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A partir d’un texte important de Jean-Luc Nancy, je voudrais reprendre une réflexion jamais interrompue, mais s’exprimant seulement de loin en loin, sur l ’exigence communiste, sur les rapports de cette exigence avec la possibilité ou l ’impossibilité d’une communauté en un temps qui semble en avoir perdu jusqu’à la compréhension (mais la communauté n ’est-elle pas en dehors de l ’entente ?), enfin sur le défaut de langage que de tels mots, c om m u n ism e , com m u n a u té, paraissent inclure, si nous pressentons qu’ils portent tout autre chose que ce qui peut être com m u n à ceux qui prétendraient appartenir à un ensemble, à un groupe, à un conseil, à un collectif,

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  • M AU R IC E B LAN CH O T

    LA COMMUNAUT INAVOUABLE

    l e s Ed i t i o n s d e m i n u i t

  • L'DITION ORIGINALE DE CET OUVRAGE A T TIRE A CINQUANTE EXEMPLAIRES SUR VELIN ARCHES, NUMROTS DE 1 A 50 PLUS SEPT EXEMPLAIRES HORS COMMERCE NUMROTS DE H.-C. I A H.-C. VII

    1983 by Les d i t i o n s d e m in u i t 7, rue Bernard-Palissy 75006 Paris

    X a lo i du I I m ars 1957 in terd it les copies ou reproductions destines u n e u tilisa tion collective. T ou te reprsentation ou rep roduction intgrale ou partielle fa ite p a r quelque p rocd que ce so it, sans le consentem ent de l au teu r o u d e ses ayants cause, e st illicite e t constitue u n e contrefaon sanctionne p a r les articles 425 e t su ivants d u C ode p n a l.

    ISBN 2-7073-0666-5

  • LA COMMUNAUTE NEGATIVE

  • La communaut de ceux qui n ont pas de communaut. G. B.

    A partir d un texte important de Jean-Luc Nancy, je voudrais reprendre une rflexion jamais interrompue, mais s exprimant seulement de loin en loin, sur l exigence communiste, sur les rapports de cette exigence avec la possibilit ou l impossibilit d une communaut en un temps qui semble en avoir perdu jusqu la comprhension (mais la communaut n est-elle pas en dehors de l entente ? ) , enfin sur le dfaut de langage que de tels mots, c o m m u n i sm e , c om m u n a u t , paraissent inclure, si nous pressentons qu ils portent tout autre chose que ce qui peut tre c om m u n ceux qui prtendraient appartenir un ensemble, un groupe, un conseil, un collectif,

  • ft-ce en se dfendant d en faire partie, sous quelque forme que ce soit \

    Communisme, communaut : de C o m m u n ism e , tels termes sont bien des termes,c o m m u n a u t dans la mesure o l'h isto ire, les

    mcomptes grandioses de l histoire nous les font connatre sur un fond de dsastre qui va bien au-del de la ruine. Des concepts dshonors ou trahis, cela n existe pas, mais des concepts qui ne sont pas convenables sans leur propre- impropre abandon (qui n est pas une simple ngation), voil qui ne nous permet pas de les refuser ou de les rcuser tranquillem ent. Quoi que nous voulions, nous sommes lis eux prcisment par leur dfection. Ecrivant cela, je lis ces lignes d Edgar M orin que beaucoup d entre nous pourraient accueillir : Le communisme est la question majeure et l exprience principale de ma vie. Je n ai cess de me reconnatre dans les aspirations qu il exprime et je crois toujours en la possibilit d une autre socit et d une autre hum anit2.

    Cette affirmation simple peut paratre nave, mais, dans sa droiture, elle nous dit ce quoi nous ne pouvons nous soustraire : pourquoi ? qu en est-il de

    1. Jean-Luc Nancy, La communaut dsuvre , in Ala , 4.2. Cf. la revue Le s c a r a b e in t e rn a t i o n a l , 3.

  • cette possibilit qui est toujours engage d une manire ou d une autre dans son impossibilit ?

    Le communisme, s i l d it que l galit est son fondement et qu i l n y a pas de communaut tant que les besoins de tous les hommes ne sont pas g a l em en t satisfaits (exigence en elle-mme minime), suppose, non pas une socit parfaite, mais le principe d une humanit transparente, produite essentiellement par elle seule, immanente (d it Jean-Luc Nancy) : immanence de l homme l homme, ce qui dsigne aussi l homme comme l tre absolument immanent, parce qu i l est ou doit devenir tel qu il soit entirement uvre, son uvre et, finalement, l uvre de t o u t ; rien qui ne doive tre faonn par lu i, dit Herder : de l humanit jusqu la nature (et jusqu Dieu). Pas de reste, la lim ite. C est l origine apparemment saine du totalitarism e le plus malsain.

    Or, cette exigence d une immanence absolue a pour rpondant la dissolution de tout ce qui empcherait l homme (puisqui l est sa propre galit et sa dtermination) de se poser comme pure ralit individuelle, d autant plus ferme quelle est ouverte tous. L individu s affirme, avec ses droits inalinables, son refus d avoir d autre origine que soi, son indiffrence toute dpendance thorique vis--vis d un autre qui ne serait pas un individu comme lu i, cest--dire lui-mme, indfiniment rpt, que ce soit dans le pass ou dans l avenir ainsi mortel et

  • immortel : mortel dans son impossibilit de se perptuer sans s aliner, immortel, puisque son individualit est la vie immanente qui n a pas en elle- mme de terme. (Do l irrfutabilit d un Stirner ou d un Sade, rduits certains de leurs principes.)

    Cette rciprocit du communisme et de l individualisme, dnonce par les tenants les plus austres de la rflexion contre-rvolutionnaire (de M aistre, etc.), et aussi par M arx, nous conduit muttre en cause la notion mme de rcipro

    cit. M ais, si le rapport de l homme l homme cesse d tre le rapport du Mme avec le Mme mais introduit l Autre comme irrductible et, dans son galit, toujours en dissymtrie par rapport celui qui le considre, cest une tout autre sorte de relation qui simpose et qui impose une autre forme de socit qu on osera peine nommer communaut . Ou on acceptera de l appeler ainsi en se demandant ce qui est en jeu dans la pense d une communaut et si celle-ci, qu elle ait exist ou non, ne pose pas toujours la fin Vabsence de communaut. Ce qui est prcisment arriv Georges Bataille qui, aprs avoir, durant plus d une dcennie, tent, en pense et en ralit, l accomplissement de l exigence comm unautaire, ne s est pas retrouv seul (seul de toute

    L e x ig e n c e COMMUNAUTAIRE : G e o r g e s B a t a i l l e

  • faon, mais dans une solitude partage), mais expos une communaut d absence, toujours prte se muer en absence de communaut. Le parfait drglement ( l abandon l absence de bornes) est la rgle d une a b s en c e de communaut. Ou encore : I l n est loisible quiconque de ne pas appartenir mon a b s en c e d e com m unau t . (Citations empruntes la revue C on tr e t o u t e a t t en te . ) Retenons, au moins, le paradoxe qu introduit ici l adjectif possessif mon : comment l absence de communaut pourrait-elle rester mienne, moins qu elle ne soit mienne , comme insisterait l tre m a mort, qui ne peut que ruiner toute appartenance qui que ce soit, en mme temps que la possibilit d une toujours mienne appropriation ?

    Je ne reprendrai pas l tude de Jean-Luc Nancy, lorsqui l montre en Bataille celui qui sans doute a t le plus lo in dans l exprience cruciale du destin moderne de la communaut : toute rptition affaib lira it en le simplifiant un cheminement de pense que les citations de texte peuvent modifier, voire renverser. M ais i l ne faut cependant pas perdre de vue que l on ne saurait tre fidle une telle pense si l on ne prend aussi en charge sa propre infidlit ou une mutation ncessaire qui l obligea, tout en restant lui-mme, ne pas cesser d tre autre, et de dvelopper d autres ex i g en c e s qui, rpondant soit aux modifications de l histoire, soit l puisement

  • de telles expriences qui ne veulent pas se rpter, rpugnaient s unifier. I l est certain que (approximativement), de 1930 1940, le mot communaut s impose sa recherche davantage que dans les priodes qui suivront, mme si la publication de La part m aud i te et, plus tard, de L 'ro t i sm e (qui p rivilgie une certaine forme de communication) prolonge des thmes presque analogues qui ne se laissent pas subordonner ( i l y en aurait d autre : le texte inachev sur La s o u v e r a in e t , le texte inachev sur T h o r i e d e la r e l ig ion ) . On peut dire que l exigence politique n a jamais t absente de sa pense, mais qu elle prend des formes diffrentes selon l urgence intrieure ou extrieure. Les premires lignes du C oupab le le disent sans dtour. Ecrire sous la pression de la guerre, ce n est pas crire sur la guerre, mais dans son horizon et comme si elle tait la compagne avec laquelle on partage son lit (en admettant qu elle vous laisse une place, une marge de libert).

    Pourquoi cet appel de ou la P o u r q u o i communaut ? J numre au co m m u - hasard les lments de ce qui futn a u t ? notre histoire. Les groupes (dont

    le groupe surraliste est le prototype aim ou excr) ; les multiples assemblages autour d ides qui n existent pas encore et autour de personnes dominantes qui existent trop : avant tout,

  • le souvenir des soviets, le pressentiment de ce qui est dj le fascisme, mais dont le sens, comme le devenir, chappent aux concepts en usage, mettant la pense dans l'obligation de le rduire ce qu i l a de bas et de misrable ou, au contraire, indiquant qu i l y a l quelque chose d important et de surprenant qui, n tant pas bien pens, risque d tre mal combattu enfin (et cela aurait pu venir en premier lieu) les travaux de sociologie qui fascinent Bataille et lu i donnent ds l abord une connaissance, en mme temps qu une nostalgie (vite rprime), de modes d tre communautaires dont on ne saurait ngliger l impossibilit d tre jamais reproduits dans la tentation mme quils nous offrent.

    Je rpte, pour Bataille, l interro- L e p r i n c i p e gation : pourquoi commu-d i n c o m p l - naut ? La rponse est donnet u d e assez clairement : A la base de

    chaque tre, i l existe un principe d insuffisance... (principe d incompltude). C est un p r in c i p e , notons-le bien, cela qui commande et ordonne la possibilit d un tre. D o il rsulte que ce manque par principe ne va pas de pair avec une ncessit de compltude. L tre, insuffisant, necherche pas s associer un autre pour former une substance d intgrit. La conscience de l insuffisance vient de sa propre mise en question, laquelle a besoin

  • de l autre ou dun autre pour tre effectue. Seul, l tre se ferme, sendort et se tranquillise. Ou bien il est seul, ou il ne se sait seul que sil ne l est pas. La substance

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