poum : aventures d'un petit garçon

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  • Paul et Victor Margueritte

    PoumPoumAventures dun petit garon

    BeQ

  • Paul et Victor Margueritte

    PoumAventures dun petit garon

    La Bibliothque lectronique du QubecCollection tous les ventsVolume 1294 : version 1.0

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  • De Paul Margueritte, la Bibliothque :

    la merJours dpreuve

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  • Poum : aventures dun petit garon

    dition de rfrence :Paris, Librairie Gedalge.

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  • Poum ressemblait tous les autres enfants. Il vint au monde en pleurant. Il tait de temprament humide. Une voyelle et trois consonnes exprimrent pendant longtemps tout le vocabulaire de sa bouche sans dents. Elles rsumaient le monde en deux mots : le sentiment et linstinct, avec ce quils comportent dineffable idal et de puissante matrialit : papa, la tendresse ; tata, la nourriture.

    Les premiers voyages dexploration auxquels se livra Poum furent, si lon peut dire, assis, alors que, soud un singulier petit vase, il se dplaait par un mouvement insensible, raclant des pieds le parquet. Christophe Colomb de la nursery, il dcouvrit ainsi des montagnes qui taient des fauteuils, se cogna des icebergs qui taient des angles de table, patina sur les lacs gels des carreaux de faence, connut les pincettes, la pelle et le soufflet.

    La premire parole remarquable profre par ce jeune gentleman attesta lirrcusable

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  • domination de lastre sous lequel il tait n, et dont linfluence devait jamais le poursuivre. Dlaissant un dlicieux miam-miam de tata-lolo, il leva au plafond des yeux extatiques, fascin par le rond de clart quy projetait la lampe.

    Oh ! la lune ! scria-t-il.Et longuement il ba, on ne sait quel rve en

    ses yeux vagues.La seconde parole mmorable lance par

    Poum marqua bien quil subissait, tout comme un autre, lattirance de ces deux ples magntiques qui rgissent contradictoirement notre tre, la peur et le courage, lune mre des lches, lautre pre des hros. Chaque jour (il marchait alors sur deux petites jambes de beurre) Poum accompagnait sa maman la basse-cour. Il se plaisait voir distribuer le grain aux poules ; et raccroch aux jupes, fier et pusillanime, il rptait dune voix qui tremblait daudace :

    Il a pas peur des cocottes, Poum !Ces paroles, que la postrit complaisante a

    recueillies, constituent les souvenirs de chaque

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  • homme et le bagage ridicule et attendrissant de son pass.

    *

    Poum tait prdestin au rve, avec un rien dhurluberlu.

    Il ne saisissait pas bien les rapports qui unissent entre eux les tres et les choses, et il ne cherchait pas approfondir linfini. Mais il sentait de manire intense, et le monde visible et invisible se dformait en lui, avec une force extraordinaire de souvenir et dvocation.

    Bien des fois, absent, parti dans la lune , il scoutait voir et entendre. Un jour, on chercha Poum dans toute la maison, dans tout le jardin. On courut sur la route. On fit monter cheval les ordonnances. Au bout de trois heures de recherches, on le trouva blotti sous un norme chou montant. Que faisait-il l ? Attendait-il de renatre ? Fakir ingnu, contemplait-il son nombril ? coutait-il la voix du Silence et de

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  • lAbsolu ?Personne ne le sut jamais.Lui non plus.

    *

    Poum avait un caractre affectueux. Il aima de prfrence les objets, parce quils sont inertes et cependant dociles. Dun bout de bois, on tire des merveilles, on creuse des puits, on trace des routes. Tout ce qui vit, au contraire, vous drange et vous nuit. Un chat griffe, un chien mord, un cheval se cabre ; tout cela fait peur. Pourquoi est-ce que le gigantesque Polyphme aboie si mchamment, quand Poum se dfile, prudent, vingt mtres ? Le visage humain lui-mme a quelque chose dinsolite et de dur. Poum naime pas le palefrenier qui senivre et qui jure. Pauline, sa bonne, linquite comme un gnie redoutable et malin, dont la libert, la joie de Poum trop souvent dpendent. Il la craint bien plus que sa maman, qui a un visage si doux et si bon.

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  • Une figure terrible, une grosse voix, des moustaches blanches hrisses, quelquun dont Poum a horriblement peur, cest son pre. Un prestige lenvironne ; devant lui, des respects se prosternent. Apparat-il ? les ordonnances sempressent. Dans sa tunique galonne dor, son pantalon dun rouge carlate, le colonel fulgure comme un Dieu des temptes. Poum nest pas bien sr si son pre ne commande pas, en plus de son rgiment, au vent, la pluie, aux habitants de la ville et de la France. Est-ce que son papa serait lEmpereur, par hasard ?

    Que ce papa soit le meilleur et le plus doux des hommes, rien ne sy oppose. Mais comment Poum le saurait-il ? Quand il entend la forte voix de commandement, il regarde le trou de la serrure. Trop petit, ce trou ; Poum ny peut passer.

    Grand-pre Vernobre a des traits moins prcis. Que Poum reste trois jours sans le voir, il loublie. Et, cependant, grand-pre nest pas un personnage de mince importance : il inspire le dcorum quil exige, il a lair de M. Dcorum lui-

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  • mme, cest--dire de quelque chose dun peu raide, de fig, de trs grave. Tout cela sexplique : grand-pre sait beaucoup de secrets : il ne les dit pas. a le rend srieux comme une carpe.

    Cousine Mad et cousin Stp sont des acteurs de premier rle dans le drame et la comdie que Poum, inconscient, joue et vit. Quy a-t-il encore ? Oh ! quelquun de trs curieux, qui lui ressemble comme un frre, un drle de petit garon plot, gringalet, yeux absents, bouche fendue, doigts sales ; et ce petit garon habite les miroirs. Il en surgit, ds que Poum sy cherche. Et ils se regardent longuement, avec gravit, tous deux, loriginal et le reflet.

    *

    Mais lenchantement, le paradis, ce qui est pour Poum la raison de vivre, le bonheur suprme, la merveille des merveilles, cest le jardin, ce jardin de langueur et de sommeil qui

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  • semble celui de la Belle au Bois dormant, ce jardin des pays chauds, des plages de soleil, de la grande mer bleue dont on aperoit, entre les platanes de la large alle, le miroitement de satin clair, les moires dlicates. Jardin o le ciel est dun bleu si pur, o les nuages sont dune neige si lgre, quelle vogue au vent trs haut ; jardin que le soleil crible, o les roses sont plus roses que les roses de partout ailleurs. Jardin plein dinsectes bleus, verts, ails, de fruits dor, de palmes vertes ! Jardin o il fait si bon vivre !

    La maison ct est hostile : blanche, oui, propre et frache, oui ; prcieuse avec sa salle manger o fument de si bons plats, belle avec son salon de meubles en soie ramages sur lesquels on nose pas sasseoir, agrable avec tous ses coins perdus, lingerie, buanderie, salle de bains, effrayante aussi par ses corridors le soir et ses rduits o les robes ont lair des femmes de Barbe-Bleue, pendues ; mais belle ou laide, hospitalire ou ennemie, cest la maison, toujours un peu la prison.

    Tandis que le jardin !... Dans le jardin, Poum

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  • savoure la sauvage libert du lazzarone qui cuit au soleil, du Cosaque galopant dans les steppes de lUkraine, de lEsquimau dans sa hutte de glace. Et Poum a son arbre favori, dans lequel il se hisse, sinstalle califourchon sur la matresse branche. Immobile, pendant des heures, il coute, retenant sa respiration, le tic tac de la petite horloge de vie, le cur qui bat dans sa poitrine ; ou bien lil baignant dans lazur, il regarde monter et descendre, comme en une fluide essence, une bte singulire, qui va, vire, flotte, une espce dinsecte noir avec des trous, qui nexiste pas, lui a-t-on affirm, mouche volante, caprice de son il.

    *

    Poum na sur tout que des notions lmentaires. Il sait que mentir est un crime norme. Il a dcouvert que faire ce qui est dfendu cause des satisfactions immenses. Lobissance le rvolte, et la crainte le dompte. Au-del du monde, constitu par le vaste jardin,

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  • et des tres suprieurs a lui, plus grands, plus forts, gants bizarres, qui y dominent et le dominent, nain minuscule, il ne simagine rien. Il croit, parce que Pauline le lui a dit, que les toiles sont des vers luisants, et il a peur quil ne lui en tombe une dans le cou. Il aime regarder le soleil en face, parce quaprs les arbres paraissent rouges.

    Sa religion est encore vague. Il prie, toujours mal veill ou bien endormi. Cela le trouble ce bon Dieu qui voit tout et que lon ne voit pas. M. le cur a parl en chaire du doigt de la Providence ; ce doit tre un fameux doigt !

    Est-ce quil y a un d, dargent ou dor, au bout ? Un d grand comme la timbale de Poum ? Un d boire ?

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  • Le livre dtrennes

    Poum tait plong dans sa lecture ; il y trouvait un intrt si vif, quil oubliait de ronger ses ongles. De contention, sa figure prenait une expression hagarde, et ses oreilles devenaient toutes rouges.

    La princesse, monte sur llphant, mangeait de la confiture de roses dans une soucoupe dor, quand voil quune grosse main, duvete de poils gris, sinterposa entre le nez de Poum et le livre quelle confisqua :

    Quest-ce que tu lis, Poum ?Poum se retourna, furieux, reconnut son grand

    pre et dit, avec plus de vivacit que de politesse :

    Tu le vois bien, cest un livre que Mme de Falcord ma donn !

    Et il lana la main pour rattraper le livre, le manqua. Grand-pre, le haussant jusqu ses

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  • yeux, en examinait les