maitrise de soi-meme

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  • La Matrise de soi-mme par lautosuggestionconsciente

    mile Cou

    Publication: 1926Source : Livres & Ebooks

  • Ce nest pas la volont qui nous

    fait agir, mais limagination.

    Mesdames, Messieurs,

    La suggestion ou plutt lautosuggestion est un sujet tout fait nouveau, en mmetemps quil est aussi vieux que le monde.

    Il est nouveau en ce sens que, jusqu prsent, il a t mal tudi et, par cons-quent, mal connu ; il est ancien parce quil date de lapparition de lhomme surla terre. En effet, lautosuggestion est un instrument que nous possdons en nais-sant et cet instrument, ou mieux cette force, est dou dune puissance inoue, in-calculable, qui, suivant les circonstances, produit les meilleurs ou les plus mau-vais effets. La connaissance de cette force est utile chacun de nous, mais elle estplus particulirement indispensable aux mdecins, aux magistrats, aux avocats,aux ducateurs de la jeunesse.

    Lorsquon sait la mettre en pratique dune faon consciente, on vite dabord deprovoquer chez les autres des autosuggestions mauvaises dont les consquencespeuvent tre dsastreuses, et ensuite lon en provoque consciemment de bonnesqui ramnent la sant physique chez les malades, la sant morale chez les n-vross, les dvoys, victimes inconscientes dautosuggestions antrieures, et ai-guillent dans la bonne voie des esprits qui avaient tendance sengager dans lamauvaise.

    Ltre conscient et ltre inconscient

    Pour bien comprendre les phnomnes de la suggestion, ou pour parler plus jus-tement, de lautosuggestion, il est ncessaire de savoir quil existe en nous deuxindividus absolument distincts lun de lautre. Tous deux sont intelligents ; mais,tandis que lun est conscient, lautre est inconscient. Cest la raison pour laquelleson existence passe gnralement inaperue.

    1

  • Et cependant cette existence est facile constater, pour peu quon se donne lapeine dexaminer certains phnomnes et quon veuille bien y rflchir quelquesinstants. En voici des exemples :

    Tout le monde connat le somnambulisme, tout le monde sait quun somnam-bule se lve la nuit, sans tre veill, quil sort de sa chambre aprs stre habill ounon, quil descend des escaliers, traverse des corridors et que, aprs avoir excutcertains actes ou accompli certain travail, il revient sa chambre, se recouche,et montre le lendemain le plus grand tonnement en trouvant termin un travailquil avait laiss inachev la veille.

    Cependant cest lui qui la fait, bien quil nen sache rien. quelle force soncorps a-t-il obi, si ce nest une force inconsciente, son tre inconscient ?

    Considrons maintenant, si vous le voulez bien, le cas trop frquent, hlas ! dunalcoolique atteint de delirium tremens. Comme pris dun accs de dmence, ilsempare dune arme quelconque, couteau, marteau, hachette, et frappe, frappefurieusement ceux qui ont le malheur dtre dans son voisinage. Quand, laccstermin, lhomme recouvre ses sens, il contemple avec horreur la scne de car-nage qui soffre sa vue, ignorant que cest lui-mme qui en est lauteur. Ici en-core, nest-ce pas linconscient qui a conduit ce malheureux ? 1

    Si nous comparons ltre conscient ltre inconscient, nous constatons que,tandis que le conscient est dou souvent dune mmoire trs infidle, lincons-cient, au contraire, est pourvu dune mmoire merveilleuse, impeccable, qui en-registre, notre insu, les moindres vnements, les moindres faits de notre exis-tence. De plus, il est crdule et accepte, sans raisonner, ce quon lui dit. Et, commecest lui qui prside au fonctionnement de tous nos organes par lintermdiaire ducerveau, il se produit ce fait, qui vous semble plutt paradoxal, que sil croit quetel ou tel organe fonctionne bien ou mal, que nous ressentons telle ou telle im-pression, cet organe, en effet, fonctionne bien ou mal, ou bien nous ressentonstelle ou telle impression.

    Non seulement linconscient prside aux fonctions de notre organisme, mais ilprside aussi laccomplissement de toutes nos actions, quelles quelles soient.

    1Et que de phobies dans la masse, des degrs divers, parfois presque imperceptibles ; quelsmaux nous nous crons ! tous ! ! et dans tous les domaines, en ne prenant pas immdiatement lecontre-pied de nos mauvaises autosuggestions inconscientes par de bonnes autosuggestionsconscientes ralisant la disparition de toute souffrance injustifie.

    2

  • Cest lui que nous appelons imagination et qui, contrairement ce qui est ad-mis, nous fait toujours agir, mme et surtout contre notre volont, lorsquil y aantagonisme entre ces deux forces.

    Volont et imagination

    Si nous ouvrons un dictionnaire et que nous cherchions le sens du mot volont,nous trouverons cette dfinition : Facult de se dterminer librement certainsactes. Nous accepterons cette dfinition comme vraie, inattaquable. Or, rien nestplus faux, et cette volont, que nous revendiquons si firement, cde toujours lepas limagination. Cest une rgle absolue, qui ne souffre aucune exception.

    Blasphme ! paradoxe ! vous crierez-vous. Nullement. Vrit, pure vrit, vousrpondrai-je.

    Et pour vous en convaincre, ouvrez les yeux, regardez autour de vous, et sachezcomprendre ce que vous voyez. Vous vous rendrez compte alors que ce que je vousdis nest pas une thorie en lair, enfante par un cerveau malade, mais la simpleexpression de ce qui est.

    Supposons que nous placions sur le sol une planche de 10 mtres de long sur0,25 m de large, il est vident que tout le monde sera capable daller dun bout lautre de cette planche sans mettre le pied ct. Changeons les conditionsde lexprience et supposons cette planche place la hauteur des tours dunecathdrale, quelle est donc la personne qui sera capable de savancer, seulementdun mtre, sur cet troit chemin ? Est-ce vous qui mcoutez ? Non, sans doute.Vous nauriez pas fait deux pas que vous vous mettriez trembler et que, malgrtous vos efforts de volont, vous tomberiez infailliblement sur le sol.

    Pourquoi donc ne tomberez-vous pas si la planche est terre et pourquoi tomberez-vous si elle est leve ? Tout simplement parce que, dans le premier cas, vous vousimaginez quil vous est facile daller jusquau bout de cette planche, tandis que,dans le second, vous vous imaginez que vous ne le pouvez pas.

    Remarquez que vous avez beau vouloir avancer : si vous vous imaginez quevous ne le pouvez pas, vous tes dans limpossibilit absolue de le faire.

    Si des couvreurs, des charpentiers, sont capables daccomplir cette action, cestquils simaginent quils le peuvent.

    3

  • Le vertige na pas dautre cause que limage que nous nous faisons que nousallons tomber ; cette image se transforme immdiatement en acte, malgr tousnos efforts de volont, dautant plus vite mme que ces efforts sont plus violents.

    Considrons une personne atteinte dinsomnie. Si elle ne fait pas defforts pourdormir, elle restera tranquille dans son lit. Si, au contraire, elle veut dormir, pluselle fait defforts, plus elle est agite.

    Navez-vous pas remarqu que plus vous voulez trouver le nom dune personneque vous croyez avoir oubli, plus il vous fuit, jusquau moment o substituantdans votre esprit lide a va revenir lide jai oubli le nom vous revienttout seul, sans le moindre effort ?

    Que ceux qui font de la bicyclette se rappellent leurs dbuts. Ils taient sur laroute, se cramponnant leur guidon, dans la crainte de tomber. Tout coup,apercevant au milieu du chemin un simple petit caillou ou un cheval, (plus) ilscherchaient viter lobstacle, plus droit ils se dirigeaient sur lui.

    qui nest-il pas arriv davoir le fou rire, cest--dire un rire qui clatait dau-tant plus violemment que lon faisait plus defforts pour le retenir ?

    Quel tait ltat desprit de chacun dans ces diffrentes circonstances ? Je veuxne pas tomber, mais je ne peux pas men empcher ; je veux dormir, mais je nepeux pas ; je veux trouver le nom de Madame Chose, mais je ne peux pas ; je veuxviter lobstacle, mais je ne peux pas ; je veux contenir mon rire, mais je ne peuxpas.

    Comme on le voit, dans chacun de ces conflits, cest toujours limagination quilemporte sur la volont, sans aucune exception.

    Dans le mme ordre dides, ne voyons-nous pas quun chef qui se prcipite enavant, la tte de ses troupes, les entrane toujours aprs lui, tandis que le cri : Sauve qui peut ! dtermine presque fatalement une droute ? Pourquoi ? Cestque, dans le premier cas, les hommes simaginent quils doivent marcher en avantet que, dans le second, ils simaginent quils sont vaincus et quil leur faut fuir pourchapper la mort.

    4

  • Panurge nignorait pas la contagion de lexemple, cest--dire laction de lima-gination, quand, pour se venger dun marchand avec lequel il naviguait, il luiachetait son plus gros mouton et le jetait la mer, certain davance que le trou-peau suivrait tout entier, ce qui eut lieu, du reste.

    Nous autres, hommes, nous ressemblons plus ou moins la gent moutonnireet, contre notre gr, nous suivons irrsistiblement lexemple dautrui, nous imagi-nant que nous ne pouvons faire autrement.

    Je pourrais citer encore mille autres exemples, mais je craindrais que cette nu-mration ne devnt fastidieuse. Je ne puis cependant passer sous silence ce faitqui montre la puissance norme de limagination, autrement dit, de linconscientdans sa lutte contre la volont.

    Il y a des ivrognes qui voudraient bien ne plus boire, mais qui ne peuvent sem-pcher de le faire. Interrogez-les, ils vous rpondront, en toute sincrit, quilsvoudraient tre sobres, que la boisson les dgote, mais quils sont irrsistible-ment pousss boire, malgr leur volont, malgr le mal quils savent que celaleur fera...

    De mme, certains criminels commettent des crimes malgr eux, et quand onleur demande pourquoi ils ont agi ainsi, ils rpondent : Je nai pas pu men em-pcher, cela me poussait, ctait plus fort que moi.

    Et livrogne et le criminel disent vrai ; ils sont forcs de faire ce qu