Les Salons Diderot

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<ul><li><p> Oeuvres compltes deDiderot : rev. sur les d.originales comprenantce qui a t publi </p><p>diverses poques et lesms. [...]</p><p>Source gallica.bnf.fr / Bibliothque nationale de France</p></li><li><p> Diderot, Denis (1713-1784). Oeuvres compltes de Diderot : rev. sur les d. originales comprenant ce qui a t publi diverses poques et les ms. indits conservs laBibliothque de l'Ermitage par J. Asszat ([Reprod. en fac-sim.]). 1875-1877. </p><p>1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numriques d'oeuvres tombes dans le domaine public provenant des collections de laBnF.Leur rutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n78-753 du 17 juillet 1978 : *La rutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la lgislation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La rutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par rutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produitslabors ou de fourniture de service. </p><p>Cliquer ici pour accder aux tarifs et la licence </p><p>2/ Les contenus de Gallica sont la proprit de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code gnral de la proprit des personnes publiques. </p><p>3/ Quelques contenus sont soumis un rgime de rutilisation particulier. Il s'agit : </p><p> *des reproductions de documents protgs par un droit d'auteur appartenant un tiers. Ces documents ne peuvent tre rutiliss, sauf dans le cadre de la copie prive, sansl'autorisation pralable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservs dans les bibliothques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signals par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothquemunicipale de ... (ou autre partenaire). 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En cas de nonrespect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prvue par la loi du 17 juillet 1978. </p><p>7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute dfinition, contacter reutilisation@bnf.fr. </p></li><li><p>UVRES COMPLTES</p><p>1)</p><p>DIDEROT</p><p>BEAUX-ARTS</p><p>li</p><p>ARTS DU DESSIN</p><p>SALONS)</p></li><li><p>UVRES COMPLTES</p><p>DE</p><p>DIDEROTREVUES SUR LES DITIONS ORIGINALES</p><p>COMPRENANT CE QUI A T PUBLI A DIVERSES POQUES</p><p>ET LES MANUSCRITS IN6DITS</p><p>CONSERVS A LA BIBLIOTHQUE DE L'ERMITAGE</p><p>NOTICES, NOTES, TABLE ANALYTIQUE</p><p>TUDE SUR DIDEROT</p><p>ET</p><p>LE MOUVEMENT PHILOSOPHIQUE AU XVIlle SICLE.</p><p>PAR J. ASSZAT</p><p>TOME ONZIME</p><p>PARIS</p><p>GARNIER FRRES, LIBRAIRES-DITEURS</p><p>G, RUE DRS SAINTS-PRES, 6</p><p>1876</p><p>Reprinted with permission of the original publishers</p><p>KRAUS REPRINT LTD.</p><p>Nendeln, Liechtenstein</p><p>1966</p></li><li><p>Printed in Germany</p></li><li><p>SALON DE 1767</p><p>Publi en 1798</p></li><li><p>SALON DE 1767</p><p>A MON AMI MONSIEUR GRIMM.</p><p>Ne vous attendez pas, mon ami, que je sois aussi riche,aussi vari, aussi sage, aussi fou, aussi fcond cette fois quej'ai pu l'tre aux Salons prcdents. Tout s'puise. Les artistes</p><p>diversifieront leurs compositions l'infini; mais les rgles de</p><p>l'art, ses principes et leurs applications, resteront borns.Peut-tre avec de nouvelles connaissances acquises, d'autres</p><p>secours, le choix d'une forme originale, russirais-je conser-ver le charme de l'intrt une matire use mais je n'ai rien</p><p>acquis; j'ai perdu Falconet 1 et la forme originale dpend d'unmoment qui n'est pas venu. Supposez-moi de retour d'un</p><p>voyage d'Italie, et l'imagination pleine des chefs-d'uvre quela peinture ancienne a produits dans cette contre. Faites queles ouvrages des coles flamande et franaise me soient fami-liers. Obtenez des personnes opulentes, auxquelles vous desti-nez mes cahiers, l'ordre ou la permission de faire prendre des</p><p>esquisses de tous les morceaux dont j'aurai les entretenir; et</p><p>je vous rponds d'un Salon tout nouveau. Les artistes des si-cles passs mieux connus, je rapporterais la manire et le faired'un moderne, au faire et la manire de quelque ancien la</p><p>plus analogue la sienne; et vous auriez tout de suite une ide</p><p>plus prcise de la couleur, du style et du clair-obscur. S'il yavait une ordonnance, des incidents, une figure, une tte, un</p><p>caractre, une expression emprunts de Raphal, des Carraches,</p><p>1. II venait de partir pour la Russie la fin de dcembre 17GG.</p></li><li><p>4 SALON DE 1767.</p><p>du Titien, ou d'un autre, je reconnatrais le plagiat, et je vousle dnoncerais. Une esquisse, je ne dis pas faite avec esprit, ce</p><p>qui serait mieux pourtant, mais un simple croquis, suffirait</p><p>pour vous indiquer la disposition gnrale, les lumires, lesombres, la position des figures, leur action, les masses, les</p><p>groupes, cette ligne de liaison qui serpente et enchane les dif-frentes parties de la composition; vous liriez ma description,et vous auriez ce croquis sous les yeux il m'pargnerait beau-</p><p>coup de mots; et vous entendriez davantage. J'espre bien quenous retirerons des greniers de notre ami ces immenses porte-feuilles d'estampes, abandonns aux rats, et que nous les feuil-leterons encore quelquefois mais qu'est-ce qu'une estampe en</p><p>comparaison d'un tableau? Connat-on Virgile, Homre, quandon a lu Desfontaines ou Bitaub? Pour ce voyage d'Italie sisouvent projet, il ne se fera jamais. Jamais, mon ami, nousne nous embrasserons dans cette demeure antique, silencieuseet sacre, o les hommes sont venus si souvent accuser leurserreurs ou exposer leurs besoins; sous ce Panthon, sous cesvotes obscures o nos mes devaient s'ouvrir sans rserve, etverser toutes ces penses retenues, tous ces sentiments secrets,toutes ces actions drobes, tous ces plaisirs cachs, toutes ces</p><p>peines dvores, tous ces mystres de notre vie, dont l'honn-tet scrupuleuse interdit la confidence l'amiti mme la plusintime et la moins rserve. Eh bien mon ami, nous mourronsdonc sans nous tre parfaitement connus; et vous n'aurez pointobtenu de moi toute la justice que vous mritiez. Consolez-vous;</p><p>j'aurais t vrai, et j'y aurais peut-tre autant perdu que vous</p><p>y auriez gagn. Combien de cts en moi que je craindrais utmontrer tout nusl Encore une fois, consolez-vous; il est plusdoux d'estimer infiniment son ami, que d'en tre infinimentestim.</p><p>Une autre raison de la pauvret de ce Salon-ci, c'est queplusieurs artistes de rputation ne sont plus, et que d'autresdont les bonnes et les mauvaises qualits m'auraient fourni unercolte abondante d'observations, ne s'y sont pas montrs cetteanne. 11 n'y avait rien ni dd Pierre, ni de Boucher, ni de La</p><p>Tour, ni de Bachelier, ni de Greuze. Ils ont dit, pour leurs rai-</p><p>sons, qu'ils taient las de s'exposer aux btes, et d'tre dchirs.</p><p>Quoi monsieur Boucher, vous qui les progrs et la dure de</p></li><li><p>SALON DE 1767. 5</p><p>l'art devraient tre spcialement cur, en qualit de premierpeintre du roi, c'est au moment o vous obtenez ce titre, quevous donnez la premire atteinte une de nos plus utiles insti-tutions, et cela par la crainte d'entendre une vrit dure? Vousn'avez pas conu quelle pouvait tre la suite de votre exempleSi les grands matres se retirent, les subalternes se retireront,ne ft-ce que pour se donner un air de grands matres; bienttles murs du Louvre seront tout nus, ou ne seront couverts quedu barbouillage de polissons, qui ne s'exposeront que parcequ'ils n'ont rien perdre se laisser voir; et cette lutteannuelle et publique des artistes venant cesser, l'art s'ache-minera rapidement sa dcadence. Mais, cette considrationla plus importante, il s'en joint une autre qui n'est pas ngli-ger. Voici comment raisonnent la plupart des hommes opulentsqui occupent les grands artistes La somme que je vais mettreen dessins de Boucher, en tableaux de Vernet, de Casanove, de</p><p>Loutherbourg, est place au plus haut intrt. Je jouirai toutema vie de la vue d'un excellent morceau. L'artiste mourra; etmes enfants ou moi nous retirerons de ce morceau vingt fois le</p><p>prix de son premier achat. Et c'est trs-bien raisonn; et leshritiers voient sans chagrin un pareil emploi de la richesse</p><p>qu'ils convoitent. Le cabinet de M. de Julienne a rendu lavente1 beaucoup au del de ce qu'il avait cot. J'ai prsentsous mes yeux un paysage que Vernet fit Rome pour un habit,veste et culotte, et qui vient d'tre achet mille cus. Quel rap-port y a-t-il entre le salaire qu'on accordait aux matres anciens,et la valeur que nous mettons leurs ouvrages? Ils ont donn,pour un morceau de pain, telle composition que nous offririonsinutilement de couvrir d'or. Le brocanteur ne vous lchera pasun tableau du Corrge pour un sac d'argent dix fois aussi lourdque le sac de liards sous lequel un infme cardinal le fit mourir'.</p><p>Mais quoi cela revient-il? me direz-vous. Qu'est-ce quel'histoire du Corrge et la vente des tableaux de M. de Julienne</p><p>1. Cette vente fut faite en 1767. Le tableau de Vernet que cite Diderot est sans</p><p>doute les Travaux d'un port de mer, qui fut vendu 3,915 livres.</p><p>2. Antoine Allegri, dit Le Corrge, mourut en 1534, par suite d'une fivre qu'il</p><p>gagna son retour de Parme, o il tait all recevoir le prix d'un tableau pour le</p><p>dme de la cathdrale. Le chapitre, peu reconnaissant, le lui avait pay 200 livres</p><p>en monnaie de cuivre que Le Corrge eut l'empressement de porter sa famille</p><p>pendant la plus grande chaleur de l't. (Bn.)</p></li><li><p>6 SALON DE 1767.</p><p>ont de commun avec l'exposition publique et le Salon? vousallez l'entendre. L'homme habile, qui l'homme riche demandeun morceau qu'il puisse laisser son enfant, son hritier,comme un effet prcieux, ne sera plus arrt par mon jugement,par le vtre, par le respect qu'il se portera lui-mme, par lacrainte de perdre sa rputation ce n'est plus pour la nation,c'est pour un particulier qu'il travaillera, et vous n'en obtien-drez qu'un ouvrage mdiocre, et de nulle valeur. On ne saurait</p><p>opposer trop de barrires la paresse, l'avidit, l'infidlit;et la censure publique est une des plus puissantes. Ce serrurier,qui avait femme et enfants, qui n'avait ni vtement ni pain leur donner, et qu'on ne put jamais rsoudre, quelque prixque ce ft, faire une mauvaise gche, fut un enthousiaste trs-rare. Je voudrais donc que M. le directeur des acadmies obtntun ordre du roi, qui enjoignit, sous peine d'tre exclu, toutartiste, d'envoyer au Salon deux morceaux au moins, au peintredeux tableaux, au sculpteur une statue ou deux modles. Maisces gens, qui se moquent de la gloire de la nation, des progrset de la dure de l'art, de l'instruction et de l'amusement</p><p>publics, n'entendent rien leur propre intrt. Combien detableaux seraient demeurs des annes entires dans l'ombre del'atelier, s'ils n'avaient point t exposs? Tel particulier va</p><p>promener au Salon son dsuvrement et son ennui, qui y prendou reconnat en lui le got de la peinture. Tel autre qui en ale got, et n'y tait all chercher qu'un quart d'heure d'amuse-ment, y laisse une somme de deux mille cus. Tel artistemdiocre s'annonce en un instant toute la ville pour un ha-bile homme. C'est l que cette si belle chienne d'Oudry, quidcore droite notre synagogue1, attendait le baron notre ami.</p><p>Jusqu' lui personne ne l'avait regarde; personne n'en avaitsenti le mrite; et l'artiste tait dsol. Mais, mon ami, ne nousrefusons pas au rcit des procds honntes. Cela vaut encoremieux que la critique ou l'loge d'un tableau. Le baron voitcette chienne, l'achte; et l'instant voil tous ces ddaigneuxamateurs furieux et jaloux. On vient; on l'obsde; on lui pro-pose deux fois le prix de son tableau. Le baron va trouverl'artiste, et lui demande la permission de cder sa chienne </p><p>1. La maison du baron d'Holbach. (Bit.)</p></li><li><p>SALON DE 176I, 7</p><p>son profit'. Non, monsieur; non, lui dit l'artiste. Je suis tropheureux que mon meilleur ouvrage appartienne un hommequi en connaisse le prix. Je ne consens rien, je n'accepterairien; et ma chienne vous restera. </p><p>Ah mon ami, la maudite race que celle des amateurs Ilfaut que je m'en explique, et que je me soulage, puisque j'enai l'occasion. Elle commence s'teindre ici, o elle n'a quetrop dur et fait trop de mal. Ce sont ces gens-l qui dcident tort et travers des rputations; qui ont pens faire mourirGreuze de douleur et de faim qui ont des galeries qui ne leurcotent gure des lumires ou plutt des prtentions qui neleur cotent rien qui s'interposent entre l'homme opulent etl'artiste indigent; qui font payer au talent la protection qu'ilslui accordent; qui lui ouvrent ou ferment les portes; qui seservent du besoin qu'il a d'eux pour disposer de son temps quile mettent contribution; qui lui arrachent vil prix ses meil-leures productions; qui sont l'afft, embusqus derrire sonchevalet; qui l'ont condamn secrtement la mendicit, pourle tenir esclave et dpendant; qui prchent sans cesse la modi-cit de fortune comme un aiguillon ncessaire l'artiste et l'homme de lettres, parce que, si la fortune se runissait unefois aux talents et aux lumires, ils ne seraient plus rien; quidcrient et ruinent le peintre et le statuaire, s'il a de la hauteuret qu'il ddaigne leur protection ou leur conseil; qui le gnent,le troublent dans son atelier, par l'importunit de leur prsenceet l'ineptie de leurs conseils; qui le dcouragent, qui l'teignent,et qui le tiennent tant qu'ils peuvent dans l'alternative cruellede sacrifier ou son gnie, ou sa fiert, ou sa fortune. J'en aientendu, moi qui vous parle, un de ces hommes, le dos appuycontre la chemine de l'artiste, le condamner impudemment,lui et tous ses semblables, au travail et l'indigence; et croirepar la plus malhonnte compassion rparer les propos les plusmalhonntes, en promettant l'aumne aux enfants de l'artistequi l'coutait 2, Je me tus et je me reprocherai toute ma viemon silence et ma patience.</p><p>1. Ce trait de gnrosit du baron d'Holbach est ajouter ce qui est dit do</p><p>lui, t. III, p. 386, note. (BR.)</p><p>2. Quoiqu'il soit toujours dangereux de faire des suppositions, peut-tre nenous loignons-nous pas trop du vrai en supposant qu'il s'agit ici de M. Watelet</p></li><li><p>8 SALON DE 1767.</p><p>Ce seul inconvnient suffirait pour hter la dcadence del'art, surtout lorsque l'on considre que l'acharnement de cesamateurs contre les grands artistes va quelquefois jusqu' pro-curer aux artistes mdiocres le profit et l'honneur des ouvragespublics. Mais comment voulez-vous que le talent rsiste et</p><p>que l'art se conserve, si vous joignez cette pidmie ver-mineuse la multitude de sujets perdus pour les lettres et</p><p>pour les arts, par la juste rpugnance des parents aban-donner leurs enfants un tat qui les menace d'indigence?L'art demande une certaine ducation; et il n'y a que les</p><p>citoyens qui sont pauvres, qui n'ont presque aucune ressource,qui manquent de toute perspective, qui permettent leursenfants de prendre le crayon. Nos plus grands artistes sontsortis des plus basses conditions. Il faut entend...</p></li></ul>