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  • La thologie moralepeut-elle se passer du droit naturel ?

    Dans les dernires annes, la doctrine du droit naturel a perdubeaucoup de son crdit auprs de nombreux thologiens catholiques,Si, lors de journes d'tudes aussi bien que dans les entretiens privs,l'on tche d'apporter une solution, aux problmes de thologie moralegrce des rflexions sur le droit naturel, on doit s'attendre aujour-d'hui, mme du ct catholique, a. rencontrer le scepticisme, mme lerefus. Cela pourrait tre partiellement de la dception. Dans les der-nires dcennies, nombre de thologiens semblent avoir pens quela doctrine du droit naturel pourrait sans difficult rsoudre rapide-ment et srement tous les problmes qui surgissent sur le terrain dela morale et du droit. Or il s'est avr, entre-temps, avec toute laclart possible que la mthode base sur le droit naturel n'est pas sifacile manier. Sinon nous aurions dj d parvenir plus de clartet des rsultats plus convaincants dans les dbats sur la peine demort, la guerre atomique, ,et surtout dans la question angoissanteconcernant le jugement moral de la contraception. Ne se pourrait-ilpas que la thorie du droit naturel soit elle-mme responsable de nousavoir engags dans une impasse au lieu de nous ouvrir de largeshorizons ? Cette hypothse dborde aujourd'hui le cercle des conver-sations prives : on l'imprime, on la publie1. Le scepticisme l'garddu droit naturel a pourtant d'autres causes encore. Nos contemporainsont une conscience trs vive de l'volution ainsi que du changement

    N.d.l.R. Le texte original allemand de cet article a paru dans LcbemigesZeugnis, 1965, Heft 1/2. Nous remercions l'auteur &t les diteurs de nous avoirautoris en prsenter une traduction franaise nos lecteurs.

    1. L. M. WBRR, Mystcrium Magnum, coll. Quaestiones disputatae, n. 19 (19&4)donne un relev impressionnant des rserves que Ton apporte aujourd'hui

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    historiques ; or la doctrine du droit naturel jaillit, semble-t-il, d'uneconception statique de l'homme. En particulier on ne s'accorde plusaussi nettement que jadis confrer la philosophie droit de rite enthologie. Or la doctrine do droit naturel semble bien le rsultat d'unerflexion philosophique et non thologique. De l'histoire de la tholo-gie on croit avoir tir la leon suivante : le dsir de progresser dansla pense et la pntration du mystre chrtien l'aide des conceptset des catgories philosophiques aboutit le plus souvent une mau-vaise comprhension et une dformation de la foi. La thologieaurait ds lors couter la Parole de Dieu qui lui .est annonce dansl'Ecriture et la Tradition, et non pas la parole des philosophes quelsqu'ils puissent tre. Que penser de ces objections et de ces rserves l'gard du droit naturel ? L'existence d'une sorte de ex naiwaene se verra gure conteste par un thologien catholique. L'Ecriture,la Tradition et le Magistre de l'Eglise la garantissent3. Mais .est-ilacquis par le fait mme que la thologie morale doive s'engager dansdes argumentations fondes sur le droit naturel comme elle l'a pres-que toujours fait jusqu' prsent ? Barth n'a-t-il pas raison lorsqu'ildclare : Mme si elle existe, le chrtien n'a pas s'en remettre la ex nQtwrae ; la volont de Dieu lui a t manifeste d'une manireplus claire et plus digne de crdit dans l'uvre et la Parole de Jsus-Christ 3 . La ex naturae est-elle pour la thologie une donne qu'ilfaut assurment admettre, mais dont elle peut trs bien se passer ?Nous tcherons d'abord de donner une rponse cette dernire ques-tion. Ensuite il conviendra d'examiner si et dans quelle mesure ladoctrine du droit naturel est mme de satisfaire les exigences d'uneinterprtation historique de la moralit humaine. Enfin nous .noustendrons sur quelques difficults de la connaissance morale et del'argumentation en thologie morale. En effet une grande partie duscepticisme que rencontre aujourd'hui la thorie du droit naturelsemble devoir tre attribue de faon gnrale une mconnaissancede la problmatique propre la connaissance morale et l'argumen-tation en thique.

    L*importance de la ex naturae pour le chrtien, d'aprsle tmoignage du Nouveau Testament

    Afin de prvenir des malentendus, dterminons d'emble une ques-tion de terminologie. Dans la suite nous parlerons indistinctement dedroit naturel, de loi naturelle et de ex natwae. L'usage actuel oprela distinction entre le droit naturel et la loi morale naturelle dans la

    2. Voir par exemple J. FUCHS, Le droit naturel. Essai theoogique, I960.3. K. BARTH, Kirchliche Dogmatik, III/4, p. 19 ss.

  • MORLB BT DROIT MATURBL 451

    mesure o l'on rserve le terme de droit naturel pour les normesstrictement juridiques de la loi morale naturelle. Cette distinctionn'importe pas nos rflexions. A partir du principe qui fonde sareconnaissance dans le sujet, on peut dfinir la lex naiurae commela substance ( I n b e g r i f f ) de ces normes morales, voire Juridiques qui,fondamentalement, sont accessibles la connaissance humaine, selonson mode indpendant, dans sa logique, de la rvlation d'une Paroledivine. S'il n'appuie pas sa recherche sur la Parole de la rvlationdivine, l'homme ne peut rien connatre de sa vocation vivre surna-turellement dans le Christ. La seule source objective dont il disposepour connatre ses propres normes morales, l'homme ne la trouvealors que dans son tre naturel. Des lors la lex natwae se prsente nous comme la substance de ces lois morales qui fondent leur vali-dit et leur contenu dans l'tre naturel de l'homme. Au concept de laex naturae ainsi comprise s'oppose celui de la loi morale surnaturelle.Cette lex gratiae comprend les prcept&s divins qui concernent lechrtien dans la mesure o il est une cration nouvelle dans leChrist ; elle ne peut se manifester l'homme que dans la foi la,Parole rvle de Dieu4.

    La preuve classique, par l'Ecriture, de l'existence de la ex nafuraetrouve son point de dpart dans les deux premiers chapitres del'Eptre aux Romains. Il n'est pas ncessaire de reprendre ici cetargument. Nous pouvons le considrer comme suffisamment tabli5.Seules nous intressent les raisons pour lesquelles Paul parlant despaens en vient dire qu'ils connaissent quand mme les exigencesmorales de Dieu, bien qu'ils ne possdent pas la Tora.

    Les quatre premiers chapitres de l'Eptre ont pour thme gnralla justification de l'homme non par les uvres de la loi mais par lafoi au Christ Jsus. Ce thme est nonc explicitement en 1, 16s. : (L'Evangile) est une force de Dieu pour le salut de tout croyant,du Juif d'abord, puis du Grec. Car en lui la justice de Dieu se rvlede la foi la foi, comme il est crit : le juste vivra de la foi . En-suite S. Paul semble de nouveau s'carter de ce thme. Il dveloppele principe de la justification par la loi : ... Ce ne sont pas les audi-teurs de la loi qui sont justes devant Dieu, mais les observateurs dela loi qui seront justifis (2, 13). Mais il applique ce principe la vie morale des paens d'abord (1, 18-32), celle des Juifs ensuite(2, 1 s,), et il peut conclure alors : II n'est pas de juste, pas unseul, il n'en est pas de sens, pas un qui recherche Dieu. Tous ils sontdvoys, ensemble pervertis ; il n'en est pas qui fasse le bien, non,pas un seul (3, 10-12). Donc, selon saint Paul, tous les hommes,

    4. A ce sujet voir par exemple 0. KUSS, Der Roinerbrief, 1957, p. 72 ss.5. Sur la problmatique de la loi chez S. Paul, cfr H. SCHUER, Der Brief

    an die Gatater, 12" d., 1962, p. 176 ss.

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    Juifs comme paents, ont t incapables de se conformer au canond'une justice par la loi : ... personne ne sera justifi devant lui parla pratique de la loi (3, 20 a). Cette affirmation ne renie pas 1ecanon d'une justice par la loi pris en lui-mme et tel qu'il est formulen , 13 ; mais elle constate que, pour tous les hommes ns depuisle pch originel, la loi au lieu d'tre principe de justification apporteprcisment la connaissance de leurs pches (3, 20 b). Ds lors puis-que, selon le critre de la loi, tous ont pch et sont privs de la gloirede Dieu, les Juifs comme les paens, tous aussi ne peuvent tre justi-fis que par sa grce, en vertu de la rdemption qui est dans leChrist Jsus, lui que Dieu a destin tre en son propre sang victimepropitiatoire, moyennant la foi, montrant par l sa justice (3,24 ss) e. Si dans le premier et le second chapitre, saint Paul juge lavie des paens et des Juifs selon le critre de la loi, c'est uniquementen vue de prouver que l'Evangile de la justification par la foi atteinttous les hommes. L'Evangile n'est comprhensible que si l'on pr-suppose la culpabilit de tout le genre humain. Celle des Juifs semanifeste en comparant leur comportement concret avec les exigencesde la Tora. Les paens ne possdent pas la Tora. Comment alorspeuvent-ils tre coupables devant Dieu ? Pour rpondre cette ques-tion, Paul constate d'une part que, sans Tora, les paens savent nan-moins qu'ils ont reconnatre Dieu comme crateur et observerses prceptes, mais, d'autre part, que leur impit et leur injusticeont converti cette vrit en mensonge, de sorte qu'ils sont inexcu-sables (1, 20). Ils sont eux aussi pcheurs devant Dieu et leur Justi-fication ne peut tre que le don reu en vertu de la rdemption ac-complie par le Christ Jsus,

    De ce qui prcde on peut conclure : ce que Paul doit annonceraux Romains c'est directement le seul Evangile de la Justification despcheurs par la grce du Christ. Toutes les affirmations qui, dansles premier et deuxime chapitres, prcdent la proclamation de cetEvangile, ne sont pas en somme exposes pour elles-mmes, mais leurfonction est seulement de prparer et de faire mieux comprendrel'annonce de la justification. La question concernant -a loi moralenaturelle apparat pour autant qu'elle se pose partir de l'Evangileet serve a comprhension de celui-ci. Cette formule dfinit l'uniquefaon dont la thologie en tant que telle peut traiter de la loi moralenaturelle, savoir : en partant de l'Evangile et en ramenant l'Eva