les origines de l'entente cordiale

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Auteur : Bassières, Léon. Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles et de la Guyane. Conseil Général de la Guyane, Bibliothèque Franconie.

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  • L. BASSIRES , Ancien conservateur de la Bibliothque publique et du Muse de Coyenne

    Officier d'Acadmie Chevalier du Mrite Agricole

    Les Origines

    de l'Entente cordiale

    Un pisode de la conqute des Iles d'Amrique par les Puissances Europennes

    - 1 6 2 5 - - 1 6 3 5

    A L G E R

    Imprimeries La Typo-Lltho et Jules Carbonol runies

    MCMXXXV , MANIOC.org Bibliothque'Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • MANIOC.org Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • L. BASSIRES i'den conservateur de la Bibliothque publique et du Muse de Cayenne

    Officier d'Acadmie Chevalier du Mrite Agricole

    Les Origines"

    l'Entente cordiale

    isode de la conqute des Iles d'Amrique par les Puissances Europennes

    - 1 6 2 5 - - 1 G 3 5

    A L G E R

    Imprimeries La Typo-Litho et Juls Carbonel runies

    MCMXXXV MANIOC .org Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • M A N I O C . o r g Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • A la mmoire de mon pre Gustave BASSIRES, Officier du Gnie, Mort en 1893 Mdah (Algrie).

    A mon vieil ami Maurice LADMIRAL, ancien Btonnier de l'Ordre, Avocat la Cour d'Appel d'Alger.

    A mes Camarades de l'Association amicale des Anciens Elves du Lyce d'Alger.

    MANIOC.org Bibliothque Alexandre Franconie Conseil gnral de la Guyane

  • PREMIRE PARTIE

    Originalit et curiosits d'un livre

    sur l'Amrique

  • I. - La source o j'ai puis

    Tous les gens plus ou moins cultivs, tant soit peu docu-ments sur l'Amrique, connaissent, de rputation ou par la lecture, l'ouvrage du pre DUTERTRE, en quatre volu-mes ('). Rares sont au contraire ceux qui ont lu ou mme entendu citer le livre de M. BE ROCIIEFORT, en un volume : Histoire naturelle et morale des Isles Antilles . Il parat que ce dernier ne serait que la copie rsume de l'autre, s'il fallait en croire le pre jsuite intress.

    En tout cas, c'est M. DE ROCHEFORT, accus de plagiat comme on le verra plus loin, que j'ai emprunt l'pisode qui fait la matire de la prsente tude. Je m'en excuse tout de suite, promettant de me justif ier plus loin, en temps opportun.

    C'est la deuxime dition que j'ai sous les yeux , imprime Roterdam, chez Arnout Leers, en 1665 : la premire di-tion daterait de 1658.

    L'auteur, dont le nom n'apparat ni sur la couverture, ni la premire page, comme il est d'usage en imprimerie, mais seulement la fin d'une longue ptre ddicaXoire, nous apprend lui-mme qu'il fit des voyages et visita, entre autres pays, les principales les de l'Amrique. On ne sait que peu de choses de lui. Les dictionnaires d'Histoire, y compris celui de Bouillct, l'un des plus fameux, sont m u e t s son gard. Et il chappe tout naturellement, par son po-que, au Dictionnaire des Contemporains de Vapereau. Seul

    (1) Histoire unrale des Antilles habites par les Franois, dition de 1667, avec une ddicace DU HAIU-AY.

  • - 8 -

    Pierre LAROUSSE, dans sa grande Encyclopdie en dix-sept volumes, lui consacre les quelques lignes suivantes, sous le prnom de Csar :

    Csar DE RoCHEFORT : crivain franais, n Belley (Ain), mort dans la mme ville, vers 1690. Reu docteur en droit, il alla terminer ses tudes Rome, o il rendit quelques services diplomatiques la France. De retour dans son pays, il exera les fonctions d'avocat du roi, durant les grands jours d'Auver-gne, et travailla la conversion des rforms lyonnais. On lui doit : un Dictionnaire gnral des mots les plus usits de la langue franaise (Lyon, 1685, in-folio), auquel il a joint des discours et des dmonstrations catholiques ; une Histoire naturelle et morale des Antilles , avec un Dictionnaire carabe (Rotterdam, 1658, in-quarto, fig.), rimprime plusieurs fois et traduite en anglais et en hollandais ; et un Tableau de l'Ile de Tobago (Leyde, 1665, in-8").

    C'est au hasard de mes tudes et recherches, qu'il m'est arriv tout rcemment de mettre la main sur de plus amples renseignements le concernant et qui sont relatifs prcis-ment l'ouvrage en question ici et celui du pre DUTERTRE, les deux r ivaux se disputant la priorit.

    La prface du livre du pre DUTERTRE tablit la querelle dans les termes suivants :

    Il y a environ quinze ans (donc, en 1652) que les prires de plusieurs personnes de qualit m'obligrent mettre en ordre quelques remarques, que j 'avais faites dans mes premiers voy.i-ges et sjours aux Antilles de l'Amrique. Et je n'eus pas plus tt satisfait leurs inclinations que le livre que j 'avais fait et donn M. nu HAHLAY fut si curieusement recherch que, quel-que diligence que je fisse pour en conserver une copie assez imparfaite qui m'tait demeure, je ne pus empcher qu'elle ne me ft drobe et que, trois ans aprs, je n 'apprisse que l'on parlait de la faire imprimer sous un autre nom que le mien. Cela m'obligea la mettre sous presse et la faire para t re en l'anne 1654, telle que vous l'avez lue, sous le titre d' Histoire gnrale des Anti l les, bien que ce ne ft encore que le projet de ce qu'elle contient maintenant.

  • - 9

    (i Pendant que je la faisais imprimer Paris, le R. P . RAI-MOND BRETON fut pr i de la part de Monsieur le Gnral DE POINCY, de donner son Vocabulaire de la Langue des Sauvages et quelques mmoires une personne inconnue, qui en ramas-soit pour faire une relation des Antilles. J'ai appris depuis que c'tait le sieur DE ROHEFORT, Ministre de Roterdam, qui ayant est deux fois aux Isles avait conu le mme dessein que moy. 11 reut en mme temps le vocabulaire de ce bon Pre, et i:i nouvelle de l 'Impression de mon Livre ; de sorte que le sien fut arrt jusqu'en l'anne 1658, en laquelle il parut sous le nom d' Histoire Naturelle des Antilles de l'Amrique .

    Ce Livre fut incontinent prsent Messieurs de l'Assem-ble des Phisiciens, Mathmaticiens et Astronomes, qui aprs en avoir lou le discours, remarqurent qu'except les disgres-sions qu'il a faites, trs peu convenables l 'histoire des Ant-Isles, le Vocabulaire de ce bon Pre, et les belles Antithses de ses Amis, presque tout le reste estoit si fidellement tir de mon Livre, qu'il n'a mesme pas omis les fautes que j 'y avois faites.

    Quelques-uns de ces Messieurs me prirent d'crire, de rclamer mon travail et de faire en mesme temps connoistre la fausset de plusieurs mmoires dont il s'tait servi pour com-poser son Livre. Monsieur DE MONTMORE, chez qui ces Messieurs s'assembloient, et dont il tait un des Principaux Orriemens, s'offrait de faire imprimer en Hollande, ses frais tout ce que j 'aurais crit, et m'en pria avec tant d'instance, que je l'eusse fait de ce temps, si mes Suprieurs ne m'eussent diverty par des occupations plus pressantes

    Voil une anecdote piquante, comportant une accusation grave, qui semblerait de nature diminuer, aux yeux du lecteur non averti, la valeur de l'ouvrage que je prsente au public et d'o j'ai tir les origines de l'entente cordiale.

    il n'eu esl rien heureusement. Et je m'empresse do rap-peler [oui d'abord, ceux qui seraient tents d'ajouter foi ci d'attacher quelque importance . l'accusation du pre DUTERTRE, que c'est l un incident frquent, dans tous les temps el dans lous les pays : depuis l'antiquit, que d'au-teurs rivaux ou jaloux se sont rciproquement accuss de plagiat ! Et ce n'est ordinairement pas le vol qui crie le plus fort : au voleur !

  • - 10 -

    Le prtendu plagiat de M. DE ROCHEFORT, qui aurait tant mu M. DE MONTMORE et ses collgues de l'Acadmie des Sciences du grand sicle, ne me parat point srieusement tabli, tel qu'il est articul en termes vagues et imprcis par le plaignant lui-mme.

    Depuis qu'il y a des hommes et qui pensent, comme disait LA BRUYRE, que d'ouvrages ont servi en composer d'au-tres, sans qu'il y ait eu plagiat, au sens propre du terme. D'ai l leurs , est-il bien vrai, est-il tabli que M . DE ROCHE-FORT se soit servi de l'Histoire du pre DUTERTRE pour crire la sienne ? N'avait-il pas voyag, lui aussi , a u x An-tilles d'Amrique, ce que son antagoniste reconnat explicitement dans sa prface et ne connaissait-il point, par consquent, les Iles dont il a fait la description, les faits qu'il a relats ? S'il s'est servi toutefois, pour des mises au point ncessaires, du livre du pre DUTERTRE, est-ce certain qu' son tour, celui-ci n'en ait pas fait autant d'autres ouvrages sur l'Amrique, au moment o il composait le sien ?

    Ce plaignant qui se pose en victime aurait d formuler ses griefs d'une faon prcise, en citant des exemples de ce prtendu plagiat, cela par le simple rapprochement des deux textes , aux passages du moins les plus notoires. Il tait incontestablement plus qualifi que n'importe qui pour dnoncer la fraude, en la mettant ainsi en vidence. Il n'en fit rien, s'tant repos sur Messieurs les physiciens, math-maticiens et astronomes.

    Voil un pre jsuite de bien bonne composition. On le vole impudemment, s'il faut l'en croire ; on lui vole non pas de l'argent, bien matriel, mprisable a u x y e u x d'un disciple du Christ , mais une partie de son patrimoine spirituel cl de sa rputation d'crivain, ce quoi, au con-traire, les Jsuites ont toujours paru singulirement sensi-bles, et celui-ci se contente d'en appeler au tmoignage d'hommes de sciences, qui n'ont rien voir dans la querelle, car il ne s'agit ni de physique, ni de mathmati-ques, ni d'astronomie.

  • -11

    A ce pre qui se plaint si gentiment d'avoir lu dpouill par un auteur profane, il n'est pas sans intrt d'opposer le cas d'un autre rel igieux de la mme illustre Compagnie de Jsus , le pre LARAT qui, en empruntant un auteur pro-fane le baron DE MII.HAU, magistrat et colon Caycnne, vers la mme poque, mais quelques annes plus tard presque toute la matire dont il a compos une superbe Relation de voyage, eut au moins le sc