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Harry Potter à L'École des Sorciers Chapitre 1 Le survivant Mr et Mrs Dursley, qui habitaient au 4, Privet Drive, avaient toujours affirmé avec la plus grande fierté qu'ils étaient parfaitement normaux, merci pour eux. Jamais quiconque n'aurait imaginé qu'ils puissent se trouver impliqués dans quoi que ce soit d'étrange ou de mystérieux. Ils n'avaient pas de temps à perdre avec des sornettes. Mr Dursley dirigeait la Grunnings, une entreprise qui fabriquait des perceuses. C'était un homme grand et massif, qui n'avait pratiquement pas de cou, mais possédait en revanche une moustache de belle taille. Mrs Dursley, quant à elle, était mince et blonde et disposait d'un cou deux fois plus long que la moyenne, ce qui lui était fort utile pour espionner ses voisins en regardant par-dessus les clôtures des jardins. Les Dursley avaient un petit garçon prénommé Dudley et c'était à leurs yeux le plus bel enfant du monde. Les Dursley avaient tout ce qu'ils voulaient. La seule chose indésirable qu'ils possédaient, c'était un secret dont ils craignaient plus que tout qu'on le découvre un jour. Si jamais quiconque venait à entendre parler des Potter, ils étaient convaincus qu'ils ne s'en remettraient pas. Mrs Potter était la sœur de Mrs Dursley, mais toutes deux ne s'étaient plus revues depuis des années. En fait, Mrs Dursley faisait comme si elle était fille unique, car sa sœur et son bon à rien de mari étaient aussi éloignés que possible de tout ce qui faisait un Dursley. Les Dursley tremblaient d'épouvante à la pensée de ce que diraient les voisins si par malheur les Potter se montraient dans leur rue. Ils savaient que les Potter, eux aussi, avaient un petit garçon, mais ils ne l'avaient jamais vu. Son existence constituait une raison supplémentaire de tenir les Potter à distance: il n'était pas question que le petit Dudley se mette à fréquenter un enfant comme celui-là. Lorsque Mr et Mrs Dursley s'éveillèrent, au matin du mardi où commence cette histoire, il faisait gris et triste et rien dans le ciel nuageux ne laissait prévoir que des choses étranges et mystérieuses allaient bientôt se produire dans tout le pays. Mr Dursley fredonnait un air en nouant sa cravate la plus sinistre pour aller travailler et Mrs Dursley racontait d'un ton badin les derniers potins du quartier en s'efforçant d'installer sur sa chaise de bébé le jeune Dudley qui braillait de toute la force de ses poumons. Aucun d'eux ne remarqua le gros hibou au plumage mordoré qui voleta devant la fenêtre. A huit heures et demie, Mr Dursley prit son attaché-case, déposa un baiser sur la joue de Mrs Dursley et essaya d'embrasser Dudley, mais sans succès, car celui-ci était en proie à une petite crise de colère et s'appliquait à jeter contre les murs de la pièce le contenu de son assiette de céréales. —Sacré petit bonhomme, gloussa Mr Dursley en quittant la maison. Il monta dans sa voiture et recula le long de l'allée qui menait à sa maison.

Author: nguyenhanh

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  • Harry Potter L'cole des Sorciers Chapitre 1

    Le survivant Mr et Mrs Dursley, qui habitaient au 4, Privet Drive, avaient toujours affirm avec la plus grande fiert qu'ils taient parfaitement normaux, merci pour eux. Jamais quiconque n'aurait imagin qu'ils puissent se trouver impliqus dans quoi que ce soit d'trange ou de mystrieux. Ils n'avaient pas de temps perdre avec des sornettes.

    Mr Dursley dirigeait la Grunnings, une entreprise qui fabriquait des perceuses. C'tait un homme grand et massif, qui n'avait pratiquement pas de cou, mais possdait en revanche une moustache de belle taille. Mrs Dursley, quant elle, tait mince et blonde et disposait d'un cou deux fois plus long que la moyenne, ce qui lui tait fort utile pour espionner ses voisins en regardant par-dessus les cltures des jardins. Les Dursley avaient un petit garon prnomm Dudley et c'tait leurs yeux le plus bel enfant du monde.

    Les Dursley avaient tout ce qu'ils voulaient. La seule chose indsirable qu'ils possdaient, c'tait un secret dont ils craignaient plus que tout qu'on le dcouvre un jour. Si jamais quiconque venait entendre parler des Potter, ils taient convaincus qu'ils ne s'en remettraient pas. Mrs Potter tait la sur de Mrs Dursley, mais toutes deux ne s'taient plus revues depuis des annes. En fait, Mrs Dursley faisait comme si elle tait fille unique, car sa sur et son bon rien de mari taient aussi loigns que possible de tout ce qui faisait un Dursley. Les Dursley tremblaient d'pouvante la pense de ce que diraient les voisins si par malheur les Potter se montraient dans leur rue. Ils savaient que les Potter, eux aussi, avaient un petit garon, mais ils ne l'avaient jamais vu. Son existence constituait une raison supplmentaire de tenir les Potter distance: il n'tait pas question que le petit Dudley se mette frquenter un enfant comme celui-l.

    Lorsque Mr et Mrs Dursley s'veillrent, au matin du mardi o commence cette histoire, il faisait gris et triste et rien dans le ciel nuageux ne laissait prvoir que des choses tranges et mystrieuses allaient bientt se produire dans tout le pays. Mr Dursley fredonnait un air en nouant sa cravate la plus sinistre pour aller travailler et Mrs Dursley racontait d'un ton badin les derniers potins du quartier en s'efforant d'installer sur sa chaise de bb le jeune Dudley qui braillait de toute la force de ses poumons.

    Aucun d'eux ne remarqua le gros hibou au plumage mordor qui voleta devant la fentre.

    A huit heures et demie, Mr Dursley prit son attach-case, dposa un baiser sur la joue de Mrs Dursley et essaya d'embrasser Dudley, mais sans succs, car celui-ci tait en proie une petite crise de colre et s'appliquait jeter contre les murs de la pice le contenu de son assiette de crales.

    Sacr petit bonhomme, gloussa Mr Dursley en quittant la maison.

    Il monta dans sa voiture et recula le long de l'alle qui menait sa maison.

  • Ce fut au coin de la rue qu'il remarqua pour la premire fois un dtail insolite: un chat qui lisait une carte routire. Pendant un instant, Mr Dursley ne comprit pas trs bien ce qu'il venait de voir. Il tourna alors la tte pour regarder une deuxime fois. Il y avait bien un chat tigr, assis au coin de Privet Drive, mais pas la moindre trace de carte routire. Qu'est-ce qui avait bien pu lui passer par la tte ? Il avait d se laisser abuser par un reflet du soleil sur le trottoir. Mr Dursley cligna des yeux et regarda fixement le chat. Celui-ci soutint son regard. Tandis qu'il tournait le coin de la rue et s'engageait sur la route, Mr Dursley continua d'observer le chat dans son rtroviseur. L'animal tait en train de lire la plaque qui indiquait Privet Drive mais non, voyons, il ne lisait pas, il regardait la plaque. Les chats sont incapables de lire des cartes ou des criteaux. Mr Dursley se ressaisit et chassa le chat tigr de son esprit. Durant le trajet qui le menait vers la ville, il concentra ses penses sur la grosse commande de perceuses qu'il esprait obtenir ce jour-l.

    Mais lorsqu'il parvint aux abords de la ville quelque chose d'autre chassa les perceuses de sa tte. Assis au milieu des habituels embouteillages du matin, il fut bien forc de remarquer la prsence de plusieurs passants vtus d'une trange faon: ils portaient des capes. Mr Dursley ne supportait pas les gens qui s'habillaient d'une manire extravaganteles jeunes avaient parfois de ces accoutrements ! Il pensa qu'il s'agissait d'une nouvelle mode particulirement stupide. Il pianota sur le volant de sa voiture et son regard rencontra un groupe de ces olibrius qui se chuchotaient des choses l'oreille d'un air surexcit. Mr Dursley s'irrita en voyant que deux d'entre eux n'taient pas jeunes du tout. Cet homme, l-bas, tait srement plus g que lui, ce qui ne l'empchait pas de porter une cape vert meraude ! Quelle impudence ! Mr Dursley pensa alors qu'il devait y avoir une animation de rueces gens taient probablement l pour collecter de l'argent au profit d'une uvre quelconque. Ce ne pouvait tre que a. La file des voitures se remit en mouvement et quelques minutes plus tard, Mr Dursley se rangea dans le parking de la Grunnings. Les perceuses avaient repris leur place dans ses penses.

    Dans son bureau du huitime tage, Mr Dursley s'asseyait toujours dos la fentre. S'il en avait t autrement, il aurait sans doute eu un peu plus de mal que d'habitude se concentrer sur ses perceuses, ce matin-l. Il ne vit pas les hiboux qui volaient tire-d'aile en plein jour. Mais en bas, dans la rue, les passants, eux, les voyaient bel et bien. Bouche be, ils pointaient le doigt vers le ciel, tandis que les rapaces filaient au-dessus de leur tte. La plupart d'entre eux n'avaient jamais vu de hibou, mme la nuit. Mr Dursley, cependant, ne remarqua rien d'anormal et aucun hibou ne vint troubler sa matine. Il rprimanda vertement une demi-douzaine de ses employs, passa plusieurs coups de fil importants et poussa quelques hurlements supplmentaires. Il se sentit d'excellente humeur jusqu' l'heure du djeuner o il songea qu'il serait bon de se dgourdir un peu les jambes. Il traversa alors la rue pour aller s'acheter quelque chose manger chez le boulanger d'en face.

    Les passants vtus de capes lui taient compltement sortis de la tte, mais lorsqu'il en vit nouveau quelques-uns proximit de la boulangerie, il passa devant eux en leur lanant un regard courrouc. Il ignorait pourquoi, mais ils le mettaient mal l'aise. Ceux-l aussi chuchotaient d'un air surexcit et il ne vit pas la moindre bote destine rcolter de l'argent. Quand il sortit de la boutique avec un gros beignet envelopp dans un sac, il entendit quelques mots de leur conversation.

    Les Potter, c'est a, c'est ce que j'ai entendu dire...

    Oui, leur fils, Harry...

  • Mr Dursley s'immobilisa, envahi par une peur soudaine. Il tourna la tte vers les gens qui chuchotaient comme s'il s'apprtait leur dire quelque chose, mais il se ravisa.

    Il traversa la maison toute hte, se dpcha de remonter dans son bureau, ordonna d'un ton sec sa secrtaire de ne pas le dranger, saisit son tlphone et avait presque fini de composer le numro de sa maison lorsqu'il changea d'avis. Il reposa le combin et se caressa la moustache. Il rflchissait... non, dcidment, il tait idiot. Potter n'tait pas un nom si rare. On pouvait tre sr qu'un grand nombre de Potter avaient un fils prnomm Harry Et quand il y repensait, il n'tait mme pas certain que son neveu se prnomme vritablement Harry. Il n'avait mme jamais vu cet enfant. Aprs tout, il s'appelait peut-tre Harvey. Ou Harold. Il tait inutile d'inquiter Mrs Dursley pour si peu. Toute allusion sa sur la mettait dans un tel tat ! Et il ne pouvait pas lui en vouloir. Si lui-mme avait eu une sur comme celle-l... mais enfin quand mme, tous ces gens vtus de capes...

    Cet aprs-midi l, il lui fut beaucoup plus difficile de se concentrer sur ses perceuses et lorsqu'il quitta les bureaux cinq heures, il tait encore si proccup qu'il heurta quelqu'un devant la porte.

    Navr, grommela-t-il au vieil homme minuscule qu'il avait manqu de faire tomber.

    Il se passa quelques secondes avant que Mr Dursley se rende compte que l'homme portait une cape violette. Le fait d'avoir t ainsi bouscul ne semblait pas avoir affect son humeur. Au contraire, son visage se fendit d'un large sourire tandis qu'il rpondait d'une petite voix perante qui lui attira le regard des passants:

    Ne soyez pas navr, mon cher Monsieur. Rien aujourd'hui ne saurait me mettre en colre. Rjouissez-vous, puisque Vous-Savez-Qui a enfin disparu. Mme les Moldus comme vous devraient fter cet heureux, trs heureux jour !

    Le vieil homme prit alors Mr Dursley par la taille et le serra contre lui avant de poursuivre son chemin.

    Mr Dursley resta clou sur place. Quelqu'un qu'il n'avait jamais vu venait de le prendre dans ses bras. Et l'avait appel Moldu , ce qui n'avait aucun sens. Il en tait tout retourn et se dpcha de remonter dans sa voiture. Il prit alors le chemin de sa maison en esprant qu'il avait t victime de son imagination. C'tait bien la premire fois qu'il esprait une chose pareille, car il dtestait tout ce qui avait trait l'imagination.

    Lorsqu'il s'engagea dans l'alle du numro 4 de sa rue, la premire chose qu'il vitet qui n'amliora pas son humeurce fut le chat tigr qu'il avait dj remarqu le matin mme. A prsent, l'animal tait assis sur le mur de son jardin. Il tait sr qu'il s'agissait bien du mme chat. Il reconnaissait les dessins de son pelage autour des yeux.

    Allez, ouste ! s'exclama Mr Dursley.

    Le chat ne bougea pas. Il se contenta de le regarder d'un air svre. Mr Dursley se demanda si c'tait un comportement normal pour un chat. Essayant de reprendre contenance, il entra dans sa maison, toujours dcid ne rien rvler sa femme.

  • Mrs Dursley avait pass une journe agrable et parfaitement normale. Au cours du dner, elle lui raconta tous les problmes que la voisine d' ct avait avec sa fille et lui signala galement que Dudley avait appris un nouveau moi: Veux pas ! . Mr Dursley s'effora de se conduire le plus normalement du monde et aprs que Dudley eut t mis au lit, il s'installa dans le salon pour regarder la fin du journal tlvis.

    D'aprs des tmoignages venus de diverses rgions, il semblerait que les hiboux se soient comports d'une bien trange manire au cours de la journe, dit le prsentateur. Normalement, les hiboux sont des rapaces nocturnes qui attendent la nuit pour chasser leurs proies. Il est rare d'en voir en plein jour. Or, aujourd'hui, des centaines de tmoins ont vu ces oiseaux voler un peu partout depuis le lever du soleil. Les experts interrogs ont t incapables d'expliquer les raisons de ce changement de comportement pour le moins tonnant. Voil qui est bien mystrieux, conclut le prsentateur en s'autorisant un sourire. Et maintenant, voici venue l'heure de la mto, avec les prvisions de Jim McGuffin. Alors, Jim, est-ce qu'on doit s'attendre d'autres chutes de hiboux au cours de la nuit prochaine ?

    a, je serais bien incapable de vous le dire, Ted, rpondit l'homme de la mto, mais sachez en tout cas que les hiboux n'ont pas t les seuls se comporter d'une trange manire. Des tlspectateurs qui habitent dans des rgions aussi loignes les unes des autres que le Kent, le Yorkshire et la cte est de l'cosse m'ont tlphon pour me dire qu'au lieu des averses que j'avais prvues pour aujourd'hui, ils ont vu de vritables pluies d'toiles filantes ! Peut-tre s'agissait-il de feux de joie, bien que ce ne soit pas encore la saison. Quoi qu'il en soit, vous pouvez tre srs que le temps de la nuit prochaine sera trs humide.

    Mr Dursley se figea dans son fauteuil, Des pluies d'toiles filantes sur tout le pays ? Des hiboux qui volent en plein jour ? Des gens bizarres vtus de capes ? Et ces murmures, ces murmures sur les Potter...

    Mrs Dursley entra dans le salon avec deux tasses de th. Dcidment, il y avait quelque chose qui n'allait pas. Il fallait lui en parler. Mr Dursley, un peu nerveux, s'claircit la gorge.

    Euh... Ptunia, ma chrie, dit-il, tu n'as pas eu de nouvelles de ta sur rcemment ?

    Comme il s'y attendait, son pouse parut choque et furieuse. Elle faisait toujours semblant de ne pas avoir de sur.

    Non, rpondit-elle schement. Pourquoi ?

    Ils ont dit un truc bizarre la tl, grommela Mr Dursley. Des histoires de hiboux,.. d' toiles filantes... et il y avait tout un tas de gens qui avaient un drle d'air aujourd'hui.

    Et alors ? lana Mrs Dursley.

    Rien, je me disais que... peut-tre... a avait quelque chose voir avec... sa bande...

    Mrs Dursley retroussait les lvres en buvant son th petites gorges. Son mari se demanda s'il allait oser lui raconter qu'il avait entendu prononcer le nom de Potter . Il prfra s'en abstenir. D'un air aussi dtach que possible, il dit:

    Leur fils... Il a peu prs le mme ge que Dudley, non ?

  • J'imagine, rpliqua Mrs Dursley avec raideur.

    Comment s'appelle-t-il, dj ? Howard, c'est a ?

    Harry. Un nom trs ordinaire, trs dsagrable, si tu veux mon avis.

    Ah oui, rpondit Mr Dursley en sentant son cur s'arrter. Oui, je suis d'accord avec toi.

    Il ne dit pas un moi de plus ce sujet tandis qu'ils montaient l'escalier pour aller se coucher. Pendant que Mrs Dursley tait dans la salle de bains, Mr Dursley se glissa vers la fentre de la chambre et jeta un coup d'il dans le jardin. Le chat tait toujours l. Il regardait dans la rue comme s'il attendait quelqu'un.

    Mr Dursley imaginait-il des choses ? Tout cela avait-il un lien avec les Potter ? Si c'tait le cas... S'il s'avrait qu'ils taient parents avec des... Non, il ne pourrait jamais le supporter,

    Les Dursley se mirent au lit. Mrs Dursley s'endormit trs vite mais son mari resta veill, retournant dans sa tte les vnements de la journe. La seule pense qui le consola avant de sombrer enfin dans le sommeil, ce fut que mme si les Potter avaient vraiment quelque chose voir avec ce qui s'tait pass, il n'y avait aucune raison pour que lui et sa femme en subissent les consquences. Les Potter savaient parfaitement ce que Ptunia et lui pensaient des gens de leur espce... Et il ne voyait pas comment tous deux pourraient tre mls ces histoires. Il billa et se retourna. Rien de tout cela ne pouvait les affecter.

    Et il avait grand tort de penser ainsi.

    Tandis que Mr Dursley se laissait emporter dans un sommeil quelque peu agit, le chat sur le mur, lui, ne montrait aucun signe de somnolence. Il restait assis, immobile comme une statue, fixant de ses yeux grands ouverts le coin de Privet Drive. Il n'eut pas la moindre raction lorsqu'une portire de voiture claqua dans la rue voisine, ni quand deux hiboux passrent au-dessus de sa tte. Il tait presque minuit quand il bougea enfin.

    Un homme apparut l'angle de la rue que le chat avait observ pendant tout ce temps. Il apparut si soudainement et dans un tel silence qu'il semblait avoir jailli du sol. La queue du chat frmit, ses yeux se rtrcirent.

    On n'avait encore jamais vu dans Privet Drive quelque chose qui ressemblt cet homme. Il tait grand, mince et trs vieux, en juger par la couleur argente de ses cheveux et de sa barbe qui lui descendaient jusqu' la taille. Il tait vtu d'une longue robe, d'une cape violette qui balayait le sol et chauss de bottes hauts talons munies de boucles. Ses yeux bleus et brillants tincelaient derrire des lunettes en demi-lune et son long nez crochu donnait l'impression d'avoir t cass au moins deux fois. Cet homme s'appelait Albus Dumbledore.

    Albus Dumbledore n'avait pas l'air de se rendre compte qu'il venait d'arriver dans une rue o tout en lui, depuis son nom jusqu' ses bottes, ne pouvait tre qu'indsirable. Il tait occup chercher quelque chose dans sa longue cape, mais sembla s'apercevoir qu'il tait observ, car il leva brusquement les yeux vers le chat qui avait toujours le regard fix sur lui l'autre bout de la rue. Pour une raison quelconque, la vue du chat parut l'amuser. Il eut un petit rire et marmonna:

  • J'aurais d m'en douter.

    Il avait trouv ce qu'il cherchait dans une poche intrieure, Apparemment, il s'agissait d'un briquet en argent. Il en releva le capuchon, le tendit au-dessus de sa tte et l'alluma. Le rverbre le plus proche s'teignit alors avec un petit claquement. L'homme alluma nouveau le briquet : le rverbre suivant s'teignit son tour. Douze fois, il actionna ainsi l'teignoir jusqu' ce qu'il ne reste plus aucune lumire dans la rue, part deux points minuscules qui brillaient au loin: c'taient les yeux du chat, toujours fixs sur lui. Quiconque aurait regard par une fentre en cet instant, mme Mrs Dursley et ses petits yeux perants, aurait t incapable de voir le moindre dtail de ce qui se passait dans la rue. Dumbledore rangea son teignoir dans la poche de sa cape et marcha en direction du numro 4. Lorsqu'il y fut parvenu, il s'assit sur le muret, ct du chat. Il ne lui accorda pas un regard, mais aprs un moment de silence, il lui parla:

    C'est amusant de vous voir ici, professeur McGonagall, dit-il.

    Il tourna la tte pour adresser un sourire au chat tigr, mais celui-ci avait disparu. Dumbledore souriait prsent une femme d'allure svre avec des lunettes carres qui avaient exactement la mme forme que les motifs autour des yeux du chat. Elle aussi portait une cape, d'un vert meraude. Ses cheveux taient tirs en un chignon serr et elle avait l'air singulirement agace.

    Comment avez-vous su que c'tait moi ? demanda-t-elle.

    Mon cher professeur, je n'ai jamais vu un chat se tenir d'une manire aussi raide.

    Vous aussi, vous seriez un peu raide si vous restiez assis toute une journe sur un mur de briques, rpondit le professeur McGonagall.

    Toute la journe ? Alors que vous auriez pu clbrer l'vnement avec les autres ? En venant ici, j'ai d voir une bonne douzaine de ftes et de banquets.

    Le professeur McGonagall renifla d'un air courrouc.

    Oui, oui, je sais, tout le monde fait la fte, dit-elle avec agacement. On aurait pu penser qu'ils seraient plus prudents, mais non, pas du tout ! Mme les Moldus ont remarqu qu'il se passait quelque chose. Ils en ont parl aux nouvelles.

    Elle montra d'un signe de tte la fentre du salon des Dursley, plong dans l'obscurit.

    Je l'ai entendu moi-mme. Ils ont signal des vols de hiboux... des pluies d'toiles filantes... Les Moldus ne sont pas compltement idiots. Il tait invitable qu'ils s'en aperoivent. Des toiles filantes dans le Kent ! Je parie que c'est encore un coup de Dedalus Diggle. Il n'a jamais eu beaucoup de jugeote.

    On ne peut pas leur en vouloir, dit Dumbledore avec douceur Nous n'avons pas eu grand-chose clbrer depuis onze ans.

    Je sais, rpliqua le professeur McGonagall d'un ton svre, mais ce n'est pas une raison pour perdre la tte. Tous ces gens ont t d'une imprudence folle. Se promener dans les rues

  • en plein jour, s'changer les dernires nouvelles sans mme prendre la prcaution de s'habiller comme des Moldus !

    Elle lana un regard oblique et perant Dumbledore, comme si elle esprait qu'il allait dire quelque chose, mais il garda le silence.

    Nous serions dans de beaux draps, reprit-elle alors, si le jour o Vous-Savez-Qui semble enfin avoir disparu, les Moldus s'apercevaient de notre existence. J'imagine qu'il a vraiment disparu, n'est-ce pas, Dumbledore ?

    Il semble qu'il en soit ainsi, en effet, assura Dumbledore. Et nous avons tout lieu de nous en fliciter. Que diriez-vous d'un esquimau au citron ?

    Un quoi ?

    Un esquimau au citron. C'est une friandise que fabriquent les Moldus et je dois dire que c'est plutt bon.

    Merci, pas pour moi, rpondit froidement le professeur McGonagall qui semblait estimer que le moment n'tait pas venu de manger des glaces au citron. Je vous disais donc que mme si Vous-Savez-Qui est vraiment parti...

    Mon cher professeur, quelqu'un d'aussi raisonnable que vous ne devrait pas hsiter prononcer son nom, ne croyez-vous pas ? Cette faon de dire tout le temps Vous-Savez-Qui n'a aucun sens. Pendant onze ans, j'ai essay de convaincre les gens de l'appeler par son nom: Voldemort.

    Le professeur McGonagall fit une grimace, mais Dumbledore qui avait sorti deux esquimaux au citron ne parut pas le remarquer.

    Si nous continuons dire Vous-Savez-Qui , nous allons finir par crer la confusion. Je ne vois aucune raison d'avoir peur de prononcer le nom de Voldemort.

    Je sais bien que vous n'en voyez pas, rpliqua le professeur McGonagall qui semblait moiti exaspre, moiti admirative. Mais, vous, vous tes diffrent des autres. Tout le monde sait que vous tes le seul avoir jamais fait peur Vous-Savez-Qui... ou Voldemort, si vous y tenez.

    Vous me flattez, dit Dumbledore d'une voix tranquille. Voldemort dispose de pouvoirs que je n'ai jamais eus.

    C'est simplement parce que vous avez trop de... disons de noblesse pour en faire usage.

    Heureusement qu'il fait nuit. Je n'ai jamais autant rougi depuis le jour o Madame Pomfresh m'a dit qu'elle trouvait mes nouveaux cache-oreilles ravissants.

    Le professeur McGonagall lana un regard perant Dumbledore.

    Les hiboux, ce n'est rien compar aux rumeurs qui circulent, dclara-t-elle. Vous savez ce que tout le monde dit sur les raisons de sa disparition ? Ce qui a fini par l'arrter ?

  • Apparemment, le professeur McGonagall venait d'aborder le sujet qui lui tenait le plus cur, la vritable raison qui l'avait dcide attendre toute la journe, assise sur un mur glacial. Car jamais un chat ni une femme n'avait fix Dumbledore d'un regard aussi pntrant que celui du professeur en cet instant. A l'vidence, elle n'avait pas l'intention de croire ce que tout le monde disait tant que Dumbledore ne lui aurait pas confirme qu'il s'agissait bien de la vrit. Dumbledore, cependant, tait occup choisir un autre esquimau et ne lui rpondit pas.

    Ce qu'ils disent, poursuivit le professeur, c'est que Voldemort est venu hier soir Godric's Hollow pour y chercher les Potter. D'aprs la rumeur, Lily et James Potter sont... enfin, on dit qu'ils sont... morts...

    Dumbledore inclina la tte. Le professeur McGonagall avait du mal reprendre sa respiration.

    Lily et James... Je n'arrive pas y croire... Je ne voulais pas l'admettre... Oh, Albus...

    Dumbledore tendit la main et lui tapota l'paule.

    Je sais... Je sais... dit-il gravement.

    Et ce n'est pas tout, reprit le professeur McGonagall d'une voix tremblante. On dit qu'il a essay de tuer Harry, le fils des Potter. Mais il en a t incapable. Il n'a pas russi supprimer ce bambin. Personne ne sait pourquoi ni comment, mais tout le monde raconte que lorsqu'il a essay de tuer Harry Potter sans y parvenir, le pouvoir de Voldemort s'est bris, pour ainsi direet c'est pour a qu'il a... disparu.

    Dumbledore hocha la tte d'un air sombre.

    C'est... c'est vrai ? bredouilla le professeur McGonagall. Aprs tout ce qu'il a fait.. tous les gens qu'il a tus ... il n'a pas russi tuer un petit garon ? C'est stupfiant ... rien d'autre n'avait pu l'arrter... mais, au nom du ciel, comment se fait-il que Harry ait pu survivre ?

    On ne peut faire que des suppositions, rpondit Dumbledore. On ne saura peut-tre jamais.

    Le professeur McGonagall sortit un mouchoir en dentelle et s'essuya les yeux sous ses lunettes. Dumbledore inspira longuement en prenant dans sa poche une montre en or qu'il consulta. C'tait une montre trs trange. Elle avait douze aiguilles, mais pas de chiffres. A la place, il y avait des petites plantes qui tournaient au bord du cadran. Tout cela devait avoir un sens pour Dumbledore car il remit la montre dans sa poche en disant:

    Hagrid est en retard. Au fait, j'imagine que c'est lui qui vous a dit que je serais ici ?

    Oui, admit le professeur McGonagall, et je suppose que vous n'avez pas l'intention de me dire pour quelle raison vous tes venu dans cet endroit prcis ?

    Je suis venu confier Harry sa tante et son oncle. C'est la seule famille qui lui reste dsormais.

    Vous voulez dire... non, ce n'est pas possible ! Pas les gens qui habitent dans cette maison ! s'cria le professeur McGonagall en se levant d'un bond, le doigt point sur le numro 4 de la rue. Dumbledore... vous ne pouvez pas faire une chose pareille ! Je les ai observs toute la

  • journe. On ne peut pas imaginer des gens plus diffrents de nous. En plus, ils ont un fils... je l'ai vu donner des coups de pied sa mre tout au long de la rue en hurlant pour rclamer des bonbons. Harry Potter, venir vivre ici !

    C'est le meilleur endroit pour lui, rpliqua Dumbledore d'un ton ferme. Son oncle et sa tante lui expliqueront tout quand il sera plus grand. Je leur ai crit une lettre.

    Une lettre ? rpta le professeur McGonagall d'une voix teinte en se rasseyant sur le muret. Dumbledore, vous croyez vraiment qu'il est possible d'expliquer tout cela dans une lettre ? Des gens pareils seront incapables de comprendre ce garon ! Il va devenir clbreune vritable lgende vivanteje ne serais pas tonne que la date d'aujourd'hui devienne dans l'avenir la fte de Harry Potter. On crira des livres sur lui. Tous les enfants de notre monde connatront son nom !

    C'est vrai, dit Dumbledore en la regardant d'un air trs srieux par-dessus ses lunettes en demi-lune. Il y aurait de quoi tourner la tte de n'importe quel enfant. tre clbre avant mme d'avoir appris marcher et parler ! Clbre pour quelque chose dont il ne sera mme pas capable de se souvenir ! Ne comprenez-vous pas qu'il vaut beaucoup mieux pour lui qu'il grandisse l'cart de tout cela jusqu' ce qu'il soit prt l'assumer ?

    Le professeur McGonagall ouvrit la bouche. Elle parut changer d'avis, avala sa salive et rpondit:

    Oui... Oui, bien sr, vous avez raison. Mais comment l'enfant va-t-il arriver jusqu'ici, Dumbledore ?

    Elle regarda soudain sa cape comme si elle pensait que Harry tait peut-tre cach dessous.

    C'est Hagrid qui doit l'amener, dit Dumbledore.

    Et vous croyez qu'il est... sage de confier une tche importante Hagrid ?

    Je confierais ma propre vie Hagrid, assura Dumbledore.

    Je ne dis pas qu'il manque de cur, rpondit le professeur McGonagall avec rticence, mais reconnaissez qu'il est passablement ngligent. Il a tendance ... Qu'est-ce que c'est que a ?

    Un grondement sourd avait bris le silence de la nuit. Le bruit augmenta d'intensit tandis qu'ils scrutaient la rue des deux cts pour essayer d'apercevoir la lueur d'un phare. Le grondement se transforma en ptarade au-dessus de leur tte. Ils levrent alors les yeux et virent une norme moto tomber du ciel et atterrir devant eux sur la chausse.

    La moto tait norme, mais ce n'tait rien compar l'homme qui tait assis dessus. Il tait peu prs deux fois plus grand que la moyenne et au moins cinq fois plus large. Il tait mme tellement grand qu'on avait peine le croire. On aurait dit un sauvage, avec ses longs cheveux noirs en broussaille, sa barbe qui cachait presque entirement son visage, ses mains de la taille d'un couvercle de poubelle et ses pieds chausss de bottes en cuir qui avaient l'air de bbs dauphins. L'homme tenait un tas de couvertures dans ses immenses bras musculeux.

  • Hagrid, dit Dumbledore avec soulagement. Vous voil enfin. O avez-vous dnich cette moto ?

    L'ai emprunte, professeur Dumbledore, Monsieur, rpondit le gant en descendant avec prcaution de la moto. C'est le jeune Sirius Black qui me l'a prte. a y est, j'ai russi vous l'amener, Monsieur.

    Vous n'avez pas eu de problmes ?

    Non, Monsieur. La maison tait presque entirement dtruite mais je me suis dbrouill pour le sortir de l avant que les Moldus commencent rappliquer. Il s'est endormi quand on a survol Bristol.

    Dumbledore et le professeur McGonagall se penchrent sur le tas de couvertures. A l'intrieur, peine visible, un bb dormait profondment. Sous une touffe de cheveux d'un noir de jais, ils distingurent sur son front une trange coupure en forme d'clair.

    C'est l que ?... murmura le professeur McGonagall.

    Oui, rpondit Dumbledore. Il gardera cette cicatrice tout jamais.

    Vous ne pourriez pas arranger a, Dumbledore ?

    Mme si je le pouvais, je ne le ferais pas. Les cicatrices sont parfois utiles. Moi-mme, j'en ai une au-dessus du genou gauche, qui reprsente le plan exact du mtro de Londres. Donnez-le-moi, Hagrid, il est temps de faire ce qu'il faut.

    Dumbledore prit Harry dans ses bras et se tourna vers la maison des Dursley.

    Est-ce que... est-ce que je pourrais lui dire au revoir, Monsieur ? demanda Hagrid.

    Il pencha sa grosse tte hirsute vers Harry et lui donna un baiser qui devait tre singulirement piquant et rpeux. Puis, soudain, Hagrid laissa chapper un long hurlement de chien bless.

    Chut ! siffla le professeur McGonagall. Vous allez rveiller les Moldus !

    D... dsol, sanglota Hagrid en sortant de sa poche un grand mouchoir pois dans lequel il enfouit son visage, mais je... je n'arrive pas m'y faire... Lily et James qui meurent et ce pauvre petit Harry qui va aller vivre avec les Moldus...

    Oui, je sais, c'est trs triste, mais ressaisissez-vous, Hagrid, sinon, nous allons nous faire reprer, chuchota le professeur McGonagall en tapotant doucement le bras de Hagrid tandis que Dumbledore enjambait le muret du jardin et s'avanait vers l'entre de la maison.

    Avec prcaution, il dposa Harry devant la porte, sortit une lettre de sa cape, la glissa entre les couvertures, puis revint vers les deux autres. Pendant un long moment, tous trois restrent immobiles, cte cte, contempler le petit tas de couvertures. Les paules de Hagrid tremblrent, le professeur McGonagall battit des paupires avec frnsie et la lueur qui brillait habituellement dans le regard de Dumbledore sembla s'teindre.

  • Eh bien voil, dit enfin Dumbledore. Il est inutile de rester ici. Autant rejoindre les autres pour faire la fte.

    Oui, dit Hagrid d'une voix touffe. Je vais aller rendre sa moto Sirius. Bonne nuit, professeur McGonagall, bonne nuit, professeur Dumbledore, Monsieur.

    Essuyant d'un revers de manche ses yeux ruisselants de larmes, Hagrid enfourcha la moto et mit le moteur en route. Dans un vrombissement, la moto s'leva dans les airs et disparut dans la nuit.

    A bientt, j'imagine, professeur McGonagall, dit Dumbledore avec un signe de tte.

    Pour toute rponse, le professeur McGonagall se moucha.

    Dumbledore fit volte-face et s'loigna le long de la rue. Il s'arrta au coin et reprit dans sa poche l'teignoir d'argent. Il l'actionna une seule fois et une douzaine de boules lumineuses regagnrent aussitt les rverbres. Privet Drive fut soudain baign d'une lumire orange et Dumbledore distingua la silhouette d'un chat tigr qui tournait l'angle de la rue. Il aperut galement le tas de couvertures devant la porte du numro 4.

    Bonne chance, Harry, murmura-t-il.

    Il se retourna et disparut dans un bruissement de cape.

    Une brise agitait les haies bien tailles de Privet Drive. La rue tait propre et silencieuse sous le ciel d'encre. Jamais on n'aurait imagin que des vnements extraordinaires puissent se drouler dans un tel endroit. Harry Potter se retourna sous ses couvertures sans se rveiller. Sa petite main se referma sur la lettre pose ct de lui et il continua de dormir sans savoir qu'il tait un tre exceptionnel, sans savoir qu'il tait dj clbre, sans savoir non plus que dans quelques heures, il serait rveille par le cri de Mrs Dursley qui ouvrirait la porte pour sortir les bouteilles de lait et que pendant des semaines, il serait piqu et pinc par son cousin Dudley... Il ne savait pas davantage qu'en ce moment mme, des gens s'taient rassembls en secret dans tout le pays et qu'ils levaient leur verre en murmurant: A la sant de Harry Potter. Le survivant !

    Chapitre 2

    Une vitre disparat Il s'tait pass prs de dix ans depuis que les Dursley avaient trouv au saut du lit leur neveu devant la porte, mais Privet Drive n'avait quasiment pas chang. Ce jour-l, le soleil se leva sur les mmes petits jardins proprets en faisant tinceler la plaque de cuivre qui portait le numro 4, l'entre de la maison des Dursley. La lumire du matin s'infiltra dans un living-room exactement semblable, quelques dtails prs, celui o Mr Dursley avait appris par la tlvision le fameux vol des hiboux, de sinistre mmoire. Seules les photos exhibes sur le manteau de la chemine donnaient une ide du temps qui s'tait coul depuis cette date. Dix ans plus tt, on distinguait sur les nombreux clichs exposs quelque chose qui ressemblait

  • un gros ballon rose coiff de bonnets pompons de diffrentes couleurs. Mais Dudley Dursley n'tait plus un bb et prsent, les photos montraient un gros garon blond sur son premier vlo, sur un mange de fte foraine, devant un ordinateur en compagnie de son pre ou serr dans les bras de sa mre qui le couvrait de baisers. Rien dans la pice ne laissait deviner qu'un autre petit garon habitait la mme maison.

    Et pourtant, Harry Potter tait toujours l, encore endormi pour le moment, mais plus pour longtemps. Car sa tante Ptunia tait bien rveille et ce fut sa voix perante qui rompit pour la premire fois le silence du matin.

    Allez, debout ! Immdiatement !

    Harry se rveilla en sursaut. Sa tante tambourina la porte.

    Vite, debout ! hurla-t-elle de sa voix suraigu.

    Harry l'entendit s'loigner vers la cuisine et poser une pole sur la cuisinire. Il se tourna sur le dos et essaya de se rappeler le rve qu'il tait en train de faire. C'tait un beau rve, avec une moto qui volait, et il eut l'trange impression d'avoir dj fait le mme rve auparavant.

    Sa tante tait revenue derrire la porte.

    a y est ? Tu es lev ? demanda-t-elle.

    Presque, rpondit Harry.

    Allez, dpche-toi, je veux que tu surveilles le bacon. Ne le laisse surtout pas brler. Tout doit tre absolument parfait le jour de l'anniversaire de Dudley.

    Harry tait un grognement.

    Qu'est-ce que tu dis ? glapit sa tante derrire la porte.

    Rien, rien...

    L'anniversaire de Dudley ! Comment avait-il pu l'oublier ? Harry se glissa lentement hors du lit et chercha ses chaussettes. Il en trouva une paire sous le lit, et aprs avoir chass l'araigne qui s'tait installe dans l'une d'elles, il les enfila. Harry tait habitu aux araignes. Le placard sous l'escalier en tait plein. Or, c'tait l qu'il dormait.

    Lorsqu'il eut fini de s'habiller, il sortit dans le couloir et alla dans la cuisine. La table avait presque entirement disparu sous une montagne de cadeaux. Apparemment, Dudley avait eu le nouvel ordinateur qu'il dsirait tant, sans parler de la deuxime tlvision et du vlo de course. La raison pour laquelle Dudley voulait un vlo de course restait mystrieuse aux yeux de Harry, car Dudley tait trs gros et dtestait faire du sportsauf bien sr lorsqu'il s'agissait de boxer quelqu'un. Son punching-ball prfr, c'tait Harry, mais il tait rare qu'il parvienne l'attraper. Mme s'il n'en avait pas l'air, Harry tait trs rapide.

    Peut-tre tait-ce parce qu'il vivait dans un placard, en tout cas, Harry avait toujours t petit et maigre pour son ge. Il paraissait d'autant plus petit et maigre qu'il tait oblig de porter les

  • vieux vtements de Dudley qui tait peu prs quatre fois plus gros que lui. Harry avait un visage mince, des genoux noueux, des cheveux noirs et des yeux d'un vert brillant. Il portait des lunettes rondes qu'il avait fallu rafistoler avec du papier collant cause des nombreux coups de poing que Dudley lui avait donns sur le nez. La seule chose que Harry aimait bien dans son apparence physique, c'tait la fine cicatrice qu'il portait sur le front et qui avait la forme d'un clair. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il avait toujours eu cette cicatrice et la premire question qu'il se rappelait avoir pose sa tante Ptunia, c'tait: comment lui tait-elle venue ?

    Dans l'accident de voiture qui a tu tes parents, avait-elle rpondu. Et ne pose pas de questions.

    Ne pose pas de questions c'tait la premire rgle observer si l'on voulait vivre tranquille avec les Dursley.

    L'oncle Vernon entra dans la cuisine au moment o Harry retournait les tranches de bacon dans la pole.

    Va te peigner ! aboya Mr Dursley en guise de bonjour.

    Une fois par semaine environ, l'oncle Vernon levait les yeux de son journal pour crier haut et fort que Harry avait besoin de se faire couper les cheveux. Harry s'tait fait couper les cheveux plus souvent que tous ses camarades de classe runis, mais on ne voyait pas la diffrence, ils continuaient pousser leur guisec'est--dire dans tous les sens.

    Harry tait en train de faire cuire les ufs au plat lorsque Dudley arriva dans la cuisine en compagnie de sa mre, Dudley ressemblait beaucoup l'oncle Vernon. Il avait une grosse figure rose, un cou presque inexistant, de petits yeux bleus humides et d'pais cheveux blonds qui s'talaient au sommet de sa tte paisse et grasse. La tante Ptunia disait souvent que Dudley avait l'air d'un chrubinet Harry disait souvent qu'il avait l'air d'un cochon avec une perruque.

    Harry essaya de disposer sur la table les assiettes remplies d'ufs au bacon, ce qui n'tait pas facile en raison du peu de place qui restait. Pendant ce temps, Dudley comptait ses cadeaux. Lorsqu'il eut termin, ses joues s'affaissrent.

    Trente-six, dit-il en levant les yeux vers ses parents. a fait deux de moins que l'anne dernire.

    Mon petit chri, tu n'as pas compt le cadeau de la tante Marge, regarde, il est l, sous ce gros paquet que Papa et Maman t'ont offert.

    D'accord, a fait trente-sept, dit Dudley qui commenait devenir tout rouge.

    Harry, qui sentait venir une de ces grosses colres dont Dudley avait le secret, s'empressa d'engloutir ses ufs au bacon avant que l'ide vienne son cousin de renverser la table. De toute vidence, la tante Ptunia avait galement senti le danger.

  • Et nous allons encore t'acheter deux autres cadeaux, dit-elle prcipitamment, quand nous sortirons tout l'heure. Qu'est-ce que tu en dis, mon petit agneau ? Deux autres cadeaux. a te va ?

    Dudley rflchit un bon moment. Apparemment, c'tait un exercice difficile. Enfin, il dit lentement:

    Donc, j'en aurai trente... trente...

    Trente-neuf, mon canard ador, dit la tante Ptunia.

    Bon, dans ce cas, a va,

    Dudley se laissa tomber lourdement sur une chaise et attrapa le paquet le plus proche.

    L'oncle Vernon eut un petit rire.

    Le petit bonhomme en veut pour son argent, comme son pre. C'est trs bien, Dudley ! dit-il en bouriffant les cheveux de son fils.

    A ce moment, le tlphone sonna et la tante Ptunia alla rpondre pendant que Harry et l'oncle Vernon regardaient Dudley dballer le vlo de course, un camscope, un avion radio-command, seize nouveaux jeux vido et un magntoscope. Il tait occup dchirer le papier qui enveloppait une montre en or lorsque la tante Ptunia revint dans la cuisine, l'air la fois furieux et inquiet.

    Mauvaise nouvelle, Vernon. Mrs Figg s'est cass une jambe. Elle ne pourra pas le prendre, dit-elle en montrant Harry d'un signe de tte.

    Horrifi, Dudley resta bouche be. Harry, lui, sentit son cur bondir de joie. Chaque anne, le jour de l'anniversaire de Dudley, ses parents l'emmenaient avec un ami dans des parcs d'attractions, au cinma ou dans des fast-foods o il pouvait se gaver de hamburgers. Et chaque anne, on confiait Harry Mrs Figg, une vieille folle qui habitait un peu plus loin. Harry dtestait aller l-bas. Toute la maison sentait le chou et Mrs Figg passait son temps lui montrer les photos de tous les chats qu'elle avait eus.

    C'est malin ! dit la tante Ptunia en jetant un regard furieux Harry comme si c'tait lui qui tait responsable de la situation.

    Harry savait bien qu'il aurait d prouver un peu de compassion pour cette pauvre Mrs Figg, mais ce n'tait pas facile, car il pensait surtout qu'il s'coulerait encore une anne entire avant qu'il soit oblig de regarder nouveau les photos de Pompom, Patounet, Mistigri et Mignonnette.

    On pourrait peut-tre tlphoner Marge, suggra l'oncle Vernon.

    Ne dis pas de btises, Vernon, tu sais bien qu'elle dteste cet enfant.

  • Les Dursley parlaient souvent de Harry de cette faon, en faisant comme s'il n'tait pas lou plutt comme s'il tait un tre dgotant, une sorte de limace incapable de comprendre ce qu'ils disaient.

    Et ton amie... comment s'appelle-t-elle dj ? Ah oui, Yvonne...

    Elle est en vacances Majorque, rpliqua schement la tante Ptunia.

    Vous n'avez qu' me laisser ici, intervint Harry plein d'espoir.

    Pour une fois, il pourrait regarder ce qu'il voudrait la tlvision et peut-tre mme essayer l'ordinateur de Dudley.

    On aurait dit que la tante Ptunia venait d'avaler un citron entier.

    C'est a, grina-t-elle, et quand nous reviendrons, la maison sera en ruine ?

    Je ne ferai pas sauter la maison, assura Harry, mais ils ne l'coutaient plus.

    Nous pourrions peut-tre l'emmener au zoo, dit la tante Ptunia, et le laisser dans la voiture en nous attendant.

    La voiture est toute neuve, pas question de le laisser tout seul dedans, trancha Mr Dursley.

    Dudley se mit pleurer bruyamment. En fait, il ne pleurait pas pour de bon. Il y avait des annes qu'il ne versait plus de vraies larmes, mais il savait que ds qu'il commenait se tordre le visage en gmissant, sa mre tait prte lui accorder tout ce qu'il voulait.

    Mon Dudlynouchet ador, ne pleure pas. Maman ne va pas le laisser gcher ta plus belle journe, s'cria Mrs Dursley en le serrant dans ses bras.

    Je... veux... pas... qu'il... vienne ! hurla Dudley d'une voix secoue de faux sanglots. Il gche... toujours tout !

    Dudley adressa alors Harry un horrible sourire entre les bras de sa mre.

    Au mme moment, la sonnette de la porte d'entre retentit,

    Oh, mon Dieu, les voil ! dit prcipitamment la tante Ptunia.

    Un instant plus tard, Piers Polkiss, le meilleur ami de Dudley, entra dans la maison en compagnie de sa mre. Piers tait un garon efflanqu avec une tte de rat. Quand Dudley tapait sur quelqu'un, c'tait toujours lui qui tenait par-derrire les mains de la victime, pour l'empcher de se dfendre. Dudley cessa aussitt sa comdie.

    Une demi-heure plus tard, Harry, qui n'en croyait pas sa chance, tait assis l'arrire de la voiture des Dursley, en compagnie de Piers et Dudley. Pour la premire fois de sa vie, il allait visiter le zoo. Son oncle et sa tante n'avaient pas trouv d'autre solution que de l'emmener avec eux, mais avant de partir, l'oncle Vernon avait pris Harry part.

  • Je te prviens, avait-il dit, sa grosse figure rouge tout contre le visage de Harry, je te prviens que s'il se produit la moindre chose bizarre, tu ne sortiras pas de ce placard avant Nol.

    Je ne ferai rien, assura Harry c'est promis.

    Mais l'oncle Vernon ne le croyait pas. Personne ne le croyait jamais.

    Le problme, c'tait qu'il se passait souvent des choses tranges autour de Harry et les Dursley refusaient de croire qu'il n'y tait pour rien.

    Un jour, la tante Ptunia, fatigue de voir Harry sortir de chez le coiffeur avec la mme tte que s'il n'y tait pas all du tout, avait pris une paire de gros ciseaux et lui avait coup les cheveux si court qu'il en tait devenu presque chauve. Elle n'avait laiss qu'une frange pour cacher cette horrible cicatrice . Dudley s'tait croul de rire en voyant le rsultat et Harry n'avait pas pu dormir de la nuit en imaginant ce qui allait se passer le lendemain l'cole, o dj on se moquait de ses vtements trop grands et de ses lunettes rafistoles au papier collant. Au matin, cependant, il s'tait aperu que ses cheveux avaient repousse tels qu'ils taient avant que la tante Ptunia ne les coupe. Il avait t puni d'une semaine de placard sans sortir, malgr tous ses efforts pour essayer de leur faire admettre qu'il ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer.

    Une autre fois, la tante Ptunia avait voulu le forcer mettre un vieux pull de Dudley (une horreur marron avec des pompons orange), mais plus elle essayait de lui faire passer la tte l'intrieur du pull, plus celui-ci rapetissait. Finalement, il s'tait trouv rduit la taille d'un gant de poupe et la tante Ptunia en avait conclu qu'il avait rtrci au lavage. A son grand soulagement, Harry, cette fois-l, n'avait reu aucune punition.

    En revanche, il avait eu de srieux ennuis l'cole, le jour o on l'avait retrouv sur le toit de la cantine. La bande de Dudley l'avait poursuivi dans la cour comme l'accoutume lorsque, la grande surprise de tout le monde, y compris de Harry lui-mme, il s'tait retrouv assis au sommet de la chemine. Les Dursley avaient reu une lettre furieuse de la directrice dans laquelle elle affirmait que Harry s'amusait escalader les btiments de l'cole. Pourtant, comme il l'avait expliqu l'oncle Vernon travers la porte verrouille de son placard, il s'tait content de sauter derrire les poubelles qui se trouvaient ct de la porte de la cuisine. Harry pensait que c'tait le vent qui avait d l'emporter jusqu'au toit au moment o il sautait.

    Mais aujourd'hui, tout irait bien. Cela valait mme la peine de supporter Dudley et Piers du moment qu'il pouvait passer la journe dans un endroit qui ne serait ni l'cole, ni le placard, ni le salon l'odeur de chou de Mrs Figg.

    Tandis qu'il conduisait la voiture, l'oncle Vernon se plaignait la tante Ptunia. Il aimait bien se plaindre de choses et d'autres. Les gens qui travaillaient avec lui, Harry, la municipalit, Harry, son banquier et Harry constituaient quelques-uns de ses sujets prfrs. Ce matin-l, c'tait aux motos qu'il en avait.

    ... conduisent comme des malades, ces petits voyous ! dit-il alors qu'une moto les dpassait.

    J'ai rv d'une moto, cette nuit, dit Harry qui se souvenait soudain de son rve. Elle volait.

  • L'oncle Harry faillit percuter la voiture qui le prcdait. Il se retourna brusquement, son visage si rouge qu'il ressemblait une norme betterave moustache.

    LES MOTOS NE VOLENT PAS ! hurla-t-il.

    Dudley et Piers ricanrent.

    Je le sais bien, rpondit Harry, ce n'tait qu'un rve.

    Mais il regretta d'en avoir trop dit. Plus encore que les questions qu'il posait, les Dursley dtestaient l'entendre parler d'objets qui sortaient de leur rle habituel, que ce soit dans un rve ou un dessin anim, comme s'ils redoutaient qu'il n'en tire des ides dangereuses.

    C'tait un samedi ensoleill et le zoo tait bond de familles en promenade. Les Dursley achetrent Dudley et Piers de grosses glaces au chocolat. Mais, avant qu'ils aient eu le temps de repartir, la jeune femme souriante qui vendait les glaces avait demand Harry ce qu'il voulait et ils avaient fini par lui acheter une sucette bon march. Elle n'tait d'ailleurs pas si mauvaise que a, pensa Harry tandis qu'il la lchait devant la cage d'un gorille occup se gratter la tte. L'animal ressemblait trangement Dudley, sauf qu'il n'tait pas blond.

    Il y avait bien longtemps que Harry n'avait pas pass une matine aussi agrable. Il prenait la prcaution de se tenir un peu l'cart des Dursley pour viter que Dudley et Piers, qui commenaient se lasser des animaux, ne se consacrent une fois de plus leur passe-temps favori: lui taper dessus. Ils djeunrent au restaurant du zoo o Dudley fit une grosse colre parce que sa coupe de glace gante n'tait pas assez grande son got. L'oncle Vernon lui en commanda une autre et Harry fut autoris finir la premire.

    Mais Harry aurait d s'en douter: tout cela tait trop beau pour durer.

    Aprs djeuner, ils allrent voir les reptiles au vivarium.

    L'endroit tait sombre et frais, avec des cages de verre claires qui s'alignaient le long des murs. Derrire les vitres, on voyait toutes sortes de lzards et de serpents qui rampaient et ondulaient sur des morceaux de pierre ou de bois. Dudley et Piers voulaient voir d'normes cobras au venin mortel et de gros pythons capables de broyer un homme dans leur treinte. Dudley ne mit pas longtemps dnicher le plus grand serpent du vivarium. Il tait si long qu'il aurait pu s'enrouler deux fois autour de la voiture de l'oncle Vernon et la rduire en un petit tas de ferraille, mais pour l'instant, il ne semblait pas d'humeur tenter ce genre d'exploit. En fait, il dormait profondment.

    Le nez coll contre la vitre, Dudley contemplait les anneaux luisants du reptile.

    Fais-le bouger, dit-il son pre d'une voix geignarde.

    L'oncle Vernon tapota la vitre, mais le serpent ne bougea pas.

    Recommence, ordonna Dudley.

    L'oncle Vernon donna de petits coups secs sur la vitre, mais le serpent continua de dormir.

  • On s'ennuie, ici, marmonna Dudley en s'loignant d'un pas tranant.

    Harry s'approcha alors de la cage de verre et contempla le serpent. Il n'aurait pas t surpris que le reptile soit lui-mme mort d'ennui force de rester seul dans cette cage sans autre compagnie que tous ces imbciles qui passaient la journe taper contre la vitre. C'tait pire que de coucher dans un placard avec pour toute visite celle de la tante Ptunia qui tambourinait la porte pour le rveiller. Lui, au moins, pouvait se dplacer dans la maison.

    Le serpent ouvrit soudain ses petits yeux brillants. Lentement, trs lentement, il leva la tte jusqu' ce qu'elle soit au mme niveau que celle de Harry.

    Et il lui fit un clin d'il.

    Harry resta bouche be. Il jeta un coup d'il autour de lui pour s'assurer que personne ne le regardait, puis il adressa son tour un clin d'il au serpent.

    Le reptile fit un signe de tte en direction de l'oncle Vernon et de Dudley, puis il leva les yeux au plafond. Il semblait dire Harry : J'ai droit a sans arrt.

    Je sais, murmura Harry, sans savoir si le serpent pouvait l'entendre travers la vitre. a doit tre vraiment agaant.

    Le serpent approuva d'un hochement de tte vigoureux.

    D'o tu viens ? demanda Harry.

    Le serpent pointa le bout de la queue vers le petit criteau appos ct de la vitre.

    Boa constrictor Brsil, lut Harry. C'tait bien, l-bas ? demanda-t-il.

    Le boa pointa nouveau la queue vers l'criteau et Harry lut la suite: N la mnagerie .

    Ah, d'accord, je comprends. Donc, tu n'as jamais t au Brsil ?

    Tandis que le serpent confirmait d'un signe de tte, un hurlement assourdissant retentit et les fit sursauter tous les deux.

    DUDLEY ! MR DURSLEY ! REGARDEZ LE SERPENT ! VOUS N'ALLEZ PAS LE CROIRE !

    Dudley revint vers la cage en se dandinant aussi vite qu'il le pouvait.

    Pousse-toi de l, toi, dit-il en donnant Harry un coup de poing dans les ctes.

    Pris par surprise, Harry tomba sur le sol de ciment. Ce qui se passa ensuite fut tellement rapide que personne ne vit comment c'tait arriv. Soudain, alors qu'ils se tenaient cte cte devant la cage de verre, Piers et Dudley firent un bond en arrire en poussant des cris d'horreur.

  • Harry se redressa, le souffle coup: la vitre qui retenait le boa prisonnier avait disparu. Le long serpent se droula rapidement et quitta sa cage en ondulant sur le sol. Pris de panique, les visiteurs du vivarium se prcipitrent alors vers la sortie en hurlant de terreur.

    Au moment o le serpent glissa rapidement devant lui, Harry eut l'impression d'entendre une voix basse et sifflante dire:

    Et maintenant, direction, le Brsil ! Merssssi, amigo.

    Le gardien du vivarium tait en tat de choc.

    La vitre, rptait-il. O est passe la vitre ?

    Le directeur du zoo en personne offrit une tasse de th fort la tante Ptunia et se confondit en excuses. Piers et Dudley balbutiaient d'un air ahuri. D'aprs ce que Harry avait pu voir, le serpent ne leur avait fait aucun mal, il s'tait content de claquer des mchoires tout prs de leurs mollets pour s'amuser leur faire peur, mais quand tout le monde eut repris place dans la voiture de l'oncle Vernon, Dudley raconta que le boa avait failli lui arracher la jambe tandis que Piers affirmait qu'il avait essay de l'touffer en s'enroulant autour de lui. Mais le pire, pour Harry tout au moins, ce fut lorsque Piers, qui s'tait un peu calm, dit:

    Harry a parl au serpent, pas vrai, Harry ?

    L'oncle Vernon attendit que Piers ft rentr chez lui pour s'en prendre Harry. Sa fureur tait telle qu'il pouvait peine parler. Il parvint seulement dire:

    File... placard... pas bouger... rien manger.

    Puis il s'effondra dans un fauteuil et la tante Ptunia se hta d'aller lui chercher un grand verre de cognac.

    Beaucoup plus tard, Harry, allong dans son placard, se dsolait de ne pas avoir de montre. Il n'avait aucune ide de l'heure et il ne savait pas si les Dursley taient dj couchs. Tant qu'ils ne dormaient pas, il ne pouvait pas se risquer dans la cuisine pour aller chercher discrtement quelque chose manger.

    Il avait pass dix ans chez les Dursley, dix annes sinistres, depuis que ses parents taient morts dans cet accident de voiture alors qu'il n'tait encore qu'un bb. Il ne se souvenait pas d'avoir t dans la voiture lorsque ses parents aient t tus. Parfois, seul dans son placard, il fouillait dans ses souvenirs pendant des heures entires et une trange vision mergeait de sa mmoire: il revoyait un clair aveuglant de lumire verte et se souvenait d'une brlure douloureuse sur le front. C'tait sans doute le choc de l'accident, pensait-il, bien qu'il n'et aucune ide de l'origine de la lumire verte. Il ne se rappelait rien de ses parents. Son oncle et sa tante ne lui en parlaient jamais et, bien entendu, il n'avait pas le droit de poser de questions ce sujet. Il n'y avait mme aucune photo d'eux dans la maison.

    Lorsqu'il tait plus jeune, Harry avait souvent rv qu'un parent lointain et inconnu vienne le chercher et l'emmne avec lui, mais cela n'tait jamais arriv. Les Dursley taient sa seule famille. Parfois, cependant, il lui semblait (ou peut-tre tait-ce un simple espoir) que des gens qu'il croisait au dehors le reconnaissaient. C'taient d'ailleurs des gens trs tranges. Un

  • jour, un homme minuscule coiff d'un chapeau haut de forme violet s'tait inclin devant lui pendant qu'il faisait des courses avec Dudley et la tante Ptunia. Aprs lui avoir demand d'un air furieux s'il connaissait cet homme, la tante Ptunia s'tait dpche de les faire sortir du magasin sans avoir rien achet. Un autre jour, dans un bus, une vieille femme chevele, tout habille de vert, lui avait fait de grands signes de la main. Rcemment encore, un homme chauve dans un long manteau pourpre lui avait serr la main dans la rue, puis tait reparti sans dire un mot. Le plus trange, c'tait que tous ces gens semblaient toujours disparatre ds que Harry essayait de les regarder de plus prs.

    A l'cole, Harry n'avait pas d'ami. Tout le monde savait que la bande de Dudley dtestait Harry Potter, avec ses vtements trop grands et ses lunettes casses, et personne n'avait envie de dplaire la bande de Dudley.

    Chapitre 3

    Les lettres de nulle part La fuite du boa brsilien valut Harry la plus longue punition qu'il et jamais reue. Lorsqu'il fut enfin autoris ressortir de son placard, les vacances d't avaient dj commenc et Dudley avait eu le temps de casser son nouveau camscope, d'craser au sol son avion radio-command et d'trenner son vlo de course en renversant Mrs Figg qui traversait Privet Drive avec ses bquilles.

    Harry tait content que l'cole ait pris fin, mais il n'arrivait pas chapper la bande de Dudley qui venait chaque jour la maison. Piers, Dennis, Malcolm et Gordon taient tous grands et stupides, mais comme Dudley tait encore plus grand et plus bte qu'eux, c'tait lui qui tait le chef. Et les autres taient ravis de pratiquer le sport prfr de Dudley: la chasse au Harry.

    C'est pourquoi Harry passait le plus de temps possible hors de la maison, se promener dans les environs en pensant la fin des vacances qui reprsentait pour lui une minuscule lueur d'espoir. Car en septembre, il entrerait au collge et, pour la premire fois de sa vie, il ne serait plus dans la mme cole que Dudley. Dudley irait Smelting, un collge priv o l'oncle Vernon avait fait ses tudes. Piers Polkiss y tait inscrit, lui aussi. Harry, pour sa part, devrait se contenter du collge du quartier. Dudley en tait ravi.

    L o tu vas, on met la tte des nouveaux dans le trou des toilettes, dit-il Harry. Si tu veux t'entraner, monte avec moi dans la salle de bains.

    Non, merci, rpondit Harry, ces pauvres toilettes n'ont jamais vu quelque chose d'aussi atroce que ta tte, a les rendrait malades.

    Et il prit aussitt la fuite avant que Dudley ait compris ce qu'il avait dit.

    Un jour de juillet, la tante Ptunia emmena Dudley Londres pour lui acheter l'uniforme de sa nouvelle cole. Elle dposa Harry chez Mrs Figg qui fut moins pnible qu' l'ordinaire car elle s'tait cass la jambe en trbuchant sur un de ses chats, ce qui avait quelque peu refroidi la

  • passion qu'elle leur portait habituellement. Harry fut mme autoris regarder la tlvision en mangeant un gteau au chocolat qui avait d sjourner quelques annes au fond d'un placard. Le soir, Dudley parada dans le salon pour montrer toute la famille ses habits flambant neufs: un frac marron queue-de-pie, un pantalon de golf orange et un canotier. Les lves de Smelting avaient galement une canne dont ils se servaient pour se taper dessus quand les professeurs ne les voyaient pas. C'tait, parait-il, une faon de se forger le caractre.

    En contemplant son fils ainsi accoutr, l'oncle Vernon dclara que c'tait le plus beau jour de sa vie et la tante Ptunia clata en sanglots en disant qu'elle n'arrivait pas croire que ce garon si grand, si lgant tait son petit Dudlinouchet ador. Harry prfra ne rien dire. Il avait l'impression de s'tre dj fl deux ctes force de rprimer son fou rire.

    Le lendemain matin, au petit djeuner, une odeur pestilentielle se dgageait d'une grande bassine pose dans l'vier de la cuisine, Harry s'approcha et vit de vieux vtements qui flottaient dans une eau gristre.

    Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il la tante Ptunia.

    Elle pina les lvres, choque qu'il ait l'audace de poser la question.

    C'est ton nouvel uniforme, dit-elle.

    Ah bon ? s'tonna Harry en regardant nouveau la bassine. Je ne savais pas qu'il fallait le faire tremper dans l'eau.

    Ne fais pas l'idiot, rpondit schement la tante Ptunia J'ai teint en gris des vieilles affaires de Dudley. a te suffira bien comme uniforme, il ne sera gure diffrent des autres.

    Harry en doutait, mais il tait inutile de discuter. Il se demanda quoi il ressemblerait, l-dedans, le jour de la rentre. On aurait dit des morceaux de peau arrachs un vieil lphant.

    Dudley et l'oncle Vernon entrrent dans la cuisine en fronant le nez cause de l'odeur que rpandait la bassine. L'oncle Vernon ouvrit son journal comme l'ordinaire et Dudley donna sur la table un coup de sa canne dont il ne se sparait plus.

    Ils entendirent alors le facteur glisser le courrier dans la bote aux lettres de la porte d'entre.

    Va chercher le courrier, Dudley, dit l'oncle Vernon sans lever le nez de son journal.

    Harry n'a qu' y aller, dit Dudley.

    Va chercher le courrier, Harry.

    Dudley n'a qu' y aller, dit Harry.

    Donne-lui un coup de canne, Dudley.

    Harry vita la canne et alla chercher le courrier. Il y avait trois lettres: une carte postale de Marge, la sur de l'oncle Vernon, qui tait en vacances l'le de Wight, une enveloppe de papier kraft qui devait tre une facture et... une lettre pour Harry !

  • Harry la contempla bouche be. Son cur faisait de grands bonds dans sa poitrine, comme une balle en caoutchouc. De toute sa vie, personne, jamais, ne lui avait crit. D'ailleurs, qui aurait pu le faire ? Il n'avait pas d'amis, pas de parents autres que son oncle et sa tante, il n'tait mme pas inscrit la bibliothque, ce qui lui vitait de recevoir des mots dsagrables exigeant le retour de livres emprunts.

    Et pourtant, il avait entre les mains une lettre dont l'adresse ne pouvait prter confusion:

    Mr H. Potter Dans le placard sous l'escalier 4, Privet Drive Little Whinging Surrey

    L'enveloppe, lourde et paisse, tait faite d'un parchemin jauni et l'adresse tait crite l'encre vert meraude. Il n'y avait pas de timbre.

    En retournant l'enveloppe, les mains tremblantes, Harry vit un sceau de cire frapp d'un cusson qui reprsentait un aigle, un lion, un blaireau et un serpent entourant la lettre P .

    Dpche-toi, mon garon, cria l'oncle Vernon dans la cuisine. Qu'est-ce que tu fais ? Tu regardes s'il n'y a pas de lettre pige ?

    Sa plaisanterie le fit clater de rire.

    Harry reprit le chemin de la cuisine sans quitter l'enveloppe des yeux. Il donna l'oncle Vernon la carte postale et la facture puis il s'assit et entreprit de dcacheter l'enveloppe jaune.

    L'oncle Vernon poussa un grognement dgot en ouvrant l'enveloppe de la facture et lui ce qui tait crit au dos de la carte postale.

    Marge est malade, dit-il la tante Ptunia. Elle a mang un drle de coquillage.

    Papa ! s'cria soudain Dudley. Papa, regarde ! Harry a reu quelque chose !

    Harry tait sur le point de dplier sa lettre, crite sur un parchemin semblable celui de l'enveloppe, lorsque l'oncle Vernon la lui arracha des mains.

    C'est moi ! protesta Harry en essayant de la reprendre.

    Qui donc t'crirait ? dit l'oncle Vernon d'un ton plein de mpris.

    D'une main, il secoua la lettre pour la dplier, puis il y jeta un coup d'il. Son teint passa alors du rouge au vert plus vite qu'un feu de signalisation. Et il n'en resta pas l. En quelques secondes, il tait devenu d'un gris ple de vieux porridge.

    P ... P...Ptunia ! balbutia l'oncle Vernon.

    Dudley essaya de s'emparer de la lettre, mais l'oncle Vernon la tenait hors de porte. Il la donna la tante Ptunia qui en lut la premire ligne d'un air intrigu. Pendant un instant, elle

  • sembla sur le point de s'vanouir et porta la main sa gorge d'o s'chappa un borborygme touff.

    Vernon ! Oh, mon Dieu, Vernon !

    Ils se regardrent comme s'ils avaient oubli que Harry et Dudley taient avec eux dans la cuisine. Dudley n'avait pas l'habitude qu'on lui manifeste une telle indiffrence et il donna un coup sec de sa canne sur la tte de son pre.

    Je veux lire cette lettre, dit-il d'une voix forte.

    C'est moi qui veux la lire ! intervint Harry. Elle est moi !

    Sortez d'ici, tous les deux, dit l'oncle Vernon d'une voix grinante en remettant la lettre dans l'enveloppe.

    Harry ne bougea pas.

    JE VEUX MA LETTRE ! hurla-t-il.

    Laissez-moi voir, exigea Dudley.

    DEHORS ! rugit l'oncle Vernon.

    Il prit Harry et Dudley par la peau du cou et les poussa dans le couloir en claquant la porte de la cuisine sur eux. Harry et Dudley engagrent aussitt un combat froce mais silencieux pour savoir qui couterait au trou de la serrure ce qui allait se dire dans la cuisine. Ce fut Dudley qui l'emporta. Harry, les lunettes en bataille, s'allongea alors plat ventre pour couter par l'interstice entre le bas de la porte et le sol.

    Vernon, dit la tante Ptunia d'une voix tremblante, regarde l'adresse. Comment ont-ils pu savoir o il couche ? Tu crois qu'ils surveillent la maison ?

    Ils nous surveillent, ils nous espionnent, peut-tre mme qu'ils nous suivent, marmonna furieusement l'oncle Vernon.

    Qu'allons-nous faire, Vernon ? Est-ce qu'il faut leur rpondre ? Leur dire que nous ne voulons pas...

    Harry apercevait les chaussures noires bien cires de l'oncle Vernon qui faisait les cent pas dans la cuisine.

    Non, dit-il enfin. On ne va pas y faire attention. S'ils ne reoivent pas de rponse... Oui, c'est ce qu'il y a de mieux... Nous n'allons rien faire du tout...

    Mais...

    Je ne veux pas de a dans la maison, Ptunia ! Souviens-toi, quand nous l'avons pris avec nous, nous nous sommes jur de refuser toutes ces idioties. C'est beaucoup trop dangereux.

  • Le soir, en revenant du travail, l'oncle Vernon fit quelque chose qu'il n'avait encore jamais fait: il alla voir Harry dans son placard.

    O est ma lettre ? demanda Harry au moment mme o l'oncle Vernon se faufilait dans le placard. Qui est-ce qui m'a crit ?

    Personne. La lettre t'a t adresse par erreur, rpondit l'oncle Vernon. Je l'ai brle.

    Ce n'tait pas une erreur, protesta Harry avec colre. Il y avait l'adresse de mon placard sur l'enveloppe.

    SILENCE ! cria l'oncle Vernon.

    Deux araignes tombrent du plafond. Il respira profondment plusieurs reprises puis il se fora sourire, d'un sourire qui avait l'air singulirement douloureux.

    Justement, Harry... au sujet de ce placard. Ta tante et moi, nous avons rflchi... Tu commences devenir un peu trop grand pour rester ici... Nous avons pens qu'il serait peut-tre prfrable que tu dmnages dans la deuxime chambre de Dudley.

    Pourquoi ? demanda Harry.

    Ne pose pas de questions ! rpliqua schement son oncle. Prends tes affaires et monte l-haut.

    Il y avait quatre chambres dans la maison des Dursley: une pour l'oncle Vernon et la tante Ptunia, une chambre d'amis (qui servait gnralement Marge, la sur de Vernon), une o Dudley dormait et une autre o Dudley mettait ses jouets et tout ce qui n'entrait pas dans la premire.

    Un seul voyage suffit Harry pour transporter toutes ses affaires dans la chambre. Il s'assit sur le lit et regarda autour de lui. Presque tous les objets qu'il voyait taient casss. Le camscope tait pos sur un char d'assaut pdales avec lequel Dudley avait cras le chien du voisin; dans un coin, il y avait la premire tlvision de Dudley qu'il avait ventre d'un coup de pied un jour o son mission prfre avait t annule; il y avait aussi une grande cage dans laquelle avait vcu autrefois un perroquet que Dudley avait chang contre une carabine air comprim. La carabine, pose sur une tagre, tait compltement tordue depuis le jour o Dudley s'tait assis dessus. Les autres tagres taient remplies de livres. C'taient les seules choses auxquelles il semblait n'avoir jamais touch.

    Du rez-de-chausse montaient les hurlements de Dudley qui s'adressait sa mre:

    Je ne veux pas de lui l-dedans, criait-il. J'ai besoin de cette chambre... Fais-le sortir...

    Harry soupira et s'tendit sur le lit. La veille, il aurait donn n'importe quoi pour avoir cette chambre. Aujourd'hui, il aurait mieux aim rester dans son placard avec sa lettre, plutt que d'tre ici sans avoir le droit de la lire.

  • Pendant le petit djeuner du lendemain, tout le monde a silencieux. Dudley tait en tat de choc. Il s'tait gosill, avait frapp son pre avec sa canne, s'tait fait vomir exprs, avait donn des coups de pied sa mre et jet sa tortue travers le toit de la serre, sans parvenir rcuprer sa chambre. Harry repensait ce qui s'tait pass la veille la mme heure et il regrettait amrement de n'avoir pas ouvert sa lettre pendant qu'il tait encore dans le hall d'entre. L'oncle Vernon et la tante Ptunia changeaient de sombres regards.

    Lorsque le courrier arriva, l'oncle Vernon, qui s'tait efforc de se montrer aimable avec Harry, envoya Dudley le chercher. Ils l'entendirent donner des coups de canne un peu partout sur son chemin, puis il se mit hurler:

    Il y en a une autre ! Mr H. Potter, dans la plus petite chambre du 4, Privet Drive...

    L'oncle Vernon poussa un cri trangl et se prcipita dans le hall d'entre, Harry sur ses talons. L'oncle Vernon dut se battre avec Dudley et le faire tomber par terre pour essayer de lui arracher la lettre, ce qui tait d'autant plus difficile que Harry avait attrap l'oncle Vernon par-derrire en lui serrant le cou. Aprs quelques instants d'un furieux combat au cours duquel chacun prit de nombreux coups de canne, l'oncle Vernon se releva, le souffle court, la main crispe sur la lettre destine Harry.

    Va dans ton placard... Je veux dire, dans ta chambre, dit-il Harry d'une voix rauque. Et toi, Dudley, va-t'en, file !

    Inlassablement, Harry faisait les cent pas autour de sa chambre. Quelqu'un savait qu'il avait dmnag de son placard et semblait galement savoir qu'il n'avait pas reu la premire lettre. Cela signifiait srement qu'il essaierait encore. Et cette fois, il s'arrangerait pour que la lettre lui parvienne. Il avait un plan.

    Le lendemain matin, le vieux rveil rafistol sonna six heures. Harry arrta aussitt la sonnerie et s'habilla en silence pour ne pas rveiller les Dursley. Puis il descendit l'escalier sans faire le moindre bruit et sans allumer les lumires.

    Il allait attendre que le facteur arrive au coin de Privet Drive et lui demander de lui donner les lettres du numro 4 en premier. Le cur battant, il traversa le hall d'entre en direction de la porte...

    AAAAAARRRGH !

    Harry fit un bond. Il venait de marcher sur une grosse chose molle tale devant la porte, une chose vivante !

    Des lumires s'allumrent au premier tage et il se rendit compte avec horreur que la grosse chose molle tait en ralit la tte de son oncle. L'oncle Vernon avait pass la nuit devant la porte, dans un sac de couchage, pour empcher Harry de russir ce qu'il avait tent de faire. Aprs l'avoir trait de tous les noms pendant prs d'une demi-heure, l'oncle Vernon ordonna Harry d'aller lui prparer une tasse de th. Dcourag, Harry s'en alla dans la cuisine en tranant des pieds, et lorsqu'il revint, le courrier tait dj entre les mains de son oncle. Il aperut trois lettres l'encre verte qui lui taient adresses.

  • Je veux mes... commena-t-il.

    Mais l'oncle Vernon tait dj en train de dchirer les lettres sous ses yeux.

    Ce jour-l, l'oncle Vernon n'alla pas travailler. Il resta maison et cloua une planche devant la bote aux lettres.

    S'ils n'arrivent pas nous les faire parvenir, ils finiront par laisser tomber, dit-il la tante Ptunia, la bouche pleine de clous.

    Je ne sais pas si a servira grand-chose, Vernon.

    Ptunia, ces gens-l sont trs diffrents de nous, ils ne raisonnent pas comme toi et moi, rpliqua-t-il en essayant de planter un clou avec le morceau de cake que la tante Ptunia venait de lui apporter.

    Le vendredi, douze lettres pour Harry arrivrent. Comme la boite aux lettres tait inutilisable, elles avaient t glisses tout autour de la porte et l'une d'elles avait mme t introduite travers un vasistas dans les toilettes du rez-de-chausse.

    Ce jour-l galement, l'oncle Vernon resta la maison. Aprs avoir brl toutes les lettres, il reprit son marteau et ses clous et boucha l'aide de planches tous les interstices autour des portes de devant et de derrire, si bien que personne ne pouvait plus entrer ni sortir.

    Le samedi, la situation devint incontrlable. Vingt-quatre lettres destines Harry furent introduites l'intrieur de la maison: elles avaient t roules et dissimules l'intrieur des deux douzaines d'ufs que le livreur, passablement dconcert, leur avait passes par la fentre du salon. Pendant que l'oncle Vernon donnait des coups de tlphone furieux au bureau de poste et au crmier pour essayer de trouver un responsable auprs de qui protester, la tante Ptunia rduisit les lettres en bouillie dans son mixer.

    Mais qui peut bien avoir envie de t'crire ce point ? demanda Dudley abasourdi.

    Le dimanche matin, l'oncle Vernon avait l'air fatigu et malade lorsqu'il s'assit la table du petit djeuner, mais il paraissait heureux malgr tout.

    La poste ne fonctionne pas le dimanche, dit-il d'un ton joyeux en talant consciencieusement de la marmelade sur son journal. Aujourd'hui, pas de lettres.

    Au mme moment, quelque chose tomba dans le conduit de la chemine avec un sifflement sonore et il sentit un coup derrire la tte. Un paquet venait d'exploser dans le foyer de la chemine en projetant une quarantaine de lettres qui volaient dans la cuisine comme des boulets de canon. Les Dursley se baissrent pour viter les projectiles tandis que Harry essayait d'en attraper un au vol.

  • Dehors ! DEHORS !

    L'oncle Vernon saisit Harry par la taille et le projeta dans le hall d'entre, puis, ds que Dudley et la tante Ptunia eurent pris la fuite en se protgeant le visage de leurs bras, il claqua la porte de la cuisine. Derrire le panneau, on entendait les lettres qui continuaient de voler en rebondissant contre les murs et le carrelage.

    Cette fois-ci, a suffit, dclara l'oncle Vernon qui s'efforait de parler d'une voix calme tout en arrachant des touffes de poils de sa moustache. Je veux tout le monde prt partir dans cinq minutes. On s'en va. Emportez simplement quelques vtements, et pas de discussion !

    Il paraissait tellement menaant, avec sa moustache dgarnie, que personne n'osa plus faire un geste. Dix minutes plus tard, aprs avoir arrach les planches qui condamnaient la porte, ils montrent dans la voiture qui fona vers l'autoroute. Dudley pleurnichait l'arrire, cause du coup que son pre lui avait donn sur la tte pour les avoir retards en voulant tout prix emporter sa tlvision, son magntoscope et son ordinateur dans son sac de sport. Ils roulrent, roulrent, roulrent. La tante Ptunia elle-mme n'osait pas demander son mari o il comptait les emmener. De temps autre, l'oncle Vernon faisait demi-tour et repartait dans la direction oppose.

    On va les semer, on va les semer, marmonnait-il.

    Ils roulrent ainsi toute la journe sans prendre le temps de s'arrter pour boire ou manger quelque chose. A la tombe du jour, Dudley poussa de longs hurlements. Il avait faim, il avait rat cinq missions de tlvision qu'il tenait absolument voir et il n'avait jamais pass autant de temps sans pulvriser un extraterrestre sur son ordinateur.

    L'oncle Vernon arrta enfin la voiture devant un htel sinistre, dans la banlieue d'une grande ville. Dudley et Harry partagrent une chambre avec des lits jumeaux et des draps humides qui sentaient le moisi. Dudley passa la nuit ronfler, tandis que Harry, assis sur le rebord de la fentre, regardait les phares des voitures qui passaient dans la rue. Il se posait des questions...

    Au matin, on leur servit des corn flakes rassis et des toasts froids recouverts de vieilles tomates en bote. La patronne de l'htel s'approcha alors de leur table.

    'Mande pardon, est-ce qu'il y aurait un Mr Potter parmi vous ? Parce que j'en ai une centaine comme a la rception.

    Elle tenait la main une enveloppe sur laquelle on pouvait lire cette adresse crite l'encre verte:

    Mr H. Potter Chambre 17 Htel du Rail Carbone les miness

  • Harry essaya de s'emparer de la lettre, mais l'oncle Vernon l'en empcha d'un geste de la main. La patronne les regardait d'un air ahuri.

    Je m'en occupe, dit l'oncle Vernon en se levant et en suivant l'htelire hors de la salle manger.

    Et si nous rentrions la maison ? suggra timidement la tante Ptunia, quelques heures plus tard.

    Mais l'oncle Vernon ne semblait pas l'avoir entendue. Personne ne comprenait ce qu'il cherchait. Il les conduisit au milieu d'une fort, sortit de la voiture, inspecta les alentours, hocha la tte, puis remonta dans la voiture et ils repartirent. Il recommena ensuite le mme mange au beau milieu d'un champ, entre un pont suspendu et un parking tages.

    Vers la fin de l'aprs-midi, l'oncle Vernon s'arrta dans un village du bord de mer, enferma tout le monde dans la voiture et s'en alla.

    Papa est devenu fou ? demanda Dudley, effar, la tante Ptunia.

    La pluie commena tomber. De grosses gouttes martelaient le toit de la voiture. Dudley pleurnichait bruyamment.

    C'est lundi, dit-il sa mre. Le jour de mon mission prfre, Je veux qu'on aille quelque part o il y aura une tlvision.

    Lundi ! On pouvait faire confiance Dudley, il ne se trompait jamais dans les dates, cause des programmes de tlvision. Harry se souvint tout coup que le mardi suivant, c'est--dire le lendemain, serait le jour de son onzime anniversaire ! Oh, bien sr, ses anniversaires n'avaient rien de bien rjouissantl'anne prcdente, les Dursley lui avaient offert un cintre et une paire de vieilles chaussettes qui avaient appartenu l'oncle Vernonmais quand mme: on n'avait pas onze ans tous les jours !

    L'oncle Vernon revint en portant sous le bras un paquet long et fin. Il souriait, mais refusa de rpondre la tante Ptunia lorsqu'elle lui demanda ce qu'il avait achet.

    J'ai trouv l'endroit idal, dit-il. Allez, venez ! Tout le monde dehors !

    Dehors, il faisait trs froid. L'oncle Vernon montra du doigt un gros rocher qui mergeait bonne distance de la cte. Au sommet du rocher, on distinguait une cabane misrable, moiti en ruine. Une chose tait certaine: il ne pouvait pas y avoir de tlvision l-dedans !

    On prvoit une tempte pour cette nuit, dit l'oncle Vernon d'un ton joyeux. Et Monsieur a t assez aimable pour nous prter son bateau !

    Un vieil homme dent s'approcha d'eux d'un pas raide.

    Avec un sourire faire froid dans le dos, il montra d'un geste de la main une vieille barque qui se balanait la surface de la mer d'un gris mtallique.

  • J'ai dj achet des provisions, dit l'oncle Vernon. Il ne reste plus qu' embarquer.

    Il faisait un froid polaire bord de la barque. La pluie et les embruns s'insinuaient dans leur cou et un vent glac leur fouettait le visage. Il sembla s'couler des heures avant qu'ils atteignent enfin le rocher. Glissant chaque pas sur la pierre humide, l'oncle Vernon les conduisit la masure.

    L'endroit tait pouvantable: il rgnait une terrible odeur d'algues, le vent sifflait travers les fissures des murs en planches et la chemine humide ne comportait pas la moindre bche. Il n'y avait que deux pices.

    Les provisions de l'oncle Vernon taient plutt maigres: un paquet de chips pour chacun et quatre bananes. Il essaya de faire un feu, mais les emballages de chips vides se consumrent en ne parvenant produire qu'un peu de fume.

    C'est maintenant qu'on aimerait bien avoir quelques-unes de ces lettres pour faire un bon feu ! dit joyeusement l'oncle Vernon.

    Il tait de trs bonne humeur. De toute vidence, il tait convaincu que personne ne parviendrait braver la tempte pour leur apporter du courrier dans cet endroit. Harry songea qu'il avait raison, mais cette pense ne le rjouissait gure.

    Lorsque la nuit tomba, la tempte annonce se mit souffler autour d'eux. L'cume des vagues qui se fracassaient contre le rocher inondait les murs de la cabane et un vent froce faisait trembler les fentres crasseuses. La tante Ptunia dnicha quelques couvertures moisies dans l'autre pice et fit un lit Dudley sur le canap rong aux mites.

    Elle s'installa avec l'oncle Vernon dans un lit dfonc de la pice voisine et Harry dut s'efforcer de trouver un endroit o le sol n'tait pas trop dur. Il s'enroula alors dans la dernire couverture qui restait, la moins paisse, la plus dchire.

    La tempte devenait de plus en plus violente mesure que la nuit avanait. Harry, couch par terre, ne parvenait pas s'endormir. Il frissonnait en se tournant et se retournant pour essayer de trouver une position qui ne soit pas trop inconfortable. Son ventre vide criait famine. Les coups de tonnerre qui avaient commenc retentir autour de minuit touffaient les ronflements de Dudley qui donnait dans le canap. Son bras pendait par-dessus l'accoudoir et Harry apercevait le cadran phosphorescent de sa montre sur son poignet gras. Dans dix minutes exactement, Harry allait avoir onze ans. Il garda les yeux fixs sur le cadran en se demandant si les Dursley allaient se souvenir de son anniversaire. Il se demandait galement o se trouvait l'auteur des lettres en cet instant.

    Plus que cinq minutes. Harry entendit quelque chose grincer au-dehors. Il esprait que le toit n'allait pas s'effondrer. Plus que quatre minutes. A leur retour, il y aurait peut-tre tellement de lettres dans la maison de Priver Drive qu'il arriverait en attraper une ? Trois minutes. Etait-ce la mer qui cognait ainsi contre le rocher ? Plus que deux minutes. Et ce craquement, qu'est-ce que c'tait ? Le rocher menaait-il de s'effondrer ?

    Plus qu'une minute et il aurait onze ans. Trente secondes... vingt... dix... neuf ... Et s'il rveillait Dudley, rien que pour l'nerver ? Trois ... deux... un...

  • BOUM !BOUM !

    La cabane se mit trembler. Harry se redressa brusquement, le regard fix sur la porte. Dehors, quelqu'un frappait contre le panneau.

    Chapitre 4

    Le gardien des cls BOUM !BOUM !

    On frappa nouveau. Dudley se rveilla en sursaut.

    C'tait un coup de canon ? demanda-t-il btement.

    Il y eut un grand bruit derrire eux et l'oncle Vernon entra dans la pice en glissant par terre. Il tenait un fusil la main. A prsent, ils savaient ce que contenait le long paquet qu'il avait eu sous le bras la veille.

    Qui est l ? cria-t-il. Je vous prviens, je suis arm !

    Il y eut un instant de silence, puis...

    CRAAAAAC !

    On cogna sur la porte avec tant de force qu'elle fut arrache de ses gonds et tomba plat sur le sol dans un fracas assourdissant.

    Un vritable gant se tenait dans l'encadrement. Son visage tait presque entirement cach par une longue crinire de cheveux emmls et par une grande barbe broussailleuse, mais on voyait distinctement ses yeux qui brillaient comme deux scarabes noirs au milieu de ce foisonnement.

    Le gant se glissa l'intrieur de la masure en inclinant la tte pour ne pas se cogner contre le plafond. Il se pencha, ramassa la porte et la remit sans difficult sur ses gonds. Au-dehors, le vacarme de la tempte s'tait un peu attnu.

    Si vous aviez une tasse de th, ce ne serait pas de refus, dit le gant. Le voyage n'a pas t facile.

    Il s'avana vers le canap o Dudley tait rest assis, ptrifi de terreur.

    Bouge-toi un peu, gros tas, dit-il.

    Dudley poussa un petit cri et courut se rfugier derrire sa mre, tout aussi terrifie, qui se cachait elle-mme derrire l'oncle Vernon.

  • Et voil Harry ! dit le gant.

    Harry leva la tte vers son visage hirsute et vit de petites rides apparatre autour de ses yeux en forme de scarabe: le gant souriait.

    La dernire fois que je t'ai vu, tu n'tais encore qu'un bb, dit-il. Tu ressembles beaucoup ton pre, mais tu as les yeux de ta maman.

    L'oncle Vernon laissa chapper un drle de grognement.

    Monsieur, j'exige que vous sortiez d'ici immdiatement, dit-il. Vous avez commis une violation de domicile avec effraction.

    Ah, a suffit, Dursley, espce de vieux pruneau ! dit le gant,

    Il tendit le bras, arracha le fusil des mains de l'oncle Vernon, fit un nud avec le canon aussi facilement que s'il avait t en caoutchouc et le jeta dans un coin de la pice.

    L'oncle Vernon mit nouveau un drle de bruit, comme une souris sur laquelle on aurait march.

    Je te souhaite un bon anniversaire, Harry, dit le gant en tournant le dos aux Dursley. Je t'ai apport quelque chose. J'ai d m'asseoir un peu dessus pendant le voyage, mais a doit tre trs bon quand mme.

    Il tira d'une poche de son manteau noir une bote en carton lgrement aplatie. Harry l'ouvrit en tremblant et dcouvrit l'intrieur un gros gteau au chocolat un peu fondu sur lequel tait crit avec un glaage vert: Joyeux anniversaire Harry .

    Harry leva les yeux vers le gant. Il aurait voulu lui dire merci, mais les mots se perdirent dans sa gorge et il s'entendit demander:

    Qui tes-vous ?

    Le gant eut un petit rire.

    Ah, c'est vrai, je ne me suis pas prsent, dit-il. Rubeus Hagrid, Gardien des Cls et des Lieux Poudlard.

    Il tendit une norme main et serra celle de Harry en lui secouant le bras.

    Et ce th ? Il faudrait peut-tre y penser, dit-il en se frottant les mains. Remarquez, si vous avez quelque chose de plus fort, je ne serais pas contre.

    Son regard tomba sur la chemine vide. En voyant les paquets de chips calcins, il poussa un grognement et se pencha sur l'tre. Personne ne put voir ce qu'il faisait, mais quand il se releva un instant plus tard, un feu d'enfer ronflait dans la chemine, projetant des lueurs dansantes dans la cabane humide. Harry sentit la chaleur se rpandre autour de lui comme s'il venait de plonger dans un bain tide.

  • Le gant se rassit sur le canap qui s'crasa sous son poids et sortit toutes sortes d'objets de sa poche: une bouilloire en cuivre, un paquet de saucisses, un tisonnier, une thire, des tasses brches et une bouteille qui contenait un liquide ambr dont il avala une gorge avant de prparer le th. Bientt, l'odeur des saucisses grilles qu'on entendait grsiller dans la chemine se rpandit dans la cabane. Tout le monde resta immobile et silencieux pendant que le gant s'affairait, mais lorsqu'il fit glisser du tisonnier six grosses saucisses bien juteuses et lgrement brles, Dudley commena frtiller.

    Dudley, ne touche rien de ce qu'il te donnera, dit schement l'oncle Vernon.

    Le gant eut un petit rire narquois.

    Votre gros lard de fils n'a pas besoin d'engraisser davantage, Dursley, ne vous inquitez pas.

    Il donna les saucisses Harry qui avait tellement faim que rien ne lui avait jamais paru aussi dlicieux, mais il n'arrivait pas dtacher ses yeux du gant. Finalement, comme personne ne semblait dcid donner la moindre explication, il rompit le silence:

    Je suis dsol, dit-il, mais je ne sais toujours pas qui vous tes.

    Le gant avala une gorge de th et s'essuya la bouche d'un revers de main.

    Appelle-moi Hagrid, dit-il, comme tout le monde. Et je te l'ai dit, je suis le Gardien des Cls de Poudlard. Tu sais dj ce qu'est Poudlard, j'imagine ?

    Euh... non... rpondit Harry.

    Hagrid parut scandalis.

    Dsol, dit prcipitamment Harry.

    Dsol ? aboya Hagrid en se tournant vers les Dursley qui se tassrent sur eux-mmes en essayant de disparatre dans la pnombre. C'est eux qui devraient tre dsols ! Je savais que tu ne recevais pas les lettres mais j'ignorais que tu n'avais mme pas entendu parler de Poudlard ! Tu ne t'es donc jamais demand o tes parents avaient appris tout a ?

    Tout a quoi ? s'tonna Harry.

    TOUT A QUOI ? tonna Hagrid. Attends un peu !

    Il se leva d'un bond. Sa colre tait telle qu'il semblait remplir tout l'espace de la cabane. Les Dursley s'taient recroquevills contre le mur.

    Vous n'allez pas me dire, rugit Hagrid, que ce garon ce garon !ne sait rien sur... sur RIEN ?

    Harry pensa qu'il exagrait. Aprs tout, il tait all l'cole et il avait toujours eu de bonnes notes.

  • Je sais quand mme certaines choses, dit-il. J'ai fait des mathmatiques et tout a...

    Mais Hagrid eut un geste ddaigneux de la main.

    Je voulais dire que tu ne sais rien de notre monde, de ton monde. De mon monde. Du monde de tes parents.

    Quel monde ?

    Hagrid parut sur le point d'exploser.

    Dursley ! hurla-t-il.

    L'oncle Vernon, le teint livide, marmonna quelque chose qui aurait pu vouloir dire:

    Maisnonmaisquoimaispasdutout.

    Hagrid regarda Harry d'un air effar.

    Il faut absolument que tu saches qui taient ton pre et ta mre, dit-il. Ils sont clbres. Et toi aussi, tu es clbre.

    Quoi ? Mais mon pre et ma mre n'ont jamais t clbres.

    Tu ne sais pas... Tu ne sais pas...

    Hagrid passa les doigts dans ses cheveux en fixant Harry d'un air abasourdi.

    Tu ne sais mme pas qui tu es ? dit-il enfin.

    L'oncle Vernon retrouva soudain l'usage de la parole.

    a suffit ! ordonna-t-il. a suffit, monsieur ! Je vous dfends de dire quoi que ce soit ce garon !

    Mme un homme plus courageux que l'oncle Vernon aurait flanch devant le regard furieux que Hagrid lui adressa

    Vous ne lui avez jamais rien dit ? reprit-il en dtachant chaque syllabe d'une voix tremblante de rage. Rien dit du contenu de la lettre que Dumbledore avait laisse pour lui ? J'tais l ! J'ai vu Dumbledore dposer la lettre, Dursley ! Et vous lui avez cach a pendant toute ces annes ?

    Cach quoi ? dit prcipitamment Harry.

    A SUFFIT ! JE VOUS INTERDIS ! s'exclama l'oncle Vernon pris de panique.

    La tante Ptunia eut une exclamation d'horreur.

    Je vais vous transformer en pt, tous les deux, lana Hagrid. Harry... Tu es un sorcier.

  • Un grand silence s'abattit soudain sur la cabane. On n'entendait plus que le bruit de la mer et le sifflement du vent.

    Je suis un quoi ? balbutia Harry.

    Un sorcier, bien sr, dit Hagrid en s'appuyant contre le dossier du canap qui craqua et s'crasa un peu plus sous son poids. Et tu deviendras un sacr bon sorcier ds que tu auras un peu d'entranement. Avec un pre et une mre comme les tiens, a ne peut pas tre autrement. Mais il est temps que tu lises ta lettre.

    Harry tendit la main pour prendre l'enveloppe de parchemin jauni sur laquelle tait crit l'encre vert meraude: Mr H. Potter, sur le plancher de la cabane au sommet du rocher, en pleine mer. Il ouvrit l'enveloppe et lut la lettre qu'elle contenait:

    COLLGE POUDLARD, COLE DE SORCELLERIE

    Directeur: Albus Dumbledore (Commandeur du Grand-Ordre de Merlin, Docteur s Sorcel