n° 26 - paroisse saint-maurice - cathédrale de tours · lieux de mémoire h onoré de balzac est...

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P8 - Christus vivit : le Pape parle aux jeunes P6 - Abus sexuels Oser en parler t rames N° 26 - Printemps-Été 2019 - Journal semestriel gratuit pour les habitants des paroisses de Saint-Maurice, Notre-Dame la Riche et Saint-Côme en Loire DOSSIER L’ÉGLISE AU MILIEU DU VILLAGE : les « affaires », une relecture P3 - Balzac : la Grenadière P12 - Rencontre : histoire des Jeudis de la différence GRATUIT

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  • P8 - Christus vivit : le Pape

    parle aux jeunes P6 - Abus sexuelsOser en parler

    tramesN° 26 - Printemps-Été 2019 - Journal semestriel gratuit pour les habitants des paroisses de Saint-Maurice, Notre-Dame la Riche et Saint-Côme en Loire

    DoSSieR

    l’Église au milieu du village : les « affaires », une relectureP3 - Balzac :

    la grenadière

    P12 - Rencontre : histoire des Jeudis de la différence

    G R A T U I T

  • Trames un journal pour les habitants des paroisses Saint-Maurice (cathédrale, églises Saint-Pierre-Ville, Saint-Julien et Sacré-Cœur),

    Notre-Dame la Riche et Saint-Côme en Loire (La Riche, Saint-Genouph, Berthenay)

    trames : 7 rue Delpérier 37000 Tours - N° ISSN : 2269-2169

    Directeur de la publication : François du Sartel - Rédactrice en chef : Ghislaine Cwidak - Rédacteurs : Ghislaine Cwidak, Christian Massé, Paule Veyret-Logerias,

    Nicole Dory, invités de la rédaction - Maquette : Pascale MarquetCrédits photos : C. Massé, Pixabay - Imprimé par : Onlineprinters.fr

    Un tsunami

    Les « affaires » dans notre Église, qui depuis des années maintenant secouent l’opinion, créent beaucoup de scandales et de souffrances chez tous ceux qui l’aiment et la respectent ; elles déstabilisent nombre de catholiques qui ne savent comment dire leur peine ou leur colère.

    Un tsunami qui, par vagues successives, se révèle dévastateur… Les « révélations » s’arrêteront-elles un jour ? Arrivera-t-on à l’épuisement des scandales cachés qui viennent si violemment à la surface ? Comment l’Église, témoin de la tendresse de Dieu, peut-elle porter en son sein des personnes aux actes si néfastes ?Aux quatre coins du monde, on n’ose même plus compter les victimes…Cela nous pose des questions redoutables : Comment faire la vérité  ? Comment entendre, accompagner les personnes

    victimes des abus ? Comment essayer de réparer ? À quels changements structurels sommes-nous appelés ?Ce repositionnement est d’autant plus important que l’effet « focus » des médias vient occulter tout ce que bien des chrétiens essaient de témoigner et de mettre en œuvre en fidélité à l’Évangile. Ce numéro de trames essaie modeste-ment d’apporter sa pierre à la grande réflexion à laquelle le pape François invite l’ensemble des chrétiens, pour que les choses changent.

    l P. François du Sartel

    Trames N° 26 - Printemps Été 20192

    Édito

    Sommaireedito : P 2 Un tsunami

    lieux de mémoire : P 3 La Grenadière

    P 3 Photo mystère

    dOssier : les « affaires », uNe releCture P 4 Bons et mauvais secretsP 5 Abus d’autorité dans l’Église ? Revenir à la source.P 6 Les abus sexuels : oser en parler pour oser parler

    P 7 Libérer une parole

    spot jeunes : P 8 Christus vivit

    On passse au vert :P 9 La biodiversité passe du vert au rouge !

    Culture, lire et voir : P 10 Cinéma : Grâce à DieuP 11 Livre : La vie en abondance

    rencontre avec : P 12 Jacques et Jehanne Cauchy, les Jeudis de la différence

  • Trames N° 26 - Printemps Été 2019 3

    la grenadièreLieux de mémoire

    Honoré de Balzac est né à Tours. Son père, Bernard François Balssa, dit Balzac, est administrateur de l’hospice général de Tours et adjoint au maire de la ville. Le jeune Honoré est mis en nourrice à Saint-Cyr-sur-Loire, où il sera rejoint par sa petite sœur l’année suivante. Il gardera de ces années le souvenir des jeux de construction de boue et de cailloux avec lesquels lui et sa sœur passaient leurs journées. Est-ce à cause de ces doux souvenirs qu’il revient à Saint-Cyr au cours de l’été 1830, pour vivre à la Grenadière  ? Il y séjourne avec son amie Madame de Berry.

    La closerie de la Grenadière relevait du fief de Chaumont, suivant une déclaration rendue par Michel

    Chartier le 5 mars 1651. Avant que Balzac y séjourne, la Grenadière avait déjà connu plusieurs propriétaires ; c’est Madame Coudreux (fille d’un ancien manufacturier de Tours) qui la louera en 1830 à Balzac, avant de la mettre en vente en 1860.

    En 1832, Balzac rédige la nouvelle intitulée La Grenadière, qui com-porte une description fidèle des lieux : « La Grenadière, une petite habitation située sur la rive droite de la Loire, en aval et à un mille environ du pont de Tours. En cet endroit, la ri-vière large comme un lac, est parsemée d’îles vertes et bordée par une roche sur laquelle sont assises plusieurs mai-sons de campagne, toutes bâties en pierre blanche, entourées de clos de vigne et de jardins où les plus beaux fruits du monde mûrissent à l’exposi-tion du midi… La Grenadière sise à mi-côté du rocher, à une centaine de pas de l’église, est un de ces vieux logis âgés de deux ou trois cents ans qui se rencontrent en Touraine dans chaque jolie situation. La maison apparaît sur un perron voûté sous lequel se trouve la porte d’une cave creusée dans le

    rocher. La façade composée de deux larges fenêtres séparées par une porte bâtarde et de trois mansardes prises sur le toit à deux pignons d’une élé-vation prodigieuse relativement au peu de hauteur du rez-de-chaussée. La construction en colombage dont les bois extérieurs étaient garantis par des ardoises dessinant sur les murs de lon-gues lignes droites ou transversales. »

    Balzac conserve de son séjour à la Grenadière un souvenir ébloui : « Elle est au cœur de la Touraine, une petite Touraine où toutes les fleurs, tous les fruits, toutes les beautés de ce pays sont complètement représentés… Personne n’y reste sans sentir l’atmos-phère du bonheur, sans y comprendre toute une vie tranquille, dénuée d’am-bition, de soucis. »

    Les choses ne sont pas restées im-muables ; après presque deux siècles, seuls quelques tableaux anciens té-moignent encore de cette époque.l G. CwidakD’après Balzac en Touraine (Paul Métadier, 1968, Hachette) et Saint-Cyr-sur-Loire, une commune à la re-cherche de son passé (P. Leveel, 1990, Éditions Maury)

    En cette Année Balzac, difficile de ne pas évoquer les lieux de Touraine où vécut l’écrivain, né le 20 mai 1799. Attardons-nous sur l’un d’entre eux : la Grenadière.

    Photo mystère Reconnaissez-vous ces petites églises de Tours ?

    Solution en page 11

  • Trames N° 26 - Printemps Été 20194

    Comment se fait-il que des actes ignominieux ne soient pas connus, mis au jour ? Comment est-il possible que des personnes gardent pour elles pendant des années les violences qu’elles ont subies, sans pouvoir les dénoncer ? Il y a des explications à ce phénomène que les psychiatres sont en mesure d’éclairer. Mais n’y a-t-il pas aussi la complicité d’un système qui empêcherait une parole libre  ? Il faut accepter de se poser sérieusement la question si nous voulons honnêtement assainir la situation, et sortir des ambiguïtés qui ont fait tant de victimes.

    il y a du bon secret… celui qui permet la liberté !

    Le secret dit « de la confession » est de cet ordre. Un lieu où tout peut se dire, où la vérité du cœur peut s’ex-primer, sans rencontrer les obstacles qu’une parole publique entraînerait inévitablement, c’est vital. Dans ce cadre, le secret peut permettre une clarification, une libération, pour une décision vers une vraie conversion de vie. Ce secret-là fait grandir ! Nous connaissons ailleurs cette pratique : le secret professionnel est de cet ordre.

    … mais il y a aussi un secret malsain.Celui qui confine le mal et empêche

    les mesures nécessaires pour en sor-tir. Les raisons de ce mauvais secret, nous les connaissons : la peur, la sauvegarde d’une pseudo notoriété, la crainte du scandale… Secret dont

    les conséquences sont, au final, bien pires que la mise en lumière de ce qui le motive. Il faut bien reconnaître que l’Église (comme beaucoup d’autres institutions) est souvent tombée dans ce piège.

    Le critère définitif est la liberté des personnes : si un secret enferme, il est illégitime ! Les catholiques, à tous les niveaux de responsabilité, doivent donc se repositionner face à ce qu’on pourrait appeler une « culture du secret », pour bannir définitivement les attitudes mortifères et entrer dans quelque chose de juste. Cela n’exclut nullement la délicatesse et la discrétion (ce qui est clairement autre chose).

    Le tsunami que représentent toutes ces affaires pourraient avoir au moins cela de bon : obliger à une clarification sur la notion de « secret ».l P. François du Sartel

    Dossier : les « affaires », relecture

    BONs etmauvaisseCrets

    au cœur des affaires qui déchaînent la critique ces derniers mois se trouve la question du secret dans l’Église… mais comment distinguer un bon secret d’un mauvais secret ?

  • Trames N° 26 - Printemps Été 2019 5

    abus d’autorité dans l’Église ?revenir à la source

    la source, c’est le ChristRéfléchir l’autorité dans

    l’Église, c’est toujours commencer par regarder le Christ. Dès le premier chapitre de l’évangéliste Marc, nous voyons la mise en œuvre de l’autorité (exousia en grec) de Jésus. Cette auto-rité n’est pas présupposée, elle est mise en scène et donc rendue efficace dans un acte de libération. « On était frap-pé par son enseignement, car il ensei-gnait en homme qui a autorité, et non comme les scribes. »1

    Cette autorité s’exprime à l’égard de l’esprit impur ; «  ils furent tous frap-pés de stupeur et se demandaient entre eux  : ‘‘Qu’est-ce que cela veut dire  ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent.’’ »2

    L’autorité de Jésus réside dans la cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, et cette cohérence s’accomplira pleinement sur la Croix. Son autorité est une puissance d’amour créatrice et libératrice. Elle met en œuvre son affirmation : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, la vie en abondance ».3

    L’autorité du Christ a été remise aux apôtres et Paul osera affirmer que l’Église est le corps du Christ. «  Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude. »4 Dans l’Évangile de Matthieu, il est bien précisé : « Aucune autorité humaine ne peut dans l’Église

    prendre la place du Christ. Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur ».5

    Quand le service devient pouvoir Les ministères dans l’Église

    sont pour la vie de l’Église, dans la force de l’Esprit Saint. Ils sont à accueillir comme une grâce pour la vie du corps des baptisés, investis du même sacerdoce. Les ministres exercent leur ministère au sein et au service de la communauté. Souvenons-nous de l’affirmation de saint Augustin : « Avec vous je suis chrétien, pour vous, je suis évêque ». Les ministres veillent à l’édification du corps.

    Il demeure qu’au cours de l’histoire, des hommes ont transformé le service en pouvoir ! Comment vivre l’obéis-sance sans infantilisme d’attachement ou d’opposition ? Nous savons bien

    qu’il est aussi facile de s’opposer sys-tématiquement que d’obéir sans ré-flexion, aveuglément.

    L’exercice de l’autorité dans l’Église est une responsabilité devant Dieu. Elle invite au discernement en conscience. Le Concile nous a rappelé que « la conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre »6. L’autorité a besoin d’être reconnue et comprise comme légitime. Elle appelle le dialogue, qui suppose la reconnaissance mutuelle et ne peut s’exercer que dans l’amour et la chasteté, pour ne pas laisser de place à la perversion.

    La quête d’autonomie de l’homme contemporain doit se conjuguer avec la nécessaire communion en vue du Bien Commun. L’exercice de l’autorité bien vécue est un chemin de liberté à l’écoute du Christ.l P. Jean-Marie Onfray1. Évangile selon st Marc, chapitre 1, verset 22 (Marc 1,22) 2. Évangile selon st Marc, chapitre 1, verset 27 (Marc 1,27) 3. Évangile selon st Jean, chapitre 10, verset 10 (Jn 10,10) 4. Lettre de st Paul aux éphésiens, chapitre 1, versets 22-23 (ep 1,22-23)5. Évangile selon st Matthieu, chapitre 23, versets 8 à 11 (Mt 23, 8-11)6. Constitution Gaudium et Spes, paragraphe 16 (GS 16)

    le Père Jean-marie Onfray, théologien moraliste, nous donne quelques clés pour mieux comprendre le sens de l’autorité dans l’Église.

  • Trames N° 26 - Printemps Été 20196

    les abus sexuels : oser en parler pour oser parler

    De par son statut, l’enfant est en-tièrement dépendant de l’adulte. Tout d’abord sur le plan purement maté-riel, nécessaire à sa survie, mais aussi sur le plan affectif. Cette dépendance permet de mieux comprendre la contrainte que peut exercer un adulte sur lui. L’enfant est impuissant pour s’opposer et pour mettre en mots ce qui lui est imposé par un adulte proche, normalement à ses côtés pour le protéger. Un climat de séduction, de valo-risation, de secret dicté par l’abuseur, lui fait ressentir gêne, honte ou culpabilité par rapport à ce qui lui arrive. Il enfouit cet acte impensable qu’il redoute d’avoir à revivre. Des cercles fermés sur le monde peuvent favoriser un climat de non-dit, où les abus sont vécus dans le secret - et donc commis souvent impunément.

    Pourquoi est-ce diffiCile pour l’enfant de « parler » ?

    l Parce que l’enfant peut ne pas com-prendre ce qui lui arrive. Il est en état de sidération. Il n’a pas de mots pour expri-mer ses émotions. Parfois c’est son corps qui va parler (maux de ventre, trouble du comportement alimentaire, etc).l Parce qu’il ne sait pas forcément que certains mots, certaines attitudes, certains gestes des adultes, sont inadaptés et abu-sifs à son égard.l Parce que l’agresseur est peut-être quelqu’un d’aimé et admiré, une per-sonne qui l’aide à se construire dans d’autres domaines : familial, scolaire, artis-tique, sportif, religieux, etc.l Parce que l’enfant peut sentir le fait que parler de sexualité est tabou ou difficile en famille.l Parce qu’il a peur de ne pas être cru, peur des réactions de son agresseur, mais aussi des réactions de son entourage (sidé-ration, déni).

    Pourquoi est-ce diffiCile pour l’entourage « d’entendre » ?

    l Parce que cet adulte agresseur est souvent reconnu de par son statut et son lien avec la famille.l Parce que l’entourage ne peut imaginer que cet adulte puisse poser de tels actes, et encore moins sur son enfant. Ne pas mettre cet adulte en position infaillible. Il reste un humain.l Parce que cet adulte use de séduction,

    d’emprise, d’autorité, voire de manipula-tion, aussi sur l’entourage de l’enfant.

    Pourquoi est-ce NÉCessaire de « parler » ?

    l Parce que c’est ainsi que l’enfant va comprendre (ou se faire confirmer par ses proches) ce que les adultes n’ont aucun droit de faire sur son corps, ou de lui de-mander de faire sur le corps de l’adulte.l Parce que parler permet de libérer les émotions négatives ressenties (colère, tris-tesse, etc).l Parce que parler permet de se recon-naître comme victime, pour sortir de la honte, de la culpabilité, et restaurer la confiance en soi et dans les autres.l Parce que la parole confiée à un adulte sûr et aimé, qui protège, soutient et dé-fend, redonne force et appui.

    Pourquoi est-ce NÉCessaire de porter les dires de l’enfant à la connaissance des autorités de Justice ?

    l Parce que faire la vérité devant tous per-met de se libérer de la peur, de l’emprise, et de redevenir un vivant.l Parce que la confrontation à la Loi ci-vile permet que l’agresseur soit reconnu comme tel, nommé et puni de ses actes. L’enfant lui-même est ainsi reconnu comme victime.l Parce que la victime a permis, par ses

    paroles, de stopper le fonctionnement délétère de l’abuseur, évitant ainsi la ré-pétition des délits sur elle-même ou sur d’autres victimes.

    et si l’enfant ne parle pas?l Penser à apprendre à l’enfant, dès son plus jeune âge, que son corps lui appar-tient, qu’il est une affaire intime que l’on garde pour soi.l Parler librement des touchers permis et de ceux interdits.l Être attentif à ses peurs (refus, peur de partir avec un adulte), à ses actes (jeux sexualisés répétés), à ses plaintes qui viennent du corps (douleurs, perte de poids), à ses changements manifestes de comportements (tristesse, isolement). L’adulte peut dire : « Est-ce que dans ce qui se passe avec cet adulte (cet aîné), il y a quelque chose qui te gêne ? Qui te dérange ? Quelque chose qu’il fait que tu trouves dé-goûtant ? »C’est en partant de mots simples et concrets de la vie de l’enfant qu’on se met en posture d’accueillir ce qu’il n’arrive peut-être pas à formuler facilement.Aider l’enfant à exprimer ses émotions permet à l’adulte de l’accueillir sans juge-ment et avec toutes les questions qu’il se pose. Oser parler avec l’enfant peut lui per-mettre d’oser en parler.

    l Danièle BiBrOn, psychologue clinicienne, et Anne PerrOt, pédopsychiatre

    Dossier

    Plus de 95 % des abus sexuels se vivent dans le cercle des proches d’un en-fant : sa famille, un groupe d’appartenance (lieu de garde, école, sport, loisir, religion, etc).

  • Trames N° 26 - Printemps Été 2019 7

    accueillir les souffrances La MDA s’adresse en priorité

    à des adolescents en proie à des difficultés existentielles, à leurs parents ayant besoin d’information et d’acompagnement et à tout professionnel en contact avec les adolescents.

    Elle est avant tout un lieu d’accueil et d’écoute pour adolescents en souffrance. Les sévices sexuels (attouchements, viols), s’ils ne constituent pas la majorité des motifs de consultation, sont des situations révélées dans les permanences d’accueil pluridisciplinaire. Andréa, éducatrice spécialisée, et Juliette, infirmière psychiatrique, nous en disent plus.

    On va faire quelque chose !Deux situations se rencontrent. La

    première : une adolescente a informé ses parents, ou un proche, qu’elle a été victime d’un viol. Accompagnée par ces derniers, elle vient en parler. La seconde : une baisse des résultats scolaires, des scarifications, un

    épisode dépressif, font l’objet d’un entretien (avec ou sans les parents) et constituent des symptômes pouvant masquer des sévices. Dans cette situation, l’accompagnant peut être l’infirmière, le professeur référent, l’assistante sociale du collège ou du lycée. L’entretien est confidentiel, gratuit, et s’appuie toujours sur ce principe : on va faire quelque chose !

    Nommer, signaler Il s’agit d’abord de nommer les

    choses, de les citer clairement. Si le viol est affirmé d’emblée, un dépôt de plainte est aussitôt conseillé. Si la victime, ou ses représentants, ne porte pas plainte, un signalement au procureur est obligatoirement fait et la famille en est avertie. Ce signalement rapporte ce qui a été dit par l’adolescente, comment elle s’est exprimée, quel a été son cheminement pour venir s’adresser à la MDA. Il mentionne aussi les éléments familiaux (situation des parents, fratrie, …).

    Prendre le tempsIl faut parfois plusieurs entretiens

    pour aider le garçon ou la fille à révéler avoir été victime de sévices sexuels. Ceux-ci ressurgissent grâce à un long temps d’écoute, surtout quand ces sévices se produisent dans le groupe familial (contexte incestueux). Une consultation liée à une maladie sexuellement transmissible (MST) peut être le révélateur de l’existence de sévices. Le premier rapport sexuel, évoqué en consultation, peut avoir été pratiqué sous la contrainte ; il est considéré comme un viol.

    Hormis le cas des situations de viol entraînant plainte ou signalement, la politique de la Maison des Adolescents est avant tout l’écoute et l’accompagnement des adolescents victimes de sévices sexuels vers une parole retrouvée et, souvent, vers une prise en charge psychothérapeutique.l Propos recueillis par Christian Massé

    libérer une parole !la maison des adolescents d’indre-et-loire (mda) est un lieu polyvalent où la santé est considérée dans ses dimensions physique, psychique, éducative, relationelle et sociale. ayant pour vocation d’être un véritable lieu-ressource, elle travaille en réseau avec tous les acteurs qui s’occupent d’adolescents en touraine.

    maison des adolescents : 66 Bd Béranger 37000 Tours & 07 71 91 56 88

  • Christus vivitIl vit le ChristExtraits choisis de l’Exhortation apostolique post-synodale aux jeunes du pape François

    Théo : la foi en question

    Trames N° 26 - Printemps Été 20198

    mettre fin à tout genre d’abus#95 « Ces derniers temps, il a été de-

    mandé avec force que nous écoutions le cri des victimes des divers genres d’abus qu’ont commis certains évêques, prêtres, religieux et laïcs. Ces péchés provoquent chez leurs victimes ‘‘des souffrances qui peuvent durer toute la vie et auxquelles aucun repentir ne peut porter remède. Ce phénomène est très répandu dans la société, et il touche aussi l’Église et repré-sente un sérieux obstacle à sa mission’’. »

    #99 « Avec les Pères synodaux, je vou-drais exprimer avec affection et recon-naissance ma ‘‘gratitude envers ceux qui ont le courage de dénoncer le mal subi : ils aident l’Église à prendre conscience de ce qui s’est passé et de la nécessité de réagir fermement’’. Mais méritent égale-ment une reconnaissance spéciale ‘‘les efforts sincères d’innombrables laïques et laïcs, prêtres, personnes consacrées et évêques qui, chaque jour, se dépensent avec honnêteté et dévouement au service des jeunes. Leur œuvre est une forêt qui grandit sans faire de bruit. Beaucoup de jeunes présents au Synode ont également manifesté leur gratitude pour ceux qui les ont accompagnés et ils ont rappelé le grand besoin de figures de référence’’. »

    #103 « Dans ce chapitre, je me suis arrêté pour regarder la réalité des jeunes dans le monde actuel… J’exhorte les communautés à examiner, avec respect et sérieux, leur réalité la plus proche concernant la jeunesse, afin de pouvoir discerner les voies pastorales les plus adéquates. »

    françois s’adresse à chaque jeune : avec Jésus, réussis ta jeunesse !#108

    « Pour cela, tu as besoin de savoir une chose fondamentale  : la jeunesse, ce n’est pas seulement la recherche de plaisirs passagers et de succès superficiels. Pour que la jeunesse atteigne sa finalité dans le parcours de ta vie, elle doit être un temps de don généreux, d’offrande sincère, de sacrifice qui coûtent mais qui nous rendent féconds. »

    #109 « Si tu es jeune en âge, mais si tu te sens faible, fatigué ou désabusé, demande à Jésus de te renouveler. Avec lui, l’espérance ne manque pas. Tu peux faire de même si tu te sens submergé par les vices, les mauvaises habitudes, l’égo-ïsme ou le confort malsain. Jésus, plein de vie, veut t’aider pour qu’être jeune en vaille la peine. Ainsi tu ne priveras pas le monde de cette contribution que toi seul peux lui apporter, en étant unique et hors pair comme tu es. »

    un temps de rêves et de choix#143 « Jeunes, ne renoncez pas au

    meilleur de votre jeunesse, ne regar-dez pas la vie à partir d’un balcon. Ne confondez pas le bonheur avec un divan et ne vivez pas toute votre vie der-rière un écran. Ne devenez pas le triste spectacle d’un véhicule abandonné. Ne soyez pas des voitures stationnées. Il vaut mieux que vous laissiez germer les rêves et que vous preniez des décisions. Prenez des risques, même si vous vous trompez. Ne survivez pas avec l’âme anesthésiée, et ne regardez pas le monde en touristes. Faites du bruit ! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent, afin de ne pas être changés en jeunes mo-mifiés. Vivez ! Donnez-vous à ce qu’il y a de mieux dans la vie ! Ouvrez la porte de la cage et sortez voler ! S’il vous plaît, ne prenez pas votre retraite avant l’heure ! »

    Spot Jeunes

  • Trames N° 26 - Printemps Été 2019 9

    le monde du vivant : solidaire et interdépendant

    « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais, alerte le président de l’IPBES, Sir Robert Watson. nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité ali-mentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier. »

    Si nous ne réalisons pas encore la nécessité de protéger la biodiversité, po-sons-nous cette simple question : pour vivre, de quoi avons-nous besoin ? Res-pirer, boire, manger, s’habiller, s’abriter, se laver, se soigner… Pour chacun de ces besoins, notre dépendance à la biodiver-sité est totale !

    Hommes, animaux et végétaux ont toujours eu besoin les uns des autres pour vivre. En respirant, par exemple, les hommes et les animaux rejettent du CO2 et consomment de l’oxygène. Quant aux végétaux, c’est le contraire. Rien que pour respirer, l’humanité a donc besoin des deux poumons de la planète : les forêts et les océans (les arbres et les phytoplanc-tons jouant le même rôle de photosyn-thèse, sur terre et dans la mer).

    Biodiversité menacée, humanité en danger !

    Le constat alarmant que dressent les experts de l’IPBES a de quoi inquiéter. On parle d’un million d’espèces animales et

    végétales menacées de disparition (sur 8 millions d’espèces) !

    75 % de l’environnement terrestre et 66 % du milieu marin ont été « significa-tivement altérés » par l’activité humaine depuis 50 ans. Globalement, « le tissu vivant de la Terre, essentiel et intercon-necté, se réduit et s’effiloche de plus en plus » selon le chercheur Josef Settele.

    Parmi les causes de cette extinction massive, l’IPBES dénonce les change-ments d’usage des terres et de la mer, le changement climatique, qui modifie les écosystèmes, la pollution (par exemple l’hyperconsommation de plastiques) ou l’introduction d’espèces exotiques enva-hissantes… Le rapport observe également que l’exploitation abusive de ressources se fait souvent dans des points de la planète éloignés de ceux qui en profitent ; d’où l’aveuglement des consommateurs, in-conscients de l’impact environnemental de leur mode de vie.

    « Qui veut voyager loin ménage sa monture. »

    Car la solution réside bien dans la transformation de nos modes de vie ! S’il est encore possible d’enrayer le déclin de la biodiversité, pour « assurer un ave-nir durable aux être humains et à la pla-nète », cela nous demande dès à présent

    « un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux ». Ce qui signifie de nouveaux choix politiques et économiques (non soumis à la seule recherche de croissance) et une prise de conscience universelle !

    Pour nous, l’enjeu est d’apprendre à consommer différemment : éviter, réduire, compenser.Éviter de consommer une ressource,

    c’est l’idéal ! Quand on ne peut pas éviter, on réduit sa consommation (changer de smartphone tous les 4 ans vaut mieux que tous les 18 mois !). Et quand c’est vraiment impossible, faisons l’effort de compenser notre impact par une action équivalente en faveur de la biodiversité.

    Selon la chercheuse Yunne-Jai Shin : «  Des sacrifices ne pourront être acceptés que si les citoyens sont conscients que la bio-diversité est essentielle, pour le patrimoine de l’humanité mais aussi pour notre santé et notre subsistance alimentaire. Alors on ne parlera plus de sacrifices, mais d’action collective dans la bonne direction. »

    La bonne direction est probablement celle d’une société nouvelle, plus sobre et plus solidaire, qui aura appris à vivre en harmonie avec la biodiversité. Notre défi : inventer ce nouvel art de vivre !

    l P.M.

    la biodiversité passe du vert au rOuge !

    Laudato si : on passe au vert

    À Paris, les scientifiques de l’iPBes (organisme placé sous l’égide de l’ONu) viennent de rendre leur copie. après trois ans de travaux, 145 chercheurs de tous pays présentent un rapport sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité. alerte rouge : si la nature est en danger, l’humanité aussi ! mais tout n’est pas perdu : malgré le taux incroyable d’espèces menacées, il est encore possible d’empêcher le pire. sommes-nous prêts à changer pour continuer à vivre en harmonie avec notre jolie planète bleue ?

    Notre vie est liée à la biodiversité. Un petit exemple :

    Saviez-vous qu’une simple poignée de terre est un univers qui abrite 10 milliards d’individus, tous occupés à fertiliser notre sol ? Bactéries, champignons, mille-pattes, vers, escargots ou limaces sont les ouvriers de la terre, qu’ils retournent, aèrent, humidifient, décomposent en matière organique… Sans eux, pas d’agriculture possible ! En surface, ce sont les insectes qui prennent le relai, pollinisant les espèces végétales. Sans abeilles, on pourrait dire adieu à la ratatouille, à la mousse au chocolat ou au café !

  • Trames N° 26 - Printemps Été 2019

    Culture : lire et voirCiné

    le cinéma de françois Ozon, bril-lant voire virtuose, est volontiers provocateur. d’où une certaine in-quiétude à la sortie d’un nouveau film de ce cinéaste…

    le choix de la sobriétéLe sujet de Grâce à Dieu était triplement

    périlleux : le cocktail pédophilie-Église-rancœurs familiales pouvait s’avérer indi-geste. Mais François Ozon a choisi une mise en scène d’une grande discrétion et d’un classicisme certain. La forme ciné-matographique privilégie l’enquête, avec quelques flash-back. Le Père Preynat est mis en scène dans l’exercice de ses fonc-tions auprès de jeunes scouts. Le récit est scindé en trois parties, centrées autour de trois anciennes victimes. Comment cha-cune d’elles vit-elle avec les traumatismes subis ? Comment se sont-elles investies dans la création d’une association, La pa-role libérée…?

    la parole aux victimesD’abord Alexandre. Catholique pra-

    tiquant, financièrement aisé, il découvre que le prêtre qui avait abusé de lui chez les scouts, exerce toujours auprès d’enfants. Se lançant dans le combat de la dénon-ciation, il veut obtenir des excuses de ce prêtre coupable. Cette partie du film utilise une voix off pour mieux rendre compte des échanges de courrier avec le

    cardinal Barbarin, décidé à ne couvrir au-cun fait délictueux. Alexandre est la pre-mière victime à déposer plainte.

    Très vite, il sera rejoint par François qui a perdu la foi. Devenu athée, il veut aller jusqu’au bout de l’accusation. Le rythme du film s’accélère et montre les débats à l’intérieur de La parole libérée, qui ques-tionnent les moyens de dire ce qu’on a

    vu et entendu. François a découvert les aveux datés du Père Preynat, qui prouvent incontestablement que l’Église savait et n’a rien fait pour protéger les enfants scouts contre le prêtre aux penchants pervers.

    Citons également Emmanuel, le plus marqué. Il a raté sa vie sentimentale et professionnelle : en cause, une épilepsie, aux stigmates quotidiens, déclenchée à l’issue du traumatisme.

    un sentiment de malaiseLe lien entre texte et situation filmée

    crée un redoutable malaise. Entre ce que l’on voit et ce que l’on entend ou comprend, le lien est subtil et d’une qualité exception-nelle. Il rend encore plus insupportable la déclaration du cardinal : « Nous sommes confrontés à des faits anciens et, grâce à Dieu, ces faits sont prescrits ».

    l nicole Dory-Jost

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    G R â c e à D I e Ufrançois OzON (2019)

  • l’engagement à la chasteté est une question rarement abordée de façon claire et explicite, que ce soit dans des ouvrages ou des articles. le dominicain Jean-marie gueullette, théologien et moraliste, a écrit son livre à l’attention des prêtres, des séminaristes et de tout novice religieux. il analyse le fondement, les conditions et le sens de la chasteté de l’homme d’Église.

    aborder la sexualité sans peurLa renonciation à la paternité et le

    célibat sont des notions insuffisantes pour exprimer la qualité de chasteté des prêtres et religieux. Le théologien n’élude pas la question : dans l’acte sexuel et l’épanouissement qu’il est censé appor-ter, quelle est la place de l’autre ? Cette question n’a pas de réponse claire et expli-cite, et les énergies sexuelles demeurent. Des prêtres rompent leur engagement, n’ayant pu affronter une situation de crise

    ou l’ayant affrontée en termes de « tout ou rien ». Entrer au noviciat ou au sémi-naire en étant certain de réguler immé-diatement ces énergies revient à faire confiance à l’immédiateté. Prier la Vierge Marie ou se voir infliger d’interminables parties de sport ne font que les refouler…

    Jean-Marie Gueullette n’occulte pas le trouble dû à ces énergies, bien naturelles. Au contraire, surpris par ce trouble, des religieux s’inquiètent d’être « humains » et ils en concluent qu’ils sont coupables ! Cette peur panique n’est pas une forme de vertu et ne peut être identifiée à la chasteté. Pour lui, la vie religieuse n’est pas une vie protégée, équilibrée, sans tempêtes, sans désirs et sans doutes.

    la chasteté est-elle privationou don de soi ?

    L’Église demande à tous ses célibataires la continence, c’est-à-dire l’abstention volontaire de tout plaisir d’ordre génital, celui-ci étant réservé aux personnes ma-riées. Mais la continence absolue n’a de caractère vertueux que si elle est inspi-rée par l’amour de Dieu. La continence est une privation, et on ne construit pas une vie sur une privation !

    Le Catéchisme de l’Église Catholique définit la chasteté comme une intégration réussie de la sexualité dans la personne ; elle réussit l’unité intérieure de l’homme dans son être corporel et spirituel. L’uni-té de soi est l’enjeu central de la chas-teté ; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant,

    écrivait saint Augustin, souvent cité par l’auteur.

    La chasteté s’ordonne au don de soi. Cela ne signifie pas de se rendre inacces-sible aux émotions, ce qui reviendrait à être incapable de charité et de compas-sion. Elle n’exige pas de faire disparaître les émotions, dont celles liées au désir. Il convient de les discerner, de les accepter, et d’en faire quelque chose. L’enjeu de la chasteté n’est pas le rejet ni la haine du corps, mais l’orientation de tout l’être, de ses désirs et de ses capacités corporelles, vers l’amour de Dieu.

    Pas de chasteté sans amourChoisir la chasteté, c’est choisir de

    donner aux émotions leur juste place : elle ne s’exerce pas que dans le domaine de la génitalité. La sexualité ne dit pas tout de l’homme. Si elle est une vertu, elle a plus à voir avec l’humilité qu’avec la toute-puissance. Humilité de soi pour l’amour de l’autre. Le plus grand péché contre la chasteté, c’est le manque d’amour. Dans la contemplation du mys-tère de la Trinité, le prêtre et le religieux enracinent cette notion de chasteté dans celle du Seigneur Jésus. C’est une grâce qui accompagne une décision.

    Le concile Vatican II est explicite sur l’engagement dans la chasteté. Il ne peut qu’être pris sur trois bases solides : une foi vive, un équilibre affectif et le choix libre de l’offrande de soi.

    l Christian Massé

    Trames N° 26 - Printemps Été 2019 11

    Livre

    La vie en abondancela vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux

    de Jean-marie gueullette (Éditions du Cerf, 2019)

    Photo mystère De gauche à droite, vous pouvez reconnaître l’église du Sacré-Cœur (rue de la Fuye), l’église de la Sainte-Famille (rue de Beaujardin) et l’église Sainte-thérèse (rue du Plat d’etain)

  • Trames N° 26 - Printemps Été 2019

    Rencontre avec

    trames : Pourquoi avoir pris la décision de créer ces temps de rencontre ?

    Jacques et Jehanne Cauchy : Quand nous nous sommes lancés

    dans la recherche pour un meilleur accueil des personnes homosexuelles dans l’Église, nous n’en menions pas large ! C’était dans la dynamique du Synode sur la famille ; plusieurs témoignages reçus par écrit nous avaient convaincus qu’il fallait aller à la rencontre de personnes réellement blessées. Des blessures anciennes, ou plus récemment amplifiées par les slogans de la Manif pour tous, encore dans tous les esprits… Comment allions-nous entamer la conversation avec ces personnes, sur un sujet qui touche si profondément à notre intimité ? Comment le dialogue pouvait-il porter du fruit ?

    trames : Un dialogue fécond, cela ne s’improvise pas… Comment avez-vous fait ?

    Jacques et Jehanne Cauchy : Le premier pas fut un dîner, en

    petit comité, où nous étions invités par une des personnes qui nous avaient envoyé leur témoignage.

    Nous y voyons deux éléments importants : d’une part la convivialité (cet aspect est resté très important tout au long du parcours !) ; d’autre part, il fallait que nous, « l’institution », nous nous laissions accueillir par ceux qui se sentaient exclus, à la marge. Se laisser accueillir, c’est accepter une certaine vulnérabilité, et cela prépare à un échange vrai.

    À la suite de ce repas s’est constitué un groupe de réflexion plus étoffé, pour essayer de mieux comprendre ce que vivaient les uns et les autres et se donner des objectifs pastoraux. Ce groupe comprenait des personnes homosexuelles, des parents, des per-sonnes engagées dans des mouve-ments chrétiens sur le couple et la famille, un curé de paroisse. Cette séquence de rencontres a duré deux ans ; il y avait tant de choses à se dire !

    Sans nous en rendre compte immédiatement, nous avancions dans la logique synodale proposée par le pape François : « l’écoute de la réalité et le regard fixé sur le Christ doivent nous aider à discerner les voies de renouvellement de l’Église et de la société en faveur de la famille ».*

    l L’écoute de la réalité. Donner une grande place à l’écoute de témoignages sur ce qui est vécu ou ce qui a été vécu, en veillant à ce que s’expriment les sentiments, pour que grandisse la confiance. Dans un premier temps, pas de discussion sur les idée ou les « positions » !

    l Le regard fixé sur le Christ. Prier ensemble, louer le Seigneur pour la confiance qui grandit, en-tendre sa Parole. Nous sommes ras-semblés parce que membres de Son Corps.

    l Ensuite seulement, discerner des propositions de renouvellement pour l’Église, c’est-à-dire pour chaque chrétien, pour chaque communauté et pour l’Église hiérarchique ; mais ce n’est pas l’essentiel.

    trames : Il semble qu’une autre proposition ait vu le jour après ce début prometteur ?

    Jacques et Jehanne Cauchy : Oui, une nouvelle séquence a alors

    pu s’engager avec la proposition des Jeudis de la différence en 2017, puis en 2019. Nous avons invité tous ceux qui étaient intéressés à venir partager cette démarche, afin d’être mieux formés pour à leur tour accueillir et se laisser accueillir par des personnes touchées par l’homosexualité.

    D’accueillis nous sommes devenus accueillants, et sans doute aussi plus à même d’écouter ceux de nos frères et sœurs qui viennent se confier, qui ont tant de mal à admettre cette « différence » d’un proche.

    Nous sommes heureux et fiers que notre Église se révèle ainsi un lieu où peut s’établir un dialogue fécond sur les sujets les plus délicats. Cela nous rend confiants sur sa capacité à traverser la crise qui la secoue actuellement. l

    L’équipe de trames a rencontré Jacques et Jehanne cauchy, délégués diocésain au service de la Pastorale familiale jusqu’en 2017. Leur expérience de terrain les a amenés à faire preuve d’initiative pour créer un véritable dialogue. Ils témoignent ici du parcours qui les a ammenés à l’accueil de personnes homosexuelles et de leurs proches lors des Jeudis de la différence.

    * Document de la Conférence des evêques de France pour la préparation du Synode de 2015