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    Article

    Marie-Claire Ropars-WuilleumierCinmas: revue d'tudes cinmatographiques/ Cinmas: Journal of Film Studies, vol. 16, n 2-3, 2006, p. 12-31.

    Pour citer cet article, utiliser l'information suivante :

    URI: http://id.erudit.org/iderudit/014613ar

    DOI: 10.7202/014613ar

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    La "pense du dehors" dans Limage-temps (Deleuze et Blanchot)

  • The Thought of the Outside inThe Time-Image(Deleuze and Blanchot)

    Marie-Claire Ropars-Wuilleumier

    ABSTRACT

    This article examines the peculiarities of Gilles Deleuzes readingof the concepts of the outside and the powerlessness of thoughtin the work of Blanchot. Deleuze subverts these concepts, in asensehis use of Blanchot is not particularly Blanchot-likebybasing his reading on that of Michel Foucault and then by refer-ring here and there to Henri Bergson and Saint Augustine,whose idea of the multiplicity of presents (past presents, presentpresents and future presents) he takes up. We will also see, as aresult, how the role played by the strange attractor thatMaurice Blanchot represents in Deleuzes thinking in The Time-Image serves to block a line of flight which runs through theentire time-image system and unsettles the possibility of inscrib-ing the image in time. By contrasting outside and inside, visibleand non-visible, present and becoming, we arrive at the follow-ing conclusions: the cinema does not make time visiblerather,it makes perceptible the movement through which time eludesthe image; the attraction of the outside makes the paradox ofmovement (visible and non-visible, continuous and continuallydiscontinuous) the very principle of the cinematic image; andthe time-image, finally, is run through with the movement of abecoming which, in taking the name thought from the out-side, puts thought itself into play. With the help of Jean-LucGodards film loge de lamour, whose organizing principle canbe seen as an illustration of Deleuzes conception of time, we willsee, finally, how the logic of becoming, which makes any presentimpossible, determines the relation of all images to time andhow the outside, following this idea of a time of a broken linear-ity in the process of becoming, prevents time from happeningand, at the same time, announces its possible advent.

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  • La pense du dehors dans Limage-temps

    (Deleuze et Blanchot)

    Marie-Claire Ropars-Wuilleumier

    RSUM

    On examinera ici ce qua de particulier la lecture faite par GillesDeleuze de la notion du dehors et de limpuissance de la pensechez Blanchot, quil subvertit en quelque sorte lusagedeleuzien de Blanchot ntant gure blanchotien en appuyantsa lecture sur celle de Michel Foucault, puis en faisant ici et l undtour par Henri Bergson et saint Augustin, dont il reprendralide de la multiplicit des prsents (prsents du pass, duprsent, du futur). On verra aussi, consquemment, comment lerle jou par l attracteur trange que reprsente MauriceBlanchot dans la pense que dveloppe Deleuze dans Limage-temps sert colmater une ligne de fuite qui traverse tout ledispositif de limage-temps et fait vaciller la possibilit dinscrirelimage dans le temps. En opposant dehors et dedans, visible etnon-visible, prsent et devenir, on arrivera aux conclu sionssuivantes, savoir que le cinma ne rend pas le temps visible,mais quil rend au contraire perceptible le mouvement par lequelle temps chappe limage, que lattrait du dehors fait duparadoxe du mouvement (visible et non visible, continu etcontinment discontinu) le principe mme de limage cinmato -graphique, et que limage-temps, enfin, est traverse par lemouvement dun devenir qui, en prenant le nom de pense dudehors , met en jeu la pense elle-mme. laide dun film deJean-Luc Godard intitul loge de lamour, dont le principedorganisation peut tre considr comme une illustration de laconception deleuzienne du temps, on verra enfin comment lalogique du devenir, qui rend tout prsent impossible, dterminele rapport de toute image au temps, comment le dehors, suivantcette ide dun temps en devenir et la linarit rompue, em p -cherait le temps en mme temps quil en annoncerait lventuelavnement.

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  • Un attracteur trangeLe grand rcit du cinma que propose Deleuze est, on le sait,

    rgl et renvers de lintrieur par lternel retour dunmme diffrent. Bien des cinastes que nous avions crus de lamodernit tels Godard, Pasolini ou aussi bien Bresson etWelles appartiennent aux deux tomes de louvrage form parLimage-mouvement et Limage-temps ; ils reviennent dans letome 2 avec les grands muets que sont Keaton, Epstein ouMurnau. Le cinma senfonce ainsi sur lui-mme, il creuse surplace son propre temps plus quil ne se dveloppe linairement.

    Mais le tome 2 cet Image-temps qui nous occupe aujour -dhui voit apparatre des auteurs qui lui sont rservs : nonseulement Resnais et Robbe-Grillet, qui voisinent Welles, denouveau convoqu par Deleuze, mais aussi Garrel et Duras,accompagns de Chahine, Perrault, Carmelo Bene, Syberberg etJean Eustache, qui jouxtent les ternels revenants que sontPasolini et Godard. Par l, le tome 2 aborde autrement le dispo -si tif cinmatographique en le plaant, officiellement, sous lesigne du temps et non plus du mouvement (en nexcluant pas,nanmoins, la double appartenance toujours possible que jeviens de signaler), mais surtout, en suivant le cours dune r -flexion propre quelques cinastes qui ne traitent pas du temps,ou qui en traitent diffremment.

    Or ce glissement est prcipit, dans les derniers chapitres, parlirruption oblique, mais rcurrente, dune rfrence Blanchot,rfrence relativement trangre Deleuze, qui fait rarementappel Blanchot dans ses livres antrieurs. Simplement annoncpar une obscure mention dans le tome 1 (Deleuze 1983, p. 151),le sur gis sement de Blanchot est spcifique du tome 2. Bien quela place accorde Blanchot y soit clairement circonscrite, celui-ci y joue un rle systmatique grce la lecture biaise deDeleuze, qui retourne linterprtation de Blanchot selon sespropres objectifs. Mais cette intrusion blanchotienne dsigneaussi une diffrence soi du texte, qui oriente le livre deleuzienselon un autre trac.

    Je voudrais donc montrer que lutilisation des propos deBlanchot par Deleuze lui sert colmater une ligne de fuite quitraverse en ralit tout le dispositif de limage-temps et fait

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  • vaciller la possibilit dinscrire limage dans le temps. Mais dumme pas, jesquisserai une autre ligne, signal dune tonnanteconvergence entre la pense de Blanchot et le devenir de la pen -se dans Limage-temps.

    En ce sens, Blanchot intervient comme un attracteurtrange 1 , qui nous invite modifier notre valuation deLimage-temps dans lanalyse du cinma comme dans luvre deGilles Deleuze.

    Apparition et traitement de la pense de Blanchot dans Limage-temps

    Dans son ensemble, lintervention de Blanchot dans Limage-temps entrane un mouvement du dehors, qui affecte la penseet son rapport la perception. Relativement tardive, elle prendplace dans les trois derniers chapitres de Limage-temps (cha p. 7 9),et jalonne ainsi presque la seconde moiti du livre (Deleuze1985, p. 202-341). Au chapitre 7, intitul La pense et lecinma , le mouvement port par la rfrence Blanchotcommence avec la monte en puissance quaccorde Deleuze unnou veau cinma (de Garrel Godard), spcifiquement repr -sent par Thorme de Pasolini, qui rend manifeste une crisedu cinma entendue par Deleuze (1985, p. 213 et p. 378)comme une crise de confiance du cinma dans la pense, plusprcisment dans la rationalit et le pouvoir de matrise logiqueattribus la pense.

    Cest dans ce contexte quapparat la premire mention deBlanchot, invoqu dabord pour son tude sur Artaud et limpouvoir de la pense , selon les termes initialementemploys par Deleuze (1985, p. 216-217) : soit une im pos -sibilit de penser (formule exacte de Blanchot dans Le livre venir, 1959, p. 55) qui appartient la pense, et qui est aussi,daprs Deleuze (1985, p. 218) glosant Blanchot, ce qui force penser .

    Une fois introduit dans son propos, le non-pouvoir de lapense incarne peu peu la crise de croyance affronte parDeleuze : il dsigne une flure dans le Tout du cinma enmme temps que dans la pense, et indique donc linexistencedun Tout qui pourrait tre pens , remettant ainsi en question

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  • le projet de totalisation qui prside lorganisation des deuxtomes de Limage-mouvement et de Limage-temps. Il faut noterici que la rfrence Bergson, le grand rgulateur du systme, adisparu depuis le chapitre 5, avec le quatrime et dernier com -mentaire annonc dans le titre de ce chapitre : Pointes de pr -sent et nappes de pass (quatrime commentaire de Bergson) .

    Or cet branlement prilleux, qui affecte la pense du cinmacomme la possibilit mme de penser, va prendre trs vite dansle cha