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ASSISTANCE ET SANTÉ PUBLIQUE DANS LA CONSTRUCTION DE L'ÉTAT MODERNE : L'EXPÉRIENCE PORTUGAISE Laurinda Abreu Belin | Revue d'histoire moderne et contemporaine 2014/3 - n° 61-3 pages 67 à 97 ISSN 0048-8003 Article disponible en ligne à l'adresse: -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- http://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2014-3-page-67.htm -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Pour citer cet article : -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Abreu Laurinda, « Assistance et santé publique dans la construction de l'État moderne : l'expérience portugaise », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2014/3 n° 61-3, p. 67-97. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Distribution électronique Cairn.info pour Belin. © Belin. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. 1 / 1 Document téléchargé depuis www.cairn.info - - Abreu abreu - 85.240.61.183 - 15/12/2014 12h40. © Belin Document téléchargé depuis www.cairn.info - - Abreu abreu - 85.240.61.183 - 15/12/2014 12h40. © Belin

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  • ASSISTANCE ET SANT PUBLIQUE DANS LA CONSTRUCTION DEL'TAT MODERNE : L'EXPRIENCE PORTUGAISE Laurinda Abreu Belin | Revue d'histoire moderne et contemporaine 2014/3 - n 61-3pages 67 97

    ISSN 0048-8003

    Article disponible en ligne l'adresse:--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2014-3-page-67.htm--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Pour citer cet article :--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Abreu Laurinda, Assistance et sant publique dans la construction de l'tat moderne : l'exprience portugaise , Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2014/3 n 61-3, p. 67-97. --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

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  • Les malades et linstitution hospitalire

    Assistance et sant publiquedans la construction de ltat moderne :

    lexprience portugaise

    Laurinda ABREU

    Au cours des trois dernires dcennies, la connaissance du processus historique complexe de la construction de ltat moderne en Europe sest approfondie grce des travaux coordonns qui ont mobilis, de faon plus critique que par le pass, un ensemble de sources trs diverses et dtudes de cas couvrant une vaste aire gographique.

    Au Portugal comme ailleurs, lhistoriographie sest divise en deux courants distincts. Le premier insiste sur le caractre centralisateur des mesures prises par les monarques modernes, constructeurs de ltat, nouvelle instance capable de former et dorganiser des empires lchelle mondiale et, simultanment, de restructurer les espaces nationaux. Ladministration publique, la collecte des impts, la mobilisation de larme, lactivit lgislative, systmatique et largie ont t rinterprtes, sinon en termes de pouvoir illimit du monarque, du moins comme synonymes de lexercice dune autorit de plus en plus forte.

    linverse, le second, qui correspond lcole fonde par Antnio Hes-panha, interprte a minima les projets prcoces de centralisation, qui ne seraient pleinement identifi ables du point de vue politique, social et institutionnel quavec laffi rmation ultrieure de ltat libral. Il insiste sur lineffi cacit des instruments du gouvernement central et, tout particulirement, sur la faible capacit dorganisation de lappareil bureaucratique surtout au niveau de ladministration priphrique de la Couronne1. Dans la mme perspec-tive, la pluralit des juridictions reprsentait une entrave supplmentaire et profonde lexercice effectif de la souverainet royale, incapable dimposer des modles daction homognes, forgs par une culture rudite tendance juridique qui manait du pouvoir central. Et ceci sans cesser de valoriser les

    1. Parmi la vaste production de cet auteur, nous retiendrons Antnio Manuel HESPANHA, As Vsperas do Leviathan. Instituies e Poder Poltico. Portugal sculo XVII, Coimbra, Almedina, 1994 ; ID. (ed.), Poder e Instituies na Europa do Antigo Regime, Lisbonne, Fundao Calouste Gulbenkian, [s. d.].

    REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE61-3, juillet-septembre 2014

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  • 68 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    reprsentations iconiques et symboliques de la royaut et du gouvernement, dont la magnifi cence saffi rmait de manire croissante, non seulement en tant que moyen de propagande et de lgitimation, mais aussi comme manire de colmater ce quAntnio Hespanha dsigne comme l impuissance juridique et constitutionnelle de la Couronne 2.

    Les travaux les plus rcents aboutissent donc reconsidrer la capacit effective dintervention du monarque moderne, et contribuent largement une rnovation de lhistoriographie institutionnelle portugaise3. Dautres recherches ont ainsi permis de raffi rmer, partir dune documentation trs solide, la coexistence de ltat avec les autres pouvoirs4. Cependant, lomniprsence des critres institutionnels et politiques a relgu implicitement les dispositifs de charit, dassistance et de sant publique dans un autre champ dintervention, dans lequel la dimension politique est pratiquement devenue secondaire5.

    Lexclusion des politiques dassistance hors des lments essentiels de la construction de ltat moderne dcoule, en grande partie, du caractre trs institutionnel des recherches disponibles alors sur ce thme et de la conviction que lassistance constituait un champ non seulement secondaire mais aussi

    2. ID., Poder e Instituies no Antigo Regime. Guia de Estudo, Lisbonne, Edies Cosmos, 1992, notamment p.23-58.

    3. Cette problmatique a fait lobjet dune synthse ralise par Maria Margarida SOBRAL DA SILVA NETO pour le rapport du sminaire du Second cycle en histoire moderne : pouvoirs, ides et institutions prsent pour lobtention du titre dagrg luniversit de Coimbra en aot 2007. La varit des positions, qui est fonde sur diverses expriences de recherche, est expose dans Antnio DE OLIVEIRA, As cidades e o poder no perodo fi lipino , in Movimentos Sociais e Poder em Portugal no Sculo XVII, Coimbra, Instituto de Histria Econmica e Social/Faculdade de Letras, 2002, p. 101-129 ; ID., A Repblica e as Repblicas , in O Poder Local em Tempos de Globalizao. Uma Histria e um Futuro, Coimbra, Imprensa da Universidade, 2005, p. 13-47.

    4. Srgio CUNHA SOARES, O Municpio de Coimbra da Restaurao ao Pombalismo. Poder e Poderosos, Coimbra, CHSC, vol.1 (2001), vol.2 (2002), vol.3 (2004) ; Maria Helena COELHO, Joaquim Romero MAGALHES, O Poder Concelhio. Das Origens s Constituintes, Coimbra, CEFA, 1986 ; J. R.MAGALHES, As estruturas sociais de enquadramento da economia portuguesa de Antigo Regime : os concelhos , Notas Econmicas, 4, 1994, p. 30-47 ; Pedro CARDIM, O poder dos afectos : ordem amorosa e dinmica poltica no Portugal do Antigo Regime , thse de doctorat en histoire, Universidade Nova de Lisboa, 2000 ; Nuno Gonalo MONTEIRO, Elites e Poder. Entre o Antigo Regime e o Liberalismo, Lisbonne, Universidade de Lisboa, Instituto de Cincias Sociais, 2003 ; ngela BARRETO XAVIER, El Rei aonde pde, & no aonde quer . Razes da Poltica no Portugal Seiscentista, Lisbonne, Colibri, 1998 ; Mafalda SOARES DA CUNHA, A Casa de Bragana 1560-1640. Prticas Senhoriais e Redes Clientelares, Lisbonne, Editorial Estampa, 2000.

    5. Diogo RAMADA CURTO (ed.), O Tempo de Vasco da Gama, [Lisbonne], CNCDP Expo 98, Difel, 1998 ; ID., A cultura poltica , in Jos MATTOSO (ed.), Histria de Portugal, vol.3, Lisbonne, Circulo de Letores, p. 115-147 ; Joo Paulo OLIVEIRA E COSTA, D. ManuelI (1469-1521), Um Prncipe do Renascimento, Reis de Portugal, Lisbonne, Crculo de Leitores, 2005 ; Joo ALVES DIAS, Gentes e Espaos. Em Torno da Populao Portuguesa na Primeira Metade do Sculo XVI, vol.1, Lisbonne, Fundao Calouste Gulbenkian, Junta Nacional de Investigao Cientfi ca e Tecnolgica, 1996 ; Ana Isabel BUESCU, Imagens do Prncipe, Discurso Normativo e Representaes (1525-49), Lisbonne, Edies Cosmos, 1996 ; EAD., D. JooIII, Reis de Portugal, Lisbonne, Crculo de Leitores, 2005 ; Maria Paula LOURENO, Estado e Poderes , in Joel SERRO, A. H.DE OLIVEIRA MARQUES (ed.), Nova Histria de Portugal, vol.7, Portugal da Paz da Restaurao ao Ouro do Brasil, Lisbonne, Editorial Presena, 2001, p. 17-89 ; EAD., D. PedroII, Reis de Portugal, Lisbonne, Crculo de Leitores, 2006 ; Jos Pedro PAIVA, A Igreja e o poder , in Carlos MOREIRA DE AZEVEDO (ed.), Histria Religiosa de Portugal, volume 2, Humanismos e Reformas, Lisbonne, Crculo de Leitores, 2000, p. 135-171 ; ID., Os Bispos de Portugal e do Imprio (1495-1777), Coimbra, Imprensa da Universidade de Coimbra, 2006.

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    the contribution:

    charity was peripheral for the studys

  • ASSISTANCE ET SANT PUBLIQUE AU PORTUGAL 69

    priphrique. Ces travaux affi rmaient en outre que, malgr tous les investisse-ments raliss pour rorganiser les ressources de sant et dassistance, ainsi que les tentatives pour mdicaliser quelques hpitaux, les tats europens navaient pas t capables dinstaurer une politique nationale dassistance et de sant publique pendant la priode moderne. Les multiples dbats qui ont donn naissance, partir des annes 1980, la rnovation de lhistoriographie de lassistance en Europe ont accentu la perception du caractre urbain et communautaire des politiques sociales modernes et soulign le fait quelles taient pour lessentiel une rponse des intrts spcifi ques et conjoncturels. Tout changement struc-turel ntait envisag qu partir du moment plus tardif o le grand Lviathan devenait suffi samment fort pour imposer un gouvernement national centralis, dot dun ensemble de doctrines politiques et conomiques qui, des degrs divers, infl uenaient ladministration de la sant publique.

    loppos, nous proposons ici de prendre au srieux lensemble des poli-tiques dassistance parmi les pratiques gouvernementales qui ont contribu au renforcement du pouvoir royal et lmergence de ltat central moderne. Au Portugal, le roi Manuel Ier ne fut-il pas lun des premiers responsables de la cration des conditions qui conduisirent lorganisation du champ de la charit et de lassistance de faon lutiliser comme un moyen dimposer des dcisions royales, de mieux contrler des lites locales et mme de rorganiser le territoire et les pouvoirs locaux ? La documentation permet de soutenir que limportance et limpact des politiques sociales sur la charit, lassistance et la sant dans le renforcement du pouvoir royal de lpoque moderne constiturent un champ dexprimentation et dapplication exemplaire.

    Ces affi rmations ne sont pas fondes sur lhypothse dune royaut quasi absolutiste capable de transformer en profondeur la politique de soins et dassistance aux pauvres6. Le point de dpart de cet article a simplement t la dcouverte dune accumulation, au XVIe sicle, de documents qui montrent que la Couronne portugaise a t capable de proposer une sorte de welfare system lchelle nationale, suivant des rgulations semblables, respectant des politiques identiques et visant les mmes objectifs sociaux7. La monarchie institutionnalisa et organisa des pratiques de charit individuelles, fondes sur des principes de rformes humanistes, avec le soutien des papes et le profond engagement des lites locales, et elle russit imposer un nouveau modle de charit. Mme si les secours aux pauvres taient administrs lchelle locale, selon les intrts des lites locales qui mobilisaient des ressources en fonction de leurs propres critres de choix, les rgles densemble ntaient pas dictes par les municipalits mais bien par la Couronne.

    6. Laurinda ABREU, The Portuguese hospitals under the Misericrdiasconfraternities (16th-18th centuries) : Community or Crown control ? , in Christopher BONFIELD, Jonathan REINARZ, Teresa HUGUET-TERMES (ed.), Hospitals and Communities, 1100-1960, Londres, Peter Lang, 2013, p. 209-235, p. 212.

    7. L. ABREU, Limites e fronteiras das polticas assistenciais entre os sculos XVI e XVIII : continuidades e alteridades , Varia Histria, 26-44, 2010, p. 347-371.

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  • 70 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    La faon dont elle pilota le processus, se plaant elle-mme en position de tutelle dans le domaine de la politique des soins et de la politique lgard des pauvres, mais sans engagement fi nancier rgulier de sa part, contribua renforcer son autorit et sa prsence dans les communauts locales. De toute vidence, elle constituait un pouvoir distant, disposant de peu de reprsentants locaux, qui ngocia en respectant les privilges existants mais en en crant aussi de nouveaux8. Elle agit galement comme mdiateur, en particulier dans le cas o des groupes rivaux se disputaient le contrle des institutions charitables et demandaient un arbitrage de la part des cours royales9. Cette interprtation nouvelle ne fait pas consensus parmi les historiens spcialistes de lassistance aux pauvres, qui insistent sur le caractre paternaliste et profondment religieux des multiples interventions du monarque dans les pratiques dassistance. Quant aux spcialistes de lhistoire institutionnelle, en conformit avec la tendance gnrale de lhistoriographie europenne, ils passent sous silence la charit et lassistance, comme sil sagissait de questions marginales en termes politiques. Par exemple, Joo Paulo Oliveira e Costa prsente le roi Manuel Ier (1495-1521) comme un monarque centralisateur, crateur de vastes programmes de rformes adminis-tratives, de rnovation urbaine et dinvestissement dans les arts ; en revanche il rduit pratiquement son action dans le domaine de la charit et de lassistance la cration des confrries de la Misericrdia10.

    Cet article propose donc danalyser les circonstances institutionnelles, politiques et sociales qui ont facilit la construction, le dveloppement et la consolidation dun systme dassistance et de sant publique entendu ici comme un ensemble de politiques systmatiques, articules et dlibres dassistance et doffre de soins, dans un cadre national, linitiative des monarques portugais de la priode moderne.

    LINVENTION DUN RSEAU MDICAL11

    Quelques annes avant la fi n de la dynastie dAvis, probablement vers 156812, une ordonnance royale obligea 76 municipalits verser une contribution de

    8. Sur ce type de situation on peut lire la prface de Jean-Louis Harouel au livre dAlexandre LUNEL, La maison mdicale du roi, XVIe-XVIIIe sicle. Le pouvoir royal et les professions de sant, Seyssel, Champ Vallon, 2008, p. 9.

    9. Notre analyse suit celle de Michael BRADDICK, State formation and social change in Early Modern England : a problem stated and approaches suggested , Social History, 16-1, 1991, p. 1-17.

    10. J. P. OLIVEIRA E COSTA, D. Manuel I, op. cit.11. Lexpression est utilise ici dans le sens dune offre large de diffrentes ressources de secours et

    de soins organiss par la Couronne afi n de venir en aide aux pauvres. Elle ne prend pas le sens de ser-vice public que Christelle Rabier donne aux interventions des chirurgiens parisiens au XVIIIe sicle, o ladministration de lurgence repose sur la coordination logistique entre les chirurgiens de ville, les hpitaux et ladministration policire : Christelle RABIER, Le service public de la chirurgie : administration des premiers secours et pratiques professionnelles Paris au XVIIIe sicle , Revue dhistoire moderne & contem-poraine, 58-1, janvier-mars 2011, p. 101-127. Une exprience semblable fut tente au Portugal entre 1780 et 1805 mais choua totalement.

    12. La date est mentionne dans un rglement de 1604 mais loriginal de 1568 na pas t retrouv.

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    750 000 ris annuels pour le fi nancement de la formation de 30 mdecins luniversit de Coimbra13. En 1606, Philippe II (Philippe III dEspagne), le monarque espagnol qui rgnait sur le Portugal cette date, ordonna que soient

    13. Plus trois bourses octroyes aux tudiants du collge de So Paulo (deux) et de So Pedro (une). Voir Fernando TAVEIRA DA FONSECA, A Universidade de Coimbra (1700-1771). Estudo Social e Econmico, Coimbra, Acta Universitatis Conimbrigensis, 1995, p. 644, note 199.

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    10.000 a 19.999 rs

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    Comts en 1568(municipalits partiellementidentifis) Total - 750.000 rs

    Comts en 1568actualiss en 1606 Total: 827.000 rs

    Comts en 1606

    valeur totale en 1606 - 1.600.000 rs

    DOCUMENT 1

    Municipalits imposes pour lArca dos mdicos e dos boticrios (1568/1606)

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  • 72 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    forms galement 20 apothicaires ; il fi t passer le montant de la contribution 1 600 000 ris14 et tendit la mesure au Sud du pays, en particulier aux muni-cipalits du bassin du Tage jusqu lEstrmadure espagnole. linitiative de la Couronne, une grande rforme de la formation pratique des professionnels de sant, supervise par le Grand mdecin (Fsico-Mor), fut entreprise. Alors quil nexistait prcdemment aucune fi lire de formation luniversit pour les apothicaires, ils devaient dsormais suivre deux annes denseignement de latin ( Coimbra, Lisbonne, vora ou Braga) puis quatre annes de stage dans une boutique dapothicaire choisie par luniversit. lissue de cette formation, les tudiants apothicaires taient valus par un jury de professeurs de la facult de mdecine et deux apothicaires15. la mme poque fut aussi lance par la Couronne, toujours supervise par le Grand mdecin, la rorganisation du cursus de lensemble de la formation mdicale empirique, domaine o, ct des apothicaires, les chirurgiens dominaient. Il sagissait dun processus spar du premier, dot dune dynamique spcifi que16, objet de recherches nouvelles aujourdhui, et trs diffrent de celui dvelopp du ct espagnol17 (document 1).

    La participation fi nancire de chaque municipalit avait t calcule en fonction de ses revenus, valus par les Provedores de Comarca, reprsentants du pouvoir royal qui avaient reu lordre de visiter en personne les municipalits de leur ressort afi n danalyser les recettes et les dpenses et de permettre ainsi au roi de calculer limpt que chaque municipalit tait en mesure de payer18. Les versements devaient tre faits laide des premiers revenus qui entreraient dans les coffres municipaux. La priorit daccs luniversit de Coimbra pour les tudiants issus des villes taxes fut en outre immdiatement stipule19.

    Une analyse de la distribution gographique des municipalits imposes rvle lexclusion des grands centres urbains, lexception dEstremoz, Set-bal et Santarm. Il sagissait des trois agglomrations principales du centre (Santarm) et du Sud du pays, dans lequel il y avait en outre davantage de municipalits taxes que dans le Nord. Des douze rgions taxes, les six situes au Sud devaient sacquitter de 62 % du montant total. Il ne sagissait pas des secteurs les plus densment peupls mais de ceux o la concentration urbaine tait la plus importante, et qui dtenaient le plus grand nombre de municipalits

    14. Jos Justino DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco Chronologica da Legislao Portuguesa, Lisbonne, Imprensa de J. J. A. Silva, 1854-1869, vol.1 (1603-1612), p. 152-154.

    15. Joo Rui PITA, Farmcia, Medicina e Sade Pblica em Portugal (1772-1836), Coimbra, Minerva, 1996, p. 285-293.

    16. Raison pour laquelle il nest pas possible, dans le cas portugais, dutiliser le notion de monde mdical que L.Brockliss and C.Jones mobilisent pour tudier le cas franais, traitant ensemble des personnes formes luniversit et des empiriques. Laurence BROCKLISSN, Colin JONES, The Medical World of Early Modern France, Oxford, Oxford University Press, 1997.

    17. Mara Soledad CAMPOS DEZ, El Real Tribunal del Protomedicato Castellano (siglos XIV-XIX), Cuenca, Ediciones de la Universidad de Castilla-La Mancha, 1999 ; Michele L. CLOUSE, Medicine, Govern-ment and Public Health in PhilipIIs Spain : Shared Interests, Competing Authorities, Farnham, Ashgate, 2011.

    18. J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.1 (1603-1612), p. 152.19. Ibidem, p. 154.

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    (344 sur un total de 634, distribues sur 6 districts judiciaires)20. Ces rgions avaient connu une croissance rapide, dmographique et conomique, en partie la suite de lessor du commerce du sel et du dveloppement de fonctions militaires. Linvestissement pour une meilleure offre de soins dans une zone gographique trs proche de la frontire, et par consquent utilise par les voisins des deux pays, remplit aussi un rle politique quil convient de ne pas oublier (document 2).

    20. Nous ne disposons pas de donnes suffi santes permettant dillustrer comment le processus a t conduit dans les colonies. Cependant, une lettre royale du 20 octobre 1620, ordonnant au gouverneur de lAngola de se faire accompagner dun mdecin, dun chirurgien et dun apothicaire, et stipulant que leurs salaires seraient pays laide des revenus de la mairie de Luanda, en accord avec la dcision du Desembargo do Pao (Cour suprme), indique que les procdures devaient tre semblables celles de la mtropole : J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.3 (1620-1627), p. 31.

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    DOCUMENT 2

    Municipalits imposes pour lArca dos medicos e dos boticrios (1568/1606)et les Misericrdias (1498-1606)

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  • 74 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    En raison dune dcision royale, les impts cits dans lordonnance de 1568 taient collects par luniversit de Coimbra, institution galement responsable de lutilisation de ces fonds et de leur gestion fi nancire. Inscrites sous le nom de Arca dos mdicos e dos boticrios (Coffre des mdecins et des apothicaires), ces sommes constituaient une sorte de comptabilit parallle de luniversit elle-mme, qui plaait largent intrt, avec un profi t de lordre de 15 %21. Elle fi nanait ainsi les bourses tudiantes destines la formation des mdecins et apothicaires et prtait de largent aux professeurs pour faire imprimer leurs livres22. Ce systme de bourses tait spcifi que la Facult de mdecine23. Leur distribution tenait compte non seulement des mrites et des conditions conomiques des candidats exclusivement des chrtiens de souche, ce qui excluait, ds le dpart, les descendants de juifs et de musulmans, principe dailleurs commun aux socits ibriques qui, dans le champ de la mdecine, aboutissait contrecarrer leur position dominante , mais exigeait galement que les tudiants aient un responsable, garant de leur prsence aux cours et de la conclusion de leurs tudes. Un contrle de lassiduit des tudiants tait organis et chaque absence amputait le montant de la bourse.

    Au cours de la priode qui voit limplantation et le dbut du fonctionnement de cette nouvelle structure, qui tait simultanment fi scale, juridictionnelle et acadmique, une correspondance intense entre les municipalits et ladminis-tration centrale se dveloppe. Elle est domine par les demandes dautorisa-tions adresses par les municipalits au roi pour la nomination de mdecins et dapothicaires (parfois aussi de chirurgiens) destins offrir des services de soins leurs populations24. Il semble que ces demandes suivaient les rgles de lordonnance royale du 23 dcembre 1585 et que la prfrence tait donne aux professionnels qui avaient bnfi ci des bourses accordes par lArca dos mdicos e boticrios25. Mais il est impossible de prouver pour linstant que les municipalits rpondaient aux attentes de la Couronne en rcompensant par un emploi dans ladministration locale ceux qui avaient dj t soutenus dans

    21. F. TAVEIRA DA FONSECA, A Universidade de Coimbra, op. cit., p. 644-651.22. Maximiano LEMOS, Histria da Medicina em Portugal. Doutrinas e Instituies, vol.1, Lisbonne,

    Publicaes Dom Quixote/Ordem dos Mdicos, 1991, p. 158.23. 20 000 ris par an pour les mdecins, selon le Rglement des mdecins et des apothicaires chrtiens

    de souche (1653), un montant qui a doubl (40 000 ris) en 1729. Uniquement pour donner une ide relative de ces sommes : le salaire du professeur le plus grad de la Facult de mdecine tait, en 1672, de 240 000 ris et le salaire minimum tait de 50 000 ris. La seule information sur le nombre de candidats aux bourses annuelles se rapporte lanne 1676 avec 80 tudiants pour 12 bourses. F. TAVEIRA DA FONSECA, A Universidade de Coimbra, op. cit., respectivement, p. 644-645, p. 484 et p. 659. Entre 1769 et 1772, les 53 bourses pour mdecins et apothicaires ont t presque toutes attribues.

    24. Les rares nominations qui apparaissent sous le rgne du roi JeanIII (1521-1557) montrent que le principe de la nomination royale de professionnels de sant tait antrieur ce mouvement. Arquivos Nacionais. Torre do Tombo (dsormais ANTT), Chancelaria de D. JooIII, livre 4 (f 39v ; 61-61v) ; livre 5 (f 35) ; livre 25 (f 195).

    25. Le diplme de 1604 prcise que les boursiers devaient avoir la primaut dans les nominations de mdecins, chirurgiens et apothicaires des villes, des bourgades, des hpitaux, des Misericrdias, des tribunaux, des communauts religieuses, entre autres.

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    leur formation acadmique. Il existe toutefois une certitude empirique : depuis 1580, une corrlation forte peut tre releve entre les municipalits qui versaient une contribution et celles qui furent autorises se doter de professionnels de sant (documents 3 et 4).

    LMERGENCE DUN CORPS PROFESSIONNEL

    En plus de l impt pour les mdecins de Coimbra (cest ainsi quil est dsign dans la documentation locale) et de la nomination de ces professionnels dans des zones gographiquement de plus en plus vastes, la Couronne sengage dans la dfi nition de la profession de mdecin, prenant ainsi des mesures institutionnelles

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    DOCUMENT 3

    Rseau mdical (1568-1598)*

    * ANTT : Chancelaria de D. Sebastio e D. Henrique, livres n 1, 3, 6, 7, 11, 12, 13, 14, 20, 28, 30, 32, 35, 37, 38, 39, 40, 42, 43, 44, 45, 46 ; Chancelaria de FilipeI, livres n 1, 3, 4, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 15, 16, 17, 18, 21, 23, 24, 27, 28, 29, 30, 31, 32.

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  • 76 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    qui taient censes avoir un impact direct sur la sant publique26. Bien que des antcdents de cette intervention soient observables la fi n de lpoque mdivale, ce nest quau XVIe sicle quils sont conceptualiss dune manire aussi directe parce que la mdecine [comme laffi rme le monarque] est aussi

    26. L. ABREU, A organizao e regulao das profi sses mdicas no Portugal Moderno : entre as orientaes da Coroa e os interesses privados , in Adelino CARDOSO, Antnio BRAZ DE OLIVEIRA, Manuel SILVRIO MARQUES (ed.), Arte Mdica e Imagem do Corpo : de Hipcrates ao Final do Sculo XVIII, Lisbonne, Biblioteca Nacional de Portugal, p. 97-122.

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    DOCUMENT 4

    Rseau mdical (1568-1705)*

    * ANTT, Chancelaria de D. FilipeII, livres n 1, 2, 3, 4 ; Chancelaria de D. FilipeIII, livres n 1, 9, 11, 15, 16, 17, 18, 22, 23, 25, 26, 30, 31, 38, 40 ; Chancelaria de D. JooIV, livres n 4, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 19, 20, 22, 23, 24, 25, 27 ; Chancelaria de D. AfonsoVI, livres n 20, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 34, 36, 37, 39, 40, 41, 43, 45, 46, 47, 48, 51, 52 ; Chancelaria de D. PedroII, livres n 17, 18, 19, 22, 26, 27, 30, 32, 33, 35, 36, 37, 38, 39, 43, 46, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 56, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64.

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    importante pour son bnfi ce [celui du royaume], et lamlioration de la sant de mes vassaux 27. Dans la constitution des professions de sant, ce fut aussi Manuel Ier qui organisa le champ par plusieurs rglements qui rgentaient les activits des mdecins, des apothicaires et des chirurgiens. Le document le plus important, le Regimento do Fsico-mor de 1515, fut revu en 1521. Il renfor-ait lautorit du Grand mdecin sur les pharmacies et les apothicaireries. Ses comptences stendaient aussi la concession dquivalences pour les tudes faites ltranger, aux examens des chirurgiens28 et tous les autres aspects de la formation pratique aux soins. Nanmoins, les mdecins forms Coimbra ntaient pas placs sous son autorit. Refusant de perdre le contrle sur les mdecins forms luniversit, le Grand mdecin, galement mdecin du roi et bnfi ciant de forts soutiens la cour29, entama une lutte contre luniversit qui traversa toute la priode moderne. La Couronne tenta donc dorganiser les professions mdicales dans un contexte de confl it li la formation universitaire et au renforcement du pouvoir de luniversit dans ce champ.

    Contrairement ce qui survint en France par exemple, o le mdecin du roi cra de fortes maisons mdicales autour du pouvoir politique, reconnues comme symboles de modernit et du dveloppement des mdecins-chirurgiens et des apothicaires30, au Portugal, en dpit de sa formation universitaire, il reprsenta la dfense dun savoir empirique contre une nouvelle connaissance scientifi que . Si lon suit la Facult de mdecine dans ses accusations, le Grand mdecin aurait essay daccrotre son pouvoir et son autorit en vendant de plus en plus de licences de professions de sant, rduisant ainsi le nombre potentiel dtudiants voulant entrer luniversit.

    Pouss par les recteurs de luniversit de Coimbra depuis le dbut du XVIIe sicle, le gouvernement central a approuv et dfendu le privilge de ses mdecins, interdisant ceux qui avaient tudi dans des universits trangres dentrer en comptition avec ceux forms Coimbra31. Considrs comme des mdecins non lettrs et moins bien forms, ils taient donc exclus des principaux hpitaux et autres lieux de ladministration locale et centrale chaque fois quil y avait des concurrents forms au Portugal. partir de ce moment-l, non seulement la formation acadmique donne luniversit de Coimbra obtint sa conscration, mais des privilges taient garantis galement aux mdecins qui sy taient forms pour laccs lactivit : ces lments sont

    27. J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.7 (1648-1656), p. 340.28. Deux annes de pratique lHpital Royal de Todos os Santos, Lisbonne, quivalaient au

    titre de chirurgien si le Fsico Mor (Grand mdecin) le reconnaissait comme tel.29. Francis A. DUTRA, The practice of medicine in Early Modern Portugal. The role and social

    status of the Fsico-mor and the Surgiao-mor , in Israel J. KATZ (ed.), Libraries, History, Diplomacy and the Performing Arts. Essays in Honor of Carleton Sprague Smith, New York, Pendragon Press, 1991, p. 135-169.

    30. Pour lhistoire des professions de sant en France, A. LUNEL, La maison, op. cit.31. Mais il rsiste aux mdecins lorsquen 1633 ceux-ci tentent daugmenter la valeur des bourses en

    rduisant leur nombre : J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.4 (1627-1633), p. 359.

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    Whats the difference between pharmacies and apothicaireries ?

    control of physiciansUniversity versus Royal

  • 78 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    essentiels dans la construction de la profession qui naissait sous le sceau de lexcellence que luniversit attribuait avec lappui de la monarchie32.

    la mme poque, de nouvelles rgles de formation des professionnels de sant et de distribution des bourses furent promulgues33. Rcompenser les meilleurs en reconnaissant leur mrite, et encourager ceux qui se montraient dcids terminer leurs tudes par exemple, le montant de la bourse dun lve de 6e anne (donc en fi n de formation) pouvait tre le double de celui que recevaient les tudiants des premires annes , constituent certains des objectifs immdiatement identifi ables et prioritaires du monarque. Lui-mme affi rmait que la vie de ses sujets dpendait de la qualit de la formation des professionnels de sant.

    Dans ce processus, le statut professionnel merge, tel que le dfi nissent les sociologues pour une poque postrieure34. La Couronne et luniversit ne paraissaient toutefois pas avoir les mmes intrts. En dpit du soutien rsolu du roi la consolidation du monopole de luniversit de Coimbra dans la formation des professionnels de sant, la Facult de mdecine, au lieu de centrer son confl it avec le Grand mdecin sur la rationalit scientifi que et le recrutement des tudiants, svertua sauver et mme accrotre les privilges et les salaires de ses professeurs, menacs par la diminution du nombre des tudiants qui prfraient tre diplms en droit, en thologie et en droit canon, ce qui offrait des carrires plus profi tables35.

    Lorsquen 1615, D. Francisco de Bragana, nomm par le roi afi n de rformer luniversit, proposa dutiliser une partie des fonds de lArca dos mdicos e dos boticrios afi n de crer un collge mdical (suivant en cela ce qui se faisait dans les autres universits europennes36), il faut y voir une manire de valoriser le savoir universitaire37 et de donner aux mdecins plus de pouvoir face au Grand mdecin. Mais le recteur identifi a plusieurs raisons de refuser une telle offre, prfrant investir ces fonds dans les salaires des professeurs de la Facult de mdecine. En mme temps, il soulignait la ncessit de respec-ter le rglement de 1604 qui accordait un privilge de recrutement dans les

    32. J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.1 (1603-1612), p. 219 et p. 221-222 (diplmes royaux du 1er avril 1608 et du 12 mai 1608).

    33. Regimento dos Medicos e Boticrios Christos Velhos, in F.TAVEIRA DA FONSECA, A Universidade de Coimbra, op. cit., p. 644.

    34. Eliot FREIDSON, Profession of Medicine, New York, Harper and Row, 1970.35. Selon T.Braga, en 1540, seuls 10 des 642 tudiants de luniversit de Coimbra taient inscrits en

    mdecine : Theophilo BRAGA, Historia da Universidade de Coimbra nas suas Relaes com a Instruco Publica Portugueza, vol.2, 1555 a 1700, Lisbonne, Typographia da Academia Real das Sciencias, 1895, p. 120.

    36. J. Israel montre les consquences des collges mdicaux sur lenseignement et les pratiques de la mdecine, sujet que D. Francisco de Bragana semblait trs bien connatre : Jonathan I. ISRAEL, Dutch infl uence on urban planning, health care and poor relief. The North Sea and Baltic regions of Europe, 1567-1720 , in Ole Peter GRELL, Andrew CUNNINGHAM (ed.), Health Care and Poor Relief in Protestant Europe. 1500-1700, Londres, Routledge, 1997, p. 66-83.

    37. En dpit de la diffrence de contexte, ce fort investissement du roi pour le dveloppement dun nouvel univers mdical au Portugal renvoie au titre propos par Jean-Louis Harouel dans sa prface A.LUNEL, La maison, op. cit. : Royaut et modernit mdicale en France du XVIe au XVIIIe sicle .

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    institutions publiques aux mdecins forms Coimbra, suggrant mme que tous les mdecins nouveaux chrtiens qui occupaient ces postes devraient tre renvoys.

    Il faut attendre dcembre 1621 pour quun nouveau recteur considre que la cration du collge mdical soit une priorit38. Autoris par la Couronne en 1628, le collge mdical, o des personnes nobles ont envie dentrer et dapprendre cette science 39 pour y former des sujets habiles grce auxquels il serait possible de rsoudre le problme du manque de mdecins qui se faisait sentir lpoque dans le royaume , serait en partie fi nanc par le monarque, grce la mobilisation de la contribution quil accordait annuellement au Collge royal, fond par le roi Jean III en 1527, qui prparait les tudiants entrer luniversit40, et une partie des contributions municipales destines la formation des mdecins.

    Bien que cette profession se soit dveloppe dans un cadre exceptionnel dautonomie en termes ducatifs, la Couronne ne la pas laisse voluer en com-plte libert. Quelques annes aprs avoir cd aux exigences de luniversit et lui avoir reconnu le monopole de la formation des mdecins, la Couronne critique durement lenseignement qui y est dispens, sur un ton qui rvle des proccupations simultanment dordre conomique et de sant publique. Accusant certains mdecins de prescriptions excessives causes par une absence du savoir qui entrane, en plus de celui quil fait au trsor, un grand tort fait la vie et la sant des gens , la Couronne introduit par lordonnance de novembre 1623 plusieurs rgles qui conditionnent les prescriptions mdicales, donnant un signe clair quelle accompagnait le dveloppement de la profession41. Quatre ans plus tard, en 1627, le Grand mdecin est charg de la fi xation des prix des mdicaments42 et de sa mise jour tous les trois ans43. Lordonnance du 13 mars 1643, qui parat tre une rponse la demande des populations prsente aux tats gnraux (Cortes) de 1641 et 1642, obligeait les mdecins et les chirurgiens rdiger les ordonnances pour les apothicaires, des purges, des sirops et des mdicaments quils faisaient prendre aux malades, en langue portugaise pour que tous les comprennent 44. Cette exigence de la Couronne tait moins en rapport avec le contrle de lusage du castillan dans ces temps de

    38. J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.4 (1627-1633), p. 61.39. Ibidem, diplme royal du 14 juillet 1628, p. 133.40. Ibidem, p. 133.41. J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.3 (1620-1627), p. 105-106.42. Un diplme de 1515 avait oblig les apothicaires suivre les prix imposs par lapothicaire de

    la Couronne. Voir Manuel DAS DORES TELO DA FONSECA, Histria da Farmcia Portuguesa atravs da sua Legislao, vol.3, Porto, Emp. Ind. Grfi ca du Porto, 1940, p. 5-10. Le premier Rglement des apothicaires a t cr le 26 aot 1497. Sur ces questions, consulter Manuela MENDONA, A reforma da sade no reinado de D. Manuel , in Actas das Ias Jornadas de Histria do Direito Hispnico, Lisbonne, Academia Portuguesa de Histria, 2004, p. 221-241.

    43. J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.3 (1620-1627), diplme du 3 septembre 1627, p. 112. Le mme document prcise que les mdecins devaient indiquer le prix des mdicaments sur leurs ordonnances, en conformit avec ce que stipulait le Rglement de 1497.

    44. J. J.DE ANDRADE E SILVA (ed.), Colleco, op. cit., vol.7 (1648-1656), p. 384.

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    financial problems in the University

    excessiveprescription?

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    restauration de lindpendance nationale, quavec celle du souci de transparence dans les prescriptions45 ce qui souligne, comme les mesures prcdentes, que le pouvoir sassume comme rgulateur gnral malgr les privilges concds au groupe. Cela se manifeste aussi lorsque lon impose aux mdecins appoints par les municipalits de rsider sur leur lieu de travail46 et, dans plusieurs cas, de soigner gratuitement, en plus des pauvres, des communauts religieuses, des hpitaux des Misericrdias, ou mme des soldats47.

    La lente mergence de la profession de mdecin et le rle des monarques dans ce processus, la contribution impose certaines municipalits pour la formation de professionnels de sant et la mise en place dun rseau mdical qui privilgie les municipalits contribuables traduisent aussi la perception du gouvernement central quant aux usages sociaux de ces professions et son sens de la responsabilit publique dans le domaine de la sant des populations. Ces volutions rvlent une partie des changements intervenus dans les structures administratives promues par la Couronne, en particulier par les derniers rois de la monarchie dAvis et les premiers monarques Habsbourg. Ceci signifi e-t-il que pendant cette priode la sant et lassistance sont devenues une ques-tion politique ? Ces interventions peuvent-elles tre lues comme une rponse politique un moment particulirement critique, non seulement en termes de succession dynastique, mais aussi en raison des dsordres conomiques et sociaux provoqus par les pidmies des dernires dcennies du XVIe et du dbut du XVIIe sicle ? Au-del de cette conjoncture, lorganisation de profes-sions mdicales et dun rseau est associe lmergence de ltat moderne et achve un processus de longue dure qui avait commenc un sicle auparavant, la fi n du XVe, avec la cration des confraternits des Misericrdias, clef de vote de tout le processus.

    LA RFORME DES HPITAUX ET LA CRATION DES MISERICRDIAS

    Quand les historiens analysent les processus de rorganisation des politiques dassistance aux pauvres mises en place la fi n du Moyen ge, non seulement ils insistent sur leur caractre local et municipal48, mais ils centrent habi-tuellement leurs tudes sur la dimension conomique ou sur les orientations religieuses de ces interventions, autant dans les pays catholiques que protes-tants. Limportance des arguments religieux ne doit pas tre ignore et les

    45. la suite du diplme de 1498 qui interdisait les prescriptions en latin : Joaquim VERSSIMO SERRO, Histria de Portugal, vol.3, 1495-1580, Lisbonne, Verbo, 1988, p. 356.

    46. On trouve le seul cas dun mdecin, habitant Sintra, qui a t autoris demeurer dans la bourgade et se rendre deux fois par semaine dans la localit voisine de Colares pour exercer son activit : ANTT, Chancelaria de AfonsoVI, livre 28, f117.

    47. Comme cest le cas Cascais en 1588 : ANTT, Chancelaria de FilipeI, livre 18, f132.48. Katherine A. LYNCH, Individuals, Families and Communities in Europe, 1200-1800. The Urban

    Foundations of the Western Society, Cambridge, Cambridge University Press, 2003.

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  • ASSISTANCE ET SANT PUBLIQUE AU PORTUGAL 81

    monarques sont les premiers le reconnatre. Ce sont des raisons religieuses qui sont invoques par le roi Manuel Ier pour entreprendre une pr-rforme de lglise, en vitant cependant une rupture comme celle qui a lieu dans dautres rgions dEurope49. Cest dans ce contexte rformateur qua t entreprise la rorganisation hospitalire, au milieu du XVIe sicle. Contrairement ce qui se passe en France50, la coopration de la papaut est notoire dans ce qui est lentreprise majeure de la Couronne en matire de politiques dassistance, du moins jusquau XVIIIe sicle.

    Le reproche adress aux administrateurs des institutions pieuses de ne pas respecter les obligations imposes par leurs fondateurs, trompant de la sorte non seulement les mes des dfunts mais aussi les attentes lgitimes des pauvres qui devaient bnfi cier des legs qui leur taient destins, a t lun des arguments principaux pour justifi er une enqute ralise lchelle nationale, entre 1498 et 1521. Le mouvement de concentration des hpitaux auquel a abouti cette enqute tait conforme aux prsupposs qui taient lorigine de la cration de lhpital de Todos os Santos, Lisbonne, par le monarque prcdent qui avait dj obtenu, en 1485, une autorisation pontifi cale pour fondre ensemble le patrimoine de plusieurs petits hpitaux. Ds la permission accorde par le pape afi n de rorganiser les hpitaux grande chelle, le roi Manuel Ier intgre le patrimoine des institutions pieuses qui taient en situation irrgulire dans les biens de la Couronne. Il sagit dun transfert de tutelle, qui navait jamais t excut une telle chelle ; il a limit srieusement lautonomie en matire de gestion hospitalire et permit au pouvoir central dlargir sa zone dinfl uence. Les rsistances des ecclsiastiques ont parfois russi retarder ce mouvement cependant, ne pouvant nier ltat chaotique des institutions caritatives, elles nont pu empcher lintervention des tribunaux centraux51.

    Mais la nature politique de ces interventions ne saurait tre ignore. Le premier indice dun changement de la manire de gouverner le pays est percep-tible dans le processus de rforme des hpitaux lui-mme. Il tait clairement fond sur un plan daction dfi ni, qui a dot ceux qui lont excut des pouvoirs juridictionnels indispensables afi n dagir au moment exact de lidentifi cation de lirrgularit. Le nouvel organisme administratif cr pour contrler ces

    49. Antnio DE OLIVEIRA, A santa casa da Misericrdia de Coimbra no contexto das instituies congneres , in Memrias da Misericrdia de Coimbra. Documentao & Arte, Coimbra, Santa Casa da Misericrdia, 2000, p. 11-32.

    50. Les rsistances franaises un processus semblable sont prsentes par Daniel HICKEY, Local Hospitals in Ancien Rgime France. Rationalization, Resistance, Renewal, 1530-1789, Montral, McGill-Queens University Press, 1977, notamment p. 17-44. Les lignes gnrales de la situation franaise sont indiques dans Jean IMBERT, Les prescriptions hospitalires du Concile de Trente et leur diffusion en France , Revue dhistoire de lglise de France, 42-138, 1956, p. 5-28.

    51. Ces rsistances surgissent ds lpoque du roi Duarte (1433-1438), mais surtout pendant lintervention du roi JeanII et pour la bulle du 21 fvrier 1486 : Antnio Joaquim DIAS DINIS, O Infante D. Henrique e a assistncia em Tomar no sculo XV , in A Pobreza e a Assistncia aos Pobres na Pennsula Ibrica durante a Idade Mdia. Actas das 1as Jornadas Luso-Espanholas de Histria Medieval, Lisboa 25-30 de Setembro de 1972, Lisbonne, Centro de Estudos Histricos da Faculdade de Letras da Universidade de Lisboa, Instituto de Alta Cultura, 1973, vol.1, p. 252 et 289-290.

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  • 82 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    fondations et le processus en gnral le Juge des chapelles et des legs pieux , semble avoir t fi nalement accept pacifi quement par lglise qui lgitimait ainsi les activits de la Couronne. Il devient alors lun des instruments les plus puissants du gouvernement en ce domaine.

    Mais laccroissement de la souverainet du roi Manuel Ier dans le champ de la charit et de lassistance ne sest pas limit la rforme hospitalire. En mme temps que les offi ciers royaux parcouraient le pays pour faire le point sur ltat des hpitaux et autres institutions caritatives, la Couronne renforait ses comptences politiques et juridictionnelles dans ce domaine en crant un nouvel instrument dharmonisation et duniformisation des pratiques dassistance, instrument qui resterait sous sa tutelle : les confrries de Misericrdias. Pour ce projet, le roi Manuel Ier a demand laide des lites locales. En contrepartie, il leur a donn la possibilit de bnfi cier dune certaine autonomie juridic-tionnelle. Les dispositions normatives, qui laissaient supposer ds lorigine des limitations videntes ltendue de cette autonomie, ont t ignores par les lites qui y ont en revanche vu loccasion dentrer dans une institution proche de la Couronne et qui en outre ntait pas astreinte aux contraintes des justices ecclsiastiques, communales ou seigneuriales.

    La premire Misericrdia a t fonde Lisbonne, le 15aot 1498, sous protection royale. Cette institution, outil de rforme de la pit des lacs, a t rpandue, linitiative de Manuel Ier, sur le territoire national par des nobles de la maison royale, missaires du roi dans les municipalits, qui exhortaient les meilleures personnes du lieu fonder une confrrie semblable celle de Lisbonne. En imposant quune parit numrique entre nobles et non-nobles soit respecte au sein des instances de la confrrie, le roi prcise mme que, dans les communauts o il ny a pas suffi samment de nobles, et afi n de conserver lquilibre social , certaines personnes puissent tre comptabilises comme telles. Celles qui dtenaient le pouvoir conomique, formes luniversit ou issues de larme, taient directement intgres dans la catgorie des nobles. Mais le niveau de fl exibilit de cette mobilit sociale dpendait des caractris-tiques des communauts, raison pour laquelle un tel privilge tait si important.

    En un sens, les Misericrdias avaient la capacit institutionnelle de reconnatre certains groupes comme lites locales, de promouvoir la mobilit, ou au moins la diffrenciation sociale. Il sagissait de la principale condition pour entrer dans le gouvernement municipal selon les lois nationales alors en vigueur52, raison supplmentaire dinclure les Misericrdias dans les dynamiques sociales et politiques introduites par la Couronne au XVIe sicle.

    Permettre aux lacs de sengager dans ce projet tait une innovation majeure. Le lien tiss entre ces confrries charitables et le pouvoir municipal tait lune des plus importantes caractristiques de ces nouvelles confraternits ; il explique aussi le succs de leur implantation. La lettre royale qui encourageait le pouvoir

    52. Voir L.ABREU, The Portuguese hospitals , art. cit., p. 218-219.

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    local crer sa Misericrdia tait accompagne dune copie des statuts de celle de Lisbonne, qui devait servir de modle aux nouvelles confrries, et dune promesse de concession des mmes privilges que ceux qui taient attribus la Misericrdia de Lisbonne : privilges personnels identiques ceux dont taient gratifi s les dtenteurs de postes municipaux.

    Dsignes ds la premire heure comme des confrries sous la protection royale , les Misericrdias naissent ainsi entoures dune aura de distinction sociale, dans certains cas rapidement transforme en capital social et politique. Porteuses dun programme caritatif extrmement ambitieux, inscrit dans les quatorze uvres de misricorde graves dans leurs statuts, obissant des rgles communes et souhaitant atteindre les mmes objectifs53, les Misericrdias ont t le dbut dune nouvelle priode sur le plan de laide sociale et il convient de souligner que la Couronne leur offrit immdiatement le cadre juridictionnel ncessaire pour interfrer dans le domaine dautres pouvoirs (prisons et hpi-taux, par exemple). En outre elles taient porteuses dun programme vident de restructuration et de discipline des politiques sociales et de leurs acteurs54. Cest la raison pour laquelle, limage de ce que nous dfendons propos de la rforme des hpitaux, il nest pas possible domettre la fonction politique des Misericrdias. Dans ce contexte, la communication directe avec la Couronne, qui tait lun de leurs privilges, a t un lment dune extrme importance. Les Misericrdias fi niront par fonctionner comme entits capables de reconnatre les lites existantes, mais aussi de crer de nouveaux groupes de pouvoir, en leur facilitant laccs des positions institutionnelles55. Dautre part, en captant les ressources locales destines la charit et en les distribuant selon les valeurs et les orientations provenant de la Couronne, les Misericrdias accroissent la pntration du pouvoir royal dans la vie quotidienne.

    Le succs de cette initiative royale peut tre valu non seulement par le nombre de Misericrdias fondes en un trs court laps de temps (plus de 70 en 1521 ; plus de 200 en 1580 ; 302 en 1640), mais aussi par ce que ce dynamisme rvle sur le positionnement des lites. Si, pendant les premires dcennies du XVIe, elles semblent un peu rticentes devant la nouvelle manire de pratiquer la charit qui leur est suggre par la Couronne, partir du milieu du sicle

    53. Le roi ManuelIer a t le premier responsable de la cration de confrries destines laide des prisonniers et des pauvres, mais ayant la capacit galement de slectionner les pauvres mritants. Leur base conomique provenait exclusivement de la charit prive ou des aumnes royales. Dautres sources de revenu leur ont t attribues progressivement, sans perdre toutefois compltement ce caractre caritatif.

    54. Terme employ ici dans le sens que lui attribue Marco VAN LEEUWEN dans Logic of cha-rity : poor relief in preindustrial Europe , Journal of Interdisciplinary History, 24-4, 1994, p. 589-613.

    55. Des tudes sur le panorama confraternel portugais rvlent lexistence dune hirarchie dfi nie, sorte de cursus honorum particulirement suivi par les couches modestes de la population qui aspiraient aux postes du pouvoir local. Normalement, le processus commenait avec larrive la direction dune confrrie socialement moins valorise et ce nest quensuite que se faisait le passage la Misericrdia. Aprs avoir atteint les fonctions de direction, il tait relativement facile dentrer dans les mairies. Quelques cas dans L.ABREU, Memrias da Alma e do Corpo. A Misericrdia de Setbal na Modernidade, Viseu, Palimage, 1999, p. 320-333.

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    whats the difference between hospitals and misericordias?

  • 84 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    ce sont les lites locales, ou ceux qui veulent en faire partie, qui proposent au roi la fondation de nouvelles Misericrdias. Les conditions exceptionnelles de lpoque reconnaissance de leur caractre de confrries royales par le pape au Concile de Trente (1563), prcisment au moment o le culte du Purgatoire tait encourag et lassistance rforme ont offert la monarchie une occasion de promouvoir le renforcement du pouvoir des Misericrdias sur lassistance et, par consquent, le pouvoir de la Couronne elle-mme. Lenjeu tait le mouvement de transfert de la plupart des hpitaux vers ladministration et la tutelle des Misericrdias, ralis de faon systmatique partir de 1564 lorsque lhpital de Todos os Santos fut transfr la Misericrdia de Lisbonne, ce qui leur donnait de nouvelles comptences dans le domaine de la sant. la mme poque, des conditions spcifi ques furent accordes aux Misericrdias afi n de faciliter la rception des donations pieuses par la clbration de messes pour les mes du Purgatoire qui, dans la plupart des cas, fi nissaient par tre utilises comme source de fi nancement des hpitaux. Par lordonnance de 1593, dabord applique la seule Misericrdia de Lisbonne puis trs rapidement toutes les autres, la Couronne interdit aux autres confrries dexercer les fonc-tions dassistance qui pouvaient leur faire concurrence, ce qui revient dire quune situation de quasi-monopole tait fi nalement consacre (document 5).

    Au moment o le pays assistait au triomphe des Misericrdias se mettait en place un rseau mdical, en mme temps qutaient lances, lchelle natio-nale, des politiques de contrle des pidmies, et que le palais royal donnait des orientations trs prcises pour la cration des greniers bl, avec lobjectif de soutenir les paysans et les familles menacs. Dans la pratique, en quelques dcennies, la Couronne avait t capable dtendre son pouvoir de multiples zones de laide sociale et de la sant publique, en crant un systme qui sera conserv sans modifi cations substantielles durant plus de deux sicles. Elle la fait en maintenant un dialogue permanent avec les lites locales, en ngociant avec elles, en respectant leurs privilges et en les actualisant mme, mais surtout en tentant de contrler leurs activits et leurs interventions sociopolitiques. Le gouvernement des Habsbourg a t particulirement actif sur ce point56.

    LES POLITIQUES DASSISTANCE, INSTRUMENT POLITIQUE

    La structuration du champ de la charit et de lassistance renvoie des interven-tions articules entre les diffrents pouvoirs, fondes sur des principes cohrents et prdfi nis, subordonns des objectifs communs : entre autres, celui de doter le pays de moyens de soutien aux pauvres, mme un niveau lmentaire. En agissant directement sur les mcanismes locaux, la Couronne, malgr les diverses

    56. Sur lutilisation des Misericrdias comme espace de cration de clientles avec des objectifs personnels lpoque philippine, L. ABREU, Jos Pedro PAIVA, Reforo e interferncia rgia e elitizao : durante o governo dos Filipes , Portugaliae Monumenta Misericordiarum, 5, 2006, p. 6-35.

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    Hospitals and misericordias

    monopole

  • ASSISTANCE ET SANT PUBLIQUE AU PORTUGAL 85

    limitations auxquelles elle tait soumise, a non seulement impos la socit et aux lites sa faon denvisager le phnomne de la pauvret, mais a aussi dmontr combien ses ressources politiques taient diversifi es. Les privilges immdiate-ment accords aux Misericrdias, leur permettant par exemple dinterfrer dans le quotidien des prisons et des hpitaux, permirent la Couronne de contrler de faon indirecte le pouvoir des geliers, tout en affi rmant lautorit des offi ciers royaux qui intervenaient localement chaque fois que les Misericrdias se plai-gnaient de ce que leurs prrogatives ntaient pas respectes. Il en allait de mme lorsquelles demandaient au pouvoir central dtre larbitre de confl its internes, ce qui se produisait dailleurs trs souvent. En tout cas, ces fonctions augmentaient

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    Misericrdias fondes entre 1498 et 1640*

    * Carte labore partir des informations runies dans les volumes 3, 4 et 5 de Portugaliae Monu-menta Misericordiarum, Lisbonne, Universidade Catlica/Unio das Misericrdias Portuguesas, 2004, 2005 et 2006, respectivement p. 357-384, p. 257-313 et p. 251-273. Toutes les cartes ont t ralises par Lus Carlos Ribeiro Gonalves.

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    grandement les comptences de police de la Couronne, qui se rapprochait ainsi des lites locales en mme temps quelle dveloppait des mcanismes de rglementation du quotidien des populations. Cest probablement la raison pour laquelle aucun monarque na refus, que lon sache, la fondation dune nouvelle Misericrdia. Mme lorsque les autorits taient contestes devant le tribunal, comme cela sest produit dans le Nord du pays au dbut du XVIIe sicle, largument prsent par la Couronne tait invariablement le mme : le bnfi ce que les pauvres retireraient de lexistence de confrries de Misericrdia57.

    Lexercice des obligations morales du roi en tant que protecteur de ses sujets, surtout des plus dmunis, lui a permis dinclure dans sa sphre dinter-vention de nouvelles comptences, sociales, qui ont t autant doccasions de renforcer son pouvoir politique gnral. Celui-ci sest accru mme au cours des dernires annes de la dynastie des Avis, priode o ltat est cens stre affaibli, et o apparaissent les taxes ncessaires la mise en place dun vri-table rseau mdical.

    Le document 1 municipalits contribuant la formation de mdecins et apothicaires montre clairement que lun des critres de slection de la Cou-ronne est celui qui prsidait la rforme administrative en cours depuis 153258, cest--dire celui du dveloppement rcent, base dun ramnagement territo-rial et juridictionnel en accord avec les nouvelles ralits socio-conomiques. LEstrmadure et lAlentejo, enrichis de douze nouvelles municipalits, de trois bourgades notables promues rcemment la catgorie de villes (Beja, Elvas, Leiria), et de quatre bourgades leves la catgorie de bourgades notables (Olivena, Estremoz, Setbal et Moura), sont les rgions qui concentrent le plus grand nombre de municipalits contribuant la formation des mdecins. Ce choix a un double sens politique : dune part, il renforce la reconnaissance publique de leur dveloppement, dautre part, il garantit une intgration effec-tive de ces espaces dans laire du pouvoir de la Couronne. Et ceci pour deux raisons principales. La premire est de nature conomique, mme si elle est justifi e par des arguments de caractre thique et moral. Il sagit du besoin de tenir compte des ingalits conomiques entre municipalits, en leur impo-sant une contribution proportionnelle leurs recettes. Cette proccupation a dtermin linspection des fi nances municipales par les offi ciers royaux, ce qui a non seulement particip au renforcement de la base de contribution de ltat en construction, mais lui a aussi permis une connaissance plus exacte de son territoire. Lexpansion gographique sous la domination espagnole doit aussi tre analyse dans cette perspective.

    La seconde raison, fonde sur la mme logique, donne un relief particu-lier aux questions dquit sociale. Il sagit de co-responsabiliser les nouvelles

    57. Sur le procs qui a oppos la petite localit de Penafi el la puissante Misericrdia de Porto, L. ABREU, As Misericrdias Portuguesas de FilipeI a D. JooV , Portugaliae Monumenta Misericor-diarum, 2, 2003, p. 47-77.

    58. J. J. ALVES DIAS, Gentes e Espaos, op. cit., p. 197 sq.

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    zones dveloppes en vue du bien-tre de la nation. Le diplme de 1568, ce sujet, est clairant : lintrt du pays devait prvaloir sur les intrts locaux, pour cette raison.

    La production de ressources destines la sant et leur homognisation gographique ont t clairement utilises, comme les Misericrdias, en tant quinstruments du pouvoir politique. Les peines svres prvues lencontre des municipalits qui ne paieraient pas l impt pour les mdecins de Coim-bra la date prvue, tout comme des fonctionnaires qui nexerceraient pas correctement leurs fonctions de collecteurs dimpt, semblent avoir eu un degr deffi cacit suprieur ce qui tait habituel dans ce type de situations. La pression exerce par luniversit de Coimbra un moment o les mdecins mergeaient comme un nouveau groupe professionnel et de pouvoir peut aussi avoir eu une infl uence sur tout le processus, malgr lopposition du Grand mdecin.

    Lanalyse de la distribution gographique des professionnels de sant rvle des diffrences dans lvolution du processus. Dans une premire poque, de 1568 1580 (fi n de la dynastie Avis), sur 19 communauts qui demandent un professionnel de sant, 12 sont situes dans le Nord et le centre du pays, au Nord du Tage et par consquent 7 au Sud. Parmi ces 19 communauts, 16 avaient une Misericrdia et 11 combinaient paiement de la taxe et demande dun professionnel de sant.

    Lexistence dune Misericrdia tait aussi un facteur dterminant pour le recrutement de professionnels de sant. Pendant le rgne du roi Philippe Ier (1580-1598 ; il sagit de Philippe II dEspagne), sur les 63 communauts qui avaient demand des mdecins, seules 17 ne disposaient pas dune Misericrdia (environ 50 Misericrdias avaient t cres au cours du rgne, ce qui fait de celui-ci le plus proche de celui de Manuel Ier par le nombre moyen de cra-tions par an), mais plusieurs dentre elles avaient dj entam leur processus de cration. En dautres termes, les municipalits qui demandaient le plus de professionnels de sant, avec lautorisation de la Couronne, taient aussi celles qui avaient pay la formation universitaire, ou de petites bourgades appartenant leur ressort administratif. La domination des Misericrdias sur les secours et les soins aux pauvres tait en outre consolide par le texte de 1593, et le mouvement de transfert des hpitaux aux Misericrdias tait presque achev.

    partir du milieu du XVIIe sicle, ces mdecins apparaissent dans de nou-velles zones gographiques, en particulier celles du littoral, puis sur lensemble du territoire national au XVIIIe, avec une concentration particulire sur la cte nord et nord-ouest. Cest aussi cette poque que de nouvelles municipalits sont appeles fi nancer le Coffre des mdecins et des apothicaires .

    La dotation en mdecins (qui assurent une sorte de service public), effectue sous linfl uence directe de la Couronne, prend donc une dimension nationale. Lorganisation et la mise en place de ce rseau avaient rapproch le centre politique et la priphrie. Car ses principales tapes supposaient des rapports multiples ainsi que des actions coordonnes entre diffrents

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  • 88 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    organismes de ladministration centrale, luniversit de Coimbra et les pouvoirs locaux, mais le rle clef y tait bien videmment tenu par la Couronne. Il est vrai quen participant ce processus, les autres intervenants accdaient aussi des pouvoirs et des comptences qui renforaient leur position dans la socit. Probablement est-ce la principale explication de lappui que les lites locales apportrent aux politiques issues du gouvernement central. Lavantage est vident pour les municipalits fi nanant la Facult de mdecine en ce qui concerne lobtention de ressources de sant qualifi es. Toutefois, le nombre et le type de professionnels nomms semblent ne pas avoir dpendu exclusi-vement des capacits conomiques des municipalits. Le niveau culturel et social des groupes reprsents au sein du pouvoir local et celui des rseaux dinfl uence des professionnels de sant ont probablement exerc une plus grande infl uence. Lengagement des lites sociales et politiques dans les questions de la charit pour renforcer leur prestige est bien document dans de nombreux espaces europens. Le Portugal na donc pas t une exception. Les motifs ne manquaient pas. La satisfaction de certains besoins de leurs pauvres, laugmentation du capital social, la cration dopportunits professionnelles pour leurs descendants constituaient quelques-unes des innombrables raisons qui rendaient linvestissement attrayant, voire largement rentable. En outre, le changement des reprsentations sociales des mdecins, qui leur permettait dsormais daccder frquemment la liste des candidats aux mairies, leur ouvrait aussi de nouvelles possibilits dascension conomique et sociale.

    Dailleurs, la manire de recruter les mdecins de la part du pouvoir local illustre bien le nouvel quilibre de lautorit mdicale. En rgle gnrale, les ptitions municipales envoyes au gouvernement central et demandant lautori-sation dembaucher un professionnel de sant taient nominales et indiquaient le salaire propos. Il est possible que certains dentre eux aient dj exerc leur mtier titre priv et aient cherch dans le cumul avec le service municipal la garantie dun salaire fi xe ; il ne sagissait pas dune question de peu dimpor-tance une poque dinscurit conomique gnrale.

    Selon ce qui tait stipul par les diplmes royaux, partir du moment o la municipalit envoyait sa proposition, ladministration centrale devait assumer le contrle de lensemble du processus. Avant que les tribunaux ne prennent une dcision en la matire, les reprsentants locaux du roi devaient apprcier la comptence professionnelle des candidats ou bien valuer leur travail dans les cas de renouvellement du contrat et, surtout, confi rmer linformation envoye par les mairies quant leur situation fi nancire.

    Nous navons pas les moyens de vrifi er si toutes ces procdures taient entirement respectes. Le dernier document produit, celui de la chancellerie royale, est pauvre en informations et reprend souvent la mme phrase quand elle consent aux prtentions du pouvoir local : la nomination a lieu en accord avec linformation envoye par la mairie X, confi rme par le reprsentant du pouvoir central [Provedor da Comarca] . Il est possible que dans la majorit des cas le systme ait fonctionn sur la base dune confi ance implicite entre

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    social mobility and misericordias

  • ASSISTANCE ET SANT PUBLIQUE AU PORTUGAL 89

    les diffrentes autorits impliques. Les procs dj tudis (en majeure partie dats du XVIIIe sicle) se rduisent pratiquement des plaintes suscites par le non-respect du diplme de 1585 celui qui obligeait les municipalits prfrer les mdecins qui avaient t boursiers Coimbra, et qui taient donc de vieux chrtiens . On mentionne uniquement dans ces cas les apprcia-tions du curriculum et de la comptence professionnelle des mdecins. Dautre part, comme les chancelleries nenregistrent que les rponses positives, il est impossible de savoir si de nombreuses demandes ont t refuses. Mais ceci ne signifi e pas que la Couronne ait accept toutes les informations quon lui envoyait ni mme quelle ait cd aux menaces frquentes des mdecins, sur-tout quand ils rclamaient des salaires levs59. En fait, dans ce dernier cas, les municipalits paraissent agir comme porte-paroles des mdecins, unis par des projets communs, ce qui renforce lhypothse de rapports interpersonnels trs troits entre les membres de la mairie et les professionnels de sant. On ne trouve dans aucun de ces documents municipaux une allusion au fait que les postes salaris pour les mdecins taient en nombre trs limit, ce qui les entranait, frquemment, travailler sans aucun paiement dans les hpitaux des Misericrdias contre la vague promesse de lattribution dun poste rmu-nr en cas de vacance. Cette raret constitue probablement lune des raisons pour lesquelles la Couronne a refus les diverses exigences des professionnels de sant, en obligeant souvent les mairies rengocier la baisse les salaires qui avaient t promis60.

    Mme si le pouvoir dintervention royal tait relatif, les dcisions de la Couronne ont pu avoir de grandes consquences sur la vie locale des lites et sur lorganisation et la distribution des ressources dans les secteurs de la sant et de la charit. Ce pouvoir se manifestait chaque nomination dun professionnel de sant ; quand on valuait les revenus municipaux ou quand on tablissait les disponibilits dassistance aux communauts. De futurs travaux croisant ces informations sur les professionnels de sant, les responsables de la gestion des Misericrdias et les lites municipales aideront identifi er le degr de porosit du systme ou, plutt, montrer comment certains rseaux du pouvoir local se construisaient et se renforaient et, terme, sorganisaient comme un contre-pouvoir face aux interventions croissantes de la Couronne.

    59. La plus courante tait labandon des fonctions en raison des conditions diffi ciles de travail et de la mauvaise localisation de la communaut. Le cas de Pederneira en est un exemple : le mdecin qui y travaillait a russi en 1700 obtenir une augmentation de 50 % sur le salaire suggr par le monarque parce que personne nacceptait de se fi xer dans un endroit aussi perdu. Pour faire pression sur les autorits afi n que celles-ci prennent une dcision qui lui soit favorable, le mdecin sest mis faire payer 12 000 ris par malade soign : ANTT, Chancelaria de D. PedroII, livro 26, f160v.

    60. Une harmonisation des salaires de ces professionnels au niveau national ne se dessine quau XVIIIe sicle. Jusqu cette date, la taille des communauts, leurs capacits conomiques et leur pou-voir de ngociation semblent avoir t des facteurs dterminants. Deux exemples signifi catifs : celui dOurique (1584) et celui de Povos (1588) : ANTT, Chancelaria de FilipeI, livre 7, f225 (Ourique) et livre 12, f449 ; livre 21, f208v. (Povos).

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  • 90 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    UNE FONCTION REDISTRIBUTIVE

    Concder une autonomie administrative relative aux lites locales dirigeantes a eu un double effet : une appropriation indue de patrimoines mais galement, de ce fait mme, une adhsion aux orientations des politiques dassistance de la Couronne. Le cas des Misericrdias illustre parfaitement cette situation. Les biens de ces associations litistes, fermes aux interfrences de lextrieur et dpendantes dun roi distant, sont devenus la proie facile des confrres qui les graient. Dans une socit o la proprit de la terre tait considre comme la garantie du statut et comme un lment de hirarchisation sociale, la patrimo-nialisation des Misericrdias venait juste de commencer et dj les gouvernants cherchaient lutter contre lattraction que celle-ci exerait sur les confrres eux-mmes61. Quand, en 1603, Philippe II (du Portugal) a tent dinverser la situation, il tait dj trop tard : non seulement les confrres staient appro-pri des parts du patrimoine des Misericrdias, mais ils refusaient galement de payer des rentes ou des intrts sur ceux-ci62. Comme ils sont puissants , il ny a pas moyen de les obliger respecter les lois, se plaint par exemple le Bureau de la misricorde de Setbal en 166063.

    Toutefois, dans un sens bien plus positif, on peut affi rmer qu laide des Misericrdias, la Couronne a promu une organisation locale des biens provenant des donations caritatives et leur redistribution selon des normes dont les objectifs taient une plus grande effi cacit des pratiques de charit et lassistance des groupes qui, sinon, nauraient que diffi cilement bnfi ci de lappui de la socit. Les prisonniers et les enfants abandonns, par exemple, fi gurent parmi ceux qui suscitaient un moindre appel caritatif et ils ont jus-tement t les premiers objets de lattention de la Couronne lorsque celle-ci a entrepris la rforme du systme, au dbut du XVIe sicle. Mais si, dans ce cas, lintervention du pouvoir local sest faite sur un plan plus moral, en suivant une logique lgitime par le principe du bien commun, dautres actions ont t fondes sur un exercice effectif du pouvoir politique. Nous parlons ici de la faon dont a t prpar et mis en place le rseau mdical, un cas qui nous permet demployer la notion de redistribution.

    La slection des municipalits contraintes de fi nancer la Facult de mde-cine peut aussi tre considre comme une politique dlibre de gestion des

    61. Des tudes rcentes montrent que la patrimonialisation des Misericrdias na vraiment commenc quavec le rgne de JeanIII (1521-1557), dans le cadre du mouvement des indulgences que Rome accorde aux fi dles lguant leurs biens aux Misericrdias. Les premiers documents royaux connus contre lappropriation indue de leur patrimoine remontent aux annes 1560 (Gabriel Victor DO MONTE PEREIRA, Documentos Histricos da Cidade de vora [s.l., s.d., vora, 1887-1891], Lisbonne, INCM, 1998, p. 470).

    62. Joaquim Ignacio DE FREITAS (ed.), Colleco Chronologica de Leis Extravagantes Posteriores Nova Compilao das Ordenaes do Reino Publicadas em 1603, Coimbra, na Real Imprensa da Univer-sidade, 1819, p. 17-21.

    63. L. ABREU, A santa casa da Misericrdia de Setbal entre 1500 e 1755 , mmoire de master, Coimbra, 1990, p. 62.

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    appropriation indue

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    problmes dingalit gographique quant la distribution des ressources, en admettant que les bourses aient privilgi les tudiants des zones contribuables. Il sagissait, de faon certes indirecte, de pousser le pays investir dans la sant et le bien-tre en prsumant que ceci se produirait diffi cilement de sa propre volont une poque o laccs aux services dun professionnel dot dune formation universitaire tait limit. En fait, contrairement ce qui se passait dans le Nord, pour le littoral et dans quelques rgions du Sud, o existaient diverses institutions capables daider de larges secteurs de la socit ainsi que des individus ayant les moyens conomiques daccder la mdecine prive, la situation tait diffrente dans lintrieur du pays, en particulier dans les zones rurales loignes des centres urbains o les ressources de sant taient concentres. Les donnes dmontrent que ce pari a t gagn par le pouvoir politique dans la mesure o ces communauts ont t celles qui ont eu le plus grand nombre de nominations de professionnels de sant, comme sil sagis-sait dune sorte de remboursement de linvestissement auquel elles avaient t auparavant contraintes sous forme de taxes verser Coimbra.

    Un bon exemple de cette pratique est celui du district de Portalegre, dans le Haut Alentejo. Selon la loi de 1568, quinze municipalits de cette juridic-tion administrative devaient verser une contribution annuelle de 264 000 ris. Lanalyse des nominations des professionnels de sant montre que, sur ces quinze municipalits, seulement quatre nont enregistr aucune nomination de mdecin ou apothicaire par les chancelleries royales jusqu la fi n du XVIIe sicle. Les autres ont reu, diffrents moments, une autorisation pour admettre seize professionnels. Parmi les quatre municipalits hors de ce mouvement, on trouve la ville de Portalegre elle-mme, le centre administratif, et Assumar, une petite communaut denviron 500 habitants en 1527. Parmi ces quatre, Assumar tait aussi la seule qui navait pas cr de Misericrdia.

    Mais les donnes recueillies donnent dautres informations qui conduisent conforter lhypothse du caractre redistributif de ce systme. Tout dabord, parce que lon constate que la nomination de professionnels de sant na pas t exclusivement autocentre, mais a plutt touch les communauts aux moindres ressources qui se trouvaient sous la juridiction administrative de municipalits contributives, comme le montre le cas des districts de Beja et de Leiria. Dans le premier, la Couronne a slectionn six mairies contribuables, dans le second, deux. Lanalyse des documents 2 et 3 montre que non seulement toutes ces localits ont russi obtenir des professionnels de sant, mais que cela a t en outre le cas pour neuf autres municipalits du district de Beja, sur un total de 28 professionnels de sant nomms, et de sept autres dans le district de Leiria, sur un total de 12 personnels.

    Une autre dimension du caractre distributif de ce rseau mdical porte sur le mode de fi nancement des salaires. Dans une hirarchie allant de la moins utilise la plus frquente, on trouve trois situations distinctes : la leve dimpts directs sur les populations, les fi ntas ; les revenus municipaux ; et enfi n la sisa : limpt royal le plus important. Gnral et permanent seuls

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  • 92 REVUE DHISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

    les ecclsiastiques et les commandeurs de lOrdre militaire des Avis en taient dispenss , il tait peru sur tous les biens et produits achets et vendus, il a fi nanc la plus grande part des salaires de ceux dont la mission tait de soi-gner gratuitement les pauvres. Dans le cas o les municipalits dmontraient navoir aucune activit dchange signifi cative, les salaires taient pays par les impts municipaux, qui assumaient ainsi un partage des dpenses avec la Couronne64. Dans cette logique, il nest pas surprenant de voir la trs faible part des fi ntas, qui ne touchaient que les groupes non-privilgis, justement ceux qui avaient le plus besoin de soins de sant gratuits ; car il tait clair que les fi ntas entranaient une pnalisation sociale et leur leve demandait donc des prcautions supp