traitement des expressions idiomatiques en ?· traitement des expressions idiomatiques en...

Download TRAiTeMenT DeS exPReSSiOnS iDiOMATiqueS en ?· Traitement des expressions idiomatiques en français…

Post on 11-Sep-2018

212 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • Mlanges CRAPEL n 35

    TRAiTeMenT DeS exPReSSiOnS iDiOMATiqueS en FRAnAiS L2 : queSTiOnS DinFLuenCe

    Henry Tyne

    Universit de Perpignan Via Domitia et VECT

    Mots-cls

    Concordance expression idiomatique influence jugement transfert

    Keywords

    Concordance idiomatic expression influence judgement transfer

    Rsum

    Il existe une quantit considrable dtudes tmoignant du transfert de la L1 vers la L2. Au-del des influences prvisibles tels que laccent ou les erreurs de morphosyntaxe, on trouve galement des cas de transfert plus positif, que ce soit sous forme dun savoir universel concernant le fonctionnement du langage ou comme des normes sociolinguistiques forges par lexprience en L1. Cet article se donne pour objectif dtudier la manire dont les apprenants apprhendent des formes en L2 et leur connaissance de formes quivalentes en L1 partir de stimuli diffrents. Il apparat que les jugements dexpressions figes en L2 varient en fonction du stimulus en L2 (concordances vs. dfinitions dictionnairiques) et que laugmentation du temps dimmersion dans la L2 joue sur le degr de certitude dans les rponses.

    Abstract

    There is a considerable amount of evidence of transfer from L1 to L2. Putting aside obvious areas of influence such as accent or morphosyntactic errors, more positive transfer also takes place, whether in the form of universal knowledge about how language works or as sociolinguistic norms shaped by L1 experience. This article looks at learners judgments of L2 forms and their relative knowledge of equivalent L1 use using different stimuli. It shows how judgments of fixed expressions in L2 differ according to the L2 stimulus (concordances vs. dictionary definitions) and how the amount of time spent in the L2-speaking environment seems to affect the degree of certainty.

  • Mlanges CRAPEL n35

    116

    introduction1

    La question de linfluence de la L1 (langue premire) en L2 (langue seconde) a t trs largement dcrite dans la littrature traitant de lacquisition, suscitant de nombreuses rflexions sur les diffrents types dinfluence (Benson, 2002). Cest dailleurs traditionnellement un domaine privilgi pour ltude des erreurs en L2. Or, la question de linfluence de la L1 ne doit pas se limiter la seule tude des erreurs et il existe aussi des influences plus positives (sans doute beaucoup plus que lon ne limagine). Au-del de linfluence du systme linguistique L1, il existe des pratiques et des connaissances qui se mettent en place lors de lacquisition de la L1 (Slobin, 1997) et il en rsulte que lapprenant aborde la L2 avec ce quil sait dj ou a lhabitude de faire : lapprenant nentre pas dans lacquisition dune L2 vierge de toute notion et de tout comportement ; il a des ides, des reprsentations, des attentes, des faons de faire, etc. Cet article se donne pour objectif dtudier la question du traitement dexpressions figes en franais L2 en lien justement avec la L1 en essayant de voir dans quelle mesure le type de stimulus (la manire dont se prsentent les expressions) permet ou non lapprenant de former une opinion alors quil na pas forcment la comptence ncessaire en L2 pour bien saisir le sens.

    1. influence et savoir-faire en langue

    Selon Shaw (1992 : 9), daprs le modle de Coseriu (1980), il y aurait des lments universels et disponibles tous les locuteurs de toutes les langues (au niveau interactionnel basique, connaissance du monde) ainsi que des lments universels en ce sens quils peuvent tre utiliss dans toutes les langues connues du locuteur (au niveau cognitif). Lide dun savoir-faire universel en langue est reprise par Schlieben-Lange (1998) dans ce quelle nomme le savoir locutionnel , cest--dire le fait daborder la communication en L2 travers ce que lon sait dj faire dans sa ou ses langues sous forme de techniques universelles . Cette ide selon laquelle les locuteurs tendent parler des choses de faon que les autres comprennent (Schlieben-Lange, 1998 : 261) nest pas sans rappeler la notion anthropologique de distance communicative ltude des diffrences fondamentales (mdiales) qui sous-tendent les productions orales et crites (Koch et Oesterreicher, 2001).

    La plupart des travaux rcents portant sur la matrise de la variation par lapprenant en L2 (par ex. voir Dewaele & Mougeon, 2002 ; Dewaele, 2007 ; Regan et al., 2009) prsentent celle-ci comme un phnomne positif qui se met en place progressivement (Rehner & Mougeon, 1999) : autrement dit, il y a des variables que les apprenants ne matrisent ou ne connaissent pas a priori et qui se mettent en place au fur et mesure de lacquisition (par ex. pour le franais : ne de ngation, on/nous,

    1. Je remercie les deux relecteurs anonymes pour leurs remarques et suggestions.

  • Traitement des expressions idiomatiques en franais L2 : questions dinfluence

    117

    schwa variable, etc.). Et on peut se demander si certains de ces lments arrivent naturellement dans les stades avancs (cf. les stades de dveloppement chez Bartning & Schlyter, 2004 ; voir aussi Bartning, 1997, 2009) comme la cerise sur le gteau en quelque sorte, ou si larrive tardive nest pas plutt due la nature de linput (langue majoritairement standard, absence de variation, etc. cf. Deweale & Mougeon, 2002 ; voir aussi Gadet & Tyne, 2007). Ces deux explications ne sont pas incompatibles. Mais il sagit surtout dans ces cas dlments spcifiques la langue (cf. la distinction de Shaw, 1992), comme le ne de ngation variable en franais, par exemple, que lapprenant nest pas susceptible de connatre avant dapprendre la langue et, surtout, quil nest pas en mesure de deviner partir de sa comptence sociolinguistique ou ses connaissances gnrales. En revanche, en regardant ailleurs que dans des aspects spcifiques la langue, on peut observer une autre facette de la comptence sociolinguistique, porte davantage sur des traits gnraux en langues. Ainsi, par exemple, quand on observe la manire dont les apprenants jouent sur la variation selon une analyse fonctionnelle (diffrents types de communications requirent des faons diffrentes de dire les choses), on peut sattendre ce quil y ait des lments variables mme chez des apprenants de niveau moyen voire peu avanc (Tyne, 2009).

    La question de la matrise situe de la L2 fait galement penser lutilisation dexpressions ou didiomes en L2. Non pas parce que ces expressions sont facilement transfrables dune langue lautre (au contraire voir Paris, ce volume) mais parce quelles font tout simplement partie du fonctionnement ordinaire des langues (Lakoff & Johnson, 2003) et sont ce titre incontournables (Laufer, 2000 : 194). Ce que lon appelle plus gnralement le langage prfabriqu , cest--dire des squences figes que lon utilise spontanment, est problmatique en L2. Certes, dans les premiers stades de lacquisition en particulier, on observe leur apparition sous forme de chunks non analyss (Myles et al. 1998, 1999). Mais pour ce qui est de lemploi de la phrasologie en L2 on voit quil sagit dun enjeu important tmoignant avant tout dune matrise avance de la langue (Forsberg, 2008). La question de lautomaticit et la fluence en L2 (cf. Andr & Tyne, 2012) est galement lie la question des connaissances collocationnelles et phrasologiques (Hilton, 2008) et lacquisition dite lexicale se trouve prise en compte dans lacquisition de la lexico-grammaire, tant le langage sappuie sur des ensembles formant des units prtes lemploi (Nation, 2001 ; Hoey, 2005).

    En en ce qui concerne lutilisation dexpressions idiomatiques en L2, la L1 peut jouer un rle selon la proximit perue entre les expressions en L1 et en L2 (Laufer, 2000). Par ailleurs, comme le remarque Hilton (2008 : 84), il existe en L2 des syntagmes errons mais fluides [qui] correspondent des prfabriqus dans la L1 . La matrise de la L2 concerne donc la fois le choix des idiomes (ou leur vitement) mais aussi lemploi spontan de ceux-ci comme units fluentes en L2. Mais

  • Mlanges CRAPEL n35

    118

    avant mme de considrer la question de lutilisation des expressions idiomatiques dans des productions en L2, on peut aussi rflchir la simple connaissance (ou reconnaissance) de celles-ci par les apprenants.

    Ltude dont nous prsentons ici les rsultats pose la question du traitement par les apprenants des expressions figes en L2. Ces expressions contiennent des emplois de mots polysmiques dsignant des parties du corps humain (il-yeux, nez, tte). Ltude de Kellerman (1986) montre la possibilit de transfert de diffrents sens de mots polysmiques et tablit que plus un terme est peru en L1 comme tant proche du sens prototypique et plus il est peru comme tant frquent en L1, plus lapprenant envisage la possibilit dun transfert de la L1 vers la L2. Cest donc le fait denvisager lacceptabilit dun terme en L2 bas sur ses intuitions en L1 que nous retenons ici. Dans cette tude nous essayons de voir dans quelle mesure les apprenants du franais arrivent juger de lacceptabilit ou non dexpressions alors quils ne les comprennent pas forcment et quils sont en ralit guids par des intuitions forges en grande partie par leur L1, mais aussi par certaines informations dans le stimulus en L2.

    2. etude

    2.1. Mthode

    Nous avons labor un questionnaire auquel ont t invit rpondre des groupes dtudiants Erasmus lUniversit de Perpignan2. Les tudiants Erasmus ont comme particularit de former un groupe trs htrogne certains gards : niveaux diffrents, L1 diffrentes, cultures diffrentes, etc. Mais il y a aussi des lments qui nous permettent de les rassembler : ils sont tous originaires de pays europens et ont peu prs le mme ge ; ils sont venus en France pour apprendre le franais ; ils suivent les mmes cours de langue (en plus des cours disciplinaires) ; ils sont arrivs en France au mme moment. Le prsent travail sappuie sur de simples questions auxquelles rpondent les tudia

Recommended

View more >