compagnie de jésus. Études (1945). 1945. - n0441825_pdf_1_-1dm f. russo (li de jacques monod)

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Revue étude, critique LI Monod

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  • Rflexions sur une leoninaugurale au Collgede FranceLes vues de Jacques Monodsur la vie et sur la science

    Prenant possession de la chaire qui vient de lui treattribue au Collge de France, M. Jacques Monod,

    prix Nobel de biologie pour 1966, a prsent dans saleon inaugurale des vues sur la vie et sur la science qui,par leur ampleur et la nettet de leurs prises de position,mritent une attention toute spciale. Publi pour la plusgrande part dans Le Monde du 30 novembre dernier, cedocument a dj suscit de nombreuses ractions.Ce texte est assez dconcertant. A ct de perceptions

    profondes, on y rencontre des affirmations simplistes, dontcertaines sont proprement inacceptables, telle celle qui nereconnat comme seule activit de l'esprit valable que laconnaissance objective fournie par la science, et cette autreo est considre comme pleinement satisfaisante l'explica-tion de la formation de l'homme par le pur jeu du hasard.Tout en respectant le droit la libre expression des opi-

    nions, on peut se demander s'il n'est pas quelque peu pr-somptueux et imprudent de la part d'un scientifique deproposer de faon aussi catgorique et sommaire de tellesthses qui, dpassant le strict domaine de la science, relventpour une grande part de la rflexion philosophique, o cesproblmes ont dj donn lieu des investigations qui nesont point toutes sans valeur. On aurait souhait voir

  • RFLEXIONS SUR UNE LEON INAUGURALE

    1. On se gardera aussi deconsidrer comme dpasseune telle dfense de laconnaissance objective, sousle prtexte que nous tom.mes l'heure des scienceshumaines, qui associent lesubjectif l'objectif. Lascience des ralits nonhumaines n'en poursuit pasmoins sa carrire propre; tamentalit objective mar-quera une fraction crois-sante des esprits de notretemps.

    LA VIE

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    M. Monod plus soucieux d'en tenir compte. D'autre part,ne convenait-il pas de prendre plus de prcautions, afind'viter que ces thses ne risquent de se trouver accrditesplus par l'autorit scientifique de leur auteur que par leurvaleur propre?Un tel document appelle cependant une critique nuance.

    H serait regrettable de le voir accept ou rejet en bloc.Et, mme si l'on doit en contester plus d'une affirmation,il convient d'tre attentif aux facteurs qui les motivent. Pourune large part ces vues procdent d'une mentalit, d'unclimat intellectuel dont trop de non-scientifiques n'ont passu reconnatre la porte. Notamment, il serait fcheux devouloir arguer de l'insuffisance philosophique de ces propospour les considrer comme dnus de valeur et d'intrt

    Au moment o, par des progrs remarquables dontM. Monod est l'un des principaux artisans, nous parvenons atteindre les lments ultimes qui sont la base de lavie, essentiellement par la connaissance que nous venonsd'acqurir de la structure et du comportement de l'acidedsoxyribonuclique (ADN), constituant des chromo-somes, gardien de l'hrdit et source de l'volution, pierrephilosophale de la biologie , il est normal que rebondissela rflexion sur la nature de la vie.M. Monod ne s'est point content dans sa leon inaugu-

    rale de considrations, d'ailleurs d'un extrme intrt, surles processus lmentaires de la vie tels qu'ils s'offrentdirectement l'investigation exprimentale. Il n'a pas craintd'affronter le problme plus fondamental que pose le faitque la vie se manifeste essentiellement sous deux traitsl'mergence ( proprit de reproduire et de multiplier desstructures ordonnes hautement complexes, et de permettrela cration volutive de structures de complexit crois-sante >) et la tlonomie > (par pudeur objective M. Monod dsigne ainsi la finalit), < ces deux proprits,par quoi les systmes vivants paraissent se distinguer radi-calement des non-vivants, n'tant pas indpendantes maisau contraire troitement associes >.Nous sommes bien ici au cur du problme de la vie.

    Aux formulations prs, c'est bien ainsi que l'abordait

  • Teilhard (dont, soit dit en passant, M. Monod traite bienlgrement la pense), lorsqu'il posait la dualit fondamen-tale de la complexit-conscience, et celle des deux nergies,l'nergie physique classique et l'nergie d'arrangement. Maisl'interprtation fournie par M. Monod de cette dualit estbien diffrente de celle de Teilhard. Alors que, pourTeilhard, la finalit est premire et animatrice, pourM. Monod elle n'est qu'un effet second, issu de la combi-naison de processus lmentaires qui seuls ont vraiment uneralit.Ayant atteint avec les dcouvertes rcentes l'ultima

    ratio, le support physique de l'mergence et la nature desinteractions tlonomiques lmentaires , nous voyons, ditM. Monod, se confirmer l'ide darwinienne selon laquelle la tlonomie procde de l'mergence, qui la cre, l'aiguiseet l'amplifie . Cette vue constitue aujourd'hui la seulesolution rationnelle ; elle s'oppose la solution mta-physique qui postule une force directrice spciale procdant d' une interprtation transcendante, parenteloigne de l'animisme primitif . Et M. Monod de mettredans le mme sac, Aristote, Thomas d'Aquin, Engels. etTeilhard de Chardin.Bref, pour M. Monod l'explication par le bas s'impose

    aujourd'hui sans conteste. L'explication par le haut relved'un ge dpass.Voil qui est vite dit. Il ne semble pas qu'une affaire si

    dlicate puisse tre rgle de faon aussi sommaire.

    Sans nier aucunement l'importance des progrs rcentsde la biologie cellulaire et molculaire pour l'intelligence dela vie, nous ne croyons pas cependant qu'ils modifient enson fond le problme de la dualit de l'mergence et de latlonomie, et de leur association. Des deux aspects del'mergence la persistance de la vie et son changementvolutif aspects que d'ailleurs l'on aurait souhait voirmieux distingus par M. Monod, c'est le second sans doutequi pose les problmes les plus graves, surtout lorsqu'ils'agit du stade ultime de l'volution qui a conduit l'homme. On ne saurait nier que les accidents gn-tiques aient jou un rle dans la transformation desespces, et l'on doit reconnatre que, d'une certainemanire, le hasard fait bien les choses, de nombreux vne-ments tant moins improbables que ne le prtendent cer-taines dmonstrations, telle notamment celle de Le Comte

  • RFLEXIONS SUR UNE LEON INAUGURALE

    2. Figaro littraire, Il-17 dcembre 1967.

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    du Noy qui, un moment, a sduit l'opinion. Nanmoins,en dpit de l'assurance de M. Monod, peu nombreux sontceux croyants ou non qui pourront souscrire cettedclaration L'univers existe, il faut bien qu'il s'y pro-duise des vnements tous galement improbables etl'homme se trouve tre l'un d'entre eux. Il a tir le groslot. D'une telle affirmation Franois Mauriac avait raison

    d'crire qu'elle est infiniment moins croyable que ce quenous croyons, nous autres chrtiens ceci dj sur le seulplan scientifique, mais bien plus encore pour l'homme quirflchit quelque peu sur le sens de son existence, rflexionque le progrs ne saurait tout de mme pas interdire.Nous ne verserons pas pour autant dans le simplisme

    oppos qui, sans se soucier de la science, entend trouverdans le seul discours philosophique la comprhension pro-fonde de la vie. M. Monod a raison de dnoncer les vita-lismes, soit distes soit panthistes, des explications biolo-giques du pass qui ont tant retard l'avnement de labiologie scientifique. On devra dnoncer aussi certainesconsidrations philosophiques modernes sur la vie, d'inspi-ration spiritualiste, qui font trop bon march de la science.A cet gard, on ne saurait trop regretter la sparation exa-gre maintenue entre science et philosophie, qui conduit traiter comme des problmes distincts, celui de la naturescientifique de la vie et celui de la finalit. Ce purismemthodologique contre lequel s'est si justement levTeilhard, laisse en position marginale la question en dfini-tive la plus profonde que pose la vie, savoir le mode selonlequel s'associent l'mergence et la finalit. Reconnaissonsque, en dpit de leurs profondes analyses, pas plusM. Monod que le Pre Teilhard ne nous ont apport cesujet des vues pleinement satisfaisantes. Ce dont nous neleur ferons pas grief, car il s'agit sans doute d'un problmepour la solution duquel nous ne sommes pas encore outills .Mesurons en tout cas la nature profonde du dbat qui

    oppose une explication de la vie par l'lmentaire, par lebas, comme se prsente celle de M. Monod, une explicationqui, sans mconnatre aucunement la ncessit d'uneconnaissance scientifique des lments derniers de la vie,entend confrer le premier rang un principe suprieurd'animation, de coordination et de < monte . Il s'agit en

  • 3. La Mystique de lascience , Etudes, 20 mars1939. Ce texte se trouvereproduit dans le tome VIdes uvres, p. 214. Voiraussi, dans le mme sens,Science et Christ, 1921 {u-vres, t. IX, pp. 41-62).

    4. De manire sans douteassez lyrique, mais pn-trante, Teilhard disait encoredans le texte Science etChrist (uvres, t. IX,p. 56) Pour atteindre lazone lumineuse, solide,abso-lue du Monde, il ne s'agitpas d'aller vers le plus pro-fond en dessous ou le pluslointain en arrire, mais versle plus intrieur dans l'meet le plus nouveau dans lafiction.

    LA SCIENCE

    dfinitive d'une opposition entre l'explication analytiquedu rel que poursuit la science, et une explication synth-tique qui ne craint pas de faire intervenir des facteursnon scientifiques. Cette opposition aurait se rsoudre enune association. Toujours est-il qu'elle reprsente un deslments constitutifs majeurs des dbats science-philosophie,science-foi, qui se poursuivent depuis l'avnement de lascience moderne. Souvent voqus, ils ont trouv chez lePre Teilhard de Chardin, dans un article publi ici mme,une expression qui parat rpondre de faon particulire-ment heureuse la problmatique de l'expos de M. Monod,faisant en somme apparatre les motivations profondes deson refus du spirituel 3.

    La science a dvelopp l'espoir que les corps inanims et vivantscderont dfinitivement sous la pousse scientifique de l'analyse, lerel se montrant dcomposable et rattachable des lments plussimples. Des russites de la science l'illusion devait sortir, et elleest ne, que l'homme pour mettre la main sur le ressort ultime de lanature n'avait qu' aller toujours plus loin dans l'investigationrationnelle des antcdents mesurables, que le secret de l'universse dissimulait dans les ombres du pass et dans les profondeurs del'atome. L'analyse l'en ferait sortir. Cette conception du mondeavait quelque chose de simple et de grisant. Elle ressuscitait levieil orgueil des Titans de la fable. Mais en revanche elle abaissaitle ciel qu'il s'agissait d'escalader, si bien que le progrs se trouvaitimplicitement priv de tout sens et mme de toute carriredfinissable 4.

    A ces vues sur la vie qui eussent d normalement suffire sa leon inaugurale s'il l'avait entendue au sens classique,M. Monod, profitant de l'audience que connaissent habi-tuellement de telles leons, a voulu joindre des consid-rations beaucoup plus gnrales sur la nature et le rle dela connaissance scientifique. Laissant le style lnifiant, lesponcifs, le moralisme sentimental de tant de discours de cegenre, M. Monod est all sans dtours au cur du pro-blme, essentiellement celui de savoir quelle est, en dfi-nitive, la fin de la science et quelle place elle doit avoirdans la civilisation et la culture. La position de M. Monod,est entire, abrupte, totalitaire. Contre une opinion quiconnat encore si mal la science et qui en minimise laporte intellectuelle et culturelle, pour n'en faire qu'unmoyen d'objectifs utilitaires, contre le mpris d'une vri-table thique de la connaissance qu'il prte aux systmes

  • RFLEXIONS SUR UNE LEON INAUGURALE

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    religieux, contre les savants eux-mmes qui n'osent affirmerleur idal, M. Monod proclame l'minente dignit et le pri-mat de la connaissance objective tels que la sciencemoderne l'a dfinie.

    Le seul bien, le c souverain bien dans l'thique de la connais-sance, ce n'est pas, avouons-le, le bonheur de l'humanit, moinsencore sa puissance temporelle ou son confort, ni mme le connais-toi toi-mme socratique, c'est la connaissance objective elle-mme.Je pense qu'il faut le dire, qu'il faut systmatiser cette thique, endgager les consquences morales, sociales et politiques, qu'il fautla rpandre, l'enseigner, car, cratrice du monde moderne, elle estseule compatible avec lui. Il ne faudra pas cacher qu'il s'agit d'unethique svre et contraignante qui, si elle respecte dans l'hommele support de la connaissance, dfinit une valeur suprieure l'homme lui-mme. Cette thique de la connaissance est radicale-ment diffrente des systmes religieux et utilitaristes qui voientdans la connaissance, non pas le but lui-mme, mais un moyen del'atteindre. J'accuse les hommes de science d'avoir souvent, tropsouvent menti sur leur vritable dessein, invoquant la puissance,pour en ralit nourrir la connaissance qui, seule, leur importe.

    Voici donc en peu de mots balayes comme sans rigueuret sans valeur la connaissance philosophique et la connais-sance religieuse. Seule demeure valable en notre tempsl'activit de l'esprit qui se plie aux normes de la mthodescientifique.On ne s'attardera pas rfuter une thse aussi radicale

    et aussi simpliste. On est gn de la voir soutenue par unprix Nobel et dans le cadre d'une institution o noussommes habitus entendre des propos sans doute nou-veaux et souvent audacieux, mais mris, quilibrs, sou-cieux de se rattacher aux valeurs culturelles et l'expriencedu pass.Comment pourrait-on accepter de voir ainsi limiter les

    possibilits de l'esprit humain? De plus, en un monde ola science serait la valeur suprme, seule une troite litepourrait prtendre l'accomplissement, au bonheur, sup-poser qu'elle puisse elle-mme se contenter d'un idal aussirigide et aussi inhumain.Ces ngations brutales, cette exaltation unilatrale de la

    science, doivent pour une grande part tre attribues l'atrophie de la rflexion philosophique et religieusequ'entrane la prdominance de la science dans la culturede l'homme d'aujourd'hui, qui n'a plus ni le got, ni lacapacit de s'interroger de faon valable sur les problmesfondamentaux de son existence.

  • Mais, si inacceptables que soient en leur essentiel lespropos de M. Monod, ils n'en apportent pas moins deslments positifs qui mritent au plus haut point de retenirnotre attention.Nons nous refusons, certes, voir dans la science le

    souverain bien de l'intelligence; mais nous savons gr M. Monod d'avoir dit avec tant de nettet et de force lasignification et la porte de la connaissance scientifique.Notre civilisation se sert sans cesse davantage de la science,mais, au fond, elle ne l'a pas encore vraiment reconnue .Dans son systme de valeur et dans ses attitudes pratiques,elle n'a pas encore fait la science, la recherche, la place laquelle elle a droit. M. Monod a raison de dire que lascience n'est pas encore adopte par et pour elle-mme et que, dans le pass et encore aujourd'hui, elle se sent dsarme par sa simplicit mme, son apparente sche-resse, devant les ides riches qui prtendent apporter unesolution au problme de la condition humaine . Du moins,prciserons-nous, on souhaiterait, quand ces ides sontvalables, qu'elles soient prsentes d'une manire tellequ'elles ne paraissent pas abaisser la connaissance scien-tifique.La duret, l'irritation du monde de la science l'gard

    de la pense philosophique et religieuse et de l'humanismepurement littraire, s'apparente aux dispositions du mondeouvrier vis--vis de la socit. Pour une grande part lesoutrances des scientifiques, dont M. Monod nous offre unexemple significatif, ont leur origine dans l'tat de minorit,d'obscurit, de non-reconnaissance o la science a t silongtemps maintenue par une large fraction des litescultives. On oublie trop que la science n'a pu se faire,s'imposer qu'au prix de longues luttes o, hlas! elle a plusd'une fois affront les philosophes spiritualistes et les tho-giens. Ces souvenirs ne s'effaceront pas de sitt. Pour ques'ouvre l're meilleure d'une juste comprhension de lascience, d'un vrai dialogue, dans une cit culturellementpluraliste, des scientifiques avec les philosophes, les tho-logiens et les reprsentants des autres formes de la culture,il conviendrait que devienne commune cette haute estimede la science, dont, dans le mme sens, mais mieux peut-tre que M. Monod, et de faon plus ouverte, lePre Teilhard apportait la justification lorsqu'il dclarait:

    Li aux derniers dveloppements de la connaissance, un nouvelexcitant physique est en train de faire son apparition chez le cher-cheur d'aujourd'hui: non plus seulement la curiosit et le got du

  • RFLEXIONS SUR UNE LEON INAUGURALE

    5. Recherche travail etAdoration , mars 1955, pu-bli dans le t. IX desuvres.

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    bien-tre, mais l'espoir secret et passionn d'accder un plus tre.L'homme se fixe pour objectif non seulement de survivre ou debien vivre, mais de supervivre en forant quelque domaine sup-rieur de Conscience et d'Action

    Ds lors que nous n'en faisons pas le savoir absolu,l'unique forme valable de connaissance, c'est sans crainteet en toute vrit que nous pouvons exalter ainsi la science.Nous en avons mme le devoir. Avec M. Monod, il fautsouligner l'importance et l'urgence de ce changement d'atti-tude. La mfiance vis--vis de la science, la persistance del'opposition entre deux cultures, l'une scientifique, l'autrehumaniste au sens ancien, affecte beaucoup plus que nousle croyons la sant morale et spirituelle de l'hommed'aujourd'hui. M. Monod a raison de dnoncer la gravitde l'tat d'alination o se trouvent tant de nos contem-porains en face de la science, refusant, par une ractioninfantile, d'en affronter l'objectivit, et d'accepter une nou-velle image de la ralit o l'homme a l'impression d'tre un tranger dans l'univers et de n'y peser d'aucun poids .Mais, lorsque nous envisageons la science non plus seule-

    ment en elle-mme, mais insre dans la civilisation, lesvues de M.Monod apparaissent beaucoup trop absolues. Ilest vrai que la science est d'abord connaissance, mais elledoit aussi servir l'homme, contribuer son bien-tre et son progrs, la ralisation prcisment de ce plus-tre,qui ne saurait concerner le seul domaine de la connais-sance scientifique. Il ne s'agit pas l d'une fonction acces-soire, extrieure la science. Bien que seconde, elles'inscrit au plus profond de son tre, de sa vocation. Pourune part, l'inquitude de l'homme d'aujourd'hui devant lascience provient de ce que, bien souvent, la science n'assurepoint cette fonction et de ce que mme elle se tourne contrel'homme. Aussi, contrairement ce que pense M. Monod,cette anxit est lgitime. La science seule est impuissante la surmonter. On ne saurait voir l, de la part de l'homme,uniquement confusion, orgueil bless, peur devantl'inconnu .Plus unilatrales encore, plus inhumaines apparaissent

    les vues de M. Monod au plan de la rflexion sur le destinle plus profond de l'homme et de l'humanit. En prtendantrduire l'thique une thique de la connaissance scienti-fique, et rsoudre les problmes du monde d'aujourd'huipar le seul recours la science, M. Monod semble connatre

  • bien mal le cur de l'homme, l'intensit et la diversit deses aspirations; aspirations dont il ne nous a pas apport lapreuve qu'elles taient illgitimes.Pour rsoudre les contradictions du monde d'aujourd'hui,

    M. Monod nous invite l'approfondissement de laconnaissance elle-mme . Nous pourrions tre d'accordavec lui, si cet approfondissement ne se limitait pas lareconnaissance de la valeur de la mthode scientifique et l'extension constante de la mthode objective de nou-veaux domaines .

    Une perspective scientiste unilatrale, inhumaine est-ceainsi que nous caractriserions, en dfinitive, la vise decette leon inaugurale si singulire? Peut-tre faut-il treplus nuanc. Ce qui attnue les propos de M. Monod, c'estleur frquente inconsquence. Maintes fois il y est questionde projet projet des activits des systmes cellulaires , projet tlonomique . Simples manires de parler, diraM. Monod! Cela n'est point si sr. Lorsque l'on estcontraint de s'exprimer de la sorte, il y a quelque chancequ'il y ait l la manifestation d'un tat de choses rel. Deplus, lorsque M. Monod propose aux hommes la poursuitedu savoir scientifique comme un idal qui se situe au-dessus et au-del d'eux-mmes , lorsqu'il prsente lascience comme une valeur suprieure l'homme lui-mme >, on croit pouvoir lui demander s'il a rflchi surles consquences d'une telle affirmation, qui dborde nette-ment le champ des propositions que la science est capablede justifier. Enfin, c'est M. Monod lui-mme qui pose, sansla rsoudre, une question qui nous ouvre des interroga-tions qui vont bien au-del de la science Qui nouscommande de chercher, et pour cela d'adopter la mthodeavec l'ascse qu'elle implique? Ce discours serait-il donc plus ouvert qu'il ne semble?

    Ses inconsquences laissent-elles entendre qu'un jourM. Monod nous prsentera des vues qui traduiront mieuxla vocation profonde de la science et la signification de lavie?

    Franois Russo