LE FRANÇAIS DE RÉFÉRENCE ET LES NORMES ?· LE FRANÇAIS DE RÉFÉRENCE ET LES NORMES DE PRONONCIATION…

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CILL 26 (2000), 1-4, 91-135 LE FRANAIS DE RFRENCE ET LES NORMES DE PRONONCIATION Yves Charles MORIN Universit de Montral Le bon usage [] ressemble parfois singulirement la fe Morgane qui svanouit en fume quand on sen approche de trop prs. (Nyrop, Manuel phontique du franais parl 1902 [1955: vi]) Si lon en croit Martinet, les Franais attacheraient beaucoup plus dimportance aux normes syntaxiques et lexicales quaux normes de prononciation: Le grand public [franais] [] nest probablement pas conscient dune n-cessit damliorer sa langue par imitation dun groupe social particulier. Ceci sexplique aisment du fait que les Franais sont beaucoup plus sensibles au maniement dfectueux de la grammaire quaux aberrances de prononciation. Aucun accent reconnu comme franais ne saurait dclasser personne, pourvu quil ait, par frottement, perdu de son agressivit: quil roule les r ou quil grasseye, quil distingue un de in ou quil les confonde, quil fasse ou non sentir certains e muets, un Franais sera toujours distingu si sa syntaxe est impeccable et sil choisit immanquablement le mot juste. (Martinet 1964: 350351 [1969: 123124]) Il nest pas vident sur quoi se fonde cette impression. Il est indniable, par contre, quil existe des diffrences de nature importantes entre la plupart des travaux qui se sont donn pour objectif de dcrire les normes de prononciation et ceux qui ont enregistr les normes syntaxiques ou lexicales que ces diffrences rsultent ou non dattitudes comme celle que mentionne Martinet. Les travaux sur la prononciation, par ncessit, portent sur une production orale mme dans le cas dcrit oralis , les seconds se sont longtemps cantonns aux productions crites. Il est difficile de dcrire les productions orales et de les dcrire objectivement, car leur interprtation passe ncessairement par les filtres (syntaxique, morphologique et phonique) de celui qui coute, alors que les proprits de la langue crite sont 92 relativement faciles observer, dcrire, compiler. Lapprentissage des normes, quil se fasse par imitation directe ou par un enseignement structur, est aussi trs diffrent dans les deux cas: alors quil est relativement frquent dacqurir tardivement une excellente matrise des normes crites syntaxiques et lexicales, il est beaucoup plus rare de matriser de nouvelles normes de prononciation dans les mmes conditions. Moins dune minute suffit parfois pour identifier lorigine gographique dun francophone cultiv que lon naurait jamais releve dans un long texte crit. Cest probablement pour toutes ces raisons que les rflexions sur la norme ou les normes de prononciation, que ce soit pour les dcrire ou pour les enseigner, sont bien souvent distinctes de celles qui portent sur les autres aspects de la norme et de lusage linguistiques. Dans ce travail, nous examinerons dabord le discours idologique qui identifie le groupe social dont lusage, dans certains styles spcifiques, constituerait la norme du bon parler et comment il a volu rcemment. Nous verrons que les descriptions de la norme quon retrouve dans les manuels et dictionnaires lintention des trangers et des provinciaux dsireux de lacqurir sont relativement indpendantes de ce discours idologique; elles sont le plus souvent le rsultat dune tradition module par les interventions des descripteurs, qui sappuient plus sur lide quils se font de leur propre usage que sur des enqutes scientifiques. Nous examinerons ensuite la nature des transcriptions phoniques utilises dans ces manuels et dictionnaires pour rendre les SONS sur PAPIER et les dbats sur la nature et lutilit de telles transcriptions. Enfin nous ferons deux tudes de cas, la premire sur lanalyse de la voyelle postrieure [A] brve dans les mots comme troite ou froide qui met en vidence les problmes provenant soit des usages rgionaux des descripteurs ou des systmes de notation ncessaires pour reprsenter lusage phonique, et le second sur la prise en compte de la variabilit des usages pour certaines semi-voyelles, comme dans nuage [nyaZ] ~ [naZ], qui rvle les attitudes plus ou moins conscientes des auteurs de traits vis--vis de la norme (systmatisation et hypercorrection). 1. LE DISCOURS IDOLOGIQUE SUR LA NORME DE PRONONCIATION 1.1. Le prestige de la Cour et de la bourgeoisie parisienne Le modle de prononciation explicitement valoris (mais pas toujours effectivement dcrit) pour la prononciation a longtemps t celui du groupe social dominant: la Cour (ou la plus saine partie de la Cour), puis les vieilles familles parisiennes (cette couche sociale dont sont issus les officiers gnraux et les vques, prcise encore Pichon au dbut du XXe sicle). La norme de prononciation est une affaire de classe, et seulement de classe: 93 [] ce nest pas le mrite personnel dun individu, ce nest pas son instruction, ni ses titres universitaires, ni sa culture intellectuelle et morale, si leves soient-elles, qui le classent parmi les sujets de parlure dite bourgeoise, ou mieux optimale. Lon naccde cette parlure que par chelons de gnrations; la parlure est affaire de famille, de milieu; cest ce qui explique que des hommes dpourvus de toute valeur personnelle puissent tre de parlure optimale, linverse de bien des hommes de mrite issus des classes humbles. (Pichon 1938: 108) Il nexiste pas pour la prononciation de bons orateurs quon donnerait en modle, semblables aux bons crivains (la plus saine partie des autheurs du temps) sur lesquels on sappuie pour justifier le bon usage syntaxique et lexical et si lon mentionne parfois le Roi, il sagit l dune simple formule rituelle. Lautorit des potes est parfois mais rarement invoque pour certains dtails que rvle le mtre, comme Peletier (1550) qui sappuie sur lautorit de Marot pour critiquer la synrse dans violette note par Meigret (1550a). Les uvres en vers, en effet, si elles ont longtemps constitu les seuls enregistrements publics possibles des faits de prononciation, sont nettement insuffisantes pour donner une image concrte de la prononciation. Dautre part, leur production, comme celle de la dclamation et des discours publics, relvent dun mode dlocution trop spcifique, trop relev qui nest pas de mise dans la bonne socit, comme ne sont pas de mise non plus le parler familier, mme si lon peut ladopter dans lintimit, ni cela va de soi le parler vulgaire. Cest donc ce franais de la conversation soigne des milieux parisiens de laristocratie, puis de la bonne bourgeoisie quil convient de matriser et que lon consignera dans les traits de prononciation et les dictionnaires lintention des trangers et des provinciaux de bonne famille qui nont pas eu le privilge dtre levs Paris1. Thurot (18811883) examine prs de deux cents auteurs qui se sont ainsi exprims sur la norme de prononciation pour la priode qui va de 1521 1805. Il est difficile dvaluer combien lont encore fait par la suite; 1 Les dictionnaires de prononciation les plus anciens semblent avoir nanmoins cherch donner une indication du compte syllabique des mots quil importait de connatre pour composer des vers (une activit longtemps trs valorise dans les milieux cultivs). Celle-ci prend parfois la forme dune note spcifique mentionnant les diffrences entre la prononciation normale dun mot et sa variante dans la posie, parfois de conventions gnrales dinterprtation des transcriptions phontiques. Le rsultat est le plus souvent ambigu. Il est difficile de savoir si la prononciation indique vaut vraiment pour la langue ordinaire ou seulement la posie. Les dictionnaires les plus rcents (aprs le Dictionnaire Gnral) se sont limits donner la prononciation normale, lexception de celui de Warnant qui a fait la gageure de dvelopper un systme permettant de noter plusieurs types de prononciation. Ainsi pour pquerette, not [pA-k(-)E(-)t()], les conventions de lecture donnent les prononciations [pA-k-E-t] dans les vers rguliers devant consonne, [pA-k-Et] dans les vers rguliers devant voyelle et en fin de vers, [pA-kE-t], [pA-k-E-t], [pA-k-E-t], [pA-kEt] dans la conversion soigne, etc. (Warnant 1962: x). Les conventions de lecture pour la dirse et la synrse sont particulirement obscures dans les premires ditions de cet ouvrage et probablement errones dans la quatrime (comme nous verrons plus loin, 4.2.2). 94 notons seulement que Morrison (1969) a aussi consult deux cents auteurs, qui traitent en tout ou en partie de la liaison dans la norme entre 1805 et 1967. Depuis le trait de Villers-Cotteret jusqu tout rcemment, lintelligentsia franaise a contribu la promotion de cette varit de franais2. Les observations scientifiques sur le franais ont principalement port sur lusage de la classe sociale dominante et progressivement, depuis le XIXe sicle, sur les patois moribonds (cf. Bulot 1989). Dans le procs que fait Pichon (1938) Marguerite Durand (1936), on sent sous le reproche davoir os prsenter le parler de la petite bourgeoisie parisienne comme la norme du franais et davoir ainsi confondu le franais parisien avec le parigot, tout le mpris quil porte au parler de la plbe composite de Paris qui ne mritait assurment pas lattention que la jeune chercheuse lui avait porte. On voit poindre un changement dattitude un peu plus tard, au milieu du XXe sicle, parmi lintelligentsia rpublicaine laque ou de gauche, que semble gner cette valorisation des groupes sociaux privilgis ( moins que ceci ne relve dun changement objectif de la classe politiquement dominante). Cest ainsi que Fouch, qui en 1936 parle encore de franais parisien de la bourgeoisie cultive, ne mentionne plus explicitement dans son Trait de prononciation franaise (1956) la classe sociale dont il dcrit lusage et se contente de dire quil dcrit le franais parisien cultiv, laissant croire que celui-ci peut aussi tre utilis par une partie de la moyenne et de la petite bourgeoisie (les classes ouvrires et paysannes sont alors exclues de la culture, les fils douvriers et de paysans naccdant quau compte-gouttes lenseignement secondaire et suprieur). On notera les difficults quprouve cet auteur dire quil dcrit une NORME de prononciation, qui ne doit pas sloigner en fait des usages de la haute bourgeoisie: Pour ce qui est des mots et des noms propres franais, nous avons adopt comme base de notre tude la prononciation en usage dans une conversation soigne chez les Parisiens cultivs. [p. ii] La conversation soigne comporte des habitudes de prononciation bien elle et diffrentes de celles du parler relev, du parler familier ou du parler provincial. Elle se reconnat un ensemble de faits phontiques communs tous les milieux parisiens cultivs, faits constituant leur tour une sorte de norme daprs laquelle toute autre prononciation que la sienne est sentie comme dplace ou dfectueuse. [p. iii] Dans ltude que nous avons faite des mots et des noms propres franais, nous nous sommes content dexposer en les classant les rsultats obtenus. aucun moment lide de norme na dirig notre enqute. Il va sans dire cependant que la prononciation consigne dans notre ouvrage ne peut qutre propose comme modle ceux qui dsirent sexprimer correctement en franais. (Fouch 1956 [1959 p. iv]) la fin des annes 70, Malcot conserve un discours o la norme est explicitement associe la classe sociale dirigeante, mais qui nest dj plus celle 2 Selon Schmitt (1977), ce nest quaprs le trait de Villers-Cotteret que les lettrs ont exclu le franais de la Cour du mpris gnral quils portaient aux langues vernaculaires. 95 de Pichon (dans les textes publis en anglais, cette classe sera dcrite comme cultivated middle-class Parisians, cf. Malcot et Lindsay 1976: 45): [] un style clipse tous les autres []. Cest celui de la conversation srieuse mais dtendue de la classe dirigeante de la capitale. [] [Le] langage qui sert inconsciemment de modle ceux qui dsirent tre accepts dans les milieux dominants de notre civilisation [] [est celui] des Parisiens authentiques (de naissance, dducation, etc.) parmi les chefs dentreprises, hauts fonctionnaires, cadres suprieurs et tous ceux qui ont des situations de responsabilit dans les professions librales. (Malcot 1977: 1) 1.2. Les provinciaux et la norme parisienne Le discours sur la norme de prononciation est surtout idologique. Il apparat dans les introductions de manuels et dictionnaires qui peuvent cependant dcrire un usage relativement divergent du modle prsent par les auteurs. En effet, la majorit, sinon la grande majorit, des descriptions ont t crites par des provinciaux qui acceptaient le discours idologique de la prdominance de Paris, mais incluaient des traits spcifiques de leurs rgions dorigine, persuads quils taient souvent de matriser la norme prestigieuse, soit naturellement, soit par tude (cf. 2.4.3). Rares sont ceux qui, comme Peletier, ont le courage de reconnatre cette acculturation: Ie te pr, Meigret, nepousons point si afectueusemant la prolacion de notre pas. Gardons nous, quan voulant euiter la reproche que ft la vielhe a Teofraste, nous nancourons cele que donna Polion a Tite live. Sans point de faute, jose dire cela de moe, que j tousjours prs peine de parler e prononcer correctemant autant quun autre. E combien que je so dun pas, ou la prolacion, voere le langage sont assez vicieus (comme je suis contreint de confsser) toutefoes je panse auor gagn ce point au moyen de la reformacion que me suis imposee moe mme, qua bon droet ne se pourra dire de moe, que mon parler sante son terroe. E par ce que j tousjours et de lopinion de ceus qui ont dt quan notre France ni androet ou l'on parle pur Franoes, fors la ou t la Court, ou bien la ou sont ceus qui i ont et nourrz: je mi suis voulontiers get toutes les foes quan locasion: laquele assez de foes j e, principalemant du viuant du Tre cretien Roe Franoes: duquel les gans de letres ne saurot parler assez honorablemant. An la Court duquel j assez bonnes antrees, par le moyen des connoessances que jauo pratiquees du tans quil renot, maprochant des personnages qui auot credit, faueur e manimant daferes: qui sont ceus, qui parlet le mieus. (Peletier 1550: 112, 1555: 23 graphie de 1555 utilise ici) Cette attitude sobserve jusquau milieu du XXe sicle, o le Franc-comtois Grammont (1914) et le Roussillonnais Fouch (1956) acceptent pleinement la suprmatie de Paris. 96 On peut cependant sentir un certain inconfort, ou une nostalgie, dans le discours de lAngoumoisin Rousselot (Je suis n et jai vcu trente-quatre ans en Angoumois. Depuis jai habit Paris; mais je ne me suis pas appliqu effacer quelques traits de ma prononciation que je retrouvais chez les Parisiens plus gs 19111914: 4.73), qui tout en affirmant haut et fort la supriorit de Paris, ne peut sempcher de justifier certains des traits de sa rgion dorigine seulement lorsquils ont dj exist Paris, cependant: Quoi quon en puisse dire et quelles que soient les prtentions de plusieurs villes de France, une seule est le berceau du franais: cest Paris. Linfluence de Paris nest donc pas usurpe; et cest sa langue quil faut se conformer. [] Bien que la langue de Paris soit proprement la langue franaise, cependant il y a des faons de parler provinciales qui ne sont pas rejeter, surtout dans les provinces o elles sont en usage. Ce sont celles qui reprsentent des tapes antrieures de la langue. Par exemple, je ne blmerais pas plus la conservation de ll mouille que celle de lr linguale, ni lh aspire, ni la distinction des pluriels et des singuliers, des fminins et des masculins dans les cas o lunification sest faite Paris. Pourquoi prcipiter la mort de formes qui subsistent encore sur une partie du domaine franais ? Je dis cela pour nous. Aux trangers, je ne le conseillerais pas. Quils se conforment lusage actuel universellement reconnu bon. (Rousselot 19111914: 1.8284) Il nhsite pas non plus se prendre pour unique tmoin pour la plupart des mesures phontiques de son Dictionnaire de la prononciation franaise, malheureusement abandonn en 1914 au vocable abngation (alors quil incluait M. Lote comme second tmoin de la norme parisienne, tmoin n Lorient dun pre Breton et dune mre Parisienne, qui [lui] semble avoir eu sur sa langue une influence dominatrice 19111914: 4.73). Une forme de rvolte commence poindre dans le discours de lArdennais Charles Bruneau (originaire de Givet o se parlait aussi une varit de wallon), qui choisit de dire que la norme est celle du bourgeois parisien cultiv [... et] plus gnralement [du] Franais cultiv de toutes les grandes villes du nord de la France (1931: xix-xx, lemphase est dans loriginal). 1.3. Les nouvelles normes 1.3.1. Le franais des Parisiens de province La contestation est encore plus claire dans le manuel de Martinon, qui ddicace ainsi son livre ma femme, Parisienne de Paris, lauteur, Parisien de province. Pour lui, Paris ne peut tre seule dcider de la norme: Pour que la prononciation de Paris soit tenue pour bonne, il faut quelle soit adopte au moins par une grande partie de la France du Nord (1913: vii). Cest Andr Martinet, Savoyard dorigine, qui articulera le plus clairement les prtentions de la Province logeant Paris: [parlant du nombre et [de] la nature des informateurs dont il faudrait solliciter le concours pour un nouveau dictionnaire de la prononciation, 97 lauteur prcise que] Dans les conditions les moins favorables, il faudrait se contenter de cinq ou six sujets choisis dans les couches de la population dont on peut penser quelles ont un certain prestige, probablement les milieux cultivs de la bourgeoisie parisienne. Mais on devrait accorder la prfrence aux personnes dorigine et dattaches provinciales, car une certaine mobilit gographique est susceptible dliminer les bizarreries et les localismes. (Martinet 1964: 131) Il dfendra cette thse de nombreuses reprises: lexprience nous avait montr que des usages proprement parisiens comme un /A/ darrire trs profond ne jouissent daucun prestige et que ce qui paraissait conditionner lvolution [de la norme] en la matire tait le consensus des Franais non-mridionaux qui se confondait avec celui de rsidence parisienne [ et lappartenance aux] classes cultives. (Martinet 1990: 23) Thse quil met (en partie) en pratique dans le Dictionnaire de la prononciation franaise dans son usage rel (Martinet et Walter 1973), qui comprend, bien sr, lusage de Martinet (tmoin m). Les fiches biographiques (p. 42) le signalent comme le plus provincial des tmoins de lenqute: n en Savoie, ainsi que ses deux parents, il narrive Paris qu lge de 11 ans. Les rsultats de lenqute rvlent un grand nombre de traits de prononciation de sa province dorigine quil ne partage avec pratiquement aucun des autres tmoins, nettement plus parisiens , par exemple: voyelle ouverte [E] pour la conjonction et, dirse rgulire des voyelles hautes devant la terminaison verbale -er de linfinitif, comme dans fier [fie], scier [sije], constituer [kstitye], louer [lue] (cf. Walter 1976, pour une compilation des bizarreries du tmoin m par rapport aux autres)3. La chute des chvas internes du tmoin m montre une certaine acculturation la norme parisienne (une acculturation quon observe souvent dans la classe cultive de cette rgion, cf. Morin 1983 pour le franais de Saint-tienne, voisin de celui de la Savoie sur ce point particulier); ce nest que dans quelques rares mots o la stabilisation du chva est irrgulire, comme dans dpec, que m laisse paratre la prononciation [depse], normale dans sa rgion dorigine (les autres tmoins ont tous [depse], prononciation dj donne comme la seule normale par Hatzfeld et Darmesteter en 1890, malgr lavis contraire des autres autorits de cette poque). 1.3.2. Le franais standard, le franais standardis La proposition de Martinet ne peut satisfaire lintelligentsia de Province, qui ne voit pas pourquoi elle devrait sinstaller Paris pour lgitimer son usage. 3 Une partie de ces particularits pourrait rsulter du protocole distinct accord au tmoin m: cest le seul qui ait transcrit directement sa prononciation sans avoir se soumettre lenqute orale. 98 Sopposant Martinet4, Lon (1966, 1968) propose une nouvelle norme en quelque sorte EXTRATERRITORIALISE: le FRANAIS STANDARD, qui serait grosso modo reprsent par les annonceurs et les interviewers de la radio (Lon 1968; cf. Borrell & Billires 1989 et Vihanta 1993). La dfinition extensionnelle du franais standard a le mrite dtre pratique; elle cache cependant la ralit sociologique quelle recouvre: quels sont les critres linguistiques qui ont prsid lengagement de tel annonceur et lont fait prfrer tel autre dont la prononciation tait peut-tre trop marque socialement ou gographiquement ? Le terme franais standard, ou plutt Standard French, est vite devenu ltranger un terme relativement creux qui renvoie indiffremment toutes sortes de varits de franais non mridional; cest ainsi, par exemple, quon a pu qualifier dans des travaux universitaires hollandais, de Standard European French lensemble des varits dun corpus sociolinguistique stratifi recueilli Orlans qui couvrait LVENTAIL des classes sociales de cette ville (cf. Morin 1987: 817818). Le terme franais standard permet toujours de faire des distinctions rgionales, comme on le voit dans ltude de Gueunier et al. (1978: 173): le Tourangeau urbain cultiv et (le) Parisien cultiv peuvent parfaitement contribuer la dfinition de la norme du franais standard, bien plus en tout cas que le Lillois, le Bordelais ou le Lyonnais (p. 173). (Mme si ce nest pas explicite, la formulation semble parler de Lillois, Bordelais et Lyonnais cultivs. Pauvre Bruneau, dont lusage givetois vu de Touraine pouvait trs bien tre aussi inappropri que celui de son voisin Lillois!) Cest peut-tre pour ces raisons, que des phonticiens non parisiens ont propos une autre dfinition de la norme, appele alors FRANAIS STANDARDIS, qui inclurait lusage de certains Lillois, Bordelais, Lyonnais, etc.: Il semble maintenant quil existe, dans toutes les rgions de France et non plus seulement Paris , une prononciation commune accepte partout et quon pourrait appeler standardise. On la dfinira dabord linguistiquement, par des caractres communs, opposs aux variantes qui excluent leurs auteurs du franais standardis et qui marquent un accent rgional. (Carton, Rossi, Autesserre et Lon 1983: 77) Ceci ressemble sy mprendre aux proprits de la norme des Parisiens de province dfendue par Martinet: une prononciation qui passe inaperue parce quaucun de ses traits ne retient lattention et dtourne de la comprhension du message (Martinet 1990: 23). Serait-ce quil ny a plus besoin daller vivre Paris pour ne plus se faire remarquer? Une question demeure, cependant: QUI dcide quune prononciation nest pas marque dun accent rgional ou quelle passe inaperue?, comme le souligne trs bien Warnant (1987: xviii). 4 Ce nest peut-tre pas par hasard, que Martinet (1977: 82n10) rappellera lintonation provinciale de Pierre Lon, sur laquelle ce dernier fera une mise au point dtaille (Pierre et Monique Lon 1979). 99 1.4. Les exclus doffice Lvolution dans le discours sur la norme fait apparatre un largissement des classes sociales donnes en modle alors que certains des exclus dhier proclament la lgitim de leur usage. Les classes moins favorises et moins cultives sont toujours exclues doffice. Ce sont, pour reprendre la liste de Martinet dans son enqute sur les usages PHONOLOGIQUES de la bourgeoise dans lensemble de la France, les suivantes: [] il y a dabord plusieurs millions dtrangers allophones qui nont rien voir ici. Il y a, en outre, une nette majorit du peuple des campagnes pour qui le franais est la langue commune sans tre langue maternelle. Il y a, enfin, le proltariat urbain auquel il faut sans doute adjoindre plusieurs couches des classes moyennes, petits commerants, petits employs, fonctionnaires subalternes, dont la langue est un franais diversement teint selon les conditions sociales ou gographiques. (Martinet 1945 [1971: 21]). Une note rvlatrice complte les exclusions. La prsence de tel ou tel trait phontique ne saurait dclasser le locuteur appartenant la bonne classe: Il faut certes se garder de trop accuser ici certaines oppositions: il est des ouvriers parisiens dont le parler, au moins en matire phonique, ne prsente pas de traits dits populaires; par ailleurs, ces traits ne sont parfois que des provincialismes qui, dans certaines rgions, ne sont pas ncessairement bannis de la socit polie. (Martinet 1945 [1971: 21n1]) 1.5. Les absents Le lecteur aura remarqu que les varits de franais en usage en dehors de la France sont absentes des discours sur la norme que nous avons examins ici, mme lorsque la suprmatie de certains usages parisiens est conteste. Le FRANAIS STANDARDIS, pouvait inclure lusage de certains Lillois, Bordelais, Lyonnais, mais leurs artisans ne disaient mot de celui des Ligeois ou des Lausannois, par exemple. La rvolte de lintelligentsia hors Paris semble cependant stre manifeste en mme temps en France et dans les autres rgions francophones qui rclament la reconnaissance de normes endognes correspondant leur propre usage (cf. Moreau 1999). Cest ainsi que lintelligentsia qubcoise reconnat laffrication ( condition que celle-ci soit lgre) des dentales devant i et u quelle-mme pratique le plus souvent , mais exclut la diphtongaison des voyelles longues accentues trop associe aux classes populaires. 100 2. LES OUVRAGES DE RFRENCE POUR LA NORME DE PRONONCIATION 2.1. Laccs la norme Les ouvrages de rfrence pour la prononciation du franais sadressent essentiellement aux trangers et aux provinciaux soucieux dacqurir la prononciation de la bonne socit. Les classes dfavorises sont rarement mentionnes alors quelles le sont souvent dans les nombreux projets de rforme orthographique dont les auteurs soulignent les effets bnfiques pour les gens ordinaires et, autrefois, les femmes (longtemps tenues lcart de la culture crite). Il est cependant difficile de dcrire la prononciation PAR CRIT. Dans le Vocabulaire de la langue franaise (Nodier et Ackermann 1836), Charles Nodier fustige les vellits de vouloir rendre la prononciation par des transcriptions de type phontique: [] la Prononciation [] est certainement la plus arbitraire de toutes les sciences de lhomme, la plus difficile formuler, celle qui se refuse le plus irrsistiblement une dmonstration crite. Et la raison en est si sensible, que lon comprend peine quelle ait chapp aux innombrables vocabulistes qui ont entrepris de figurer la prononciation franaise. [] La bonne prononciation sapprend dans le commerce oral des personnes bien leves qui parlent bien, et il ny a point dautre moyen de lapprendre. [] Pour qui est faite dailleurs cette traduction du mot crit qui tente dexprimer la valeur du mot prononc? Pour lhomme du pays? il lapprendra cent fois mieux au prne, si son cur est convenablement lettr, ou au barreau, si par hasard son avocat parle franais. Il lapprendra au thtre, dans les cercles, dans les rues. Il ne lapprendra pas dans les livres. (Nodier et Ackermann 1836: v) Ce qui ne lempche pas pour autant ce nest pas l laspect le plus paradoxal de notre pote de donner une prononciation figure pour la plupart des mots de son dictionnaire5. 2.2. Les ouvrages normatifs Les ouvrages de rfrence pour la prononciation apparaissent essentiellement sous trois formes: des dictionnaires de prononciation, souvent incorpors dans des dictionnaires dusage courant (le premier, du Marseillais Frault, apparat en 1761), des traits correctifs tels que Les gasconnismes 5 Lintroduction, signe par Nodier, fait aussi allusion un projet de transcription phontique qui permettrait peut-tre dchapper la critique. Il sagit probablement plus dun geste conciliant vis--vis de son collaborateur qui allait publier un opuscule sur ce sujet (Ackermann 1838) que dune vritable profession de foi. 101 corrigs (Desgrouais 1766) ou Conseils aux wallons (Remacle 1948) et enfin des manuels destins lenseignement systmatique (de tradition beaucoup plus ancienne). Les premiers sont destins aux usagers relativement expriments qui hsitent sur la prononciation de quelques mots particuliers. Les seconds visent un public spcifique, en gnral des utilisateurs du franais de rgions plus ou moins loignes de Paris qui nont besoin que de complments ponctuels pour atteindre la norme prestigieuse. Enfin les derniers servent aux moins aguerris, qui ont besoin dun enseignement plus systmatique. On y trouve des rgles de prononciation, plus ou moins valables, souvent fondes sur lorthographe par laquelle passait ncessairement lapprentissage de la norme du type: [la terminaison] ACE: Long dans grace, epace, on lace Madame, on la dla ce. Hors de l, toujours bref: auda`ce, gla`ce, prface, tenace, vorace, &c. (Olivet 1736: 59) ou Le groupe ui se prononce toujours [i] dans les mots et noms propres franais, quelle que soit sa position (Fouch 1956 [1959: xxxvi]). Elles sont parfois compltes de listes indicatives ou exhaustives, p.ex. la liste des mots o le s est muet (comme dans beste bte) ou au contraire prononc (comme dans veste). Ces rgles de lecture sont trs importantes dans lhistoire du franais. Elles confortent une conception de la PRONONCIATION ORALISE DU FRANAIS CRIT qui a certainement jou un rle important dans la formation de sa norme phontique. En pratique, les traits et dictionnaires de prononciation se limitent une description approximative de larticulation segmentale des mots du lexique laide dune transcription en partie phonologique et relativement grossire (cf. 3). Les traits peuvent, de plus, prciser larticulation des mots dans les noncs en donnant des rgles plus ou moins prcises sur la liaison, sur la ralisation des e instables, etc.; on y trouve aussi parfois des indications plus ou moins impressionnistes sur le rythme, lintonation, et la diction. Cest Passy que lon doit les premiers enregistrements sonores qui accompagnent parfois ces ouvrages; ces enregistrements sont plus des instruments pdagogiques que des outils de rfrence, qui ne compensent quen partie le commerce oral des personnes bien leves qui parlent bien recommand par Nodier. Les dictionnaires et traits ne proposent le plus souvent quune seule prononciation et renforcent la conception que chaque mot a une prononciation unique dans lusage de la classe de rfrence (mme si lauteur prend soin de dire loin de nous la pense que telle ou telle prononciation passe sous silence ne soit pas bonne Fouch 1956 [1959: iv]). Le dictionnaire de Martinet et Walter en 1973 a eu un impact majeur en montrant que la variation tait beaucoup plus importante quon ne limaginait6. Michaelis et Passy avaient dj not en 1897, 6 Comme le fait remarquer Remacle (1994: 10n2), la variation dans le bon usage est rgulirement mentionne dans les traits antrieurs (dont celui de Meigret, ds le XVIe sicle). Le discours idologique quils transmettent est cependant diffrent, car la diversit des usages est minimise par rapport lunit de lensemble, pour utiliser les termes de Grammont (1914: 2). Les ouvrages pdagogiques ne sembarrassent pas 102 et plus encore en 1914, dimportantes variations dans la prononciation du franais. Leurs observations, cependant, nont pas eu deffet sur les travaux ultrieurs. Leur dictionnaire navait pas vraiment pour objectif de dcrire une norme contrairement lEnglish pronouncing dictionary de Daniel Jones auquel on le compare parfois (cf. Martinet 1964: 349350 [1969: 121122]): il part de prononciations possibles dans la France non mridionale, notes dans lalphabet phontique de lAPI, pour retrouver lorthographe. Bien quil soit organis autour de la prononciation de Paul Passy (cf. Arickx 1969), il est ouvert de nombreuses autres prononciations inconnues de la bourgeoisie parisienne et mme des Parisiens en gnral, do lincomprhension de ceux qui ont cru y voir une description de la norme. Le Dictionnaire de la prononciation franaise dans son usage rel de Martinet et Walter (1973), au contraire, a t construit pour dnoncer lillusion de lunit de la prononciation franaise et donne in extenso les prononciations denviron 10 000 mots pour chacun des 17 informateurs du groupe social reprsentatif choisi (cf. 1.3.1), en identifiant les formes produites par chacun deux. On y trouve aussi la prononciation de 40 000 autres mots, non soumis lenqute parce que lensemble des traits et dictionnaires de prononciation rcents ne leur connatrait quune seule prononciation et que celle-ci tait identique celle des deux enquteurs (Martinet et Walter 1973: 20)7. Linfluence du travail de Martinet et Walter se fait sentir dans la rdaction de plusieurs dictionnaires de prononciation qui, depuis, ont fait une petite place la variation (ainsi Warnant incorpore en 1987 une certaine variation que ne connaissaient pas les ditions antrieures de son dictionnaire en 1962, 1964 et 1968, cf. 4.2). toujours de nuances, ainsi: Les mots crits nont quune orthographe. Les mots parls nont quune prononciation (Delahaye 1901: 4). 7 Il y a des raisons de croire que la pratique des auteurs na pas exactement t telle quils la rapportent. On trouve parmi les 40 000 mots non soumis lenqute, un trs grand nombre pour lesquels des prononciations divergentes avaient t rpertories dans les ouvrages quils ont consults. Ainsi Martinet (1933: 195) affirme que la plupart des Franais prononcent aile avec une voyelle longue [El], ce que ne mentionne aucune de leurs rfrences. Ce mot aurait donc d tre inclus dans lenqute. Le mot meule dont la prononciation est une source constante de divergence (comme le note correctement Martinet 1933: 196) est galement omis de lenqute. De la mme manire, le dictionnaire de Michaelis et Passy (qui fait partie de leurs rfrences) mentionne un trs grand nombre de mots ayant des prononciations multiples qui nont pas non plus t soumis lenqute, p.ex., Michaelis et Passy donnent comme rgle gnrale quil faut chercher sous [Esp] (avec un [E] ouvert correspondant lusage de Passy) tout mot commenant par [esp] (avec un [e] ferm) dans dautres usages. Sept seulement de ces mots ont t inclus dans lenqute mais non les trente-deux autres apparaissant dans la nomenclature (avec une prononciation variable, [Esp] ou [esp]). 103 2.3. Les ouvrages descriptifs Bien quils naient pas t crits spcifiquement pour enseigner la prononciation de la bonne socit, on retrouve des indications plus ou moins prcises de celle-ci dans les ouvrages de certains rformateurs de lorthographe franaise, surtout lorsquils ont mis leur rforme en pratique dans leurs ouvrages. Les travaux les plus prcis sont ceux qui, au XVIe sicle, proposent une orthographe relativement phontique (Meigret8, Peletier, Ramus, Rambaud, etc.); au fur et mesure que les rformateurs prennent conscience de la difficult faire prvaloir une graphie proche de la prononciation, leurs travaux renseignent de moins en moins sur la prononciation. Les traits de premire rhtorique et les dictionnaires de rimes dcrivent aussi la prononciation prestigieuse de la Cour, au moins au XVIe sicle (cf. Morin 1993). Trs vite, cependant, il se dveloppe une tradition pour la rcitation des vers, la dclamation et, plus gnralement, pour le discours public, relativement loigne des usages de la bonne socit (cf. Chaouche 1999) et contre laquelle les traits du milieu du XXe sicle mettent encore en garde leurs lecteurs: Nous nous sommes donc tenu gale distance entre la prononciation de la Comdie-Franaise ou du Conservatoire ou mme celle de la confrence, du sermon ou du discours, dune part, et la prononciation familire, surtout la prononciation populaire, de lautre. (Fouch 1956 [1959 p. ii]) Le XIXe sicle voit apparatre une volont de description scientifique du franais, essentiellement consacre sa variante prestigieuse (rarement spontane surtout lorsquelle fait lobjet danalyses instrumentales). Si les patois sont devenus des objets lgitimes de curiosit scientifique, ce nest pas encore vrai du franais de la petite bourgeoisie (cf. les rcriminations de Pichon vis--vis des travaux de Marguerite Durand), ni bien sr de celui du peuple (malgr quelques exceptions, souvent en dehors du milieu universitaire, comme le travail de Bauche en 1920). Lintrt qui commence se manifester pour les franais rgionaux concerne essentiellement le lexique; la prononciation est la grande nglige: lexprience de Boillot (1929) qui donne une transcription phontique prcise de chacun des mots du lexique dune varit franc-comtoise du franais est totalement isole. Alors quaprs la seconde guerre mondiale, la linguistique structurale franaise, sous limpulsion de Martinet, commence dcrire les varits de franais moins prestigieuses, la grammaire gnrative sappuie essentiellement sur le franais standard pour dvelopper son programme de recherche, qui porte, cependant, non sur la description de langues spcifiques, mais sur la facult de langage. Ce changement dobjet dtude ne sera pas souvent compris en 8 Meigret a conscience dune certaine forme de la variabilit dans la norme et se propose de noter dans son texte les diffrentes prononciations admises (il ne le fait cependant que trs rarement). 104 France, o lon y verra un retour au normativisme descriptif (cf. Morin et Paret 1983). Si lon fait appel la norme du franais standard en grammaire gnrative, cest seulement parce que cette varit de franais serait particulirement bien dcrite et assurerait une base empirique exceptionnelle pour la formulation de gnralisations thoriques, comme le dit explicitement Anderson: There is thus no single language on the basis of which one can better access a view of phonological structure in relation to other perspectives. Such a relatively uniform factual base for the comparison of theoretical views is of considerable value [T]he variety of available accounts of French (and in particular, of the essentially conservative standard language defined approximately by such classic traditional treatments as Fouch, Grammont, and Grevisse) ensures a sufficiently broad theoretical context for such questions to become meaningful. (Anderson 1982: 535) La dmarche est lgitime, si lon comprend bien la limite de ces tmoignages. On observe cependant des drapages (ainsi, dans Clements & Keyser 1983, cf. Morin 1987), quand les thoriciens, par exemple, tirent des conclusions importantes sur lorganisation des grammaires mentales en invoquant labsence de formes spcifiques dans des descriptions de la norme qui nont cependant jamais eu la prtention dtre exhaustives, comme le dit explicitement Fouch: Ainsi donc, les prononciations enregistres dans cet ouvrage ont t entendues diverses reprises et ont fait souvent lobjet dtudes dans nos runions phontiques. Loin de nous la pense que telle ou telle prononciation passe sous silence ne soit pas la bonne. Mais on ne commettra pas de faute en sen tenant celles qui sont notes ici. (Fouch 1956 [1959 p. iv]) 2.4. La langue dcrite 2.4.1. Le conformisme Idalement, les ouvrages de rfrence sur la prononciation devraient prciser la mthodologie utilise pour recueillir les donnes et, sils ne rsultent pas de la simple compilation de rsultats antrieurs, dcrire lenqute sur laquelle ils sappuient. Mais lexception du dictionnaire de Martinet et Walter, ce nest pas le cas. La plupart de ces ouvrages semblent rsulter dun savant dosage, non prcis, dune compilation douvrages antrieurs et dinterventions personnelles de lauteur (ou des auteurs). Cest ainsi que Bosquet (1586), dans lun des tous premiers traits de prononciation, donne comme rgle de prononciation: Les noms pluriers Franois, nadmettent-ils iamais on dautre cononante auecS? Seulementn, & r, comme douleurs, talons; & encor en ceux quy ont-n, et elle peu entendu: Et aux autres retenansr, peu ifile. (Bosquet 1586: 2930) 105 quil a prise du trait de Peletier (sans y faire rfrence, comme cest alors lusage) crit trente annes plus tt: james les nons pluriers Franoes nadmetet on, dautre conone aueq : i ce nt r ou n. Comme douleurs, talons. E ancores an ceux qui ont n, t ele peu antandue comme lons, trons: E an ceus qui ont r, la letre i t peu antandue: comme cors, fors: (Peletier 1550: 203204 [1555: 128129]) Lon ne peut souvent pas, sans critique textuelle minutieuse, distinguer lapport spcifique dun auteur de la compilation respectueuse de donnes parfois primes, parfois inappropries ou mme tout simplement fausses. Un exemple rvlateur est celui de Wailly, qui dans ses Principes gnraux et particuliers de la langue franaise (dans de nombreuses ditions depuis 1763) rpte une rgle du trait de labb dOlivet (1736) en substituant (sans raison apparente et certainement la suite dune confusion) la forme verbale ils veulent ladjectif veule. La prononciation aberrante de ils veulent se retrouve ensuite dans les traits de Lvizac en 1809 et de Dubroca en 1824 (cf. Morin 1995: 492n4). Si labb Fraud (1761) reproduit respectueusement, dans ses articles gnraux, les observations du mme abb dOlivet, il les contredit souvent dans les indications de son cru sur la prononciation des mots de sa nomenclature. Selon Martinet, ce conformisme se retrouve encore dans les travaux modernes: La croyance en lhomognit de la prononciation franaise tait telle que Georges Gougenheim, dans sa prsentation de la phonologie franaise (1935), parue deux ans plus tard, na pas cru devoir rcuser ce tmoignage [Martinet 1933]. Il prsente ces deux oppositions [de dure vocalique], comme des nuances certes, mais sans penser un seul instant mettre en doute leur validit gnrale. (Martinet 1990: 16) (Il est cependant difficile de vrifier si ce que dit Martinet de la pratique de Gougenheim est exact.) Une mention particulire doit tre faite ici du dictionnaire inverse de Juilland (1965), car sa prsentation est particulirement commode pour certains types de consultation et quil est souvent utilis dans les recherches thoriques fondes sur le franais. Lauteur affirme dcrire le langage des Parisiens cultivs ns vers la fin du XIXe sicle ou plus tard (1965: viiin2) et stre appuy sur les ouvrages de Passy, Martinon, Fouch, et Delattre [1941/1966] [et en] dernire instance, [avoir] gnralement adopt la solution suggre par le verdict statistique inhrent aux rsultats de lenqute entreprise par Andr Martinet dans La Prononciation du Franais Contemporain (1965: ix-x) (rappelons, au passage, que cette enqute porte sur lensemble des usages rgionaux en France sans sattarder spcifiquement aux usages parisiens). Il promet quune justification dtaille de ces choix [de variantes de prononciation] sera fournie dans lIntroduction de [son] Dictionnaire de Prononciation Franaise (en prparation) qui semble ne jamais avoir vu le jour. En fait, un grand nombre des formes publies dans ce dictionnaire napparaissent pas dans les ouvrages qui auraient t consults et contredisent mme souvent les gnralisations qui y sont faites. Lhtrognit des donnes fait penser que 106 plusieurs transcripteurs de divers horizons linguistiques auraient t impliqus dans le projet et que diffrents usages rgionaux, relativement trangers aux usages parisiens, ont pu y tre incorpors. Le cas est particulirement flagrant pour la syncope des chvas et la semi-vocalisation des voyelles hautes. On notera, par exemple, des divergences du type: siximement [sizjEmmA)] et douzimement [duzjEmmA)] sans syncope mais seizimement [sEzjEmmA)] et deuximement [dzjEmmA)] avec syncope; cannelier [kanlje] (avec sync.) mais tonnelier [tnlje] (sans sync.); dportement [deptmA)] (avec sync.) mais dpartement [depatmA)] (sans sync.)9; dplier [deplje] et dsapproprier [dezappje] avec synrse mais multipli [myltiplije] et approprier [appije] avec dirse. 2.4.2. Lenqute Certains auteurs font tat denqutes, plus ou moins embryonnaires, auprs damis ou de personnes de confiance: Jai rencontr des difficults de plus dune nature. Dabord sur la manire de prononcer les mots; jai d cet gard consulter les auteurs qui mont prcd, ainsi que plusieurs personnes trs-aptes trancher ces sortes de questions, et je suis fond croire que je me suis peu loign de la vrit. (Fline 1851: 46) nous nous sommes efforc dindiquer la prononciation considre comme la meilleure par la socit cultive de Paris. [] Il est en effet rare que deux Franais consults sur quelque mot difficile aient donn la mme rponse: au contraire! Pour osciller, par exemple, un ami nous rpond [] tandis quun autre proteste nergiquement []. (Nyrop 1902 [1955: vi]) 9 Van Eibergen (1991) observe que dans son corpus, la syncope du chva est possible aprs une suite []+C dans les mots frquents gouvernemental, chargement, versement, mais non dans les mots peu frquents comme prosternement, regorgement, ressourcement. Lenqute sest faite probablement Grenoble, dans des situations de communication informelles qui engendrent un type de franais vernaculaire, prononc sans auto-surveillance normative, spontan et trs charg affectivement. Les tmoins sont 16 locuteurs dge et dorigine linguistique et socioprofessionnelle varis dont certains ont des accents peu marqus rgionalement [mais non des] accents dits du midi (Van Eibergen et Belrhali 1994: 278). Il se trouve quil existe une grande rgion de France o la syncope du chva est possible en discours spontan dans les mots usuels aprs certaines suites de deux consonnes et en particulier aprs les suites []+C. Il semble que ce soit un particularisme lyonnais qui a rayonn jusquau Limousin louest, Besanon, la Savoie, la Suisse romande et Grenoble lest (cf. Morin 1983 pour une description de ce phnomne Saint-tienne). Il est donc fort possible que certains des tmoins de cette enqute soient originaires de cette grande rgion et il ne serait alors pas surprenant que la syncope du chva dans lusage de ces tmoins nobisse pas aux mmes rgles que celles que Dell (1973) a formules pour une autre varit de franais. 107 Plus prs de nous, Warnant (1962) prcise: Cet ouvrage est fond non seulement sur notre connaissance personnelle de la phontique franaise, mais aussi sur une observation attentive du parler des Parisiens cultivs. Il va sans dire que nous avons fait notre profit des enseignements que nous livrent les ouvrages de valeur, spcialement: [suivent les rfrences suivantes: 5e d. de Nyrop 1902, Martinon 1913, Grammont 1914 et sa dern. d. de 1954, Bruneau 1931, Fouch 1959]. (Warnant 1962: viii) Lerond (1980) fait tat dune enqute apparemment plus systmatique: au dbut de nos enqutes (1958), aphone se disait [Afn] dans 75% des cas et [Afon] dans les autres; cette anne [1980?], nous avons not 55% de [Afon]; mais, sur lensemble de nos fiches, concernant toutes les classes dge depuis plus de vingt ans, [Afon] natteint que la proportion de 37%. (Lerond 1980: xx) Cette enqute semble porter sur un nombre trs lev de formes: Cette prononciation [des 12 500 noms propres et des quelques 46 000 mots du Petit Larousse] nest ni fictive (les mots ayant toujours t recueillis auprs de gens qui les connaissent et ont lhabitude de les employer), ni arbitrairement modifie (pour devenir conforme aux rgles dun bon usage dfini a priori ou conforme un systme de notation dfectueux). Aucun dictionnaire, jusqu maintenant, navait vit ces deux cueils, aucun navait propos la description de 46 000 mots du franais neutre, cest--dire parl sans accent particulier. (Lerond 1980: ix) On aurait, cependant, aim avoir plus dindications sur le protocole denqute. Quelle tche cela aurait t si lauteur avait obtenu pour tous ces mots (ou mme pour un sous-ensemble important dentre eux) les prcisions quil mentionne pour le mot aphone (tmoignages tals sur plus de vingt ans auprs de nombreuses classes dge)! On a le droit de se demander sil a effectivement observ avec la mme abondance les formes limparfait du subjonctif (que je) bluffasse, caftasse, clamsasse, chiasse, corsetasse, crevasse, drivasse, endeuillasse, lock-outasse, mouftasse, recepasse, rewritasse, scratchasse, shuntasse, trustasse, tubasse, etc. notes ou prvues dans ses tableaux de conjugaison. 2.4.3. Lenquteur Une enqute, mme systmatique, ne garantit pas la fiabilit des donnes. Il est bien connu que les enquteurs, mme les mieux forms, peroivent les sons travers leurs propres filtres auditifs (cf. Kerswill et Wright 1989). Meigret (1550b), mme aprs les mises en garde de Peletier (1550), continue ne pas entendre le timbre spcifique du chva (f 5v, f 8r) et le confond avec celui du [e] ferm une poque o il a probablement ses entres la Cour (Hausmann 1980: 37). De la mme manire, en bon Lyonnais10, il continue entendre la 10 Cette prononciation de et est frquente de nos jours, non seulement dans la rgion de Lyon, mais aussi dans celle de Saint-tienne, Genve, Lausanne, ou encore en Savoie et 108 voyelle ouverte [] pour la conjonction et (f 8v). Inversement, les enquteurs ont tendance percevoir dans les productions de leurs tmoins les distinctions propres leur usage. Le mme Meigret persiste entendre systmatiquement une diffrence de timbre entre les deux voyelles du mot entrant ou entre les deux voyelles de temps et de tant (f 9r), que certains des courtisans quil ctoyait confondaient sans aucun doute. Plus rcemment, Remacle (1994) insiste pour dire que toutes les enqutes rcentes ont omis de relever dans la norme parisienne des distinctions importantes, en particulier de dure pour les voyelles. Selon cet auteur, on distinguerait encore trs souvent dans cette norme les terminaisons masculines -i, -u, -ou avec une voyelle brve, des terminaisons fminines -ie, -ue, -oue avec une voyelle longue, comme il le fait lui-mme normalement dans son usage. On doit en dduire que le filtre auditif des autres enquteurs a neutralis les distinctions de dure, ou au contraire que le chercheur wallon reconstruit des distinctions propres son parler. La mthodologie quil a utilise ne permet pas de dcider entre ces deux interprtations. 2.4.4. Les jugements introspectifs de tmoins privilgis Les prononciations portes dans les dictionnaires, les traits de prononciation, ou les travaux thoriques, cependant, sont loin de se fonder sur des enqutes systmatiques. De nombreux auteurs semblent pouvoir compter sur leur connaissance personnelle de la phontique franaise (Warnant 1962: viii) conforte par une observation attentive du parler du groupe social privilgi, ce qui leur permet de rvaluer les informations recueillies dans les ouvrages antrieurs. Cette dmarche ressemble celle de certains lexicographes qui, comme Alain Rey, refusent le recours exclusif des corpus finis, comme on peut voir de sa critique de la mthodologie (quil appelle philologique) ayant servi la ralisation du Trsor de la langue franaise: La doctrine purement philologique conduit liminer le tmoignage du lexicographe: celui-ci nest plus quun lecteur et un commentateur; sa qualit de locuteur natif, matre dune partie des usages, lui est dnie ou nest pas utilise. Fond sur lobservation, le dictionnaire philologique se prive de lobservable le plus prcieux, le plus vivant, et se place volontairement dans la situation dinfirmit du dictionnaire de langue morte. (Alain Rey 1983: 545) Le phonticien, comme le lexicographe, tmoin privilgi de la norme, peut donc corriger les tmoignages antrieurs, les mettre jour partir de sa connaissance intime de locuteur natif. Cest probablement ainsi quon explique, par exemple, la dirse dans les mots fluide [flyid] ou hindouisme [E)duism] dans le Petit probablement ailleurs cest celle de linformateur m de lenqute Martinet et Walter, comme nous avons vu. 109 Robert qui nest pas note dans les traits et dictionnaires que les diteurs disent avoir consults (Robert 1990: xxiiin1)11. Plus prosaquement, et quelle que soit la norme quil dclare dcrire, lauteur francophone dun trait, dun dictionnaire ou dun article thorique semble souvent se considrer comme un tmoin valable de cette norme, car sil ne fait pas partie du groupe social privilgi il est souvent persuad quil sy est suffisamment accultur, au moins dans sa pratique linguistique. Nous avons vu comment Peletier pense stre corrig de ses traits rgionaux et pouvoir parler comme la Cour. Ses dernires uvres, publies 30 ans aprs son Dialogue, font apparatre un changement radical pour la prononciation des pluriels, sans quon sache si cela correspond un changement de norme la Cour, ou un nouvel amendement sa prononciation. De la mme manire, lopinitret dun Littr rintroduire le [] mouill dans la norme (il rappelle systmatiquement que la prononciation avec un yod [j] est fautive dans CHACUN des articles du dictionnaire o cest possible) reflte trangement lusage dAngoulme, o le lexicographe a pass les dix premires annes de sa vie (lusage du [] mouill tait encore trs vivant en Charente daprs Rousselot et les donnes dialectales de lALF). Cest un autre trait de la prononciation rgionale dAngoulme cette poque qui explique certainement pourquoi son dictionnaire est le seul parmi ceux qui ont t publis depuis 1826 avoir maintenu des [] ouverts en finale absolue, comme dans sabot ou pot (cf. Morin, Langlois et Varin 1990: 518). Martinet note que limpression de possder la norme tait encore forte au dbut du XXe sicle parmi les linguistes et phonticiens influents: Grammont (1914) nhsite pas lgifrer en matire de prononciation [] sans nous dire auprs de qui il a recueilli ces usages qui, on le sait bien aujourdhui, nont aucune chance de reprsenter autre chose que ceux du 11 Trois des rfrences cites Fouch 1956/1959, Barbeau-Rhode 1930, Warnant 1962/1987 ne prvoient que la synrse dans ces mots: [flid] et [E)dwism]. La dirse sobserve peut-tre dans cette autre rfrence du Petit Robert: dictionnaires franais-japonais (Standard Dictionary) que je nai pas russi retracer. La premire dition du Petit Robert en 1967 avait fluide [flyid] mais superfluide [sypEflid], corrig ensuite en [sypEflyid] (peut-tre suite mes remarques lune des responsables de la transcription phontique). Cette dition mentionnait une cinquime rfrence: le dictionnaire franais-anglais Harraps, omise par la suite. Quant ce dernier dictionnaire, ldition de 1961 du Harraps Standard French and English Dictionary rappelle que ldition originale de 1934 avait consult Martinon 1913, Barbeau-Rhode 1930 et un Manual of French pronunciation and diction de J.W. Jack (publi par Harrap), sans donner de rfrences plus rcentes; cette dition du Harraps note alors [flyid] (alors quhindouisme est absent de la nomenclature). Les ditions de 1972 et 1980 mentionnent le dictionnaire de Warnant (sans prciser ldition) comme source de la prononciation et notent alors [flid] (comme Warnant), mais [E)duism] (malgr Warnant). Ldition de 1967 du Harraps New Shorter French and English Dictionary note la dirse dans les deux mots [flyid] et [E)duism], et renvoie Fouch (1959) et Warnant (1964) pour la prononciation franaise actuelle o ces prononciations ne se trouvent pas. 110 seul Grammont. Ces faons de procder taient si gnrales et si ancres que celui qui crit ces lignes [= Andr Martinet], lorsquil sest pench, en 1932 [= Martinet 1933], sur la phonologie du franais, persuad quil tait de dtenir la norme, na pas cru devoir utiliser dautre informateur que lui-mme. (Martinet 1990: 16) Remacle estime que lAngoumoisin Rousselot, lArdennais Bruneau ou le Wallon Grgoire ne partageaient srement pas la conviction dont parle Martinet, et que comme orthopistes, ce ntait pas lintrospection seule quils pratiquaient (1994: 10n2). Il semble cependant que les deux premiers, au moins, se considraient bien comme des tmoins valables de la norme parisienne. Rousselot, nous lavons vu, est souvent lunique tmoin de son Dictionnaire de la prononciation franaise (inachev), et Bruneau retrouve la norme parisienne dans lusage du Franais cultiv de toutes les grandes villes du nord de la France, donc le sien. Si des Littr ou des Rousselot nhsitent pas donner leur propre prononciation en modle, assurs quils sont quelle reprsente la norme, linscurit des autres peut au contraire les inciter favoriser les options qui sloignent le plus de leur propre usage ou de lusage dominant de leur rgion, conduisant parfois des hypercorrections. Cest probablement ce qui explique le traitement des semi-voyelles et des yods de transition dans les dictionnaires de Warnant, comme nous verrons plus loin ( 4.2). Les jugements introspectifs ne refltent cependant pas toujours lusage de lauteur, mme lorsque celui-ci nest pas influenc par les ides quil a de la norme. Les travaux de Labov (cf. en particulier Labov 1994: 349370) ont montr que les locuteurs ayant appris des distinctions dans leur enfance peuvent continuer les produire quand bien mme ils ne les peroivent plus et quils les neutralisent dans des modes de production hyperprcise (p.ex., lorsquon leur demande de produire des formes qui constitueraient des paires minimales dans leur parler spontan). Cela se produit surtout lorsque lopposition est phontiquement peu perceptible dans le parler des locuteurs qui la connaissent et quelle est frquemment neutralise dans le parler spontan de lensemble de la communaut linguistique dans laquelle vit ce locuteur. Ainsi, il nest pas impossible que Martinet ait effectivement conserv lopposition de dure vocalique dont il avait encore conscience vingt-quatre ans et quil pensait avoir dfinitivement perdu dix ans plus tard (on se rappellera que les donnes sur la prononciation de m dans le dictionnaire de Martinet et Walter sont toutes introspectives): Il [= Martinet 1933, crit en 1932] a, par exemple, pos comme un trait permanent de la phonologie du franais la distinction entre un /y/ bref et un /y/ long, un // bref et un // long, dans pur et pure, filleul et filleule, quil dtectait encore dans son propre usage o elle a disparu au cours de la dcennie suivante. (Martinet 1990: 16) 111 Un autre exemple est celui du systme phonologique de Jacqueline Thomas (cf. Haudricourt et Thomas 1968) prouvant lexistence de trois phonmes /e/ Paris12. Les auteurs font tat dune triple distinction atteste dans des triplets tels que: r [e], rai [e 4] et rets [rE]. Cette description ne mentionne aucune distinction supplmentaire de dure; au contraire, les auteurs rappellent un tmoignage dun usage semblable, celui de Robert de Souza, qui excluait toute distinction phontique [de dure] du pluriel et du singulier. Une petite enqute auprs de Mme Thomas13 en 1987 a cependant fait ressortir une quatrime distinction, impliquant cette fois la dure: la raie [E] soppose ils raient [E], ce dont Mme Thomas navait pas pris conscience en 1968. 2.5. La rception Les travaux sur la norme de prononciation font rgulirement lobjet de critiques, parfois trs vives. Parmi les diverses ractions, nous retiendrons les suivantes, titre dexemples. 12 Sans que ce soit tout fait explicite, les auteurs semblent dire que lusage quils dcrivent est celui de classes populaires. La distinction note par ces auteurs pourrait bien tre la mme que celle que Ruth Reichstein (1960) avait observe lors dune enqute effectue du 19 mars au 26 juin 1957. Celle-ci notait quun peu plus de 9% de ses tmoins parisiens (des jeunes filles tudiant dans des tablissements scolaires parisiens nes entre 1940 et 1945) font une distinction de TIMBRE entre deux sortes de [E] dans la paire larrt/la raie (la formulation donne, p. 62, est trs ambigu, mais semble exclure quun de ces timbres soit la voyelle ferme [e]). Martinet (1960: 97), dans ses commentaires, questionne le bien fond de la question [sur la distinction larrt/la raie] et surtout ses rsultats que des observations de prs de trente ans sur le franais ne lui avaient jamais rvl. Le texte de Haudricourt et Thomas, publi dans un recueil dhommage Martinet, pourrait bien tre une critique voile. Les auteurs rappellent que les descriptions de la norme ont presque toujours t faites par des auteurs dorigine provinciale: Rousselot des confins du Limousin, Fouch de Catalogne franaise, Pernot et Grammont de Franche-Comt; seul P. Passy prtendait tre parisien; mais, en fait, il habitait la banlieue et sa famille appartenait la bourgeoisie protestante de Haute Normandie (la remarque sapplique aussi bien Martinet, quils najoutent cependant pas la liste). 13 Je remercie ici Mme Jacqueline Thomas de stre prte de bonne grce cette petite enqute au LACITO le 1er juin 1987, ainsi qu Martine Mazaudon et Boyd Michailovsky qui lont rendue possible et qui mont accompagn. Mon enqute, mal prpare, ne permet pas davoir une distribution trs prcise de ces sons. La terminaison des noms singuliers en -ai, essai, balai, gai, geai, balai, dlai, essai, mai, rai se prononce [e4]. La terminaison des noms fminins en -aie, baie, gaie, paie, raie se prononce avec un [E] bref, mais celle de haie avec un [e4] moyen. Le modle dominant pour la conjugaison des verbes est du type jextrais [e4], tu extrais [e4], il extrait [E], ils extraient [E], avec cependant beaucoup de variation pour les verbes du premier groupe en -ayer, comme balayer, bgayer, rayer, essayer (fluctuation entre [e4] et [E] la 3sg, et entre [e4] et [E] la 3pl, peut-tre en partie conditionne par la prsence ou non dun r prcdent), qui laisse nanmoins ressortir une opposition frquente de dure entre la 3sg et la 3pl. 112 Meigret et Peletier saccusent mutuellement davoir dcrit le franais de leur rgion et non la norme. en qel qartier de la court a tu si bien aprins a dresser ta lge [...]? (f 4r) Ao demourant tu me fs de merueleuzement belles remtranes: come qe nou nou gardyons de la prolaon de no pas. Si montre tu asses euidemment qe tu as ton Maneao, e la prolaon [N]ormand en singuliere recomandaon par le propos qe tu as par y auant tenuz, qelqe reformaon qe tu te soes impoz (affin qe juze de ta courtizane fa de parler) qe plut a Dieu qe tu vsses si bien impoz silen a ta lange qe tu ne musse point don occazi de fre conoetr ao peuple en me defendant e la nayue pronona Franoeze, ton pouure jujeme)t en te blames. (Meigret 1550b: f 7v-8r) Thodore de Bze trouve redire aux descriptions de lun et de lautre des deux auteurs prcdents et les somme dappren[dre] prononcer devant que vouloir apprendre escrire. (1550 [1967: 51]) DAlembert mettait en doute les observations du secrtaire perptuel de lAcadmie franaise, labb dOlivet, dorigine franc-comtoise: On ne peut dissimuler que labb dOlivet, qui tait n loin de la capitale, et qui ny est pas venu dassez bonne heure, sest tromp sur la quantit de quelques syllabes quil prononait la manire de sa province. (cf. Thurot 1881: lxxix) Nodier se propose de corriger les fautes de ses prdcesseurs: Dans les cas, enfin, plus nombreux quon ne le croit, o les Vocabulistes mes prdcesseurs ont tromp leurs lecteurs sur la prononciation vritable de certaines lettres, ou de certaines alliances de lettres, parce quils se trompaient eux-mmes, jai fait mes efforts pour remdier leur mprise, avec laide des hommes de mon temps qui se sont acquis dans la chaire, la tribune, au barreau ou au thatre, la rputation de prononcer la langue franaise dune manire peu prs irrprhensible. (Nodier et Ackermann 1836: viii) Martinon rejette le travail de tous ses contemporains: les meilleurs travaux sur la matire sont encore ceux des trangers. Mais comment esprer quun tranger puisse vraisemblablement nous enseigner notre prononciation? Ch. Nyrop lui-mme [] ne peut pas ne pas commettre des erreurs. (ii) le Dictionnaire gnral, de Darmesteter, Hatzfeld et M. A. Thomas, laisse autant dsirer au point de vue de la prononciation quau point de vue de ltendue du vocabulaire. (iii) [ propos du] Dictionnaire phontique de la langue franaise par Michaelis et Passy [] je crains bien que le second de ces auteurs nait dans ce livre une part singulirement rduite. Cest encore luvre dun tranger, et elle fourmille derreurs tranges14. (iv) [le] Prcis de prononciation de labb Rousselot, outre quil est fort incomplet, [] prte la critique, quand il sagit de savoir quelle espce de gens il sest adress pour dterminer pratiquement lusage (Martinon 1913: viii) 14 Certaines des critiques formules sont dailleurs sans aucun fondement. On ne trouve pas dans ce dictionnaire la synrse [je] pour ier dans les mots meutrier, encrier, bouclier, sablier, etc. quil lui reproche (ivn1). 113 Grammont (193336) se plaint du travail de Gougenheim et fait une critique dvastatrice de la 5e dition du Manuel de Nyrop. Straka balaie du revers de la main le dictionnaire de Martinet et Walter15: vu la qualit des informateurs de lenqute, [...] on ne peut se fier aux donnes de leur Dictionnaire de la prononciation franaise dans son usage rel. (Straka 1981: 183n115) le Dictionnaire de la prononciation franaise de Martinet & Walter, [] ce nest pas une bonne rfrence, ce dictionnaire ayant ramass nimporte quelle prononciation, vulgaire, inculte, fantaisiste. (Straka 1983: 472) On notera, cependant, quun peu plus tard, cet auteur (Straka 1990) utilisera plusieurs reprises les rsultats de lenqute de Martinet et Walter sans restrictions particulires. Ces ractions sont tout fait comprhensibles dans la mesure o il ny a pas de consensus sur les groupes sociaux dpositaires de la norme et o les critiques, comme beaucoup dauteurs, se fondent sur leur connaissance intime de la norme, issue dune dmarche personnelle difficilement contrlable ne leur permettant pas ncessairement de connatre lusage des groupes sociaux quils affirment dcrire16. On ne peut non plus ignorer ici laspect commercial de certaines critiques: il faut bien justifier pourquoi on a crit un nouveau trait ou dictionnaire 3. LA NATURE DES TRANSCRIPTIONS PHONTIQUES DANS LES OUVRAGES DE RFRENCE 3.1. Le choix dune transcription Nodier raillait lide que les transcriptions phontiques puissent faire connatre la prononciation valorise. Il navait pas compltement tort. Ce nest pas parce quon indiquera que ride se prononce [rid] (ou [id], ou [rid] ou [rd]) que le lecteur saura rendre le son [] (ou [r]) en usage, la voyelle [i] avec la dure 15 Remacle (1994: 16n6) souligne la trs mauvaise foi de Straka qui exploite un simple accident de copie ou de typographie facilement corrigeable en consultant le dictionnaire de Martinet et Walter pour jeter un discrdit gnral sur les informateurs dH. Walter. 16 Dans Morin (1971), javais fait bien attention de dire que limplantation informatique formelle dun sous-ensemble de la phonologie dune grammaire mentale dcrite dans ce travail se fondait sur mon seul usage idiolectal. Je pensais ainsi pouvoir au moins chapper la critique davoir mal dcrit lusage dune classe sociale quelconque. Rien ny fit. Laporte (1989: 63) me reproche davoir mal dcrit la variation quil observe dans un groupe relativement large quil dcrit seulement en ces termes: Nous cartons seulement les faons de parler vieillies ou marginales du point de vue stylistique ou social, comme la diction potique traditionnelle. Pour ce qui est des variations gographiques, nous cartons les faons de parler trop spcifiques des rgions particulires (p. 46). 114 et louverture requises, ou le [d] avec les degrs de sonorit et de dtente requis pour ne pas retenir lattention dans une situation donne. Lexprience isole de Rousselot dans son Dictionnaire de la prononciation franaise (inachev), qui tentait de donner de telles prcisions a t un chec. Les dures des segments, exprimes en millisecondes, par exemple, ne sont daucune utilit lapprenant (mme si le phonticien peut parfois les interprter en contexte). Pourtant ce sont le plus souvent ces prcisions relativement fines qui marquent lorigine sociale ou gographique dun locuteur. Un Ligeois qui conserve trop souvent des [I] trs relchs dans des mots comme ville, petite, carabine etc. (cf. Remacle 1948 [1969: 43]) retiendra lattention dans la bonne socit parisienne, mme si par ailleurs il ne se fait pas remarquer (et prononce tous les [] l o ils sont attendus, par exemple). On pourrait croire quune division du travail entre une transcription phonmique (caractrisant chaque mot) et une base articulatoire (spcifiant comment chaque phonme est articul dans un contexte prcis) serait la solution. Il nest cependant pas sr que lon puisse dgager facilement le systme phonologique du groupe social de rfrence (quel quil soit, moins de se limiter une seule personne) et encore moins sa base articulatoire. Dautre part, si les phonologues ne sont pas avares de transcriptions phonmiques, les bases articulatoires quelles prsupposent sont soit trs complexes, soit relativement obscures ou mme inexistantes. Cest ainsi que Martinet qui a dfendu pendant plus dun demi-sicle le statut de lubrifiant du chva non phonmique (cf. Martinet 1969: 217219 pour la liste des usages phonmiques reconnus du chva) na jamais prcis comment, dans son propre parler, les groupes /C/ seraient briss en [C] dans un mot comme marguerite [magit], forteresse [ftEs] ou bordereau [bdo] (ainsi quil apparat dans son dictionnaire), mais non dans perdrix [pEdi], portrait [ptE] ou perdreau [pEdo]. De la mme manire, H. Walter (1976: 361) conserve dans lensemble lanalyse phonologique des semi-voyelles proposes par Martinet (1933) dans laquelle il est tout simplement impossible de prvoir les ralisations allophoniques [w] et [u] du phonme /u/; le tmoin m, par exemple, utilise un [u] dans souhait [suE], souhaite(r) [suEt(e)] et, dans des contextes relativement semblables, un [w] dans fouet [fwE], fouette(r) [fwEt(e)] (ainsi apparemment que dans chouette [SwEt])17. 17 H. Walter nexamine que les noms communs, mais linventaire des sons de la langue ne se limite pas ce corpus. Notons les distinctions du type Plouaret [pluaE] et (il) ploierait [plwaE] ou Drouin [du)] et groin [gw)] o les sutures morphologiques invoques pour la distinction entre troua [tua] et trois [twa] (cf. Walter 1976: 341) ninterviennent pas de manire vidente. De plus on stonne quelle dise que la seule position dans laquelle on puisse trouver larticulation non-syllabique [w] est la position pr-vocalique (jouer, rouage) (p. 361), alors que son dictionnaire note outlaw [awtlo, utlaw, utlow], outsider [awts], out [awt] (ce dernier non soumis lenqute) par opposition raout [aut], aot [aut] (tmoin g), caoutchouc [kautSu, kaotSu] (ce dernier aussi non soumis lenqute, bien que variable). Dautres emprunts, non mentionns dans le dictionnaire, 115 En pratique, les transcriptions dans les ouvrages de rfrence sont des transcriptions phontiques lches qui ignorent, des degrs divers, certains dtails phontiques redondants18, ou inversement des transcriptions phonologiques qui incorporent des dtails phontiques redondants au nom de ce que Juilland (1965: vii) appelle le ralisme phontique. Dans certains cas, et nous dirons alors quelles sont rductrices, les transcriptions ignorent aussi des distinctions phonologiques soit quelles naient pas t perues par lauteur, soit quelles aient t omises dlibrment. On peut certainement justifier une certaine forme de rduction: si lobjectif dun ouvrage de rfrence est de donner une prononciation qui passe inaperue (Martinet 1990: 23), quel besoin y aurait-il denregistrer des distinctions que pratiquement personne ne peroit ou que seule une minorit de locuteurs exploite? (cf. la dfense de Fouch, qui mentionne explicitement que certaines prononciations ont t passe[s] sous silence, 1956 [1959 p. iv]). 3.2. La rduction dans le dictionnaire de Lerond Cest probablement louvrage de Lerond qui, parmi ceux de ses contemporains, adopte la position la plus ouvertement rductrice19. Lauteur rompt en partie avec les usages traditionnels en utilisant une transcription dont certains symboles semblent correspondre au concept de variable linguistique de la linguistique variationniste. Ceux-ci ont pour but de noter la variabilit de certains sons dans le groupe social de rfrence ainsi que indirectement leur neutralisation en position non accentue. Les symboles [A], [E] et [o*] notent respectivement des sons compris dans les intervalles [, a, a =, A3, A], [e, e 4, E3, E] et [o, o4, 3, ], comme il apparat, par exemple, dans la dfinition de [E]: Nous transcrivons donc, au moyen de [E] signe nouveau la voyelle atone du franais neutre qui, dordinaire, a une ralisation intermdiaire entre celles de [E] et [e], mais peut aussi se prononcer comme [E] ou comme [e] (p. xiii). Les symboles [E] et [o*], contrairement au symbole [A], ne sont utiliss quen position non accentue et notent le rsultat de la neutralisation suppose par lauteur entre les voyelles [e] et [E] et entre les voyelles [o] et [] (inversement, les symboles semblent confirmer que [u] et [w] peuvent sopposer devant consonne: club-house [klbaws], Mickey Mouse [mikEmaws] par opposition ma(h)ous [maus]. 18 Martinet et Walter disent que pour le tmoin m, la transcription [est], pour lessentiel, phonologique (1973: 27). Ce nest heureusement pas toujours le cas: les auteurs, par exemple, notent rgulirement la prsence des chvas et font la distinction entre les voyelles hautes et les semi-voyelles correspondantes, dtails phontiques qui napparatraient pas toujours dans lanalyse phonologique que feraient ces auteurs des usages de m. 19 Si lauteur a vraiment fait lenqute titanesque quil suggre dans son introduction, on ne peut que regretter que la rduction apporte dans son dictionnaire en ait fait disparatre les rsultats tangibles les plus intressants. 116 [e], [E], [o] et [] napparaissent quen position tonique20). Il est peu probable, cependant, que les diverses ralisations associes aux symboles [E] et [o*] soient galement attestes (au moins dans les usages sociaux dcrits) dans toutes les positions non accentues, comme la formulation le laisse entendre; ainsi la voyelle [o*] de forc [fo*se] ne doit pas souvent avoir la mme ralisation ferme que la voyelle de faute [fot] ou de fauter [fo*te]. De la mme manire, il est peu vraisemblable que beaut et botter transcrits [bo*te] lun comme lautre soient des homophones parfaits; il est plus probable que [bote, bo4te] sentende plus frquemment pour beaut et [b3te, bte] pour botter (comme lindique lenqute de Martinet et Walter). 3.3. Une critique de la dmarche rductrice Cest dans le travail de Remacle (1994) que lon trouve la condamnation la plus svre de la dmarche rductrice. Parlant des distinctions de dure vocalique quil peroit Paris entre les terminaisons -i, -u, -ou et -ie, -ue, -oue, il fustige ainsi ceux qui les ignorent: lorthopiste auteur de dictionnaire ou non, partisan du rel ou de la norme ne peut ngliger la prononciation longue. Sil le fait, il donne une vue inexacte de la ralit et il se comporte dune faon anti-scientifique. Un dictionnaire trompe ses utilisateurs lorsquil omet de consacrer une note gnrale aux finales -ie, -ue dans le paragraphe de son introduction qui concerne la notation phontique et il reproduit la faute chacun des mots en -ie, -ue Ce qui compte pour lorthopiste, ce nest pas lexistence ou le rendement dune opposition phonologique, mais la faon dont on prononce rellement Paris. (Remacle 1994: 78) On peut tout aussi lgitimement questionner la scientificit de lorthopie dont se rclame Remacle et dont il dit lui-mme quil ne sai[t] pas si elle se prsente comme ayant un caractre scientifique; [sagissant] avant tout dune discipline pratique et utilitaire (Remacle 1994: 127). Cest probablement par provocation que Remacle voque ici le manque desprit scientifique et dthique des rdacteurs douvrage sur la prononciation, esprant peut-tre que des chercheurs piqus au vif entreprennent les recherches quil ne voulait ou quil ne pouvait pas faire lui-mme (il surestime malheureusement trop les technologies modernes lorsquil pense qu avec les instruments dont on dispose 20 Si [A], [E] et [o*] notent objectivement des archi-phonmes en position non-accentue, lauteur ne semble pas avoir eu pour objectif de noter les neutralisations phonologiques. Lauteur mentionne lexistence de neutralisations en position tonique, sans prvoir de notation spciale: En franais neutre [] seul [E] [par opposition [e]] peu[t] apparatre devant une consonne finale (ou un groupe consonantique en mme position) (p. xiii). Notons que cette gnralisation nest pas totalement conforme aux formes enregistres dans le dictionnaire, o apparaissent des [e] toniques en syllabe ferme dans certains emprunts langlais: cake [kek], parfois [kEk], ale [El] ou [el], keep-sake [kipsEk] ou [-sek], steeple-chase [stip/l(t)SEz] ou [-(t)Sez]. 117 aujourdhui, il ne devrait pas tre difficile de les [= ses observations] contrler, Remacle 1994: 126). La ralit quentrevoit Remacle est probablement tout aussi difficile tablir que les ralits dcrites dans les ouvrages quil condamne. 3.4. La notation des redondances Remacle condamne tout aussi fortement lomission de CERTAINS dtails phontiques redondants au nom de principes quil est difficile de comprendre. Il reconnat quon ne saurait toutefois exiger deux [les orthopistes] quils notent les nuances les plus menues (Remacle 1994: 124), mais labsence dindication de dure mme lorsquelle est totalement redondante le gne beaucoup: [Martinet et Walter] ont soin davertir quils ne donnent jamais la longueur des voyelles devant r final. Cette dcision me parat plutt malheureuse en elle-mme, parce que, tout en obligeant lutilisateur se le rappeler, elle autorise lomission dun lment important. (Remacle 1994: 21) Si la dure des voyelles ACCENTUES devant un [] en finale de mot est effectivement redondante dans la norme parisienne21, il nest nul besoin de la rappeler lutilisateur au cas par cas. Cela fait partie de la base articulatoire gnrale quun locuteur doit apprendre pour passer inaperu. Une fois quil la appris, il nest nul besoin de le lui rappeler pour chacun des mots; le dictionnaire devrait-il aussi lui rappeler les divers degrs dallongement de la voyelle selon la position du mot dans un groupe dintonation, par ex., que le [u] de jour(s) est normalement beaucoup plus long dans tous les jours, que dans tous les jours ouvrables, et quil peut mme tre relativement bref dans le jour de ma naissance? De plus, la dcision de noter la dure devant les consonnes finales [, v, z, Z] et devant le groupe [v], comme le voudrait Remacle, est relativement arbitraire si, comme lobserve Delattre (1941 [1966: 116]), les dures des voyelles franaises varient le long dune chelle continue en fonction de la consonne suivante; on aurait tout aussi bien pu la noter devant la consonne finale [j] (comme le font Passy et Nyrop) puisque les voyelles y sont ceteris paribus phontiquement plus longues que devant les autres consonnes finales, ou au contraire seulement devant les consonnes finales [, v, z] et le groupe [v]. Le quasi-consensus qui sest fait pour le choix [, v(), z, Z] semble seulement reflter le poids dune tradition (probablement justifie lorigine par des pertes de distinctions de dure dans certains de ces contextes). 21 Elle ne sobserve pas pour les voyelles atones des prpositions par, sur, vers, qui sont normalement enclitiques en franais. Il est juste besoin de connatre le statut syntaxique de telles prpositions pour connatre leurs caractristiques prosodiques et ainsi leurs dures. 118 4. DEUX TUDES DE CAS Les deux tudes de cas que nous abordons maintenant mettent en vidence, la premire, les problmes descriptifs crs par les usages rgionaux des descripteurs et les gnralisations htives que favorisent certaines conceptions de lanalyse phonologique; la seconde les problmes relis la prise en compte de la variation dans la norme. 4.1. La dure artificielle de certains [A] Le Trait de Fouch (1956 [1959: 62]) innove par rapport ses prdcesseurs en donnant pour longue la voyelle [A] de froide, adroite, droite, troite et maladroite. Depuis le XIXe sicle les descriptions mentionnent rgulirement que la voyelle [a] de ces mots est brve (et lorsque cette information apparat, quelle est antrieure). On note cependant un [A] postrieur BREF dans les travaux de Michaelis et Passy (1897), Grammont (1914: 28) et Barbeau et Rodhe (1930), qui se retrouve galement dans les masculins correspondants froid, adroit, droit, troit et maladroit. Ces auteurs saccordent pour dire que oi bref est le plus souvent devenu [wA] aprs un groupe Obstruante+[] avec une voyelle [A] brve en syllabe accentue aussi bien ouverte que ferme (certains de ces auteurs notent aussi le changement plus ou moins variable aprs un [] simple)22. Larticulation postrieure du [A] rsulte dune simple assimilation larticulation du groupe consonantique prcdent et il ny a aucune ncessit phontique dun allongement de la voyelle. Les voyelles [A] du franais, cependant, proviennent le plus souvent dune ancienne voyelle [a] longue ou du deuxime lment de lancienne diphtongue oi [wE] longue et ont souvent gard des traces de cette longueur, en particulier en syllabe ferme accentue, comme dans pte [pAt], flamme [flAm], basse [bAs], bote [bwAt] ou angoisse [A)gwAs]. Cest probablement partir de cette distribution historique quon donne comme rgle gnrale que la voyelle postrieure /A/ est longue en syllabe ferme accentue, comme le fait Fouch dans son Trait (1956 [1959: xxxviii]). Il nest pas phonologiquement impossible que le [A] bref issu de oi se soit allong en syllabe ferme dans la norme parisienne, par analogie phonologique avec les autres [A] dans lespace de temps qui spare louvrage de Barbeau et Rodhe du Trait de Fouch, et que la prononciation de droite, par exemple, soit passe de [dwAt] [dwAt]. Il est bien plus probable, cependant, que cet allongement ne se soit jamais produit que sur le papier (et peut-tre aussi dans les 22 Martinet (1990: 16), qui semble ignorer que la distribution donne par Grammont sobserve aussi, pour lessentiel, dans lusage de Michaelis et Passy et dans celui de Barbeau et Rodhe, conclut que les usages relevs par ce premier auteur nont aucune chance de reprsenter autre chose que ceux du seul Grammont. 119 cours de phontique assurs par Fouch la Sorbonne lintention des trangers): le franais roussillonnais ne connat pas les oppositions de dure et le Directeur de lcole suprieure de prparation des professeurs de franais ltranger a trs bien pu gnraliser aux [A] brefs en syllabe ferme une rgle quil croyait automatique. Cette dure stendra aux dictionnaires de Warnant (1962) qui semble sinspirer fortement du travail de Fouch dans ce cas (et dans bien dautres) et de Lerond pour froide, qui prcise que la prononciation avec la voyelle [A] (et la voyelle [A] pour le masculin froid) est vieillie Paris (ce dernier mentionne aussi larticulation postrieure pour adroit, droit, troit et maladroit en prcisant quelle est vieillie, mais non pour les formes correspondantes du fminin o la voyelle se trouverait en syllabe ferme). Les rsultats publis de Martinet et Walter ne permettent malheureusement pas de dcider quelle tait la situation au moment de leur enqute. Ceux-ci indiquent quune proportion importante des tmoins prononcent [wA] lancienne voyelle brve oi, non seulement dans les mots o cette prononciation avait t observe antrieurement, mais dans de nombreux autres contextes aussi: moi [mwA], toi [twA], loi [lwA], etc.23 Pour le oi originalement bref en syllabe accentue ferme par une consonne non allongeante, leur enqute ne porte que sur les adjectifs droite et roide24: dwA, dwAt (8 tmoins, abdgjlwx) dwA, dwat (5 tmoins, dont m) dwa, dwat (4 tmoins) wAd (4 tmoins, djrtx) wad (10 tmoins, dont m) Il est malheureusement difficile de savoir quelles sont les proprits phontiques et, en particulier, la dure de la voyelle note /A/ (la mme que dans pte /pAt/25). En particulier, les auteurs mentionnent dans leur introduction que lopposition /a/ ~ /A/ peut se manifester par des distinctions de longueur [a] ~ [a] la voyelle tant antrieure dans les deux cas (exceptionnellement pour le tmoin b pour qui aprs [w] [la] nature du produit [est] peu claire et parfois pour le tmoin l); elle peut aussi tre physiquement peu distinct[e] (tmoin g). Il semble 23 Les donnes brutes pourraient faire croire que la postriorisation de la voyelle en syllabe ferme accentue est nanmoins plus frquente aprs un groupe Obstruante+[], comme dans croire, accroire quailleurs, comme dans gloire, boire, ptoire ou foire. Les donnes soumises lenqute sont malheureusement rduites et les transcriptions difficiles interprter. 24 Pour les mots non soumis lenqute, ils mentionnent aussi des variations pour les formes moite /mwat/ ~ /mwAt/, coite /kwat/ ~ /kwAt/, troite /etwat/ ~ /etwAt/, coiffe /kwaf/ ~ /kwAf/, etc., mais non pour soif /swaf/. Parmi les mots soumis lenqute, les tmoins ont uniformment produit un [a] antrieur pour escouade, dont le [wa] nest pas not par oi. 25 Nous utilisons exceptionnellement ici les barres obliques de la phonologie pour ne pas prjuger de la dure phontique. 120 cependant que dans lensemble, cest le timbre qui est le plus souvent distinctif et que la dure phontique nait pas t prise en compte. En bonne logique phonologique de lcole structurale franaise, en labsence de paires minimales du type [dwAt] ~ [dwAt], on se proccupe peu de noter si le /A/ de droite est bref et celui de pte long. (Il existe bien une opposition presque minimale mettant en vidence le rle distinctif de la dure pour les voyelles postrieures: (il s) acclimate [aklimAt] ~ (il) dmte [demAt], toutes les deux distinctes de la voyelle antrieure de tomate [tmat], quavaient note Michaelis et Passy et dont jai observ la survivance un sicle plus tard dans le parler de personnes ges de la rgion de Mesnil-le-Roy lOuest de Paris celle-ci, insouponne, semble ne jamais avoir t examine dans les analyses phonologiques.) 4.2. Le statut des semi-voyelles dans la norme 4.2.1. Les semi-voyelles de transition Il existe probablement toujours une transition plus ou moins semi-vocalique entre une voyelle haute et une voyelle qui la suit immdiatement, comme dans les mots triage et triacide. Dans le premier de ces exemples, cependant, la transition sest phonologise et certains locuteurs ont le net sentiment quil existe un segment [j] entre le [i] et le [a] qui nexiste pas dans le second; ainsi [tijaZ] soppose [tiasid] une analyse instrumentale rvlerait probablement des diffrences phontiques objectives. La semi-voyelle phonologise [j] est perue comme tant identique au [j] de grillage [gijaZ] (issu de [] palatalis) apparaissant dans les mmes contextes. Lapparition des semi-voyelles de transition phonologises est un processus historique mal connu. Celles-ci ne sont notes dans les descriptions phontiques du franais qu la toute fin du XIXe sicle, sans que cela nimplique ncessairement quelles nexistaient pas avant. Le premier tmoignage lexicographique est celui du Dictionnaire Gnral de Hatzfeld et Darmesteter, qui note un yod de transition aprs [i], comme dans trier [tije], dans une quantit de mots cependant bien moindre que dans les ouvrages modernes (il ne lindique pas pour triage, triangle et priorit, par exemple). partir de cette poque, le yod de transition est de plus en plus frquent dans les transcriptions de la norme parisienne, depuis les travaux de Rousselot et Laclotte (1902 [1913: 196ss]) ou de Martinon (1913: 189), jusquau Petit Robert (Robert 1990), au dictionnaire de Martinet et Walter26 ou celui de Lerond. Grammont, dans ses 26 Lenqute de Martinet et Walter (cf. Walter 1976: 343366) rvle que certains tmoins (principalement aclt) nont pas toujours le yod de transition observ chez les autres tmoins. Dans le cas de l et de sa fille c, il pourrait sagir dun rgionalisme tourangeau. Inversement, des semi-voyelles [] et [w] de transition sont exceptionnellement notes, principalement parmi les formes produites par les tmoins b et g, pour lesquels il pourrait sagir de rgionalismes picard et breton respectivement. 121 comptes rendus, mne un combat darrire-garde: il ne se dgage pas de yod entre un i et la voyelle suivante: el(le) liait, el(le) lia, nous plions; la prononciation -iy- est incorrecte (Grammont 1936a: 576, C.R. de Gougenheim 1935) ou encore: les prononciations iyr (hier), sangliy, tabliy, encriy, etc. sont tout fait incorrectes; il ny a pas de y dans ces mots (Grammont 1936b: 239, C.R. de la 5e d. louvrage de Nyrop 1902). Michaelis et Passy ne notaient aucune semi-voyelle de transition ([j], [] ou [w]) dans lusage du second sauf aprs [i], comme dans appuyer [apije]27 mais la mentionnaient en appendice dans dautres usages non identifis et non ncessairement parisiens: prier [pije], truelle [tyEl] et troue [tuwe] (cependant [j] est la seule semi-voyelle de transition apparaissant dans le corps du dictionnaire, lorsquils notent une divergence par rapport lusage de Passy). On est mal renseign sur la distribution des semi-voyelles de transition dans les usages non parisiens, sauf trs brivement pour le yod de transition. Ainsi, lenqute CRITE28 de Martinet (1945: 166168) rvle lhomonymie assez leve des mots brillant et Briand, permettant cet auteur de conclure la prsence dun yod de transition dans le mot Briand. La confusion, donc le yod de transition, est trs forte pour lensemble de la France du Nord, mais nest cependant que de 54% dans le midi o Briand se prononait donc relativement souvent sans semi-voyelle de transition (Martinet exclut que lopposition brillant ~ Briand pt tre [bia )] ~ [bija )] dans cette rgion). La confusion, tout en tant suprieure celle qui est observe dans le midi, natteint pas 80% dans lOuest, ni mme 70% dans le Nord. Lenqute dHenriette Walter (1982) fait marginalement apparatre des [] ou des [w] de transition dans le franais de Picardie et de la Bretagne romane dans les mots bue et boue. On sait par contre que les semi-voyelles de transition [j] et [w] sont trs frquentes dans le franais de Wallonie, grce aux mises en garde de Remacle (1948 [1969: 108]) qui les note pour les blmer dans des formes telles que crier [kije], cruaut [kywote] ou trouer [tuwe]29. Le linguiste dorigine belge Gaatone (1976: 323, 333n5) observe, probablement daprs son propre usage30, des [] et des [w] 27 La semi-voyelle [j] aprs [i] nest pas strictement parler une semi-voyelle de transition. Elle est issue de la ranalyse danciennes suites [yj]. Michaelis et Passy, en particulier, ne notent pas de yod de transition dans le mot quiet [kiE] et ses drivs, o [i] a une autre source. 28 Les enqutes crites ont au moins lavantage de supprimer le filtre auditif de lenquteur. 29 Le savant wallon note cependant on prononce correctement le substantif ouvrier [uvrie]. Ladverbe correctement fait ici rfrence la dirse ainsi ouvrier avec dirse, soppose (vous) ouvriez [uvje] avec la synrse rgionale il nest pas sr que la prononciation normative [uvije] de ouvrier ne soit pas aussi observe en Belgique. 30 Mme si lauteur prcise que lobservation attentive de la prononciation des mots de cette espce par des informants francophones ne laisse aucun doute sur la prsence dune semi-voyelle de transition entre les deux voyelles montrant quil la aussi entendu, ou quil a aussi cru lentendre, dans dautres usages que le sien. 122 de transition aprs [y] et [u] et stonne que les travaux linguistiques ne mentionnent jamais que le yod de transition. Dans les travaux de rfrence les plus rcents, on note deux exceptions au consensus gnral, Fouch (1956 [1959: xxxii]) et Warnant (1962). Le premier note un lger [j] [qui] peut sintercaler entre [i] et la voyelle suivante; cf. criard [kia] ou [kija], etc.. Selon cet auteur, la semi-voyelle de transition aurait une valeur phontique distincte des autres yods, p.ex. du yod de pillard [pija] il ne prcise cependant pas quelle serait la nature de la transition entre [i] et la voyelle suivante dans des mots comme triatomique. Il est fort possible que cette distinction trahisse lusage rgional de lauteur (indiqu par lenqute de Martinet 1945). Warnant, quant lui, rpte la formulation de Fouch: Lorsque deux voyelles dont la premire est un [i] sont en contact, comme dans prier, deux prononciations du mot sont possibles, soit [pi-e], soit [pi-je], avec un lger [j] intervocalique. Nous avons seulement not la premire prononciation, considrant que, chez les trangers, dont larticulation nest naturellement pas aussi tendue que celle des Franais, le [j] intervocalique apparatra dj trop facilement. (Warnant 1962: xi) Le choix de Warnant, contrairement celui de Fouch, pourrait tre une hypercorrection, puisque, comme il apparat dans le travail de Remacle (1948 [1969]), TOUTES les semi-voyelles de transition et non pas seulement le [w] apparaissant aprs [y] et [u] sont stigmatises en Wallonie. Dans lintroduction la quatrime dition (1987: lxxxvii), Warnant mentionnera cette fois lexistence des trois semi-voyelles de transition [i, , w]: ouvrier [u-vi-e] ~ [u-vi-je], trouer [tu-e] ~ [tu-we], gluant [gly-A)] ~ [gly-A)], (les semi-voyelles de transition sont notes en petits caractres dans lintroduction et napparaissent pas dans le corps du dictionnaire). Ce dernier usage semble cette fois conforme lusage rgional, avec cependant un [] probablement plus recherch la place du [w] normalement observ aprs [y]. 4.2.2. La semi-vocalisation des voyelles hautes Lhistoire de la semi-vocalisation des voyelles hautes en hiatus responsable dun grand nombre de semi-voyelles en franais moderne, comme dans mfier [mefier] > [mefje], cuelle [ekyEl] > [ekEl] ou fouet [fuet] > [fwE] et de ses rsultats dans les divers usages rgionaux est tout aussi mal connue. Les rponses de lenqute CRITE de Martinet (1945) permettent, dans ce cas aussi, den deviner quelques aspects, relativement limits cependant, car les questions ne portaient que sur la prononciation des mots suivants: lion, Riom, boue, bue et louer. Il apparat que la semi-vocalisation tait alors nettement moins avance dans la France mridionale quailleurs en France, et que dans les rgions non mridionales elle ltait beaucoup moins lEst et au Nord, avec des diffrences importantes pour les trois groupes suivants: (1) lion, (2) Riom et (3) boue, bue, louer. Le trait de Remacle (1948 [1969: 111ss.]) 123 permet dextrapoler pour les usages belges o la semi-vocalisation tait probablement aussi peu avance que dans les rgions franaises limitrophes31. Il est possible que pour la Suisse, les rsultats soient voisins de ceux de la rgion lyonnaise32. Malgr lextrme variabilit qui semble avoir rgn dans toute lEurope francophone, ainsi probablement que dans les milieux parisiens cultivs, les descriptions de la norme parle depuis la fin du XIXe sicle semblent avoir nettement favoris la synrse. Il est probable qu cette poque o la posie tait importante dans la formation des lites on associait la dirse la dclamation et la posie, et que par opposition les variantes avec synrse paraissaient plus caractristiques de la langue parle ordinaire. La variation transparat parfois dans les premires descriptions: boue est monosyllabique et bue dissyllabique dans le Dictionnaire Gnral, alors que ces valeurs sont inverses dans le dictionnaire de Michaelis et Passy. Fouch (1956 [1959: xxx-xxxvi]) donne pour rgle que la synrse sobserve partout, sauf aprs un groupe consonne + liquide moins quil ne sagisse de la suite graphique ui qui se prononce toujours [i] dans les mots et noms propres franais (p. xxxvi). Bien quils favorisent la synrse, les dictionnaires rcents lvitent gnralement aprs les prfixes (anti-, bi-, demi-, di-, mi-, multi-, poly-, etc.) et dans les formes suivantes: hindouisme, hindouiste, incongruit, fluide, superfluit, truisme, ubuesque. La seule exception est encore le dictionnaire de Warnant (1962), qui semble appliquer automatiquement la rgle propose par Fouch aux formes non prfixes qui sont incluses dans sa nomenclature: [E)-dwis(-)m()], [e )-k)-gi-te], [fli(-)d()], [sy-pE-fli-te], [tis(-)m()]33. Aussi bien la rgle de Fouch que la gnralisation de la synrse dans le dictionnaire de Warnant sont apparemment des hypercorrections, ces auteurs tant originaires de rgions o la semi-vocalisation est moins avance et o la 31 Sous la rubrique semi-vocalisation, nous nincluons pas les cas o la semi-voyelle est issue dune ancienne diphtongue, comme dans les mots pied, croix ou pluie. Ces semi-voyelles sont relativement stables, sauf le yod qui sest le plus souvent vocalis aprs les groupes occlusive+liquide ou f+liquide. Il apparat que la vocalisation du yod est aussi moins avance en Wallonie o ce son pouvait encore sentendre dans quatrime (Lige [katjEm]) et dans les formes verbales en -ions ou -iez, comme nous entrions (Lige [A)tj)]), vous mettriez (Lige [mEtje]), cf. Remacle 1948 [1969: 113]. 32 Cf. aussi Rousselot (19111914: 2.266) pour une distribution semblable extrapole des donnes de lAtlas linguistique de la France. 33 Il faudra attendre la 4e d. de 1987 pour voir quelques corrections: dans celle-ci, truisme [ty-is(-)m()] ne connat plus que la dirse, qui est aussi devenue normale pour incongruit et superfluit, la synrse ne sobservant plus que parfois. La synrse est toujours la seule option pour hindouisme, fluide auxquels sajoute hindouiste. Par contre, ubuesque, qui fait alors son entre, ne connat que la dirse. Il est important de noter que si les suffixes -iste, -isme, -esque bloquent normalement la formation des semi-voyelles, ceci ne sapplique pas ncessairement gargantuesque [gagA)tEsk], qui nest pas driv de *Gargantu, mais de Gargantua [gagA)ta] (cf. Plnat 1997 on peut supposer que les locuteurs qui font la dirse dans [gagA)tya] la font aussi dans [gagA)tyEsk]). 124 dirse est stigmatise, au moins en Wallonie, comme le montre le travail de Remacle qui condamne mme la dirse dans tu as [tya] et tu es [tyE] au nom de lorthophonie et prconise la place les prononciations [ta] et [tE] (1948 [1969: 112]). Les travaux de Martinet et Walter ont mis en vidence que la semi-vocalisation tait beaucoup moins avance pour les voyelles arrondies [y] et [u] que ne le laissaient prvoir les traits antrieurs et quil y avait beaucoup de variation pour ces dernires (au moins dans le groupe de locuteurs quils ont choisi). On peut supposer que ces observations ont influenc les pratiques descriptives ultrieures. Elles ne sont probablement pas trangres la dcision de Lerond (1980) dinclure assez rgulirement des formes avec et sans synrse. Il est plus difficile de voir leur influence sur la quatrime dition (1987) du dictionnaire de Warnant. Celui-ci prvoyait, ds la premire dition, la possibilit de dirse tous les niveaux de la langue parle, sauf pour la finale [-j)-] [qui] ne supporte la dirse que dans les vers rguliers (1962: xi). La formulation utilise par lauteur permettait mal de savoir quelles semi-voyelles acceptaient la dirse; de plus, aucune distinction ntait faite entre le yod des noms et adjectifs comme amandier, fier, palier, pilier, plnier, etc. et des verbes de terminaison semblable mendier, fier, pallier, relier, dnier, etc. quil aurait fallu indiquer, puisque seuls les derniers permettent la dirse (et lexigent normalement dans les vers rguliers). Dans la quatrime dition, lauteur prcise que la dirse des semi-voyelles est valable partout, sauf (1) dans les combinaisons correspondant aux suites graphiques ui, uy, uin, oi, o, oy, oin et (2) lorsquapparat le signe la fin dune transcription, comme chien [SjE)] ou mien [mjE)]34, ce qui corrige en partie les surgnralisations des ditions antrieures, mais prvoit toujours la dirse dans des centaines de cas o elle na jamais t atteste dans la norme parisienne, p.ex. chelier, cloutier, aeul, troisime, dixime, ou bien o elle a disparu il y a plusieurs sicles dj, p.ex. grammairien ou musicien. Il faut aussi noter que la dcision prise par Warnant dinclure sous un schma unique la fois la prononciation ordinaire et les usages fortement styliss de la posie classique ne lui permet pas de noter que la semi-vocalisation des [i] est pratiquement complte dans un groupe reprsentatif de parisiens cultivs35 alors que celle des [y] et des [u] est loin de ltre36. 34 Nous avons cru bon de faire suivre du signe les mots et noms qui, comportant une semi-consonne dans leur premire ou unique syllabe, refusent toujours cette dirse. [] Nous avons hsit dans plus dun cas et nous avons alors vit de marquer le mot ou le nom du signe Warnant (1987: lxxxviii). 35 Le tmoin m est le seul pour lequel le [i] en hiatus a un taux de rtention significatif dans les contextes o la semi-vocalisation est possible (cf. Walter 1976: 385387); cest dailleurs un des traits du franais rgional de Savoie, do ce tmoin est originaire. 36 La semi-vocalisation de certains [y] et [u] a pu commencer trs tt. On notera ainsi que fouet, dont la prononciation [fu-E] dans les trois premires ditions de son dictionnaire tait donn comme un exemple de dirse possible tous les niveaux de la langue parle, apparat comme [fwE] dans la quatrime, cest--dire sans dirse possible. 125 4.2.3. Les semi-voyelles dans les conjugaisons: photographiions, signions Les ouvrages normatifs se concentrent essentiellement sur la prononciation des mots en vedette et attachent parfois peu dimportance celle des formes verbales flchies. Certains, cependant, prvoient des paradigmes types auxquels ils renvoient, comme dans les travaux de Warnant et ceux de Lerond. On retrouve la mme pratique dans certains ouvrages se consacrant spcifiquement la morphologie verbale, p.ex. Bouix-Leeman et coll. (1980), Pouradier Duteil (1997). Dans aucun cas, il ne semble que les prononciations proposes proviennent dobservations systmatiques de la langue parle. Elles semblent au contraire relever de lcrit oralis et du jugement introspectif de tmoins privilgis37. En ce qui concerne le yod des terminaisons -ions et -iez, Martinet et Walter (1973: 51) notent quil est normalement absent aprs un autre yod, comme dans (nous) communiions [nukmynj-)] ou (vous) travailliez [vutavaj-e] (cf. aussi Gougenheim 1935: 3637), alors que les transcriptions conventionnelles notent uniquement les formes relativement artificielles [nukmyni-j)] ou [vutavaj-je]. Le dictionnaire de Lerond innove aussi en prsentant des [jj] gmines dans les formes du type (vous vous) fiiez [fi-jje], dj releves par Damourette et Pichon (19271940: 822), mais qui navaient pas encore reues laval douvrages de rfrence. Ce mme dictionnaire innove aussi avec les formes proposes pour les imparfaits et les subjonctifs des verbes dont le radical se termine par [] (systmatiquement not [nj]). La dsinence serait alors [-ije] (normalement observe aprs Occlusive+Liquide ou [f, v]+Liquide), p.ex. dans vous signiez [sinj-ije] cet usage semble cependant relativement artificiel38. Aucun trait ne note les variantes [-j)] et [-je] rgulirement entendues aprs Occlusive+[l] ou [fl], comme dans vous souffliez [sufl-je] (cf. Dell 1972). Bien que ces formes soient trs frquentes dans le parl spontan de nombreux Parisiens cultivs, ceux-ci nen sont gnralement pas conscients. Si elles ne sont pas consignes dans le dictionnaire de Warnant, cest peut-tre aussi parce quelles sont stigmatises en Wallonie, o elles apparaissent aussi aprs Occlusive+[r/] et [fr/], p.ex. dans nous entrions [A)tr-j)]/[A)t-j)] (cf. Remacle 1948 [1969: 113]). Cest certainement cette dernire solution qui est la bonne, car ce mot est monosyllabique en posie ds le XVIe sicle. 37 La plupart des travaux qui sappuient sur le franais pour dfendre un modle thorique spcifique font appel ce genre dinformation. 38 Je nai jamais observ ces formes que dans les rponses de quelques universitaires qui lon demandait de les produire. 126 5. CONCLUSION Deux conceptions du franais de rfrence mergent de cette tude sur les normes de prononciation deux conceptions qui ne sexcluent pas ncessairement dans lesprit de leurs dfenseurs. La premire, relativement tautologique, dfinit le franais de rfrence, comme celui qui est parl sans accent particulier, ou dont la prononciation [] passe inaperue, ou encore dont la prononciation commune accepte partout, [est dfinie] par des caractres communs, opposs aux variantes qui [] marquent un accent rgional. Comme le relve trs justement Warnant (1987: xviii), QUI dcide quune prononciation passe inaperue? Une variante de cette premire conception est celle qui voudrait que ce soit la langue des annonceurs et des interviewers des mdias lectroniques occultant ainsi les critres qui ont fait choisir tel ou tel annonceur ou interviewer. La seconde conception est plus traditionnelle: le franais de rfrence est celui dune certaine classe sociale lorsquelle adopte un style appropri: dabord la Cour du roi, puis la haute bourgeoisie parisienne, puis les Parisiens authentiques (de naissance, dducation, etc.), parmi les chefs dentreprises, hauts fonctionnaires, cadres suprieurs et tous ceux qui ont des situations de responsabilits dans les professions librales. Les lexicographes, grammairiens ou linguistes nappartenant pas ces classes par exemple parce quils ntaient pas Parisiens authentiques ont souvent accept la lgitimit de ces usages et cherch les dcrire partir de leur intime conviction quils les matrisaient eux-mmes39 ou quils taient capables den observer les caractristiques essentielles40, sans toujours russir totalement, cependant. Cest ainsi quun Littr na pas hsit inclure des traits du franais de lAngoumois dans son dictionnaire ou quun Rousselot longtemps rsident de cette mme rgion est lunique tmoin pour la plupart des formes analyses dans son Dictionnaire de la prononciation franaise (inachev). Inversement, on peut penser que cest parce que quil craignait dinclure des prononciations rgionales que, par hypercorrection, Warnant a propos (au moins dans les premires ditions de son dictionnaire) la synrse dans des mots comme hindouisme, incongruit, fluide ou truisme. Dautres linguistes contestent la primaut des usages parisiens authentiques et donnent comme modles lusage dautres classes sociales, auxquelles cela ne surprendra personne ils appartiennent. Cest ainsi que pour Martinet et Walter, les reprsentants lgitimes du bon usage, en matire de prononciation, sont des personnes caractrises par leur mobilit gographique 39 La troisime dition (1968) du dictionnaire de Warnant, qui dcrit lusage des Parisiens cultivs, est accompagne dun disque o toutes les formes enregistres ont t produites par lauteur. 40 Jignore, par exemple, ce que Fouch pensait de son propre usage, mais Pierre Lon ma fait savoir que lorsquil donnait ses cours en Sorbonne, il sexprimait avec un accent roussillonnais trs marqu que nul naurait pris pour un accent parisien authentique. 127 avec prdominance du sjour dans la Capitale (1973: 18), ce qui inclut le premier auteur (le tmoin m), n en Savoie, de parents qui y sont galement ns et o il est demeur jusqu lge de 11 ans. Lon ne stonnera donc pas que les descriptions des normes de prononciations puissent, sur certains points, faire apparatre des dsaccords considrables et, p.ex., quun Remacle puisse affirmer en 1994 que les oppositions de dure des voyelles qui opposaient des masculins comme fini [fini] aux fminins correspondant finie [fini] et que lon croyait perdues du bon usage parisien depuis un sicle, voire un sicle et demi, y sont toujours bien vivantes et trs rpandues. Yves Charles MORIN Universit de Montral Dpartement de Linguistique et de Traduction C.P. 6128, succursale Centre-ville Montral, Qc, Canada, H3C 3J7 (Canada) Yves.Charles.Morin@umontreal.ca 128 RFRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ACKERMANN, Paul. 1838. Essai sur lanalyse physique des langues ou de la formation et de lusage dun alphabet mthodique. Paris / Leipzig: Terzuolo et Dondey-Pupr / Brockhauz et Avenarius. ANDERSON, Stephen R. 1982. The analysis of French shwa: or how to get something from nothing. Dans Language, n 58, p. 534573. 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