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Moll Flanders

Daniel de Foë

Moll Flanders

BeQ

Daniel de Foë

Moll Flanders

précédé de

Mme Veal

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 511 : version 1.0

Éditions de référence :

pour Mme Veal

et pour la préface du traducteur de Moll Flanders :

Gallimard, coll. La Pléïade,

pour Moll Flanders :

Éditions Georges Crès et Cie.

« En tête de ce volume de romans, figure, quoiqu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’une œuvre de fiction, la Relation fidèle de l’apparition d’une certaine Mme Veal, le 8 septembre 1705, lendemain de sa mort, à une Mme Bargrave, à Cantorbéry. Apparition qui recommande la lecture du Livre des Consolations contre les Frayeurs de la Mort, de Drelincourt, parue en 1706. Walter Scott mentionne une ancienne tradition selon laquelle l’opuscule aurait été écrit, comme l’indique le titre, pour pousser la vente de l’ouvrage de Drelincourt ; mais Lee soutient qu’il n’en est rien, le livre de Drelincourt n’ayant à l’époque aucun besoin de pareille publicité ; il faut ajouter que la troisième édition s’était fort bien vendue, alors que la vente de la quatrième, dans laquelle se trouvait une réimpression de la Relation de l’apparition de Defoe, fut fort lente. D’ailleurs, Mrs Veal ne recommandait pas uniquement le livre de Drelincourt. Quoi qu’il en soit, cette remarquable histoire était courante à l’époque où elle fut écrite, et les personnages mis en cause existèrent réellement. Mrs Veal fut bien enterrée le 10 septembre 1705, comme en font foi les registres de la paroisse de St Mary à Douvres. et Aitken cite une interview de Mrs Bargrave « du 21 mai 1714 », affirmant que tous les faits étaient véridiques. Ceux-ci devaient fixer l’attention de Defoe, qui s’était toujours intéressé à l’occultisme. Il s’agit donc là d’un reportage de journaliste, mais d’un journaliste de génie, et ce reportage préfigure par la précision des détails, dont certains parfaitement triviaux, mais qui emportent la conviction, les grands romans qui devaient être publiés treize ans plus tard. »

Extrait de l’introduction de Francis Ledoux,

à l’édition de La Pléïade.

Mme Veal

Traduit de l’anglais par Francis Ledoux

Relation fidèle de l’apparition

d’une certaine Mme Veal,

le 8 septembre 1705,

lendemain de sa mort,

à une Mme Bargrave,

à Cantorbéry.

Apparition qui recommande

la lecture du Livre des

Consolations contre

les Frayeurs de la Mort,

de Drelincourt.

Préface

Ce récit relate des faits et il comporte des circonstances qui ne peuvent qu’emporter la conviction de tout homme raisonnable. Il fut envoyé, tel qu’il est ici donné, par un gentilhomme, juge de paix à Maidstone dans le Kent et homme fort intelligent, à son ami à Londres. Le discours a été attesté par une dame tout à fait posée et entendue, parente dudit gentilhomme, laquelle habite Cantorbéry, à quelques portes de la maison où vit la dame Bargrave dont il est question ; elle considère son parent comme un esprit assez judicieux pour ne se laisser imposer aucune fausse interprétation, et elle a affirmé que toute l’affaire telle qu’elle est ici rapportée et consignée est la pure vérité et correspond à ce qu’elle a elle-même entendu dans des termes aussi identiques qu’il est possible de la propre bouche de Mme Bargrave. Cette dame, elle en est assurée, n’avait aucune raison d’inventer et de publier une pareille histoire, non plus qu’aucun désir de forger et d’émettre un mensonge, car c’est une femme d’une grande honnêteté et de beaucoup de vertu, dont toute la vie n’a été, pour ainsi dire, qu’une carrière de piété. La morale que nous devons en tirer est de considérer qu’il y a une vie à venir après celle-ci et un Dieu équitable qui rétribuera chacun selon les actes commis de son vivant ; et, partant, de réfléchir sur le cours de la vie que nous avons déjà menée en ce monde. Nous devons penser que le temps que nous avons devant nous est court et incertain et que, si nous voulons échapper au châtiment des impies et recevoir la récompense des justes, qui est la possession de la vie éternelle, il nous faut, pour le restant de nos jours, revenir à Dieu par une prompte repentance, cessant de faire le mal et apprenant à faire le bien, Le chercher tout de suite si, par bonheur, nous pouvons Le trouver, et mener à l’avenir une existence susceptible d’être agréable à Ses yeux.

Cette affaire est si extraordinaire dans tous ses détails, elle est fondée sur une si bonne autorité que, ni dans mes lectures, ni dans mes conversations, je n’ai jamais rien trouvé de semblable. Elle peut satisfaire l’enquêteur le plus sincère et le plus sérieux. Mme Bargrave est la personne à laquelle Mme Veal apparut après sa mort ; elle est mon amie intime et je puis me porter garant, d’après la connaissance personnelle que j’en ai, de sa réputation au cours des quinze ou seize dernières années ; je suis en mesure de confirmer le bon renom qu’elle a eu depuis son jeune âge jusqu’à l’époque où je l’ai connue, bien qu’après le présent récit, elle soit calomniée par certaines gens, amies du frère de la dame Veal qui est apparue ; ces frères, tenant le récit de cette apparition pour pure imagination, font tout ce qu’ils peuvent pour ruiner la réputation de Mme Bargrave et tourner l’affaire en ridicule. Mais, en raison des circonstances et de sa sérénité, le visage de Mme Bargrave ne révèle aucune mélancolie, en dépit du mauvais traitement inouï que lui a fait subir un fort méchant mari ; et je n’ai jamais entendu lui échapper aucune expression de découragement, aucun murmure ; non, pas même sous le coup de la barbarie du mari dont j’ai été le témoin ainsi que plusieurs autres personnes d’une réputation indiscutable.

Or, il faut que vous le sachiez, Mme Veal était une demoiselle dans la trentaine, sujette depuis quelques années à des crises, qui s’annonçaient par quelque impertinence venant brusquement interrompre le fil de son discours. Son entretien était assuré par un frère unique, dont elle tenait la maison à Douvres. C’était une femme très pieuse et son frère, un homme tout à fait sérieux, selon toute apparence ; mais, à présent, il fait tout son possible pour dégrader ou étouffer l’affaire. Mme Veal était intimement liée avec Mme Bargrave depuis l’enfance. La situation de la première était alors précaire : le père ne s’occupait pas de ses enfants comme il l’eût dû, de sorte qu’ils étaient soumis à certaines privations ; et, si le père de Mme Bargrave n’était pas meilleur, à la même époque, elle ne manquait ni de nourriture ni de vêtements, alors que Mme Veal était dépourvue des uns et de l’autre. Mme Bargrave avait pu ainsi lui donner à plusieurs reprises des preuves d’amitié, ce qui la lui avait rendue très chère, au point qu’elle disait souvent : « Madame Bargrave, vous n’êtes pas seulement la meilleure amie que j’aie au monde, mais bien la seule ; et aucune circonstance de la vie ne pourra jamais dissoudre mon amitié. »

Elles s’apitoyaient mutuellement sur leur fortune adverse et lisaient ensemble l’Essai sur la mort de Drelincourt et autres bons livres. Ainsi, en amies chrétiennes, elles se réconfortaient l’une l’autre dans leur affliction.

Quelque temps après, les amis de M. Veal lui procurèrent une place à l’hôtel des Douanes de Douvres, ce qui amena petit à petit Mme Veal à cesser son intimité avec Mme Bargrave, sans toutefois qu’il y eût jamais eu l’ombre d’une querelle ; mais l’indifférence s’établit peu à peu, au point que, finalement, Mme Bargrave ne l’avait pas vue depuis deux ans et demi ; il faut dire aussi que durant ce temps celle-ci avait été absente de Douvres pendant plus de douze mois et qu’au cours du dernier semestre elle avait séjourné environ deux mois à Cantorbéry, où elle résidait dans une maison qu’elle possédait.

Là, le matin du 8 septembre dernier, c’est-à-dire 1705, elle était assise seule, repensant à sa malheureuse existence et s’efforçant à une juste résignation devant les décrets de la Providence, si dure que pût lui sembler sa condition.

« D’ailleurs, se dit-elle, il a été pourvu à mes besoins jusqu’ici et je ne doute pas qu’il en aille encore de même ; et puis, je suis bien convaincue que mes afflictions prendront fin au moment le plus opportun pour moi. »

Et elle prit son ouvrage. À peine l’avait-elle fait qu’elle entendit frapper à la porte. Elle alla voir qui était là et se trouva devant sa vieille amie Mme Veal, en amazone : à ce moment, midi sonna à l’horloge.

« Je suis surprise de vous voir, dit Mme Bargrave : voilà si longtemps que ce n’était arrivé ! »

Mais elle ajouta qu’elle en était heureuse et fit mine de l’embrasser, à quoi Mme Veal parut se plier. Leurs lèvres allaient se toucher, quand Mme Veal se passa la main devant les yeux, disant : « Je ne me sens pas très bien », et le baiser en resta là. Elle déclara à Mme Bargrave qu’elle partait en voyage et désirait beaucoup la voir auparavant.

« Mais comment se fait-il que vous entrepreniez un voyage seule ? dit Mme Bargrave. Vous m’étonnez, puisque vous avez un frère qui vous est tout dévoué, je le sais.

– Oh, répondit Mme Veal, je lui ai faussé compagnie pour venir vous voir, tant j’en avais envie avant de partir. »

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