Contribution à La Théorie de La Rente Pétrolière

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Contribution la thorie de la rente ptrolire

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<ul><li><p>Jean-Claude Werrebrouck</p><p>Contribution la thorie de la rente ptrolireIn: Revue d'conomie industrielle. Vol. 9. 3e trimestre 1979. pp. 117-144.</p><p>RsumL'introduction rcente du concept de rente ptrolire a permis de produire une connaissance plus exacte de l'industrie ptrolireinternationale. Mais l'analyse thorique de la rente prsente gnralement quelques faiblesses et celles-ci dbouchent sur deslacunes et difficults insurmontables .La rente ptrolire totale ne comporte pas de rentes de monopole et n'est qu'une somme de rentes diffrentielles dont la hauteurmaximale est prsentement fixe par le prix de reproduction du charbon amricain.Cette rente dont l'existence est largement indpendante du jeu des acteurs, impose la cartellisation du secteur. De ce point devue, le surprofit a fait le cartel, mais le cartel n'a pas fait le surprofit. Les Etats consommateurs participent au partage de la rentetotale dont ils captent une part trs importante.Ce qu'on appelle "crise de l'nergie" n'est, pour le moment, qu'un grave problme de redfinition du partage de la rente ptroliretotale.</p><p>AbstractThe newly introduced notion of oil rent has led to a more accurate understanding of the international oil industry. But the theory ofrent isn't always analyzed correctly which brings about insuperable difficulties.The total oil rent doesn't include any monopoly rents, it is but a sum of differential rents whose maximum level is fixed by thereproduction price of U.S. coal.That rent whose existence is mostly independent of the agents involved entails the cartellization of the sector. Seen from thatangle, excess profits made the cartel and not the other way round. The consumer States share in the total rent: they collect asignificant part of it.What is called "the energy crisis" is, for the time being, but a serious problem of redistribution of the total oil rent.</p><p>Citer ce document / Cite this document :</p><p>Werrebrouck Jean-Claude. Contribution la thorie de la rente ptrolire. In: Revue d'conomie industrielle. Vol. 9. 3e trimestre1979. pp. 117-144.</p><p>doi : 10.3406/rei.1979.1945</p><p>http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rei_0154-3229_1979_num_9_1_1945</p></li><li><p>Contribution la thorie de la </p><p>rente ptrolire </p><p>par Jean-Claude WERREBROUCK </p><p>Professeur Agrg en Sciences Sociales l'Universit de Lille II </p><p>II a fallu attendre le dbut de la prsente dcennie pour voir apparatre en France de nouvelles analyses en matire d'conomie ptrolire. Il est noter que ces dveloppements thoriques rcents sont le fait de deux auteurs, Jean-Marie Chevalier (1) et sa suite, Jean- Pierre Angelier (2). Ceux-ci ont eu le grand mrite d'avoir ancr l'conomie du ptrole sur le concept de surplus ou plus prcisment de rente. </p><p>Nous voudrions montrer dans l'tude qui suit que, certes la notion de rente est la seule susceptible de nous reprsenter correctement le fonctionnement de l'industrie ptrolire, mais que toutefois la thorie de la rente envisage par Chevalier et Angelier est mal assise en ce sens que la rente ptrolire ne peut tre dfinie dans le cadre troit de l'activit ptrolire, qu' l'inverse elle doit s'inscrire dans un cercle plus vaste, savoir ce que nous appellerons le "secteur de l'nergie", en gnral. Ceci nous amnera tablir que la rente ptrolire n'est pas une somme de rentes diffrentielles et de monopole (section I) , mais qu'elle n'est, au contraire, qu'une somme de rentes diffrentielles seulement (section II). </p><p>(1) Cf. essentiellement son ouvrage : "Le. nouvdl. tnju p&amp;tKo.e,fi" Calmann-Lvy , 1973, et un article paru dans la Revue algrienne de dcembre 1973 " I ntKodutt-ion th.osique. . V iconomZz du p&amp;tfioti</p></li><li><p> REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE </p><p>SECTION I - LA NATURE DE LA RENTE PETROLIERE DANS LES ANALYSES DE CHEVALIER ET D'ANGELIER : SON INTERET ET SES LIMITES </p><p>L'activit ptrolire procure ses bnficiaires apparents (compagnies, Etats producteurs, Etats consommateurs) des revenus normes. Ces revenus proviennent de ce qu'on appelle "surplus ptrolier" ou "rente ptrolire" et ont historiquement connu une volution quant leur montant unitaire total et quant leur rpartition entre les trois bnficiaires. De ce point de vue, une thorie correcte de la rente ou du surplus ptrolier doit nous permettre d'expliquer l'volution historique des revenus ptroliers, leur montant global et les modifications de leur rpartition. Cela signifie en seconde lecture qu'une telle thorie doit rendre compte de faon cohrente des "vnements, qui scandent la vie de cette activit, y compris et surtout bien sr l'vnement appel "crise de l'nergie", crise voque propos d'une ventuelle rarfaction des gisements de ptrole. </p><p>Cette volont de rendre compte de l'histoire du ptrole en des termes non journalistiques constitue l'apport de Jean-Marie Chevalier et de Jean-Pierre Angelier. </p><p>Par. 1 - L'analyse du surplus ptrolier chez Chevalier et Angelier </p><p>Chevalier dfinit le surplus ptrolier "comme la diffrence entre le prix de valorisation d'une tonne de brut, vendue aux consommateurs sous forme de produits raffins, et le cot moyen total support pour extraire, transporter, raffiner et distribuer cette mme tonne de brut" (1). Le cot moyen total devant inclure outre le cot habituel, le taux de profit moyen. </p><p>Le surplus ptrolier est par ailleurs apprhend du point de vue de la thorie marxienne de la valeur et si les dveloppements de Chevalier en la matire ne sont pas trs abondants, ceux d 'Angelier le sont davantage. </p><p>Pour ce dernier, la valeur d'un brut est bien videmment la quantit de travail ncessaire sa production. Tous les bruts ne sont pas produits dans les mmes conditions, d'o, par exemple, une diffrence considrable de valeur entre un brut nord-amricain et un brut du Koweit. Cette diffrence se rvle du reste dans les cots de production. </p><p>Mais le ptrole n'est pas pay a sa valeur, car - mme si l'on raisonne en situation de concurrence - de toute vidence la composition organique du capital de l'industrie ptrolire est plus leve que la moyenne. D'o, si l'on respecte les schmas marxiens, il faut en dduire que le prix de production ou plus exactement de reproduction du ptrole permet de raliser une valeur suprieure la valeur sociale de ces produits, donc a la quantit de travail socialement ncessaire leur production. </p><p>(1) Cf. article dj cit, page 332. </p><p> 118 </p></li><li><p> REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE </p><p>Ce prix de reproduction des produits ptroliers est tout thorique et le prix de march se situe trs au-del des cots et du profit moyen. Par exemple, au 5.5.1979, si le prix de reprise en raffinerie du supercarburant en France est de 71,07 F l'hectolitre, son prix de vente la pompe est de 284 F l'hectolitre en zone A (1). Or, les 71,07 F ne reprsentent pas que les cots et le profit moyen puisqu'ils incorporent dj les normes redevances payes aux pays producteurs. Ils reprsentent donc plus que le prix de production et la diffrence entre prix de march et prix de reproduction semble colossale. </p><p>Cette diffrence entre prix de march et prix de production doit, selon Angelier, s'expliquer partir des thories marxiennes de la rente, notamment des rentes diffrentielles et surtout de monopole. </p><p>L'ensemble de ces rentes doit tre trs largement considr comme rsultant du comportement du capital ptrolier (2) . </p><p>Et ce comportement serait tel que cette industrie a russi imposer durablement un prix de reproduction, trs suprieur au prix de reproduction socialement ncessaire. </p><p>La rente ptrolire serait donc le fruit d'un volontarisme du capital ptrolier. Et ce volontarisme est concrtement peru et apprhend a partir de la seule thorie des "barrires l'entre". Dans cette perspective, l'volution historique de la rente ptrolire est un processus de cration/destruction de "barrires l'entre". La constitution historique du cartel, l'accord "df Achnacarry" , l'accord de la "ligne rouge", le systme du "gulf plus", l'volution de la technologie, correspondent au souci de la cration et de l'lvation des barrires l'entre, donc de la rente globale. Inversement, l'apparition des entreprises d'Etat des pays gros consommateurs de ptrole, le dveloppement des "indpendants", l'apparition du "Double basing point system", des socits nationales des Etats ptroliers, etc.. doivent tre considrs comme un processus d'abaissement des barrires l'entre correspondant une diminution ou la volont de participer la captation des rentes. </p><p>Prcisment, si certains agents veulent et peuvent agir dans un sens permettant l'abaissement des barrires l'entre et la diminution de la rente, notamment les Etats consommateurs, d'autres agents loin de chercher la destruction des barrires, ne souhaitent que les faire fonctionner leur profit ou de manire moins ambitieuse, tentent de faire en sorte qu'une partie de la rente cre par le capital ptrolier leur soit alloue : nous avons ici la position des Etats producteurs de ptrole. Pour Angelier, il faut, en effet, considrer que les revenus perus par les Etats producteurs constituent d'une faon ou d'une autre, un prlvement sur la rente cre par le capital ptrolier (3). </p><p>(1 ) D'aprs Comit Professionnel du Ptrole. (2) Cf. le chapitre II de l'ouvraqe d'Anqelier (3) C'est ce qu'il cherche dmontrer dans le chapitre 3 de son ouvrage, </p><p>page 82 147 . </p><p> 119 </p></li><li><p> REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE </p><p>Dans ces conditions, il y aurait antagonisme entre le capital ptrolier qui cre la rente en crant des barrires l'entre et les Etats producteurs qui souhaitent bnficier au moins partiellement de cette rente. Cet antagonisme serait toutefois relativement ambigu dans la mesure o les Etats producteurs n'ont pas intrt voir le niveau des barrires l'entre s'abaisser, amenant ainsi une diminution de la rente globale qu'ils souhaitent s'approprier. Il faudrait donc en conclure qu'il y aurait accord tacite entre capital ptrolier et Etats producteurs, au niveau de la cration de la rente, et conflit au niveau du partage de la rente. Et plutt que de chercher supprimer ce qu'Angelier appelle le mcanisme de "cration appropriation" de la rente par le capital ptrolier, il s'agirait plutt de faire en sorte que ce mcanisme joue en faveur des Etats producteurs. </p><p>C'est partir de cette ide gnrale, ide qui suppose l'hypothse selon laquelle l'affirmation du Droit de proprit des gisements par les propritaires effectifs, en particulier les Etats, se fera ressentir de manire croissante, qu'Angelier croit pouvoir expliquer l'volution historique du partage de la rente entre capital ptrolier et Etat ptrolier, c'est--dire le passage progressif du "systme des premires concessions" aux "accords dcisions" de 1970-1974 en passant par le principe du "fifty-fifty" et les accords de participation. </p><p>Voil brivement rsum ce que nous croyons tre l'essentiel des analyses de Chevalier et d'Angelier, et plus particulirement le point de vue de ce dernier auteur. Ces analyses, bien qu'intressantes par leur rigueur et leur nouveaut, rencontrent un certain nombre de difficults et ne rendent pas compte de manire entirement satisfaisante de la ralit de la rente ptrolire. </p><p>Par 2 . - Les limites d'une telle analyse. </p><p>Trois grandes difficults peuvent tre envisages : tout d'abord, l'analyse de Chevalier et d'Angelier ne rend pas clairement compte de la rente de l'Etat consommateur ; il est ensuite difficile d'admettre que la rente ptrolire est cration du capital ptrolier ; enfin, l'analyse conomique des effets du dveloppement de la rente des Etats producteurs sur les Nations consommatrices parat inacceptable. </p><p>Reprenons successivement ces trois points. </p><p>1 - Le problme de la rente des Etats consommateurs </p><p>Chevalier et Angelier restent extrmement discrets en ce qui concerne la rente des Etats consommateurs, rente qui apparat sur une base douanire et fiscale. L'auteur de la rente ptrolire va mme jusqu' liminer totalement l'analyse de cette rente et considre que la notion de surplus ptrolier est trop large pour permettre l'analyse de la seule industrie ptrolire internationale (1). Il en rsulte alors que l'on semble oublier ce qui est pourtant quantitativement l'essentiel de la rente ptrolire. A cet gard, le tableau n 1 est extrmement rvlateur. </p><p>(1) Cf. la remarque que fait Angelier aux p. 5, 6 et 7 de son ouvrage. </p><p> 120 </p></li><li><p> Illustration non autorise la diffusion </p><p> REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE </p><p>- TABLEAU I - PART DES DROITS ET DES TAXES DANS LES PRIX DE VENTE (a) source : "ptrole 77", CPDP. </p><p>r i i i i i </p><p>i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i \=- </p><p>au 1er janvier </p><p>1960 1961 1962 1963 196 4 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974* 1975 1976 1977 </p><p>1978 Super</p><p>carburant </p><p>72,6 72,7 72,7 72,7 72,7 72,7 72,7 72,7 72,0 73,9 72,8 72,3 69,9 69,9 54,9 55,5 55,1 59,9 59,7 </p><p>Gasoil </p><p>66,0 66,3 66,4 66,4 66,5 67,4 68,0 68,0 67,0 66,6 65,6 66,5 61,0 61,9 52,4 52,2 49,5 49,7 49,9 </p><p>Fuel-oil domestique </p><p>7,9 7,9 7,9 8,1 7,8 7,3 7,6 7,6 </p><p>13,7 23,7 23,3 23,0 21,6 21,9 18,8 18,8 18,1 17,9 17,7 </p><p>Fuel-oil lourd n 2 (b) </p><p>10,3 10,5 10,8 10,3 10,3 10,6 10,6 10,6 13,4 15,2 15,2 15,2 15,1 15,1 15,0 15,0 15,0 </p><p>- - </p><p>-m i i i i i i i i r i i n i i i, 1 i n ii i! ii n n il ii II n n n n n n n n n ii n n n n il n n n n n n n n n n n n n n n n n </p><p>* au 11 janvier 1974. (a) prix de vente la pompe Paris pour le supercarburant et </p><p>le gasoil, prix Paris franco-consommateur pour le fuel-oil domestique (tarif Cl) , prix dpart raffinerie pour le fuel- oil lourd n 2. </p><p>(b) y compris la T.V.A. qui est dductible depuis le 1.1.1970. </p><p>L'absence relative d'une analyse de la rente des Etats consommateurs pose d'ailleurs des problmes au niveau de l'interprtation de l'antagonisme entre capital ptrolier et Etat ptrolier et, aprs avoir vacu l'Etat consommateur, Angelier est amen le rintroduire partiellement. C'est ainsi qu'il est oblig de reconnatre que l'apparition du principe du "fifty-fifty" et surtout de "1 "expensing" de la royalty amne une lvation de la rente des Etats producteurs, non </p><p> 121 </p></li><li><p> REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE </p><p>pas au dtriment de la rente du capital ptrolier, mais au dtriment de la rente des Etats consommateurs (1). Force est donc de reconnatre qu'on ne peut isoler artificiellement une partie de la rente ptrolire totale, et qu'il faut, par consquent, dvelopper une analyse globale permettant tout d'abord d'expliquer l'importance de la rente totale et de ses variations, et en second lieu, le partage de cette rente entre les trois joueurs : l'Etat consommateur, l'Etat producteur et le capital ptrolier. </p><p>Toutefois, si une telle analyse n'est pas envisage, notamment par Angelier, l'ide d'une rente de l'Etat consommateur est nanmoins mise, plus encore la nature de cette rente est prcise. Il s'agirait en effet d'une rente de monopole dont le montant serait probablement dtermin par un certain rapport de force (Angelier) , ou par la faiblesse de l'lasticit de la demande des produits ptroliers (Chevalier), </p><p>Puisqu'il s'agirait d'une rente de monopole, elle serait pure cration, relverait d'une simple dcision de l'Etat consommateur. Et donc cela signifie galement que l'Etat consommateur a un pouvoir de monopole, qu'il...</p></li></ul>