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  • Michel Zvaco

    La marquise de Pompadour

    BeQ

  • Michel Zvaco

    La marquise de Pompadour

    roman

    La Bibliothque lectronique du QubecCollection tous les ventsVolume 930 : version 1.0

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  • Du mme auteur, la Bibliothque :

    Le CapitanBuridan, le hros de la Tour de Nesle

    La reine sanglanteBorgia !Triboulet

    Le Pr-aux-ClercsFiorinda-la-Belle

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  • La marquise de Pompadour

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  • I

    Nous nirons plus au bois...

    Lumineuse et claire, cet aprs-midi doctobre 1744 semblait une fte du ciel, avec ses vols doiseaux au long des haies, ses lgers nuages blancs voguant dans limmensit bleutre, son joli poudroiement de rayons dor dans lair pur o se balanaient des parfums et des frissons dautomne.

    Sur le chemin de mousses et de feuilles qui allait de lErmitage Versailles, des humbles chaumires au majestueux colosse de pierre, un cavalier sen venait au petit pas, rnes flottantes au caprice de son alezan nerveux et souple.

    Le chapeau crnement pos de ct sur le catogan, la fine rapire aux flancs de sa bte, svelte, lgant, tout jeune, vingt ans peine, la figure empreinte dune insouciante audace, la

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  • lvre malicieuse et lil ardent, il souriait au soleil qui, par del les frondaisons empourpres, descendait vers des horizons dazur soyeux ; il souriait la belle fort vtue de son automnale magnificence ; il souriait la fille qui passait, accorte, au paysan qui fredonnait ; il se souriait lui-mme, la vie, ses rves...

    Devant lui, un millier de pas, cheminait un piton, son bton dpine la main.

    Lhomme tait poudreux, dchir. Il marchait depuis le matin, venant on ne sait do de trs loin, sans doute allant peut-tre vers de redoutables destines...

    Prs de ltang, le piton sarrta soudain... Ctait, sous ses yeux, dans le rayonnement de la clairire, dans le prestigieux dcor de ce coin de fort, une vision de charme et de grce :

    Une jeune fille... une exquise merveille... mince, flexible, harmonieuse, teint de nacre et de rose, opulente chevelure nuageuse... suprmement jolie dans sa robe paniers de satin rose broch de fleurettes roses, le gros bouquet de roses fix au corsage... un vivant pastel...

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  • Elle riait aux clats, penche vers une dizaine de fillettes qui, tabliers en dsordre, frimousses bouriffes, lentouraient, tapageuses, fringantes... et elle disait :

    Oh ! les insatiables gamines ! Dj le dmon de la danse les mne ! Comment, mesdemoiselles, vous voulez encore une ronde ?...

    Oui, oui... Jeanne, chre Jeanne... encore une ronde !...

    Soit donc ! En voici une que, pour vous, jai compose hier sur mon chemin.

    Et tandis que les petites se prenaient par la main, elle, dune voix mlodique et pntrante, chanta ceci :

    Nous nirons plus au bois, les lauriers sont coupsLa belle que voil, la lairons-nous danser ?

    Alors, sur la tant jolie ritournelle dont cent cinquante annes nont pas puis la vogue

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  • enfantine, la ronde, parmi des rires cristallins, se dveloppa au bord de ltang moir...

    L-bas, sur le chemin feuilli, moussu, venait insoucieusement le jeune cavalier...

    La lairons-nous danser ?Entrez dans la danseVoyez comme on danse...

    La ronde, tout coup, seffaroucha. Les rires se glacrent sur les lvres mutines.

    Le piton poudreux sortait de son fourr, lui ; il sapprochait pas lents et sarrtait, nigmatique silhouette silencieuse, prs de celle que les gamines appelaient Jeanne... chre Jeanne...

    Souriante, sans peur devant limprvue apparition, elle demanda doucement :

    Que voulez-vous ?...Lhomme sveilla de son extase admirative. Il

    balbutia :

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  • Pardon... excusez... o est-on ici ? Vous tes sur le terroir de lErmitage ; voici

    la clairire, et voil ltang ; ici finit le parc royal de Versailles, et l commencent les bois...

    Le chteau... est-ce loin ? Par l... voyez-vous ? dit-elle, le bras tendu

    dans un geste de nymphe sylvestre.Dans le lointain des sous-bois, le cor se fit

    entendre, une meute donna de la voix. Quelle est belle ! murmurait le piton...

    Excusez encore... pouvez-vous me dire ?... Le roi... est-il au chteau ?

    Elle demeura interdite, plissante. Et pensive, dans un souffle de rve, elle rpta :

    Le roi !... Oui... Louis XV... savez-vous sil est au

    chteau ? Non... je ne sais pas... Pauvre homme,

    comme vous avez lair malheureux... et si fatigu !

    Fatigu, oui... et malheureux... rellement

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  • malheureux... Oh ! attendez !... Il faut que je vous porte

    bonheur !Lgre comme une biche, elle slana.

    vingt pas, sous un htre, deux femmes se reposaient ; lune blonde et frle ; lautre vigoureuse, plantureuse, couperose, qui se mit crier :

    Jeanne ! Jeanne !... Pourquoi courir ainsi, mon enfant ? Te voil en nage... tu tabmes le teint... et tu te dcoiffes.

    Sans rpondre, Jeanne sempara dune aumnire, jete sur lherbe prs des charpes ; elle y puisa un louis et, toujours courant, revint au piton.

    ce moment, le son du cor se rapprocha, sonnant la vue et le bien aller.

    ce moment aussi, dbouchait sur la clairire le jeune cavalier la fine rapire, tandis quun chasseur, trompe en sautoir, couteau la ceinture, contournait ltang au galop de son cheval blanc dcume...

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  • Tenez... prenez... dit Jeanne, cline et douce. Je ne demande pas laumne, rpondit le

    piton sourdement. Oh ! fit-elle, la voix mue, vous voulez donc

    me faire de la peine ?...Lhomme, farouche, hsita, trembla...Puis, lentement, sa main souvrit...Jeanne y glissa la pice dor !Alors, elle battit des mains gaiement.Mais comme linconnu demeurait immobile et

    sombre, elle reprit gravement : Je crois que je pourrais vous tre utile... si

    vous vouliez me confier votre nom ?Lhomme eut un sursaut, un trange regard...

    puis il murmura : Je mappelle Franois Damiens...Le chasseur, cet instant, arrivait sur le

    groupe, arrtait son cheval, dune secousse, et, le ton bref, la voix dure, il laissait tomber cet ordre :

    Hol ! manant ! il faut ten aller dici !...

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  • vous aussi, petites !... vous aussi, madame !Jeanne se retourna, toisa le chasseur avec une

    moue dexquise impertinence, et partit dun rire clair :

    Monsieur, vous tenez mal votre trompe de chasse ; cest une faute, cela, elle me prouverait que vous ntes pas gentilhomme, sil tait besoin de le prouver !

    Madame ! gronda le chasseur, devenu blanc de colre.

    Allez, monsieur, allez demander M. de Dampierre une leon de vnerie, et tout Franais que vous rencontrerez une leon de politesse... cela fait, vous reviendrez.

    Elle pirouetta sur les hauts talons de ses souliers de satin rose.

    Livide, le chasseur poussa son cheval. Il allait latteindre... la renverser...

    Les enfants crirent. Le chemineau serra son bton dpine dans sa main. Il eut un grondement, leva sa trique... mais avant quelle se ft abattue, le cheval du chasseur reculait soudain...

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  • Le jeune cavalier, qui venait dentrer dans la clairire, dun bond furieux stait plac entre la jeune fille et le chasseur, et avait saisi la bride quil secoua violemment ; en mme temps, sa voix clatait, vibrante :

    Par la mort-dieu, monsieur, tes-vous donc enrag ?...

    Poitrail contre poitrail, les deux btes piaffaient, hennissaient... Regard contre regard, les deux hommes se menaaient.

    Ah ! continuait le jeune inconnu, on insulte donc les femmes, par ici !

    Le chasseur jeta un juron ; mais, se calmant aussitt :

    Prenez garde, monsieur, dit-il avec une glaciale politesse, prenez garde ! Je fais ici mon service qui est de dblayer le chemin de la chasse...

    Et moi, je fais le mien qui est de courir sus au malotru !

    Prenez garde, vous dis-je ! Quand vous seriez le grand veneur en

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  • personne, arrire, monsieur, arrire !Le chasseur porta violemment la main son

    ct, et sapercevant alors quun couteau remplaait son pe absente :

    Cest bon ! gronda-t-il, la moustache hrisse. Nous nous retrouverons, mon jeune don Quichotte... si toutefois on vous trouve !

    Vous allez vous faire couper les oreilles, monsieur lcraseur de femmes. On me trouve toujours quand on me cherche ! Et mme quand on ne me cherche pas !

    Votre nom, alors ! rugit le chasseur. Le vtre, sil vous plat ? Comte du Barry, cuyer servant de Sa

    Majest. Et moi, chevalier dAssas, cornette au

    rgiment dAuvergne, en cong rgulier, se rendant Paris, rue Saint-Honor, lenseigne des Trois-Dauphins, o il sera demain et les jours suivants pour y attendre dtre pourfendu par monsieur le comte du Barry !

    Cest bon, chevalier dAssas ! Vous

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  • nattendrez pas longtemps ! bgaya le chasseur, ivre de rage. Et vous, madame, vous aurez de mes nouvelles !

    Ce me sera grand honneur, dit-elle en clatant de son rire clair, dune si jolie impertinence.

    Le comte esquissa un geste de menace, tourna bride, et, fond de train, senfona dans le sous-bois, vers le son des cors...

    Pendant cette algarade, le chemineau poudreux, lhomme qui avait dit sappeler Franois Damiens, stait cart sous une htraie. L, il sarrtait, contemplant de loin la jeune fille en rose, et murmurait encore :

    Quelle est belle !...Le chevalier dAssas mit pied terre et

    sinclina devant Jeanne. Madame, dit-il, je vous sup