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  • LA FRANCE, PUISSANCE

    D’ACTION ET PUISSANCE D’INFLUENCE

    Cycle d'études 2017-2018.

    Rapporteur: Antoine SANTONI

    Contributeurs du Pôle au cycle d’études 2017-18 : Claudine ALS, Louis BOISANTÉ, Nicolas CODA, Christophe DÉAGE, Roland DUPRÉ, Éric GARY, Didier GRASIEWICZ, Philippe LABBÉ, Emmanuel MANCIET, Francis PEDRINI, Marc ROURE,

    Giovanni RASTRELLI, Héry RAZAFITOMBO, Antoine SANTONI, Bruno THÉRET, Samir ZOUIOUECHE.

    RÉGION IHEDN-PÔLE LUXEMBOURG

    Bureau : Président d’honneur fondateur : Bruno THÉRET, Président : Christophe DÉAGE Secrétaire général : Antoine SANTONI; Trésorier : Philippe LABBÉ

    AAIHEDNRN URL: http://www.aaihednrn.fr

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    LA FRANCE, PUISSANCE D’ACTION ET PUISSANCE D’INFLUENCE

    Sommaire

    1.Introduction............................................................................................................................................31.1LeDevolutionPower....................................................................................................................................4

    1.2LeSoftPower...................................................................................................................................................5

    2.Lechoixdel’Afrique.............................................................................................................................52.1L’exempleduNigeria....................................................................................................................................6

    2.2LaChineetl’Afrique......................................................................................................................................7

    3.L’UnionEuropéenneetlaFranceavecl’Afrique........................................................................73.1L'UnionEuropéenne,premierpartenairecommercialdel'Afrique............................................8

    3.2L’impactduBREXITsurl’Afrique.............................................................................................................9

    3.3LaCybersécuritéetl’UnionEuropéenne............................................................................................10

    3.4L'UEetlaFrancefaceauxenjeuxafricains........................................................................................10

    3.4.1Éducation......................................................................................................................................................................................113.4.2Sécurité..........................................................................................................................................................................................123.4.3Économie......................................................................................................................................................................................143.4.4Migrations....................................................................................................................................................................................15

    4.Unenouvellestructurepourl’IntelligenceÉconomique......................................................16

    5.Conclusion............................................................................................................................................16

    ANNEXES....................................................................................................................................................18Cartes.....................................................................................................................................................................18

    LeMali,unpaysaucœurdeszonesdeturbulences.................................................................................................18LesprincipalesressourcesduMali..................................................................................................................................18Leszonesd’influencedesgroupesislamistes.............................................................................................................19LeSahara,refugedesgroupesdjihadistes,desmouvementsislamistesetdesfluxillicites..................19Migrationsmondialesen2013..........................................................................................................................................20Lagrandemurailleverte......................................................................................................................................................21

    Bibliographie...........................................................................................................................................22

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    1. Introduction Où commencer ? C'est la question que je me suis posée à maintes reprises en planchant sur ce rapport. Évidemment, celle de la place que la France occupera dans le monde au cours de la prochaine décennie et qui dépendra fondamentalement de deux choses : ce que sera la France elle-même et à quoi ressemblera le monde qui nous entoure. Jusque-là, c'est facile ! Nous avons convoqué des experts1 dans les différents domaines qui vont suivre bien que nous n’ayons la prétention ni « du savoir » ni « de la vérité ». Mais ce qui suit est un ressenti partagé de tous et qui trace la vision et les challenges que nous estimons pertinents. Ainsi nous avons fait le choix de parler du continent africain et du rôle de l’Union Européenne (UE) et par ricochet de celui de la France. Une France qui retrouve son rayonnement et gagne en crédibilité grâce à des réformes économiques courageuses face à une Allemagne dirigiste2 avec une chancelière en fin de carrière. Vu depuis notre organisation régionale, un partenaire comme le Luxembourg au centre de l’Europe politique et économique avec un ancien président Premier Ministre luxembourgeois à la tête de la Commission Européenne ne peut être qu’un atout pour la France qui, au-delà d’un allié, peut s’appuyer sur un communicant franco-allemand. Pourquoi avoir choisi l’Afrique ? Parce qu’au cours du prochain siècle, l'Afrique devrait devenir la région à la croissance la plus rapide au monde. Cette croissance sera soutenue par des économies qui se diversifient rapidement et accroissent leur base de consommateurs. Donc, compte tenu du rythme rapide des changements dans l'environnement mondial et de la nature imprévisible des événements politiques récents, du BREXIT3 lui-même à l'équilibre changeant du pouvoir mondial en passant par la montée des instincts protectionnistes et l'émergence du nationalisme politique et économique : prédire l'avenir est une affaire risquée. Nous vivons dans un monde de plus en plus complexe, multidimensionnel et interdépendant.4 Le pouvoir est devenu plus diffus, passant de l'Ouest à l'Est comme nous verrons, ainsi que loin des gouvernements puisque de plus en plus d'acteurs non étatiques exercent une influence internationale. Ceci est en grande partie dû à la révolution numérique, qui a érodé les frontières nationales et les a rendues poreuses en les dématérialisant dans le réseau internet, créant des défis et des opportunités sans égale mesure. Qu'est-ce que cela signifie pour les affaires mondiales ? Les pays se rendent compte que le pouvoir dur de l'ancien monde ne peut plus influencer les résultats et atteindre leurs objectifs de politique étrangère comme ils le souhaitent. Au lieu de cela, c'est la capacité d'encourager la collaboration et de construire des réseaux et des relations qui sont la nouvelle monnaie. Nous verrons cela plus tard avec le classement de la France dans son rôle imminent de « soft power » dans le monde. 1-Professeur DAVID Amos, Université de Lorraine, auditeur IHEDN, intervention en avril 2018 « LA FRANCE,

    PUISSANCE D’ACTION ET PUISSANCE D’INFLUENCE - Cas d’Afrique et la France au sein de l’Union Européenne » : Professor, Information and Communication Sciences (spécialité : Economic Intelligence), Il a formé des doctorants, post-doctorants pendant des années à l'INRIA dont certains venant de pays de notre zone d'étude. La formation en intelligence économique qu'il a créée a obtenu le label intelligence économique par Alain JUILLET lorsqu'il était Haut Responsable à l'Intelligence Economique, auditeur de l'IHEDN 140ème session.

    - Professeur LAVICKA Claude, intervention en mai 2018 « LA FRANCE, PUISSANCE D’ACTION ET PUISSANCE D’INFLUENCE », expert en géopolitique, auditeur IHEDN, ancien membre du comité de lecture des rapports IHEDN, ancien camarade de groupe de travaux IHEDN.

    - MATHIEU Jean-Yves, AUBAY S.A. Luxembourg, intervention en mai 2018 « GDPR - Points importants, contraintes & avantages », Head of Information Security Department.

    2 Et pourtant : quid du Diesel Gate et de ses constructeurs autos, de l’état des moyens de la Bundeswehr, de la crise migratoire syrienne et de ses relations avec la Turquie, de la situation de la Deutsche Bank bien fragile, d’une large tranche de la population de travailleurs pauvres en dépit d’un chômage faible, quid d’une demande non satisfaite de travailleurs qualifiés ainsi que du traitement des personnes âgées qui ont contribué à rebâtir l’Allemagne réunifiée ?

    3 Une abréviation de « British Exit ». 4Questions Internationales n°75, Les nouveaux espaces du djihadisme, septembre – octobre 2015.

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    1.1 Le Devolution Power Parallèlement à ces changements géopolitiques majeurs, il existe deux facteurs principaux contextuels et pratiques qui impactent le rééquilibrage mondial. Le premier est la dévolution du pouvoir (« devolution power » en anglais). C'est une tendance établie selon laquelle le pouvoir se déplace d'Ouest en Est, aussi bien que des États vers des acteurs non étatiques5. Ces acteurs non étatiques peuvent être des entreprises, des ONG, des institutions multilatérales, groupes de la société civile, gouvernements municipaux et régionaux, ou même individus. La dévolution actuelle du pouvoir aux gouvernements nationaux signifie que la capacité des acteurs non étatiques à participer aux débats internationaux et, en fin de compte, à façonner les résultats des affaires mondiales, augmente. Répondre aux principaux défis mondiaux, voire régionaux, est désormais rarement laissé aux seuls États. En effet, la prédominance de la diplomatie classique hiérarchisée, d'État à État s'estompe à mesure que les réseaux déterminent de plus en plus la direction des événements mondiaux. Travaillant de concert avec les changements géopolitiques et la dévolution du pouvoir, le deuxième moteur du rééquilibrage mondial est l'évolution des moyens d'influence. À mesure que les outils numériques deviennent beaucoup plus courants et adaptés par de plus en plus d'acteurs étatiques et non étatiques, la stratégie et la tactique d'utilisation sont en évolution - dans la plupart des cas, pour le meilleur, mais parfois pour le pire comme nous montre l’exemple de Cambridge Analytica, une société de conseil politique britannique accusée d’avoir siphonné les données de quelques 87 millions d’utilisateurs de Facebook et d’en avoir fait usage pour établir des profils psychologiques avec l’aide de la science des données à des fins de ciblage politique pro-Trump et pro-BREXIT.6 Mais pas seulement puisque plus de 100 campagnes électorales dans plus de 30 pays7 couvrant les cinq continents ont été impactées par SCL Elections, la société mère de Cambridge Analytica. D’où la réponse de l’Europe avec le RGPD (Règlement Général pour la Protection des Données) qui protège les données personnelles d’un ressortissant européen et qui s’applique à toute société qu’elle appartienne à l’Union Européenne ou non. En sus, de nouveaux outils numériques, la connaissance de ceux-ci et une pénétration accrue signifient que de plus en plus d'individus, de groupes et de gouvernements ont accès à l'information, non seulement en tant que consommateurs, mais en tant que fournisseurs. C'est une conversation multipartite qui, avant le développement du numérique, était incapable de se dérouler efficacement. L'accès au champ de l'engagement diplomatique s'est élargi, et avec lui, les acteurs impliqués. Ce qui était auparavant une conversation en tête-à-tête ou en groupe a maintenant lieu dans des réseaux, des forums sur mesure, des applications de discussions ou sur les réseaux sociaux. Comme les changements géopolitiques très récents et très volatils se combinent avec les tendances établies du transfert de pouvoir et de la révolution numérique, le rééquilibrage mondial accéléré signifie que les gouvernements et les diplomates auront besoin de tous les outils de politique étrangère fonctionnant à leur meilleur niveau.

    5The Soft Power 30, A Global Ranking of Soft Power 2017, Portland, USC Center of Public Diplomacy.6 - Psychological targeting as an effective approach to digital mass persuasion by S. C. Matz, M. Kosinski, G. Nave,

    and D. J. Stillwell, Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), 2017 ; - Computer-based personality judgments are more accurate than those made by humans by W. Youyou, M.

    Kosinski*, D. Stillwell, Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), 2015. (*Youyou and Kosinski share the first authorship.) The 14th most impactful paper of 2015 ;

    - Facebook as a Social Science Research Tool: Opportunities, Challenges, Ethical Considerations and Practical Guidelines by M. Kosinski, S. Matz, S. Gosling, V. Popov, D. Stillwell, American Psychologist, 2015.

    7 USA, UK, Argentina, Colombia, Guyana, Uruguay, Trinidad and Tobago, Grenada, St Vincent and the Grenadines, Saint Lucia, St Kitts & Nevis, Antigua and Barbuda, Cyprus, Nigeria, Gabon, Kenya, Zambia, South Africa, Latvia, Lithuania, Ukraine, Romania, Italy, Moldova, Albania, India, Pakistan, Nepal, Thailand, Indonesia, Philippines, Mauritius.

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    1.2 Le Soft Power Et cela semble marcher de façon concomitante depuis l’arrivée du Président Emmanuel MACRON puisque pour la première fois, la France détrône les Etats-Unis et le Royaume-Uni en prenant la première place du classement des pays les plus influents au monde en matière de soft power, établi par le cabinet de conseil stratégique Portland, avec l’aide du Centre de diplomatie publique de l’Université de Californie du Sud (USC). En effet, Portland publie les résultats de ses classements soft power 30 (2017) pour des pays du monde entier, basés sur des facteurs allant de la culture, gouvernement, entreprise, digital et éducation, à la cuisine, convivialité, luxe, politique étrangère et qualité de vie. Avec des données provenant de sources objectives telles que les ambassades et la Banque Mondiale, et des sondages auprès de 11.000 personnes vivant dans 25 pays, les résultats aboutissent à l'évaluation comparative la plus complète du monde de la « puissance douce mondiale ». Mais la France est-elle réellement la nation la plus puissante au monde ? Au moins quand il s'agit d'un certain type de pouvoir. L'élection du Président MACRON a propulsé la France au sommet du classement mondial soft power. Qu'est-ce que le soft power ? Quand vous pensez à la puissance d'un pays, vous imaginez probablement des images de ses prouesses militaires ou économiques. Mais le soft power ne se limite pas au canon d'une arme ou au succès des actionnaires : c'est une mesure subtile de l'influence mondiale. Et ne laissez pas le mot « doux » vous tromper - cela peut être un moyen très efficace d'exercer une influence8. Essentiellement, la puissance douce est la capacité à encourager la collaboration et à établir des réseaux et des relations, selon Portland Communications, l'agence de relations publiques basée au Royaume-Uni qui est derrière cet indice. Le Président MACRON a donc reçu le mandat d'aider la France à traverser une période de réformes pro-entreprises et pro-UE. Ce qui émergera de ces réformes sera probablement une France plus dynamique qui joue un rôle de premier plan dans l'UE et montrera un plus grand leadership mondial dans son ensemble. Encore une fois, une grande force de la France est son vaste réseau diplomatique. Il est incomparable en termes d'adhésion aux organisations multilatérales et internationales, ainsi que dans ses missions culturelles diplomatiques. Nouvelle victoire diplomatique de la France, le 10 mai 2018, portée par la France, la résolution ouvrant la voie à la négociation d’un Pacte mondial pour l’Environnement a été adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies.9

    2. Le choix de l’Afrique L'Afrique compte déjà un cinquième de la population mondiale et un quart de ses moins de 18 ans, et cette proportion augmentera considérablement au cours des 50 prochaines années. Parallèlement, le pouvoir d'achat africain, le taux d'urbanisation et la demande de biens et de services augmenteront également. 2017 a été une année décisive pour le partenariat entre l’Europe et l’Afrique. Dans un paysage mondial en mutation rapide, l’Afrique connaît de profonds changements économiques, politiques et sociaux, et l’importance qu’elle revêt pour les dimensions intérieure et extérieure de la sécurité et de la prospérité de l’Europe est de plus en plus évidente. L’Europe et l’Afrique ont tout à gagner d’un renforcement de leurs liens politiques et économiques, mais elles ont aussi beaucoup à perdre si elles n'agissent pas.

    8 L'idée d'utiliser la désinformation à des fins militaires est très ancienne. L'art de la guerre (VI è ou IV è siècle av.

    J.C.) du général chinois Sun Tzu est le premier ouvrage connu à donner les principes fondamentaux de la désinformation. Il voyait dans la désinformation une technique de guerre efficace : « L'art suprême de la guerre, c'est de soumettre l'ennemi sans combattre » (Sun Tzu, L’Art de la guerre, Flammarion, 1972).

    9France diplomatie, 2018.

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    2.1 L’exemple du Nigeria Même s’il est délicat de nos jours d’évoquer des réalités notamment historiques par rapport au « politiquement correct », il semble indéniable que la France est une ancienne puissance coloniale. À regarder la superficie des pays colonisés par la France, sur les 55 pays que compte l’Afrique, 26 étaient colonisés par la France ainsi que deux îles. On pourrait donc penser que 50% du continent ait été colonisé par la France alors que cela ne représente aujourd’hui qu’un tiers de la population. Ainsi « puissance » mérite une clarification afin de cadrer notre rapport avec les noms composés « puissance d’action » et « puissance d’influence » : est-ce la même chose ou un autre concept ? Action en quoi ? Influence en quoi ? Si nous prenons à titre d’exemple le Nigeria : c’est le plus grand pays d’Afrique en terme démographique avec près de 200 millions d’habitants, soit 20% des africains, et en terme économique, son PIB ayant dépassé celui de l’Afrique du Sud. Le Président MACRON ne saurait s’y tromper, car les programmes d’Afrique prônent plus de financements pour les PME locales, lui qui a notamment visité le Nigeria pendant sa campagne électorale et qui y a vécu pendant cinq mois. En outre, près de 10% de la population française a des origines africaines et près de 300.000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont sans nul doute un atout. Mais il conviendrait d’approfondir les relations entre acteurs de la société civile et ceux de la société économique. Puissance d’action et puissance d’influence sont donc les mots-clés par rapport à ce background. Or, ce qui compte ce n’est pas la superficie, mais bien la population de chacun des pays. Pour ce qui est de la puissance économique, là aussi, il y a en France bien des idées reçues et des clichés qui sont loin de la réalité. Même en énumérant des faits, les Français et la presse française ne veulent pas le croire, notamment Les Échos qui écrivait en février 2017 : « avec une croissance de 3,7% en 2016, l’Afrique subsaharienne francophone continue à afficher les meilleurs résultats ». Qu’est-ce que ça peut vouloir dire ? Quelle interprétation donner ? Que la francophonie se porte bien ? Le Cameroun, le Sénégal et la Côte d’Ivoire représentent à eux réunis le même PIB que Lagos, la capitale du Nigeria (qui correspond à peu près à la population de Paris). Ce qui veut dire que le Nigeria pèse deux fois plus lourd que tous les pays francophones d’Afrique. Et pourtant la France est encore une puissance d’action et non pas simplement d’influence. Le système politique français permet de réagir très rapidement. Là où, aux Etats-Unis, le processus dit « inter-agence » peut prendre des semaines, voire des mois, là où, en Grande-Bretagne, il y a de longs processus parlementaires, et là où, en Allemagne, la chancelière et son partenaire de coalition doivent longuement négocier, nous pouvons prendre une décision en une demi-journée. La France a une capacité d’action qui fonctionne donc bien et d’autant mieux qu’elle est adossée, sur les grandes questions internationales, à un consensus parlementaire qui lui confère sa capacité d’action. Quelle est donc la puissance de la francophonie et quelle est la puissance d’influence de la France sur l’Afrique ? Afin d’ébaucher une réponse et sur la base des prémisses évoquées, revenons sur le concept du soft power : c’est la capacité de séduire, de persuader les autres États, sans avoir à utiliser la force ou la menace. Ce mécanisme peut être vérifié notamment par rapport à l’approche de l’intelligence économique qui consiste d’abord à valider l’information. Lorsque l’on parle de désinformation, que dit la notion de désinformation ? Elle dit d’aller voir le lien avec le soft power, car c’est l’arme de la guerre. Sans être militaire de carrière, la plus grande des victoires ne consiste pas à gagner sur le champ de bataille, mais de condamner son ennemi sans avoir à l’abattre. Une information vraie peut aussi être une désinformation ; donc donner de l’information, c’est aussi une arme.

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    2.2 La Chine et l’Afrique La présence croissante de la Chine en Afrique, grâce à l'aide au développement, aux investissements et au développement du commerce, est bien documentée. Les chiffres qui capturent l'ampleur de cette croissance sont stupéfiants. Le commerce de la Chine avec l'Afrique a été multiplié par quarante au cours des deux dernières décennies. L'année dernière, la Chine a créé un fonds de 60 milliards de dollars pour financer de nouveaux projets d'infrastructures en Afrique. Cela s'ajoute aux chemins de fer, aux ports, aux écoles et aux stades qui ont déjà été construits grâce à des milliards de dollars d'investissements chinois. Comparer l'investissement chinois en Afrique avec celui des États-Unis est révélateur. De 2000 à 2015, la Banque d’import-export de Chine a accordé des prêts de 63 milliards de dollars à l'Afrique, tandis que la Banque américaine d'import-export n'a accordé que 1,7 milliard de dollars de prêts à l'Afrique au cours de la même période. Mais ce n'est pas seulement sur le pouvoir d'investissement que la Chine tire sa stratégie en Afrique. Le gouvernement chinois a complété l'investissement par le soft power des nouveaux Instituts Confucius 10 (maintenant 48 en Afrique), créant des programmes d'échanges académiques et professionnels, et même en lançant un forum de réflexion Chine-Afrique pour promouvoir le dialogue entre les décideurs politiques et économiques. Ces efforts sont impressionnants, mais en réalité, la Chine a encore beaucoup de travail à faire sur l'opinion publique en Afrique. Prenons un cas précis dans la construction : les entreprises chinoises du BTP, comme CGC (China Geo-Engineering Corporation), Covec (China Overseas Engineering Group) ou CSCEC (China State Construction Engineering Corporation) s’attaquent aux groupes allemands, français (Bouygues, Vinci, Razel)11, italiens ou portugais, en visant d’abord des affaires que ceux-ci ont délaissées alors que le continent prend le chemin de la croissance et que la France est marquée par la désespérance à l’endroit de l’Afrique. La Chinafrique est en train de mettre la Françafrique hors-jeu. De fait, entre 2000 et 2007, la part de marché des entreprises chinoises dans la construction est passée de 5 à 25%, alors que celle des entreprises françaises passait de 25 à 15%. La concurrence sur les prix est vivace du fait de l’emploi de travailleurs chinois spécialement amenés sur place. Ceux-ci vivent en vase clos, sans aucun contact avec les autochtones (immigration massive pas bien perçue par les populations locales). Les entreprises chinoises subventionnées par Pékin se développent au détriment des populations locales sans emploi donc grâce à un avantage en matière de coûts et en matière de délais d’exécution réduits, mais surtout grâce à une intelligence économique habile.12 Par ailleurs, elles ne tombent pas sous le coup des règles européennes, comme par exemple l’interdiction des aides dites liées (prêts d’argent subordonnés à l’appel à une entreprise du pays prêteur). Pour le cas de la Chine, le pays est représenté à travers ses entreprises. Alors que les entreprises comme Eiffage et Bouygues sont des entreprises privées. Lorsque le Nigeria obtient un prêt de la Chine et non pas d’une banque chinoise, c’est bien la Chine qui prête puisque la banque est la Chine elle-même.

    3. L’Union Européenne et la France avec l’Afrique Bien que l’UE n’ait pas d’interlocuteur unique, elle peut bâtir sur les avantages historiques même si l'histoire du colonialisme continue à hanter les Européens quand il s'agit de faire des affaires ou de parler des connexions historiques. Cependant, depuis les indépendances africaines d'après-guerre, 10 Les Instituts Confucius ont été créés en 2004 sur le modèle des Alliances françaises, du Goethe Institut ou du British

    Council. Etablissements culturels publics à but non lucratif, ils ont pour mission l’enseignement du mandarin et la diffusion de la culture chinoise. Ce que l’on appelle souvent le « soft power », la diplomatie douce.

    11 Association EGE, Stratégie d’intelligence économique française face au BTP chinois : Le cas de l’Afrique, juin 2015.

    12 Franceinfo, Espionnage : la Chine en première ligne, 25 mai 2018 et CHOYER Renan, CORLOBE Annelise, VAILLANT Julien, VISAGE Alexandre, Stratégie de pénétration du marché automobile européen par la Chine, décembre 2007.

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    les échanges commerciaux et économiques entre les pays d'Europe et d'Afrique n'ont pas cessé. Certains Etats nouvellement indépendants ont calqué leur modèle institutionnel sur les Etats européens, surtout en Afrique francophone. Une proximité politique, culturelle et géographique qui favorise les échanges. La France a une relation particulière avec la puissance. Pendant longtemps, sa taille, son organisation d’État unifié, sa position à la fois continentale et maritime en ont fait un pays hors normes. Cette puissance l’a installée dans une vision du monde où son rôle, sinon prépondérant du moins dominant, semblait aller de soi. D’autant que cette puissance territoriale, démographique, économique, militaire s’est doublée d’un rayonnement culturel sans équivalent.

    3.1 L'Union Européenne, premier partenaire commercial de l'Afrique L’Union Européenne vient de donner en mai dernier son feu vert à l’octroi de 467 millions d’euros du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique pour combattre les causes profondes des migrations irrégulières et prêter assistance au retour et à la réintégration de migrants et réfugiés vulnérables. Ces programmes qui s’inscrivent dans le cadre du Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique, couvrent la région du lac Tchad, le Sahel et la Corne de l'Afrique. Ils permettront d’assurer une protection et une assistance aux migrants, en favorisant la stabilité, l'emploi et la croissance en faveur des groupes les plus vulnérables, en particulier les jeunes. Les actions mises en place par l’UE concernent notamment le soutien à la résilience des populations locales, la prévention des conflits, le renforcement de la sécurité alimentaire, ainsi que l’amélioration de l’intégration économique des réfugiés en favorisant des opportunités d'emploi durables pour les jeunes. Elles complètent les efforts bilatéraux et multilatéraux en cours, notamment dans le cadre de l’Équipe spéciale conjointe Union Africaine (UA) - Union Européenne - Nations Unies. Les fonds supplémentaires d’aujourd’hui permettront de faire progresser l’assistance, notamment en accélérant la réinstallation des réfugiés du Niger en priorité. Mais c'est l'année 2000 qui marque un véritable tournant dans les relations UE-Afrique. Après avoir stagné pendant 40 ans, plusieurs économies africaines s'ouvrent et se développent. Les Etats sortent de l'endettement massif et de l'ajustement structurel perpétuel. Au développement de la coopération économique s'ajoute une coopération politique entre les deux continents. Un cadre de coopération stratégique s'installe avec l'accord de Cotonou signé en 2000.13 Celui-ci fixe le cadre général des relations entre l'Afrique et l'UE, en insistant sur les dimensions commerciales, politiques, sécuritaires et de développement. Il a mis en place un accès libre pour les produits africains en Europe, en échange d'une diminution progressive des barrières douanières pour les produits européens en Afrique. Les négociations pour l'actualisation de cet accord doivent débuter en août 2018 au plus tard. La renégociation en cours des traités entre l’Union Européenne et l’Afrique offre donc à la France, l’occasion de s’inscrire dans une nouvelle dynamique de coopération. Ce qui suppose une refondation de sa stratégie africaine en s’appuyant sur ses atouts mais aussi les leviers de croissance dont recèle le continent. Pour ce qui est de l’Afrique, il s’agirait de rebâtir sur ce que prévoyait la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Le problème qui se pose peut être formulé de la manière suivante : en tant qu’organisations internationales d’intégration, existe-t-il des similitudes 13 La Documentation française, Pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) signataires de l’accord de Cotonou, 2006.

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    ou des divergences entre l’Union Africaine et l’Union Européenne et quels peuvent en être les enseignements ? Autrement dit, s’agit-il d’une approche constitutive semblable ou différenciée et y a-t-il convergence des mécanismes institutionnels qui les sous-tendent ? Il est manifeste qu’au nom de l’efficacité, le cadre institutionnel de l’Union Africaine n’aura été qu’une transposition originale de celui de l’Union Européenne. Les deux institutions semblent par ailleurs partager un défi identique, celui de l’appropriation et de la participation des citoyens de ces constructions juridiques visant un vouloir vivre ensemble. En 2002, l'Union Africaine est créée sur le modèle de l'Union Européenne, avec une Commission et un Parlement panafricains. 65% de son budget provient de l'UE. Le lancement du partenariat stratégique Afrique-UE et le tout premier sommet entre les 27 membres de l'UE et les 54 pays d'Afrique en 2007 semblent avoir été remis à zéro dans les relations entre les deux régions. En effet, au cours de la dernière décennie, l'UE a travaillé, avec un grand succès, à la transition vers un modèle de partenariat basé sur le commerce réciproque. Le cinquième sommet UE-Afrique qui s'est tenu à Abidjan en 2017 a présenté un nouveau plan d'investissement qui prévoit de mobiliser 44 milliards d'euros d'investissements en Afrique d'ici à 2020, ce qui permettra de créer de nouvelles possibilités d'emplois pour les jeunes sur l'ensemble du continent africain. Le Président MACRON, lui, entendait nettement rompre avec le tête-à-tête franco-africain pour impliquer l'Europe dans ce dialogue. Une idée-force, alors que la France peut agir de moins en moins opportunément seule, et que, à ses yeux, le sort de l'Afrique et de l'Europe est lié. Si ce sentiment de culpabilité face à l'histoire de la colonisation et à l'ancienne Françafrique continue d’entretenir la sensibilité des acteurs, la plupart des jeunes, des entrepreneurs et de certains hommes et femmes politiques en Afrique souhaitent marquer un nouveau départ dans les relations franco-africaines. Sans réduire le rôle de la France sur le continent, il a réorienté ce dernier sur la jeunesse, le soutien aux PME, la lutte contre le terrorisme, la culture et le sport. Jusque-là l’essentiel des annonces ignorait les éléments économico-industriels au profit de sujets de société et de sécurité. Or, il faut garder à l’esprit que le dynamisme d'autres puissances comme la Chine mais aussi l'Inde, l'Allemagne et les pays anglo-saxons concurrence largement la France sur ce terrain. L'UE, elle, consolide sa position commerciale en Afrique grâce à un réseau d'accords de libre-échange, ou Accords de Partenariat Economique (APE), que Bruxelles négocie ou a conclus avec 40 pays africains d'Afrique subsaharienne. Les APE offrent aux entreprises européennes un accès préférentiel aux marchés de la région et libéraliseront environ 80% des importations sur 20 ans. Les progrès dans la conclusion des APE ne sont pas sans défis. Sans surprise, le Nigeria soutient qu'un APE mine ses stratégies d'industrialisation et que le BREXIT nuit à la capacité de l'UE à négocier en tant que marché commun. Une stratégie commerciale globale de l'UE combinée à un secteur privé ayant des liens historiques avec les marchés locaux ouvre la voie à la croissance et à l'influence continues des entreprises européennes sur le marché africain. En outre, l'UE est bien placée pour partager les leçons tirées de ces décennies d'expériences avec l'intégration économique régionale.

    3.2 L’impact du BREXIT sur l’Afrique Pour ce qui est du Royaume-Uni développer les relations commerciales avec l'Afrique va faire partie intégrante de sa stratégie sur le BREXIT, et l'Afrique fera partie des priorités. Car le BREXIT semble offrir une occasion unique afin de rétablir les relations commerciales et de créer un modèle plus équitable dans lequel les entreprises britanniques et africaines pourront collaborer, investir et commercer les unes avec les autres pour un bénéfice mutuel.

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    Le risque britannique : le secteur Fintech du Royaume-Uni, avec des revenus de 6,6 milliards de dollars en 2017, a démontré comment le modèle britannique innovant et favorable aux entreprises pouvait fusionner avec l'ingéniosité africaine et la connaissance approfondie des marchés locaux pour créer de grands succès. Enfin, le Royaume-Uni va penser plus grand que l'Afrique anglophone. Les quatre plus grands pays anglophones d'Afrique - le Nigeria, le Ghana, l'Afrique du Sud et le Kenya - sont naturellement en tête de liste en raison de leurs relations économiques et commerciales étendues avec le Royaume-Uni. Mais il y a aussi une énorme opportunité pour les entreprises britanniques en Afrique francophone. La Côte d'Ivoire et le Sénégal sont deux des économies des plus performantes en Afrique, produisant, transformant et exportant des produits de base sur les marchés mondiaux tout en jouant le rôle de plaque tournante pour le commerce et les services dans les zones des francs CFA de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale) 14 . Les entreprises francophones accueilleraient plutôt mal les britanniques étant donné le manque relatif de concurrence sur leurs marchés.

    3.3 La Cybersécurité et l’Union Européenne Parmi les atouts dont dispose l’Union Européenne et la France, il y a le RGPD. En effet dans la bataille des données et la lutte contre la cybercriminalité, l’influence européenne semble avoir pris un temps d’avance sur le continent africain. En effet, le 27 juin 2014, la Convention de Malabo « Convention de l’UA sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel » est adoptée par l’Union Africaine. Elle peine à être ratifiée et c’est la Convention de Budapest du Conseil de l’Europe à laquelle adhèrent certains pays d’Afrique. L’enjeu de la cybersécurité en Afrique pour l’Europe est important car le continent dispose de zones grises de cybercriminalité. Insuffler un RGPD africain est un axe d’influence pour l’Union Européenne et la France afin de renforcer la protection du commerce et des citoyens. En effet, mettre en place une protection des données personnelles avec obligation de démontrer sa conformité entraînera une diminution de la cybercriminalité par un effet de contrebalancement dû à l’élévation progressive du niveau de sécurité. En cas de sous-traitance, il convient de s'assurer de la capacité de ses sous-traitants à protéger ses données. Or l'Afrique héberge déjà de nombreux centres de services et des centres de données. Il devient urgent d'élever le niveau législatif pour garantir un niveau de sécurité minimum cohérent avec celui de l'Union européenne15. La cybercriminalité gangrène une partie de l’Afrique et des profits sont tirés par cette cybercriminalité jusqu’aux confins de l’Europe (vols de marchandises, escroqueries diverses par internet, vols d’identités…). Certaines entreprises luxembourgeoises de la sécurité informatique se prépositionnent déjà en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord.16 Un créneau que devrait suivre les entreprises de sécurité françaises mais aussi l'Europe en proposant éventuellement un panel de sociétés vérifiées accréditées par l'ENISA17 et qui irait soutenir la protection des données et la lutte contre la cybercriminalité en Afrique.

    3.4 L'Union Européenne et la France face aux enjeux africains L'investissement dans les pays africains provient aujourd'hui en grande partie… d'autres pays africains. Le Maroc fait ainsi partie des pays les plus dynamiques. Mais l’Europe reste le premier donateur, avec environ 50% de l’aide publique au développement provenant des pays de la zone euro. Il est cependant difficile de mesurer l'efficacité de cette aide. De plus, les ressources humaines pour la réorientation de l'aide dans les pays concernés représentent une priorité. Par exemple, les micro-projets agricoles, dont certains sont financés par l'Union Européenne, sont souvent plus 14 En fait, il y a deux zones juxtaposées mais dont les monnaies dites francs CFA ne sont pas échangeables, ce qui

    explique les deux codes monétaires XAF et XOF (voir carte sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Franc_CFA). 15DN Luxembourg. Excellium est déjà présente en Afrique du Nord (Maroc, Tunisie) et Afrique de l'Ouest (Sénégal,

    Côte d’Ivoire), https://www.itnation.lu/excellium-lirresistible-ascension/, 2016.16 Conférence sur la RGPD de Jean-Yves MATHIEU en date du 16 mai 2018 au Pôle IHEDN Luxembourg. 17European Network and Information Security Agency, https://www.enisa.europa.eu/.

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    efficaces que le versement d'aides à l'échelle nationale car ils sont directement pris en charge par les bénéficiaires. Tel le projet de « La Grande Muraille verte »18 lancé en 2008 sous l’égide de l’Union Africaine, et qui a pour objectif de restaurer les écosystèmes sahéliens menacés par la désertification. Il vise à édifier une bande de reboisement de 15 km de large traversant le continent d’est en ouest, de Djibouti à Dakar, propice à restaurer des réserves de fourrage, l’élevage, des jardins horticoles, et de ce fait, amène les communautés locales à se sédentariser à nouveau et recréer des infrastructures pérennes. L'aide est donc efficace pour les pays qui ont déjà une relative solidité institutionnelle et les capacités administratives pour en faire bon usage. En revanche, elle s'avère contre-productive pour les Etats fragiles voire déconstruits, qui ne peuvent pas allouer au mieux l'aide perçue. Enfin, l'aide européenne au développement fait aujourd'hui partie d'une stratégie de diplomatie économique. Nous avons choisi de concentrer nos efforts sur les domaines suivants :

    - L’éducation ; - La sécurité ; - L’économie ; - Les migrations.

    3.4.1 Éducation Le Président français a suggéré lors du 5ème sommet Afrique-UE de novembre dernier, un investissement davantage culturel, autour de la recherche et de l’éducation, ainsi que du sport et de la santé. . Ces orientations ont été confirmées lors de la réunion de financement du Partenariat mondial de l’éducation de Dakar du 2 février 2018.19 En effet, jusqu’à présent, l’histoire et la langue garantissaient à la France une place naturelle dans ces domaines et il n’a pas toujours été jugé important d’y investir. A la lumière de l’explosion démographique annoncée en Afrique20, ce choix n’est pas dénué d’intérêt, ni inutile pour l’avenir des relations de la France avec les pays africains. Il faut donc investir dans la qualité de l'enseignement, un marché qui compte déjà plus d’un milliard de personnes et qui va continuer à grandir à 2,5 milliards en 2050, selon l’ONU. Il est donc essentiel d’assurer des relations commerciales équilibrées, une industrialisation plus rapide et la création d’infrastructures adaptées, surtout pour pouvoir intégrer les jeunes au marché du travail. Pour ce faire, les États africains devront créer environ 18 millions de nouveaux emplois tous les ans jusqu’à 2035. Rien qu’en termes d’infrastructures, les besoins sont estimés à 75 milliards d’euros par an. Un partenariat durable et moderne entre les deux partenaires semble donc absolument nécessaire. Or, la France entretient des relations privilégiées avec l’Afrique. Elle a donc la possibilité de s’inscrire dans une logique d’action en pesant matériellement sur les événements qui lui paraissent décisifs, mais aussi de développer une stratégie d’influence pour accroître son poids et dessiner une image conforme à ses souhaits. Aussi, le Président français a promis un « doublement » des partenariats avec les universités et écoles africaines et des visas longue durée pour les Africains ayant été diplômés en France. La France est donc bien dans l’action. Mais reprenons l’exemple du Nigeria : il y a une méconnaissance totale du système éducatif français par la population concernée au Nigeria. Les jeunes ne connaissent pas les frais d’inscriptions, alors qu’ils connaissent ceux des États-Unis et de l’Angleterre. On considère que la faiblesse des coûts des droits d’inscriptions en France par rapport à ceux de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis est un signe de mauvaise qualité. 18cf. carte dans annexe.19Partenariat mondial pour l’éducation, 2018.20L’évolution démographique de l’Afrique fera du Français la première langue maternelle du monde dans 50 ans.

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    Il y a contradiction en France entre les ministères de l’Éducation nationale et de l’Intérieur, notamment par rapport aux questions de l’éducation puisque l’un promeut la venue d’étudiants en France, alors que l’autre la freine (ministère de l’Intérieur). Le Consul étant sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur. Il ne prend aucun ordre de l’ambassade. Donc, ceux qui tombent sous le service du consulat peuvent se voir refuser l’approbation du visa et ce, sans aucune justification. Où en est le pouvoir d’action et le pouvoir d’influence par rapport à cela ? Il y a donc une volonté d’action en France, mais des conflits d’intérêt. 3.4.2 Sécurité Par son enclavement et sa position de carrefour des routes commerciales historiques devenues celles du trafic, la géographie du Mali explique en grande partie le contexte géopolitique actuel et la déstabilisation qu’elle représente pour la communauté internationale et notamment européenne.21 Mais, elle ne saurait être le facteur unique de cette situation, comme en témoigne le nombre d’acteurs locaux et internationaux qui interviennent dans cette crise. La communauté internationale doit donc prendre la mesure de la gravité de la situation au Mali. La France notamment et ses voisins européens ne peuvent se désintéresser de cette situation : ce serait faire fi de leurs intérêts, de leurs amis et de leur sécurité. L’Allemagne et l’Italie l’ont compris, les Etats-Unis aussi. Tous sont engagés pour longtemps. Il serait temps pour eux de faire un bilan de cette gestion de crise pour en mesurer les acquis et surtout les limites. Et, à la place du tout sécuritaire (cf. force du G5 Sahel ci-dessous), une stratégie fondamentalement politique et assumée sur le long terme, pourrait être mise en œuvre. Elle nécessitera l’établissement d’un nouveau rapport de forces obligeant les hommes en armes à des négociations sérieuses, et permettra à la société civile de s’exprimer, de légitimer des institutions étatiques adaptées et d’élaborer un nouveau contrat social. Mais le premier de ces acteurs, l’État malien, est en partie responsable de cette situation. Dirigé par une classe politique issue en majorité de la zone méridionale, il ne fait que peu de cas des revendications des populations septentrionales à majorité touareg. Cette crispation historique s’est accentuée après l’échec des accords d’Alger de 2006. Ainsi, déçus de ne pas avoir obtenu la concrétisation d’un statut particulier pour la partie nord du pays, les leaders touareg ont créé le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) et lancé des opérations de prise de contrôle de la zone, appuyées par diverses mouvances. Un manque d’unité entre les différentes factions a alors facilité la prise de contrôle de la situation par des groupuscules aux objectifs moins nobles. Au sein de ces derniers, on trouve le groupe Ansar Dine dont le but est l’instauration d’une théocratie mythifiée et l’application stricte de la charia. Après avoir bénéficié du soutien actif d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), des cadres du groupe Ansar Dine ont fait scission, suite à l’opération militaire française Serval et ont fondé le Mouvement islamique de l’Azawad, partisan d’un règlement diplomatique de la crise. À côté de ces courants confessionnels, prolifèrent des factions terroristes dont :

    - Le « Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest », qui souhaite étendre l’insurrection islamiste du Maghreb en Afrique de l’Ouest pour déstabiliser davantage la région et de développer ses activités criminelles.

    - AQMI, groupe issu de la mouvance islamiste algérienne et issu du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lui-même dissident du Groupe Islamique Armé (GIA). Son but est de débarrasser l’Afrique du Nord de toute influence occidentale. Il tire profit de la

    21cf.différentescartesdansannexe.

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    porosité des frontières des pays voisins de l’Algérie pour établir des bases arrière dans ces régions. En fournissant un soutien logistique au trafic de stupéfiants, l’organisation a pu également en tirer des revenus substantiels lui permettant d’être auto-suffisante et de financer les groupes qui lui sont affiliés.

    Si la déstabilisation de la région trouve ses racines dans sa propre histoire, de nombreux intervenants extérieurs en portent également la responsabilité. La France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, a, dans la région, des intérêts politiques, économiques et sécuritaires. De plus, elle occupe, dans les pays limitrophes, des positions militaires stratégiques permettant de favoriser un désenclavement du Mali propice à son développement futur. L’Algérie, désireuse de contrôler la région, a toujours joué un rôle actif.22 Mais, suite à l’échec de la médiation réalisée sous son égide au début des années 2000, elle reste en retrait. De plus, certains de ses dirigeants sont soupçonnés d’être liés au trafic qui sévit dans le nord du Mali. Enfin, le Maroc a la volonté de jouer un rôle en tant que puissance régionale ce qui est d’autant plus important vu la complexité géopolitique des jeux politiques.23 Les États-Unis, dans le contexte de lutte contre le terrorisme, ont lancé, depuis le début des années 2000, des programmes militaires de coopération sous l’égide de l’AFRICOM (Unites States Africa Command), commandement américain uni pour l’Afrique créé par le département de la Défense des États-Unis. Cependant, ces programmes se sont révélés infructueux suite aux nombreuses défections de militaires formés qui ont préféré rejoindre les groupes djihadistes. Malgré une intervention a minima, les Etats-Unis ont un intérêt croissant pour la région qui dispose d’importantes ressources naturelles. Le Qatar, attiré par un potentiel gazier inexploité, intervient au travers du financement d’organisations humanitaires telles que le Croissant-Rouge qatari. Cependant, il est suspecté de financer différents mouvements terroristes actifs dans la zone. Enfin, des pays frontaliers comme la Mauritanie, inquiets de voir le phénomène s’étendre à toute la région et soumis à une immigration massive, se posent en médiateurs au sein de la CEDEAO afin de trouver une issue au conflit. En raison d’une multiplicité d’acteurs, la situation géopolitique du Mali dépasse donc très largement le cadre des frontières du pays. Ainsi, la pacification de la zone ne pourra être menée uniquement à l’échelle locale. On peut estimer que les pays occidentaux ont le devoir d’aider les gouvernements locaux à développer durablement la zone tout en cherchant à apaiser les tensions historiques qui fragilisent le Sahel. Quelques dirigeants européens et africains se sont donc retrouvés début décembre dernier en France pour accélérer la mise en œuvre de la force régionale du G5 Sahel face aux djihadistes qui gagnent du terrain dans cette zone. La coalition de cinq pays africains, créée début 2017, visait à former, d’ici à la mi-2018, une force de 5.000 militaires contre les groupes djihadistes (l’effectif de 5.000 hommes - 1.000 par pays - n’est toujours pas atteint, et la logistique nécessaire non plus, malgré la promesse des cinq pays donateurs). La coalition militaire de ces pays (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie)24 a 22cf. carte dans annexe.23 Questions Internationales n°81, L’Algérie, puissance régionale, septembre – octobre 2016 ; La Documentation française, Le Sahara, refuge des groupes djihadistes et centre de flux illicites en 2015, 2015 ; La Documentation française, Les États du Sahel et leur environnement stratégique (fin 2012), 2013 ; Association des Auditeurs de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale Région Nord-Pas-de-Calais –

    Belgique - Luxembourg, Le Maroc, sentinelle géopolitique de l’Europe, 28 février 2018 ; DGSE, Interaxions : l’Islam africain face à la montée des radicalismes, 23 octobre 2017. 24IRSEM, Étude n°51,Les relations entre pouvoir central et périphéries sahéliennes au Niger et au Mali, juillet 2017.

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    reçu les moyens de ses ambitions, but affiché au mini-sommet réuni à la Celle Saint-Cloud le 13 décembre dernier, près de Paris. Le budget estimé à quelque 250 millions d’euros de cette force, baptisée FC-5GS par les militaires a reçu le soutien de l’Arabie Saoudite qui a confirmé un apport de 100 millions de dollars ainsi que des Émirats Arabes Unis pour 30 millions. Les pays concernés et la Coalition Sahel, composée notamment de l’UE et des États-Unis apporteront le reste, Bruxelles poussant probablement son aide de 50 à 80 millions d’euros. L’UE affiche donc son soutien au G5 Sahel (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso, Tchad mais il n’y a pas que ces pays-là)25 et son ambition qui s’efforce de mettre en place une force anti-djihadiste dans cette région qui représente une superficie de plus de cinq millions de kilomètres carrés sur 5.000 kilomètres d’est en ouest. 3.4.3 Économie La crise qui affecte l’économie planétaire a propulsé l’Afrique sur le devant de la scène en tant que marché potentiel de plus d’un milliard de consommateurs. Elle pourrait donc être le moteur de la relance macroéconomique mondiale. En effet, les conditions de production (faible coût, abondance des matières premières) plutôt favorables à certains pays (dont la Chine) sont en train de changer au fur et mesure que ces économies se développent. Il devient donc nécessaire de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement et de nouveaux lieux de production afin de maintenir l’avantage concurrentiel. Il reste toutefois que la stratégie des pays développés ou émergents présents en Afrique n’est pas en faveur du développement d’une activité économique au-delà de la sphère minière et agricole. Voici donc un axe d’influence pour la France afin de les aider à s’ouvrir sur d’autres voies. La France ou encore le Royaume-Uni mais également, dans une moindre mesure, l’Allemagne, l’Italie, le Portugal, la Belgique et l’Espagne ont, pendant de longues décennies, bénéficié d’une certaine « préférence » en matière commerciale, héritage d’un passé commun. Si certains de ces États conservent une relation particulière, une approche continentale au niveau européen a fait son chemin avec l’adoption de la Stratégie conjointe Afrique-UE (Joint Africa-EU Strategy, JAES) par 81 chefs d’État africains et européens lors du sommet de Lisbonne en 2007. Ce partenariat Afrique-UE envisage les relations selon une approche innovante et ambitieuse en considérant l’Europe et l’Afrique comme un seul et unique continent, et vise à établir une relation d’égal à égal, déterminé à aborder ensemble les problématiques communes. En parallèle, le continent s’est ouvert à de nouveaux partenaires commerciaux. Ainsi, la Chine ayant des besoins importants, elle a dû trouver de nouvelles sources d’approvisionnement en matières premières et en ressources naturelles. Elle s’est donc tout naturellement tournée vers ces pays du Sud. Sa stratégie commerciale avec les pays africains passe par une politique d’investissement dans les industries locales et dans le développement d’infrastructures dédiées au commerce des biens primaires. Il en va de même pour les pays émergents dont l’Inde, le Brésil, la Russie ou certains pays d’Asie du Sud-Est. Malgré la promulgation, en 2000, d’un African Growth Opportunities Act (AGOA, en français Loi sur le développement et les opportunités africaines), la part du commerce avec les États-Unis reste marginale. Les Américains ont fait le choix d’un partenariat économique avec un nombre très ciblé de pays. Les échanges Europe-Afrique, eux, se sont élevés à 286 milliards d’euros en 2015 avec une balance favorable pour l’UE de 22 milliards. Et l'UE a injecté 21 milliards d'euros d'aides à l’Afrique, largement devant les Etats-Unis et la Chine. 25 IRSEM, Étude n°44, L’émergence de puissances africaines de sécurité : étude comparative, avril 2016.

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    Dans ce contexte, le rôle de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) semble important. En effet, en marge du Sommet UA-UE à Abidjan, la BEI a signé sa première opération avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) par l’octroi d’une ligne de financement de 100 millions d’euros pour faciliter les investissements et projets liés au commerce dans les 40 pays africains couverts par Afreximbank. D’une durée de sept ans, le prêt soutiendra à des conditions financières favorables les PME africaines dans le but de renforcer le commerce interafricain mais aussi les échanges avec l’Europe. Mais, à travers certains chiffres, la concurrence est rude comme nous l’avons exposé précédemment avec le rôle de la Chine tant économique qu’au niveau de la « soft power ». Pour la 8ème année consécutive, la Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Afrique, loin devant la France et l’Allemagne. Elle s'appuie sur une politique de dons et de prêts à taux très bas. Ce qui permet sa forte présence dans les grands travaux. Les prêts chinois en Afrique des dix dernières années se sont élevés à 67,2 milliards de dollars, soit 12,5 milliards de plus que les prêts de la Banque mondiale (Fitch Ratings). La Chine investit aussi massivement dans les industries extractives, dans le développement des infrastructures dédiées à ces énergies et dans l’achat de terres arables inexploitées afin de sécuriser ses approvisionnements. Les entreprises chinoises attirées par l'Afrique se font sur le potentiel de développement, les ressources et le marché. Pour la Chine, deux des trois pôles de développement du monde (l’Europe et l’Amérique du Nord) sont en décroissance alors que l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie deviennent la destination naturelle de l’investissement chinois. Mais la Chine est concurrencée, à son tour en Afrique, par une multitude d'acteurs, le Japon, l’Inde, les États du Golfe et les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Après avoir été en position de repli depuis la chute du régime communiste, la Russie est aujourd’hui offensive, notamment dans les secteurs des matières premières et des armements. 3.4.4 Migrations En effet, plus que sur la jeunesse c’est sur la crise libyenne que se sont focalisées les décisions importantes. Une réunion extraordinaire sur le trafic d'êtres humains en Libye a donné lieu à une évacuation immédiate des réfugiés, à la mise en place d’un organe dédié (dirigé par la Commission des droits de l’homme de l’Union Africaine et aidé par l’Union Européenne), à l’engagement de poursuivre les trafiquants d’êtres humains, de saisir leurs comptes ainsi qu’à la mobilisation de forces spéciales, à la mise en place d’une « task force » policière et de renseignement, d’une commission d’enquête mais aussi d’une communication pour dissuader les jeunes de tenter l’exode. Car 60% de la population africaine a moins de 25 ans, et des centaines de milliers de jeunes désespérés par le chômage, la pauvreté et l’absence de perspectives dans leurs pays tentent d’émigrer vers l’Europe chaque année. L'Europe est ainsi coincée entre la peur d'être « submergée de migrants, au risque de la xénophobie » et d'échecs de l'intégration, ainsi que l'a reconnu le Président MACRON au sommet d’Abidjan de fin 2017 (cf. carte sur les migrations mondiales en annexe, p.20), et la responsabilité de laisser se noyer en Méditerranée ou coincés en Libye les flux de jeunes en quête d'une vie meilleure. Des flux que personne ne songe sérieusement à endiguer en Afrique, même dans les pays à forte croissance. Le Parlement européen a approuvé en septembre 2017 un plan de 4,1 milliards d'euros pour stimuler l'investissement dans le secteur privé en Afrique, qui est censé mobiliser par effet de levier jusqu'à 44 milliards d'euros, afin notamment de « fixer » en Afrique les jeunes sans emploi (cf. les 467 millions d’euros du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique pour combattre les causes profondes des migrations irrégulières débloqués en mai 2018 comme évoqué plus haut). Aujourd’hui, de nombreux migrants meurent aux portes de l’Union Européenne et de l’espace Schengen.26 La création d’un espace Schengen « africain  » pourrait, dès lors, être envisagée pour 26 Carte MOOC Sciences Po - Migrations Internationales : un enjeu mondial (en annexe).

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    équilibrer les flux humains et matériels tout en favorisant la libre-circulation des personnes, des biens et des services en Afrique. Pour ce faire, l’Union Européenne, et en particulier la France, devrait soutenir financièrement, techniquement et au niveau humain les efforts africains visant à la création de cette dématérialisation des frontières. En effet, ce que l’on pourrait appeler une «  épaisseur  » administrative des frontières entraîne sur le continent un terreau favorable à la corruption. Il faut ainsi compter pas moins de 30 jours de dédouanement des marchandises alors qu’en Europe cette démarche administrative ne dépasse pas 10 jours.

    4. Une nouvelle structure pour l’Intelligence Économique De ce qui précède, le constat est fait de la présence d’une incohérence de prérogatives ministérielles dans l’applicabilité d’une politique d’influence dont l’efficacité requiert une coordination proche du sommet de l’État français. Il en va de la création d’emplois et de valeurs pour nos jeunes générations dans les années à venir.

    La remise au goût du jour d’un poste de Haut Responsable à l’Intelligence Economique (HRIE) au Secrétariat général à la Défense et à la Sécurité nationale (SGDSN) qui coordonnerait non seulement l’Intelligence Economique, mais aussi l’action d’influence de la France est incontournable. Placé au SGDSN, le HRIE rapporterait directement au Premier Ministre, mais aussi au Président de la République au travers d’un siège au Conseil National du Renseignement (CNR).

    Positionné au SGDSN, subordonné au Premier Ministre, il serait non dépendant d’un ministère et pourrait donc donner la conduite à tenir aux ministères tout en coordonnant l’action d’influence au travers de réunions interministérielles.

    5. Conclusion Aujourd'hui, combien de pays ont-ils une représentation diplomatique dans le monde comparable à la nôtre ? Deux.27 Combien de pays disposent-ils de sous-marins lanceurs d’engins totalement conçus, fabriqués, maîtrisés par leur gouvernement national dans le monde ? Trois, et pas la Grande-Bretagne. Combien de pays disposent-ils de porte-avions de premier rang à catapulte avec une flotte aérienne adaptée, moderne et entraînée ? Deux. La France est au premier rang de toutes les grandes négociations mondiales, elle dispose d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, ses avions volent dans tous les cieux de la planète et nos bateaux naviguent.28 La taille de ses membres et les droits de veto des cinq membres permanents sont vivement contestés. Ceux qui préconisent une réforme soulignent que les réalités politiques mondiales ont radicalement changé depuis la formation du Conseil de sécurité en 1945 et que, selon eux, ses membres devraient changer pour refléter cela. Certes, les arguments semblent convaincants, et il ne fait aucun doute que le paysage économique et géopolitique s'est considérablement modifié au cours des sept dernières décennies. Mais le cas est-il aussi fort que le suggèrent ses partisans ?29 Le territoire géographique ou la taille économique ne correspondent pas à l'engagement de sécurité. C'est, après tout, le Conseil de sécurité, pas le Conseil du PIB. Tout ce qui concerne le Conseil de sécurité, c'est la contribution à la sécurité. Ce n'est pas juste un club. 27 Lowy Institute, Global Diplomacy Index, 2017. Avec ses 266 ambassades, la France dispose du troisième réseau

    d'ambassades et de consulats au monde après les États-Unis avec 273 ambassades et la Chine (268 ambassades). Elle précède le Royaume-Uni (225) et l'Allemagne (224).

    28 La France dispose de la seconde plus importante zone économique exclusive (ZEE) au monde en superficie après les États-Unis. Le 27 septembre 2015 paraissaient, dans l’indifférence médiatique presque générale, quatre décrets agrandissant officiellement de 579.000 km² l’aire de souveraineté de la France sur les fonds marins et leur sous-sol, au titre de l’extension de son plateau continental. À l’heure où la mondialisation repose plus que jamais sur les flux maritimes et les ressources offshore, il semble paradoxal de faire si peu de cas d’une telle nouvelle ; source : Association Nationale des Auditeurs Jeunes de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale, « Zone économique exclusive française : 11 millions de km², pour quoi faire ? », mars 2016.

    29MIGAULT Philippe, « Une ‘défense européenne’ sous leadership allemand ? », RT France, 12 juin 2017.

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    Ceux qui veulent un rôle permanent devront apporter une contribution permanente du genre de celle de la Grande-Bretagne et de la France. S'ils ne peuvent pas contribuer à la sécurité d'une manière significative, leur revendication d'un rôle plus important sera beaucoup plus faible. Il y a certainement un point important ici pour le futur rôle de la France. Comment, par exemple, les pays qui ont des restrictions constitutionnelles sur leurs capacités militaires et leur utilisation peuvent-ils être des partenaires égaux avec ceux qui sont disposés à financer, équiper et utiliser des forces militaires dans toutes les circonstances nécessaires ? Cela signifie que si la France veut persuader nos alliés au sein de l'OTAN de contribuer à hauteur de 2% du PIB, la France doit poursuivre et intensifier son rôle de leadership dans la sécurité européenne, nord-atlantique et mondiale. Cela signifiera une volonté d'endosser notre part du fardeau en maintenant des forces de défense adéquates ainsi qu'un leadership dans des domaines cruciaux tels que la cybersécurité et le renseignement. Une chose que nous pouvons prédire avec une certitude raisonnable est que les menaces à notre sécurité nationale et internationale ne diminueront pas dans les années 2020 et que la France doit être prête à jouer un rôle de leadership aux côtés de nos principaux alliés comme les États-Unis. Quand la France parle, on l’écoute, parfois on la jalouse et on la brocarde de temps en temps, mais on l’écoute et son message est souvent reçu.30 C’est un fait. Elle est au premier rang de la technique, de l’art et de la littérature. Elle est au premier rang des pays possédant un patrimoine multiséculaire, admirable et entretenu. Elle est au premier rang de certains travaux de recherche, elle inonde une partie du monde de son rayonnement culturel, artistique, commercial et d’influence, et ce depuis neuf siècles sans discontinuer ! Comme je l'ai dit plus tôt, il est trop facile de voir l'ampleur des défis comme une excuse pour abdiquer de nos responsabilités envers notre propre avenir et celui du collectif mondial. Nous ne sommes pas des passagers de notre propre destin, nous pouvons faire changer les choses. Au fur et à mesure que nous affrontons les défis d'un monde incertain, nous devons être audacieux, optimistes et confiants, en nous-mêmes, en nos citoyens et en nos valeurs. Aucun d'entre nous ne peut savoir ce qui nous attend, mais nous pouvons être certains que l'ampleur de notre ambition sera la clé de ce que nous pouvons réaliser ensemble, pour notre peuple, notre pays et pour le monde au-delà de nos frontières.

    Vive la République ! Vive la France !

    Je remercie tous les auditeurs et membres associés assidus pour leurs contributions tout au long de ce travail qui de part leur engagement honorent l’esprit de notre noble organisation.

    Antoine SANTONI Rapporteur, juin 2018 Secrétaire général AR Luxembourg

    30Discours du Général LALANNE-BERDOUTICQ, Chef du Bureau des sessions en régions, IHEDN, NationBuilder

    Support, March 20th, 2017.

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    ANNEXES Cartes

    Le Mali, un pays au cœur des zones de turbulences

    Les principales ressources du Mali

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    Les zones d’influence des groupes islamistes

    Source (les trois cartes) : enseignement militaire supérieur Air, p. 4-5, les carnets du temps n°110, novembre 2014.

    Le Sahara, refuge des groupes djihadistes, des mouvements islamistes et des flux illicites

    Source : C. WIHTOL de WENDEN, Atlas des migrations, 2012.

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    Migrations mondiales en 2013

    Échelle Carte à l'échelle mondiale. Type de données Migrants par destination et origines, stock de migrants en 2013 selon les données de l'ONU. Mode de lecture

    • Cette carte représente les stocks de migrants par destination et origines en différenciant deux types de flux, les flux entre les grandes régions du monde et les migrations internes à chacune de ces régions ;

    • Un autre graphique dans la carte permet d'avoir une vision synthétique des flux de migrants entre les régions du nord et celles du sud.

    Synthèse de la légende

    • La taille des flèches varie en fonction du nombre de migrants en millions, allant de 18,4 millions à 0,4 million ; • Leur couleur permet de différencier les flux entre régions en orange, des flux inter-régionaux en vert.

    Points clés pour la compréhension On retiendra deux éléments :

    1. L’importance des stocks de migrants dans trois zones : 1. des régions d’Amérique du Sud et d’Asie vers l'Amérique du Nord, 2. de l'Inde vers le Golfe persique, 3. de l'Asie centrale vers la Russie ;

    2. L’importance des migrations internes dans l'espace Schengen en Europe sur l'élément de la carte montrant les migrations du Nord au Sud, on retiendra aussi : • De fortes migrations internes dans les régions du Sud qui comptent 77,6 millions de migrants ; • De fortes migrations également des régions du Sud vers le Nord avec 75,6 millions de migrants ; • Les migrations internes dans les régions du Nord sont estimées à 54 millions de migrants ; • Une faible proportion de migrants du Nord vers le Sud avec seulement 13,3 millions de migrants. Il faut

    noter cependant que ce dernier chiffre est assez difficile à estimer et est sûrement sous-évalué. Crédits Atelier de cartographie de Sciences Po • Lien de téléchargement de la carte « Migrations mondiales en 2013 ».

    Source : MOOC Sciences Po - Migrations Internationales : un enjeu mondial.

  • AR Luxembourg, 2018 Page 21 sur 22

    La Grande Muraille verte

    Source : Agence panafricaine de la grande muraille verte, 2015.

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