Princesse - Danielle Steel

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Princesse - Danielle Steel

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<ul><li><p>Danielle Steel</p><p>PrincesseTraduit par Edwige Hennebelle</p><p>27 Avril 2010</p><p>Presses de la Cit Etranger - Romans</p></li><li><p>Rsum</p><p>Princesse</p><p>Jeune princesse moderne, Christianna a grandi dans son royaume du Liechtenstein, puis fait delongues tudes aux tats-Unis et, depuis son retour au palais, supporte mal le protocole strict de lacour. Pour faire plaisir son pre quelle adore, elle se plie ses obligations mondaines, mais rvede donner un autre sens sa vie.</p><p>Aussi lorsquune prise dotage a lieu en Russie et quelle assiste au travail de la Croix-Rouge,elle na plus quune seule ide: sengager elle aussi dans une organisation humanitaire.</p><p>Christianna extorque son pre la permission de partir comme volontaire en Erithre sous unefausse identit et, dans un camp de rfugis. L, incognito, elle se sent enfin sa juste place et plusheureuse quelle ne la jamais t, dautant quelle rencontre Parker Williams, un jeune chercheuramricain trs sduisant</p><p>A mes enfants bien-aims, Beatrix, Trevor, Todd, Nick, Samantha, Victoria, Vanessa, Maxx,Zara, avec tout mon amour et ma reconnaissance vous qui tes si fabuleux, avec ma profonde</p><p>gratitude pour votre gentillesse, votre affection, ainsi que pour votre gnrosit.</p><p>Puisse votre vie tre facile et heureuse, puissent les opportunits dont vous rvez se prsenter vous.</p><p>Puissiez-vous trouver joie, srnit et amour.</p><p>Je vous souhaite des amis, des compagnons, des conjoints qui vous chrissent et vous traitentavec tendresse, amour et respect, et des enfants aussi merveilleux que vous.</p><p>Si vos enfants vous ressemblent, soyez assurs quils seront une bndiction pour vous.</p></li><li><p>Avec tout mon amour,</p><p>Maman/d. s.</p></li><li><p>Chapitre 1De la fentre de sa chambre, Christianna contemplait le coteau noy de pluie. Sous ses yeux, un</p><p>gros chien blanc au poil gorg deau creusait un trou dans la boue. De temps autre, il relevait la tteet la regardait en agitant la queue, avant de recommencer gratter furieusement. Charles tait unMontagne des Pyrnes que son pre lui avait offert huit ans plus tt et il tait, bien des gards, sonmeilleur ami. Christianna clata de rire lorsquil donna la chasse un lapin, qui lui chappa endtalant. Charles aboya frntiquement, puis recommena creuser, en qute dune nouvelle proie. Ilsamusait comme un fou et elle prenait autant de plaisir le regarder.</p><p>En cette fin dt, la temprature tait encore clmente.</p><p>Christianna avait retrouv Vaduz en juin, aprs quatre annes dtudes Berkeley. Revenir chezelle lui avait caus un choc, et le seul point positif, jusqu prsent, tait Charles. Si elle avait descousins en Angleterre et en Allemagne, et partout en Europe, son seul ami tait Charles. Elle menaitune vie protge et solitaire, et il en avait toujours t ainsi. Il semblait peu probable quelle revoieun jour ses amis de Berkeley.</p><p>Lorsque le chien disparut en direction des curies, Christianna se prcipita hors de sa chambre,bien dcide sortir pour laccompagner. Elle saisit au passage son impermable et les bottes encaoutchouc quelle portait pour nettoyer la stalle de son cheval, puis dvala lescalier de service.Personne ne la remarqua et elle en remercia le ciel. Quelques instants plus tard, elle tait dehors etslanait sur les traces du gros chien blanc.</p><p>A lappel de son nom, il bondit vers elle, manquant la renverser.</p><p>En claboussant tout autour de lui avec sa queue mouille, il posa une patte sale sur Christianna,lui donna un grand coup de langue sur le visage quand elle se pencha pour le flatter, puis repartitcomme une flche, tandis quelle clatait de rire. Elle prit en courant la piste cavalire, Charlesgambadant ses cts. Il faisait trop mauvais, aujourdhui, pour monter cheval.</p><p>Ds que le chien scartait du sentier, elle le rappelait; il marquait alors une brve hsitationavant de revenir vers elle. Ctait un animal obissant, mais la pluie lexcitait, il avait envie de joueret Christianna samusait tout autant que lui.</p><p>Elle ne sarrta quau bout dune heure, un peu essouffle, Charles haletant bruyamment ctdelle. Elle prit alors un raccourci, qui les ramena en une demi-heure leur point de dpart. Ilsvenaient de passer un merveilleux moment mais taient aussi crotts lun que lautre. Les longscheveux de Christianna, dun blond presque blanc, taient emmls et plaqus sur son visage mouill,et mme ses cils taient colls par la pluie. Elle ne se maquillait jamais, sauf lorsquelle devait sortirou tre photographie, et, ce jour-l, elle portait un jean achet Berkeley.</p><p>Ctait un souvenir de sa vie perdue. Elle avait got chaque jour de chacune des quatre annespasses luniversit de Berkeley, aprs stre durement battue pour obtenir le droit dy aller. Sonfrre avait tudi Oxford, et leur pre avait envisag la Sorbonne pour elle. Mais Christianna avaittellement insist pour poursuivre ses tudes aux Etats-Unis que son pre avait fini par y consentir, </p></li><li><p>regret.</p><p>Etre si loin de chez elle lui avait apport une libert quelle avait savoure chaque instant, etelle avait dtest devoir rentrer en juin, une fois son diplme obtenu. Elle stait fait l-bas des amisqui lui manquaient dj; prsent, ils appartenaient cette autre vie quelle regrettait tant.</p><p>Christianna tait revenue dans son pays, pour assumer ses responsabilits et faire ce quonattendait delle. Elle supportait mal ce lourd fardeau, allg seulement par de trop rares momentscomme celui-ci. Depuis son retour, elle avait limpression dtre en prison, et cela, pour la vie. Ellene pouvait le dire personne, car elle aurait paru tre une ingrate. Son pre se montrait extrmementgentil avec elle. Il avait senti, plus quil navait vu, sa tristesse davoir quitt les Etats-Unis, mais ilne pouvait rien y faire. Christianna savait aussi bien que lui que son enfance tait termine, toutcomme la libert dont elle avait joui en Californie.</p><p>Lorsquils parvinrent au bout de lalle cavalire, Charles leva les yeux vers sa matresse,semblant lui demander: Faut-il vraiment rentrer? </p><p>Je sais, murmura Christianna en lui tapotant le flanc. Moi non plus, je nen ai pas envie</p><p>La pluie lui mouillait le visage, mais elle se souciait aussi peu que le chien dtre trempe. Sonimpermable la protgeait. La vue de Charles la fit clater de rire. Comment croire que ce chiencrott tait blanc?</p><p>Prendre de lexercice lui avait fait du bien, comme son fidle compagnon, qui, les yeux tournsvers elle, agitait la queue.</p><p>Cest donc tranquillement quils regagnrent la maison.</p><p>Christianna avait espr rentrer discrtement par la porte de service, mais Charles tait si saleque ctait difficile. Elle tait oblige de passer par la cuisine. Aprs cette sortie, il nchapperaitpas au bain.</p><p>Elle poussa doucement la porte de la cuisine, dans lespoir de ne pas attirer lattention; mais dsquelle leut ouverte, lnorme animal la bouscula, bondit au milieu de la pice et se mit aboyercomme un fou. Pour une entre discrte songea-t-elle avec une petite grimace, avant de jeter unregard contrit aux visages familiers qui lentouraient. Les gens qui taient au service de son pre semontraient toujours gentils avec elle, et elle regrettait parfois de ne plus pouvoir sasseoir parmi eux,dans une atmosphre amicale et chaleureuse, comme lorsquelle tait petite. Ce temps-l aussi taitrvolu. Ils ne la traitaient plus de la mme manire que lorsque son frre Friedrich et elle taientenfants. Christianna avait eu vingt-trois ans cet t; Friedrich, en Asie pour un voyage de six mois,tait de dix ans son an.</p><p>Sans cesser daboyer, Charles sbroua avec vigueur, claboussant tout le monde de boue, malgrles efforts de Christianna pour le matriser.</p><p>Je suis vraiment dsole, dit-elle tandis que Tilda, la cuisinire, sessuyait le visage avec sontablier.</p><p>Celle-ci secoua la tte et lui sourit avec bonne humeur - elle la connaissait depuis sa naissance -,tout en adressant un petit signe un jeune garon qui se prcipita pour emmener le chien.</p></li><li><p>Jai bien peur quil ne soit affreusement sale, dit Christianna en lui souriant.</p><p>Si seulement elle avait pu laver le chien elle-mme! Elle aimait sen occuper, mais il tait plusque probable quon ne le lui permettrait pas. Le malheureux Charles laissa chapper un jappement deprotestation quand on lentrana.</p><p>Je pourrais lui donner son bain</p><p>Mais le chien tait dj parti.</p><p>Bien sr que non, Mademoiselle, protesta Tilda, les sourcils froncs, avant dessuyer le visagede Christianna avec une serviette propre.</p><p>Si elle avait t encore une enfant, Tilda laurait gronde et accuse dtre plus sale que le chien.</p><p>Voulez-vous manger quelque chose?</p><p>Christianna, qui ne stait pas pos la question, secoua la tte.</p><p>Votre pre est dans la salle manger. Il vient de terminer son potage. Je pourrais vous en faireporter</p><p>Aprs une hsitation, Christianna acquiesa en silence.</p><p>Elle navait pas encore vu son pre aujourdhui et elle aimait partager avec lui ces momentstranquilles o il ne travaillait pas et disposait de quelques minutes, ce qui tait rare. Le plus souvententour de membres de son personnel, il tait toujours attendu une runion ou une autre. Prendreun repas seul - ou mieux encore avec sa fille tait un luxe quil savourait particulirement.</p><p>Christianna ladorait et navait accept de quitter Berkeley que pour lui. Certes, elle navait paseu le choix. Elle aurait aim poursuivre ses tudes, seule fin de rester aux Etats-Unis, mais ellenavait pas os le demander, sachant que la rponse aurait t ngative. Son pre voulait lavoirauprs de lui. Christianna savait quelle devait se montrer responsable pour deux, son frre ne ltantpas du tout. Son fardeau aurait t moins lourd si Friedrich avait assum ses devoirs. Mais il nyavait aucun espoir de ce ct-l.</p><p>Aprs avoir suspendu son impermable une patre, elle ta ses bottes. Elles taient beaucoupplus petites que toutes celles qui taient alignes l. Christianna tait trs petite et ressemblait uneminiature. Lorsquelle portait des chaussures plates et que ses longs cheveux blonds tombaientlibrement dans son dos, comme cet instant, il arrivait que son frre, pour la taquiner, la compare une gamine. Elle avait des mains fines et dlicates, une silhouette de rve qui navait rien denfantin,mme si elle tait un peu trop mince, et un profil de came. On disait quelle ressemblait beaucoup sa mre et un peu son pre, dont elle tenait sa blondeur. Lui et son frre taient en revanche trsgrands, largement au-del du mtre quatre-vingts, alors que sa mre avait t aussi petite quelle.</p><p>Celle-ci tait morte dun cancer, dix-huit ans plus tt. Christianna avait cinq ans et Friedrichquinze. Leur pre ne stant jamais remari, Christianna jouait prsent le rle de matresse demaison.</p><p>A ce titre, elle accueillait les invits lors des repas officiels et autres manifestations importantes.Ctait une des responsabilits qui lui incombaient et, mme si elle ny prenait pas de plaisir, elle</p></li><li><p>laccomplissait le mieux possible, par gard pour lui. Tous deux avaient toujours t extrmementproches. Il savait quel point il avait t difficile pour Christianna de grandir sans mre.</p><p>Malgr ses nombreuses obligations, il stait toujours efforc de jouer la fois le rle de pre etde mre auprs delle - une tche quelquefois ardue.</p><p>En jean, pull et chaussettes, Christianna monta quatre quatre lescalier de service. Elle arriva loffice lgrement essouffle, salua les personnes prsentes dun signe de tte et entra sans bruitdans la salle manger. Seul table, le visage srieux, les lunettes sur le nez, son pre parcourait uneliasse de documents et ne lentendit pas.</p><p>Quand elle sassit silencieusement sur la chaise voisine de la sienne, il releva la tte et lui sourit,ravi de voir sa fille.</p><p>Quas-tu fait de beau, Cricky?</p><p>Il lappelait ainsi depuis quelle tait toute petite. Comme elle se penchait pour lembrasser, ilposa sa main sur sa tte et remarqua quelle avait les cheveux mouills.</p><p>Tu es sortie sous la pluie? Es-tu donc monte cheval par ce temps?</p><p>Il sinquitait toujours plus pour elle que pour Freddy. Elle tait si menue et lui paraissait sifragile! Depuis sa naissance, il la considrait comme un don du ciel. De plus, elle ressemblaitextraordinairement sa mre.</p><p>Celle-ci avait lge de Christianna lorsquil lavait pouse. Elle tait franaise et de sang royal,descendant des Orlans et des Bourbons. Lui aussi tait dascendance royale. Ses anctres taientallemands pour la plupart, mme sil comptait des cousins en Angleterre.</p><p>Bien que sa langue maternelle ft lallemand, il avait toujours parl franais avec la mre deChristianna, langue quelle employait avec ses enfants. En souvenir delle, il avait continu sadresser eux en franais. Ctait toujours la langue dans laquelle Christianna se sentait le plus laise et quelle prfrait, mme si elle pratiquait aussi lallemand, litalien et lespagnol. Quant langlais, elle le parlait prsent couramment, ayant fait de fantastiques progrs durant ses quatreannes dtudes en Californie.</p><p>Tu ne devrais pas monter quand il pleut, gronda-t-il gentiment.</p><p>Tu vas attraper un rhume, ou pire.</p><p>Depuis la mort de sa femme, il redoutait toujours quelle ne tombe malade.</p><p>Je ne montais pas, expliqua-t-elle, je suis juste alle me promener avec le chien.</p><p>Tandis quelle parlait, un valet de pied dposa devant elle une assiette en fine porcelaine deLimoges borde dun filet dor. Le service, vieux de deux cents ans, avait appartenu sa grand-mrefranaise; il en existait dautres daussi grande valeur, hrits des anctres de son pre.</p><p>Avez-vous beaucoup de travail aujourdhui, papa?</p><p>Son pre hocha la tte tout en repoussant ses papiers avec un soupir.</p><p>Pas plus que dhabitude, rpondit-il. Il y a tant de drames dans le monde, tant de conflits qui ne</p></li><li><p>peuvent tre rsolus!</p><p>Laide humanitaire est si complique de nos jours Il ny a plus rien de simple.</p><p>Les engagements humanitaires de son pre taient largement connus, et ctait lune des chosesque Christianna admirait chez lui.</p><p>Tous ceux qui le connaissaient le tenaient en grande estime et prouvaient une profonde affectionpour lui. Altruiste, courageux et droit, il tait un modle pour ses enfants.</p><p>Christianna suivait son exemple et lcoutait, mais Freddy se montrait plus gocentrique et neprtait pas attention aux ordres, aux demandes et aux conseils de son pre. La dfection de Freddyobligeait Christianna assumer les devoirs et dfendre les traditions sa place. Sachant combienleur pre tait du par Freddy, elle se sentait tenue, dune certaine manire, de compenser sesmanquements.</p><p>En vrit, Christianna ressemblait beaucoup son pre et sintressait passionnment ce quilfaisait, surtout lorsquil sagissait daider des pays en voie de dveloppement. A plusieurs reprises,elle tait partie travailler comme bnvole dans certaines parties pauvres dEurope, et navait jamaist plus heureuse que durant ces missions.</p><p>Elle lcouta avec intrt lui exposer ses derniers projets, lui donnant de temps autre son avissur la question. Ses remarques taient senses et intelligentes, et il ne regrettait quune chose: que sonfils ne possde pas son intelligence et son dynamisme.</p><p>Il avait insist pour que Freddy aille tudier Oxford, puis Harvard, o il avait obtenu undiplme de droit des affaires. Mais cela ne lui tait daucune utilit, en regard de lexistence quilmenait.</p><p>Il tait conscient que, depuis son retour, Christianna avait limpression de perdre son temps.Cest pourquoi il...</p></li></ul>