les arts plastiques du xvie au xviiie siècle

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  • pierre-yves kairis

    258 Approches thmAtiques

    La Terre wallonne qui varie infiniment daspect, qui est daspects indpendants les uns des autres,devait uniquement produire des artistes indpendants. Auguste Donnay1

    Lhistoire des beaux-arts et des arts dcoratifs dans les zones francophones (quoique surtout wallophones ) des Pays-Bas et de la principaut de Lige au cours des Temps modernes constitue une illustration permanente du constat pos par Auguste Donnay loccasion du Congrs wallon de 1905. La notion dcole, cre artificiellement la fin du xviie sicle, sest heurte ces distorsions, nuisant lapprciation des artistes concerns. Au xixe sicle, lhis-toire de lart fut asservie par un nationalisme qui devait exalter la jeune nation belge. La pr-minence traditionnellement dvolue la peinture ancienne a confin lart belge dans un canon essentiellement brugeois puis anversois. Il ne sagit pas de remplacer ici un nationalisme par un autre. Les historiens dart de notre temps sont suffisamment conscients des approximations du pass pour viter dy substituer dautres. La notion dcole a t supplante par celle plus pertinente de foyer. Si les liens ont t nombreux entre les parties nord et sud de ce qui allait constituer la Belgique, rien ninterdit dexaminer les accents majeurs des principaux foyers de la partie mridionale.

    LeS artS PLaStiqueS du xVie au xViiieSiCLe

    Jean Gossart, Saint Luc dessinant la Vierge, vers 1515Huile sur panneau, 230x205cmPrague, nrodn galerie

  • 259 LeS artS PLaStiqueS du xVie au xViiieSiCLe

  • 260 aPProCheS thmatiqueS

  • 261 LeS artS PLaStiqueS du xVie au xViiieSiCLe

    Jacques du Brucq, Vertus, 1544albtreLmotion ne manque pas dtreindre lamateur lorsquil dcouvre ces merveilleuses statues lune aprs lautre en parcourant le chur de Sainte-Waudru. mons, cathdrale Sainte-Waudru

    Jacques du Brucq, projet de jub pour la collgiale sainte-Waudru, 1535Plume et lavis, 63x95,5cmmons, archives de ltat

    Le xviesicLe

    Cest par le vitrail que la Renaissance italienne a pntr les dcors de nos rgions. Alors que les verrires royales de la collgiale Sainte-Waudru Mons offertes par Marguerite dAutriche en 1511 demeuraient dans la tradition gothique, le premier souffl e de la Renaissance sest immisc dans les vitraux raliss la fi n des annes 1520 pour les principales glises de Lige : les collgiales Saint-Paul et Saint-Martin ainsi que labbatiale Saint-Jacques. La verrire du transept sud de Saint-Paul, offerte en 1530 par le prvt Lon dOultres, constitue sans doute lexemple le plus blouissant en nos contres, avec ladoption dun vocabulaire dcoratif qui sy rvle novateur.

    En sculpture, cest avant tout la tradition gothique qui sest prolonge, Lige comme ail-leurs. Les chefs-duvre de matre Balthazar, auteur entre autres des calvaires de lglise Saint-Nicolas Lige et de lglise de Saint-Sverin-en-Condroz, montrent dans les annes 15301540 un artiste de haut niveau marqu par lart brabanon. Cette prgnance brabanonne se recon-nat galement chez des artistes denvergure plus locale, tel le matre du calvaire de Lesve, dont latelier se situait sans doute Dinant ou Ciney, ou son disciple, le matre du calvaire de Waha, selon toute vraisemblance install Marche-en-Famenne mais dont la production confi ne lart populaire. En rgion ligeoise, les sculptures du matre du calvaire de Fize-le-Marsal offrent une plasticit parfois plus loigne du gothique ; lartiste sest lui montr plus attentif aux infl uences du Bas-Rhin.

    bien y regarder, dans la premire moiti du sicle, linfl uence italienne fut somme toute fort modeste. Elle perait peine dans la dentelle de pierre encore gothique du jub de lancienne collgiale de Walcourt. Elle sest surtout manifeste dans les cercles rudits de deux cours princires : celle drard de La Marck Lige et celle de Marie de Hongrie Mons.

    Dans le premier foyer, les documents attestent limportance dun atelier issu dun Italien migr, Nicola Palardino ( vers 1522). linstar des vitraux, la Renaissance a pntr dans la sculpture ligeoise par le biais dartistes immigrs en principaut. Cest la descendance artistique de Palardino, latelier dit des Palardin-Fiacre, que lon a attribu une srie de reliefs italianisants en marbre noir, essentiellement des monuments funraires. Mais cet italianisme est avant tout teint de lempreinte de Lambert Lombard, le premier romaniste de nos contres. Un autre immigr a jou un rle dterminant dans le passage du gothique la Renaissance.

    vitrail de lon doultres, 1530Beaucoup y voient la plus belle verrire Renaissance conserve en Belgique.Lige, cathdrale Saint-Paul

  • 262 aPProCheS thmatiqueS

    Le sculpteur dorigine souabe Daniel Mauch (vers 14771540) vint en effet achever sa carrire Lige partir de 1530. Il y donna plusieurs chefs-duvre, telle la Madone de Berselius (Lige, Grand Curtius) ou la dalle funraire de labb de Saint-Jacques Jean de Cromois (Paris, Muse du Louvre). Tout en prolongeant le gothique international, Mauch a introduit des inflchisse-ments gracieux et un vocabulaire dcoratif qui relvent davantage de lItalie.

    Lautre grand centre wallon dans le domaine de la sculpture est Mons, o sest panoui dans le giron de Marie de Hongrie le gnie dun des grands matres du xvie sicle : Jacques Du Brucq (vers 15051584). Celui qui obtint le titre de matre artiste de lEmpereur est surtout connu pour le riche jub ralis entre 1535 et 1549 Sainte-Waudru. On en garde le souvenir dans un dessin conserv aux Archives de ltat Mons dont lattribution Du Brucq est aujourdhui remise en question. Sa structure lhorizontalit affirme et son vocabulaire dcoratif relvent pleinement de la Haute Renaissance. Cest galement le cas des reliques qui en subsistent dans lancienne collgiale, spcialement les remarquables reprsentations des Vertus. Ces albtres, qui conjuguent avec bonheur douceur et majest, constituent une des plus hautes expressions de la Renaissance en pays wallon.

    Dans le domaine de la peinture, la production de Joachim Patinier, originaire de Dinant ou de Bouvignes, semble ntre connue que dans sa priode anversoise, entre son inscription la gilde des peintres en 1515 et son dcs en 1524. Albrecht Drer a voqu son nom dans la rela-tion de son sjour Anvers et a invent son propos le terme de paysagiste (Landschaftmahler). Dans ses tableaux, le rapport traditionnel entre le paysage de fond et les personnages, gnra-lement religieux, est invers. Patinier sest fait une spcialit de ces paysages dits cosmiques et on se plat croire que le souvenir des vallons mosans de sa jeunesse a influ sur le dve-loppement de ses reprsentations de paysages aux rochers tortueux dallure fantastique. Le Bouvignois Henri Bles ( vers 1560), peut-tre le neveu du prcdent, a prolong la diffusion, spcialement en Italie, de ces vues panoramiques mais empreintes cette fois dune atmosphre plus vaporeuse, moins oppressante.

    Le Hainuyer Jean Gossart (vers 14781532) a lui aussi accompli lessentiel de sa carrire Anvers, nouvelle capitale des arts dans les Pays-Bas. Celui qui est repris dans certains docu-ments contemporains sous le sobriquet de Jeannot le Wallon fut un des fondateurs du cou-rant que lhistoire de lart a retenu sous lappellation de manirisme anversois . Il y a ml

    Pierre Furnius, annonciation,

    Gravure au burin, 28x20,5cm

    Considr par ses contemporains comme

    un des meilleurs peintres de son temps, Furnius

    est surtout connu comme graveur hritier de la

    tradition humaniste de son matre Lambert Lombard

    mais aussi des accents formels du milieu anversois.

    bruxelles, bibliothque royale de belgique

  • 263 LeS artS PLaStiqueS du xVie au xViiieSiCLe

    un bernin WaLLon

    en sculpture, un nom clipse tous les autres dans le paysage wallon de ce temps, celui de jean del Cour (16311707). il est n dans la principaut abbatiale de Stavelot-malmedy, laquelle appartenait hamoir, son village dorigine. mais cest Lige quil a t form, vraisemblablement par le chartreux robert henrard. Le jeune del Cour a t fortement impressionn par ses deux sjours rome. Le premier, vers 16601661, fut plutt marqu du sceau dun baroque tempr, dans la foule de franois duquesnoy ou alessandro algardi. Cest manifestement durant son second sjour, vers 16631664, quil a dfi nitivement succomb lascendant du grand gianlorenzo bernini, le coryphe de la sculpture baroque. Le Ligeois dadoption a ainsi assimil un art de sduction en phase avec le discours de la Contre-rforme, un art didactique au service de la prdication et de la foi, un art fastueux interpellant limagination des fi dles.

    del Cour fut un fi dle traducteur des conceptions berninesques en son pays. il en a notamment repris, dune manire sans gale

    dans les Pays-bas, les envoles lyriques des draperies et lexacerbation des sentiments. Les multiples bozzetti de ses statues appartenant la Ville de Lige en constituent sans doute les meilleurs exemples.

    les lments dcoratifs de la tradition gothique aux conceptions italiennes dont il fut un des premiers peintres du Nord sinspirer lors de son voyage Rome en 1509.

    Nombre de peintres locaux ont frquent la schola cre par Lambert Lombard. Lambert Zutman (15141564)2, dit Suavius, est un peintre dont la production continue nous chapper compltement, en dpit des diverses tentatives de reconstitution. Il fut par ailleurs un des plus brillants graveurs du Nord de sa gnration. Ses estampes tmoignent de lhritage de Lombard dans la plasticit maniriste des fi gures et dans la transcription de cette passion partage de lAntiquit. Pierre du Four (vers 15451610), alias Furnius, un des derniers lves de Lombard, ntait lui aussi connu jusquil y a peu que par ses gravures rudites. Deux de ses peintures viennent dtre identifi es. Elles dmontrent que l cole de Lambert Lombard sest assez rapi-dement mancipe du matre pour se tourner vers la mode

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