rapport patrimoine immatériel

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<p>Gaetano Ciarcia</p> <p>La perte durable. Rapport dtude sur la notion de patrimoine immatriel.</p> <p>Ministre de la Culture et de la Communication, 2006</p> <p>Table des matires Propos liminaire. La perte durable. Une tude comparative sur la notion de patrimoine immatriel. (p. 3) Limmatriel et limmmorial. Des repres thoriques. (p. 10) Chapitre 1. Le thtre de la mmoire ethnographique du/en pays dogon, Mali. La construction patrimoniale dun Sanctuaire naturel et culturel. (p.15) Chapitre 2. Informateurs lettrs, intellectuels en pagne. Le futur restaurer et la rversibilit de lappartenance la tradition immatrielle Ouidah, Bnin. (p. 25) Chapitre 3. Les archives patrimoniales du Parc de la Narbonnaise en Mditerrane. (p. 35) Rflexions comparatives autour de lle de la Nadire et de la fte de lancienne frontire occitano-catalane Feuilla. Prsentation. (p. 49) La Nadire, lle antrieure. (p. 51) La limite immatrielle luvre: la Fte de lancienne frontire occitanocatalane. Les lieux de la frontire. (p. 62) La Fte. (p. 67) Conclusions. (p. 74) Rfrences bibliographiques. (p. 82)</p> <p>Je tiens remercier tous ceux avec qui, durant la priode allant doctobre 2005 juin 2006, au Bnin et en Languedoc-Roussillon, jai eu des changes qui mont aid dans la ralisation de cette tude. Plus particulirement, jexprime ma reconnaissance Christiane Amiel, Henri Fouran, Catherine Hublau, Christian Jacquelin, Anne Laurent, Constant Fortun Legonou, Sverine Liatard, Jol Noret, mile Ologodou, Marc Pala, Jean-Pierre Pinis, Paula et Raul Tchiakp, Marion Thiba. Je remercie galement Annick Arnaud pour sa lecture du texte.</p> <p>Propos liminaire. La perte durable. tude comparative sur la notion de patrimoine immatriel.</p> <p>Ce rapport dtude a t labor la suite dune demande de la Mission lethnologie de la Direction de larchitecture et du patrimoine du Ministre de la culture et de la communication. Il sagit dune rflexion autour de la catgorie de patrimoine immatriel telle quelle a t adopte officiellement par lUnesco et utilise galement par des instances politiques, administratives et culturelles locales dans leurs dmarches visant la reconnaissance de la valeur des patrimoines dont elles se veulent responsables ou promotrices. Dans les langages de la thologie et de la philosophie, lattribut dimmatriel dnote gnralement des entits dont la ralit relverait dun principe abstrait ou conceptuel. Terme aux significations polyvalentes, immatriel est employ galement en esthtique comme une paraphrase du spirituel, souvent dpourvue de tout sens religieux; il peut dsigner non pas linverse ou le corrlat de la matire mais lextnuation de celle-ci, voire sa sublimation. Son association actuelle lide de patrimoine culturel, appellation qualifiant les biens physiques et intellectuels hrits par les membres dune communaut, a engendr la notion de patrimoine immatriel. Utilise dune manire rcurrente dans les programmes manant de lUnesco, de lIcom (Conseil international des muses) et de lIcomos (Conseil international des monuments et des sites), cette expression agence la promotion et la protection une chelle plantaire de phnomnes anthropologiques originairement non objectaux mais objectivables travers la valorisation demblmes ou de supports physiques. Tels des substrats latents, mais ncessaires, dune qualit/identit authentique non rvolue,lexistence de ces faits de la culture dun groupe social est envisage par les procdures internationales de mise en patrimoine en relation avec une perception et une jouissance prtendument dtaches de rapports directs avec les sens. Mais, comme lindique lancien Secrtaire gnral de lIcomos, la conservation et la transmission dune essence intangible impliquent son incorporation invitable dans un bien, donc la recherche dune mise en matire de fragments dimmatriel. Cette opration de sauvegarde, visant la prservation dun tre dynamique mais invisible de la vie culturelle, concide avec la reconnaissance de la dimension implicite structurant les traditions et les expressions orales y compris les langues; les arts du spectacle; les pratiques sociales, les rituels et les vnements festifs; les connaissances et les pratiques concernant la nature et lunivers; les savoir-faire lis lartisanat traditionnel:On entend par patrimoine culturel immatriel, les pratiques, reprsentations, expressions, connaissances et savoir-faire ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associs que les communauts, les groupes et, le cas chant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce</p> <p>patrimoine culturel immatriel, transmis de gnration en gnration, est recr en permanence par les communauts et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment didentit et de continuit, contribuant ainsi promouvoir le respect de la diversit culturelle et la crativit humaine. Aux fins de la prsente Convention, seul sera pris en considration le patrimoine culturel immatriel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de lhomme, ainsi qu lexigence du respect mutuel entre communauts, groupes et individus, et dun dveloppement durable. Lantinomie fondatrice, revendique dailleurs comme un vritable outil heuristique, consiste, alors, dans lexigence de raccorder cette logique symbolique des indices concrets ou des traces matrielles, qui puissent simultanment figer, conserver, rendre explicite et transmissible la fluidit immatrielle des biens identifis comme patrimoine de lhumanit. Dans son texte Le patrimoine, lethnologie, Daniel Fabre aprs avoir remarqu le lien invitable entre limmatriel et ltude des cultures matrielles, affirme que [] parler de patrimoine ethnologique na de sens plein que si lon dpasse la dichotomie toujours latente du matriel et du spirituel, du concret et de labstrait. En reprenant cette analyse, je considre ici que toute tentative dobjectiver la notion dimmatriel comme un absolu conceptuel ne peut correspondre qu une reprise strile dune opposition factice et date. En ce sens et en vue dune rflexion ethnologique consquente sur les significations du patrimoine immatriel, penser limmatriel peut contribuer la problmatisation ncessaire de la relation que, dans les textes officiels et une chelle dsormais mondiale dans le sens commun, cet attribut noue avec les reprsentations de patrimoines dits matriels ainsi quavec les raisons de leurs producteurs et usagers. Il apparat vident que ltendue smantique de lexpression patrimoine immatriel ne peut pas tre mesure laune de celles de patrimoine ethnologique, historique, linguistique, archologique, maritime etc. Au-del des conventions et des dclarations de principes plus ou moins institutionnelles, il serait ardu de reprer, tantt dans les noncs rudits tantt dans les croyances ordinaires des critres partags identifiant la possibilit de transmettre limmatrialit dun savoir, dun objet, dun rituel, dun geste. Du point de vue minemment thorique, on ne peut que constater limpossibilit dune construction transitive mettant en correspondance cette notion avec une discipline, les textes, les ides, les principes, les dires du langage courant dfinissant des pratiques et des rapports entre des individus. Les relations et les expriences ressenties comme non tangibles ou non visibles transcendent, normalement, la prsence de supports logiques intermdiaires. Cela ne signifie pas que linfrence immatrielle relve de constructions discursives non rationnelles, mais que cest une communication directe entre des sujets et leurs actes qui est admise comme liaison productrice de sens.</p> <p>De prfrence, et paradoxalement, la prservation ou la valorisation de limmatriel, comme une qualit ontologique prcdant son devenir patrimoine, semble renvoyer, par dfaut, les aspects singuliers ou originels dune culture un champ flou de significations mobiles. En suivant cette perspective, au cours de mon travail, je vais privilgier lanalyse de quelques-uns des usages sociaux de ce terme plutt que dessayer den expliciter les limites lexicales multiples qui me paraissent comme tant implicitement dj donnes, et souvent comme tant dj assumes, mme par ses tenants et ses praticiens, comme la formulation officiellement propose par lUnesco le montre. En mappuyant sur des suggestions procdant de limplication philosophique classique entre matire et mmoire, jai choisi de sonder, beaucoup plus modestement, les oprations dvocation, avec leurs raisons ethnohistoriques reconnues localement, de la tangibilit mmoriale du pass que le recours lexistence du patrimoine immatriel me semble agencer dans divers contextes patrimoniaux. Le texte prsent ici analyse des situations o, en renversant la formule de muse imaginaire, nous observons des imaginaires collectifs sollicits par la mise en scne de contextes conus comme tant la fois caduques et susceptibles dune conservation. Ces productions peuvent instituer les origines encore vivantes et pourtant dj musales au sens large dun territoire, travers son amnagement architectural, la valorisation de restes archologiques, de pratiques populaires, de narrations littraires ou rudites. De telles oprations semblent rinventer le rel travers la visualisation ou la transmission du pass dentits censes tre en voie de disparition. Ces entits sont penses, alors, comme les miroirs ou les crans dune perte durable, voire de la paradoxale obsolescence de temporalits exotiques conserver et valoriser en vue dun dveloppement durable des lieux qui les expriment. En suivant cette perspective critique, je vais dvelopper une rflexion sur des espaces ethnologiques devenus, ou en train de devenir, des lieux de mmoire producteurs demblmes patrimoniaux. Dans une quotidiennet moderne parcourue par le constat et le sentiment diffus dune uniformisation en marche, les reprsentations contemporaines de la culture peuvent vhiculer la nostalgie dune prtendue intgration perdue jamais des hommes avec leurs milieux traditionnels. De la part des acteurs impliqus, les prises de conscience du potentiel symbolique et conomique dont leur tradition singulire serait porteuse, peuvent sexprimer par une sorte dauto-exotisation. Dans la reconnaissance rudite et institutionnelle dun hritage culturel, saffirme progressivement le rsidu fondamental dun patrimoine, avec ses secrets et ses zones dombre, qui na pas encore t trouv, cest--dire expropri de faon dfinitive par des activits perues comme allognes et homognisantes. De nos jours, les situations marques par un legs procdant de lhistoire des lieux apparaissent caractrises par une sorte de mtamorphose. Une distanciation se voulant objectivante et conservatrice participe de la cration ditinraires interprtatifs baliss de</p> <p>vestiges. Suppose promouvoir les reprises mmorielles individuelles et collectives, la recherche dlibre des preuves physiques ou visibles du pass peut amplifier le prestige du patrimoine in fieri. Tout la fois savantes et populaires, affectives et calcules, publiques et individuelles, indignes et htronomes, ces traces, conventionnelles ou thtrales, explicitent la rhtorique difiant les origines daltrits rvles. Linstitution dun trfonds mmorial autochtone devient la fois un territoire de la pense identitaire et un domaine socio-conomique sensibiliser et alimenter en souvenirs, travers les oprations relatives la valorisation manant des diverses instances locales et internationales impliques ou touches par le march de la culture. Lautorit de lrudition est mise jour comme source et ressource symbolique et matrielle. Limage dun autrefois, cest--dire dune poque qui a t autre pour ses mmes hritiers daujourdhui, que les acteurs locaux entretiennent au cours de leurs dmarches afin dobtenir une lgitimation de la part des instances dcideuses, exprime une conomie de lexotisme. Cette conomie discursive traduit la transformation des socits mises en condition de folklore en socits puisant leur propre authenticit, la fois rvolue et contemporaine, dans laquelle semble parfois se concrtiser le devenir patrimonial de lethnologie. Au cours dun tel processus, lexotisme ne se limite pas participer dune vision rductrice de lailleurs, il est galement une composante politique de la production mythique du social. Parmi ses notions fondatrices, toujours en jachre, nous pouvons cerner alors celles relatives aux origines en perdition dun peuple, dune civilisation, dune cit, dune ethnie, dune frontire, mais aussi dune histoire presque immmoriale et de ses patrimoines jous et vcus devenus, ou en train de devenir, immatriels. La notion de patrimoine immatriel a, de fait, une valeur gnrale: exprimente dans les pays dvelopps antrieurement sa gnralisation par lUnesco, elle est actuellement luvre dans des situations de valorisation culturelle du territoire. Une approche comparative, entre contextes africains et europens, des usages publics du concept de patrimoine immatriel ma sembl nous aider mieux sonder lhistoire actuelle de cette notion qui a t en un premier moment adopte pour signifier le caractre dynamique dentits culturelles appartenant des socits caractrises par une transmission orale des savoirs et des savoir-faire. En ce sens, on a pu mme tablir une quivalence provisoire entre limmatrialit des traditions et labsence ou la raret dcrits, documents, archives, vestiges pouvant les ractualiser. Mais, si cette adquation entre oralit et immatrialit a constitu une lgitimation thorique pralable des politiques internationales de la patrimonialisation, la ralisation des projets de conservation musale et architecturale, a impliqu a contrario la production de supports matriels des mmoires locales, la retranscription et linterprtation rudite sous forme de cosmogonies de la littrature orale, et la surexposition musale, architecturale et thtrale dobjets tangibles ou de phnomnes rituels observables.</p> <p>Dans le cadre de cette tude, jai dvelopp ma rflexion partir de mes expriences de recherche ethnographique en deux rgions africaines o lon peut observer des pratiques sociales et culturelles lies linstitution du patrimoine, sous lgide de lUnesco :le Sanctuaire naturel et culturel des Falaises de Bandiagara, en pays dogon au Mali; le projet ditinraire intercontinental de la Route de lesclave que je suis en train danalyser dans les villes historiques du Bnin et plus particulirement Ouidah. Par la suite, jai focalis mon examen sur la migration du concept de patrimoine immatriel en France. La cration en 2003 dans la rgion du Languedoc-Roussillon du Parc naturel rgional de la Narbonnaise en Mditerrane (PNR) a institu des modes de production du territoire, dont lopration Les archives du sensible me semble tre une manifestation spcifique la mise en uvre de la notion de patrimoine immatriel. Pour ce qui concerne ltude du programme Les archives du sensible, jai analys des actions affrentes lide de patrimoine immatriel, en menant une enqute de terrain, qui sest droule entre les mois de fvrier et de juin 2006, sur les p...</p>

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