finir et de rpondre vos questions, il me parat important de vous redire mes convictions sur la tragdie de Srebrenica. Autant que la chute, les massacres de Srebrenica taient prvisibles. La promesse de protection faite aux habitants de Srebrenica

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    na pas t tenue et la volont politique qui a manqu pour les dfendre a contribu les conduire au massacre. Ils ont t abandonns. Cest pourquoi toute la lumire doit tre faite sur la part des responsabilits franaises dans cette tragdie.

    Srebrenica, lenqute trop timide des dputs Claire Tran, Le Monde (France), 20 mai 2001 (en franais) D198

    Extrait : Tout na-t-il pas dj t dit dans diverses instances et notamment devant les dputs franais qui, depuis lau-tomne, auditionnent hebdomadairement tmoins et respon-sables politiques et militaires de lpoque ? Non , rpond lorganisation Mdecins Sans Frontires, qui fut lorigine de la cration de cette mission dinformation parlementaire et qui a rappel avec vigueur ce quelle en attend, loccasion de laudition, jeudi 17 mai, de Pierre Salignon, responsable des oprations de MSF dans lex-Yougoslavie en 1995.[]Ayant effectu plusieurs visites Srebrenica avant juillet 1995 et cherch obtenir du pouvoir bosno-serbe de Pale laccs de nouvelles quipes de MSF aux enclaves, Pierre Salignon a affirm jeudi, linverse de la plupart des per-sonnes prcdemment auditionnes, que les massacres taient prvisibles . En juin, lattaque de lenclave ne fai-sait aucun doute dans la tte des volontaires prsents sur le terrain, alors plus forte raison pour des observateurs mili-taires occidentaux , a-t-il dit, en voquant les prparatifs militaires des Serbes de Bosnie et les menaces profres devant lui par leur vice-prsident, Nicola Koljevic.Mais, au-del du tmoignage, cest un recentrage des inves-tigations menes par les parlementaires franais que le repr-sentant de MSF a manifestement voulu contribuer. Recentrage sur lobjet mme de cette dmarche : comment la commu-naut internationale a-t-elle pu manquer ce point au devoir de protection des civils, quelle avait promis dassumer ? Recentrage aussi sur quelques questions que les dputs nont gure lucides ce jour. Je nai pas, a dit Pierre Salignon aux dputs, lexpertise pour juger sil tait possible de raliser des frappes de lOTAN pour dfendre Srebrenica, mais ce qui saute aux yeux, cest que les arguments produits devant vous pour justifier leur absence sont en contradiction avec les faits. Car, en Bosnie, quand on a voulu frapper, on a frapp. Il a estim que les tmoignages recueillis jusquici par la mission nont pas eu raison de la rumeur selon laquelle une promesse de sopposer toute intervention arienne aurait pu tre faite par les autorits franaises au gnral Mladic, en change de la libration des casques bleus pris en otages au mois de mai. Jespre, a-t-il insist, que vos travaux permettront de savoir ce qui sest rellement pass. Autre question : Srebrenica tant militairement tombe, com-ment se fait-il que, aprs, aucune action concrte ne semble avoir t envisage pour protger la population civile par la hirarchie de lONU, qui tait lpoque dans les mains de deux gnraux franais, le gnral Janvier Zagreb et le gnral Gobillard Sarajevo ?

    Pierre Salignon sest demand aussi si le souci de faciliter les ngociations de paix entre Serbes, Musulmans et Croates na pas contribu une relle dcision dabandon, par le Groupe de contact, des enclaves de Srebrenica et Zepa . Il a donn sa propre rponse : Les faits sont l pour montrer que la dispa-rition de ces deux enclaves a effectivement facilit la signa-ture de laccord de paix de Dayton , deux mois plus tard. []Rponse certes trs discutable, comme le sont aussi certaines des analyses auxquelles il sest livr, ses accusations indiscri-mines de cynisme lendroit des gouvernants occiden-taux, ou sa critique de la politique de la France ignorant dlibrment le fait quil y en eut deux, assez radicalement opposes, celle de Mitterrand puis celle de Jupp-Chirac. Peu justifiable aussi la dsinvolture avec laquelle Pierre Salignon a voqu les exactions antrieurement commises dans des villages serbes de la rgion par les forces militaires bos-niaques de Srebrenica diriges par Naser Oric.Si les affirmations de MSF sont contestables en bien des points, au moins pose-t-elle des questions, cherche-t-elle des documents et aiguillonne-t-elle des dputs bien peu sou-cieux de prcision. Laudition de jeudi fut une sorte de signal : si elle en reste l, la mission parlementaire franaise sur Srebrenica aura t un coup dpe dans leau

    La journaliste du Monde a estim que le contenu de mon audition ntait pas assez quilibr vis--vis de la rsis-

    tance bosniaque. Je lai relue rcemment et je ne changerais pas mon point de vue. Le rapport de force ntait pas quilibr. Il faut arrter de penser quil y avait une rsistance lintrieur de lenclave. Il ny en avait pas. Les casques bleus sont arrivs, ils ont stabilis une bande de territoire et cest tout. Dans ces cas-l, on vacue, on organise, on ne stabilise pas. Mais lpoque les belligrants ont t incapables de faire a. Ctait aussi un choix politique.

    Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme de MSF France, en charge des programmes

    en ex-Yougoslavie de 1992 1996 (en franais) interview en 2015

    Les plus frileux diront quon est rest tout fait impar-tial. Moi, je pense que sur le contexte de la Bosnie et des

    enclaves, on a pris parti pour les populations bosniaques musul-manes. On les a dfendues parce quon tait dans un contexte qui dpassait celui dune guerre traditionnelle. On tait dans une guerre dpuration ethnique.

    Dr. Renaud Tockert, responsable des programmes en ex-Yougoslavie pour MSF Belgique en 1993 et 1995

    (en franais) interview en 2000

    Dbut juin 2001, MSF sefforce, en vain, de convaincre les autorits britanniques de laisser tmoigner devant

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    Prises de parole publiques

    la mission dinformation parlementaire franaise le gnral Rupert Smith, qui commandait la Forpronu en Bosnie-Herzgovine, sous les ordres du gnral Janvier, pendant les vnements de Srebrenica.

    Courriel de ladjoint la responsable juridique de MSF aux responsables de MSF France, 5 juin 2001 (en franais) D199

    Extrait : Une lettre pour le prochain ministre de la dfense britan-nique pour lui demander dautoriser laudition du gnral Smith. Ce dernier a en effet crit une lettre la Mission dans laquelle il explique que les autorits politiques britanniques ne lautorisent pas dposer.Une copie de la lettre de MSF sera adresse aux prsidents des commissions affaires trangres et dfense de la Chambre des communes + quelques parlementaires. Lide est videm-ment de faire comprendre au ministre que le Parlement anglais (beaucoup + puissant que le ntre, y compris sur les questions internationales) est dans lhistoire.Cette lettre partira aprs les lections lgislatives (7 juin) en raison du possible remaniement ministriel et de la dsigna-tion des prsidents dans toutes les commissions de la Chambre des communes.Nous souhaitons viter que les autorits britanniques puis-sant chapper leurs responsabilits en expliquant que la lettre sest perdue car nous lavons envoye au mauvais moment ou la mauvaise personne .Copie de cette lettre sera galement transmise off une liste prcise de journalistes anglo-saxons, mais en labsence de rponse positive du ministre, nous la rendrons publique et nous ferons poser une question sur ce point par des parle-mentaires la Chambre des communes autour de lanniver-saire de la chute de Srebrenica en juillet.Jean-Herv, dis-nous si tu es daccord avec cette lettre sur le fond et la forme car protocolairement il serait souhaitable que tu en sois le signataire. Bianca Jagger qui est trs poil gratter sur le sujet depuis des annes outre-atlantique et outre-manche la signera galement.Le bureau de Londres est dans le coup depuis deux semaines, pleinement inform et trs coopratif sur ces initiatives.

    Ctait un secret de polichinelle, mais nous on la appris la faveur de ce travail sur la mission parlementaire

    franaise : il y a eu des dissensions trs fortes entre Britanniques et Franais quant la stratgie adopter. Le numro 2 de la Forpronu tait un gnral britannique, Rupert Smith, qui plusieurs reprises a t trs irrit par labsence de prise de dci-sions du gnral Janvier. On sentait quil tait partisan de plus de fermet. Cette stratgie plus ferme ne sera adopte par les Franais que plus tard sous limpulsion de Jacques Chirac qui a fait voluer le rapport de force militaire.

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    Courriel de la charge de communication de MSF Royaume-Uni au responsable juridique adjoint, 10 juillet 2001 (en franais) D200

    Extrait : Je viens dappeler le ministre de la Dfense au sujet de la lettre sur Srebrenica que nous lui avons transmis la semaine dernire. Jai expliqu au secrtaire que nous attendions une rponse rapide celle-ci, quvidemment nous leur don-nions encore quelques jours, mais quil fallait quils sat-tendent alors ce que nous allions en parler dautres personnes Il ma dit (dun ton un peu surpris) quils avaient reu une lettre de Bianca Jagger hier, sur le mme sujet, quils la lisaient et quil reconnaissait limportance de mon message. Jai rappel que lanniversaire de la chute de Srebrenica tait demain.

    Le 5 juin, MSF transmet au prsident de la mission dinformation les documents mentionns dans laudition du responsable de programme auxquels la mission na pas eu accs. Sy ajoute la liste dautres documents essentiels que MSF na pas russi se procurer.

    Lettre de MSF Franois Loncle, prsident de la mission dinformation du parlement franais sur Srebrenica, 5 juin 2001 (en franais) D201

    Monsieur le Prsident,Jai lhonneur de vous transmettre plusieurs documents de Mdecins Sans Frontires, dont tous ceux voqus lors de laudition de Pierre Salignon devant votre Mission, le 17 mai dernier.Dans le souci de faciliter le travail de votre Mission, MSF vous fait parvenir tous les documents des Nations unies que nous avons obtenus et qui peuvent contribuer votre enqute (liste en annexe).Nous vous joignons galement les copies :-de larticle du journal The Independent, dat du 30 octobre 1995 et sign par Robert Block. Cet article indique que la dcision dabandonner Srebrenica aurait t prise en mai 1995, en marge du briefing huis clos du gnral Janvier devant le conseil de scurit. Laudition par la Mission de M. Jean-Bernard Mrime, ambassadeur de France lONU en 1995 et de ses proches collaborateurs, est cet gard de la plus haute importance. Vous pouvez galement contacter le journaliste qui a sign larticle : Robert Block travaille aujourdhui au Wall Street Journal Rome []-de larticle de La Croix dat du 10 juillet 1996 et qui indique que les services de renseignement franais et amricains ont intercept des conversations tlphoniques entre le gnral Mladic et le gnral Perisic ds le 17 juin 1995 (soit un mois avant la chute de Srebrenica). Les deux hommes prparaient lattaque sur Srebrenica.

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    Votre Mission doit obtenir du ministre de la dfense la trans-mission des retranscriptions de ces coutes.Je vous joins en outre une liste des documents que MSF nest pas parvenu se procurer mais qui sont essentiels dans le cadre de vos efforts de contrle parlementaire.Ces documents doivent tre demands par votre mission au sige des Nations unies New York, et en France auprs du ministre de la Dfense (Direction des affaires stratgiques) et du ministre des Affaires trangres.Ces documents sont les suivants : Rapport des observateurs militaires de Srebrenica dat du 4

    juin 1995 qui informe la hirarchie civile et militaire de lONU de la concentration de forces serbes, en particulier des troupes dArkan, autour de Srebrenica et qui avertir de la ncessit de prvoir des garanties de protection ou dvacuation des habitants de Srebrenica afin dviter les massacres ;

    Fax de Kofi Annan n 1981 du 15 juin 1995 demandant Yasushi Akashi denquter sur la nature des entretiens entre le gnral Mladic et le gnral janvier lors de la prise dotage des casques bleus ;

    Mmorandum franais du 29 mai 1995 sur la rorganisation de la Forpronu (regroupement des troupes) et la relance du rglement politique du conflit (proposition pour un accord de paix plus raliste ) transmis au Groupe de contact pendant la prise dotage des casques bleus ;

    Document de briefing huis-clos du gnral Janvier devant le Conseil de scurit le 24 mai 1995. Dans ce document, le commandant des troupes des Nations unies demande tre dbarrass des enclaves du nord-est de la Bosnie. Ce document est intitul Runion des pays contributeurs de troupes, 24 mai 1995, expos du gnral Janvier, comman-dant des forces de paix des Nations unies .

    Compte rendu des entretiens entre le gnral Janvier, le gnral de Lapresle et le gnral Mladic le 6, 17 et 29 juin 1995.

    Par ailleurs, nous vous avions envoy au dbut de vos travaux une liste de personnes dont laudition nous semblait impor-tante. Compte tenu des informations contradictoires ou frag-mentaires qui ont t rendues publiques lors de ces auditions, il nous semble essentiel que votre Mission parvienne aujourdhui entendre ou rentendre les personnes dont la liste est ci-dessous. La Mission devrait chercher obtenir des claircissements sur la possibilit dun march non-autoris pass entre la France et consistant en la libration des casques bleus pris en otage contre larrt des frappes ariennes, la prvisibilit de la chute et des massacres, les dysfonctionnements autour du lancement de frappes ariennes entre le 6 et le 11 juillet 1995 et le possible abandon des enclaves du Nord Est de la Bosnie par le Groupe de contact, en mai 1995, linitiative de la France, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.Nations unies :- Gnral Rupert Smith, commandant de la Forpronu en Bosnie- Kofi Annan, Secrtaire gnral adjoint en charge des opra-tions de maintien de la paix- Kenneth Biser, directeur de la branche civile de lONU pour la rgion de SrebrenicaOTAN

    - Sergio Balanzino, Secrtaire gnral adjoint de lOTAN en 1995- Amiral Leighton Smith, commandant en chef du secteur sud de lOTAN- Le director of private office au sein du Secrtariat gnral de lOTAN en 1995France- gnral Bernard Janvier, commandant des FPNU- Jean-Bernard Mrime, ambassadeur de France lONU (New York)- Charles Million, ministre de la Dfense- Herv de Charrette, ministre des Affaires trangres- Jean-Claude Mallet, directeur de la DAS, au ministre de la dfense- Jacques Dewattre, directeur de la DGSE en 1995- Gnral Heinrich, directeur de la DRM- M. Dillais, directeur du bureau rserv au sein du cabinet du ministre de la Dfense et son adjoint Xavier de Margnac (actuel directeur du service action de la DGSE) en 1995

    Je vous informe cet gard que MSF va demander par lettre au ministre de la Dfense britannique de bien vouloir auto-riser laudition du gnral Rupert Smith devant votre Mission. Nous transmettrons copie de cette lettre aux deux prsidents des Commissions des affaires trangres et de la dfense de la Chambre des Communes.Vous souhaitant pleine russite dans vos efforts de transpa-rence, je vous prie de croire, monsieur le prsident, en lassu-rance de notre entire coopration.

    MSF dcide de limiter ses prises de parole publiques sur Srebrenica jusqu la publication du rapport de la mission prvue lautomne 2001.

    Demonstration in Den Hague Echange de courriels entre les responsables de MSF France, 5 juin 2001 (en franais) D202

    Extrait : Je souhaiterais vivement que nous soyons vigilants sur les prises de parole autour de Srebrenica jusqu la sortie du rap-port en septembre (France) et en dcembre(Pays-Bas).A mon avis, toutes nos prises de parole doivent porter :- sur le sens de notre dmarche.- sur la fragilit et les contradictions de la ligne de dfense des dirigeants franais sur la prvisibilit, les frappes ariennes et la question des otages.- sur les limites du travail de la Mission []

    Le 9 juin 2001, dans son rapport moral lAssemble gnrale, le prsident de MSF France constate que le travail de la mission dinformation parlementaire franaise sur Srebrenica ne porte pas loptimisme. V18

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    Prises de parole publiques

    Rapport moral du prsident de MSF France lAssemble gnrale du 9 juin 2001 (en franais) D203

    Extrait : Les zones de scurit []Le travail de la mission dinformation parlementaire franaise sur Srebrenica ne nous porte pas loptimisme. Ces travaux, mme sils ne sont pas termins, montrent que la volont des parlementaires, du gouvernement, de la classe politique et des militaires de faire la lumire sur cette affaire est trs modre comme lindique :- laudition huis clos des militaires et la place tenue par Franois Lotard au sein de la mission. Il cumule en effet les qualits de ministre de la Dfense au moment des faits, de tmoin auditionn par la mission et de rapporteur de la mission.

    - le fait quaucun survivant nait t invit venir tmoigner devant les parlementaires.

    - Tous les prtextes sont bons pour les militaires et les poli-tiques auditionns pour se dfausser de leur responsabilit en bnficiant de lcoute complaisante de certains parle-mentaires : la non prvisibilit des massacres dmentie par les faits survenus durant 4 ans de guerre, la complexit du fonctionnement de la mission des Nations unies dont le gnral de la Presle finira par dclarer quelle ne la jamais empch dutiliser larme arienne, lattitude de larme bosniaque, un soi-disant veto hollandais contre les frappes ariennes affirmation dmentie par le ministre de la Dfense hollandais, le mauvais temps, labsence de guideurs au sol pour les frappes qui est dmentie par le tmoignage de lquipe MSF.

    Le 2 juillet, le gnral Janvier est de nouveau auditionn huis-clos par la mission dinformation parlementaire. Il dclare la presse que le compte-rendu de la runion du 24 mai 1995, rvl par The Independent en Octobre 1995 et re - publi par MSF le 17 mai 2001 ntait pas complet. Il ajoute quil avait prconis aussi le maintien dobservateurs sur place et llaboration de forces ariennes stratgiques.

    Le gnral Janvier sexplique sur sa deuxime audition huis-clos Agence France Presse, 3 juillet 2001 (en franais)

    Extrait : Le gnral Bernard Janvier a dclar mardi que sa deuxime audition la semaine dernire par la mission dinformation sur la tragdie de Srebrenica (Bosnie) en juillet 1995 tait prvue et que le huis clos avait permis dapporter des indications qui nauraient pu ltre dans une audition ouverte .[] le gnral a dclar apporter les plus vives contradictions aux rumeurs, spculations et amalgames falla-cieux qui ont t profrs ii et l .

    Le prsident de la mission, le dput socialiste Franois Loncle, avait indiqu que la nouvelle audition du gnral Janvier avait t souhaite afin de le mettre face ses contradictions en lui demandant de rpondre une srie de questions trs prcises.[]Le gnral a dautre part affirm que le rapport, signal par Mdecins Sans Frontires, de son audition huis clos devant le conseil de scurit de lONU New York le 24 mai 1995 selon lequel il stait fait lavocat de labandon des enclaves musulmanes de Srebrenica et Zepa ntait pas complet. Jai demand des directives et instructions, et, a-t-il affirm, jai prconis le retrait des enclaves, le maintien dobservateurs sur place et llaboration de forces ariennes stratgiques .

    Le 20 novembre, Franois Loncle, le prsident de la mission dinformation parlementaire franaise sur Srebrenica dclare une tlvision nerlandaise que le gnral Janvier avait sous-estim le gnral Mladic et quil aurait d rpondre positivement aux demandes de frappes ariennes.

    Courriel de ladjoint la responsable juridique de MSF aux responsables de MSF France, 21 no-vembre 2001 (en franais) D204

    Extrait : Juste une petite info transmise aujourdhui par un journaliste nerlandais : Franoise Loncle sest exprim hier sur une tl nerlandaise et a dclar que le gnral Janvier avait sous-estim le gnral Mladic. Il a ajout que le gnral Janvier aurait d rpondre positivement aux demandes de frappes ariennes formules par les soldats nerlandais de Srebrenica. Reste vrifier que cette reconnaissance de responsabilit figure effectivement dans le rapport qui pourrait tre publi la semaine prochaine, si les dputs arrivent se mettre dac-cord lors de la runion de jeudi.

    Fin novembre 2001, avant que soit rendu public le rapport de la mission dinformation parlementaire, MSF publie un document danalyse reprenant les questions auxquelles la mission devrait apporter des rponses. Il contient galement la liste des documents essentiels son travail. Lobjectif est dviter que, comme lors de la mission dinformation sur le Rwanda, les journalistes se retrouvent avec un rapport en trois volumes et un satisfecit pr-rdig.

    Ce document danalyse est galement distribu aux mdias britanniques et nerlandais.

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    Mission denqute parlementaire sur Srebrenica : argumentation, lacunes et contradiction des auditions document de briefing de Mdecins Sans Frontires, Novembre 2001 (en franais) D205

    Extrait : Srebrenica : Les questions en suspensA la veille de la publication du rapport de la Mission dinfor-mation parlementaire et sans prjuger des conclusions de ce travail, Mdecins Sans Frontires a dcid de rcapituler dans un document de synthse, les questions et informations qui permettront de guider la lecture et ltude du travail accompli par la Mission.Ce document nest pas une contre-enqute. Il rappelle les principales questions qui sont restes sans rponse depuis six ans sur les responsabilits politiques et militaires des princi-paux acteurs impliqus dans la tragdie de Srebrenica.Le rapport denqute ralis par lONU sur cette tragdie en 1999 reconnaissait quil tait incapable de prciser les res-ponsabilits spcifiques des Etats membres qui restaient dilues dans la responsabilit gnrale de lONU. En cons-quence, ce rapport demandait aux Etats de poursuivre leurs investigations au niveau national.Lobjectif principal de la Mission dinformation doit donc tre avant tout dexpliquer pourquoi lengagement de protection pris par lONU linitiative de la France, en faveur de la popu-lation de Srebrenica, na pas t respect. Le rapport doit viter le double cueil des arguments techniques ou de res-ponsabilit gnrale, pour indiquer clairement si le fait de confier le sort et lvacuation de la population de Srebrenica au gnral Mladic dont les mthodes de guerre taient parfai-tement connues de tous, constitue une faute des respon-sables politiques et militaires concerns.Cest avec le souci damliorer lavenir la protection des populations dans les oprations de maintien de la paix que MSF avait list et transmis la mission parlementaire des questions cernant les principales zones dombre de ce drame. Les questions poses par Mdecins Sans Frontires1) La chute et les massacres de Srebrenica taient-ils prvi-sibles ? La France a-t-elle eu connaissance du fait que larme bosno-serbe sapprtait attaquer Srebrenica ?2) La France a-t-elle pass en juin 1995, en marge des Nations unies, un march non autoris consistant en la libration des casques bleus pris en otage contre larrt dfinitif des frappes ariennes ? 3) Pourquoi le gnral Janvier na-t-il pas autorise en juillet 1995 les frappes ariennes pour dfendre Srebrenica et pro-tger sa population4) La France et le Groupe de contact ont-ils dcid daban-donner la zone de scurit de Srebrenica pour faciliter le rglement politique de la crise ?5) Le cas chant pourquoi ces pays nont-ils pas organis lvacuation des habitants de Srebrenica en toute scurit, conformment la promesse de protection contenue dans les rolutions 819, 824 et 836 du Conseil de scurit. Le prsent document de synthse dveloppe pour chacune de ces cinq questions cruciales :- largumentation dveloppe par les autorits politiques et militaires auditionnes :

    - les contradictions et lacunes de cette argumentation qui apparaissent au fil des auditions et des documents disponibles.Le rapport de la mission parlementaire devra permettre dap-porter des rponses prcises et documentes ces questions. MSF espre que la Mission est parvenue obtenir certains documents-cls et quils seront rfrencs en annexe du rapport.

    Les cinq questions cls de Mdecins Sans Fron-tires Le Monde (France), 29 novembre 2001 (en franais) D206

    Extrait : Mdecins Sans Frontires (MSF) a t, dans une large mesure, lorigine de la mission dinformation parlementaire : lorga-nisation avait milit dans ce sens, dans le souci damliorer lavenir la protection des populations dans les oprations de maintien de la paix . Elle a suivi assidment les auditions, quelle a intgralement filmes, transmis la mission ses sug-gestions pour lenqute et tmoign elle-mme deux reprises.MSF tait en effet la seule organisation non gouvernementale (ONG) occidentale prsente depuis deux ans Srebrenica quand survint loffensive serbe. Vingt-deux membres de son personnel local sont morts dans lenclave en juillet 1995 ou ont t ports disparus. Lquipe de MSF est reste un tmoin impuissant du tri de la population et des malades et blesss [par les forces serbes], de la sparation des hommes et des femmes et du dpart des groupes en convoi vers des destina-tions inconnues ainsi que de linertie du bataillon hollandais de la Forpronu. Plusieurs dizaines de blesss et malades de MSF vacus de lenclave par les Bosno-Serbes et sous escorte hol-landaise ont galement t sortis des bus et excuts par les forces serbes , rappelle aujourdhui lorganisation.[]

    Rapport denqute franais sur Srebrenica Courriel de ladjoint la responsable juridique de MSF MSF Hollande, 26 novembre 2001 (en anglais) D207

    Chre WilnaMerci de trouver ci-jointes les versions franaise et anglaise du document dinformation de MSF qui a t transmis aux mdias franais, nerlandais et britanniques il y a deux semaines.De nombreux journalistes nerlandais mont appel cette semaine aprs les dclarations de Franois Loncle la tl nerlandaise. Jai dit que nous parlerions publiquement seu-lement aprs la publication du rapport et sur la base dun document officiel.Le rapport a t adopt jeudi dernier et sera publi jeudi prochain.Cordialement.

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    Prises de parole publiques

    Srebrenica Courriel de ladjoint la responsable juridique de MSF la BBC, The Sunday Times, USA.net, 26 novembre 2001 (en anglais) D208

    Extrait : Veuillez trouver ci-joint le document dinformation de Mdecins Sans Frontires avant la publication du rapport denqute de la mission franaise.Comme vous le savez tous, MSF demand, et obtenu lan der-nier, la cration dune enqute parlementaire pour tablir les responsabilits politiques et militaires de la France dans la tragdie de Srebrenica.Le rapport de la mission a t adopt jeudi dernier et sera publi jeudi prochain aprs une confrence de presse du groupe denqute (le lieu et lhoraire doivent encore tre prciss).Je vous rappelle que malgr plusieurs demandes de la com-mission denqute et une lettre de MSF M. Hoon, les auto-rits britanniques ont refus que le gnral Smith soit auditionn par les parlementaires franais. Son tmoignage tait pourtant crucial.

    Le but tait quon permette aux journalistes, au moment de la remise du rapport, davoir dj une question

    poser pour faire une relance. Car on se souvenait qu la conf-rence de presse finale de la mission dinformation sur le Rwanda, Paul Quils [prsident de la mission dinformation] avait pos le rapport sur la table et que les journalistes avaient juste rdig un compte rendu de ce quil leur avait dit : la France na pas rougir de ce quelle a fait au Rwanda . Evidemment personne navait eu le temps de lire ce rapport de 3 000 pages ! Sur Srebrenica, la mission dinformation a moins gr mdiatiquement le message cl de la sortie du rapport. On les a doubls.

    Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF (en franais) Interviewe en 2015

    Le 29 novembre 2001 le rapport de la mission denqute du parlement franais sur Srebrenica est publi D209 . Il conclut que les responsabilits dans le drame sont celles de toute la communaut internationale et reproche en particulier au bataillon de casques bleus nerlandais de ne pas avoir oppos de rsistance aux Serbes. Il reconnait les erreurs dapprciation du gnral Janvier mais dclare sans fondements les assertions selon lesquelles il aurait pass un accord avec le gnral Mladic. Deux dputs refusent de souscrire ces dernires conclusions estimant quaucune preuve na t apporte dans un sens ou dans lautre. V19

    Massacres de Srebrenica : les dputs concluent un chec de la France Cliare Tran, Le Monde (France) 29 novembre 2001 (en franais) D210

    Extrait : Mise sur pied grce MSF, la mission dinformation parlemen-taire sur Srebrenica a publi son rapport, jeudi 29 novembre [] Les parlementaires concluent que la tragdie de Srebrenica est aussi un chec de la France . Ils incriminent labsence de volont politique affirme dintervenir Srebrenica, de la France, du Royaume-Uni, des Etats-Unis, des autorits bosniaques de Sarajevo elles-mmes .Ils attnuent quelque peu les critiques souvent adresses au gnral Bernard Janvier, lpoque commandant des forces de lONU dans lex-Yougoslavie, pour stre oppos une intervention arienne de lOTAN quand il en tait encore temps. Le rapport le dcrit comme un maillon de la chane onusienne parmi dautres. Il rcuse laccusation profre par des journalistes et des ONG contre le gnral Janvier davoir promis au chef des forces serbes Ratko Mladic, en change de la libration des casques bleus retenus en otages, quil ny aurait plus de frappes ariennes en Bosnie : La majorit des membres de la mission a la conviction que le gnral Janvier na pas accd aux demandes prsentes par Mladic , dit le rapport.Ce texte a t adopt lunanimit par la mission. Les parle-mentaires cependant ont d sy reprendre deux fois pour les conclusions, dont la premire version - qui tenait en un seul feuillet dans un rapport de mille pages - avait t conteste par certains des dix dputs. La nouvelle version des conclu-sions na pas recueilli non plus le consensus ; deux dputs, Franois Lotard et Ren Andr, font part de leurs rserves dans une lettre publie en annexe du rapport. Ils contestent les formulations suivantes incriminant la France : La France nest pas moins que dautres responsables de la chute tragique de Srebrenica , la France ne sest pas donn tous les moyens de mener bien sa mission sur le terrain , etc. Ils rcusent aussi, comme lcrit Franois Lotard, la rfrence constante, dans la conclusion, la responsabilit du gnral Janvier, qui ne semble pas conforme une ralit beaucoup plus complexe .La dpute des Verts Marie-Hlne Aubert et le socialiste Pierre Brana se dsolidarisent en outre de leurs collgues sur la rumeur dun marchandage conclu par la France avec les Serbes en vue de la libration des otages, estimant que le soupon demeure. []La publication des deux auditions du gnral Janvier est ll-ment le plus nouveau du rapport, car lancien commandant de la Forpronu est lun des officiers auxquels le ministre de la Dfense a toujours interdit de sexprimer publiquement et que les dputs navaient pu interroger qu huis clos.Le gnral sy dfend avec vigueur des accusations dont il a fait lobjet. Il fait tat de ses dsaccords la fois avec Yakushi Akashi, le reprsentant spcial du Secrtaire gnral de lONU, partisan dune conception minimaliste de la mission des casques bleus en Bosnie, et avec Ruppert Smith, le gnral anglais qui commandait la Forpronu Sarajevo, par-tisan au contraire dengager le combat contre les forces serbes (le gnral Smith a refus de venir tmoigner). Le

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    gnral Janvier affirme navoir reu quune seule demande de soutien arien Srebrenica, le 9 juillet, et le rapport de la mission nexplique pas comment les demandes prcdentes ont pu se perdre.Lancien chef de la Forpronu apparat la fois comme lexcu-tant rigoureux du mandat limit assign par lONU aux casques bleus mais aussi comme un soldat frustr, qui sen prend avec vhmence au bataillon nerlandais de Srebrenica et finit par lancer comme un cri du cur que, si des Franais avaient t leur place, ils se seraient battus et tout aurait chang . Un incident diplomatique avec La Haye en perspective...

    Des conclusions qui escamotent plusieurs mo-ments cruciaux Le Monde (France), 29 novembre 2001 (en franais) D211

    Extrait : Il faut dcidment passer sur beaucoup de choses pour sous-crire aux conclusions que produisent aujourdhui les dputs. Epargnons ces derniers, toute vocation prcise de leur ignorance des faits, patente durant les auditions, de leur absentisme, ou encore des pathtiques dmarches de tel ou tel dentre eux auprs de MSF pour senqurir des questions quil conviendrait de poser la prochaine audition...

    Dans les jours qui suivent, les responsables de MSF France soulignent publiquement que, sil reconnait les responsabilits militaires, ce rapport oublie les responsabilits politiques et traite le gnral Janvier comme un bouc missaire. Ils soulignent labsence de prcision des rponses aux cinq questions-cls poses par MSF et demande que des enqutes soient ouvertes au Royaume-Uni et aux Pays-Bas dont la responsabilit tait aussi engage.

    MSF et le rapport sur Srebrenica : les responsa-bilits politiques oublies Agence France Presse, 29 novembre 2001 (en franais)

    Extrait : Il y a un lment fort, cest la reconnaissance de la respon-sabilit des militaires, travers la personne du gnral fran-ais Bernard Janvier, commandant les forces de lONU en ex-Yougoslavie. Mais jai limpression quil joue le rle facile dun bouc missaire, qui cache des responsabilits beaucoup plus politiques , a dclar lAFP Pierre Salignon, respon-sable de programmes MSF, notamment en Bosnie entre 1993 et 1995. On effleure un certain nombre de responsabilits en France, ce qui est trs bien, mais je pense quon peut aller beaucoup plus loin. Ce sont quand mme des ministres qui ont pris des dcisions , a ajout M. Salignon, auditionn dans le cadre de cette mission.

    Si la dmarche est courageuse et intressante en termes de dmocratie et de transparence, je suis du de labsence de rponses claires aux cinq questions-cls que nous avions recenses, et notamment la volont politique de protger la population , a poursuivi le responsable de lassociation, prix Nobel de la Paix en 1999. MSF, prsente dans lenclave musul-mane de Srebrenica lors de loffensive serbe qui fit plus 7 000 morts, avait beaucoup milit pour louverture dune mission dinformation parlementaire sur ce massacre. Lorganisation avait elle-mme perdu des membres de son personnel dans loffensive.

    La France sinterroge sur son rle Srebrenica Isabelle Lasserre, Le Figaro (France), 30 novembre 2001 (en franais) D212

    Extrait : La plupart des questions souleves par Mdecins Sans Frontires, lorigine de la cration de la mission parlemen-taire, restent encore aujourdhui sans rponses prcises et dfinitives. Pourquoi le gnral Janvier a-t-il refus de dclencher des frappes ariennes ? La France et le Groupe de contact ont-ils abandonn Srebrenica pour faciliter un rgle-ment politique de la crise ? Pourquoi les populations nont-elles pas t vacues aprs la chute de lenclave ? On a limpression quil y a deux poids deux mesures. On se demande si vous ntes pas en train de vous servir de Janvier pour vous disculper et viter de trancher les responsabilits poli-tiques , affirme Jean-Herv Bradol le prsident de MSF.

    Militaires, boucs missaires Marc Semo, Lib-ration (France), 30 novembre 2001 (en franais) D213

    Extrait : Ce rapport - aprs celui de lONU et dans lattente de lenqute mene par une commission dhistoriens hollandais - repr-sente nanmoins une nouvelle tape dans la recherche de la vrit. Les questions que nous posions sur les responsabi-lits de la France semblaient alors blasphmatoires , sou-ligne Franoise Bouchet-Saulnier responsable juridique de Mdecins Sans Frontires, qui fut en premire ligne dans le combat pour une telle enqute. Le rsultat ne la satisfait quen partie, notamment parce quil oublie les responsabi-lits politiques , mais, dsormais, le dbat est ouvert : A la diffrence de ce qui stait pass pour la mission dinforma-tion sur le gnocide au Rwanda, on ne se contente pas de dire que la France na pas eu rougir de son action .

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    Prises de parole publiques

    Trois questions Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de Mdecins Sans Frontires, Le Point (France) 7 dcembre 2001 (en franais)

    Extrait : Le Point : le rapport met en cause les erreurs dapprcia-tions du gnral Janvier, qui commandait les casques bleus. Cela vous satisfait-il ?Franoise Bouchet-Saulnier : La version officielle franaise imputant toute la responsabilit au contingent nerlandais est dsormais battue en brche. On sait quil y a bien eu des demandes hollandaises de frappes ariennes, auxquelles le gnral Janvier na pas donn suite. Le mensonge a recul, mais on est encore loin de la vrit.Le Point : Pourquoi ?Franoise Bouchet-Saulnier : Parce que la mission sest bien garde de rechercher les responsabilits politiques. De nom-breuses questions restent sans rponse : a-t-on chang Srebrenica contre la liberation de casques bleus alors gards en otages ? Pourquoi na-t-on pas organis lvacuation des habitants de Srebrenica aprs la chute de lenclave ? La mis-sion na pu y rpondre, par manque de coopration du gouver-nement, qui na pas communiqu des documents essentiels.

    Rapport denqute franais sur Srebrenica Courriel de ladjoint la responsable juridique de MSF MSF UK, 13 dcembre 2001 (en anglais) D214

    Chers tousVeuillez trouver ci-joint, pour information, la version anglaise des conclusions du rapport denqute franais sur Srebrenica. Le rapport a t publi le 29 novembre dernier et a bnfici dune grosse couverture mdiatique en France (premire page du Monde, plusieurs tls et radios) et aux Pays-Bas. Pour ce qui est du Royaume-Uni jai fait une interview pour la radio de la BBC.En gros la raction de MSF a t la suivante.- Nous reconnaissons qutablir que ctait une erreur de la part du gnral Janvier de ne pas avoir autoris de frappes ariennes pour protger Srebrenica constitue une tape importante- Alors que les responsabilits militaires ont t tablies, ce nest pas le cas des responsabilits politiques et nous pen-sons que le gnral Janvier a servi de bouc missaire.- Nous demandions des rponses prcises et documentes 5 questions cruciales. Nous avons reu des rponses non docu-mentes (aucun des documents-cls mentionns par MSF na t obtenu et publi) et des rponses trs ambigus sur la crise des otages et le possible abandon dlibr de Srebrenica par le Groupe de contact. La seule rponse prcise qui a t donne par la mission est que la chute et le massacre de Srebrenica ntaient pas prvisibles. Nous avons rpondu que ctait une rponse inadmissible puisquen 1995 les mthodes de guerre de Mladic taient clairement connues par tous les responsables militaires et politiques.- Nous demandons le mme type denqute au Royaume-Uni

    et aux Etats-Unis puisque ces deux pays ont t des acteurs cls dans la gestion de la crise bosniaque, comme lONU (rap-port en 1999), la France (rapport cette anne) et les Pays-Bas (un rapport sera publi en avril 2002).

    On est satisfaits parce quil y a eu quand mme une forme de reconnaissance officielle par un parlement

    derreurs commises, de populations sacrifies. Mais on est aussi frustrs parce que malgr des questionnements incisifs pendant les auditions, des gens comme Lotard continuent nier quil y a eu un deal. Les militaires reconnaissent quils ne se sont pas ports au secours de la population de Srebrenica. Comment ils abandonnent Srebrenica, on finit par le comprendre, a finit par tre tabli, mais il manque le pourquoi. La question qui est reste en suspens cest : est-ce une insuffisance de leur part dans leurs oprations ou est-ce un calcul ? De ce point de vue, la mission dinformation parlementaire a amen des lments en plus, dans un cadre officiel, pour montrer que les gens avaient bien t abandonns. Les militaires qui se dfendaient voquaient le cadre de contraintes de leurs oprations dans lequel ils ne pouvaient pas tout faire . Mais pourquoi on les avait abandonns, part lincomptence, le manque de moyens, davions disponibles, on nen a rien su.Cela nous a plutt orient vers une hostilit a priori envers cette politique qui consisterait crer des zones humanitaires proches des zones de conflit pour ne pas que les gens franchissent des frontires, pour ne pas que les conflits dbordent trop de leur cadres nationaux. La crise de lex-Yougoslavie nous a sembl tre lapoge de cette stratgie de containment, qui ne marchait pas. Entre Kibeho et Srebrenica, chaque fois, il y a eu la chute de la zone protge et des massacres de plusieurs milliers de personnes. Notre sentiment sest renforc que quand les poli-tiques ou les militaires voulaient faire de lhumanitaire en dehors du schma classique de refuge ltranger, il tait plutt difficile de croire quils allaient tenir leur parole. Pour nous ctait une question trs pratique : dans ces circonstances-l est-ce quon dit aux gens : oui vous avez raison daller dans cette zone, nous aussi on va y aller ? Dans les annes qui ont suivi, a nous a conforts dans notre dfiance vis--vis des oprations militaro-humanitaires. Les dirigeants de MSF avaient une sorte de raction automatique : Ouh la ! Zone humani-taire, corridor humanitaire , la fin a se finit toujours par des massacres de gens qui se croyaient protgs et des Etats qui se dfaussent de leur responsabilits.

    Dr. Jean-Herv Bradol, prsident de MSF France de 2000 2007 (en franais) interview en 2015

    Le 15 dcembre 2001, MSF organise Paris avec la Fdration Internationale des Ligues des droits de lHomme un colloque intitul La tragdie de Srebrenica au cours duquel sont dbattues les questions des responsabilits militaires et politiques de la France et des responsabilits en droit international.

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    Programme du colloque La tragdie de Srebre-nica , 15 dcembre 2001 (en franais) D215

    Premire partie : Militaires et politiques : quelles responsabi-lits ? Lexemple de la France- Analyse du rapport de la mis-sion dinformation parlementaire franaise.Seconde partie : Quelles responsabilits en droit international ? Les responsabilits encourues pour les actes commis par les

    forces serbes Le rle des forces internationales dans la protection de la

    zone de scurit.

    Au sein de MSF France, si personne ne sest formellement oppos au travail de suivi de la mission dinformation parlementaire, a posteriori, des questions sont souleves sur la lgitimit de lorganisation sengager dans un tel processus jusquo et de quelle manire. Ne fallait-il pas se contenter dobtenir la cration de la mission ? Quelle lgitimit a une association, qui nest pas lue, se mler du travail des parlementaires ? Est-ce que MSF ne sest pas pose seulement en procureur des pratiques de lONU et de ses Etats membres en omettant dexplorer les zones dombres des accords passs entre Bosno-Serbes et Bosniaques ?

    Quelque part il y avait du phnomne de revanche derrire cela. On montrait du doigt un certain nombre

    dacteurs en leur disant vous avez menti, et voil ce qui sest pass en ralit . On esprait quavec ces diffrentes enqutes il y aurait quelque chose qui pourrait apparaitre. a ctait la vision dun certain nombre dindividus. Ensuite, au niveau collectif il faut videmment se poser la question, du rle de MSF et des limites de ce rle, dans un processus qui reste un proces-sus trs politique.

    Dr. Marc Gastellu -Etchegorry, directeur adjoint des oprations de MSF France (en franais) interview en 2015

    Je ne me souviens pas quon ait t questionn ou chal-leng pendant la priode de la mission dinformation.

    Peut-tre par Rony, une ou deux fois, mais au fond on a eu carte blanche. Mais peut-tre que ce ntait pas une bonne ide. On aurait d tre plus challengs, avec un rendu de compte un peu plus rigoureux. Jtais vraiment au cur de ce travail et je ne regrette pas du tout ce quon a fait. En France, je crois quon a particip un mouvement, une petite rvolution dmocratique ou institu-tionnelle, qui a permis au parlement de saffirmer en matire de contrle des oprations extrieures et de contrle sur la diplo-matie et sur la Dfense. a cest considrable. Mais avec le temps a me pose un problme. Est ce que cest le rle dune ONG de contribuer ce type dvolution institutionnelle ? On na pas de

    lgitimit dmocratique, on nest pas lu. Or la lgitimit, en dmocratie, elle vient quand mme de llection. Il doit donc y avoir des limites dans le rle de contre-pouvoir que peut jouer une ONG. Dautres disent que le rle naturel des ONG cest celui de contre-pouvoir. Donc on peut dire tout et linverse !

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    Jtais un peu embarrass, parce que a allait sur des terrains politiques un peu loin de lhumanitaire. Il est

    difficile dapprcier le bien-fond de la faon dont les Etats veulent conclure des guerres, de leur besoin de passer parfois des accords secrets. Certains aspects militaire taient compl-tement hors de notre domaine dexpertise : est ce que les avions auraient pu ou pas pu ? Est- ce quils avaient les bons avions, les bonnes bombes ? On tait la limite de ce sur quoi on tait comptents, lgitimes. Moi jtais un peu dfensif. Par moments, je trouvais que Pierre et Franoise allaient un peu loin. Mais il y avait cet argument de la zone humanitaire sre qui tait de leur ct. Ctait un vrai argument solide et un vrai argument davenir, parce que les propositions de corridor, de zone prot-ges a se reproduisait tout le temps.

    Dr. Jean-Herv Bradol, prsident de MSF France de 2000 2007 (en franais) interview en 2015

    Jai trouv quil y avait ce que je qualifiais et que je qualifie toujours dacharnement. Il y avait un niveau de

    sophistication juridique et dinvestigation du rle de la France qui allait trop loin. On na pas aller au bout de linvestigation juridique a priori mais simplement tmoigner de ce quon estime avoir vu, du tmoignage au sens visuel du terme. Ce rle de mentor, de conscience morale est problmatique. On met notre poids dans la balance pour obtenir une investigation qui, sans cela, naurait peut-tre pas t conduite, cest bien. Vu notre implication dans ces vnements, il y a une logique. Mais quon insiste sur les bonnes questions qui doivent tre poses, sur la manire dont il faut faire ressortir certains points du rapport, laccusation contre la France ou un autre gouvernement, a me parait sortir dun cadre lgitime, la fois en tant quorganisa-tion humanitaire et en tant quorganisme impliqu dans laf-faire. Je me souviens en avoir discut avec Pierre et Franoise parce que ctait eux qui taient en flche l-dessus.Et puis, nous ne sommes pas les examinateurs de lONU. Je pense que cest une position malsaine. Dans lensemble, nos positions vis--vis de lONU sadossent une sorte de vision idale quon en a, dans laquelle personnellement je ne me reconnais pas. Cette vision conduit des critiques qui person-nellement me paraissent infondes ou en tous cas injustes.Enfin, il sagissait de travailler sur les zones caches, les parties obscures des deals des uns et des autres. Or il y a des parties caches qui ne sont pas forcment charge des Franais, par exemple le deal entre Izetbegovic et Karadzic pour le lchage de Srebrenica. On ne peut pas mettre la Forpronu en Bosnie totalement lcart des deals que les Bosniaques passaient

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    Prises de parole publiques

    entre eux. Le deal Janvier/Milosevic, il croise le deal Izetbegovic /Mladic ou Karadzic/Izetbegovic. Srebrenica a t lche par Izetbegovic comme par les autres, au nom dune Realpolitik qui homognisait religieusement parce quon ne dira jamais assez que ce qui se passait dans lEst de la Bosnie, ctait une guerre de religion. Si on commence travailler sur les zones dombres on ne sarrte pas en chemin.

    Dr Rony Brauman, prsident de MSF France de 1982 1994 puis directeur dtudes la Fondation MSF

    (en franais) interview en 2015

    Certains ont dit : Notre rle ctait dtre Srebrenica. Mais maintenant quon a obtenu la cration de cette

    mission dinformation, on lche ! Cest aux autres de sen occu-per. Ce nest pas MSF de faire a . Il ny a pas vraiment eu de dbat au sein de MSF sur le moment mais cela ma pes par la suite. Cette faon de dire : ce nest pas notre responsabilit, on laisse ma choque pour deux raisons. A partir du moment o on demande quelque chose, on doit laccompagner, sinon pourquoi le demander ? Le rapport des Nations-Unies avait reconnu les limites de ses capacits dinves-tigation et il demandait expressment ce que les Etats contri-buteurs de troupes procdent eux-mmes leur propre enqute dans leur propre pays, car les Nations-Unies nont pas ce pouvoir et ne peuvent pas avoir accs aux archives internes des pays. Lenqute franaise tait essentielle car la diplomatie et larme franaise ont jou un rle de premier plan en ex-Yougoslavie, Ce ntait pas pour des raisons morales ou politiques quon avait fait cette demande denqute, ctait pour comprendre et pour mettre en lumire les forces et les faiblesses de la rponse inter-nationale face aux crimes de masse et la protection des popu-lations en danger. Il ne faut pas oublier quon tait au dbut des interventions internationales destines rtablir la paix, faciliter laction humanitaire et protger les populations. La militarisation de laide humanitaire tait en route au nom de la protection des populations. On savait que les Etats ont des agendas multiples et que la communaut internationale nest quun assemblage disparate dintrts tatiques. Mais il fallait essayer de comprendre si la prise de lenclave tait le fruit dun accident militaire ou dun accord politique et dans ce cas pour-quoi laccord navait pas inclus des garanties sur lvacuation et la scurit de la population. En situation de conflit, il est normal de devoir ngocier y compris pour obtenir un accord de paix, mais il est important que les organisations humanitaires sachent combien pse la protection des populations dans lensemble de ces agendas. Jai eu la rponse cette question devant le parle-ment franais quand le Haut reprsentant des Nations unies a reconnu quil navait pas donn lordre des frappes ariennes, car cela aurait mis en pril le processus de paix. Le travail que nous avons effectu sur la mission dinformation parlementaire sur Srebrenica a ensuite nourri les positionnements opration-nels de MSF dans dautres crises, car nous continuons tre confronts des oprations internationales avec des mandats de protection des populations. Ces mandats ont volu comme le montre aujourdhui les exemples de la Rpublique dmocra-tique du Congo, du Soudan du Sud et de la Centrafrique. Ils ont permis dviter certains massacres de masse. Mais ils doivent

    continuer nous interroger sur notre rle et nos interactions avec le dispositif international comme nous avons t contraints de le faire trop tardivement Srebrenica.

    Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF (en franais) interviewe en 2015

    On tait un certain nombre vouloir vraiment pousser. On tait tous tellement impliqus, un peu revanchards,

    qu certains moments je me suis quand mme pos la ques-tion : est ce que cest une vraie logique intellectuelle ? Ou bien est-ce que ce ne sont pas un peu les anciens de Bosnie de MSF qui cherchent rgler des comptes ? En tous cas, le prsident tait pour, le directeur gnral tait pour. Le directeur des oprations, ce ntait pas son truc parti-culirement. Mais je nai pas souvenir davoir d me battre. Il ny avait pas une forte opposition, il y avait des discussions. Aprs il y avait forcment des rleries de couloirs sur le mode quoi a sert ? , ce nest pas le rle de MSF etc.A la fin, Il y a eu des tensions entre Jean-Herv et Franoise propos dune interview quelle a donne. Il ntait pas au courant, il la dcouverte une fois publie. Il pinaillait sur une formule, il trouvait que Franoise poussait plus le curseur sur le Droit, alors que lui voulait le tirer dans lautre sens. Moi je navais aucun problme parler de Droit international huma-nitaire. Mais certains mdecins avaient une autre perspective. Le directeur gnral par exemple disait quil y avait trop de juristes dans cette maison . Ctait le dbut de cette ambiance de remise en cause de la dmarche non-stricto-sensu mdicale. Ctait une critique de mthode - ce nest pas notre mtier - ou une critique de lgitimit - a peut mettre en danger les opra-tions, brouiller notre image. Au final, moi je trouvais que a avait du sens de faire a. On ne se contentait pas de crier la dernire pidmie, on montrait quon pouvait aussi travailler sur un dossier de fond plusieurs annes plus tard. Notre prsence aux auditions, les tmoignages de Christina et Daniel donnaient du sens tout cela. A tous ceux qui y voient un drapage, on va trop loin, ce nest pas de notre ressort moi je dis que a a t fait avec intelligence.

    Stephan Oberreit, coordinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie de mai novembre 1995, directeur

    de la communication de MSF France de 2000 2006 (en franais) interview en 2015

    On ne peut pas nous reprocher de ne pas avoir suffisam-ment parl de Srebrenica. On a fait plusieurs confrences

    de presse, on a fait un maximum de bruit. Aprs, remonter la chaine de commandement militaire et les dcisions politiques, via des parlementaires, cest vrai que a pose question. Ce sont des affaires de Secret Dfense . Bon courage pour y avoir accs ! Cest courageux de lavoir fait.

    Dr. Eric Goemaere, directeur gnral de MSF Belgique de 1994 1997 (en franais) interview en 2015

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    RACTION AUX RAPPORTS SUR LES RESPONSABILITS

    NERLANDAISES

    MSF Hollande constitue un groupe de travail charg de prparer un document danalyse du rapport sur Srebrenica que linstitut de documentation sur la guerre nerlandais (NIOD), charg dune enqute par le Parlement nerlan-dais en 1996 sapprte publier. Le 9 avril 2002, veille de la publication officielle de ce rapport, MSF Hollande diffuse un communiqu de presse et un document intitul questions pour le futur dans lesquels sont poses trois questions concernant la prvi-sibilit des vnements de juillet 1995 Srebrenica, auxquelles lorganisation considre que ce rapport doit rpondre. Une tribune est galement publie dans le quotidien nerlandais Trouw.

    Srebrenica, questions pour lavenir Memo de MSF Hollande, 4 avril 2002 (en nerlandais, en anglais) D216

    Extrait : Besoin dun dbat honnte et ouvert pour les survivants et la socit nerlandaise.Lenqute du NIOD ntait pas la premire enqute mene, un certain nombre de rapports ont dj t crits sur Srebrenica. Les discussions ont tourn autour du rle et du mandat de lONU, mais le rle spcifique et le mandat des Pays-Bas sont rests des sujets sensibles et tabou jusqu aujourdhui. MSF Hollande salue la sortie du rapport du NIOD et attend avec impatience un dbat ouvert et honnte sur les leons qui peuvent tre tires du massacre de Srebrenica et de lchec international empcher de telles horreurs. Cependant, MSF Hollande est dcourage par le constat quil a fallu plus de cinq ans pour produire ce rapport indpendant. Les leons de Srebrenica auraient t utiles aux Pays-Bas et la commu-naut internationale, implique dans diffrentes interven-tions militaires depuis Srebrenica. De plus, les survivants de Srebrenica luttent encore pour reconstruire leurs vies et leur pays. Il est essentiel de rassembler toutes les informations sur les vnements prcdant la chute de lenclave pour que les habitants puissent en affronter les consquences.Dans lintrt des survivants, MSF Hollande voudrait savoir si le NIOD a eu accs des sources dinformation pertinentes et si ces sources ont t utilises dans lenqute.Est-ce que toutes les personnes ayant jou un rle dans cette tragdie ont t interroges - en particulier les membres de la socit bosniaque et les survivants de ce meurtre de masse. []

    Pourquoi est-ce que MSF prend la parole maintenant ?En mars 1993, Mdecins Sans Frontires a commenc tra-vailler dans lenclave de Srebrenica.

    En juillet 1995, deux expatris, Christine Schmitz et Daniel OBrien taient prsent, avec du personnel national, dans lenclave au moment de la chute, des dportations et des excutions. En tant que seule organisation internationale prsente avec du personnel expatri, MSF a t tmoin de la panique, de la peur de mourir de la population pendant la chute de lenclave et dans les jours qui lont suivi. MSF a t tmoin de lchec et de limmobilisme de la communaut internationale qui a entrain la mort de milliers de personnes. Le fait que notre prsence nous ait rendu tmoin de ces v-nements nous donne la responsabilit de demander que lumire soit faite.Cette transparence est ncessaire pour garantir que plus jamais une population ne connaitra le mme destin, que nos soldats ne se retrouveront plus face des responsabilits intenables et enfin que plus jamais des civils ne seront bercs par lillusion dtre en scurit - une illusion qui a pu influencer leur dcision de ne pas fuir au moment o ils lau-raient pu. Cest pour cela que le rapport du NIOD et le dbat parlementaire ultrieur sont cruciaux. Et mme si au final les forces serbes sont responsables de ce massacre, les survivants de Srebrenica mritent une explica-tion ouverte et honnte sur lchec des forces des Nations unies en Bosnie dans le respect de leurs promesses de protection.Avant la publication du rapport du NIOD, MSF voudrait sou-lever quelques questions importantes au sujet desquelles des responsabilits doivent tre assumes. MSF est aussi impli-que parce quelle travaillait troitement avec le personnel de lhpital de Srebrenica. Des 128 employs, 22 ne sont jamais arrivs Tuzla. MSF a russi vacuer 13 de ses collgues bosniaques. Meho Bosnjakovic a choisi de rester avec sa famille et il est lune de ces milliers de personnes avoir t assassines. Limplication nerlandaise dans la tragdie de Srebrenica se divise en quatre tapes.1. La premire tape est celle des prparatifs, du processus de dcision qui a conduit envoyer un bataillon de la brigade aromobile dans lenclave de Srebrenica.2. La deuxime tape est le sjour du Dutchbat Srebrenica de fvrier 1994 au dbut de juillet 1995.3. La troisime tape est la capture de Srebrenica et les rac-tions ultrieures du Dutchbat et des Nations unies.4. La dernire tape est la priode succdant la chute, au cours de laquelle des meurtres de masses ont t commis. Une question centrale vaut pour toutes ces tapes : est-ce que la population sest vue offrir une protection et si oui, comment a-t-elle t mise en uvre ? []

    Les questionsLe NIOD doit apporter une rponse aux questions suivantes :Question 1Est-ce que le concept de zone de scurit tait crdible et tenable ?Question 2Est-ce que la chute de lenclave tait prvisible ?Question 3Etait-il prvisible quautant de personnes soient tues aprs la chute de lenclave ?

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    Prises de parole publiques

    Srebrenica Courriel du charg de communi-cation de MSF Hollande aux dpartements com-munication de MSF, 5 avril 2002 (en anglais) D217

    Veuillez trouver ci-joint le rapport que nous avons rdig. Vous pouvez lutiliser pour le web ou autre. Vous vous sou-venez sans doute quen 1996 le gouvernement nerlandais a demand linstitut nerlandais de documentation de la guerre (le NIOD) de conduire une tude sur la chute de Srebrenica et limplication des Pays-Bas. En ralit le sujet de recherche tait plutt large : le processus de dcision, le contexte en Bosnie, la chute de lenclave et les massacres.Le gouvernement en a charg le NIOD aprs plusieurs tenta-tives de refermer ce chapitre sombre de lhistoire nerlan-daise. Ces tentatives avaient chou puisque de nouvelles informations ne cessaient dtre publies qui questionnaient chaque fois la version prcdente des vnements. Il y a eu une grande mfiance de la part du public nerlandais lgard du gouvernement qui craignait que ce dernier ne cherche dissimuler des dtails et quil naffronte pas ses responsabilits.La recherche confie au NIOD sest rvl tre un moyen effi-cace pour viter une confrontation politique autour de la question de Srebrenica. Des dbats ont t bloqus au pr-texte de la sortie prochaine du rapport du NIOD : nous atten-dons le rapportComme vous le savez, le parlement franais a conduit une enqute sur la chute et le massacre de Srebrenica lan dernier. MSF avait pouss pour cette enqute et lavait influence par son lobbying et ses questions spcifiques. Un des points importants de lenqute tait le rle du gnral Janvier, qui aurait refus de recourir des frappes ariennes alors quelles auraient pu empcher la chute de lenclave. Il a t dit quil lavait fait en raison dun accord avec Mladic sur la libration des otages des Nations unies. Les conclusions du rapport franais ont t dcevantes, puisquaucune responsabilit politique claire na t identi-fie. Lhistoire du gnral Janvier na pas t rsolue (absence de preuve, mais pas de preuve contre cette thorie non plus).La commission franaise a critiqu lattitude du Dutchbat, le bataillon nerlandais de lONU Srebrenica, car ils navaient rien fait pour rsister lattaque serbe. Si seulement il y avait eu un bataillon franais SrebrenicaLes politiciens nerlandais ont ragi avec colre ces dcla-rations. Cest l que MSF est intervenu. Nous avons publi une dclaration demandant une discussion ouverte, honnte et srieuse en Hollande et questionn les ractions dfensives vis vis du rapport franais. Mercredi prochain, le 10 avril, le rapport du NIOD sera prsent. 3 000 pages et 2 000 pages dannexes.MSF H sest prpar et a rflchi comment contribuer au dbat, et plus spcifiquement, comment pousser pour obtenir des claircissements concernant labsence de protec-tion Srebrenica et dans les futures interventions internationales.Nous avons ralis une brochure, ou un rapport si vous pr-frez, dans laquelle nous prsentons quelques questions aux-quelles nous esprons que le NIOD apportera une rponse et une clarification satisfaisantes, et qui devraient aussi tre les

    questions dominantes dans le dbat politique qui suivra la prsentation du rapport.Mardi prochain, nous publierons un article dans le journal qui soulignera notre crainte que les Pays-Bas et la communaut internationale en gnral ne tirent une conclusion cynique du drame de Srebrenica : nous ne pouvons ni ne voulons prendre la responsabilit de la protection des civils dans les zones de guerre. [] Nous avons eu une discussion hier soir avec quelques journa-listes, une organisation pacifiste, et quelquun de lInstitut de recherche pour les Affaires internationales au sujet du rapport du NIOD et des stratgies possibles afin de lancer un dbat aux Pays-Bas. Nous nous donnerons des interviews et participerons des dbats publics.

    Les leons de Srebrenica : Prendre au srieux la protection des populations locales Communiqu de presse de MSF Hollande, 9 avril 2002 (en anglais) D218

    Mdecins Sans Frontires a mis en garde les Pays-Bas et la communaut internationale contre le risque de tirer de mau-vaises conclusions de lchec du Dutchbat Srebrenica. Le fait quait pu tre perptr un massacre de masse contre les Bosniaques de sexe masculin malgr la prsence de troupes des Nations unies doit amener une analyse en profondeur des erreurs commises. Ces erreurs devront tre vites lors dintervention futures. La question est de savoir comment offrir une protection concrte aux populations menaces par la guerre.Mdecins Sans Frontires craint que le gouvernement ner-landais et la communaut internationale nen aient dj tir une conclusion cynique, savoir quil serait prfrable de ne pas simpliquer. Depuis Srebrenica, ils ont clairement vit de protger des populations menaces par la guerre. Par exemple, la protection a clairement t carte lors de la mission de paix en Ethiopie et en Erythre. La priorit tait donne la scurit des troupes. Si des violences devaient apparaitre, les soldats nerlandais de la MNUEE seraient vacus.La publication prochaine du rapport du NIOD a raviv le dbat sur Srebrenica aux Pays-Bas et sur la scne internationale. Jusqu maintenant, ce dbat tait peine possible en raison de son caractre politiquement sensible dans le pays et sest caractris par des tendances dplacer les responsabilits. Il est choquant que 7 ans aprs ce massacre de masse - qui a eu lieu en prsence de forces de lONU- si peu soit connu sur ce qui sest vraiment pass Srebrenica.Le rapport du NIOD devra vraiment rpondre ce besoin de clart. Aussi nous demandons au gouvernement nerlandais dorganiser un dbat ouvert et labri de toute influence ou sensibilit personnelle ou politique. Ce dbat doit aboutir une dclaration claire sur comment et sous quelles conditions le gouvernement nerlandais compte assurer la protection relle des populations menaces dans les zones en crise.

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    Tirer les bonnes conclusions de Srebrenica Tribune de MSF Hollande, Trouw (Pays Bas), 9 avril 2002 (en nerlandais) D219

    Avant mme la publication du trs attendu rapport du NIOD sur Srebrenica, les rvlations sortent un rythme infernal. Les attentes concernant ce rapport sont importantes et seront probablement suivies dun dbat politique intense. Toutefois, presquaucune attention na t porte la ques-tion la plus importante : quelles leons tirer de la chute de lenclave au regard de la protection des civils face aux vio-lences de guerre ?Depuis Srebrenica, les Pays-Bas ont adopt une position res-trictive vis--vis des missions de maintien de la paix. Cest comprhensible au vu de ces expriences traumatisantes. Mais cest sur leur plus importante mission depuis Srebrenica, celle de la MNUEE [Mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythre] en Ethiopie et en Erythre que lon peut constater quelles leons ont vraiment retenues les Pays-Bas. Ils prennent maintenant part des missions bas risque o cest la scurit des soldats qui prime. La MNUEE na explici-tement aucune responsabilit quant la protection de la population locale. Un accord a t pass, stipulant quelle se retire ds que la violence clate entre les parties belligrantes.Pourtant une des leons de Srebrenica est que lorsque les Nations unies et les Pays-Bas ont des soldats stationns dans une zone, ils doivent assumer une responsabilit morale vis--vis de la population. La population locale compte sur les troupes de lONU pour les protger. Aprs tout, vers qui dautre pourrait-elle se tourner ?De plus en plus souvent, dans des zones de guerre, des civils sont menacs et tus. Mdecins Sans Frontires travaille dans nombre de ces rgions. Notre quipe Srebrenica a t le tmoin de ce qui sy est pass. Notre personnel sest occup des blesss et a vu la peur saisir la population quand les Serbes de Bosnie ont attaqu. Peu importe quel point laide humanitaire est essentielle la survie dans ces zones, en tant quorganisation humanitaire nous ne pouvons protger les populations civiles de la violence qu un tout petit niveau.Si nous ne voulons pas leur tourner le dos dans une indiff-rence gnrale, alors la communaut internationale doit prendre des responsabilits et agir. Elle devra aussi accepter linvitable obligation de protger concrtement les populations.Les vritables circonstances de la chute de Srebrenica et des meurtres de masse qui ont suivi doivent tre mises en lumire. Nous devons absolument reconnaitre que des erreurs ont t commises.Ceci est crucial afin de pouvoir garantir que plus jamais des gens ne seront abandonns leur sort de cette manire.De plus, plus jamais des troupes ne doivent tre confrontes des responsabilits aussi impossibles remplir et de tels checs. Enfin, plus jamais une population civile ne doit avoir lillusion dune scurit qui la conduirait ne pas fuir au moment o elle le pourrait. Cest seulement grce une ana-lyse mticuleuse et un dbat transparent sur les vne-ments que des conclusions pertinentes pour lavenir pourront tre tires.Il serait cynique den tirer la conclusion quil ne faut plus

    jamais protger des civils. Les leons de Srebrenica doivent rpondre aux questions de savoir comment la mission a pu chouer aussi tragiquement et comment assurer une vritable protection.Nous esprons que le rapport du NIOD fournira une analyse claire de lchec de la mission Srebrenica et nous deman-dons au gouvernement nerlandais douvrir un dbat public. Ce dbat devra montrer comment les Pays-Bas comptent mettre en uvre une protection relle des civils dans les zones de crise.

    Nous avons russi avoir un aperu, grce un rapport dune organisation nerlandaise, Pax Christi, sorti juste

    avant celui du NIOD. Jai coordonn le groupe qui travaillait sur le rapport de MSF. Ctait difficile darriver un accord entre nous. Les motions taient toujours l. Je pense que notre rapport na pas eu beaucoup dcho.

    Wilna Van Aartzen, coordinatrice de MSF Hollande en ex-Yougoslavie en 1991-1993 puis responsable du

    desk urgence, puis directrice des Oprations (en anglais) interviewe en 2015

    Cest une astuce politique : quand on ne sait pas quoi faire, on monte une commission. Elle sera occupe

    pendant deux ans et dici l une autre sujet aura pris la priorit dans lactualit. Soyons honntes, MSF on fait la mme choseLe choix du NIOD tait politique. Il a t choisi parce que le NIOD est compos dhistoriens et ne fait pas de politique. Ce choix ctait dj une dpolitisation du problme. On le met entre les mains des historiens, quon sait tre lents, et a nous amne en 2002. L ils peuvent donc en assumer les responsa-bilits, sans en assumer les consquences. Ctait comme un ballon vide. Dans lintervalle, il avait t reconnu que le Dutchbat avait chou. Mais en 1995 ou 1996 ce ntait pas possible. Cest pour a que je pense que ctait courageux de la part de Pronk, de de Miliano, de Christina et de MSF davoir dit lpoque que le roi tait nu.

    Wouter Kok, coordinateur de MSF Hollande en Bosnie en 1992 puis coordinateur de la cellule durgence de MSF

    Hollande (en anglais) interview en 2015

    Le 10 avril 2002, le rapport du NIOD D220 sur la chute de lenclave de Srebrenica est publi. Il rpartit les responsabilits sur lensemble des acteurs de la communaut internationale et en particulier lONU. Sil accuse le gnral Janvier de ne pas avoir autoris temps les frappes ariennes, il rejette lhypothse dun marchandage sur les otages avec les militaires Bosno-serbes.

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    Prises de parole publiques

    Srebrenica : un rapport attnue les responsabi-lits des soldats nerlandais Agence France Presse, 10 avril 2002 (en franais)

    Extrait : Intitul Srebrenica, une zone de scurit - reconstruction, antcdents, consquences et analyses de la chute dune zone de scurit , ce rapport dtaille les vnements qui ont conduit ce massacre tout en analysant les responsabi-lits lorigine du drame.Etabli par lInstitut nerlandais de documentation sur la guerre (NIOD) la demande du gouvernement des Pays-Bas, il conclut aprs plus de cinq ans de recherche que les consi-drations humanitaires et les ambitions politiques ont pouss les Pays-Bas se lancer dans une mission de paix irrflchie et pratiquement irralisable . Par ngligence, un grand nombre de tenants de cette poli-tique ont pris une lourde responsabilit , dit le rapport, citant la classe politique nerlandaise et la hirarchie militaire.Le NIOD montre galement du doigt les mdia, qui il reproche davoir donn limpression que les soldats nerlandais taient indiffrents au sort de la population musulmane.Le NIOD blme surtout le mandat de lONU confi aux soldats, facteur denlisement de leur mission et cause indirecte du massacre.Peu nombreux (200 hommes), faiblement arms, pris entre deux feux adverses, contraints limpartialit et ne riposter que sils taient directement pris pour cible, plongs dans lillusion de la zone de scurit , les soldats nerlandais taient restreints dans leur marge de manoeuvre, affirment les auteurs !Ceux-ci rejettent toute accusation de collaboration selon un terme employ par un casque bleu nerlandais du bataillon avec lassaillant serbe.Reconnaissant que le gnral Ratko Mladic, chef militaire des Serbes de Bosnie, a dcid de prendre la totalit de lenclave face au manque de rsistance arme des casques bleus nerlandais, les auteurs estiment cependant que toute action des Nerlandais pour tenter de dfendre Srebrenica tait contraire aux instructions de lONU .

    Pour contrer les Serbes, le bataillon comptait sur une inter-vention arienne, ce qui avait t exclu par les responsables de la Forpronu (Force de protection de lONU).Le NIOD rejette propos lhypothse selon laquelle le gnral Bernard Janvier chef de la Forpronu, aurait conclu un accord de non intervention arienne avec le gnral Mladic, en change de la libration dotages franais dtenus par les Serbes de Bosnie.Pour le NIOD, les forces aux ordres du gnral Mladic, sont les premiers responsables du massacre. Il indique navoir pas trouv dindications selon lesquelles Belgrade aurait ordonn ou soutenu les tueries.Quant au tri de la population auquel les soldats nerlan-dais ont particip, le NIOD le qualifie dallant de soi , mme si dans les faits ctait une participation la purifica-tion ethnique vu la menace dpidmie et la volont des Musulmans eux-mmes de partir au plus vite. Dautre part, le commandement du bataillon ne pouvait pas

    se douter que cela aboutirait aux massacres, mme sil avait conscience de lavenir incertain des hommes , estiment les auteurs.Le manque dinitiative politique de La Haye lheure du mas-sacre est mis sur le compte dune mauvaise communication avec la hirarchie militaire nerlandaise. Selon les auteurs du rapport, ltat-major nerlandais aurait diminu la gravit des faits pour ne pas ternir limage de larme.

    Premires raction au rapport sur Srebrenica aux Pays-Bas Courriel du charg de communi-cation de MSF Hollande aux dpartements de la communication de MSF, 10 avril 2002 (en anglais) D221

    Extrait : Ce qui est remarquable dans le rsum fait aujourdhui, cest que le jugement lgard du Dutchbat est peu svre : ils ont agi dans le cadre de leur mandat, ont suivi leurs instructions. On effleure juste la question de savoir ce quil serait arriv si le Dutchbat avait pris une position plus ferme vis--vis des Serbes - est ce que cela aurait affect le droulement des vnements ?

    Selon la prsentation daujourdhui, le Dutchbat a choisi de faciliter une vacuation rapide de la population craignant un dsastre humanitaire denvergure lintrieur et lextrieur de la base en raison de la pnurie deau, de vivres et dune situation dhygine prcaire. En fait, le NIOD dit que la prio-rit a t donne lvacuation des femmes et des enfants, ce qui revenait en quelque sorte accepter de facto quon ne pouvait pas faire grand-chose pour aider les hommes.A ce moment de la prsentation, le groupe des Femmes de Srebrenica et lancien traducteur de lONU, Hassan Nuhanovic, se sont levs et ont quitt la salle - ils ont trouv cette dcla-ration pouvantable.Pour les rponses aux mdias :- Nous devons malheureusement insister sur le fait quil nous faut du temps pour vritablement le lire et lapprcier laune des questions que nous nous posons.Ces questions sont : est-ce que la mission tait ralisable ? Est-ce que la chute de lenclave tait prvisible ? Est-ce que le gnocide tait prvisible ?Ensuite vient la question cruciale : quest-ce qui a t fait pour assurer la protection de la population ?- Etant donn les vnements tragiques de Srebrenica, il est clair que la protection a chou. Il est donc important de voir pourquoi elle a chou.Nous lirons le rapport pour voir sil fournit une analyse com-plte et crdible rpondant cette question.Lors de la prochaine tape les politiques devront discuter de ce problme et arriver une position claire propos de Srebrenica et - ce qui est trs important pour MSF- tirer les conclusions concernant la protection des populations pour les crises futures.La prsentation daujourdhui a renforc cette inquitude, elle se concentrait sur les circonstances, comme si les vne-ments taient invitables.

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    Donc encore une fois, nous essayerons de tirer de Srebrenica les enseignements pouvant ltre.Est-ce que tout a t pris en compte pour protger efficace-ment la population - mme si le mandat tait faible, mme si les circonstances taient complexes ?- Ici aux Pays-Bas, il est possible quon nous demande si nous voulons quune enqute parlementaire soit lane. Nous nal-lons pas militer dans ce sens, mais nous pourrions en arriver cette conclusion. Limportance dune telle enqute pourrait tre :- quelle serait publique, donc que les responsables devraient rendre publiquement des comptes sur leurs dcisions et leurs actions. []- que lenqute devrait se concentrer sur les futures interven-tions : comment pouvons-nous offrir une protection aux populations ?

    Compte-rendu de la runion du conseil dadmi-nistration de MSF Belgique, 29 avril 2002 (en anglais) D222

    Extrait : Rapport du NIOD sur SrebrenicaLisette [Luickx, Prsidente de MSF Hollande] prsente lavance du groupe de travail. Le rapport du NIOD est subs-tantiel et les membres de lquipe travaillent toujours dessus.Le rapport a conduit un dbat public intense et la prise de mesures politiques par le gouvernement. Le rle de MSF H ce jour est minime.1. Le communiqu de presse de MSF H fait avant la sortie du rapport na t publi que dans Trouw.2. Le dbat organis par IKV sest bien pass mais na pas t trs frquent, probablement parce que lintrt des mdias est dj grand par ailleurs.3. MSF organise un vnement interne le 31 mai avec deux des enquteurs du NIOD et des membres de lassociation pour dbattre des sujets concernant MSF (mdical, scurit, protection)Le groupe de travail rflchit actuellement aux conclusions de MSF. Est-ce que le rapport rpond correctement nos questions ? Est-ce que nous voulons soulever des questions spcifiques lors de lenqute parlementaire ? Quelles sont les prochaines tapes pour MSF ?Le groupe de travail prpare un document usage interne pour expliquer le rle de MSF Srebrenica et dans le rapport du NIOD ainsi quun commentaire usage externe en rponse au document actuel. Le groupe de travail a perdu son coordinateur, Wilna et les membres de ce groupe ont souvent dautres priorits, il y a donc un manque de leadership et de stimulation intellec-tuelle. Le groupe de travail indiquera bientt ce que le rle de MSF devrait tre et prsentera un plan daction.

    Le 16 avril 2002, suite la publication du rapport du NIOD, lensemble du gouvernement nerlandais et le chef dtat-major des armes dmissionnent.

    Aux Pays-Bas, le gouvernement de Wim Kok dmissionne Le Monde (France) 18 avril 2002 (en franais) D223

    Extrait : Mardi 16 avril, aprs trois heures de discussion avec ses ministres, Wim Kok a choisi de prsenter la dmission de son quipe, reconnaissant que les conclusions de lenqute sur Srebrenica taient graves et ne pouvaient pas rester sans conclusion politique . Le discours du premier ministre, tablissant la coresponsabilit de son pays dans les atro-cits commises par les troupes serbes diriges par le gnral Mladic, a tonn lopinion nerlandaise. Il a t unanime-ment salu par les formations politiques, y compris le CDA (chrtien-dmocrate), dans lopposition, dont le leader a voqu son respect pour la dcision de M. Kok. []Cette affaire aura-t-elle une influence sur le scrutin du 15 mai ? M. Kok a incontestablement accompli un beau geste mais, dans la tte des lecteurs, il y a longtemps quil tait parti , affirme un diplomate nerlandais.

    Le Premier ministre Wim Kok a dmissionn. Personnellement je crois quil tait sincre, quil voyait

    ce geste comme une acceptation des consquences de ses actes. Mais le gouvernement tait dj la fin de son mandat, il lui restait un mois. La sincrit de son geste a donc t mise en doute, parce quon savait quil ne se reprsenterait pas. Et au final, puisquil tait Premier ministre, tout le gouvernement est tomb. Ctait donc un geste vain puisquil ny aurait pas de consquences, que cela naffecterait pas leur retraite et que dans tous les cas, il y aurait des lections Sils avaient dmissionn en aot 1995, l, ils auraient vritablement assum leurs responsabilits.

    Wouter Kok, coordinateur de MSF Hollande en Bosnie en 1992 puis coordinateur de lquipe durgence

    (en anglais) interview en 2015.

    Le 8 mai 2002, un document dtaill danalyse du rapport du NIOD est diffus au sein de MSF Hollande mais ne sera pas rendu public. Le 31 mai, les membres de lassociation MSF Hollande sefforcent de tirer les leons des vnements de Srebrenica en prsence dun des membres du NIOD.

    Rapport interne de MSF H : Mdecins Sans Frontires et le rapport du NIOD sur Srebrenica Malou Nozeman, MSF Hollande, 8 mai 2002 (en nerlandais, en anglais) D224

    Extrait : Introduction Peu de temps aprs la sortie du rapport du NIOD, on ma demand de dcrire les questions cls quil soulevait. Ce docu-

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    Prises de parole publiques

    ment de 6 000 pages - comprenant un rapport de 3 400 pages, 4 annexes et un CD-ROM - ne pouvait possiblement pas tre lu par tout le monde, mais il tait important pour MSF davoir un aperu des questions les plus pertinentes. Il tait aussi impor-tant que ces questions puissent tre conserves pour notre mmoire institutionnelle. Lenqute du NIOD, qui visait pr-senter une reconstruction de la tragdie est extrmement dtaille, les analyses ne sont pas toujours claires et les conclusions sont disperses. Un groupe de travail MSF sest rparti la lecture des 6 000 pages entre ses membres. Je me suis concentre sur la chute de lenclave et ses consquences jusqu la fin 1995, soit la Partie IV du rapport. Jai galement tudi lannexe intitul le Dutchbat et la population : aspects mdicaux , qui dcrit laide mdicale apporte la population par MSF et le Dutchbat.Cest dans ce domaine que de srieuses tensions sont apparues entre les deux organisations, ce qui a suscit des ractions de la socit nerlandaise.

    Principales conclusions du rapport et de lannexe Le meurtre de masse de 7 500 Musulmans na t planifi

    quaprs la chute de lenclave (aprs le 11 juin [11 juillet]). Le NIOD na trouv aucune preuve que le meurtre de masse ait t planifi lavance (p. 2 573).

    La tentative de milliers de Musulmans de senfuir de len-clave a dclench ces excutions de masse. (p. 3 154) Les chercheurs dclarent que ce fut une surprise complte pour Mladic. La rponse cette fuite a t exceptionnellement violente, alimente par la haine et la vengeance.

    Aucune preuve na t trouve attestant dune coopra-tion politique ou militaire entre les forces serbes de Bosnie et le rgime de Milosevic Belgrade concernant ces meurtres de masse (p. 2 575).

    Limplication de Karadzic dans la dcision de ces excutions est incertaine .

    Le rapport du NIOD dsigne le gnral Mladic, commandant de larme des Serbes de Bosnie comme le principal perp-trateur de ce crime de masse.

    Le rapport conteste des affirmations, rptes depuis 1995, selon lesquelles le meurtre des Musulmans de Srebrenica aurait eu lieu en prsence du Dutchbat.

    Srebrenica, les leons en retenir Rapport de la soire de lassociation MSF Hollande, 31 mai 2002 (en anglais) D225

    Extrait : En rsum, quelques leons tirer :Pour le Dutchbat : Il y avait suffisamment de signes que les choses allaient de travers, mais personne ne savait comment les grer.Il ny avait pas de scnario catastrophe pour orienter la mis-sion. Il y avait trop de niveaux dcisionnels, linformation tait loin dtre optimale et a conduit de mauvaises dci-sions sur le terrain.Pour MSF : MSF devrait toujours faire de son mieux pour tre et rester connect au contexte , pour rester vigilant et rpondre rapidement aux nouveaux dveloppements.

    MSF doit toujours sinterroger sur les problmes quelle ren-contre, mme si cela va lencontre des mdias et des ten-dances. La question de savoir comment faire passer notre message doit toujours tre discute.Arpad Gerecsey : A propos de la circulation de linformation, est ce quil a t possible MSF F de faire passer son message ?Dick Schoonoord : Je vois une occasion : Le 11 juillet, len-clave est tombe, il y a eu une confrence au cours de laquelle le HCR sest dclar trs inquiet. A ce moment, des informa-tions de premire main de MSF auraient pu jouer un rle important dans linformation publie par les mdias.Jacques de Miliano : Le rle de MSF dans de telles situations est toujours difficile : comment faire pour que notre informa-tion soit diffuse alors que nous navons pas toutes les preuves et tous les faits ? Cest toujours un problme.A Gorazde, MSF a aussi fourni des informations et les Nations unies les ont utilises. Akashi na pas utilis toutes les infor-mations que nous lui avions donnes, seulement des mor-ceaux choisis. Nous avons ralis quil mentait. Nous avons donn des informations et les Nations unies ont envoy des avions et a a aid. Aprs coup les Nations unies ont admis que ce sont nos informations qui ont dclench laction. En ce qui concerne Srebrenica, il est vident que sur une priode courte de deux ou trois jours il est crucial pour MSF de jouer son rle. En conclusion, dans notre travail nous devons rester vigilants en permanence. Participant : Mais si nous faisons passer linformation et quil ne se passe rien ? Kenny Gluck : Lchec des Nerlandais rside dans leur enga-gement initial, le foss entre le mandat officiel et la percep-tion de la population. Dans ce domaine, il y a aussi un rle jouer pour MSF : rendre les gens conscients de ces diffrences dinterprtations. []Dick Schoonoord : Prendre la parole est une bonne chose mais a ne vous protge pas dtre utilis des fins politiques. Ne propagez pas dinformation si vous nen connaissez pas lori-gine, ou bien vous serez utiliss. Je connais un cas o cest arriv.Maarten te Kulve : La collecte de donnes, la comprhension et la reconnaissance de ce que lon voit, la comprhension des contextes est quelque chose qui se dveloppe MSF, mais nager contre-courant est trs difficile. Participant : MSF nest pas l-bas pour faire de la collecte de donnes mais pour parler de ces gens. Quand toutes les portes sont closes, les gens avec qui nous travaillons ont besoin de savoir ce qui se passe.Paul Koedijk : Les autorits politiques utilisent les mdias. Les mdias sont anims par toutes sortes de mcanismes. Il est difficile de prparer des journalistes et dinfluer sur ce qui sera publi dans les mdias.Kenny Gluck : Quand il ny a pas de volont politique nous devons aller au-devant du public.

    Le 5 juin 2002, le parlement nerlandais dcide de crer une commission denqute sur la chute de lenclave de Srebrenica. Le rapport de cette commission est publi

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    le 27 janvier 2003. Le lendemain, dans un communiqu de presse, MSF constate que la commission a chou rpondre aux questions-cls sur les responsabilits concernant le massacre. Lorganisation demande nouveau que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne lancent leur tour un processus denqute sur leurs propres responsabilits dans les vnements de Srebrenica.

    Introduction par le prsident/ rsum des conclusions les plus importantes Courriel de Wouter Kok, MSF Hollande pour les directeurs de la communication de MSF, 28 janvier 2003 (en anglais) D226

    Extrait : 1. Le rapport a t accueilli avec le sentiment quil sagit dune faible copie du rapport du NIOD, qui est bien plus com-plet (et qui a conduit la chute du gouvernement lan der-nier). Peu ou pas de nouveaux faits sont prsents.Toute lenqute est plutt considre comme un outil pour tous les acteurs (nerlandais) du drame de Srebrenica qui leur permet de rendre des comptes au public. De dire au public, qui a fait quoi et ce qui a mal tourn.Les deux faits qui en ressortent (compar au rapport du NIOD)- Janvier ne veut toujours pas tmoigner, donc nous ne pou-vons toujours pas savoir pourquoi le soutien arien a t refus, pourquoi lenclave na pas t dfendue. Mais il est clair que ctait une dcision de lONU et que nos gars ne sont pas coupables, ils ne pouvaient rien faire.(je parle de la faon dont il est peru ici et non de mon opinion)- Le gnral Couzy est directement accus davoir cach aux dirigeants politiques des informations cruciales.La connaissance indiscutable quil avait du massacre na pas t partage avec le ministre.Il est dj la retraite donc je ne sais pas ce quil adviendra.2. Interne MSF HollandeNous pensons que grce au NIOD et lenqute parlemen-taire, une attention maximale a t porte Srebrenica. Que ce soit dans la socit nerlandaise ou MSF, nous navons pas limpression quon peut en faire plus. Jai bien peur que le plus intressant dans les vnements de Srebrenica se situe dans les crises venir : nous nous atten-dons ce que cette histoire soit dsormais utilise comme une rfrence pour obtenir des mandats maximum pour dautres missions dans lesquelles la protection des civils serait la pierre angulaire.Cela aura probablement un effet positif sur la contribution nerlandaise aux missions de maintien de la paix. On appr-cierait de voir moins de navet, plus de ralisme dans la conception de ces missions.Je ralise que cest la population de Srebrenica qui en a pay le prix, personne dautre.Quest-ce qui se dit en France ce sujet ?

    Aprs lenqute nerlandaise sur la chute de Srebrenica, MSF demande une commission den-qute aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne Communiqu de presse de MSF, 30 janvier 2003 (en franais) D227

    MSF a pris connaissance du rapport de la Commission den-qute parlementaire nerlandaise sur la chute de Srebrenica.La chute de cette enclave avait conduit au massacre de plus de 7 500 Bosniaques protgs par lONU. Huit ans aprs, ce document prsente les rsultats de lenqute mene aux Pays- Bas sur ce drame. Malgr ce rapport, qui sinsre dans une srie denqutes ralises depuis 1999, par les Nations unies et en France, des questions cruciales demeurent tou-jours sans rponses.Ainsi, les raisons qui ont conduit le gnral Janvier, comman-dant de la Forpronu, refuser les frappes ariennes de lOTAN, ne sont toujours pas lucides. Ces frappes avaient t demandes par le bataillon hollandais des Nations unies, en juillet 1995, afin de stopper loffensive serbe sur lenclave de Srebrenica et den protger la population. Le rapport hollan-dais lve certaines ambiguts qui demeuraient dans le rap-port du parlement franais. Il affirme notamment que toutes les conditions taient runies pour dclencher des frappes et conclut la responsabilit du gnral Janvier quant la dci-sion de ne pas utiliser larme arienne. Toutefois, il ne donne aucune explication sur les raisons qui lont conduit cette dcision. Les parlementaires nerlandais se bornent constater que lincertitude persiste sur les motivations du gnral Janvier et que sa dcision a t accueillie avec incomprhension au sein de son lquipe . Mdecins Sans Frontires regrette que les autorits franaises naient pas permis laudition du gnral Janvier devant la Commission parlementaire nerlandaise.Les questions demeurent sur dventuelles ngociations qui auraient conduit la dcision dabandon de lenclave par lONU ; soit dans le cadre dun accord de libration des casques bleus retenus en otage, soit dans le cadre des ngociations de paix menes au sein du Groupe de contact.Conformment aux exigences du rapport de lONU sur la chute de Srebrenica, qui demandait tous les Etats membres impli-qus de procder des enqutes nationales, Mdecins Sans Frontires demande aux Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui ont jou un rle majeur dans la gestion diplomatique et militaire du conflit bosniaque de se livrer un travail de transparence.MSF tient rappeler que la rponse ces questions constitue un lment central de clarification de la mission de protec-tion des populations dans le cadre des oprations de maintien de la paix. Ces enqutes doivent permettre damliorer la pro-tection des populations et dviter de dployer des militaires avec un seul mandat humanitaire, les rendant incapables de sopposer des politiques criminelles contre des populations civiles.

    On touchait avec cette question un nouvel tage de la chaine de dcision et lpilogue de lhistoire : pourquoi

    les avions de lOTAN qui ont survol le site nont-ils pas

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    Prises de parole publiques

    bombard. Yasushi Akashi [reprsentant spcial de lONU pour lex-Yougoslavie] a sans doute donn la rponse quand il a dit quun accord vaut plus que des vies. On devrait continuer mditer sur le fait que les processus de paix sont souvent la dernire ligne droite pour commettre des atrocits. Je suis persuade que si, au cours des ngociations, il y avait eu quelque chose de prcis sur la protection et lvacuation des enclaves, cela ne se serait pas pass. Mais cela aurait impliqu que les pays assument politiquement laccomplissement de la purification ethnique. Les gens qui travaillent professionnelle-ment sur ces questions ont suffisamment dlments aujourdhui pour savoir de quoi se mfier dans les oprations de maintien de la paix et dans les processus de paix.

    Franoise Bouchet- Saulnier, responsable juridique de MSF (en franais) interviewe en 2015

    En matire de protection des populations civiles, a a eu un impact beaucoup plus considrable que ce quon

    veut bien dire. Ca a pes dans certains dbats ou certaines prises de dcision ou rflexions qui ont t inities aprs par lONU ou le DPKO [Dpartement du maintien de la paix de lONU].Ces tragdies-l ont eu aussi des consquences considrables pour lONU en termes de maintien de la paix. Dabord le fait que des Etats occidentaux ne veulent plus envoyer leurs soldats comme casque bleu. Pour les oprations de maintien de la paix aujourdhui, il ny a plus aucune contribution occidentale, ou sil y en a une, elle est symbolique. Et puis il y a dsormais une vraie rticence de la part de lONU et du Conseil de Scurit crer des zones de soustraction des victimes, des zones de scurit.

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

    PILOGUE

    Le 19 avril 2004, le Tribunal pnal pour lex-Yougoslavie condamne en appel le gnral Krstic, lun des principaux responsables bosno-serbes des massacres de Srebrenica 35 ans de prison pour gnocide, complicit de gnocide et crimes de guerre. Le Tribunal confirme de manire dfi-nitive quun gnocide a t commis Srebrenica par les forces serbes de Bosnie.

    Pour le TPI, le massacre de Srebrenica est bien un gnocide Le Monde (France) 21 avril 2004 (en franais) D228

    Extrait : La chambre dappel du Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie (TPIY) a confirm, lundi 19 avril, que les forces serbes de Bosnie ont commis un gnocide contre les Musulmans de Srebrenica , mettant un point final au dbat sur cette qualification de gnocide . Les femmes, les enfants et les personnes ges musulmans de Bosnie ont t chasss de lenclave, et 7 000 8 000 hommes musulmans de Bosnie ont t tus de manire systmatique en juillet 1995, crivent les cinq juges, dans larrt relatif laffaire Krstic.Le gnral Radislav Krstic, qui commandait le corps de la Drina, dont les soldats ont procd aux excutions, avait t condamn, en premire instance, 46 ans de prison. Lundi, sa peine a t ramene 35 ans car, pour les magistrats, il ntait pas lauteur direct mais simplement le complice de ce gnocide. Lintention venait dailleurs, estiment-ils, et notamment du chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, en fuite depuis prs de neuf ans.

    Le 11 juillet 2005, dix ans prs les vnements de Srebrenica, Pierre Salignon, qui tait responsable des programmes de MSF France en ex-Yougoslavie en 1995 dclare au quotidien franais Libration que MSF reste mfiant vis--vis des discours de protection des populations prononcs par la communaut internationale.

    Nous avons eu droit une belle leon de cy-nisme Interview de Pierre Salignon lpoque responsable de Mdecins Sans Frontires pour lex-Yougoslavie Libration (France), 10 juillet 2005 (en franais) D229

    Extrait : Dix ans aprs, quelles leons tirez-vous de la chute de Srebrenica ?Cest une blessure qui ne sest pas encore referme. Nous avions lillusion de croire que nous allions viter le pire, cest--dire les massacres et labsence de soins et dhumanit, puisque nous tions prsents sur le terrain (MSF tait mme la seule organisation prsente dans lenclave cette date, ndlr). Finalement, nous avons d revoir lide que lon se faisait de laction de la communaut internationale. Car nous avons eu droit une belle leon de cynisme.Cest--dire ?Simplement, sil ny a pas de volont politique des Etats, le pire est possible. Aujourdhui nous avons certainement plus de dfiance vis vis des discours sur la protection des popu-lations par la communaut internationale. On se pose tou-jours des questions sur le dploiement des troupes de lONU, entre les belles intentions affiches et laide relle apporte.

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    Vous allez participer aux commmorations du dixime anniversaire ? [ ... ] Il ny a pas de volont de sexprimer en tant quorga-nisation. Des membres seront probablement prsents comme ils lont dj t depuis 1995 au mmorial de Potocari. Nous sommes solidaires des familles qui sont au cur de cette tragdie et aujourdhui directement concernes par le pro-cessus de commmoration. Nous, nous ne sommes quun simple acteur de secours et nous souhaitons rester cette place. Le moment nest surtout pas la polmique.

    Le 26 fvrier 2007, la Cour internationale de justice de La Haye affirme que la Serbie nest pas responsable du gnocide de Srebrenica.

    Pour la Cour internationale de justice, la Serbie nest pas responsable du gnocide de Srebrenica Le Monde (France), 27 fvrier 2007 (en franais) D230

    Extrait : La Cour internationale de justice (CIJ) a confirm quun gno-cide a eu lieu Srebrenica, en Bosnie-Herzgovine, mais a exonr lEtat serbe de sa responsabilit. [] Saisis par la Bosnie ds mars 1993, au plus fort de la guerre, les magistrats de la Cour, instance onusienne charge de rgler les diff-rends entre Etats, ont estim quun gnocide a bien t commis Srebrenica en juillet 1995. La chute de lenclave, zone protge par lONU, avait t suivie de lassassinat, en trois jours, de prs de 8 000 hommes, tous musulmans. []Mais ce gnocide, Belgrade nen est pas responsable, selon les juges de la CIJ, qui en attribuent la charge larme des sparatistes serbes de Bosnie, dont les principaux respon-sables, Ratko Mladic et Radovan Karadzic, sont en fuite depuis plus de onze ans. Si Belgrade a apport un soutien considrable la Republika Srpska (constitutive, avec la Fdration croato-musulmane, de la Bosnie-Herzgovine) , si Belgrade a permis de payer les soldats de larme des sces-sionnistes ou a fourni quelques officiers, elle na ni planifi, ni ordonn le gnocide.

    Le 3 juillet 2008, Naser Oric, le commandant des forces des Musulmans bosniaques dans lest de la Bosnie-Herzgovine, et en particulier Srebrenica, est acquitt en appel par le Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie. Il avait t accus et jug coupable en premire instance de navoir pas empch ses hommes de commettre des oprations meurtrires contre des populations serbes et de torturer des prisonniers.

    Le chef des Musulmans de Srebrenica blanchi BBC News, 3 juillet 2008 (en anglais) D231

    Extrait : Il a t reconnu coupable de ne pas avoir empch les hommes qui taient sous son commandement de tuer et mal-traiter six prisonniers bosno-serbes.Ses crimes supposs ont eu lieu bien avant le massacre de 8 000 prisonniers musulmans de Srebrenica en 1995.Entre 1992 et 1993 il commandait des troupes qui auraient dtruit 50 villages serbes causant la fuite de milliers de personnes.Mais les juges de la Haye ont dcid que le premier jugement navait pas pu prouver quil exerait un contrle sur ses hommes. La chambre dappel renverse la condamnation de Naser Oric a dclar le Juge Wolfgang Schomburg du Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie.Lancien garde du corps de Slobodan Milosevic, g de 41 ans, avait t condamn il y a deux ans une peine de deux ans - bien moins que ce quavait rclam le procureur. Il avait t relch immdiatement en raison du temps quil avait dj pass en dtention provisoire.Selon des correspondants, beaucoup de Musulmans bos-niaques le voient comme un hros et pensent que la dcision dengager une procdure son encontre avait t prise pour rpliquer aux plaintes des Serbes qui estimaient que le Tribunal tait partial leur gard. M. Oric tait le commandant des forces musulmanes bos-niaques de la ville de Srebrenica partir de mai 1992, alors que la ville tait soumise au sige des forces bosno-serbes.Les avocats de M. Oric ont dclar que les attaques contre des villages serbes taient des actions lgitimes contre des cibles militaires et stratgiques ou des oprations pour obtenir des vivres pour la population affame de Srebrenica.

    Le 22 juillet 2008, les autorits serbes arrtent Radovan Karadzic, le leader des Serbes de Bosnie au moment des massacres de Srebrenica, et le remettent la justice internationale.

    Les autorits serbes mettent fin la longue cavale de Radovan Karadzic Agence France-Presse, 22 juillet 2008 (en franais)

    Extrait : Radovan Karadzic, lancien chef politique des Serbes de Bosnie, inculp de gnocide et crimes de guerre par la justice internationale, a t arrt lundi par les services secrets serbes au terme dune traque de 13 ans. Radovan Karadzic tait rclam par la justice internationale en particulier pour avoir t, avec le gnral Ratko Mladic, ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, linstigateur du gnocide de Srebrenica (Est de la Bosnie) o prs de 8 000 hommes musulmans ont t limins en juillet 1995, le pire massacre en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.

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    Le 31 mars 2010, le parlement serbe vote une rsolution prsentant des excuses publiques pour le massacre de 8 000 Musulmans Bosniaques Srebrenica en 1995. V20

    Le Parlement serbe prsente ses excuses pour le massacre de Srebrenica Le Monde (France), 31 mars 2010 (en franais) D232

    Extrait : Le Parlement serbe a adopt, mercredi 31 mars, une rsolu-tion qui prsente des excuses publiques pour le massacre de huit mille Musulmans bosniaques Srebrenica, en 1995, alors que de profondes divisions subsistent dans le pays concer-nant ce chapitre de lhistoire.La rsolution sinscrit dans les efforts de Belgrade pour se rapprocher de lUnion europenne et exorciser le pass des guerres des annes 1990. Adopt aprs prs de treize heures de dbat retransmis la tlvision, le texte exprime sa sym-pathie pour les victimes et dplore ne pas avoir agi suffisam-ment pour prvenir le massacre commis par les forces serbes de Bosnie et les milices paramilitaires serbes.Il ne qualifie pas les vnements de gnocide . Nous avons adopt une mesure civilise de personnes responsables politiquement, fonde sur une conviction politique, pour les crimes de guerre commis Srebrenica , a dclar Branko Ruzik dont le Parti socialiste tait men par Slobodan Milosevic dans les annes 1990.

    Le 26 mai 2011, Radko Mladic, le commandant des forces bosno-serbes est son tour arrt et livr la justice internationale.

    La Serbie a annonc que Mladic sera jug pour crimes de guerre Dan Bilefsky et Doreen Carvajal, The New York Times (Etats-Unis), 26 mai 2011 (en anglais) D233

    Extrait : Ratko Mladic, lancien gnral commandant des Serbes de Bosnie, considr comme responsable du massacre de quelques 8 000 hommes et adolescents musulmans Srebrenica en 1995, a t arrt jeudi. Cette arrestation montre que la Serbie a dsormais lintention de sortir de liso-lation dans laquelle elle stait enferme pendant la guerre des Balkans, la plus sanglante de lhistoire europenne depuis la seconde guerre mondiale. La capture de lancien gnral lve un obstacle majeur len-tre de la Serbie dans lUnion europenne qui exigeait que M. Mladic soit arrt et jug par un tribunal international avant que cet Etat puisse se mettre sur les rangs pour devenir la 27e nation de lUnion.

    Le 16 juillet 2014, un tribunal de La Haye reconnait la responsabilit civile des Pays-Bas dans la mort de 300 Musulmans parmi les 8 000 victimes du massacre de Srebrenica.

    Massacre de Srebrenica : la justice reconnat la faute de larme nerlandaise Stphanie Maupas, Le Monde (France), 17 juillet 2014 (en franais) D234

    Extrait : Dix-neuf ans aprs, la justice nerlandaise a reconnu, mer-credi 16 juillet, la responsabilit civile des Pays-Bas dans la mort de plus de 300 Musulmans de Bosnie, livrs aux soldats de larme serbe alors quils taient rfugis dans une base de bataillon de casques bleus nerlandais (Dutchbat), en plein massacre de Srebrenica. Pour le tribunal de La Haye, les sol-dats nerlandais nauraient pas d participer la dporta-tion de plus de 300 hommes venus sabriter dans la base de Potocari, au nord de Srebrenica. []Pour les magistrats, on peut affirmer avec suffisamment de certitude que si le Dutchbat avait permis ces hommes de rester sur place, ils seraient rests en vie . Lassociation des Mres de Srebrenica, lorigine de la plainte, emporte une victoire capitale. Pourtant, elle envisage de faire appel, car les juges ddouanent les Pays-Bas de toute responsabilit dans la chute de lenclave. Or sa protection tait au cur du mandat qui avait alors t donn aux casques bleus.

    Lan dernier, le Premier ministre nerlandais sest rendu Srebrenica. Nous pensions quil allait dclarer que les

    Pays-Bas taient responsables, mme partiellement, mais il ne la pas fait. A MSF, on sest demand si on devait faire ou dire quelque chose, au cas o il y retourne. On a dcid que non.

    Wilna van Aartzen, coordinatrice de MSF Hollande en ex-Yougoslavie 1991-1993 puis responsable du desk urgence puis directrice des Oprations

    (en anglais) interviewe en 2015

    Vingt ans plus tard, le souvenir de labandon de la population de Srebrenica par ceux qui taient censs la protger continue alimenter une certaine rticence de MSF sengager trop loin dans des propositions dactions visant amliorer la protection qui pourrait tre apporte aux populations en danger.

    MSF peut vraiment peser sur les dcisions politiques concernant la protection des civils. Cest un rle impor-

    tant qui est vraiment du ressort dune organisation mdicale humanitaire et on a tendance le sous-estimer. Cest un combat

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    quil faut mener mais je sens quon nest pas prts, quon est toujours traumatiss par ce quon a vcu dans les annes 90 au Rwanda et en Bosnie. Il y a toujours une suspicion et un manque de confiance de notre part - et sans doute aussi une part dana-lyse, plutt lucide, sur la ralit de lefficacit de certains dispo-sitifs de protection des civils. Cest la leon des annes 1990, mais il va falloir quon se r-engage sur ce sujet. Cela suppose-rait de faire des propositions concrtes, ce quon faisait dans les annes 90, mais quon fait de moins en moins depuis, parfois pour de bonne raisons mais aussi parfois pour de mauvaises.

    Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF de 1995 2005 (en franais) interview en 2015

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    chronologie des vnements 1991-2014Cette chronologie a pour objectif essentiel de donner des repres au lecteur, en resituant les actions et prises de parole de MSF dans lactualit rgionale et internationale de lpoque. labore pour ce document spcifique, elle ne prtend pas tre une rfrence universitaire.

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    9 septembre 1991communiqu de presse de MSF : Mdecins Sans Frontires intervient en Yougoslavie

    21 octobre 1991communiqu de presse de MSF International : Mdecins Sans Frontires dplore lexplosion de mines antiper-sonnel qui a bless deux infir-mires de son convoi de secours pour Vukovar

    19 octobre 1991un convoi MSF est organis pour vacuer les blesss de lhpital de Vukovar

    28 fvrier 1991les Serbes des Krajina procla-ment leur scession de la Croatie

    25 juin 1991la Croatie et la Slovnie proclament leur dissocia-tion de la Fdration yougoslave

    Septembre 1991offensive serbe dans lest de la Croatie - dbut du sige de Vukovar

    15 octobre 1991la Bosnie-Herzgovine se proclame indpendante de la Rpublique fdrale yougos-lave

    Mars 1992les Bosno-Serbes proclament lindpendance de la Republika Srpska (des Serbes de Bosnie)

    5 avril 1992dbut du sige de Sarajevo par les Bosno-Serbes et de la guerre en Bosnie

    Septembre 1991cration de la Confrence Permanente sur lex-Yougos-lavie dont les prsidents sont Cyrus Vance et Lord Owen

    21 fvrier 1992le Conseil de scurit des Nations unies cre la Forpronu (14 000 hommes) dont le mandat est de veiller la dmilitarisation des trois rgions de Croatie places sous protection de lONU.

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    8 dcembre 1992- Confrence de presse de MSF F : la purification ethnique en Bosnie-Herzgovine : un crime contre lhumanit

    - publication du rapport : le processus de purification ethnique dans la rgion de Kozarac

    Dcembre 1992lOTAN menace les forces bosno-serbes de frappes ariennes

    Avril-mai 1992les villes bosno-musulmanesde la Drina, dont Srebrenica,sont transformes en enclavesassiges par les Bosno-Serbes

    Mai 1992Belgrade met la main sur larme yougoslave dsormaiscompose en majorit de Serbes

    Aot 1992arrive en Bosnie des premiers casques bleus

    Octobre 1992dbut des combats entre Bosniaques croates et Bosniaques musulmans = pas daccs la Bosnie centrale pendant lhiver

    6 avril 1992les 12 pays de la Communaut europenne reconnaissent la Bosnie Herzgovine

    15 et 30 mai 1992le Conseil de scurit des Nations unies impose un embargo commercial, arien et ptrolier la Serbie et Montngro

    Juin 1992 le mandat de la Forpronu est largi et ses effectifs renforcs

    Aot 1992tmoignages sur les camps din-ternement contrls par les Serbes en Bosnie rendus publics

    Septembre 1992 le mandat de la Forpronu est renforc

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    1993 Dbut janvier 1993- campagne de spots TV de MSF F : Bosnie-Herzgovine, crime contre lhumanit

    - campagne de Mdecins du Monde assimilant Milosevic Hitler

    11 mars 1993communiqu de presse MSF Belgique : Ex-Yougoslavie - les convois passent enfin

    11 mars 1993arrive dune quipe MSF B avec le gnral Morillon dans lenclave de Srebrenica - situation catastrophique

    14 mars 1993lquipe MSF quitte lenclave, aprs avoir t retenue une journe Srebrenica

    Fvrier 1993- les Bosno-Serbes attaquent les enclaves musulmanes de Bosnie orientale. Les Musulmans fuient vers Srebrenica, Tuzla, Zepa et Gorazde

    - les Bosno-Serbes continuent bloquer les convois humani-taires

    11 mars 1993arrive du gnral Morillon, commandant de la Forpronu en Bosnie, avec un convoi daide du HCR Srebrenica

    12 mars 1993le gnral Morillon et lquipe de MSF est retenu par la popu-lation de lenclave

    13 mars 1993le gnral Morillon la popu-lation de Srebrenica : Ne soyez pas inquiets, je reste avec vous

    2 janvier 1993le plan Vance-Owen propo-sant le dcoupage de la Bosnie Herzgovine en 10 provinces et la dmilitarisation de Sarajevo est rejet par les Bosno-Serbes et les Musulmans

    22 fvrier 1993le Conseil de scurit des Nations unies cre le Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie pour juger les violations graves du droit international humanitaire sur le territoire de lex-Yougosla-vie depuis 1991

    Mars 1993dcision de lONU denvoyer plus de casques bleus en ex-Yougoslavie

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    20 mars 1993un chirurgien de MSF B entre Srebrenica

    25 mars 1993une quipe de MSF B entre Srebrenica

    19 mars 1993un convoi de lONU arrive Srebrenica

    20 mars 1993vacuation de 100 blesss de Srebrenica

    22 mars 1993dbuts des ngociations entre la Forpronu et les Bosno-Serbes : envoi de 150 soldats et observateurs militaires Srebrenica (zone de scurit)

    26 mars 1993le gnral Morillon quitte Srebrenica

    28 mars 1993signature dun cessez-le-feu

    29 mars 1993- vacuation de 2 400 personnes de Srebrenica vers Tuzla

    - le gnral Morillon dclare : Srebrenica est sauve

    31 mars 1993le mandat de la Forpronu est prolong jusquau 30 juin

    15 mars 1993Agence France Presse : Georges Dallemagne, directeur des oprations de MSF B:

    - le gnral Morillon joue ses dernires cartes

    16 mars 1993Le Soir : un tmoignage terrifiant sur le calvaire bosniaque Georges Dallemagne, directeur des oprations de MSF Belgique

    19 mars 1993La Marche du sicle, France 3 : Rony Brauman, prsident de MSF F critique lhumani-taire spectacle

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    1993 1er avril 1993Le Monde : Tmoignage dun membre de MSF, le calvaire des habitants de Srebrenica

    Thierry Pontus, mdecin MSF

    3 avril 1993Le Monde : Un gnral au balcon par Rony Brauman, prsident de MSF F qui critique le gnral Morillon

    7 avril 1993Communiqu de presse MSF : Mdecins Sans Frontires demande un renfor-cement de la prsence inter-nationale dans Srebrenica assige

    Avril 1993MSF H ouvre un bureau Tuzla

    15 avril 1995en raison des bombardements, une partie de lquipe MSF vacue Srebrenica

    Avril 1993intenses combats entre Bosno- Musulmans et Bosno- Croates en Bosnie centrale

    4 avril 1993les autorits bosniaques sop-posent lvacuation des civils de Srebrenica, quils assimilent de lpuration ethnique

    6 avril 1993le HCR annonce vouloir vacuer 10 000 15 000 civils de Srebrenica

    12 avril 1993- bombardements bosno-serbes sur Srebrenica (57 morts, 120 blesss)

    - dbut des patrouilles ariennes de lOTAN au-dessus de la Bosnie

    17 avril 1993accord de cessez-le-feu et de

    16 avril 1993rsolution 819 du conseil de scurit de lONU : dclare Srebrenica zone de scu-rit - augmente le nombre de casques bleus et exige le retrait immdiat des combat-tants bosno-serbes

    17 avril 1993rsolution 820 du conseil de

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    19 avril 1993arrive dun mdecin MSF Srebrenica

    Juin 1993MSF B et MSF F ouvrent un bureau Pale et grent dsor-mais en commun les missions en Bosnie

    dmilitarisation de Srebrenica : toutes les units militaires, sauf la Forpronu, doivent quitter la ville la fin de lopration de dmilitarisa-tion

    6 Mai 1993- Le parlement de la Rpublique Bosno-Serbe refuse le plan de paix Vance-Owen pour la troi-sime fois

    - La Yougoslavie (Serbie et Montngro) dclare un embargo conomique contre les Serbes de Bosnie-Herzgovine afin de les forcer accepter le paln de paix

    15 mai 1993rapport moral du prsident de MSF France : A Srebrenica,MSF remplit son rle

    18 mai 1993 Par rfrendum, 96% des Bosno-Serbes rejettent le plan Vance-Owen

    scurit de lONU renforce les sanctions contre la RFY

    6 mai 1993- rsolution 824 du conseil de scurit de lONU cre six zones de scurit : Sarajevo, Bihac, Tuzla, Zepa, Srebrenica, Gorazde sous la protection de la Forpronu

    4 juin 1993la rsolution 836 du conseil de scurit de lONU

    - autorise les forces de lONU prendre les mesures nces-saires, incluant lusage de la force, en rponse aux attaques armes dans les six zones de scurit

    - Dcide que les Etats Membres, agissant titre national ou

    25 avril 1993Agence France Presse : Jacques de Milliano, MSFH : Srebrenica est une bombe sanitaire

    18 mai 1993Communiqu de presse MSF F : LAssemble gnrale de Mdecins Sans Frontires sin-quite des difficults dinter-vention auprs de certaines populations en dtresse et sin-digne de lusage de lhumani-taire en Bosnie-Herzgovine

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    Prises de parole publiques

    1993

    25 septembre 1993Communiqu de presse de MSF : MSF appelle au secours pour la Bosnie interview Genevive Bekoyan, coordina-trice MSF Belgrade dans Le Soir

    16 septembre 1993blocage des convois lentre des enclaves : MSF craint les consquences pour lhiver

    17 dcembre 1993MSF alerte le HCR sur les obstacles poss par les autori-ts bosniaques de Srebrenica toute activit humanitaire qui nest pas sous leur contrle

    Dbut avril 19942 volontaires de MSF sont

    1er mars 1994- dcision des responsables bosniaques musulmans et croates de constituer une fdration croato-musulmane

    - les casques bleus nerlandais relvent les Canadiens Srebrenica et sinstallent Potocari6 mars 199440 personnes tues en deux jours Srebrenica

    Mars 1994lOTAN abat 4 avions bosno-serbes qui ont viol la no-fly zone

    dans le cadre dorganisations ou darrangements rgionaux, peuvent recourir la force arienne, pour soutenir la FORPRONU dans laccomplis-sement de son mandat

    Fin juin 1993le Plan Owen-Stoltenberg proposant de partager la Bosnie en trois rgions auto-nomes est accept par les Bosno-Serbes et les Croates mais rejet par les Musulmans

    Dcembre 1993La Forpronu dcide temporai-rement de ne pas dployer le bataillon nerlandais (dutch-bat) en remplacement du contingent canadien Zepa et Srebrenica

    1994

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    1994 prsents dans lenclave de Gorazde assige et attaque par les Bosno-Serbes

    9 et 10 avril 1994lOTAN frappe les forces bosno-serbes qui attaquent Gorazde

    15 avril 199416 casques bleus Canadiens sont pris en otage par les Serbes dans la zone dexclu-sion de Sarajevo

    1er avril 1994 le mandat de la Forpronu enex-Yougoslavie est prolong de six mois. Ses effectifs sontaugments de 3 500 hommes, au lieu des 10 000 hommesdemands par lONU, mais refuss par les Etats-Unis pour des raisons financires

    5 avril 1994Communiqu de presse de MSF Situation dramatique Gorazde : Mdecins Sans Frontires demande une vri-table protection des 60 000 habitants de lenclave

    6 avril 1994Communiqu de presse de MSF Poursuite de loffensive sur Gorazde

    16 avril 1994Communiqu de presse de MSF : Les bombardements sur Gorazde ne se sont pas interrompus cet aprs-midi

    18 avril 1994Confrence de presse de MSF : Situation tragique et dsespre Gorazde

    19 avril 1994Communiqu de presse de MSF : Lhpital de Gorazde en partie dtruit par les bombardements

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    Prises de parole publiques

    1994 20 avril 1994Communiqu de presse de MSF : Gorazde - Mdecins Sans Frontires appelle une trve humanitaire

    22 avril 1994Communiqu de presse de MSF : 1 467 blesss et 436 morts Gorazde depuis le dbut de loffensive

    16 dcembre 1994Communiqu de presse du coordinateur de MSF en ex-Yougoslavie : 16 dcembre 1994 : la purifica-tion ethnique continue

    19 dcembre 1994Communiqu de presse de

    Mi-septembre 1994les Bosno-Serbes renforcent le sige de Srebrenica ne lais-sant entrer quun quart des convois humanitaires

    Dcembre 1994- les Bosno-Serbes laissent entrer un convoi dans Srebrenica

    - 309 casques bleus sont empchs de se dplacer

    26 avril 1994cration du Groupe de contact sur la Bosnie (Etats-Unis, Russie, Europe) pour obtenir un cessez-le-feu et relancer les voies diplomatiques

    5 juillet 1994nouveau plan du Groupe de contact : 51 % de la Bosnie aux Croates, 49 % aux Bosno-Serbes qui refusent

    23 septembre 1994La rsolution 943 de lONU laisse dans la liste des marchan-dises sous embargo les mat-riels logistiques et sanitaires pourtant vitaux pour la prpa-ration des enclaves lhiver.

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    1994

    1995 Fvrier 1995MSF tente de mobiliser les diplomates sur la question de lapprovisionnement des enclaves

    24 fvrier 1995le CA de MSF F sinterroge sur le rle de MSF dans les enclaves

    Dbut mars 1995les relations de MSF avec lOpstina se tendent sur la question du personnel local

    Mi-mars 1995le responsable de programme de MSF Belgique : Il faut tre plus agressifs dans notre communication sur les enclaves

    15 avril 1995les autorits de Pale sop-posent toute rotation des quipes de MSF dans les enclaves

    Mars 1995les combats reprennent dans le nord et le centre de la Bosnie - offensive bosniaque

    24 mai 1995 reprise des bombardements des Bosno-Serbes sur Sarajevo

    25 mai 1995- frappes de lOTAN sur Pale (autorises par lONU) en rponse la reprise des bombardements sur Sarajevo

    - les Bosno-Serbes rpondent en bombardant les zones de scurit de Tuzla, Srebrenica,

    24 mai 1995lors dun briefing huis-clos au Conseil de scurit des Nations unies, le gnral Janvier, commandant de la Forpronu, conseille dabandonner enclaves qui selon lui ne sont pas dfen-dables par lONU

    MSF Belgrade : MSF est extrmement proccupe par la situation humanitaire dans les enclaves de Bosnie orien-tale, qui se dtriore avec lavance de lhiver

    Avril 1995Contact, journal interne MSF B : Du rle de MSF dans les enclaves de Bosnie orientale Eric Stobbaerts, coordinateur MSF Belgrade propose lva-cuation de la population de Srebrenica

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    1995

    5 juin 1995Agence France Presse : La situation humanitaire sag-grave dans les enclaves cita-tion MSF

    6 juin 1995les autorits municipales de Srebrenica (Opstina) annoncent que le personnel masculin employ par MSF est mobilis et quelles choisiront leurs remplaants

    Gorazde et Bihac et en prenant en otage 360 casques bleus

    3 juin 1995Srebrenica : les forces bosno-serbes semparent du point dobservation des casques bleus de Slapovici, situ dans lenclave

    Nuit du 4 au 5 juin 1995bombardement de Srebrenica par les forces Bosno-Serbes

    18 juin 1995libration du dernier groupe de casques bleus casques bleus pris en otages

    4 juin 1995- le gnral Janvier rencontre le gnral Mladic, chef des forces bosno-serbes Mali Zvornik

    - cration de la Force de rac-tion rapide (FFR) dun millier dhommes pour appuyer laForpronu

    15 juin 1995 la demande de lONU, le gnral Janvier envoie le compte-rendu de sa rencontre avec le gnral Mladic Yasushi Akashi, le reprsen-tant de lONU en ex-Yougosla-vie. Kofi Annan, le responsable des oprations de maintien de la paix en ex-Yougoslavie demande une enqute ce sujet Yasushi Akashi

    19 juin 1995Yasushi Akashi rencontre le

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    1995

    20 juin 1995les Bosno-Serbes demandent MSF F de les mettre en contact avec les autorits politiques et militaires fran-aises, en change de lautori-sation de remplacer les quipes dans les enclaves. MSF refuse

    24 juin 1995Srebrenica : arrive de la nouvelle quipe de MSF, Christina Schmitz et Daniel OBrien

    6 juillet 199530 blesss arrivent lhpital

    7 juillet 1995Srebrenica : lquipe MSF transporte les blesss lhpi-tal

    24 juin 1995raid dun commando bosno-serbe sur le village de Slapovici dans lenclave de Srebrenica

    6 juillet 1995Srebrenica :

    - les forces bosno-serbes attaquent les positions bosno-musulmanes de Srebrenica

    - lenclave est sous les bombar-dements permanents

    7 juillet 1995Srebrenica :

    - 4 roquettes sur la base de lONU Srebrenica

    - bombardement des rues de Srebrenica par les chars bosno-serbes

    8 juillet 1995Srebrenica : 20 casques bleus pris en otage par les forces bosno-serbes- un casque bleu est tu

    prsident serbe Milosevic et est inform dun accord de non intervention pass entre le gnral Janvier, et le gn-ral Mladic, qui aurait t conclu sur ordres des prsi-dents Chirac et Clinton

    23 juin 1995The New York Times affirme que la France aurait pass un accord avec les Bosno-Serbes : pas de frappe arienne en change de la libration dotages

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    Prises de parole publiques

    1995

    10 juillet 1995 Communiqu de presse de MSF : Lhpital de Srebrenica compltement satur

    11 juillet 1995Communiqu de presse de MSF : Mdecins Sans Frontires demande un cessez-le-feu immdiat pour la protection des populations de Srebrenica

    12 juillet 1995- Confrence de presse MSF B : La poche de Potocari est tombe-la population de Srebrenica aux mains des forces serbes bosniaques

    - Communiqu de presse de MSF : MSF demande gue laide humanitaire puisse parvenir immdiatement la population de Srebrenica

    9 juillet 1995Srebrenica : MSF annule une visite 4 000 rfugis dans une cole, en raison des bombardements

    10 juillet 1995Srebrenica :

    - lhpital de Srebrenica est satur de blesss aprs des bombardements. Lquipe opre 24h sur 24

    - le commandant du Dutchbat refuse laide dun chirurgien MSF mais fournit un vhicule pour le transport des blesss

    11 juillet 1995Srebrenica :

    - lquipe MSF vacue les bles-ss de lhpital vers la base de la Forpronu Potocari

    - le responsable de programme de MSF Hollande dplore ne pas avoir t impliqu dans le communiqu de presse

    - lquipe de Belgrade rflchit deux options : demander un corridor humanitaire pour vacuer les patients ou demander laccs de renforts en personnel et matriel mdical lenclave

    12 juillet 1995- lquipe MSF tente, en vain, de sopposer lvacuation de certains patients vers Bratunac

    -le Dutchbat fournit des mdi-caments lquipe de MSF

    - Jacques de Milliano, le direc-teur gnral de MSF H tente, en vain, de mobiliser les parlementaires nerlandais sur le sort de la population de Srebrenica

    9 juillet 1995Srebrenica :

    - dans la nuit du 8 au 9, les forces bosno-serbes entrent dans lenclave et continuent bombarder

    - un casque bleu tu, dautres pris en otages - repli de Srebrenica vers Potocari

    - Zepa bombarde par les forces bosno- serbes

    10 juillet 1995Srebrenica :

    - ultimatum des Bosno-Serbes aux casques bleus : vacuer la population de lenclave ds le lendemain

    - ONU et responsables nerlan-dais menacent de frappe arienne de lOTAN

    11 juillet 1995Srebrenica :

    - en dbut, daprs-midi deux frappes ariennes de lOTAN atteignent deux chars bosno-serbes

    - une 3e frappe est demande- en fin daprs-midi, Srebrenica est aux mains des Bosno-Serbes

    - le contingent nerlandais se replie sur la base de Potocari avec 20 000 habitants de len-clave, en accueille 5 000 dans ses btiments

    12 juillet 1995 Srebrenica :

    - au matin, les Bosno-Serbes menacent de bombarder les rfugis en cas de nouvelles frappes et demandent que tous les Bosniaques rendent leurs armes

    - le commandant du contin-gent nerlandais ngocie un cessez-le-feu provisoire

    - la base de Potocari est prise dans la journe sans aucune rsistance de la part du contingent nerlandais

    9 juillet 1995le gnral Janvier, comman-dant de la Forpronu demande un appui arien lOTAN

    11 juillet 1995 au soirle ministre de la Dfense nerlandais demande la suspension dune 3e frappe arienne de lOTAN suite aux menaces dordre terroriste des Bosno-Serbes

    12 juillet 1995la rsolution 1004 du Conseil de scurit des Nations unies:

    - demande aux Bosno-Serbes de mettre fin leur offensive et de laisser les organisations humanitaires accder la zone de scurit.

    - presse le Secrtaire gnral dutiliser toute les ressources possibles pour rtablir la zone de scurit Srebrenica

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    13 juillet 1995- Communiqu de presse de MSF : MSF demande laccs des agences humanitaires Potocari

    - Communiqu de presse de MSF : 20 000 rfugis de Srebrenica dans des abris de fortune sur laroport de Tuzla

    14 juillet 1995- Agence France Presse : MSF : des femmes rfugies Potocari avec des marques videntes de svices

    - Libration : Le monde ici sest effondr extraits des messages radios de lquipe de MSF Srebrenica

    15 juillet 1995Communiqu de presse de MSF : Opration de secours de Mdecins Sans Frontires (Tuzla & Kladanj)

    13 et 14 juillet 1995Srebrenica : lquipe MSF voit et entend :

    - les patients valides et le personnel infirmier vacus

    - les hommes enferms dans des btiments o on entend des coups de feu

    - entend quon trouverait des cadavres dans les alentours

    - un homme lui remettre son enfant avant dtre emmen par les militaires

    - apprend que certains patients du convoi du 12 juillet ont t mis lcart

    16 juillet 1995- MSF H accueille Tuzla les milliers de personnes de Srebrenica qui ont fui travers la fort

    - lquipe MSF H soumet la question de la scurit de lquipe de Srebrenica au ministre de la Coopration nerlandais, de passage Tuzla

    14 juillet 1995le Prsident franais propose la cration dune force multi-nationale pour sauver Gorazde et Sarajevo mais ne rencontre pas dadhsion de la part des autres chefs dEtat

    - Femmes et enfants sont entasss dans des cars et dposs prs de la ligne de front. Ils doivent gagner Tuzla pied. Tous les hommes de plus de 16 ans sont regroups dans des btiments lcart Potocari et sur le stade de Bratunac

    13 et 14 juillet 1995Srebrenica : le camp puis la base de la Forpronu sont vids des rfugis, qui sont entasss dans des autobus par les Bosno-Serbes

    14 juillet 1995offensive bosno-serbe contre Zepa

    16 juillet 1995les Bosno-Serbes entrent dans Zepa

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    1995 17 juillet 1995Communiqu de presse de MSF : [...] MSF insiste pour que lvacuation concerne tous les blesss et les patients ainsi que le personnel de secours local et sa famille. Lquipe de MSF, toujours prsente Potocari devrait accompagner les blesss. MSF demande que le CICR puisse accder aux prisonniers rests Potocari et Bratunac afin quils soient trai-ts conformment aux Conventions de Genve

    18 juillet 1995- Confrence de presse de Jacques de Milliano, DG de MSF Hollande La Haye

    - Trouw : De Milliano : Le Dutchbat na pas suffisam-ment tenu sa promesse

    19 juillet 1995- Communiqu de presse de MSF : MSF demande aux autorits de Pale et Belgrade de dlivrer les autorisations ncessaires lvacuation de son quipe et de 15 civils de Potocari

    - Communiqu de presse de MSF : un 4e avion pour Tuzla

    17 juillet 1995Srebrenica : les derniers patients sont vacus de Potocari par le CICR dans la soire

    19 juillet 1995MSF H augmente ses secours aux dplacs de Srebrenica Tuzla

    20 juillet 1995des sources de renseignement franaises affirment la presse que si les frappes de lOTAN du 11 juillet nont pas atteint leurs objectifs cest faute de guidage au sol21 juillet 1995

    - runion internationale sur la Bosnie Londres : avertisse-ment aux Bosno-Serbes sur une rponse substantielle et dcisive toute attaque sur Gorazde, mais la question des modalits dapplication se pose

    - Joris Voorhoeve, le ministre de la Dfense nerlandais dclare craindre que de

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    1995

    25 juillet 1995prise de Zepa par les Bosno-Serbes, qui assigent aussi Gorazde

    21 juillet 1995les deux expatris et huit membres du personnel local de MSF, leur famille ainsi que deux personnes ges sont vacus de lenclave avec le dernier convoi de casques bleus

    22 juillet 1995lquipe MSF de Srebrenica arrive Zagreb avec 15 personnes (personnel natio-nal et civils)

    25 juillet 1995 Kladanj et Zenica, les quipes MSF assistent les rfugis qui fuient Zepa

    graves crimes de guerre aient t commis lors de la prise de Srebrenica

    23 juillet 1995- pendant sa confrence de presse Zagreb le colonel Karremans, commandant du Dutchbat se laisse aller des compliments sur Mladic

    - le Dutchbat est flicit par le ministre-prsident et le prince hritier nerlandais pour avoir tout fait pour protger la population

    - Joris Voorhoeve, le ministre de la Dfense nerlandais rapporte que des casques bleus ont vu des militaires bosno-serbes abattre une dizaine dhommes

    24 juillet 1995Tadeuz Mazowiecki, le rappor-teur de la commission des droits de lhomme des Nations unies annonce tre sans nouvelles de 7 000 personnes et assure que des actes barbares ont t commis Srebrenica

    21 juillet 1995Communiqu de presse de MSF : Lquipe de Mdecins Sans Frontires a pu vacuer Potocari

    26 juillet 1995- Confrence de presse Amnesty, MSF, Causes

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    1995

    28 aot 1995Les forces bosno-serbes bombardent Sarajevo

    29 aot 1995frappes ariennes de lOTAN et de la FRR sur positions bosno-serbes en rponse au bombar-dement du march de Sarajevo

    Communes, Balkaneactie sur Srebrenica, Gorazde et Sarajevo

    - Communiqu de presse de MSF : MSF assure la prise en charge des premiers rfugis de Zepa

    27 juillet 1995Trouw : Linfirmire de MSF ne partage pas les critiques lencontre du Dutchbat

    31 juillet 1995Communiqu de presse de MSF : 3 200 personnes manquent lappel [Zepa]

    16 aot 1995Tlrama : Srebrenica agonise, une infirmire raconte extrait du jounral de bord de lquipe MSF Srebrenica

    10 aot 1995- les Etats-Unis prsentent au Conseil de scurit des Nations unies des photos prouvant lexcution de plusieurs centaines dhommes prs de Srebrenica par les Bosno-Serbes en juillet

    - le Conseil de scurit des Nations unies demande au TPIY denquter sur le site qui renfermerait dautres fosses communes et commande un rapport sur les violations du droit humanitaire Srebrenica et Zepa

    31 aot 1995- dbat des dputs et ministres nerlandais sur lattitude du Dutchbat Srebrenica

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    1995

    Mi Septembre 1995campagne de presse aux Pays-Bas sur les responsabilits du Dutchbat Srebrenica : tenta-tives pour faire prendre parti aux volontaires de MSF

    29 septembre 1995dcision MSF B/F/H de laisser le choix aux volontaires de tmoigner ou non et de les accompagner si besoin

    11 octobre 1995Christina et Daniel, les volon-taires MSF de Srebrenica rpondent par crit aux ques-

    - srie de rvlations sur les bvues du Dutchbat et du gouvernement dans la presse nerlandaise & de dmentis du ministre

    Septembre 1995lancement dune enqute militaire interne du minis-tre de la Dfense nerlan-dais sur les circonstances de la chute de Srebrenica et sur le comportement du bataillon nerlandais

    14 septembre 1995De Volksrant : Joris Voorheve, le ministre de la Dfense nerlandais tait au courant dun accord Smith/Mladic sur le sort des civils de Srebrenica

    Septembre 1995 Message (journal interne MSFF): Ex-Yougoslavie - la chute de Srebrenica - journal de bord

    19 septembre 1995Arte : diffusion du film srebrenica, in Memoriam de Christophe Picard/EUP

    29 septembre 1995Conseil dadministration de MSF F : il faut continuer poser la question des ngocia-tions autour de la chute de Srebrenica

    2 octobre 1995dclaration de MSF sur la chute de Srebrenica utili-sable par toutes les sections dnonant le fait que les forces de lONU dans lenclave nont pas t en mesure de remplir leur mandat de protec-tion

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    1995

    17 octobre 1995Le Monde : En Bosnie la colonne de lenfer reprend les extraits dinterviews de Srebrenica in Memoriam

    21 octobre 1995Le Monde rvle que lors dun briefing aux Nations unies le 24 mai, le gnral Janvier a conseill dabandonner les enclaves, selon lui indfendables

    30 octobre 1995 - The Independent publie les mmes informations que Le Monde

    - les Etats-Unis fournissent au TPIY de nouvelles preuves de massacres dhommes Srebrenica

    - le Conseil de scurit des Nations unies demande une enqute et un rapport sur les vnements de Srebrenica

    31 octobre 1995publication du rapport de lenqute du ministre de la Dfense nerlandais :

    - pas de responsabilit du contingent nerlandais dans la chute de Srebrenica

    - responsabilit des Bosno-Serbes et de lONU

    1er novembre 1995ouverture Dayton (Ohio), sous lgide des Etats-Unis, des pourparlers entre la Rpublique serbe de Bosnie et la Fdration bosniaque croato-musulmane sur le rglement du conflit en ex-Yougoslavie

    16 novembre 1995- le TPIY met en accusation Mladic et Karadzic pour leur responsabilit individuelle directe dans les exactions

    tions des enquteurs du ministre de la Dfense ner-landais

    Mi-novembre 1995discussion puis dcision de MSF de transmettre aux enquteurs nerlandais les changes fax entre MSF et le

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    1995 perptres lors de la chute de Srebrenica

    - Richard Goldstone, le procu-reur du TPIY menace de dmis-sionner si un march est pass entre les Etats-Unis et Milosevic pour assurer la paix contre limpunit des chefs serbes

    1er dcembre 1995le Secrtaire gnral des Nations unies Boutros Boutros-Ghali prsente le premier rapport de lONU sur Srebrenica qui comprend des preuves indniables dune mthode constante dexcu-tions sommaires

    14 dcembre 1995signature des accords de paix (dits de Dayton) sur lex-Yougoslavie Paris qui prvoient entre autres la leve de lembargo cono-mique sur la Serbie

    21 dcembre 1995une rsolution du Conseil de scurit des Nations unies exige une enqute sur les atrocits commises par les Serbes Srebrenica

    Fvrier 1996nombreuses visites et fouilles

    Dutchbat au dbut de la chute de Srebrenica

    24 novembre 1995Conseil dadministration de MSF F : MSF ne doit pas cesser de demander des comptes. On ne doit pas lais-ser passer loccasion de la signature de la paix Paris

    16 dcembre 1995Le Monde : Ne sacrifions pas le Tribunal pour lex-Yougosla-vie Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF

    20 dcembre 1995les forces de lOTAN (IFOR) remplacent la Forpronu

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    Prises de parole publiques

    1996

    1995

    Fvrier 1996publication du rapport de MSF : Personnel de lhpital de Srebrenica et personnel local de MSF : tmoignage sur lvacuation de Srebrenica et le sort des collgues disparus.

    24 avril 1996Tlrama : Qui veut la justice ? Nicole du Roy - cita-tion Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF

    denquteurs sur le site de Srebrenica

    Dbut avril 1996les enquteurs du TPIY fouillent des charniers autour de Srebrenica

    29 mai 1996diffusion sur Channel Four de Srebrenica, enqute sur un massacre qui dmontre que la population de Srebrenica a t sciemment abandonne aux violences BosnoSerbes par la communaut interna-tionale

    4 juillet 1996- prsentation au TPIY des rsultats des fouilles Srebrenica : preuves mat-rielles de la prmditation des crimes et de la participa-tion directe du gnral Mladic

    - le chef dEtat-Major nerlan-dais accuse les autorits fran-aises davoir oblig le gnral Janvier annuler les frappes prvues avant que lenclave soit prise

    22 mars 1996lquipe de MSF Zenica pose la question de lintervention de MSF Srebrenica auprs des dplacs bosno-serbes de Sarajevo. Il ny aura pas din-tervention

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    1996 9 juillet 1996le TPIY lance un mandat dar-rt international contre Mladic et Karadzic

    22 septembre 1996diffusion sur France 2 du documentaire Srebrenica, enqute sur un massacre

    30 novembre 1998lAssemble gnrale de lONU demande que soit tabli un rapport complet comprenant une valuation des vne-ments survenus en ex-Yougos-lavie dans la zone de scurit de Srebrenica (rsolution 53/35)

    19 novembre 1999Kofi Annan le nouveau Secrtaire gnral du conseil de scurit de lONU rend public le rapport denqute sur Srebrenica qui reconnait des erreurs de jugement de lONU

    11 juillet 1996- La Libre Belgique : Srebrenica un an plus tard Renaud Tockert et Luc Nicolas, de MSF B

    - La Croix : srebrenica un an aprs : questions de lchets Pierre Salignon et Franoise Bouchet-Saulnier de MSF F

    4 septembre 1999site Web de MSF International Srebrenica, cinq ans aprs Eric Stobbaerts , ancien coor-dinateur gnral de MSF en ex-Yougoslavie

    19 novembre 1999le Conseil dadministration de MSF France dcide de sen-gager en faveur dune demande de commission den-qute parlementaire sur le rle de la France lors de la chute de Srebrenica

    10 dcembre 1999discours de MSF la remise du prix Nobel de la paix : Si on veut qu lavenir les oprations de maintien de la paix puissent protger les populations civiles. Il faudra aller au-del du mea culpa du Secrtaire gnral des Nations

    1999

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    2000

    1999 Unies sur Srebrenica et le Rwanda. Une rforme des oprations de maintien de la paix de lONU devrait permettre de rendre chaque Etat membre du Conseil de scurit publiquement respon-sable des dcisions quil a ou na pas soutenu.

    12 avril 2000auditionne par le Conseil de scurit de lONU, MSF ques-tionne les processus de dci-sion qui ont men Srebrenica et ailleurs labandon sans protection de populations

    21 dcembre 1999- le ministre de la Dfense nerlandais publie une version plus dtaille du rapport de dbriefing des casques bleus

    - le parlement nerlandais met en place une commission provisoire charge denqu-ter sur les responsabilits politiques mises en uvre dans les oprations de main-tien de la paix nerlandaises

    9 juillet 2000The Sunday Times rvle que la publication du livre de lun des 2 officiers britanniques prsents Srebrenica pour le guidage des frappes ariennes a t bloque par le ministre de la Dfense11 juillet 2000- le Secrtaire gnral des Nations unies, Kofi Annan exprime ses regrets et remords sur lattitude de lONU pendant la crise de Srebrenica

    - une quarantaine dintellec-

    20 mars 2000note de contexte interne de la responsable juridique de MSF concernant la demande de commission denqute parlementaire de MSF sur Srebrenica

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    2003

    13 juillet 2000- confrence de Presse de MSF France

    - Le Monde : MSF appelle la cration dune commission denqute parlementaire sur les responsabilits de la France dans la chute de Srebrenica Dr Jean-Herv Bradol, prsident de MSF France

    10 novembre 2000Communiqu de presse MSF F: Investigation ou diver-sion ? Mdecins Sans Frontires conteste les condi-tions de lenqute parlemen-taire sur Srebrenica . Critique de la nomination comme rapporteur de la commission de Franois Lotard, ministre de la dfense de 1993 1995

    Octobre 2000 la rentre parlementaire, MSF reprend ses dmarches auprs des dputs franais pour une investigation parle-mentaire sur Srebrenica

    tuels nerlandais accusent leur gouvernement de fuir le sujet et exigent des excuses publiques pour labandon de Srebrenica

    12 juillet 2000une quarantaine dintellec-tuels nerlandais accusent leur gouvernement de fuir le sujet et exigent des excuses publiques pour labandon de Srebrenica

    13 juillet 2000Le Monde : Paul Quils, le prsident de la commission de la Dfense au parlement franais se dclare prt discuter de lven-tualit de renouveler, pour Srebrenica, le type de contrle parlementaire de la mission sur les responsabilits de la France au Rwanda; il reproche lappel de MSF de reflter des prjugs accusateurs

    9 novembre 2000Franois Lotard, ministre de la Dfense de la France pendant la guerre en ex-Yougoslavie, est charg par la commission des affaires trangres du Parlement fran-ais de rdiger un rapport dinformation sur Srebrenica

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    2000 15 novembre 2000Les commissions des Affaires trangres et de la Dfense de lAssemble nationale fran-aise dcident de crer une mission dinformation pour enquter sur les vnements de Srebrenica de juillet 1995

    14 dcembre 2000lors de son audition par la mission parlementaire fran-aise, lamiral Lanxade nie avoir ngoci la libration des otages contre larrt des frappes ariennes

    14 dcembre 2000Communiqu de presse MSF F: Mdecins Sans frontires attend de la mission dinfor-mation sur Srebrenica quelle rponde plusieurs questions importantes.

    16 dcembre 2000Le Figaro : ces rponses ont t juges insuffisantes par MSF. Lorganisation [] rclame des rponses prcises des questions prcises

    20 dcembre 2000MSF F transmet la mission dinformation sur Srebrenica et publie sur son site ddi un cble confidentiel de lONU semblant accrditer la thse selon laquelle un accord a t pass entre Chirac et Milosevic sur la retenue des frappes ariennes contre la libration des otages21 dcembre 2000site Web MSF F Srebrenica : Faux dpart Fabien Dubuet, adjoint la responsable juri-dique de MSF : la mission dinformation parlementaire sur Srebrenica est bien mal partie

    11 janvier 2001- lettre publique de MSF F au prsident de la mission din-formation parlementaire sur Srebrenica : Une vingtaine de personnes dont le tmoi-gnage est crucial pour appor-ter toute la lumire sur la tragdie de Srebrenica doivent tre auditionnes et libres de leur devoir de rserve

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    2003

    - MSFF Srebrenica Website: lettre de MSF aux Secrtairesgnraux de lOTAN et de lONU leur demandant dauto-riser laudition de certains deleurs membres par la mission dinformation parlementaire

    24 janvier 2001Communiqu de presse deMSF : Huis clos sur 7 000morts

    24 janvier 2001 - Communiqu de presse du ministre de la Dfense fran-ais justifiant les huis-clos pour les auditions des mili-taires par lobligation de se conformer aux modalits appliques par le TPIY

    - lors de son audition par la mission dinformation parle-mentaire franaise, Alain Jupp ministre des Affaires trangres franais en poste en juillet 1995 accuse les casques bleus nerlandais de ne pas avoir dfendu Srebrenica

    - Hans de Mierlo, le ministre des Affaires trangres nerlandais en poste en juillet 1995 affirme que lassistance arienne aux casques bleus a t refuse par le gnral Janvier et demande tre auditionn

    26 janvier 2001 le porte-parole du TPIY rpond que ses procdures nont rien voir avec celles du gouverne-ment franais et quil na jamais mis de rserve quant aux auditions des personnes quil est amen interroger.

    30 janvier 2001lors de son audition par la mission dinformation parle-mentaire franaise Jean-David Levitte, ancien conseiller diplomatique du prsident franais Jacques Chirac affirme sur Srebrenica quil ny a eu aucun marchan-dage franco-serbe propos de Srebrenica

    2001

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    2001

    7 fvrier 2001Lors de son audition par la mission dinformation parle-mentaire franaise le gnral Jean Heinrich, affirme que Srebrenica na pas t dfen-due en raison dun accord secret entre les Bosno-Serbes et les Bosniaques et quen 1996, sans lopposition des responsables tasuniens, Mladic et Karadzic auraient pu tre arrts par lIFOR plusieurs occasions

    15 fvrier 2001Site web MSF Srebrenica : MSF F rend publique la lettre de lOTAN

    16 mars 2001Communiqu de presse de MSF F : Srebrenica : alors que la mission dinformation parlementaire franaise pour-suit ses travaux, une quipe de Mdecins Sans Frontires est en visite en Bosnie

    29 mars 2001audition de Christina Schmitz et Daniel OBrien par la mission dinformation parlementaire franaise sur Srebrenica : la communaut internationale a failli en ne protgeant pas la population.

    8 avril 2001Le journal du Dimanche : Fabien Dubuet, adjoint la responsable juridique de MSF : les Nerlandais risquent fort de faire scrouler tout un pan de la Dfense politique et militaire de la France

    31 janvier 2001lettre de lOTAN MSF lin-formant ne pas avoir reu de la part de la mission dinfor-mation parlementaire fran-aise de demande daudition de ses responsables sur leurs pendant la chute de Srebrenica

    16 au 20 mars 2001visite de responsables de MSF F Srebrenica pour expliquer la demande denqute parle-mentaire

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    2003

    Dbut juin 2001MSF France et MSF Royaume-Uni sefforcent, en vain, de convaincre les autorits britanniques de laisser tmoi-gner devant la mission din-formation parlementaire franaise le gnral Rupert Smith, qui commandait la Forpronu en Bosnie-Herzgovine, sous les ordres du gnral Janvier, pendant les vnements de Srebrenica

    5 juin 2001MSF F transmet la mission les documents mentionns lors de laudition de Pierre Salignon et lui signale lexistence dautres documents F retrouver

    2001

    26 avril 2001Site web MSF Srebrenica : MSF France publie deux docu-ments confidentiels prou-vant quil existait un accord entre Mladic et la Forpronu sur une non-intervention et des dsaccords au sein de la Forpronu sur les frappes ariennes

    16 mai 2001site Web MSF F Srebrenica : extrait de larticle de The Independent du 30 octobre 1995

    17 mai 2001audition de Pierre Salignon, adjoint au responsable de programme de MSF F pour lex-Yougoslavie : mise en lumire des contradictions dans les rponses dj apportes et pose dautres questions prcises

    Dbut juin 2001MSF dcide de ne plus sexpri-mer publiquement sur Srebrenica jusqu la publica-tion du rapport de la mission dinformation parlementaire

    12 avril 2001audition des anciens ministres des Affaires trangres et de la Dfense nerlandais par la mission dinformation parle-mentaire franaise sur Srebrenica

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    2001

    2 juillet 2001aprs sa seconde audition par la mission dinformation parle-mentaire franaise, le gnral Janvier dclare la presse que le compte-rendu de la runion du 24 mai 1995, rvl par The Independent en Octobre 1995 et republi par MSF le 17 mai 2001 ntait pas complet et quil avait prconis aussi le maintien dobservateurs sur place et llaboration de forces ariennes stratgiques

    20 novembre 2001Franois Loncle, le prsident de la mission dinformation parle-mentaire franaise sur Srebrenica dclare une tlvi-sion nerlandaise que le gn-ral Janvier avait sous-estim le gnral Mladic et quil aurait d rpondre positivement aux demandes de frappes ariennes

    29 novembre 2001publication du rapport de la mission denqute du parle-ment franais sur Srebrenica :

    - le gnral Janvier a commis des erreurs dapprciation

    - il ny a pas eu daccord secret avec Mladic

    - les responsabilits sont celles de toute la commu-naut internationale

    - il y a eu des carences de la part du bataillon nerlandais

    9 Juin 2001rapport moral du prsident de MSF F : le travail de la mission dinformation parle-mentaire franaise sur Srebrenica ne nous porte pas loptimisme

    28 novembre 2001MSF F distribue la presse un document danalyse repre-nant les questions auxquelles la commission doit apporter des rponses

    29 novembre 2001Agence France Presse : Pierre Salignon, MSF F : la commis-sion na fait queffleurer un certain nombre responsabilit. On peut aller beaucoup plus loin.

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    2002

    30 novembre 2001 - Libration : Franoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de MSF : le rapport oublie les responsabilits politiques.

    - Le Figaro : Dr Jean-Herv Bradol, Prsident MSF F: On se demande si vous ntes pas en train de vous servir de Janvier pour vous disculper et viter de trancher les respon-sabilits politiques 7 dcembre 2001Le Point : Franoise Bouchet-Saulnier, responsable de juri-dique MSF : le mensonge a recul mais on est encore loin de la vrit

    15 dcembre 2001Colloque La tragdie de Srebrenica co-organis Paris par : FIDH, Ligue des Droits de lHomme, CEDIN, MSF

    9 avril 2002- Communiqu de presse de MSF H : Les leons de Srebrenica: prendre au srieux la protection des populations locales

    - Rapport MSF H : Srebrenica : questions pour le futur

    - Trouw : tribune de MSF H : Tirer les bonnes conclusions de Srebrenica

    qui na pas oppos de rsis-tance aux Bosno-Serbes

    10 avril 2002publication du rapport du NIOD (Institut nerlandais de documentation sur la guerre) sur la chute de lenclave de Srebrenica :

    - responsabilits de la commu-naut internationale

    - le gnral Janvier na pas autoris les frappes ariennes temps mais il ny a pas eu de marchandage

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    8 mai 2002 Rapport interne de MSF H : MSF et le rapport du NIOD sur Srebrenica

    2003

    2004

    2005

    2002

    30 janvier 2003Communiqu de presse MSF : Aprs lenqute nerlandaise sur la chute de Srebrenica. MSF demande une commission denqute aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne

    11 juillet 2005Libration : Pierre Salignon, ex responsable des programmes de MSF F en ex-Yougoslavie : Nous avons eu droit une belle leon de cynisme

    16 avril 2002suite la publication du rapport du NIOD, dmission de lensemble du gouverne-ment nerlandais de Wim Kok et du chef dtat-major des armes

    5 juin 2002le parlement nerlandais dcide la cration dune commission denqute sur la chute de lenclave de Srebrenica

    27 janvier 2003Publication du rapport den-qute du parlement ner-landais sur la chute de Srebrenica

    19 avril 2004Le TPIY :

    - condamne en appel le gn-ral Krstic, lun des principaux responsables bosno-serbes des massacres de Srebrenica 35 ans de prison pour gno-cide, complicit de gnocide et crimes de guerre

    - confirme de manire dfini-tive quun gnocide a t commis Srebrenica par les forces serbes de Bosnie

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    2007 26 fvrier 2007la Cour internationale de justice (CIJ) estime quun gnocide a t commis Srebrenica par certains lments de larme des Serbes de Bosnie, mais exonre lEtat serbe de toute responsabilit3 juillet 2008Naser Oric, le commandant des forces des Musulmans bosniaques dans lest de la Bosnie-Herzgovine, et en particulier Srebrenica, jug coupable en premire instance de navoir pas emp-ch ses hommes de commettre des oprations meurtrires contre des populations serbes et de torturer des prisonniers est acquitt en appel par le Tribunal pnal international pour lex-Yougoslavie

    22 juillet 2008les autorits serbes arrtent Radovan Karadzic, le leader des Serbes de Bosnie au moment des massacres de Srebrenica, et le remettent la justice internationale

    31 mars 2010le parlement serbe vote une rsolution prsentant des excuses publiques pour le massacre de 8 000 Musulmans Bosniaques Srebrenica en 1995

    26 mai 2011Ratko Mladic, le comman-dant des forces bosno-serbes est arrt et livr la justice internationale

    16 juillet 2014un tribunal de La Haye juge les Pays-Bas civilement responsables de la mort de 300 Musulmans parmi les 8 000 victimes du massacre de Srebrenica