la corse de lucien peri

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Lucien Peri PEINTRE PAYSAGISTE DE L ÉCOLE D ’A JACCIO 1880-1948 Association Le Laz aret Oll andini EXPOSITION AU LAZARET OLLANDINI LA CORSE de 6 decembre 2007 2 fevrier 2008 , , Pierre Claude Giansily

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Extrait du catalogue d'exposition édité par l'Association le lazaret Ollandini, à l'occasion de l'exposition "La Corse de Lucien Peri, 1880-1945" au Lazaret Ollandini en décembre 2007 et janvier 2008. Catalogue disponible sur le site www.lazaretollandini.com

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Page 1: La Corse de Lucien Peri

Lucien PeriPEINTRE PAYSAGISTE DE L’ÉCOLE D’AJACCIO

1880-1948

AssociationLe Lazaret Ollandini

E X P O S I T I O N A ULAZARET OLLANDINI

LA CORSEde

6 decembre 2007– 2 fevrier 2008, ,

Pierre Claude Giansily

Page 2: La Corse de Lucien Peri
Page 3: La Corse de Lucien Peri

Association Le Lazaret Ollandini

Pierre Claude Giansily

Lucien Peri

PEINTRE PAYSAGISTE DE L’ÉCOLE D’AJACCIO

1880-1948

de

LA CORSE

Page 4: La Corse de Lucien Peri

Dans la même collection

Léon Charles Canniccioni, peintre des types et coutumes de la CorsePierre Claude GiansilyExposition au Lazaret Ollandini, 14 décembre 2006-13 janvier 2007

Page 5: La Corse de Lucien Peri

sommaireItinéraire de l’artiste ..... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3

– Les débuts de la carrière de Lucien Peri ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

– Les années vingt : succès et notoriété.... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

– Les années trente : la grande vogue de Lucien Peri ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

– Les années quarante : poursuite de l’action créatrice .... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21

Le paysage corse et son approche par Lucien Peri .... . . 27

– Le paysage corse : impressions et écrits ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

– La Corse de Lucien Peri... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37

– Approche technique : dessins et pochades, composition.... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43

– Les aquarelles claires et lumineuses de Lucien Peri ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

– Des peintures solidement composées aux tons mats .... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53

– Les navires, éléments du paysage de Peri : bateaux de Corse.... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59

– Variété des autres genres : illustrations, affiches, lithographies.... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63

Lucien Peri, l’art et les œuvres de son temps..... . . . . . . . . . . . . . . . 77

– La diversité de l’expression picturale.... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77

– La richesse des talents artistiques, lieux de création et de diffusion .... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78

La place de Lucien Peri dans l’héritage artistique corse..... . . . . . . . . . . . . 93

L’artiste et son œuvre,témoignages..... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

Annexes..... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105

– Envois de Lucien Peri aux Salons de la Société Nationale des Beaux-Arts

– Bibliographie

Premiere partie

Seconde partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Page 6: La Corse de Lucien Peri
Page 7: La Corse de Lucien Peri

Presentation

SEUL SUR LA ROUTE, VERS TIUCCIA. Cette longue

ligne droite avant le pont, l’ancien pont. Au loin, déjà, les eucalyptus.

Et tout de suite, comme à chaque fois, ces milles émotions qui

m’envahissent. Je laisse la voiture, là, la moins visible possible,

et je m’approche du lieu...l’esprit de ce lieu.

Au pied du fleuve, seul enfin avec Lucien Peri. Ici, et comme

alors, mille nuances. Le Liamone épouse tranquillement la mer.

Eaux tendres et mêlées. C’est encore le fleuve et ce n’est plus le

fleuve; c’est déjà la mer. Epiphanie de leur union. Ici, je suis

comme devant un tableau, le tableau de Lucien Peri.

Voir avec ses yeux. Sentir, ressentir comme lui. Le mimer. Le

retrouver d’instinct. Revivre l’instant. Sa luminosité. Sa douceur.

Ses reflets. La colline qui lime son paysage. Et la blancheur de

son nuage. Où est le nuage? Je le vois comme s’il y était et

pourtant il n’y est pas. Devant moi les eucalyptus: ils y sont et n’y

sont pas. Je reconstruis le paysage comme il le faisait . Je le

réinvente, je le repeins. Je fais semblant de le repeindre. Je joue

à le repeindre.

Au paysage encore réel vient se substituer le paysage déjà

peint. Le réel, pourtant présent, disparaît dans le tableau, pour-

tant absent. Présence de l’absent. Un autre monde dans ce

monde. Brefs instants, trop brefs. Car voilà que le réel revient,

vite, trop vite. Le nuage disparaît; les eucalyptus s’éloignent. Mais

le ciel garde encore la légèreté que savait lui donner Lucien Peri.

C’est un ciel d’art. Il porte sa marque...A chaque fois, si je le veux.

Maintenant je suis chez moi, ou dans une salle d’exposition,

ou au Musée Fesch. Devant ce même tableau. Il est au milieu

des autres, mais c’est celui-ci que je choisis. Par un acte de

pure volonté, et selon ma liberté

entière, j’entre dans ce tableau. A l’in-

térieur même de son cadre. J’y entre

passionnément...Et le cadre disparaît.

Les autres tableaux disparaissent. Le

mur disparaît . La pièce même dis-

paraît .

Je ne suis plus dans la pièce,

parmi les autres. Je suis, ici, dans ce

tableau. Ici, au pied de ce fleuve. A

droite de cet eucalyptus. Je me pro-

mène au long de ce chemin vert. Je

suis ce chemin. Je suis cette couleur

verte. Quelques pas encore. L’eau y

est si douce. Je m’y baigne. Je suis

poisson. Je suis tableau. Je suis

monde. Seul existant, seule réalité, ce

tableau est à lui seul et à la fois le

monde et mon monde; Il vit alors de

toute sa vie, vibre, exulte, s’épanouit,

en expansion totale. Univers pictural.

Celui de Lucien Peri.

François Ollandini

Page 8: La Corse de Lucien Peri

Mais justement, quid du créateur? Qu’elle est cette passion

qui l’ a animé toute sa vie durant? Que fait-il donc lorsqu’il peint?

Peindre, c’est voyager. A chaque fois, pour chaque tableau,

c’est voyager. A chaque fois, c’est l’aventure. Et ce voyage est

métaphysique, à chaque fois. C’est aller ailleurs vers un temps

autre pour y vivre autrement. C’est créer un autre monde, dans

un autre espace et un autre temps. L’espace-temps de Lucien

Peri. Un espace pictural qui soit le tout de l’espace, illimité, sans

bornes, rien autour, sans rien d’autre que lui-même dans son

infinité d’espace. Et un temps pictural qui n’ait plus ni avant ni

après et qui soit un éternel présent, là et toujours là, dans son

immobilité temporelle. A chaque fois, chaque tableau de Lucien

Peri est ainsi un absolu d’espace et de temps, et qui, à chaque

fois, vaut absolument. Du moins, est-ce là tout l'enjeu, tout le jeu

qu'il joue, sans aucune garantie de succès, à ses risques et

périls.

Peindre, c’est donc créer un nouveau monde qui se substi-

tue à l’ancien, qui l’efface, et ce monde nouveau, c’est celui du

peintre. A nul autre pareil. De même qu’écrire, c’est toujours

écrire le même livre en des livres différents, de même le peintre

a cette tonalité à lui qui traverse toutes ses peintures, ce style

qui n’appartient qu’à lui et qui le fait reconnaître entre tous et qui

fait que nous croyons et avons envie de croire à tout ce qu’il

nous présente.

Cette émotion qui le meut et qui est sienne est la substance

même de son art. C’est elle que Lucien Peri exprime en chacun

de ses tableaux, et sans cesse il recommence et sans cesse

elle renaît, inépuisable, insatiable, cherchant toujours son expres-

sion et à jamais inexprimée. Ne lui a-t-il pas fallu deux milliers

d’œuvres pour commencer à nous dire ce qu’il n’a cessé de

nous dire toute sa vie de peintre? Nous faire entrer dans son

monde intérieur. Nous faire voir le monde comme nous ne

l’avons jamais vu. Nous faire vivre comme nous n’avons jamais

vécu. Nous étonner, nous envoûter, nous subjuguer. Nous faire

naître enfin en ce nouveau monde. Nous faire renaître donc. La

peinture est cette renaissance.

Francois Ol landiniPrésident de l’Association Le Lazaret Ollandini

21 octobre 2007

Pour être au monde, pour être le

monde, un autre monde, à la fois

unique et total, singulier et universel,

ce tableau a donc besoin de moi, de

la passion que j’y mets, de l’émotion

qui m’habite et qui l’habite. Il a besoin

du jeu que je joue, que je me prenne

au jeu, allant même jusqu’à oublier

que je joue. Il a besoin de mon ima-

ginaire, de cet écart que je suis avec

la réalité. Il a besoin de ma liberté.

De la nôtre.

Sans nous, hors le regard amou-

reux que nous lui portons, ce

tableau- où un autre- n’est que toile

morte, objet parmi les autres objets.

Avec nous, et la vie que nous lui don-

nons et que nous y trouvons, ce

tableau- où un autre- est toile vive,

objet d’art . Nous sommes co-créa-

teurs de l’œuvre de Lucien Peri.

Page 9: La Corse de Lucien Peri

1

Introduction

VOICI, AU LAZARET OLLANDINI, la deuxième exposition

consacrée à un peintre de l’École d’Ajaccio : après Léon Charles

Canniccioni l’an passé, Lucien Peri est présenté aujourd’hui.

Ces deux grands artistes ont de nombreux points en commun, no-

tamment d’avoir accompli une longue carrière et connu le succès

en France et à l’étranger et, bien sûr, d’avoir peint avec originalité la

Corse qu’ils aimaient plus que tout. Il existe aussi d’autres points

communs entre ces deux grandes figures de l’art corse, par exem-

ple la durée de leur présence au meilleur niveau et la consécration

officielle qu’ils ont recueillie dans les Sociétés d’artistes auxquelles ils

appartenaient : Canniccioni à la Société des Artistes français et Peri

à la Société Nationale des Beaux-Arts. Ils ont chacun une forte per-

sonnalité et, si leur peinture et leur sensibilité artistique diffèrent sur

quelques points, on peut dire qu’ils se complètent avec bonheur.

Comme nous avons présenté en décembre 2006-janvier 2007

« Léon Charles Canniccioni, peintre des types et coutumes de la

Corse » pour montrer cet aspect si fort et original de son oeuvre, le

thème retenu aujourd’hui est « La Corse de Lucien Peri, peintre pay-

sagiste de l’école d’Ajaccio » afin de montrer la belle façon dont il a

peint son île, dans sa diversité.

Il s’agit ainsi de découvrir comment Lucien Peri – qui a peint égale-

ment de nombreuses régions françaises comme la Sologne, la Bre-

tagne, la Bourgogne, les Alpes, les Landes – a décrit avec une

originalité inégalée les paysages de Corse que des dizaines d’ar-

tistes de renommée et d’horizons divers ont essayé, en même

temps que lui, de traduire avec leur

technique, leur sensibilité ou avec une

approche plus personnelle.

L’ensemble des œuvres rassemblées

montre la démarche technique de Lu-

cien Peri : dessins, pochades, aqua-

relles et huiles de différentes tailles et

formats, de toutes ses périodes d’acti-

vité, montrent son évolution picturale.

Devant ces pièces (de quelques centi-

mètres carrés ou de moyens et grands

formats) on éprouve un sentiment d’ad-

miration du travail accompli. De là,

transparaît le sens extraordinaire de la

composition qui constitue un des traits

de la peinture de Lucien Peri. De cet en-

semble émerge aussi cette vision de

transparence et de clarté obtenue par

ces coups de brosses rapides dans

une matière colorée dont Lucien Peri a

le secret. En fait, tout concourt dans son

œuvre peint à provoquer chez le spec-

tateur un sentiment de pure beauté.

Pierre Claude Giansily

Page 10: La Corse de Lucien Peri

Aucun artiste n’a su montrer mieux

que lui, par la transparence de ses

aquarelles et la finesse de ses

huiles, la mer, ses golfes et ses pro-

montoires, les montagnes et collines

de Corse avec leurs variantes dans

les couleurs vertes, bleues, violettes.

Peri illustre à merveille « l’heure vio-

lette » du crépuscule sur les mon-

tagnes aux sommets parfois

enneigés, après les belles journées

d’hiver, cette atmosphère et cette

couleur si difficiles à saisir et, pour

équilibrer la composition, un motif

avec des tons clairs dans cette syn-

thèse de la nature qu’il nous pré-

sente régulièrement, alliant

harmonieusement eau, ciel et terre.

Pendant plus de vingt ans, la pein-

ture de Lucien Peri a été en vogue à

Paris et en Corse et cet artiste a été

ainsi un ambassadeur remarqué de

l’Île de Beauté, y compris au-delà

des frontières nationales.

Le présent ouvrage évoque Lucien

Peri avec des éléments de biographie

décrivant sa vie d’homme si attachant

et d’artiste si séduisant.

Cet ouvrage présente également la

manière dont les artistes de l’École

d’Ajaccio mais aussi les artistes bas-

tiais et ceux installés à Paris, Marseille

et en Afrique du Nord ont peint la

Corse à la même période et donne

un éclairage sur l’art de son temps.

2

Enfin, on y trouve de précieuses informations sur celui qui faisait

l’unanimité par ses qualités. Homme ouvert, franc, toujours de

bonne humeur, convivial, il était aussi affectueux, sensible, attentif,

partageant volontiers les bons moments avec ses amis et sa fa-

mille. Lui qui, après son installation à Paris, parlait toujours de la

Corse avec fierté et un soupçon de nostalgie et qui a transposé

dans sa peinture sa sensibilité pour créer une œuvre qui a dé-

passé son époque et rejoint l’approche des grands paysagistes

de cette première moitié du XXe siècle en France.

Pierre Claude GiansilyCommissaire de l’exposition

L’artiste photographié par Peyrot

Ajaccio, vers 1922Lucien Peri est un homme très « chic », comme on dit alors. Toujours soi-gné et bien habillé, portant d’élégants vêtements à la mode, il a de laprestance avec sa taille de 1, 69m. Il a aussi le goût des belles choseset dans l’Ajaccio du milieu des années vingt, il fait sensation avec sa Ci-troën de couleur « jaune citron » qui est la première voiture à cinq placesen ville et sur laquelle se posent tous les regards.

Page 11: La Corse de Lucien Peri

3

santé depuis quelques années, décède

à Paris dans sa 47e année. Malgré les

difficultés, Angèle Marie veille à ce que

ses deux enfants fassent de bonnes

études secondaires au collège d’Ajac-

cio, puis au lycée de Bastia.

Lucien Peri vit les années de son en-

fance à Ajaccio dont il fréquente le col-

lège. Garçon doux et agréable, il est

attiré par le dessin et la peinture. Une

fois ses études secondaires terminées

il est vivement encouragé à faire des

études supérieures et ne peut ainsi

s’orienter vers des études artistiques.

C’est en 1900 qu’il commence ses

études de droit à Paris. En juillet 1902, le

conseil de révision de la Corse le dis-

pense de service en sa qualité d’aîné

de veuve. Il commence à peindre et

réalise cette année Le vieux-port de

Bastia, une huile sur toile qui est sa pre-

mière œuvre datée, recensée au-

jourd’hui. Il va mener jusqu’au milieu des

années vingt une vie intense, rythmée

notamment par ses déplacements et

ses lieux de résidence alternés entre

Ajaccio, Bastia, Marseille et Paris �

Itinérairedel’artiste

Le vieux port de Bastia,1902Huile sur toile,31 x 32 cm

C’EST LE 3 MAI 1880, qu’est né à Ajaccio Lucy, Lily Peri. Ces

prénoms ont été choisis par sa mère qui voulait une fille et auxquels

son père a fait ajouter « dit Lucien ».

Son père Pascal Peri, né le 17 décembre 1844 à Ajaccio, est pro-

fesseur de mathématiques au collège Fesch d’Ajaccio. Il a com-

mencé dans l’enseignement en 1866 et a occupé plusieurs postes

en France et en Algérie. Il a ensuite pris part à la guerre de 1870

avant de revenir à Ajaccio. Pascal Peri s’est marié à Ajaccio, le

23 septembre 1878 avec Angèle Marie Ottavi, née le 21 juin 1845,

également à Ajaccio.

Lucien Peri a un frère, Antoine, qui naît à Ajaccio le 4 novembre 1885,

avec lequel il gardera des liens réguliers même si après 1928, date

de son installation définitive à Paris, ils ont moins d’occasion de se

voir car Antoine réside à Ajaccio où il a ses affaires et se déplace

peu hors de l’île. Le 22 août 1891, Pascal Peri, qui avait des soucis de

Phot

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bert

Page 12: La Corse de Lucien Peri

4

Les maisons près de la rivière, 1904Aquarelle, 39 x 30 cm,

Page 13: La Corse de Lucien Peri

5

En 1904, Lucien Peri vit à Bastia1. Au cours du mois de no-

vembre, il expose des aquarelles dans les vitrines d’un ma-

gasin du boulevard Paoli. La critique les remarque car à

Les débuts d’une carrière de peintre

…Lucien Peri est un paysagiste ému possédant le secret de la séduction ! Devant la Vallée du Fango, – devant

les grands sapins sur les branches desquels se mourait du soleil épars, j’ai cherché, quant à moi, l’endroit

solitaire où je me serais assis pour jouir de l’agonie lente de ce crépuscule irréel… Je m’étonne de n’avoir

point lu encore un éloge sincère de toutes ces aquarelles blondes, bleues et mauves, alors qu’Émile Bran-

dizi livrait toujours au public ses marines d’Erbalunga et de Saint-Florent et Lucien Peri poétisait sur les bords

du Bevinco endormi le soir.

Et je conçois la surprise de ces deux amis, quand ils liront ces lignes hâtives. Mais Lucien Peri, afin de conti-

nuer ses études, part demain pour Paris ; et j’ai tenu à lui offrir ce témoignage de ma sympathie cordiale,

avant que le succès ne le couronne, dans la ville unique où son talent mûrira…

1. Au début des années 1900,Lucien Peri voit autour de lui àBastia de nombreux artistes,dans une ville qui connaît etentretient une intense activitédans les domaines des lettreset des arts. Grâce au legs deJoseph Sisco (1748-1830) dejeunes Bastiais iront étudier àRome, pendant cinq ans, ledroit, la médecine, la chirurgieou les disciplines artistiques.Sur la période 1841-1933,vingt-six jeunes bastiais ont pualler se former à Rome dontseize peintres parmi lesquelsIgnace d’Antoni, Jean Cana-vaggio, Marie Canquoin, Fer-nand Cresci, Albert Gillio, J. deGislain, Félicité de Montera,contemporains de Peri. Ainsi,Bastia a eu pendant unelongue période des peintres,sculpteurs et architectes quiont produit un art corse degrande qualité (voir à ce sujetLe legs Sisco, 1829-1933 unsiècle de vie artistique corse,ouvrage collectif, édition Cen-tre d’études Salvatore Viale,Bastia, avril 2007). Les artistesbastiais tentent aussi de s’or-ganiser et d’unir leurs forceset, en 1899, le comité artis-tique provisoire de l’associa-tion « amicale libre desartistes de Bastia » qui instituele « Salon bastiais » compteparmi ses membres la plu-part des peintres bastiais del’époque : Pierre Colonna d’Is-tria, Antoine-Louis Alessi,Ignace d’Antoni, de Gislain,Magnaschi, Jean-Baptiste Gil-lio et les sculpteurs Patriarcheet Pekle.

Lucien Peri cherche sa voie et repart sur le continent ; en octobre 1905, il réside à Marseille, rue

Victor Hugo, car il est répétiteur au « Petit Lycée » de Marseille. C’est à cette époque qu’il met un terme

aux études qui le destinaient au Barreau.

vingt-quatre ans il a déjà une belle répu-

tation à Bastia et René Sangy dans Le

Petit Bastiais du 12 novembre 1904 écrit :

Bord de merPorte le n°64 au dosAquarelle sur papier,

8,7 x 13,8 cm,

1900-1920

Page 14: La Corse de Lucien Peri

6

Il revient en Corse peu après et,

en 1908, il s’installe rue du général-

Fiorella à Ajaccio 2. En mars 1909, il

expose dans la vitrine du photo-

graphe Laurent Cardinali 3, cours

Grandval, et au même moment,

Au début des années dix, Peri ha-

bite à Paris, rue Clovis, et travaille au

lycée Henri-IV. Il y fréquente les mi-

lieux artistiques et accomplit les for-

malités pour présenter son travail

dans un des grands Salons pari-

siens. Il choisit la Société Nationale

des Beaux-Arts dont l’état d’esprit

des membres, les valeurs esthé-

tiques et les perspectives d’action

correspondent plus à son tempéra-

ment et à sa perception du métier

de peintre. La Société des Artistes français, bien plus

conservatrice que la Nationale, qui rassemble essentiel-

lement les adeptes de l’Académisme ne l’attire pas. La

Société des artistes Indépendants qui regroupe des ar-

tistes ayant rompu avec « l’Académie » et qui ont des idées

très novatrices, apparaissant souvent comme des provo-

cateurs ne l’attire pas plus. En 1910, il fait son premier envoi

au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts avec Le

bassin du Luxembourg en automne, puis, le grand ma-

gazine L’illustration du 3 décembre 1910, reproduit une de

ses aquarelles : Les falaises de Bonifacio dans un article

de René Bazin intitulé « Les quatre beautés de la Corse ».

François Corbellini présente ses œuvres juste à côté,

dans les vitrines de Joseph Gini, le marchand de cou-

leurs et matériel pour artistes. Ces deux expositions

d’aquarelles sont commentées de belle façon dans la

presse locale et un article publié dans Ajaccio Gazette

du 7 mars 1909 indique :

« L’aquarelle semble être la peinture préférée des artistes ajac-

ciens, ainsi nous est-il donné d’admirer journellement dans les

vitrines de MM. Cardinali et Gini, des aquarelles exposées par le

Maître M. Corbellini, dont la renommée n’est plus à faire.

« M. Corbellini aime les tonalités chaudes, et possède au plus

haut degré l’harmonie des couleurs ce qui fait le véritable artiste,

et la justesse du dessin.

« M. Peri, plus jeune, a un sens artistique très prononcé, ses ex-

positions sont très remarquées. On admire surtout dans ses

aquarelles la légèreté de son coup de pinceau, les coloris clairs

et transparents, aux teintes variées si savamment mêlées et une

promptitude de l’exécution. Nous ferons toutefois remarquer que

les aquarelles de M. Peri ne sont pas toujours finies, ce qui dé-

note la promptitude de l’exécution et qui porte un léger préju-

dice à la perfection de l’œuvre.

« M. Peri ne tardera pas à être un maître aquarelliste. »

2. À Ajaccio, Peri est conseillépar François Peraldi (1843-1916) qui, à cette époque, a ra-lenti son activité picturale etexerce les fonctions deconservateur du muséeFesch. Peri a également nouédes liens d’amitié avec Fran-çois Corbellini (1863-1943),formé à l’École des Beaux-Artsde Paris qui a adressé auSalon de la Société Nationaledes Beaux-Arts des paysagesde Corse : en 1901 Lumièred’automne, en 1902, Vieille rueau couchant et en 1903, Merbelle aux Sanguinaires et quiest ainsi, avec Alfred de laRocca (qui déroule sa carrièreà Bordeaux) un des tout pre-miers peintres corses à traiterle paysage en tant que sujetsans que celui-ci ne soit unepartie d’une autre composi-tion. Enfin, Jean-Baptiste Bas-soul (1875-1934), peintredécorateur qui est rentré en1900 de Paris avec son di-plôme de l’École nationaledes arts décoratifs en poche,aide et conseille Lucien Peri ;une grande amitié se tisseentre les deux hommes, quise renforcera avec les an-nées.

3. Il n’existe alors, ni à Ajaccio,ni à Bastia de galerie de pein-ture. À Ajaccio, les possibilitésde présenter ses œuvres sontplus diversifiées : les vitrinesde certains commerçants,selon un usage largement ré-pandu partout en France,mais aussi la bibliothèquemunicipale et les grands hô-tels d’Ajaccio, « station d’hi-ver ».

Ajaccio, sur la promenade LantivyAquarelle,

16, 5 x 31, 5 cm,

Page 15: La Corse de Lucien Peri

7

Ajaccio, route de la Parata, 1915

Huile sur toile,33 x 46 cm,

Ajaccio, vers Capo di Feno, 1915

Huile sur toile,33 x 46 cm,

Page 16: La Corse de Lucien Peri

8

L’année suivante, Peri effectue un séjour prolongé à

Uriage-les-Bains (Isère) et dans le Dauphinois. Il réalise

de nombreuses aquarelles de la région dont les quinze

qui illustrent l’édition du guide du syndicat d’initiative « Le

paradis des enfants » pour la saison du 25 mai au 5 oc-

tobre 1913. En janvier 1914, il adresse à l’exposition inter-

nationale des Beaux-Arts de la Principauté de Monaco,

Soir de pêche aux îles Sanguinaires

C’est le 25 juin que naît Francine, Myriam Peri à Bas-

tia. Le couple profitera trop peu de ces moments de bon-

heur puisque le 2 août, le jeune papa est appelé à

l’activité militaire par le décret de mobilisation du même

jour ; il rejoint alors le 7e régiment d’artillerie à pied sta-

tionné à Ajaccio, puis le 77e régiment d’artillerie lourde,

unité avec laquelle il accomplira la campagne contre l’Al-

lemagne jusqu’à son terme. Au cours de cette longue

période, il a assez peu d’occasions de peindre. On a re-

censé trois œuvres datées 1915 qui représentent Ajaccio

et ses environs, Route de La Parata (deux) et Plaine de

Capo di Feno, réalisées sans doute lors d’une permis-

sion dans sa ville natale. On a également recensé une

aquarelle datée du 15 avril 1916, figurant une scène de

guerre sur la commune de Mont Notre Dame, dans

l’Aisne, où les combats furent particulièrement violents,

qui est conservée dans un musée anglais qui en a reçu

le don en 1925.

La Corse est en effet à la mode : pour

la beauté de sa nature, son climat,

son authenticité, son histoire et ses

habitants… et aussi, ses artistes.

Dans Le Figaro illustré d’octobre 1911

figure un long reportage intitulé « La

Corse », par Henry Spont, qui dit à leur

propos :

En 1911, Lucien Peri vit une partie de l’an-

née à Ajaccio, cours Grandval, où il a

une clientèle aisée qui apprécie son tra-

vail 4 puis, il s’installe à Bastia et c’est

dans cette ville qu’il se marie, le 2 octo-

bre 1912, avec Marie Bartoli, fille de feu

le notaire Eugène François Bartoli ; le

couple habite dans un appartement de

la promenade des quais.

4. Lucien Peri s’est fait un nomparmi les amateurs d’art quiapprécient la légèreté de sesaquarelles. Il est de bon tond’avoir chez soi des portraitsde Meuron, des aquarelles deCorbellini, et ensuite de LucienPeri ou d’en faire des cadeaux,pour un mariage par exem-ple ; c’est le cas de deuxaquarelles de grand format :U puntu di u mulinu (lieudit UPadulone, près de Barchetta),et une vue Le fleuve, prisedans le même secteur.

« Ensuite, il y a là-bas un peintre qui a dé-

robé une à une toutes les couleurs du

ciel et de la mer et les a fixées sur la toile

avec une fougue si juste, une si sobre

maîtrise, que je n’ose pas après lui me

risquer. Le sage et enthousiaste Corbel-

lini possède un pinceau magique. Ses

aquarelles, comme celles de Lucien Péri,

semblent faites avec des gouttes de lu-

mière… »

Mont Notre-Dame15 avril 1916, veille del’attaqueHuile et aquarelle sur carton,23 x 30,5 cm

Norwich Castle Museumand Art Gallery, comté deNorfolk.

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Page 17: La Corse de Lucien Peri

9

Le 21 septembre 1916 survient à Paris le décès de son épouse

Marie, ce qui l’affecte profondément. Sa fille Francine est confiée

à une tante, la baronne Ferrand de Masson, installée à Paris.

Francine grandira à Paris auprès de cette tante et son père veil-

lera toujours, après la guerre, à se trouver près d’elle aussi souvent

que possible. Le 11 novembre 1918, c’est la fin de la guerre au cours

de laquelle il a souffert physiquement lors des combats et le 19 fé-

vrier 1919, il est « mis en congé illimité de démobilisation ».

Lucien Peri rejoint alors Paris

dans un premier temps puis re-

tourne à Ajaccio. Il gardera un cer-

tain temps des séquelles de surdité

à une oreille en raison de l’intensité

des tirs d’artillerie sur le front car il se

trouvait dans l’artillerie lourde sur

voie ferrée (ALVF) �

Le vieux port de BastiaAquarelle,31 x 46 cm

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Page 18: La Corse de Lucien Peri

Le courrier au départHuile sur papier, 5, 7 x 9, 4 cm

Le remorqueur à AjaccioGouache sur papier8, 5 x 13 cm

Bateaux à voile latine orange et jauneHuile sur papier, 4, 5 x 7, 5 cm

10

Voiliers sur les côtes de CorseAquarelle, 6, 5 x 9 cm, chacune

Page 19: La Corse de Lucien Peri

11

Séjours en Corse : Lucien Peri partage

à présent ses activités entre Paris et

Ajaccio. Au Salon de la Nationale de

1922, il adresse Matin sur les côtes de

Corse, œuvre reproduite dans le ca-

talogue illustré du Salon.

Il passe une grande partie de l’année

1923 en Corse et fait de nombreuses

sorties avec son ami Martin Baretti

pour de mémorables parties de

pêche ou de chasse à Campo

dell’Oro ou à Sagone et dans la

plaine du Liamone.

Les années vingt : succès et notoriété1920-1930

Côteau de PietrarossaSeptembre 1920Encre et crayons de couleurs, 12,9 x 23,5 cm

Lucien Peri sur le motifdans les années vingt

En 1920, Lucien Peri est en Corse, à Bastia, Saint-Florent… Il fait

de nombreuses études et peint sur le motif en divers lieux du dé-

partement. Puis il retourne à Paris où il fait la connaissance de

Marie Lamaizière qui, comme lui est veuve, et avec laquelle il a

beaucoup d’affinités ; le 13 juin de l’année suivante il se marie avec

elle, à Paris.