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  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3

    Images de langues minoritaires en Mditerrane: dynamiques sociolinguistiques et productions idologiques

    Contenu: Numro thmatique dirig par Bruno Maurer (Universit Paul-Valry Montpellier 3)

    Publication: Numro 3 (printemps 2016)ISSN: 2369-6761Directeurs: Bruno Maurerditeur: Les ditions de lUniversit de Sherbrooke (DUS)URI: http://hdl.handle.net/11143/9705DOI: 10.17118/11143/9705

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3

    Table des matires

    Introduction du numro Images de langues minoritaires en Mditerrane: dynamiques sociolinguistiques et productions idologiques .......................................................... 2Bruno Maurer

    La mthode danalyse combine des reprsentations sociales des langues: un outil dtude quanti-quali des idologies linguistiques .............................................................. 6Bruno Maurer

    tudiants et apprenants de catalan en Catalogne du nord: cho du conflit diglossique espagnol............................................................................................... 21Thierry Trefault

    Reprsentations des langues et des identits: le cas de la diaspora serbe au sud de la France ............................................................................... 44Ksenija Djordjevi Lonard

    Les Turcs turcophones de France: langues, identits et enjeux culturels ..................................... 63lonore Yasri-Labrique

    Les reprsentations sociales de la langue et de lidentit frioulane: enqute dans le secondaire .............................................................................................................. 87Giovanni Agresti et Silvia Pallini

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3

    Reprsentation linguistique chez les tudiants universitaires dans le Trentin-Haut-Adige ............................................................................................................. 115Franoise Favart

    Une langue sans futur, une identit bien vivante: reprsentations de la communaut arbnisht ............................................................................ 141Lucija imii et Nikola Vuleti

    Reprsentations des langues en contexte plurilingue algrien .................................................... 164Zakaria Ali-Bencherif et Azzeddine Mahieddine

    Comptes rendus/Recensioni/Reseas ........................................................................................... 198

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3

    Titre: Introduction du numro Images de langues minoritaires en Mditerrane: dynamiques sociolinguistiques et productions idologiques

    Auteur(s): Bruno Maurer, Universit Paul-Valry Montpellier 3

    Revue: CirCula, numro 3

    Pages: 1-4

    ISSN: 2369-6761

    Directeur: Bruno Maurer, Universit Paul-Valry Montpellier 3

    URI: http://hdl.handle.net/11143/9705

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 2

    Introduction du numro Images de langues minoritaires en Mditerrane: dynamiques sociolinguistiques et productions idologiques

    Bruno Maurer, Universit Paul-Valry Montpellier 3bruno . maurer @ univ-montp3 . fr

    Ce numro de la revue Circula prsente une unit thorique trs forte, assure de deux manires. Dune part, il runit des communications qui prsentent toutes les rsultats de recherche dun groupe international investi dans un projet intitul Reprsentations des langues et des identits en Mditerrane en contexte plurilingue. Ce projet a t men bien entre 2013 et 2015 avec le soutien institutionnel principal de la Maison des Sciences de lHomme de Montpellier, mais aussi de lEA 739 Dipralang, de lUniversit de Tlemcen (Algrie) et de lassociation LEM-Italia (Italie). De ce fait, les recherches de chacun ont t enrichies des changes en prsentiel, loccasion de trois journes dtudes organises lUniversit Paul-Valry Montpellier, mais aussi de discussions menes par courrier lectronique. Les points de vue se sont confronts, les mthodologies suivies par chaque chercheur se sont enrichies au fur et mesure que les enqutes taient ralises sur les diffrents terrains et que les premiers rsultats taient dgags.

    Dautre part, chacune des tudes dont les rsultats sont ici prsents a t conduite en utilisant titre principal et mme exclusif un outil de recherche commun, la mthode danalyse combine des reprsentations sociales des langues (MAC) (Maurer, 2013).

    De cet outil, nous nous contenterons de dire dans lespace de cette introduction quil permet partir dun protocole simple une articulation entre le qualitatif et le quantitatif, deux dimensions difficiles concilier sauf mener plusieurs enqutes complmentaires. Il fera lobjet de la premire contribution de ce numro (B. Maurer), dimension thorique et mthodologique donc, sans pr-sentation ni commentaire de rsultats particuliers.

    Le lecteur trouvera ensuite une srie de monographies portant toutes sur ces situations de pluri-linguisme mditerranen, chaque fois dans un contexte diffrent, mais toujours dans un contexte diglossique. Toutes les situations tudies sont caractrises par le fait quelles documentent des situations avec des rapports langue(s) en position haute / langue(s) en position basse; les tudes proposes visent clairer la production des ces idologies en documentant dans la plupart des cas des points de vue dhtro-reprsentation (de lautre groupe linguistique, de sa langue, dominante

    https://3c-bap.web.de/mail/client/mail/mailto;jsessionid=59F5A3318AFFEF9B412398F8FF599ED0-n3.bap08a?to=bruno.maurer%40univ-montp3.fr

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 3

    ou minore), mais aussi dauto-reprsentation (de son propre groupe et de sa langue, dominante ou minore):

    le catalan en situation majoritaire francophone dans la ville de Perpignan (France), publics dtudiants de catalan)Thierry Trefault, Universit Paul-Valry Montpellier 3, ESPE

    le serbe dans les communauts de migrants du sud de la France (France)Ksenija Djord-jevic, Universit Paul-Valry Montpellier 3

    le turc dans les communauts de migrants du sud de la FranceEleonore Yasri-Labrique, Universit Paul-Valry Montpellier 3

    le frioulan dans la rgion dUdine (Italie)Giovanni Agresti et Silvia Pallini, Universit de Teramo, Italie

    le frioulan, le ladin, le vnitien dans la rgion de Trento (Italie)Franoise Favart, Univer-sit de Trento, Italie

    larbnisht dans la ville de Zadar (Croatie)Lucija imii et Nikola Vuleti, Universit de Zadar, Croatie

    larabe, le berbre, le franaisZakaria Ali-Bencherif et Azzedine Mahieddine, Universit de Tlemcen, Algrie.

    La conclusion met en vidence quelques invariants entrant en jeu dans la production des ido-logies linguistiques en situation diglossique, mais aussi les particularits repres dans certaines monographies.

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    Rfrences

    Maurer, Bruno (2013), Reprsentations sociales des langues en situation multilingue : la mthode danalyse combine, nouvel outil denqute, Paris, Archives contemporaines.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3

    Titre: La mthode danalyse combine des reprsentations sociales des langues: un outil dtude quanti-quali des idologies linguistiques

    Auteur(s): Bruno Maurer, Universit Paul-Valry Montpellier 3

    Revue: CirCula, numro 3

    Pages: 5-19

    ISSN: 2369-6761

    Directeur: Bruno Maurer, Universit Paul-Valry Montpellier 3

    URI: http://hdl.handle.net/11143/9701

    DOI: 10.17118/11143/9701

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 6

    La mthode danalyse combine des reprsentations sociales des langues: un outil dtude quanti-quali des idologies linguistiques

    Bruno Maurer, Universit Paul-Valry Universit Paul-Valry Montpellier 3bruno . maurer @ univ-montp3 . fr

    Rsum: Cet article expose la mthodologie de recherche suivie par les diffrents auteurs des ar-ticles. Il sagit de la mthode danalyse combine des reprsentations sociales. Un expos dfinit les diffrents types de reprsentation sociale ; il est suivi dun regard critique sur les mthodes habituel-lement utilises puis dune prsentation de lensemble des tapes suivre pour raliser des enqutes

    Mots-cls: reprsentations sociales ; outil denqute ; mthode danalyse combine

    Abstract: This article outlines the research methodology used by the authors of the articles, known as the combined method of analysis of social representations (mthode danalyse combine des reprsentations sociales. A presentation defines the different types of social representation; it is fol-lowed by a critical view of the commonly used methods and a presentation of all the steps involved in conducting surveys

    Keywords: social representations; survey tool; combined analysis method

    https://3c-bap.web.de/mail/client/mail/mailto;jsessionid=59F5A3318AFFEF9B412398F8FF599ED0-n3.bap08a?to=bruno.maurer%40univ-montp3.fr

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 7

    1.Introduction

    La sociolinguistique sintresse depuis ses dbuts ce que lon appelle les reprsentations, depuis les travaux fondateurs de W. Labov relatifs linscurit linguistique de la petite bourgeoisie new yorkaise comme facteur de changement linguistique ou ses enqutes sur les liens entre identit et variation linguistique Marthas Vineyard. La preuve nest plus apporter de linfluence des repr-sentations sur les pratiques linguistiques, ni de limportance de la prise en compte des reprsenta-tions lors de la prise de dcision en matire de politique linguistique ou de politique ducative. Ces reprsentations sont constitutives de ce que lon appelle les idologies linguistiques, partie prenante des situations sociolinguistiques dont elles constituent des lments importants. De nombreux au-teurs se sont penchs sur cette dimension des idologies de la langue, parmi lesquels, sans que nous ayons la possibilit de revenir ici sur leurs travaux, les sociolinguistes du domaine occitan et catalan (Lafont, 1984; Ninyoles, 1969, 1972), leur suite Henri Boyer (2007) ou, dans une approche quelque peu diffrente, Anne-Marie Houdebine (1994) et ses modles successifs de limaginaire linguistique.

    Pourtant, mthodologiquement, ltude des reprsentations apparat nos yeux comme un parent pauvre. Notre prsentation commencera par quelques lments de dfinition sur le concept de reprsentation suivi de considrations sur le type de reprsentation qui constitue notre objet principal dtude. Nous discuterons alors les outils utiliss communment par les sociolinguistes pour atteindre ces reprsentations, composantes des idologies linguistiques, afin den montrer quelques limites. Cette tude critique nous permettra dexposer en consquence notre propre approche et de prsenter loutil de recherche, la mthode danalyse combine, qui a t teste dans une tude princeps mene Madagascar dans les annes 2007-2008, a fait lobjet dune publication (Maurer,2013) et qui, applique aux diverses situations tudies dans ce numro, permet des com-paraisons entre plusieurs situations de diglossie1.

    2.Quel type de reprsentation est constitutif des idologies linguistiques?

    Sintresser aux reprsentations des langues, cest faire un choix parmi plusieurs objets possibles, certes voisins mais diffrents, que lon englobe sous le terme gnral de reprsentations , et propos desquels nous proposons doprer des clarifications. Un examen des recherches manipulant ce concept rvle que ce vocable recouvre des ralits dordre diffrent. Sont ainsi recueillies et ana-lyses par les chercheurs:

    des reprsentations relatives au rpertoire linguistique des locuteurs et permettant dap-prcier le degr de plurilinguisme dclar des enquts et, partant, celui dune socit (Quelles langues parlez-vous?). En ce qui concerne la francophonie, on peut estimer de

    1.Signalons que cette mthodologie a t utilise grande chelle dans une tude commandite par lOIF sur les repr-sentations compares du franais, de langlais et de la langue africaine majoritaire dans 5 pays dAfrique francophone (Maurer, 2014).

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    la sorte combien denquts dclarent pratiquer la langue franaise, sans toutefois prju-ger de leur comptence relle.

    des reprsentations portant sur les situations dusage social des langues dans la vie cou-rante, avec des informations sur la grgarit de certaines langues utilisation presque exclusivement familiale, ou leur vhicularit utilisation dans les lieux publics, avec des personnes de langue 1 diffrente. On peut ainsi, travers les reprsentations des sujets enquts, chercher dterminer, par exemple, quelles langues sont dites les plus cou-tes dans les mdias ou lesquelles sont vues comme ayant une place dans les crits des tmoins...

    des reprsentations concernant de manire spcifique les modes dacquisition des lan-gues, les stimulants de leur apprentissage et de leur utilisation, les comptences loral et lcrit, les habitudes de lecture et dcriture. On peut parler ici non de reprsentation des langues mais de reprsentation de lapprentissage des langues, ce qui est sensiblement diffrent.

    enfin, des reprsentations relatives aux systmes de valeur que les enquts construisent, en situation de plurilinguisme, pour les diffrentes langues employes par eux et autour deux. Comment peroivent-ils ces langues? Oprent-ils des hirarchisations entre elles? Sont-elles vues de manire positive ou ngative? quels univers de rfrence sont-elles associes (religion, travail, modernit, tradition, avenir, science, etc.)?

    Les tudes sociolinguistiques qui ont recours au concept de reprsentation mettent en place sans clairement les discerner des lments denqute oprant sur lun ou lautre de ces niveaux, souvent sur plusieurs la fois.

    Cest ici que nous voudrions poser une distinction qui nous semble fondatrice: parmi ces quatre types de reprsentations, les trois premires sont ce que lon pourrait appeler des reprsenta-tions de pratiques. Elles refltent en effet la manire dont les enquts se reprsentent les usages linguistiques dans une socit plurilingue. Il peut du reste sagir de reprsentations de pratiques actuelles (si lon pose par exemple la question Quelle langue utilisez-vous quand vous vous rendez dans un service public?) sans que lon ait du reste le moyen de savoir si cette pratique est effec-tive, ou de pratique souhaite (si lon pose la question: Dans quelle langue voudriez-vous tre servi dans un service public?).

    En revanche, le dernier ensemble est de nature radicalement diffrente: il nous permet datteindre un systme de valeurs, qui a sans doute une plus forte valeur heuristique en ce sens quil peut per-mettre dexpliquer cest notre hypothse les choix faits par les sujets aux autres niveaux, en matire de pratiques linguistiques ou de reprsentations de ces pratiques. Ainsi, si une personne affirme ne jamais parler telle langue (reprsentation de pratique actuelle) ou esprer quon lenseigne lcole (reprsentation de pratique souhaite), cest en raison dun ensemble de jugements de valeurs por-ts sur cette langue, qui ne sont par forcment explicits mais qui sont le sous-bassement de ses comportements et de ses attitudes dclaratives. Une partie immerge de liceberg en quelque sorte...

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    qui a une forte valeur explicative. Cest pour ce niveau-l, celui de ltude des systmes de valeur construits par les sujets, que la mthode danalyse combine a t conue.

    3.Les limites des mthodes denqute sur les reprsentations

    Lobjectif tant donc de dfinir les composantes dune idologie linguistique en observant la ma-nire dont une langue fait lobjet de reprsentations sociales, il importe de construire un protocole de recherche adapt qui allie fiabilit des donnes, prcision et simplicit de mise en uvre.

    Les analyses de discours sont intressantes, par leur dimension qualitative, mais elles prsentent quelques inconvnients, en regard de nos proccupations:

    lourdeur de la procdure: temps de lentrevue, technologie de lenregistrement (de plus en plus ncessit de la vido pour lanalyse des marques non verbales), temps de la trans-cription, temps de lanalyse, ncessit de multiplier les entretiens;

    importance de la part de linterviewer dans la co-construction de la reprsentation, dont il faut, au minimum tenir pleinement compte au moment de lanalyse des rsultats, ce qui nest pas toujours le cas en ralit;

    difficult dinterprtation des rsultats : un ensemble dentretiens raliss ne permet quau prix de lextrme habilet de lanalyste la (re)construction dimages qui semblent cohrentes mais dans la constitution desquelles entre pour une grande part la subjectivi-t du chercheur; limpression qui ressort de ces travaux est celle du chercheur qui butine dans les discours pour choisir dextraire tel ou tel passage, puis dcide de le mettre en perspective avec tel autre venu dun autre discours, etc.

    lexploitation possible de ces donnes recueillies en entretiens est seulement qualitative; il faut absolument sinterdire toute exploitation quantitative compte tenu de la taille des chantillons et des procdures de choix des tmoins, qui ne garantissent aucune repr-sentativit statistique. Pourtant, nous autres sociolinguistes passons rapidement daddi-tion de quelques cas particuliers des enseignements gnraux et dans nos publications, il nest pas rare que la citation dun extrait dun seul discours engendre un commentaire du type pour dautres personnes ... o le passage du un au pluriel se fait sans trop de prcautions.

    Les questionnaires, question plus ou moins fermes, cherchent contourner cette subjectivit et essaient de donner des vues plus globales des reprsentations luvre dans un groupe de sujets. Ils permettent en thorie des traitements statistiques. Toutefois, les questionnaires en sociolinguis-tique souffrent de quelques dfauts importants qui nous conduisent proposer un changement de perspective:

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    les rsultats obtenus atomisent ce qui est un systme de valeurs construit autour dune langue en une srie de rsultats partiels: x% dun chantillon pensent que le franais est langue davenir, y% quil est langue de travail, z% quil est une langue difficile apprendre. En procdant de la sorte, on se retrouve dans lincapacit de saisir les corrlations ven-tuelles entre ces diffrentes images: quels liens, quelles relations existent entre ces trois cognitions? Y en a-t-il une qui soit, aux yeux des sujets, plus importante que les autres?

    En effet, il est trs important de ne pas confondre pourcentage lev de oui une rponse et impor-tance qualitative de cette cognition aux yeux du sujet, de ne pas confondre frquence de la rponse dans le groupe et importance qualitative aux yeux de chacun des tmoins interrogs. On peut trs bien imaginer que 80% des sujets dun groupe rpondent que le franais dans leur pays est une langue de travail mais que dans le mme temps cette dimension ne soit pas trs importante aux yeux de chacun dentre eux. Pour prendre un exemple qui sera plus parlant peut-tre, imaginons une enqute sur des tlphones mene par un institut de sondage. 90% des clients pensent que, oui, le tlphone X est joli... pourtant aucun ne voudra lavoir parce quil prsente dautres caractres (prix, fiabilit) qui font que lesthtique na aucune importance. En dautres termes, il ne faut donc pas confondre consensus des sujets autour dune rponse et importance donne cette rponse: une erreur pourtant fort commune.

    la fiabilit des rsultats: pour que des enseignements statistiques puissent tre tirs pour lensemble dun groupe donn, partir dun chantillon, des conditions de taille et repr-sentativit des chantillons sont requises; celles-ci ne sont que rarement runies; aussi les conclusions tires sont-elles peu fiables, dautant que des tests de vrification statis-tiques sont rarement mis en uvre.

    Nous avons parl de diffrentes cognitions composant la reprsentation ou, dun point de vue plus mtaphorique, d images dune langue, de systmes de valeur associs une langue, de hi-rarchie entre les diverses cognitions ou images: pareil vocabulaire suppose le choix dune thorie de rfrence quil est temps prsent dexpliciter.

    4.Thorie structurale des reprsentations sociales et dtermination des zones centrale et priphriques

    Plusieurs auteurs ont soulign le caractre fortement polysmique du terme reprsentation. La dfinition donne par D. Jodelet (1989: 37) souligne lambigut du terme qui dsigne la fois un produit et processus. M. Denis fait la mme remarque (1989 : 15) : Le terme de reprsentation est utilis pour dsigner la fois un processus et le produit de ce processus, voquant mme un risque de malentendu (1989 : 16). Le mme constat a t fait par G. Vignaux (1992 : 224) : Le rglage propre ce terme lamne assumer les programmes de sens du produit en mme temps que du procs, le second tant implicit pour des raisons dconomie de fonctionnement.

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    Exprimer linguistiquement sa reprsentation, pour lautre, cest en mme temps devoir laccommo-der lautre, et donc lexprimer par lautre. Cest par exemple devoir passer par les mots de lautre, devoir les reprendre dans son propre discours pour assurer le succs de la communication2. De l, limpossibilit thorique de se livrer des analyses de contenus et la ncessit de procder des analyses de discours entendues comme analyses des marques linguistiques refltant le processus de co-construction du sens. Les sociolinguistes le savent bien, qui prennent la prcaution daffirmer souvent en prambule de leurs publications le caractre relatif des reprsentations analyses et se rsignent, comme un mal ncessaire, limpossibilit daccder une vrit de ces reprsenta-tions, situe quelque part dans un en-de de la mise en discours.

    Mais en mme temps, le fait mme que lon sautorise analyser ces discours suppose que les reprsentations produites sont la face visible, certes biaise mais accessible, de reprsentations pr-existant chez le tmoin leur mise en discours, et quil est possible dessayer de remonter depuis les unes jusquaux autres. Si ce postulat nexistait pas, si le sujet navait pas une consistance cognitive minimale, en gros quelques valeurs auxquelles il croit et qui le constituent en tant que sujet, il serait totalement vain de lui tendre le micro

    Cest prcisment pour essayer datteindre un tat des reprsentations des langues indpendant de lactualisation en discours pour autrui que nous avons dvelopp la mthode danalyse combi-ne des reprsentations.

    4.1.Pour une hirarchisation des diffrentes composantes de la reprsentation

    Nous partons de lide, porte par la thorie psychosociale du noyau central, que les lments composant une reprsentation (quon les appelle discours, strotypes, idologmes, schmes ou cognmes) nont pas la mme importance aux yeux du sujet, qui adhre totalement certains au point quils les considre comme non-rfutables alors quil est prt accepter la remise en cause dautres.

    Cette hirarchisation, mtaphoriquement reprsente en psychologie sociale par le couple noyau-priphrie (Abric, 1976, 1989 ; Flament, 1989) au sein dun paradigme appel structural de la reprsentation sociale, ne peut tre mise en vidence par lanalyse de discours applique des interviews. Pour hirarchiser les diffrentes composantes de la reprsentation, dautres moyens doivent tre mis en uvre.

    2.Sur cette ligne se trouve tre par exemple J.-B. Grize qui rintgre le caractre interactif de la reprsentation, forme de communication (1991: 164): ... les reprsentations dun sujet sont mdiatises par son discours, ce qui, je puis dire, les dforme doublement. Dabord, comme nous lavons vu, toute schmatisation est destine un interlocuteur spcifique. De plus rien ne permet dassurer que, pour mieux comprendre - et pour se mieux comprendre soi-mme - le locuteur A nintroduit pas dans ses reprsentations spontanes des relations et des lments qui ny figurent pas prala-blement son discours.

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    4.2.Les dimensions tudies par la mthode danalyse combine

    Notre tude aborde les reprsentations sociales dans une tude trois dimensions, mesures quantitativement: distance, adhsion, consensus.

    4.2.1.Les distances entre les cognmes, marques de lorganisation

    Considrant quune reprsentation sociale est compose de plusieurs cognmes3, on tudiera les distances ds lors que lon considrera le degr de proximit/loignement quentretient un cognme avec les autres, cest--dire leur concentration plus ou moins dense autour de lui. Formellement, plus sont fortes les similitudes quentretient un cognme avec dautres, cest--dire plus ces autres lments se rapprochent de lui, alors plus forte est la densit de la zone de la reprsentation o sest opre cette concentration.

    Des mthodes statistiques de calcul des co-occurrences sont mme de rendre compte de cette dimension de distance, traduite par des donnes numriques. Concrtement, sont calcules toutes les distances existant entre les cognmes, traduisant lattitude que les sujets adoptent leur gard. Seules sont retenues comme significatives les distances infrieures un indice de coupure arbitrai-rement dfini une fois pour toutes.

    4.2.2.Le degr dadhsion aux cognmes, marque de la signification

    Lapproche structuraliste a accord lessentiel de son attention la question des distances pour mettre en vidence lorganisation des reprsentations sociales. La mthode danalyse combine priorise limportance du degr dadhsion, ou de rejet, lgard des cognmes, une dimension quelque peu minore par lapproche structuraliste. Pour notre part, nous considrons que la ques-tion de la signification est mme premire, en termes dimportance, dans une hirarchisation qui placera la fonction dorganisation en position subordonne.

    Est nomme adhsion limportance relative aux yeux des tmoins des diffrents cognmes com-posant la reprsentation4. Elle se traduit concrtement par des comportements dadhsion ou de rejet vis--vis de certains cognmes quand les sujets sont interrogs leur gard. L aussi, nous exposerons plus loin le mode de calcul de cette dimension. La dtermination de ladhsion sopre par un calcul de moyenne des rponses des sujets pour chaque item.

    3.Nous avons utilis dans les dveloppements prcdents, propos de lanalyse dautres travaux, les termes image, co-gnition. Nous parlerons pour nos propres travaux de cognme, emprunt Codol (1969), sorte dunit minimale entrant dans la composition dune reprsentation sociale.4.Classiquement, le terme saillance est retenu prfrentiellement, mais nous lui prfrons celui dadhsion la fois plus parlant et plus centr sur le comportement des sujets.

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    4.2.3.Le consensus, indicateur de la position du groupe

    Il est intressant de sintresser en outre un troisime point de vue, la dimension du consensus, qui peut nous renseigner sur larticulation entre le psychologique individuel et le social. Elle dcrit le degr de maturation de la reprsentation sociale dans le groupe et prcise selon quelles formes celui-ci lintgre et sur lesquels de ses cognmes et ensembles de cognmes il sancre fermement ou, au contraire, se prte aux menes de facteurs externes.

    Nous avons donn une fonction opratoire la dimension du consensus qui nous informe sur le groupe5, le groupe habit par sa reprsentation, sur la manire dont ses sujets se positionnent au-tour du score moyen obtenu par telle cognition, en termes de dispersion-agrgation.

    Notre hypothse de travail est que la proportion des cognmes affects des plus forts indices de consensus est la plus forte dans ce que nous nommons systme de centralit maximum. Cest ensuite la priphrie marginale, lieu participant la dfinition de la reprsentation, qui rassemble la plus forte proportion de cognitions consensuelles de premier ordre.

    Ces trois dimensions donnant lieu des calculs diffrents, la dtermination de la centralit de cer-tains items sopre en deux temps:

    un temps de combinaison des dimensions adhsion-consensus-distance, qui aboutit la mise en vidence graphique dun gradient dgressif de centralit des diffrentes cogni-tions composant la reprsentation sociale; cette combinaison intgre approche structu-raliste et approche sociocognitive (production dun graphe cercles distribus sur un axe horizontal);

    un temps dintgration des dimensions adhsion-consensus, qui permet de discriminer, dans le continuum rsultant de la premire opration, des zones rendant compte de la structuration de la reprsentation sociale (production dun schma en couronne).

    Les rsultats obtenus nous amnent modifier la conceptualisation duelle noyau/priphrie (que nous qualifions pour faire vite de thorie standard) et lui substituer, avec Domergue (1997) mais sur dautres bases que lui, une reprsentation plus graduelle, qui amne dterminer non deux mais quatre zones dans la reprsentation sociale.

    La mthode est donc dite mthode danalyse combine (MAC) parce que, deux reprises et sur deux registres diffrents, elle combine les diffrentes dimensions adhsion, consensus et distance pour discriminer les cognmes les plus centraux et dterminer des ensembles pertinents en termes de centralit et de priphrie.

    5.Pour employer une formule lapidaire, nous dirons que, ce faisant, nous nous sommes intress la reprsentation sociale du groupe plus qu la reprsentation sociale, tout court.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 14

    4.3.Ralisation de lenqute

    4.3.1.Recueil des donnes

    Dans un premier temps, on recueille le discours des sujets propos dun objet de reprsentation (la langue franaise par exemple, dans un groupe de lycens de terminale, dans un pays dit franco-phone) dans le but daccder aux cognitions, lesquelles sont traduites par une expression verbale. Par emploi des techniques dexpression libre et dentretiens non directifs, les sujets sont invits sexprimer sur ce quvoque pour eux la locution la langue franaise. Il leur est demand de seffor-cer de fournir des formulations qui soient le plus concises possible. Les rponses sont soient notes par lenquteur, soit enregistres puis transcrites ultrieurement.

    4.3.2.laboration dun questionnaire

    La deuxime tape est celle de lanalyse des donnes recueillies dans la perspective de transformer la production discursive brute en propositions plus condenses que leur caractre plus ramass rendrait opratoires parce que plus pratiques dutilisation. Dans le souci de minorer les dperditions syntaxiques et smantiques, dfaut de pouvoir les viter totalement, les diffrents aspects et formes de la production langagire ont t prservs, y compris en maintenant certaines redondances.

    Le questionnaire est prsent sous forme dun tableau de 10 20 items, chacun tant une propo-sition relative la langue tudie. Au bout de chaque ligne, une case vide dans laquelle les tmoins (au minimum entre 20 et 25, de manire tre sr davoir au final 20 questionnaires non entachs derreurs et exploitables) sont invits, aprs avoir lu toutes les propositions, inscrire une note.

    Le chercheur, aprs avoir laiss le temps ncessaire la lecture et la comprhension des 20 pro-positions, demande:

    de noter +2 les quatre propositions qui paraissent le mieux voquer la langue tudie;

    puis de noter -2 les quatre propositions qui paraissent le moins bien voquer la langue tudie;

    de noter +1 les quatre propositions qui paraissent assez bien voquer la langue tudie;

    de noter -1 les quatre propositions qui paraissent assez mal voquer la langue tudie.

    Restent quatre propositions qui nont t ni lues ni repousses et pour lesquelles les tmoins sont invits mettre la note 0.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 15

    On aura reconnu dans ce type de questionnaire les principes de lanalyse de similitude qui ne nous est pas particulire6 et que nous avons prsente.

    4.3.3.Les diffrentes oprations de traitement des items

    La consigne propose aux sujets revient regrouper les items par blocs de quatre, formant de la sorte cinq blocs. Chaque bloc est affect dune valeur : -2, -1, 0, +1, +2. On notera que les valeurs sont partages en positif, ngatif et neutre. Une chelle autre, quelconque, entirement inscrite en notation absolue (exemple : 0, 1, 2, 3, 4), aurait strictement exerc la mme fonction que celle-ci. Dans un cas comme dans lautre, il sagit doprer une distribution du plus faiblement valu au plus fortement valu.

    partir de cette unique valuation, trois traitements statistiques diffrents mesurent donc:

    a. limportance relative aux yeux des membres du groupe des diffrents cognmes (tude de ladhsion/rejet du cognme);

    b. le fait que les membres du groupe oprent des rapprochements entre certains cognmes (tude des distances entre cognmes);

    c. le degr de consensus qui se manifeste entre les membres du groupe sur les diffrents items (tude du consensus).

    Les calculs et les graphiques sont automatiss sur le site en ligne linguiste.iutbeziers.fr qui permet la saisie des rsultats aux questionnaires. La phase de combinaison des dimensions adhsion-consen-sus-distance livre le graphe suivant:

    6.Ce qui lest, rappelons-le, cest la combinaison puis lintgration des diffrents types de donnes recueillies cette occasion.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 16

    Graphe 1: La reprsentation sociale du franais pour un groupe dentrepreneurs (Dakar, Sngal)

    Sur le graphe ci-dessus, les trois dimensions que nous avons prsentes sont combines. Ce graphe nest donn qu titre dexemple. On en retrouvera dautres dans les tudes qui suivent.

    Ladhsion est chelonne sur laxe des abscisses. Sur la partie droite, se trouvent donc les lments les plus importants pour le groupe, ceux qui caractrisent le mieux la langue.

    Le degr de consensus est donn par le rayon du cercle. Plus le rayon est grand, plus les membres du groupe ont tendance donner la mme note pour obtenir la note moyenne dadhsion.

    Les distances infrieures 1,40 ont t reprsentes, marquant des proximits entre items.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 17

    La phase dintgration des dimensions adhsion-consensus livre le schma en quatre couronnes suivant:

    Graphe 2: Schma en couronnes de la structure de la reprsentation sociale du franais

    La zone 1, plus forte adhsion et plus fort consensus, est dnomme zone de centralit maxi-mum.

    La zone 2 est dnomme couronne centrale. Elle rassemble des cognitions situes des hau-teurs diverses et plutt moyennes en termes dadhsion, avec des indices de consensus significatifs. Ses caractristiques sont difficilement dfinissables, peu marques. Cest la zone qui rassemble les lments qui sont le plus susceptibles dvoluer. Cest sans doute celle sur laquelle une action en termes de politique linguistique ou ducative peut avoir le plus dimpact si lon souhaite faire voluer les esprits.

    La zone 3 est dnomm priphrie incertaine. Appartenant galement la priphrie, la zone 3 rassemble des cognitions avec des scores dadhsion moyenne obtenus par des traitements disper-ss, signe de dsaccord parmi les membres du groupe.

    La zone 4, marque par de forts rejets obtenus par de forts consensus, prend le nom de priphrie marginale. Elle rassemble les lments qui dessinent en creux, en quelque sorte, la reprsentation, occupant une fonction de repoussoir.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 18

    5.Conclusion

    Cette mthodologie reproduite sur des situations diffrentes ou propos dune mme situation sociolinguistique, mais cette fois en variant les paramtres de constitution des groupes permet de mettre en vidence constantes et lments variables dans la manire dont les reprsentations so-ciolinguistiques des langues, en situation de diglossie, fonctionnent. Cest elle qui est utilise dans toutes les monographies constituant ce numro de la revue Circula.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 19

    Rfrences

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  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3

    Titre: tudiants et apprenants de catalan en Catalogne du nord: cho du conflit diglossique espagnol

    Auteur(s): Thierry Trefault, Universit Paul-Valry Montpellier 3

    Revue: CirCula, numro 3

    Pages: 20-42

    ISSN: 2369-6761

    Directeurs: Bruno Maurer, Universit Paul-Valry Montpellier 3

    URI: http://hdl.handle.net/11143/9703

    DOI: 10.17118/11143/9703

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 21

    tudiants et apprenants de catalan en Catalogne du nord: cho du conflit diglossique espagnol

    Thierry Trefault, Universit Paul-Valry Montpellier 3thierry . trefault @ montpellier . iufm . fr

    Rsum : Dans le dpartement des Pyrnes orientales, nombreux sont ceux qui apprennent le catalan, langue rgionale aux cts du franais. Cet espace gographique plurilingue se rattache lentit plus vaste de la Catalogne, berceau de conflits diglossique virulents, au cur de revendica-tions dautonomie qui secouent le climat politique actuel en Espagne. Cet article rend compte dune enqute ralise dans le cadre du projet Reprsentations des langues et des identits en Mditer-rane en contexte plurilingue (EA 739 Dipralang). Il sagit de mettre en vidence les reprsentations du catalan et du franais chez les apprenants de catalan, quils soient locuteurs natifs, tudiants luniversit, dans les filires spcifiques ou comme option, ou encore quils se destinent lenseigner dans les classes bilingues. Nous faisons lhypothse que ces reprsentations diffrent en fonction de limplication dans la diglossie franais-catalan et quelles sont un cho au conflit linguistique propre la Catalogne. Pour la vrifier, nous utilisons la mthode danalyse combine mise au point par Bruno Maurer.

    Mots-cls: reprsentations des langues; conflit diglossique; Catalogne nord

    Abstract: In the Pyrnes-Orientales department, many people learn Catalan, the regional language alongside French. This multilingual geographical area is closely linked to the larger entity of Catalo-nia, the hotbed of vehement diglossic conflicts, at the centre of a struggle for autonomy that has been disrupting the current political climate in Spain. This article reports on a survey conducted within the project Representations des langues et des identits en Mditerrane en contexte plurilingue (EA 739 Dipralang). This project aims to highlight different representations of Catalan and French amongst learners of Catalan, whether they are native speakers, university students either majoring in the language or taking it as an option, or intending on teaching bilingual classes. We hypothesize that these representations differ depending on the students involvement in the French-Catalan di-glossia, and that they echo a linguistic conflict specific to Catalonia. In order to verify this hypothesis, we will be using the combined analytical method developed by Bruno Maurer.

    Keywords: representations of languages; diglossic conflict; North Catalonia

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 22

    1.Introduction

    Lenqute sociolinguistique dont il va tre question dans ces pages a lieu au moment o les Cata-lans de la partie espagnole organisent un rfrendum pour demander lautonomie de leur province. De nombreuses manifestations ont prcd cet vnement, auxquelles se sont joints des catalans franais, solidaires de ces revendications. La culture et surtout la langue catalane tiennent une place de premier plan dans cette demande de reconnaissance, indice que le conflit diglossique est une ralit de chaque ct des Pyrnes.

    Se pose-t-il cependant dans les mmes termes? premire vue non, car lhistoire a fait suffisam-ment diverger les deux rgions, spares depuis trois sicles et demi et immerges dans deux pays europens, qui suivent lun et lautre un dveloppement trop diffrent pour quune comparaison puisse tre envisage. La Catalogne du nord est incluse dans le dpartement franais des Pyrnes orientales avec lequel elle se confond pratiquement. Quand on rside dans ce dpartement sans en tre originaire, on ressent trs vite la singularit et lidentit de cette rgion, bien circonscrite par deux massifs montagneux, les collines des Corbires au nord et la chane de Pyrnes terminant sa course dans la Mditerrane, le tout domin par les sommets enneigs du Canigou. Les emblmes de la catalanit sont visibles, comme le drapeau quatre barres sang et or, le Castillet et le Palais des rois de Majorque Perpignan. La langue catalane y est prsente sur tous les panneaux, indiquant les noms de lieux. Mais curieusement, la prsence orale du catalan est beaucoup plus discrte dans lespace public, et il faut tendre loreille sur le march de la Place Cassagne pour percevoir les conso-nances catalanes.

    Cette enqute a t mene par un observateur non-impliqu, non-locuteur du catalan, jetant un re-gard relativement neuf sur ces problmatiques. Ltude sur les reprsentations des langues va tenter de reprer comment le conflit diglossique trs prsent en Espagne trouve ou non un cho auprs de ceux qui ont choisi dapprendre le Catalan en France.

    Les groupes cibles de cette recherche sont constitus par des tudiants. Ils sont eux-mmes r-sidents dans le dpartement, et peuvent comme lenquteur, tre dtachs ou impliqus dans la diglossie franais-catalan. Leurs reprsentations des deux langues peuvent-elles tre semblables? Existe-t-il une diffrence dapproche entre ceux qui suivent en licence une option de catalan, et ceux qui se destinent enseigner dans les coles bilingues, et qui suivent, lintrieur de leur formation initiale denseignant du premier degr, un enseignement du catalan, en grande partie en catalan?

    On ne saurait, en commenant cette tude, ignorer le creuset linguistique dans lequel soprent ces choix de cursus universitaire, le contexte sociolinguistique ntant pas tranger aux motivations et aux reprsentations des tudiants.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 23

    2.Le contexte sociolinguistique

    2.1.Des deux cts des Pyrnes: une histoire et des problmatiques diffrentes

    La Catalogne du nord se rattache une aire gographique plus vaste stendant sur 68000km2, tou-chant quatre pays europens: la France, lEspagne, lAndorre et lItalie, avec la Sardaigne. La partie franaise reprsente donc un peu moins de 6%, de lespace gographique de rayonnement du cata-lan. Dans les deux principaux pays, les histoires nationales font que le bilinguisme rgional sexprime de manire diffrente dans les deux principaux pays. Mais on ne peut pas rellement comprendre les problmatiques franaises sans faire rfrence celles qui se sont poses pour le voisin espagnol.

    La situation espagnole, le grand public la apprhende rcemment grce lcho dans les mdias de la consultation qui sest droule au mois de novembre 2014, et qui portait sur lindpendance de la Catalogne. Plus de deux millions de personnes se sont rendues aux urnes, autour de deux ques-tions enchsses: Voulez-vous que la Catalogne devienne un tat?En cas de rponse affirmative, voulez-vous que cet tat soit indpendant?. lissue du scrutin, non reconnu par le gouvernement espagnol, la rponse tait positive plus de 80%.

    Ce rfrendum informel est un des aboutissements de plusieurs manifestations de masse qui ont ponctu lanne barcelonaise, tous les 11 septembre au cours des trois annes prcdentes. Celle de 2012, organise par lAssemble Nationale Catalane, a rassembl prs de 1,5 millions de personnes autour du slogan Catalogne, prochain tat de lEurope. Un an plus tard, cest deux millions de catalans qui forment une chane humaine de 400 kilomtres, mtaphore de la voie catalane pour lin-dpendance. Lanne daprs, 1,8 millions de personnes clbrent la fte nationale de la Catalogne dans les rues de Barcelone, formant une mosaque dun V gant de voter avec les couleurs du drapeau catalan.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 24

    Carte 1: Laire linguistique et culturelle catalane1

    Ces diffrents points dorgue rcents rappellent lhistoire mouvemente entre la Catalogne et le pouvoir central espagnol, et les conflits qui lont jalonne. La mmoire collective a fait du Moyen-ge une sorte dge dor, avec le rve dun empire pyrno-mditerranen, la cataloccitanie, ses symboles forts, le drapeau et la croix occitane. Elle retient aussi de manire ngative le XVe sicle, lorsque la Catalogne tombe sous lautorit castillane, davantage proccupe du nouveau continent dcouvrir. Cest le dbut dun repli, qui nempchera pas la France et lEspagne de se disputer cette rgion, conflits aboutissant la partition lors du Trait des Pyrnes en 1659, traumatisme vcu de la mme manire de part et dautre de la frontire2.

    Il faut attendre le XIXe sicle pour que la Catalogne connaisse un nouvel essor d une industriali-sation prcoce, qui se manifeste par le catalanisme. Les partis indpendantistes font accder la rgion au statut dautonomie en 1932, ressuscitant le terme mdival de generalitat; de manire phmre puisque la guerre civile y met un terme en 1939. Ce nest quen 1978, deux ans aprs la fin du rgime dictatorial et la mort du Gnral Franco, que la Gnralit de Catalogne est rtablie, avec une importante autonomie, renforce en 2006. Selon le prambule de son statut, la Catalogne est

    1.Carte issue du site http://www.maison-pays-catalans.eu/presentation/la-catalogne-et-les-pays-catalans/. [Page consulte le 11 avril 2015.]

    2.Source: http://www.tv5monde.com/cms/chane-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Espagne.p29527-Espagne-la-victoire-en-trompe-1-il-de-l-independantisme-catalan.htm. [Page consulte le 22 novembre 2014.]

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 25

    reconnue nationalit dEspagne, terme ambigu qui gnre des diffrences dinterprtation et des contestations sur le plan politique. En juillet 2010, le Tribunal constitutionnel rcuse les nouveaux statuts comme non conformes la constitution sur plusieurs points tels que la notion de nation, de justice autonome ou de fiscalit. Cest le dtonateur du conflit actuel3.

    2.2.La langue: un enjeu central

    On comprend que la langue catalane, ciment de cet espace politico-gographique, soit un lment majeur dans cette volont dindpendance et de singularit face un tat plus fort ou davantage constitu. Son progrs ou son dclin suit le cours des vnements historiques et des volutions politiques. Lors de la Renaixenca du milieu du XIXe sicle, le catalan retrouve progressivement son statut de langue officielle. Cette priode est marque par tout un mouvement de dfense et de rcupration de la langue grce, notamment la production littraire et lenseignement. Mais cette renaissance est stoppe par les priodes de dictature, qui feront tout pour faire disparatre le catalan, tout comme le basque ou le galicien. Sera dnonce toute personne qui enfreindra linterdiction de parler toute langue ou dialecte autre que le castillan, est une des mesures du franquisme (Billiez, 2001: 60).

    Larsenal des actes rpressifs se porte sur la vie politique, lenseignement et les mdias do le ca-talan est banni; les intellectuels sont poursuivis, les collections scientifiques dtruites. Tout est fait pour que les Catalans se castillanisent. Cependant le travail de rcupration4 entrepris auparavant navait pas t effectu en vain puisque la rsistance du groupe linguistique catalan, associ sa force conomique, a finalement eu raison de cette situation. Depuis 1979, larticle 3 de la loi de nor-malisation vote par le parlement catalan stipule que: La langue de la Catalogne est le catalan. Le catalan est la langue officielle de la Catalogne avec le castillan, langue officielle de lensemble de ltat espagnol (Boyer, 1996: 126).

    2.3.La Catalogne: un cas dcole pour la sociolinguistique

    Toutes ces menaces existentielles [...] depuis le sicle dernier, provoquent une attitude de so-lidarit avec le peuple de la part dun trs grand nombre de savants catalans, un engagement dans la pratique de recherche que lon ne rencontre sans doute que rarement. (Kremnitz, 1980: 22)

    Cest notamment grce aux travaux des linguistes catalans, notamment Henri Boyer, que le concept de bilinguisme, entendu comme simple prsence historique de deux langues, a t remplac par

    3.Mme rfrence de site.

    4.Notamment luvre de Pompeu Fabra, sous limpulsion de lInstitut dtudes catalanes, qui pose en 1907 les normes du catalan contemporain en publiant les normes orthographiques, la premire grammaire normative et le dictionnaire gnral de la langue catalane.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 26

    celui de diglossie, plus dynamique car il porte en lui le caractre volutif et instable inhrent aux si-tuations de conflit. Une langue dominante se dveloppe au dtriment dune langue domine, lissue de ce rapport de forces tant le processus de substitution. La situation catalane offre un bel exemple de cette dynamique.

    Il y a de vieilles langues crites depuis le Moyen ge qui, aprs une priode de dcadence, regagnent du terrain et semblent se trouver sur le chemin de ce quon appelle parfois la nor-malisation; cest le cas du catalan. (Kremnitz, 1998: 2)

    Lcole catalane de sociolinguistique a galement travaill sur le concept de normalisation, proces-sus dcrit ainsi par Henri Boyer:

    Celle-ci [la langue domine], grce une prise de conscience collective et une politique linguistique efficace, reconquiert les territoires quelle a d cder sa concurrente (dans la vie publique, lactivit politique, ladministration, les mdias, le commerce etc.), cest--dire une extension normale des usages sociaux et officiels de sorte quelle ne soit plus seulement utilise pour les changes privs.(Boyer, 1996: 125)

    Cest ce qui sest pass pour le catalan puisque du point de vue de lducation et de lenseignement, la loi prcise: Tous les enfants de Catalogne, quelle que soit leur langue habituelle au dbut de leur scolarisation, doivent pouvoir utiliser normalement et correctement le catalan et le castillan la fin de leurs tudes primaires5.

    Les catalanistes, tout comme les occitanistes, ont aussi travaill sur le rle des reprsentations dans le processus de substitution. La rflexion sur les idologies linguistiques montre que les langues en prsence sont perues comme des langues ingales de par leur nature et leurs vertus intrinsques, cette ingalit tant compense au niveau mythique par des qualits attribues la langue domi-ne, qui jouent en quelque sorte le rle de compensation consolatrice. La langue domine est la langue du cur, alors que la langue dominante est celle de lesprit. Ces reprsentations typiques des situations de diglossie favorisent le processus de substitution et pas du tout celui de normalisation.

    Comment seffectue la mutation depuis une situation de diglossie, ou de bilinguisme diglossique une situation de bilinguisme neutre? Les pratiques langagires passent par une exacerbation dans lexpression des reprsentations sociolinguistiques. En tmoigne la signaltique urbaine: Aussi la rue, les mdias, lcole..., sont-ils des lieux o se multiplient les signes dune inversion de lgitimit sur le march linguistique en Catalogne (Boyer, 1996: 130). Ces signes sont moins marqus dans les mdias, trs peu prsents dans la presse crite, assez peu la radio. En revanche, la tlvision dispose de deux chanes entirement en catalan; le livre catalan aussi se porte bien.

    5.Article 14, 14e alina de la Llei 7/1983 de 18 dabril, de Normalizaci Lingstica a Catalunya.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 27

    Du point de vue des usages individuels, on constate, entre 1975 et 1986, une progression des pra-tiques orales, davantage dans la comprhension que dans la production. En outre, dans la rgion de Barcelone, le catalan est vu comme la langue de lintgration et de la russite sociale. Savoir parler le catalan est considr comme un avantage par les populations immigres, ce terme dsignant aussi des Espagnols dautres rgions.

    On peut incontestablement observer une volution de la situation dans le sens dun arrt du processus de substitution linguistique hrit du franquisme et un impact de la politique linguistique surtout sur les reprsentations et les attitudes. [] Ce que montre lvidence lensemble des enqutes, cest que le processus de substitution du catalan par le castillan a t frein, mais que cela ne signifie pas que le catalan soit sauv.

    Aujourdhui, les responsables souhaitent franchir une nouvelle tape dans la normalisation: faire en sorte que le catalan soit la langue prioritaire (et non plus seulement (co)-officielle). (Boyer, 1996: 134)6

    2.4.La situation sociolinguistique de la Catalogne du nord

    Mme si le franais est rest une langue inconnue de la majorit de la population pendant plusieurs sicles, lisolement de la rgion a longtemps condamn toute tentative de dveloppement du cata-lan. Au XVIIIe sicle, les catalans du nord doivent se faire leur nouvelle conjoncture dultra-midi franais, qui petit petit va essayer de les couper de leurs bases catalanes plus actives: ils se sentent quelque peu loin de tout et de tous mais se dbrouillent (Peytavi Deixona, 2010: 8). Ni la Rvolution franaise, ni le passage de lagriculture rgionale de lautarcie lconomie de march ninverseront la tendance. Cest surtout la fin du XIXe sicle et les lois Jules Ferry qui vont, comme pour beaucoup de langues rgionales en France, porter le coup de grce au catalan.

    Cest pour la langue catalane le dbut de grosses difficults quelle navait pas eu affronter jusque-l ou auxquelles elle avait russi faire face. Effectivement, les lois de scolarisation de Jules Ferry (1880-1882) compromettent la prennisation du catalan jusquici la seule langue parle par lcrasante majorit de la population. Lcole gratuite, obligatoire et laque ouvre en quelques gnrations une brche immense dans les flancs le la catalophonie que les rgimes prcdents navaient mme pas su inciser.(Peytavi Deixona, 2010: 10)

    6.Citant Tudela (1986).

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 28

    Entre 1945 et 1955, on observe un phnomne nouveau: la totalit de la population, classes mo-destes comprises, adopte le franais comme langue familiale. Si jusque-l les gens avaient accept la rpression systmatique du catalan par lcole et ses matres forms au centralisme la situation tait le mme pour toutes les langues minoritaires de lHexagone partir de ce moment ils vont assumer eux-mmes cette perscution au sein de la famille. [] Le rsultat tait, pour ce pays, un cas extrme de diglossie: le catalan tait relgu aux travaux humbles et au troisime ge. Ctait, disait-on une langue pour aller la vigne (Verdaguer, 1999: 29).

    Aujourdhui, les Catalans, enclavs dans ce fond de France, nont pas regard pendant des d-cennies en direction de ce Sud catalan dfini comme espagnol et ressenti comme trop rouge ou trop noir selon les poques (Peytavi Deixona, 2010 : 12). Lmergence de lEurope devenue communautaire et la cration de la rgion Languedoc-Roussillon ont commenc faire regarder nouveau au-del des Albres. [] La volont en hausse de transmettre langue et surtout culture [] des individus qui transmettent leur culture peut-tre moins leur langue, souvent envers et contre beaucoup (Peytavi Deixona, 2010: 12).

    Et cette culture, les Catalans ont prouv rcemment quils taient capables de la dfendre en sal-liant aux combats de la partie espagnole. Le processus politique engag en Catalogne a son in-fluence dans les Pyrnes-Orientales. Le rfrendum du Sud suscite une motivation nouvelle chez les sympathisants de la Catalogne du Nord, peut-on lire dans le journal La Clau7. En effet, louverture Perpignan dun bureau de vote Perpignan la Casa de la Generalitat, dlgation du gouvernement catalan, pour recevoir les suffrages des quelque 500 catalans de nationalit espagnole est un pr-texte manifestations. La date du 9 novembre est elle-mme symbolique puisquelle commmore la sinistre partition de la Catalogne, un 7 novembre de lanne 1659.

    Dans lIndpendant8 du lundi 10 novembre 2014, on peut lire que sur 500 inscrits, il y a eu 480 votants. Et que dire des regards attendrissants des militants catalanistes franais, prsents toute la journe devant les locaux de la Casa, partags entre la dception de ne pas pouvoir participer au scrutin et la joie de voir leurs homologues, Catalans du Sud, prendre leur destin en mains. Pour Christophe, les catalans ont allum une mche. Ils veulent enfin tre reconnus, comme un peuple part entire dans lEurope. On a dj un hymne, un drapeau, un parlement. Il ne nous manque quun tat.

    Par-del cet engagement culturel et politique, la langue catalane ne fait-elle pas figure de rescape?

    7.Article paru le 7 novembre 2014 dans La Clau, mdia bilingue diffus exclusivement sur internet et sadressant aux lecteurs sensibles aux modalits modernes de la question rgionale et aux enjeux europens. Source: http://www.la-clau.net/info/9646/les-evenements-de-catalogne-agitent-perpignan-9646. [Page consulte le 22 fvrier 2015.]

    8.Principal quotidien rgional tir plus de 60000 exemplaires.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 29

    2.5.La politique des langues en Catalogne du Nord

    Considre depuis la loi Deixonne de 1951 comme une langue pouvant tre enseigne lcole, au mme titre que le basque, loccitan, lalsacien, le catalan est reconnu depuis 2008 comme langue rgionale appartenant au patrimoine de la France, sans pour autant bnficier daucun statut offi-ciel. Cependant, la Rgion Languedoc-Roussillon a cr un organisme officiel ayant pour mission la promotion de la langue et culture catalane et occitane. Il existe galement un Intergroupe Langues et Cultures Rgionales au sein du Conseil Rgional.

    Sur le plan local, la municipalit de Perpignan a promu la langue et la culture catalanes au moyen de diffrentes actions, comme la cration en 1978 duCentre de Documentaci i Animaci de la Cultu-ra Catalana (CEDACC), qui se compose dune bibliothque, dun service de documentation et dune salle dexpositions. Le CEDACC a rcemment augment ses activits suite la cration dun service de catalan et de consultation linguistique, lorganisation de cours de catalan pour les fonctionnaires municipaux et de cours dadultes, ainsi que des cours de catalan au niveau prscolaire et dans les coles primaires (1000 lves en 1993-1994). Depuis 1981 il dcerne des prix annuels de littrature et audiovisuels9.

    Les donnes fournies par une enqute rcente10 font tat que 49% des personnes interroges (en-viron 140000 personnes) dclarent savoir parler le catalan, bien que 16% de celles-ci disent prou-ver des difficults dans lexpression cause dun manque de matrise. La comptence linguistique augmente de pair avec lge: 16% des 18-24 ans parlent bien le catalan, contre 73% chez les plus de 65 ans. Dans les communes de moins de 1000 habitants, 70% des gens savent parler le catalan, alors quils ne sont que 39% Perpignan. Lusage du catalan est beaucoup plus rpandu parmi les agriculteurs (72%) et les retraits (63%) que dans les autres secteurs sociaux.

    En ce qui concerne lusage, 66% des catalanophones dclarent parler le catalan souvent, 23% occasionnellement, 7% rarement et 3% ne le parlent jamais. Lusage du catalan est plus frquent au sein de la famille ou avec les amis (66%) quavec les personnes ges (37%) ou lors des changes courants (37 %). En outre, 61 % de catalanophones considrent que leur pratique langagire est stable; 21% pensent quelle rgresse et 19% pensent quelle augmente. lexception des 18-24 ans, plus on est jeune, et plus on pense que la pratique augmente. Quelque 55000 personnes dclarent savoir lire le catalan sans difficult, tandis que les agriculteurs et les tudiants sont les plus nombreux savoir lcrire (25%).

    9.Donnes recueillies sur le site http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/catala/fr/i5/i5.html. [Page consulte le 16 mai 2014.]

    10.Donnes recueillies sur le site mentionn ci-dessus, faisant probablement rfrence lenqute de lINSEE de 2002 Langues rgionales, langues trangres: de lhritage la pratique.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 30

    Les collectivits territoriales entretiennent des liens avec la Generalitat de Catalunya par le biais daccords transfrontaliers: le Conseil municipal de Perpignan, pour la promotion et la diffusion de la langue catalane; le Conseil gnral des Pyrnes-Orientales et lUniversit de Perpignan pour les aspects linguistiques; la Chambre de commerce et dindustrie pour la ralisation des preuves du certificat international de catalan. linverse, la Generalitat collabore avec les organismes franais pour llaboration de cours de catalan, lchange de professeurs, la recherche sociolinguistique et llaboration de matriels didactiques, etc. Il existe aussi une convention entre les petites universits de tous les pays de langue catalane, dont celle de Perpignan, afin de dcerner des diplmes com-muns de 3e cycle11.

    2.6.Le catalan au niveau de lenseignement universitaire

    LInstitut franco-catalan transfrontalier (IFCT), situ la maison du pays catalan, Casa dels Pasos Catalans, compte six enseignants titulaires et 316 tudiants en 2013-201412. Cette composante de lUniversit Via Domitia de Perpignan (UPVD) organise les enseignements et les diplmes nationaux et des diplmes duniversit relatifs aux tudes catalanes et aux questions transfrontalires licences, licence professionnelle, master, master professionnel, master MEEF, doctorat, certificats de langue catalane.

    LIFCT runit un Dpartement dtudes Catalanes, charg des enseignements de licence (licence de catalan et licence professionnelle de traduction-interprtation) et des diplmes duniversit, unSer-vice de tl-enseignement de catalan, le SETELCAT, ainsi quun Laboratoire habilit, lICRESS, Institut catalan de recherche en sciences sociales (quipe dAccueil no 3681), responsable de la mention de master tudes europennes et internationales: master recherche tudes catalanes et master profes-sionnel de Relations transfrontalires.

    LIFTC bnficie non seulement des Institutions et collectivits territoriales franaises comme nim-porte quel organisme, mais aussi dentits catalanes ou transfrontalires dont certaines ont un sige au conseil de lIFTC. Citons entre autres lInstitut dEstudis Catalans (Acadmie de la langue catalane), dont le sige est Barcelone et qui travailla doter la langue de structures stables et de normes or-thographiques. Citons encore lALPEC (Association pour lenseignement du catalan), qui a vocation de runir les enseignants et parents dlves des deux pays qui soutiennent lenseignement bilingue public ou priv.

    11.Le catalan en France, http://www.uoc.es/euromosaic.html. [Page consulte le 16 mai 2014.]

    12.Source: https://www.univ-perp.fr/fr/menu/l-upvd/les-facultes-instituts-et-centres/institut-franco-catalan-trans-frontalier-ifct-/institut-franco-catala-transfronterer-institut-franco-catalan-transfrontalier-4616.kjsp. [Page consul-te le 22 fvrier 2015.]

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 31

    La formation des enseignants bilingues seffectue dans le cadre dun Master Mtiers de lducation, de lenseignement et de la formation, au sein de lESPE Languedoc-Roussillon. Perpignan, deux units de formation se partagent la formation des futurs professeurs du premier et du second degr, lune lUPVD, lautre la Facult dducation qui dpend de lUniversit de Montpellier.

    En ce qui concerne la formation des adultes et la formation permanente, des initiatives ont t mises en place par le GREC, lAssociaci Politcnica, lEscola Catalana, le Centre Cultural Catal et le Centre de Documentaci i dAnimaci de la Cultura Catalana (CEDACC) de la Ville de Perpignan; la filiale dmnium Cultural (mnium Cultural Catalunya-Nord) ; et le Servei de Llengua de lInstitut Franco-Catal (IFC) de lUniversit de Perpignan.

    3.Mthodologie contextualise de lenqute

    3.1.Lentretien exploratoire: une tape dcisive

    Un entretien exploratoire avec un groupe tmoin sest droul la fin de lanne universitaire pr-cdant le dbut de lenqute, au mois de juin, auprs dtudiants de Master 2, donc en fin de leur parcours de formation, et de ce fait, ils ntaient pas susceptibles de faire partie de lchantillon den-quts. Il a eu lieu au dbut dun cours, alors quils ntaient pas prvenus de cette initiative. Sans doute est-il ncessaire de sy prendre autrement et de bien expliciter la dmarche afin de sassurer de lassentiment des membres du groupe. Cet entretien mest apparu assez dcevant par son ct trs artificiel et trs loin de la conversation btons rompus, formule la plus souhaitable. Les tudiants sont rests sur une certaine rserve, se contentant de rponses strotypes, dautant plus que la stratgie de guidage Pour moi le catalan cest la langue de... cest la langue des... cest une langue qui... est apparue comme peu favorable des changes naturels. Jai donc doubl cet entretien dun second, toujours avec des tudiants de catalan, mais sans guidage.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 32

    Il a rsult de ces entretiens somme toute trs complmentaires, la formulation de quinze items, reprenant sans les trahir le teneur des deux entretiens:

    CATALAN: 15 items

    1. Une langue menace, dfendre.

    2. Une langue qui ouvre sur lEurope.

    3. Rcemment le catalan a profit des rseaux sociaux.

    4. Cest une langue romane.

    5. Il ny a pas de loi qui protge le catalan.

    6. Cest une langue part entire, pas un dialecte.

    7. Cest une langue parle surtout en Espagne.

    8. Le catalan senracine dans la culture familiale.

    9. Cest une langue facile apprendre lcole.

    10. Le catalan retrouve un certain souffle.

    11. Cest une langue territoriale lie une culture.

    12. Tout le monde se comprend malgr les dialectes..

    13. Le catalan est davantage reconnu en Espagne quen France.

    14. Sans le Catalan, on ne peut pas connatre lhistoire ou la sociologie de la Catalogne.

    15. Cest une langue trs riche car elle a beaucoup de dialectes.

    FRANAIS: 15 items

    1. Une langue europenne et internationale.

    2. La langue qui a la grammaire la plus horrible du monde.

    3. Une langue pratique quotidiennement.

    4. Une langue bien matrise.

    5. Le franais, cest la langue de lamour.

    6. Une langue historique, charge de culture.

    7. La langue des Jeux Olympiques.

    8. La langue responsable de la disparition du catalan.

    9. Cest la langue des apprentissages.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 33

    10. Le franais empche lapprentissage dune autre langue.

    11. Le franais permet dapprendre la grande littrature.

    12. Tout le commerce, tout le tourisme est en franais.

    13. Cest une langue ncessaire si on veut accder la culture.

    14. La littrature franaise exerce un poids sur le Catalan.

    15. Cest une base pour traduire en catalan les littratures trangres.

    Dans ces formulations, il y a des affirmations qui sont plus oprationnelles que dautres dans le cadre dune tude sur les reprsentations. Des items tels que Cest une langue romane ou bien cest une langue parle en Espagne sont essentiellement de lordre de la dfinition ou de la constatation et elles ne contiennent pas en elles-mmes un avis qui puisse tre discut. De mme la formule une langue pratique quotidiennement relve davantage des pratiques individuelles et nest pas rvlatrice de reprsentations sur la langue. Cependant, il nest pas apparu ncessaire de supprimer ou remplacer ces items.

    3.2.Quel public?

    Lorsquon exerce en milieu universitaire, les tudiants sont un public de choix, facilement acces-sible puisquil suffit de mobiliser un petit moment, une vingtaine de minutes au dbut ou la fin dun cours. Si ceux de la Facult dducation font partie de mon environnement proche, il a fallu le concours dun collgue de lUniversit de Perpignan pour toucher ceux qui sont inscrits dans un cursus comprenant, des titres divers, un enseignement de la langue rgionale. Voici les diffrents sous-groupes qui composent notre corpus:

    (1) Les tudiants de la facult dducation (FdE), inscrits dans un cursus bilingue, qui reoivent un enseignement spcifique de la langue catalane, mais aussi en langue catalane ainsi que des en-seignements sur la didactique des langues et spcialement du catalan. Ils suivent par ailleurs tous les autres enseignements propres au Master Mtiers de lducation, de lenseignement et de la formation (MEEF). Ces tudiants sont presque tous bilingues, au tout au moins ont une connaissance de base du catalan, dfaut dune vritable pratique. Lors des cours, la langue de communication est, le plus souvent, le catalan mais sans exclusive.

    (2) Les tudiants de lUniversit de Perpignan (UPVD) ont t rpartis en deux catgories: ceux qui, au sein de l Institut franco-catalan transfrontalier suivent la licence et le Master de Catalan; et ceux qui, lintrieur de leur filire, suivent sous forme de langue trangre ou comme option, un enseignement de la langue catalane. Ceux-ci viennent de tous horizons, y compris de ltranger, ne sont en gnral pas catalanophones et leurs motivations peuvent tre trs diverses. Qui sont ces tudiants non-spcialistes?

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 34

    Les non-spcialistes 1re anne: ce sont en trs grande majorit des femmes (82%) ges en moyenne de moins de vingt ans, donc de jeunes tudiantes. Elles sont 40% dclarer langlais et lespagnol comme premire et seconde langue, 24% dclarer espagnol et catalan parmi leurs deux premires langues; la mme proportion est locuteur du catalan. Mais il ne sagit pas l comme cela est pens initialement la L1=langue maternelle, mais de la premire langue trangre tudie (ambigut de la proposition). Elles suivent des formations principalement en lettres (langues trangres appliques LEA), le catalan constitue leur troisime langue trangre, sous forme doption, les autres options tant lallemand ou le portugais.

    Les non-spcialistes de 2me anne : Cest un public assez semblable, compos en ma-jorit de jeunes tudiantes de vingt ans. Mais les hommes sont un peu plus nombreux en proportion, et ce groupe accueille quatre tudiants plus gs : 54, 61, 63 et 67 ans. Le rpertoire verbal majoritaire est L1: anglais, L2: espagnol (mme rserve que pour le groupe prcdent). Les locuteurs du catalan sont au nombre de cinq. La moiti suit des tudes de langues trangres appliques, le catalan est une option. Une donne demeure dans lambigit: ceux qui dclarent le catalan en L1 ou L2 sont-ils locuteurs habituel de cette langue, ou la mentionnent-ils parce quelle fait partie de leur cursus universitaire en premire ou seconde langue tudie?

    (3) Le dernier groupe avoir t interrog nest pas constitu dtudiants mais dadultes concerns par la pratique ou lapprentissage du catalan. Le questionnaire a t transmis par une tudiante de la FdE aux parents dlves dune cole bilingue de Perpignan, alors quelle sy trouvait en stage. Douze personnes ont rpondu, onze dentre elles sont des femmes, lge moyen de cet chantillon est de 48 ans. Tous sont francophones, mme si trois ne dclarent pas le franais comme langue usuelle mais le catalan, et deux mentionnent leur bilinguisme franais/catalan. Huit de ces personnes d-clarent pratiquer le catalan, et cinq dentre elles sont aussi locuteurs de lespagnol. Cependant, trois dentre elles seulement se dclarent explicitement apprenant de catalan, les autres nayant pas ren-seign cette rubrique.

    3.3.Mthodologie du questionnaire

    Les tudiants de la FDE ont rempli le questionnaire en ma prsence. Pour lUPVD, jai reu le concours de M. Baylac qui a diffus le questionnaire auprs de ses tudiants et a pris le soin den expliciter la dmarche, contrler la passation et collecter les rponses au moment de chacun de ses cours13. Les questionnaires ont t complts avec beaucoup de srieux, et en respectant les consignes de notation. Quelques rponses seulement ont t cartes car la procdure navait pas t comprise.

    13.Je remercie chaleureusement M. Ala Baylac davoir pris de son temps pour que lenqute soit largement diffuse. Je remercie aussi ma collgue de la FdE professeur de catalan, Mme Rita Peix pour ses conseils bibliographiques et les discussions informelles sur le sujet.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 35

    En tout, 174 personnes ont rpondu lenqute: 32 tudiants de filire catalane, 15 de la facul-t dducation se prparant au mtier denseignant au sein du Master MEEF, filire bilingue; 24 de lUPVD suivant une licence de catalan: 9 en L1, 10 en L2 et 5 en L3. 55 tudiants non-spcialistes de 1re anne, inscrits lUPVD en option catalan. 29 tudiants non-spcialistes de 2me anne, inscrits lUPVD en option catalan et 12 parents dlves.

    Comment saisir les rsultats? Il est apparu prfrable de distinguer dune part les tudiants suivant un cursus universitaire bilingue, en catalan et franais, avec des enseignements en catalan, en prin-cipe catalophones en langue premire ou seconde, des autres tudiants ayant ajout le catalan dans leurs matires enseignes. En effet leur position par rapport la langue, ainsi que leurs reprsenta-tions devraient tre diffrentes et on les imagine dans une position plus implique, voire militante par rapport une langue qui leur appartient et qui demeure minore. Les tudiants de la FdE ont t dans un premier temps intgrs au corpus des bilingues; lanne suivante, lenqute concernant 15 tudiants de master 1 a fait lobjet dun traitement part.

    Cinq saisies ont donc t effectues, la premire concernant les tudiants catalophones, quils soient de la FdE ou de lUPVD, la seconde les tudiants UPVD non spcialistes suivant une option en catalan en M1, la troisime les tudiants de mme catgorie suivant un Master 2e anne; la qua-trime concernait les tudiants de la FdE et la cinquime le groupe des parents dlves.

    4.Rsultats et analyse de lenqute

    Cette analyse seffectuera en deux temps. Une premire analyse sera ralise partir de la compa-raison entre les rsultats de deux groupes seulement, sur cinq. Il sagit:

    des tudiants des filires catalanes (UPVD et FdE confondus), anne 2013-2014,

    des tudiants non-spcialistes de lUPVD, anne 2013-2014.

    Cette comparaison est en elle-mme dj assez significative. Elle sera affine par lanalyse des gra-phiques des tudiants de la FdE, puis des apprenants adultes du catalan.

    Bien que la mme enqute ait t mene conjointement avec les mmes publics au sujet du fran-ais, ce sont principalement les reprsentations du catalan qui seront le sujet central de cette analyse.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 36

    4.1.Lenqute sur le catalan

    Observation des deux graphes des tudiants de lUPVD(non-spcialistes et filires):

    Ce qui apparat manifeste sur le graphe des tudiants catalophones, cest litem 6 Une langue part entire, pas un dialecte, qui apparat sur le tableau sous sa forme rsume vritable langue. Le couple consensus/adhsion est fort (1,47; 0,089), ce qui montre que beaucoup de ces tudiants ont choisi cette affirmation comme trs reprsentative pour le catalan. La reconnaissance du statut de leur langue semble donc trs importante.

    Dans ce qui apparat comme un trio de tte, on trouve laffirmation 11 Cest une langue territoriale, lie une culture, apparaissant sur le graphe sous la forme abrge Terroir, culture, ainsi que litem 1 Une langue menace, dfendre. Il convient dinclure cette dernire, bien quelle ne fasse pas partie de la couronne centrale (0,91; 0,078), parce quelle est bien dtache de la position des autres items.

    Trs diffrent apparat le graphe des tudiants UPVD non-spcialistes de Master 1. Dabord il nap-parat pas dadhsion trs marque. Un groupe de six items ne dpasse pas le score 1,00. On y re-trouve, peu prs la mme place laffirmation 11 langue territoriale..., indice dadhsion gal 1,00, mais les deux autres affirmations, 6 et 1, sont une place bien diffrente, 0,49 pour la premire et 0,13 pour la seconde. Le fait que le catalan soit une vritable langue, et quelle puisse tre menace ne remportent quune adhsion faible et ne font gure consensus. On remarque chez les tudiants non-spcialistes de M2 une diffrence notable dans les indices dadhsion de ces deux mmes items 6 et 1 (respectivement 0,9 et 0,31), ce qui tendrait montrer quau fur et mesure de son apprentis-sage le rapport la langue volue dans le sens dune meilleure conscience de son statut, ainsi que de la ncessit dagir pour sa dfense et sa prservation.

    Au sujet de litem 11, Une langue territoriale, lie une culture, il se peut que cette proposition, dans la formulation adopte ait t comprise diffremment suivant les groupes, les uns tant sen-sibles laspect culturel, donc une certaine forme de rayonnement, alors que les autres auraient adhr au fait que le catalan soit trs circonscrit un terroir, une aire gographique qui limite son usage. En tous cas cette proposition peut tre mise en opposition avec les deux items qui traduisent un rayonnement du catalan, une extension hors des frontires gographiques que sont les propo-sitions suivantes une langue qui ouvre sur lEurope et rcemment cette langue a profit des rseaux sociaux. Ces items obtiennent des notes ngatives de la part des deux groupes tudiants non-spcialistes de M1 et M2 confondus.

    Plusieurs items reprsentent un consensus ngatif de la part de lensemble des groupes. Il sagit de litem 10 une langue qui retrouve un certain souffle, litem 5 Il ny a pas de loi qui protge le catalan et litem 14 Sans le Catalan, on ne peut pas connatre lhistoire ou la sociologie de la Catalogne. Litem 5 peut tre rapproch dune manire paradoxale avec litem 1 langue me-

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 37

    nace. Le fait que la langue soit perue comme menace nindique pas quil nexiste pas de lois pour la protger. Tout au moins la question de la protection napparat pas comme une affirmation qui recueille ladhsion. Pour ce qui est de litem 14, la formulation peut ne pas apparatre comme pertinente, mme pour un catalophone, sans doute parce que lhistoire ou la sociologie de la rgion ne passe pas exclusivement par la connaissance de la langue.

    Dautres affirmations se situent dans la zone mdiane, ni forte adhsion, ni fort consensus. Il sagit par exemple de litem 3, Rcemment le catalan a profit des rseaux sociaux. Cette proposition manant du groupe tmoin des tudiants de la FdE na pas t valorise ni par les catalophones, ni par les non-spcialistes. Il en est de mme pour litem 12 Tout le monde se comprend malgr les dialectes, ainsi que litem 15, Cest une langue riche qui a beaucoup de dialectes, malgr un rejet un peu moins faible pour cette affirmation de la part des catalophones. La facilit dapprentissage Une langue facile apprendre lcole (item 9), se situe dans les valeurs ngatives sauf pour les tudiants non-spcialistes de seconde anne, mais avec un score dadhsion faible. Quant laffirma-tion 7, cest une langue parle surtout en Espagne, elle est davantage de lordre de la constatation que de la reprsentation. Cependant le score est franchement ngatif pour les catalophones et trs positif pour les tudiants non-spcialistes. Simple affirmation pour ces derniers, peut-tre est-elle davantage source de friction pour les premiers en raison du clivage rgional Catalogne/Espagne qui cristallise les rivalits de langue.

    Graphe 1: Reprsentation du catalan chez les tudiants des filires catalanes

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 38

    Graphe 2: Reprsentation du catalan chez les tudiants non spcialistes

    Lobservation des rsultats des enqutes menes auprs des autres groupes permettent saffiner cette analyse. Le graphe des tudiants non spcialistes de la deuxime anne de Master diffre peu de celui des tudiants de Master 1. En revanche, celui des tudiants de lIUFM ressemble fort celui des tudiants des filires catalan; les deux sont comparables celui des parents dlves.

    Lobservation du seul item 6, Une langue part entire, pas un dialecte, est assez rvlatrice. En effet, non seulement le couple adhsion/consensus diffre dun sous groupe lautre, mais de plus il semble voluer en fonction dun critre quon pourrait appeler le degr dimplication dans les tudes du catalan. On peut reprer cette volution laide du tableau suivant:

    Tableau 1: Rsultats pour litem 6

    Item 6 Une langue part entire, pas un dialecte Score dadhsion

    Score de consensus

    1 - UPVD tudiants non-spcialistes 1re anne 0,49 0,062

    2 - UPVD tudiants non-spcialistes 2me anne 0,9 0,072

    3 - Facult dducation Master 1 MEEF 1,29 0,082

    4 - UPVD Filires catalanes 1,47 0,089

    5 - Parents dlves et apprenants catalan* 1,83 0,187

    * Le petit nombre denquts rend les rsultats moins significatifs.

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 39

    En ce qui concerne les deux autres items remarqus dans la couronne centrale pour les tudiants catalanistes, ils suivent une volution similaire. Cela est vrai surtout pour litem 1, Une langue me-nace, dfendre, un peu moins pour litem 11, Cest une langue territoriale, lie une culture:

    Item 1. 1: (0,13; 0,069) 2: (0,31; 0,069) 3: (0,47; 0,069) 4: (0,91; 0,078) 5: (0,58; 0,072)

    Item 11. 1 : (1,00; 0,077) 2: (0,93; 0,07) 3: (0,88; 0,066) 4: (1,03; 0,079) 5: (0,67; 0,076)

    Pour ce qui est des items recueillant les scores adhsion/consensus les plus bas, visualisables sur les graphes par la couleur bleue, les diffrents groupes sont peu prs daccord pour choisir comme propositions qui paraissent le moins bien voquer le catalan, les affirmations suivantes, ici voques de manire abrge: 2, ouverture vers lEurope; 3, rseaux sociaux; 5, non protge; 9, facilit dapprentissage; 10, second souffle; 12, intercomprhension interne; 13, reconnaissance; 14, histoire de la Catalogne; 15, riche de ses dialectes.

    4.2.Les rsultats de lenqute sur le franais (tous les sous-groupes)

    Les rponses sont davantage homognes entre les groupes, que pour le catalan. Pour chacun on trouve dans les items de tte, tmoignant dun bon score dadhsion et de consensus les trois affir-mations suivantes:

    une langue europenne et internationale (item 1)

    la langue pratique quotidiennement (item 3)

    une langue historique, charge de culture (item 6).

    Ensuite, viennent les affirmations lies la difficult de la langue, ce sont les items 2, La langue qui a la grammaire la plus horrible du monde, litem 4 Une langue bien matrise, relevant plutt des comptences individuelles que des reprsentations, et litem 11 Le franais permet dapprendre la grande littrature. Ce sont des caractristiques gnralement attribues une langue majoritaire ou dominante, et elles expriment des reprsentations souvent attribues la langue franaise.

    On trouve galement une grande homognit en ce qui concerne les affirmations qui recueillent le moins dadhsion. Le critre dexclusion, exprim par laffirmation Le franais empche lappren-tissage dune autre langue (item 10) est massivement rejet, du moins dans cette formulation. Il obtient mme un fort consensus ngatif de la part des tudiants non-spcialistes de 2e anne. Cela semble contredire le fait quon attribue souvent la langue franaise et sa complexit, les diffi-cults prouves par beaucoup de franais daccder lapprentissage dune langue trangre. De mme la proposition de la pression quexercerait le franais sur le catalan en matire de littrature La littrature franaise exerce un poids sur le Catalan, (item 14) nobtient pas dadhsion. Dans le mme ordre dide, lexpression langue responsable de la disparition du catalan (item 8) est una-nimement rejete, et en tout cas se situe dans les choix ngatifs. Enfin dans les items qui remportent

  • Circula : revue didologies linguistiques, no 3 40

    trs peu ladhsion des trois groupes on trouve les affirmations suivantes: la langue de lamour (item 5), la langue des Jeux Olympiques (item 7) et Tout le commerce, tout le tourisme est en franais (item 12), ainsi que cest une base pour traduire les littratures trangres (item 15).

    En ce qui concerne le franais, on ne remarque pas de diffrence particulire entre les reprsenta-tions des locuteurs catalans et les tudiants non-spcialistes. Pas de changements notables pour ce qui est des autres sous-groupes.

    Ces rsultats posent question si on essaie dtablir des liens entre les enqutes sur le franais et celles du catalan, menes auprs, rappelons-le, des mmes personnes. Si les choix formuls propos du catalan divergent, notamment en fonction du degr dimplication ou familiarit ou connaissance de la langue, celles concernant le franais sont assez semblables. Pour les catalophones, la question de la reconnaissance dune vritable langue dans une situation prcaire semble importante, mais si la langue semble menace et ce nest en apparence pas par la langue franaise, ce que contredisent les faits historiques. Le franais semble ne pas exercer de pression, ni par le rayonnement de sa litt-rature, ni par sa prsence comme langue de scolarisation, ni par la complexit de son apprentissage.

    5.Conclusion

    lissue de cette premire enqute sur les reprsentations des apprenants franais de catalan quelques conclusions peuvent tre annonces. Plus on est familier de la langue, locuteur natif, r-sident dans la rgion, impliqu dans une dmarche professionnelle de futur enseignant, tudiant des filires catalanes, parents dlves des coles bilingues ou apprenant adulte sur motivation per-sonnelle, plus le statut positif et valoris de la langue catalane va sexprimer.

    Tout apprenant quel quil soit a conscience de la prcarit de la langue et de la ncessit de la dfendre. Mais contre quelle menace, contre quel adversaire? Est-ce la langue franaise? Cela ne ressort pas des rsultats de cette enqute puisque les affirmations qui dcrivent laspect glottopha-gique du franais sont peu prises en compte : elles sont plutt rejetes, mais avec un consensus faible. Serait-ce alors le castillan? Lhistoire de la diglossie montre quel point le conflit a t lourd dimplications politiques, et quel point dans lEspagne actuelle, la langue est au cur des mouve-ments de revendication identitaires et indpendantistes. On sait aussi la solidarit qui existe entre la catalogne et sa partie septentrionale; on sait enfin la conscience de tout locuteur du catalan prouve envers lappartenance un espace gographique et culturel vaste, ce qui se traduit dailleurs par la place consensuelle de laffirmation qui ancre le catalan dans un territoire et lenracine dans une culture, partage.

    Ce sont