pour blanchot - .réponse de maurice blanchot à une enquête japonaise sur le roman policier. -

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  • POUR BLANCHOT

    RPONSE LAUTRE BLANCHOT DE M. SURYA

    SUIVI DE

    LETTRE UNE CRIVAINE SUR MAURICE BLANCHOT

    1

  • Rponse de Maurice Blanchot une enqute japonaise sur le roman policier.

    - Est-ce que vous vous intressez au roman policier ?

    - Non.

    - Pour quelle raison ?

    - Il y a dj trop de police dans notre socit.

    Le contenu du numro de mars 2014 de Lignes, intitul Les politiques de Maurice

    Blanchot, 1930 - 1993, a de quoi dconcerter le lecteur rest sur limpression des

    deux prcdentes livraisons de la revue consacres en totalit (le n 11), ou en

    partie (le n 33) Blanchot. Un tonnement la mesure de lintrt, sinon plus que

    Lignes avait jusqu prsent port la personne et loeuvre de Maurice Blanchot.

    Parler de compagnonnage serait excessif. Pourtant, comme le rappelle la premire

    phrase de prsentation de ce numro 43, Lignes figure parmi les revues amies de

    Blanchot. Plus que dautres, ajouterais-je. Cette dernire livraison, qui comprend

    deux parties bien distinctes, se prsente la fois comme un dossier charge (la

    premire partie), et dcharge (la seconde). En prcisant que les auteurs des

    textes de la premire partie (Michel Surya except) ne sont nullement des

    collaborateurs de la revue, alors que la seconde partie comporte des articles signs

    de membres du comit de rdaction de Lignes (plus Jean-Luc Nancy, un ami de la

    revue).

    Le texte de prsentation voque quelque chose de lordre dune ncessit (laquelle

    incomberait aux amis de Maurice Blanchot) : celle de se livrer limportant travail

    qui resterait faire sur lcrivain (travail consistant mettre jour, articuler, et

    penser la totalit de sa trajectoire politique). Une faon dj biaise daborder le cas

    particulier de Blanchot. Jaurai longuement loccasion dy revenir. Ce travail, daprs

    2

  • Lignes, a t mal peru les rares fois quil a t entrepris. Ceci pour trois raisons.

    Dabord le temps nen tait pas encore tout fait venu, ensuite car ce travail avait

    t trop parcellaire et personnel, enfin parce quil nest pas rare quil ait t

    malintentionn (chez des personnes hostiles Blanchot). Ce texte de prsentation

    conclut que ce travail peut sembler dplaisant, il lest. Sans doute, mais pas

    exactement pour les raisons auxquelles semble ici penser Lignes.

    Avant den venir dans le dtail la longue contribution de Michel Surya Lautre

    Blanchot, souvent discutable, quelquefois irritante, mais dune densit telle quil

    convient de non moins longuement argumenter contre elle (et qui pose des

    questions recevables, parfois pertinentes, dpassant le cas mme de Blanchot),

    ltonnement que jvoquais plus haut se trouve redoubl par la prsence crasante

    dans ce numro 43 de ce texte de Surya ( ce point crasante que je ne me

    rfrerai qu lui). Car, malgr tout, et en dpit du fait que le lecteur est demble

    prvenu dans le court texte de prsentation du ct dplaisant de lexercice, il

    prend ici sous la plume de Michel Surya des aspects auxquels on ne sattendait pas,

    de rancurs et de ressentiment presque, problmatiques en tout cas. Dailleurs cet

    article a pu apparatre aux yeux de quelques-uns de ceux qui ne figurent pas parmi

    les amis de Blanchot comme une divine surprise ou la marque dune honntet

    intellectuelle chez Surya. Mon dsaccord, fondamental, avec Lautre Blanchot

    porte sur la mise en quivalence par Surya des deux Blanchot, comme si en 2014

    la balance devait squilibrer entre lun et lautre au nom dun devoir dinventaire que

    Lignes, plus que dautres, serait en mesure de mener bien. Vue spcieuse, voire

    dangereuse parce quon ne peut absolument pas mettre sur le mme plan le premier

    Blanchot, le journaliste crivant dans la presse dextrme-droite durant les annes

    30, un second couteau pour tout dire ; et le deuxime, celui qui sest fait connatre

    pendant lOccupation travers les publications de Thomas limposteur, Aminadab,

    Faux pas, et qui aprs la Libration a acquis la rputation que lon sait en publiant

    3

  • plusieurs essais littraires (et en ayant paralllement crit des textes dintervention

    politique partir de 1958).

    Toute la dmonstration de Surya sen trouve biaise, affecte, dvalue. Je le

    prcise maintenant pour ne pas tre oblig dy revenir chaque fois. Le pass de

    Blanchot ne passe assurment pas pour Surya qui y revient de manire

    obsessionnelle. Cela porterait moins consquence si par ailleurs, eu gard ce

    que Surya retient aujourdhui de ce pass, un soupon ne se trouvait report sur le

    second Blanchot. Michel Surya ne va pas jusqu affirmer explicitement, comme on

    a pu le lire ici ou l, que le second Blanchot (du moins celui associ la revue 14

    juillet, au Manifeste des 121, la Revue Internationale, et surtout mai 68),

    reprend, ceci sur lair des extrmes qui se rejoignent, des thmatiques ou le

    vocabulaire du premier Blanchot, le journaliste des annes 30. Pas exactement,

    mais il laisse parfois planer le doute (sur le vocabulaire justement). Les diffrents

    aspects de la critique que Surya adresse Blanchot peuvent tre rsums ainsi : 1)

    le silence de Blanchot, 2) la question Heidegger, 3) lantismitisme, 4) les

    justifications de Blanchot, 5) lre du soupon. Ces thmatiques traversent Lautre

    Blanchot dun bout lautre, mais par un souci de clarification je les reprendrai

    dans cet ordre.

    Auparavant cependant, une question terminologique doit tre pose. Le second

    Blanchot se trouve le plus souvent chez Surya associ ou rduit au Blanchot

    politique (de 1958 1969). Pour vritablement, objectivement, lopposer au premier

    (quoiquon puisse par ailleurs penser de la lgitimit de cette opposition) encore

    aurait-il fallu prendre le second dans sa totalit. La perspective choisie par Surya

    sen trouve fausse. Et puis cette diffrenciation entre textes politiques et textes

    littraires de Blanchot nest pas toujours pertinente. Ou alors, jy reviendrai, elle

    tend circonscrire les premiers dans la seule (ou majoritairement) opposition au

    gaullisme. Ce qui est rducteur. Les documents auquel se rfre Surya (14 juillet,

    4

  • Manifeste des 121, Revue Internationale, le Comit ) sont principalement des textes

    dintervention politique. On y dbusque dans quelques-uns dentre eux ce que lon

    pourrait appeler une mystique rvolutionnaire. Surya nen disant mot, jen resterai

    l. Paralllement, de nombreux textes littraires crits par Blanchot ne sont pas

    trangers tout ce que la notion de politique met en branle. Jen veux pour preuve,

    pour ne citer que cet exemple, limportant article que Blanchot consacre en 1946 au

    surralisme (Rflexions sur le surralisme). Ces oublis et raccourcis (lacunes ou

    occultation dlibre, je ne sais) ne plaident gure en faveur de la validit de ce

    travail qui esterait faire sur Maurice Blanchot. Mais revenons dans le dtail

    Lautre Blanchot.

    1) Ce nest pas tant la dcouverte du pass extrme-droitier de Maurice Blanchot

    qui reprsenterait un problme pour Surya que le silence de lcrivain sur ce pass :

    Blanchot, selon lui, ne layant pas reconnu, ou si peu ou si mal. Le reproche ne

    porte donc pas a priori sur le contenu des articles publis dans la presse dextrme-

    droite mais sur le fait que Blanchot se soit en quelque sorte interdit ensuite de le

    mentionner, et plus encore de le penser. Quaurait voulu Surya : que Blanchot fasse

    son autocritique ? 20 ans, ou 30 ans, ou 40 ans plus tard ? En quoi ce que Surya dit

    tre la pense de Blanchot sest-elle montre incapable de penser ce pass ? Elle

    sest rgulirement inscrite en faux avec une rare constante contre les ides, la

    reprsentation du monde, lidologie qui avaient t celles du premier Blanchot. Le

    second na t-il pas rpondu, certes pas sur le mode de lautocritique

    (heureusement !), indirectement, en crivant depuis 1941 cette oeuvre-l, ces

    textes-l, ces livres-l. La meilleure rponse qui soit. La seule qui compte

    vritablement. La seule qui devrait compter.

    Surya se situe sur le terrain des habituels contempteurs de Blanchot en associant

    le concept deffacement chez lcrivain, quon ne lui fera pas linjure de mconnatre,

    leffacement dlibr par le second Blanchot des annes dextrme-droite. La

    5

  • ficelle parait un peu grosse pour qui sait que ce concept dsigne tout autre chose :

    leffacement du nom de lauteur ( linstar des textes non signs de 1968 publis par

    Comit ), ou leffacement du corps de lcrivain (ici le refus dtre photographi), ou

    leffacement de loeuvre, etc. Certains aspects de la pense de Blanchot, cette

    notion deffacement par exemple, ou celle de dsuvrement laissent certainement

    Surya circonspect, soit ; mais de l sen servir de telles fins ! Autre grief, dans le

    mme registre : Blanchot aurait dissimul Bataille, Antelme, Nadeau, Mascolo,

    Laporte, lautre quil avait longtemps t (et cette dissimulation concerne aussi

    une autre gnration : Nancy, Lacoue-Labarthe, Derrida). Mais dissimuler quoi ?

    Cest ridicule. Tous savaient que Blanchot avaient crit durant les annes 30 dans la

    presse dextrme-droite.

    Surya laisse entendre que Lignes, durant un certain temps, du vivant de Blanchot

    sembl