moll flanders - .que le nom de l’auteur, aux yeux du public, a presque disparu sous sa gloire

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  • Moll FlandersDefoe, Daniel

    (Traducteur: Marcel Schwob)

    Publication: 1722Catgorie(s): Fiction, RomanSource: http://www.ebooksgratuits.com

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  • A Propos Defoe:Daniel Defoe was an English writer, journalist and spy, who

    gained enduring fame for his novel Robinson Crusoe. Defoe isnotable for being one of the earliest practitioners of the noveland helped popularize the genre in Britain. In some texts he iseven referred to as one of the founders, if not the founder, ofthe English novel. A prolific and versatile writer, he wrote overfive hundred books, pamphlets, and journals on various topics(including politics, crime, religion, marriage, psychology andthe supernatural). He was also a pioneer of economic journa-lism. Source: Wikipedia

    Disponible sur Feedbooks pour Defoe: Robinson Cruso - Tome I (1836) Robinson Cruso - Tome II (1836) Lady Roxana (1724)

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  • Prface du Traducteur

    La fortune littraire de Robinson Cruso a t si prodigieuseque le nom de lauteur, aux yeux du public, a presque disparusous sa gloire. Si Daniel de Fo avait eu la prcaution de fairesuivre sa signature du titre quil avait la clbrit, la Peste deLondres, Roxana, le Colonel Jacques, le Capitaine Singleton etMoll Flanders auraient fait leur chemin dans le monde. Mais ilnen a pas t ainsi. Pareille aventure tait arrive Cer-vantes, aprs avoir crit Don Quichotte. Car on ne lut gureses admirables nouvelles, son thtre, sans compter Galatheet Persiles y Sigismunde.

    Cervantes et Daniel de Fo ne composrent leurs grandesuvres quaprs avoir dpass lge mr. Tous deux avaientmen auparavant une vie trs active : Cervantes, longtempsprisonnier, ayant vu les hommes et les choses, la guerre et lapaix, mutil dune main. De Fo, prisonnier aussi Newgate,expos au pilori, ml au brassage des affaires politiques aumilieu dune rvolution ; lun et lautre harcels par des ennuisdargent, lun par des dettes, lautre par des faillites succes-sives ; lun et lautre nergiques, rsistants, dous dune extra-ordinaire force de travail. Et, ainsi que Don Quichotte contientlhistoire idale de Cervantes transpose dans la fiction, Robin-son Cruso est lhistoire de Daniel de Fo au milieu des diffi-cults de la vie.

    Cest de Fo lui-mme qui la dclar dans la prface au troi-sime volume de Robinson : Srieuses rflexions durant la vieet les surprenantes aventures de Robinson Cruso. Ce ro-man, crit de Fo, bien quallgorique est aussi historique. Deplus, il existe un homme bien connu dont la vie et les actionsforment le sujet de ce volume, et auquel presque toutes lesparties de lhistoire font directement allusion. Ceci est la purevrit Il ny a pas une circonstance de lhistoire imaginairequi ne soit calque sur lhistoire relle Cest lexpositiondune scne entire de vie relle durant vingt-huit annes pas-ses dans les circonstances les plus errantes, affligeantes etdsoles que jamais homme ait traverses ; et o jai vcu silongtemps dune vie dtranges merveilles, parmi de conti-nuelles temptes ; o je me suis battu avec la pire espce de

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  • sauvages et de cannibales, en dinnombrables et surprenantsincidents ; o jai t nourri par des miracles plus grands quecelui des corbeaux ; o jai souffert toute manire de violenceset doppressions, dinjures, de reproches, de mpris des hu-mains, dattaques de dmons, de corrections du ciel et doppo-sitions sur terre Puis, traitant de la reprsentation fictivede lemprisonnement forc de Robinson dans son le, de Foajoute : Il est aussi raisonnable de reprsenter une espcedemprisonnement par une autre, que de reprsenter nim-porte quelle chose qui existe rellement par une autre quinexiste pas. Si javais adopt la faon ordinaire dcrire lhis-toire prive dun homme, en vous exposant la conduite ou lavie que vous connaissiez, et sur les malheurs ou dfaillances delaquelle vous aviez parfois injustement triomph, tout ce quejaurais dit ne vous aurait donn aucune diversion, aurait obte-nu peine lhonneur dune lecture, ou mieux pointdattention.

    Nous devons donc considrer Robinson Cruso comme uneallgorie, un symbole (emblem) qui enveloppe un livre dont lefond et t peut-tre assez analogue aux Mmoires de Beau-marchais, mais que de Fo ne voulut pas crire directement.Tous les autres romans de de Fo doivent tre semblablementinterprts. Ayant rduit sa propre vie par la pense la sim-plicit absolue afin de la reprsenter en art, il transforma plu-sieurs fois les symboles et les appliqua diverses sortesdtres humains. Cest lexistence matrielle de lhomme, et sadifficult, qui a le plus puissamment frapp lesprit de de Fo.Il y avait de bonnes raisons pour cela. Et ainsi que lui-mme alutt, solitaire, pour obtenir une petite aisance et une protec-tion contre les intempries du monde, ses hros et hronessont des solitaires qui essayent de vivre en dpit de la natureet des hommes.

    Robinson, jet sur une le dserte, arrache la terre ce quillui faut pour manger son pain quotidien ; le pauvre Jacques, nparmi des voleurs, vit sa manire pour lamour seul de lexis-tence, et sans rien possder, tremblant seulement le jour o ila trouv une bourse pleine dor ; Bob Singleton, le petit pirate,abandonn sur mer, conquiert de ses seules mains son droit vivre avec des moyens criminels ; la courtisane Roxana par-vient pniblement, aprs une vie honteuse, obtenir le respect

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  • de gens qui ignorent son pass ; le malheureux sellier, rest Londres au milieu de la peste, arrange sa vie et se protge dumieux quil peut en dpit de laffreuse pidmie ; enfin MollFlanders, aprs une vie de prostitution de calcul, ruine, ayantquarante-huit ans dj, et ne pouvant plus trafiquer de rien,aussi solitaire au milieu de la populeuse cit de LondresquAlexandre Selkirk dans lle de Juan-Hernandez, se fait vo-leuse isole pour manger sa faim, et chaque vol successifsemblant laccroissement de bien-tre que Robinson dcouvredans ses travaux, parvient dans un ge recul, malgr lempri-sonnement et la dportation, une sorte de scurit.

    Les Heurs et Malheurs de la Fameuse Moll Flanders, etc.,qui naquit Newgate, et, durant une vie continuellement va-rie de trois fois vingt ans, outre son enfance, fut douze ansprostitue, cinq fois marie (dont lune son propre frre),douze ans voleuse, huit ans flonne dporte en Virginie, fina-lement devint riche, vcut honnte, et mourut repentante ;crits daprs ces propres mmoires , ils parurent le 27 Jan-vier 1722.

    De Fo avait soixante et un ans. Trois ans auparavant, il avaitdbut dans le roman par Robinson Cruso. En juin 1720, ilavait publi le Capitaine Singleton. Moins de deux mois aprsMoll Flanders (17 mars 1722), il donnait un nouveau chef-duvre, le Journal de la peste de Londres, son deux cent trei-zime ouvrage (on en connat deux cent cinquante-quatre) de-puis 1687.

    Les biographes de de Fo ignorent quelle fut lorigine du ro-man Moll Flanders. Sans doute lide lui en vint pendant sonemprisonnement dun an et demi Newgate en 1704. On enest rduit, pour expliquer le nom de lhrone, noter cetteconcidence : dans le Post-Boy du 9 janvier 1722, et aux num-ros prcdents, figure, lannonce des livres en vente chez JohnDarby, et entre autres lHistoire des Flandres avec une cartepar Moll.

    Dautre part, M. William Lee a retrouv dans ApplebeesJournal, dont de Fo tait le principal rdacteur, une lettre si-gne Moll, crite de la Foire aux Chiffons, la date du 16juillet 1720. Cette femme est suppose sadresser de Fopour lui demander conseil. Elle sexprime dans un singuliermlange de slang et danglais. Elle a t voleuse et dporte.

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  • Mais, ayant amass un peu dargent, elle a trouv le moyen derevenir en Angleterre o elle est en rupture de ban. Le mal-heur veut quelle ait rencontr un ancien camarade. Il me sa-lue publiquement dans la rue, avec un cri prolong : excel-lente Moll, es-tu donc sortie de la tombe ? ntais-tu pasdporte ? Tais-toi Jack, dis-je, pour lamour de Dieu ! quoi,veux-tu donc me perdre ? Moi ? dit-il, allons coquine, donne-moi une pice de douze, ou je cours te dnoncer sur-le-champ Jai t force de cder et le misrable va me traitercomme une vache lait tout le reste de mes jours. Ainsi, dsle mois de juillet 1720, de Fo se proccupait du cas matrielet moral dune voleuse en rupture de ban, expose au chan-tage, et imaginait de le faire raconter par Moll elle-mme.

    Mais ceux qui ont tudi de Fo ne semblent pas avoir atta-ch assez dimportance un fait bien significatif. De Fo ex-plique, dans sa prface, quil se borne publier un manuscritde Mmoires corrig et un peu expurg. Nous ne pouvonsdire que cette histoire contienne la fin de la vie de cette fa-meuse Moll Flanders, car personne ne saurait crire sa proprevie jusqu la fin, moins de lcrire aprs la mort ; mais la viede son mari, crite par une troisime main, expose en dtailcomment ils vcurent ensemble en Amrique, puis revinrenttous deux en Angleterre, au bout de huit ans, tant devenustrs riches, o elle vcut, dit-on, jusqu un ge trs avanc,mais ne parut point extraordinairement repentante, sauf quenvrit elle parlait toujours avec rpugnance de sa vie dautre-fois. Et de Fo termine le livre par cette mention : crit en1683.

    Cest ainsi que, pour le Journal de la Peste, de Fo a tenu indiquer, par une note, lendroit o est enterr lauteur, quilsupposait mort depuis longtemps. En effet, de Fo avait quatreans au moment de lpidmie (1665), et il nen crivit le Jour-nal quen 1722 cinquante-sept ans plus tard. Mais il voulaitque lon considrt son uvre comme les notes dun tmoin. Ilparatrait y avoir eu moins de ncessit de dater les mmoiresde Moll Flanders en reculant lanne jusquen 1683, si toute-fois lexistence dune vritab