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  • LIslam et la Fonction de Ren Gunon

    Michel Vlsan.

    Revue Etudes Traditionnelles

    n 305 Janv. - Fv. 1953, p. 14.

    Dis : O Gens du Livre ! Elevez-vous jusqu une Parole galement valable pour nous et pour vous : que nous nadorions que Dieu, que nous ne Lui associons rien, que nous ne prenions pas certains dentre nous comme seigneurs en dehors de Dieu (Coran, 3, 57). La mort de Ren Gunon ayant attir lattention publique sur son cas spirituel, beaucoup ont t tonns dapprendre loccasion quil fut musulman. Dans ses livres, rien nindiquait un tel rattachement traditionnel, et, mme, la place quil fit lIslam dans ses tudes fut, en comparaison avec celle quy trouve lHindouisme ou le Taosme, assez restreinte, malgr les frquentes rfrences quil fait la mtaphysique et lsotrisme islamiques. Cest ainsi que certains se sont demands sil pouvait y avoir un accord entre sa perspective doctrinale et sa position traditionnelle personnelle. Dautres sont alls jusqu penser que son enseignement mtaphysique et intellectuel ne pourrait tre considr

    comme compatible avec la doctrine islamique. Il est peine besoin de

    relever ce quil y a de superficiel ou encore de malveillant dans ce genre davis ou de suppositions, mais nous estimons utile de donner ici quelques prcisions et de faire quelques mises au point, envisageant que certaines

    questions peuvent tre poses cet gard, dune faon plus pertinente, et, comme telles, mriteraient dtre prises en considration. Il y a ainsi une question quant lorthodoxie islamique de luvre de Ren Gunon, et une autre quant au rapport que peut avoir sa position

    traditionnelle personnelle avec sa fonction doctrinale gnrale. Pour la

    premire de ces questions, comme en fait il ny a eu notre connaissance aucune critique prcise, nous navons pas rpondre une thse dtermine mais nous tcherons seulement de montrer dans quelle

    perspective une telle question se situe. Pour la deuxime, nous porterons

    la connaissance des lecteurs quelques lments documentaires presque inconnus en Occident.

    Tout dabord, il nous faut rappeler ou prciser quelques questions de principe.

    La notion dorthodoxie peut tre envisage principalement deux degrs : lun est de lordre des ides pures, lautre de lordre de leur adaptation formelle dans lconomie traditionnelle (1). Si les vrits universelles sont en elles-mmes immuables, par leurs adaptations cycliques aux conditions

  • humaines, elles comportent des formes qui sont solidaires ensuite de

    certains critres dorthodoxie contingente. En mme temps, la sagesse qui dispose les vrits et les formes doctrinales dans les diffrents domaines

    et conditions du monde traditionnel, dtermine aussi les degrs de juridiction et les limites de comptence des institutions et des autorits

    qui doivent en connatre.

    (1) Un mode spcial de cette adaptation est celui des rites et des techniques spirituelles ; nous navons pas lenvisager distinctement ici, o nous traitons seulement de lordre doctrinal ; cest du reste dans la doctrine que se trouve le fondement de toutes les institutions et pratiques

    traditionnelles.

    La relative adaptation de la Vrit Universelle ou des vrits immuables

    dans les diffrentes formes traditionnelles, varie tout dabord selon quil sagit de formes de mode intellectuel ou de mode religieux, les premires comme lHindouisme, ayant un caractre plus directement mtaphysique, les deuximes, qui sont celles quon appelle les traditions monothistes , comportant sur le plan gnral des modalits conceptuelles

    dogmatiques et une plus grande participation sentimentale. Les critres de

    lorthodoxie dune faon gnrale varient dans chacune de ces formes en fonction de leurs dfinitions spcifiques et particulires. De plus, dans le

    cadre de certaines formes traditionnelles, et plus spcialement dans les

    formes religieuses, il y a faire une distinction entre orthodoxie

    sotrique et orthodoxie exotrique : malgr une relation organique existant jusqu un certain point entre les deux domaines extrieur et intrieur dune mme forme traditionnelle, les critres applicables lun sont naturellement diffrents de ceux applicables lautre. Dautre part, de mme que les critres dorthodoxie propres lexotrisme dune tradition ne peuvent tre appliqus ce qui appartient autre forme traditionnelle, de mme ceux qui concernent le monde initiatique et

    sotrique dune de ces formes ne peuvent tre considrs comme directement applicables aux domaines correspondants dune autre : il y a en effet pour la voie sotrique de chacune de celles-ci des modalits

    particulires, bien que dun ordre plus intrieur, tant pour la doctrine que pour les mthodes correspondantes, et il serait tout fait insuffisant de

    parler dunit sotrique des formes traditionnelles sans prciser que cette unit concerne seulement les principes universels, en dehors desquels les

    adaptations traditionnelles se traduisent par des particularits dans lordre initiatique et sotrique mme ; sil nen tait pas ainsi, il ny aurait quun seul sotrisme, et un mme domaine initiatique, pour toutes les formes dexotrismes existants ou possibles.

    Une telle identit et universalit nest relle que pour laspect le plus haut de la mtaphysique : cest en ce sens que les matres islamiques disent : La doctrine de lUnit est unique (at-Tawhdu whidun). Or, cette doctrine nest elle-mme identique que quant son sens, non pas quant

  • la forme quelle reoit dans lune ou lautre tradition ; de plus, dans le cycle dune mme forme traditionnelle lexpression de la mme doctrine peut recevoir successivement ou concurremment des formes varies (1).

    En tout cas, tant donn la relation ncessaire jusqu un certain point entre lenseignement initiatique et la forme exotrique dune mme tradition, relation qui vaut aussi bien dailleurs pour la doctrine que pour les formes symboliques et techniques, les particularits dont il est

    question sont encore plus sensibles quand on compare lenseignement initiatique dans une tradition de caractre intellectuel celui dune tradition de caractre religieux.

    Nanmoins, malgr la diversit des conditions que nous venons de rappeler ou de prciser, il ny a pourtant pas l une multiplicit irrductible. Au contraire, il existe ncessairement un principe

    dintelligibilit de lensemble correspondant la sagesse qui dispose cette multiplicit et cette diversit. Mais ce principe ne peut tre que mtaphysique. Pareillement, le critre suprme dorthodoxie entre les diffrents domaines avec leurs particularits ne peut tre que du ressort

    de la mtaphysique pure.

    (1) Nous allons en voir plus loin un exemple relatif lenseignement mtaphysique en Islam.

    Dune faon gnrale, luvre doctrinale de Ren Gunon se rapporte aux vrits les plus universelles ainsi quaux rgles symboliques et aux lois cycliques qui rgissent leur adaptation traditionnelle. Sous ce rapport, le

    critre de son orthodoxie se trouve par la nature des choses dans

    lintelligence des principes mtaphysiques et des consquences qui en dcoulent. Ce nest qu titre secondaire que cette orthodoxie pourrait tre soumise une vrification littrale dans les diffrentes doctrines

    traditionnelles existantes ; au premier abord, pour un lecteur ordinaire,

    cette vrification nest immdiate que l o dans ses ouvrages Ren Gunon sest appliqu spcialement tablir lui-mme les preuves documentaires lappui des points de doctrine quil exposait, et sous le rapport de la tradition laquelle il se rfrait ainsi ; pour tout le reste,

    cest lintelligence et la recherche personnelle qui sont requises ; il est suppos, en mme temps, que cette recherche est base sur une droite

    intention, condition qui assure son orientation et son rsultat.

    Ecrivant dans un temps o les conditions psychologiques et spculatives

    navaient plus rien de caractristiquement traditionnel, et exposant des vrits insouponnes des contemporains, ses modes de formulation mtaphysique ont eu ncessairement un caractre indpendant par

    rapport aux modes dexpression doctrinale connus, ou pratiqus, en Occident. Dautre part, comme il ne sest pas attach exclusivement lenseignement dune seule tradition orientale, mais sest appuy opportunment sur tout ce qui tait susceptible de servir lexpos des ides universelles dont il offrait la synthse, ce caractre dindpendance

  • formelle subsiste dans une certaine mesure mme par rapport aux modes

    dexpression doctrinale de lOrient ; la chose tait du reste invitable par le seul fait que Ren Gunon crivait dans une langue de civilisation toute

    autre que celle par lesquelles sont vhicules ces doctrines. Comme on le sait, Ren Gunon a d raliser dans ses tudes un travail de synthse

    la fois conceptuelle et terminologique - ces deux choses allant

    ncessairement ensemble - qui apparat dailleurs comme une des russites les plus merveilleuses de lenseignement traditionnel. Mais cela mme lie son uvre des conditions spciales dintelligibilit. Cest ainsi que si lon tentait de traduire ses ouvrages de doctrine gnrale en nimporte quelle langue de civilisation orientale, la traduction devrait saccompagner dun commentaire spcial idologique et terminologique, variable avec chacune de ces langues. Lorthodoxie du sens profond des ides ne suffirait pas elle seule, avec une traduction littrale - si

    toutefois cela tait toujours possible - pour faire reconnatre partout dans

    ces ouvrages de doctrine gnrale, un Oriental non prvenu et qui ne connatrait que sa propre forme traditionnelle, le mme fond doctrinal que

    dans celle-ci. La difficult serait mme plus accentue quand il sagirait de traduction dans la langue dune civilisation de forme religieuse, pour la raison que Ren Gunon a pens et sest exprim dans des modes appartenant ce quon pourra

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