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  • 1

    Lcriture de la percussion dans luvre de Steve Reich

    Percussions, n21, 2006, p. 10-12.

    Rsum :

    La percussion constitue lossature de la grande majorit des uvres de Steve Reich. Mme dans les pices o la percussion est absente, lcriture instrumentale lui emprunte ses patterns les plus typiques (les parties de claviers tant souvent des parties de percussion dguises). Le compositeur sest ainsi forg un style unique dcriture de la percussion qui est examin travers des exemples pris dans Phase patterns (1970) pour quatre orgues lectroniques, Drumming (1971) pour voix, bongos, marimbas, glockenspiels, sifflet et flte piccolo, Clapping Music (1972), Music for Pieces of Wood (1973), Music for 18 Musicians (1973), Music for a large ensemble (1978), Sextet (1985) pour deux pianos, deux vibraphones et deux marimbas, The Cave (1990-93) pour quatre voix, ensemble instrumental et projections vidos.

  • >vnement : Steve REICH

    10 PERCUSSIONS numro 21

    Lorsque Steve Reich (1936) dbute sa carrire de compositeur, au dbut des annes soixante, lemploi de la percussion nest plus une innovation en soi. La percussion a gagn ses lettres de noblesse ds la premire moiti du XXe sicle avec les uvres de Stravinsky, Milhaud, Webern, Antheil et surtout Bartk, Varse et Cage. Les annes soixante et soixante-dix tmoignent ensuite dune vritable explosion des uvres pour percussion et de la place part entire qui lui est off erte dans tous les genres musicaux. Reich aurait trs bien pu renoncer, comme ses collgues minimalistes La Monte Young, Terry Riley et Philip Glass, sexprimer par ce mdium instrumental. Cependant, du fait de son parcours culturel et de sa formation musicale(1), Reich aura trs vite recours la percussion comme soubassement de son esthtique. Non seulement la percussion tient une place de choix dans son uvre, mais, de surcrot, le compositeur sest forg un style unique dcriture de la percussion. Si lon survole lensemble de la production de Reich, la percussion constitue lossature de la grande majorit de ses uvres. Seulement un tiers des pices (dont la plupart apparaissent avant 1971) na pas recours la percussion. Au-del de laspect quantitatif, limportance de la percussion transparat dans plusieurs aspects de son uvre. Le premier point concerne la facilit avec laquelle certaines

    Il nest pas tonnant non plus que toutes les parties instrumentales dune pice comme Sextet (1984) pour deux pianos, deux claviers lectroniques et percussions soient ralisables par des percussionnistes. Comme dans Six pianos ou dans Phase patterns, les techniques de clavier de Sextet sont en fait des parties de percussion. Si les pianos, considrs comme des percussions accordes, sont employs plus dans leur aspect percussif que rsonant, a contrario, les vibraphones sont jous, dans le premier mouvement, avec un archet pour produire de longues rsonances. Le dernier mouvement de Sextet est reprsentatif de cette criture percussive. Leff ectif est constitu de deux pianos, deux vibraphones et deux marimbas (exemple 2). Les musiciens enchanent, un tempo eff rn (192 la noire), des patterns qui sembotent les uns dans les autres. Les vibraphonistes

    Lcriture de la percussiondans loeuvre

    de Steve REICH

    pices peuvent tre transcrites pour percussion. Ainsi, Piano Phase (1967) est jouable avec deux marimbas ; Six Marimbas (1986) est une transcription de Six pianos (1973) ; Vermont Counterpoint (1981), pour fl tes, a t transcrit par M. Yoshida pour marimba MIDI (Tokyo/Vermont Counterpoint, 2000). Cela montre bien que la base de lcriture de Reich puise dans une gestique percussive. Mme dans des pices o la percussion est absente, lcriture lui emprunte parfois ses patterns les plus typiques. Les parties de claviers sont souvent des parties de percussion dguises, comme dans Phase patterns (1970) pour quatre orgues lectriques, o le pattern de base (exemple 1) est un paradiddle(2).

    Exemple 1. Paradiddle de Phase patterns (1970) pour quatre orgues lectroniques

    (1) Le got pour la percussion lui vient du jazz, notamment de la musique du batteur Kenny Clarke, quil entendait au Birdland pendant son adolescence. Dcid devenir batteur, Reich prit des leons pendant trois ans avec Roland Kohloff qui devint par la suite percussionniste au New York Philharmonic. Il fi nance en partie ses tudes de philosophie Cornell University en jouant comme batteur dans des clubs de jazz. En 1958, Reich entre la Julliard School of Music, puis, en 1961 Mills College, o il tudia avec Darius Milhaud et Luciano Berio.

    (2) Le paradiddle est une fi gure typique de la technique du tambour : RLRRLRLL (R = main droite, L = main gauche).

  • 11DCEMBRE 2006

    >VNEMENT

    La palette percussive de Reich est extrmement varie en termes de timbre et de fonctionnalit. Les claquements de mains sont la manifestation la plus basique de la percussion dans son uvre. Clapping Music (1972) est interprte par deux musiciens qui frappent dans leurs mains un simple pattern rythmique dune mesure douze battements. Le contenu musical nest constitu que par les motifs rsultant de la variation du pattern initial par le deuxime percussionniste. Alors que le premier percussionniste ne change jamais de pattern, le deuxime dcale le sien dun temps toutes les douze rptitions jusquau retour du pattern initial. La forme circulaire du procd et la pauvret du matriau renvoient une musique ancestrale telle quon peut encore en avoir une trace dans les musiques pygmes dAfrique centrale. Le mme principe a t repris dans Music for Pieces of Wood (1973) pour cinq paires de claves accordes, mais avec une structure canonique plus labore. La rfrence archasante a t exploite de nouveau dans Tehillim (1981) pour voix et ensemble sur les psaumes 19, 34, 18 et 150. la diff rence des deux pices prcdentes, les claquements de mains ne frappent pas un court pattern rpt, mais une longue phrase rythmique qui suit laccentuation potique du texte. La percussion a, dans ce cadre, une triple fonction : une fonction rfrentielle dvocation de lunivers musical biblique, une fonction daccentuation du texte et une fonction dostinato rythmique. Les claquements de mains sont doubls par

    des petits tambourins sans sonnailles. Reich a choisi ce type de percussions car il tait couramment usit dans tout le Moyen-Orient lpoque biblique. Toutefois, en dduire que le compositeur sessaye une forme darchologie musicale serait une erreur. Dailleurs, aucun chant hbraque ne sert de matriau aux parties vocales. Il sagit plutt dun mixe de tradition et de modernit comme souvent dans sa musique. On retrouve galement ce mlange dans Th e Cave (1990-93) pour quatre voix, ensemble instrumental et projections vidos. La premire scne prsente le texte dun extrait du chapitre XVI de la Gense tap la machine. Le texte est manifest visuellement sur lcran vido et auditivement par le son des touches du clavier. Le texte est tap rythmiquement afi n de produire une longue phrase traite en canon. Celle-ci est double, presque ds le dbut, par les claquements de mains, puis par les claves et enfi n par les grosses caisses. On retrouve donc dans Th e Cave ce lien ancestral entre langage et musique. La percussion renvoie ici une langue parle dont il ne resterait que laccentuation rythmique. Ce got pour les rythmes et les percussions de traditions musicales non occidentales nexistait pas dans ses premires pices

    lectroacoustiques ralises sous linfl uence de Berio. Ce nest quau dbut des annes soixante-dix que sa musique intgrera les apports de diverses cultures. Au dbut des annes soixante, Reich dcouvre louvrage de A. M. Jones, Studies in African Music(3), qui dterminera quelques annes plus tard son orientation esthtique. Consquence directe de cette lecture, Reich couta un grand nombre denregistrements de musique africaine et prit des leons avec Alfred Lapedzko, un matre tambourineur de la tribu Ewe qui enseignait pour quelque temps Columbia University. En juin 1970, il se rendit au Ghana afi n dapprendre le tambour et dtudier avec des matres locaux. Ce voyage laissa une profonde empreinte chez le jeune compositeur et ne tarda pas lui donner de nouvelles ides. Cest ainsi que Drumming (1971) marqua un tournant majeur dans son volution compositionnelle. Contrairement aux pices mono timbriques de la mme poque, Drumming mlange des voix, des bongos, des marimbas, des glockenspiels, un siffl et et une fl te piccolo. Cest aussi la dernire uvre de Reich utilisant le dphasage graduel. Ce principe de

    ont, certains moments, chacun deux parties rythmiquement distinctes. La partie de marimba 2 est synchrone avec celle de la main gauche du vibraphone 2, celle de marimba 1, avec la main gauche du vibraphone 1. La main droite du vibraphone 2 correspond au rythme du piano 2 et celle du vibraphone 1, au rythme du piano 1. On peut aussi constater linfl uence de la musique africaine dans lambigut de laccentuation. La mtrique 12/8 permet une accentuation binaire ou ternaire. Dans lexemple ci-contre, on observe que la carrure des patterns de pianos est binaire, alors que celle des patterns de marimbas est ternaire. Ce type de superposition rythmique exige un grand contrle de la part des interprtes. Sextet est, avec Nagoya Marimba (1994) pour deux marimbas, une des pices les plus virtuoses du compositeur.

    Exemple 2. Cinquime mouvement de Sextet mes. 207-208

    (3) Arthur M. Jones, Studies in African Music (2 Vol.), Oxford, Oxford University Press, 1959.

  • 12 PERCUSSIONS numro 21

    >VNEMENT

    composition, extrmement simple deux patterns identiques jous en boucle dmarrent synchroniss, puis se dphasent progressivement -, initi dans des pices pour bande (Its gonna rain, 1965 ; Come out, 1966), sera dclin par Reich dans des compositions instrumentales comme Piano phase (1967) pour deux pianos, Violin phase (1967) pour un violon et bande trois pist