journal d'un caprice

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Author: kenza-boda

Post on 21-Mar-2016

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Voici les premières pages du Journal d'un Caprice - un roman interactif pour iPad réalisé par Kenza Boda

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  • mu et cam.

    Il plane dans l'vidence. L'il de l'anticyclone : il est peut-tre en plein dedans. Insolent. Brut. Parfait.

    crire, pourquoi pas. Le doigt monte au hublot. Il y trace ses lettres, comme un dieu qui sennuie.

    " Tommy Malem ? " La fume s'lve du bouquet de frites chaudes, dans

    une main d'htesse. chantillon de fast-food salvateur. Tommy y jette deux doigts - un vrai paquet de blondes brlantes. Quelques petites clopes d'or sal volent la vedette aux rayons du soleil frigide, de lautre ct du double vitrage. Tommy les fait glisser dans sa bouche une une - des instants compts, sur le fil

    d'une croisire hallucine.

  • Il y a deux ans, il s'tait retrouv ici. On ftait l'anniversaire de cette femme, quelque part aux Tuileries. Elle brillait d'un clat trange, sage, comme un indice. Il aurait tout brl pour ses pupilles, ses baies noires aigres-douces closes sous l'emprise des stupfiants. De celles que l'on sait responsables du crime sans les dnoncer jamais. Des bises d'adieu, il a gard lempreinte de ses lvres peintes, musques. Aujourd'hui, elle n'est plus quune couleur, un contact fantme. La trace, le got et le crime. Cest tout ce qui lui reste delle, capitale des fous : une syncope sans prliminaires.

    Paris. Cest cela quil vient retrouver, ici. Quelque chose qui pourrait le hanter enfin - une fausse note, un petit traumatisme.

  • Il sait pourquoi Paris lappelle, pourquoi elle a crit, il connat la raison qui les hante, et pourtant. Tout nest quun nime voyage de A B - qui sait, d'XY XX. Voir une femme, cest toujours cela qui compte, plus que le prtexte quelle a fourni, ou le gage quelle vous inflige. Elle veut qu'il vienne l'aveuglette, pour chercher autre chose que ce qu'il a laiss. Quelque chose de moins grave, de plus imparfait.

    Un rve, une drogue, un sort. Cest pour cela quelle a crit. Pour lattirer dans son paradis d'imparfaite.

    Il la tient dans sa main, au fond du jean. Lavion tremble et il la retient, au plus proche de sa cuisse, comme si ses mots pouvaient glisser au premier choc. Cest elle, qui la pouss au dcollage. De temps autre, il sort ses lignes du silence, comme un enfant qui lit la mme histoire dont il connat les piges par cur.

  • PARIS2 JUILLET

    TOMMY

    JE ME SUIS SAUVE SANS TOI.

    JE CROYAIS QUE C'TAIT POSSIBLE, NE PLUS SE CONNATRE. JE TE CONNAIS TROP ENCORE. UN PEU TROP DE TOI, ME PERDRE.

    JE NE SAIS PAS SI CEST TOI QUI ME MANQUES,OU LA LIBERT EFFROYABLE, MA DOUCEUR FAVORITEQUAND JE QUITTAIS CE LIT, LA NUIT, QUE JE ME DROBAIS, NUE - CETTE SENSATION DEFFROI.

    CEST ENCORE LE GOT DE CETTE PLAGE.APRS LA MER, LES PEAUX SENTENT LE VIN GLAC.

    CE NTAIT PEUT-TRE PAS LA PLAGE. CTAIT PEUT-TRE AILLEURS. ET SI CTAIT AILLEURS, CE SERAIT TOUJOURS A, TOUJOURS CETTE MME CHOSE, DES LAMBEAUX DE VIE PARTANT SOUS NOS RESPIRATIONS.

    J'AI FAIT UN VOEU, HIER. JE VEUX QUE TU ME RECONNAISSES, ET QUE TU M'APPELLES MONA - AU - MILIEU - D'UNE - RUE.

    TOMMY, TU N'AS PAS DE RAISON DE PENSER. ET MOI JE N'AURAI PAS DE PENSE RAISONNABLE. JE SUIS LOVE COMME UNE CHATTE, DANS MA VIE CAPRICIEUSE.PARIS, MA CACHETTE - C'EST L QUE MON VOEU S'EXCUTE.IL NE FAUT PAS QUE LE TEMPS NOUS RECONNAISSE.

    TU ME RENCONTRERAS PAR HASARD.

  • L'atterrissage est moins violent chaque fois. Il prend got au son de l'air lacr, l'abri des flancs ouats du charter. La terre est l, dj. Tanger-Paris. Quelques heures de vol n'ont pas suffi l'en rapprocher. Il porte encore l'odeur de sa planque, abandonne sous le coup d'un vertige, sous le coup d'une lettre. Une lettre, dernier fragment de ce journal, qu'elle grne et marque son adresse, sous le sceau de chaque enveloppe. Celle-ci se distingue au milieu de toutes, palpable, et pourtant vacillante, comme s'il manquait le

    point final.

  • Il na pas le temps datteindre le lit. L'air musqu lenveloppe, s'levant des parois veloutes de l'htel, il sombre. Dj, un souvenir infime, une empreinte, se matrialise sous la trame de l'ombre. C'est l.

    Il se souvient vaguement. Un rve incomprhensible

    qui le quitte, entre lombre et la conscience. Elle arrive par spasmes, la vitesse du sang puls - srement, son parfum est irrcuprable. Un extrait fum qui lhabite encore,

  • Tu es dj parti,

    Je sais. Il est trange de se retrouver dans le vide. Ici, hier encore, ta vie stalait en un paysage intimement model. Tes formes, tes choses, dmises de lordre du visible, senlisent et se dmnent lintrieur de toi pour ne pas disparatre.

    Un souvenir tentte comme un mauvais par-fum, une absence acide : ce manque, plus rel que lespace dont tu as chass ta trace. Il ny a pas assez de a, ici. Un peu trop de toi. Pas assez de moi. La chambre claire vibre sous la clameur des objets per-dus. Elle reste leur cachette, leur royaume inson-dable. Tu les lui laisses, ces traces, ces inspirations dun espace, en gage de reconnaissance quatre murs qui en savent trop. Tu es sorti de ta bote, enfin.

    Maintenant quelle est dserte par toi, elle a retrouv la beaut de son genre, libre et crue, ou cette inestimable disponibilit. Cest cela, une maison ltat brut, un cur de bton que nimporte qui peut faire battre. En la quittant, tu apprcies ce sentiment de lui ter la vie, avant sa

    a