w %rê5ilimnea parà et des amazones en 1860, précédé

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…B ELM,AR

V O Y A G E

£wn în :w % r ê5 il imn ea

PARÀ ET DES AMAZONESEN 1860,

Précédé d’un rapide coup d

’œil,

L I T T O R A L n u B R ÉS I L .

TRADUCTION ET REPRODUCT ION RESERVEES .

LONDRES

TREZ ISE, «IMPRIMEUR, 4, BEECH STREET, BARBICAN

1861.

A V I S .

Ce t ouvrage n ’a‘

pas la prétention d ’off rir le

tableau intégral et complet de l’organisation actuelle

de l ’empi re duBrésil . Ce n ’est pas ,”

n on plus , un

r oman semé d’aventures personnelles ou un recueil

d ’impressions de voyage . Son but est moins ambi

t ieux et plus positif , car il vise essentiellement à

l ’utile .

Pourquoi se le cacher ? la presse du Continenteuropéen est aujourd’hui trop préoccupée de ques

tions locales pour prêter une sérieuse attention a ce

qui se passe dans l’Amérique du Sud . La situa

tion du Brésil est surtout l ’objet des appréciations

les plus erron n ée s . On croit généralement que ,s auf les villes et les en vn *

on s de Rio Janeiro , Bahia

et Pernambuco, cet empire est un vaste désert par

couru par quelques hordes de sauvages , et où la

civilisation n ’a pas encore posé le pied . J ’avoue

avec f ranchise que j e m’étais moi—même laissésurprendre , jusqu

’à un certain point,par cette pré

v'

en tion , et que j’

éprouvai presque de l’

éton n emen t a

l a vue des bateaux à vapeur qui relient entre elles

a ujourd’hui toutes les provinces du littoral brésilien ,de s lignes de f er qui étendent leurs réseaux dansl ’intérieur, des villes et des colonies qui se f ondent

comme par enchantement, depuis les f rontières del a Banda Orientale jusqu’aux régions que baigne

la rivière des Amazones .

Un séjour assez long dans ces dermeres contréesm’

ayant mis amême de les connaître plus particulièremen t

, je conçus le proj et de résumer mes observation s dans cet opuscule

, en y joignant quelques

détails relatif s aux autres provinces où j e m’étais

arrê té , et en reprodui sant quelques documents statistique s ofliciels que j ’ai eu l ’avantage de pouvoirme procurer sur les lieux .

Î.a persuasion m’est acquise qu’en l’absence d ’un

ouvrage du même genre, f ait d’après une plus

grande échelle, cet essai ne sera pas sans utilité

pour la civilisation brési lienne, sur le s progrès dé

laquelle il est temps d ’

appeler la sérieuse attentionde l’Europe .

Si , par ce modeste travail , j’étais , d

’ai lleurs , asse z

heureux pour avoir servi le cause du commerce, etcelle , non moins précieuse, de la colonisation , il ne

me resterait plus qu a me f éliciter de l’avoir *

en*

LITTORAL DU B S i i .

S I .

R I O G R A N D E .

C’3sr le 12 avril, 1860 , vers 6 heures du soir ,

que j e quittai Monte—Video , a bord du vapeur bré

silien , Pm crsx de Jomvmm . Le navi re pr it la .

direction du nord, et fut f avorisé d’un si beau

temps que j’

arrivai à Rio Grande du Sud en :62&

heures de traversée . D’

ordin a ire , la mer ,est ex

trêmemen t houleuse sur la barre , dontd’entrée est

par cela même assez difficile ; mais ce tte f ois , un

calme complet régnait dans ces parages , en sorte

que le navire f ranchit la passe sans aucune peine,et qu’en peu d’

in stan ts j e pus recr éer mes regards

du spectacle gracieux et animé d ’une flotte entière

de vaisseaux marchands , portant des pavillons de

toutes les couleurs , et venus des plus loint aines

contrées du globe,pour en importer les produits à

Rio Grande , et pren dre en échange ceux de cettef ertile province .

s LITTORAL DU BRESIL .

Je viens de dire que les navires rencontraientsouvent de sérieux obstacles pour f ranchir l ’em

bouchure duR io Grande il est juste d’ajouter que ,depui s le 8 mai, 1858, la sollicitude de M . le Baron

de Man a pour tout ce qui concerne les intérêts du

pays , a remédié a ce grave Inconvénient, par l"

«

tablissemen t d’un service de deux vapeurs , dont

l ’unique destination est de remorquer les navires à

voile qui remontent la

Bien que mon intention ne soit pas de donner iciun e relation détaillée sur cette province, chaque

j our plus f réquentée des Européens,j e crois utile

pourtant de réSumer en peu de mots les particularités qui se rattachent

à, son histoire politique et

commerciale .

Les Paulistes , c’est - à - dire les colons établis dans

la province de Saint - Paul , on t été les premiers qui

aient pénétré dans celle de Rio Grande , connue

aussi sous le nom de Saint - Pierre , et leurs n om

breux établissements,qui paraissent remonter au

commencement du 17e siècle, ref oulèrent peu a peu

les indigènes dans les régions désertes de l ’intérieur .

A cette époque , Rio .Gran de et Santa Catharina ne

formaient ensemble qu’une seule capitainerie , mais

en 1760, la première de ces provinces fut érigée ,sous l ’administration d’

Ign acio Eloy Madurera , en

gouvernement di stinct, e t ne releva plus que,

du

Capitan général de Rio Janeiro .

En 1807 , son rôle acquit encore plus d’impor

On trouv era à la fi n de cet ouvrage le tarif de s prix que le dire cteur de l’en trepris e de s r emorqueurs , M. J e an T e rran t T homas

, e stautorisé à percevoir pour les diff ére n ts services de ces bateaux .

LITTORAL DU BRESIL.

9

tance : elle fut élevée au rang de Capitainerie

générale , sous l’administration de Don Diego de

Souza, depuis comte de Rio Pardo . Sous cette

nouvelle dénomination, elle étendait son autorité

sur Santa Catharina, et n’était elle—même subor

donnée qu’à la Vice—Royauté du Brésil

Le 7 septembre, 1822, la déclaration de l’

in dé

pen dan ce plaça cette même province , et toutes les

colonies portugaises du continent américain, sous la

protection et, bientôt, sous le sceptre impérial et

con stitution el de D . Pedro 1er , second fils de Jean

VI,Roi de'

Portugal .On sait qu’en 1831, et a la suite (1 e vèn emen ts

politiques dont l’exposition appartient à l’histoire ,D . Pedro fut amené à se démettre du pouvo1r en

f aveur de son fils qui , proclamé empereur con stitu

tion n el sous le nom du D . Pedro Il , régit glo‘rieuse

ment, depuis cette époque , les destinées du vaste em

pire brésilien .

Le voisinage des Républiques Conf édérées du

Bio de la Plata, devait naturellement exercer une

grande influence sur l ’esprit des populations limitrophe s , dépendantes de la couronne de Portugal, et

soumises plus tard à l autorité d’une monarchie na

tion ale ; d’une autre côté

,la province de l ’Uru

guay, placée la comme une pomme de discorde ,devait amener de déplorables et sanglantes rivalités

entre le Bré sil et Buén os - Ayres

Ces deux causes de guerre extérieure Ou civile ,se sont, en effet, largement développées dans l

bis

toire des deux peuples . Dès le temps des premières

colonies , celle du Sacramento , f ondée par lesPortu

mènt '

cédée à l’

Espagn e par le traité de ,1fl77 En

1801, 1’intrépide José Borges Canto s

’empara par

Lun cOup de .

'main du territoire…de s SEPT M_

LsSIONs de" l

Uruguay, qui f ait Ou]ourdîhui partie de la Répub

Il n’

a

'

fallu rien m01ns que l ’érection de l ’Ür irguay e n État in dépen dan t ,p 0ur mettre un terme

(à La: lOn gufe série de s guerres où les races espagnole

et aportugn aise on t » épuisé, dans une lutte désastreuse , un sang précieux et des f orces qu

i eusss n t pu

don ner de bon n e heure'

a la civilisation sud—améri

came ,un Immense développeme nt.

Enfin , par Suite d’un f atal en traînement, le s pc

pulation s robuste s e t aven tureuses qui a vœsmen t

LAG©S Dos Parcs le vèrent in opîn émen t le drapeau de

l’in surre ction . Ces hommes que la VIe pastorale

prédispOse a la plus absolue indépendance et qui ,

”g age , l difi èren twdu reste‘ de s habitan ts de l ’empwe ,s outin rent contre le gouvernement central, une"lutte insensée don t les t rist es ”résultats sont connus

de tout le monde .

Heureue’avoir reconnu, depuis,

que l eurs véritables intérê ts sont de se rallie r e t

îappo‘

rter l’

appui de leur én erg ie au g ouvernement

sage et libéral qn i, e n sauvegardant le prmc1pe de

l ’unité nationale, sait f aire la part la plus large aux

«Quelques j our s a «pe1ne .s e taient écoulés depuis

LITTORAL DU BRÉS IL . 11‘

f amilles f rançaises établies dans les environs de laville

. Rencontrer des compatriotes sur la terre

étrangère , c’e st presque y rencontrer la patrie

vous jugez donc Si j e me sen tis heureux d’un hasard

qui me se rvait si bien . installé dans une pitto

re sque habitation d’un luxe tout européen , bâtie

bord des eaux , j e pouvais promener mes regards sur

la b an de sablonneuse où s ’élève la vil le , e t sur le s

sinuosités de la rade, touj ours calme et limpide ,même dans les plus violentes fureurs de l ’Océan .

Mais rien ne me surprit'

d’avantage que les luxu

riantes touff es de verdure et les bosquets en fleurs

que j’

apercevais dans les campagnes voisines .

J ’avais lu, dans John Purdy, une descr iption peu

flatteuse des environs de Rio Grande , et j e me

prenai s à douter de la véracité du savant naviga

teur, lorsqu’un des notables du pays me tira d’em

barras , en m’

appren an t que le riant paysage don t

j’

admira is la f raicheur toute prin tan n ière , était en

quelque sorte l ’œuvre improvisée de la culture e n

ropéen n e qui , depuis le passage de John Pu1*dy ,

avait f ait là. d ’immenses progrès .

C ’est par un raison analogue,que le lait, autre

f ois impotable , et de si mauvaise qualité qu’il ne

pouvait servir a la conf ection n i du beurre ni du;

f romage , est aujourd’hui un des meilleurs produits

du pays . Le même phénomène s ’est Opéré rela

tivemen t au raisin ,qui

,longtemps impropre à. la

cuve (quoique très—bon et très - beau), commence a

donner,grâces aux eff orts des vinicoles , en coura

gés par le gouvernement, un vin d’une excellente

saveur:

12 LITTORAL DU BRÉSIL…

Pour‘

augmen ter ma surprise , et m’édifier com

plètemen t sur les avantages que la province de RioGrande présente à la colonisation , j e fus invité

à f aire une visite aux environs de Porto Alegre,

ville très - commerçante et d ’environ âmes,qui

se trouve sur la rive orientale du Parahiba, a7 lieues

de son embouchure . C ’est depuis 1778 la capitale

de tout le pays et le siège de l ’Assemblée provin

ciale . Je remarquai la un antique palais,rési

dence du gouverneur ; un grand arsenal militai re ,des hôpitaux

,des églises

,et un élégante salle de

Spectacle ; mais , ce qui attira le plus mon attention ,ce f ut la «florrissan te culture des vallées

qui s ’

éten

dent a l ’est de la colline Où Porto Alegre se dresse

comme pour inspecter les deux golf es dont il .

sépare les flots . Dans cet immense panorama,

entrecoupé de plaines et de côteaux , cinq r1were s

promènent tranquillement leurs claires eaux à tra

vers des masses de fleurs et de verdure, baignant

tour a tour le pied des côteaux,les blanches mu

railles des quintas , le bord des jardins et des prai

r i es . La douceur de la température, la limpidité

du soleil et le parfum des brises y f ait rêver de

l’Italie , pendant que la nature variée de la végéta

t ion y rappelle le souvenir dé tous les climats tem

p ères du vieux continent . La vigne s ’y couvre de

grappes verme ille s , .le pêcher, l’amandier

,tous les

arbres f ruitie re s de n os’

vergers , y prospèrent ; le

laurier , le palmier, le bananier y conf ondent leurs

f euillages , et relèvent, par la beauté de leur port,l eshaies de nopals et de mimose s presque toujours

fi eurie s ,’ qui enserrent les jardins ou séparent les

LITTORAL D U BRÉSIL . 13

héritages . Quelquef ois , il est vrai, ce vent violent

du sud - ouest que les Buén osérien s appellent

Pampero et les Brésiliens Rebojo ,” déploie

ses ailes turbulentes sur ces belles campagnes , sur

tout dans la sa1son d’hiver, mais il ,y cause rare

ment d’

irréparable s ravages D ’ailleurs le pays

où i a nature ne mêle aucune amertume a ses f a

veurs n ’existe point sur notre globe ou n ’y a pas été

découvert . L ’état florrissan t où les progrès de

l’agriculture et de la c1vilisation ont élevé Porto

Alegue pourrait devenir plus ou moins celui de

la presque to talité de Rio Grande , car, cette

province , d’une superficie de ‘ lieux carrées ,

et comptant plus de 110 lieues de côtes sur une

étendue d e 120 lieues de l ’est à l ’ouest, présente

nécessairement une climatologie variable . On peut

dire cependant que sa température est, en général,celle de l ’Europe centrale ; elle n

’est soumise ni aux

extrêmes rigueurs de l ’hiver_

n i aux brûl antes cha

leurs de l’été . La santé des Européens s ’y trouve

dans les meilleures conditions , et à. l ’exception dequelques fi èvre s particulières aux localité s voisines

de s marais , les maladies y sont rares , et les habitants

atteignent pour la plupart à une vielle sse exempte

d’

in firmités Ajoutons , pour clore cette sommaire

description , que la province de Rio Grande , dont les

confins touchent à. l ’Océan , a la Bande Orientale ,aux Provinces Arj en tin e s d

En tre Bios et de Cor

rientes , aux provinces brésiliennes de Santa Catha

rina et de Saint - Paul , est presque partôut un paysde plaine , couvert de grands pâturage s qui s

éten

dent a perte de vue . On n ’y remarque d’autres

LITTORAL BU BRÉSIL .

montagnes que la SERRA DE MOAR dont la chaîne ,souvent interrompue pour‘ livrer passage ades coursd’eau, descend du nord, tourn e vers l ’occident

,et

finit par reprendre sa première direction . 11 con

vien t de noter cependant que la province est

comme partagée en deux zon e s , par“

un e cordillère

dont le plateau, peu élevé , court parallèlement à laLAGUNA n os PATOS et qui porte le n om de TERRA D OS

TAPES . La partie du pays située en tre cettécordil

1ère et la mer f orme une plaine basse où les

lagunes occupen t une étendue de 80 lieux ; la

région du nord, c<‘

mverte de bois et de broussa illes ,e st toute coupée de rivières ; enfin, les régions dusud et de l ’occident, généralemen t dénudées , n e

présentent, pour ainsi dire , qu’un e vaste et luxu

riante prairie , Où l’on élèv'e de n ombreux troupeaux

de bétail:

Cës in dications suffiront pour f aire comprendre

que—l

’agriculture e st encore peu dévelopée dans l

’in

térieur de la provin ce , quoique le sol y soit d’un e

remarquable f ertilité ; surtout aux bords des lacs1

et sur les rives des cours d’eau . On commence a y

cultiver le riz , le cha.nvre et le l1n ; bien qu ’on y

ait fa it quelques essais de plantation de coton , de

manioc et de canne à sucre , on peut affirmer

qu’en général les végétaux et les arbre s f ru itiers

des belles con trées de l ’Eur 0pe y réuss issent mieux

que ceux de s tropiques .

Grâce aux administrateurs éclairés et plein s de

zèle que le gouvernemen t.

brésilien a placé s depuis

quelques années a la tê te de cette province , e t

parmi lesquels j e‘ne puis m’empêcher de citer le

LITTORAL —EU BREBIL. 15

savan t et honorable Don Angelo Moniz da Silva

Ferraz,auj ourd

’hui ministre des finances , et pré

siden t du conseil, l’organisation de Rio Grande a

f ait, sous tous les rapports , d’

étonn an ts et rapides

progrès . . Peu connus encore de l’

Europe , où la

presse ne s ’occupe presque j amais de ,l

’Amérique dusud, ces progres que j e n e puis moi - même sign aler

ici que d’un e manière bien moomplète; on t ouvert

un e nouvelle ère a cette belle contrée, don t la po

pulation , s i restre inte il y a peu :d’annéœ , approche

actuellement de 400mille âme

Comme il e st f acile de le .compren dre , la cause

prin cipale d’

un e situati on sr prospère est spéciale

ment due , à l ’exten si on intelligen te donn ée avec

persisten ce à l’établissement des colon ies, , a ux

quelles il a été a ccordé par la Providence de t ransf ormer en contrées popul euses les immen ses désertedes deux Amériques .

En 1859, le chifi‘

re total de s émigran tseuropéen s ,f ormant le s 15 colon ie s a gricoles de Bio- Grande ,

dépassait ,le .chifire de 15 mill e indimdus, tous excellen ts travailleurs, et, pour la ÿluPfl»mvenusf amille des bords, du Rhin en du. D anube .

i‘

ouvrage .

5 II .

ILE SANTA OATHARINA .

On compte 90 lieues de navigation entre Rio

Grande et la magnifique bare qu1 sépare l’île de Sta .

Catharina de la terre f erme . J ’y arrivai, grâce ala vapeur, dans l

’espace de 80 heures . Comment.

vous peindre 10 1 ma surprise et mon admiration !

Certes , la n ature a f ait au Brésil un don bien pré

cieu’

x en p laçant sur ses côtes une pareille rade, la

plus spacieuse et la plus sûre de toute l ’Amérique

méridionale , après celle de Rio Janeiro . Elle est

assez vaste pour contenir f acilemen t twt le person

n el de la marine militaire ou marchande dont le

Brésil pourra jamais di sposer, et, comme station de

guerre, elle ofl‘

re des avantag es inappréciables, en

rai son de sa proximité du Rio de la Plata et de l ’O

Que de choses curieuses et intéressantes il y

aurait à dire sur les f utures destinées “de cette‘baie et sur l ’île de S an ta“Cathafi n a , que le travail

1ncessan t du temps et des vaguesga , dit - on, séparée

autref ois du continent

Cette île, don t .la longueur e st d’enwron neuf lieues ,

et la largeur de près de deux lieues et demie,‘

est

peut—être le site le plus agréable de tout le Nouveau

Monde,et justifie pleinement le surnom de PARAD IS DU

BRESIL qui lui a été donné Il est vrai qu’elle n ’a pas

j oui toujours d’une si bonne réputation , et que , dans

la siècle dernier,elle fut au contraire regardée ,

sans doute à cause de son isolement et des dépré

dations des sauvages , comme une région disgraciée,

LITTORAL DU BRESIL . 17

digne—

tout au plus de serwr d ’asile a des proscrits,

d ’où le n om de Desterro que porte encore sa capi

tale.Aujourd ’hui

,que les sauvages on t été

soumis ou expulsé s , ce pays s’est rempli de pai

sibles colons . qu1 se livrent f ructueusement aux

travaux agrmole t ou aux opérations du commerce .

Si quelque poète, passe un j our dans cette île , ,

amou

reusemén t carrossée par les marées de l’

Océan , il

chantera ses pâturages fleuris , se s bocages de

citronniers où le serpent de corail devient chaque

jour plus rare ; il dira le parfum de ses brises , le

ramage de ses oiseaux , le s couleurs brillantes de se s

papillons , de ses plC&fl0 ïS , de ses innombrables

oiseaux—mouches, CET TE CHEVEI,URE n u SOLEIL p our

mm,voyageur emporté par la rapide vapeur, je ne

puis que saluer en passant cette belle hespéride

américaine , et lui souhaiter u n histor1en qui nous

raconte ses merveilles et ses espérances . Je dirai,cependant , quela province - de Santa Catharina , qui

se compose de cette île délicieuse et d’une portion

considérable du continent,présente une superficie

de . 25 lieues carrée s , . un e extension continentale

dont la longueur est de 60 lien s carrées , et la

largeur de 25 lieues , et “finalement , une popula

t10 n approximative de 180 mille âmes . L’agricul

ture et l ’industrie on t encore de grands progrès à.f aire dans cette f ertile région où les productions del

Europe et celles des tropiques réussissent également bien, et où deux colonies d’

éniigran ts sont

auj ourd’hui en p le in e voie de p rOSpérité .

1s‘

LiTTORAL n e BÈÏËSÏ ËE

La traverséeo de Santa Cathari n a a —Bi'

o J aneiroe st environ de 87 lieues”. Je l ’efi

'

ectua i en 27 heure set par un e mersi calme qu

’elle semblait sommeille r .

Bien tôt j’éspperçus la cime rocheuse e t les flancs

tOurmen tés du Pac d’“Açucar (Pa in de Sucre): Il

n i e rappela le Be c de l’Aigle de la Ciotat , sur le s

côtes de l a Provence , et me sembla avoir été placé

la comme un *v1g‘

1e de gran it pour S igna ler aux n a

vigateurs l’en trée mystérieuse de la baie . C ’est

un e pa sse assez étroite ma is sûre qui s’ouvre en tre

deux pics de rochers}portant deux f orteresses ca

pable s , à elles seules , d’

en“ in terdire l’accès aux

plus f ormidables vaisseaux . Celle de droite est le

f ort S ain te - Croix, dominan t un e pittoresque langue

de terr e , et celle de gauche , le f ort S ain t - Jean , qui

apparaît aumilieu d’

une riante < verdure .

A mesure que le» steamer avança it dan s ce sans “

tuaire d e l’Atlan tique , jeme Sen tais sa1S 1 d

’émot ion

et de respect a la vue de c e s îles couronnées de

f euillages in con nus ,.

et qui, grâce a une erreur d

’op

tique ; semblaien t 'ärccourir vers le“bateau comme

autan t de n éréïdé S parfumées de fleurs de ja smin

s’élargiasan t, défila iéut devan t moi, surchargées

d’un e brillan te végétfi icmtropi<æale , de maison s de

plaisance et d’

édifi ces publiiæ t -Af droite ,c’était les

pittoresques j ardins que baigne la petite baie de

Jdrujuba , la Praia de Carahy, San Domingo et

20 LITTORAL DU BRES IL .

parcourir les charmantes hauteurs de la Gloria

J ’apercevais , de ce promontoire, l’île des Cobras

,

touchant presque aux quais de la cité,tellement

qu’au moyen de deux moles il sera f acile de donner

prochainement à.Rio Janeiro un port de guerre etun arsenal des plus spacieux et des mieux abrité s .

Je voyais aussi de l ’autre côté de la baie, l’hô

pital de Jurujuba , qui m’

ofl'

rit plus d ’une ressem

blance avec celui de S airit - Mandrier, s’élevant au

pied du Cap Cépé, sur le bord de la grande radede Toulon . Enfin

, j e pouvais distinguer, dans l’im

mense bassin de la baie s’

en f on çan t bien avant vers

le nord, l’île du Gouverneur

,pareille a un navire a

l ’a ncre, et au sud de laquelle passe la ligne des vapeurs

qui desservent le chemin Maud. Lorsque j ’avais

rassasié ma vue de ce grandiose spectacle, c’était

pour moi un ‘

agrémen t nouveau de descendre sur la

plage unie de Flamengo,afin de respirer les bouf

f ées de la brise marine et de f ouler les blancs tapis

de sable en.

rêvant aux futures destinées du jeune

monde américain .

Je l ’avouera i : si quelque touriste m’eut raconté ,e n Europe, la moitié seulement

“ des choses que j ’ai

vues de mes yeux; j’aurais cru devoir f aire l ’éloge

de son. imagination , mais il m’eût été diflicile d ’ad

mettre la véracité de son récit, tant on est habituédans le vieux monde ase f aire de chétives idées surle. développement social de l ’Amérique du Sud !

Heureusement le Bré sil n e s ’est - point préoccupéde ces injustes appréciations de l ’e sprit européen

Après quelques hés itations , inévitables aux jeunes

Etats , il a f ait comme le philosophe a qui l’

on niait

LITTORAL DU BRESIL . 21

le mouvement, il a marché ; et il a f ait déjà tant de

chemin en avant, qu’il peu dire avec fierté à certaines

nations de l ’Europe — Que signifient vos dédains

et vos orgueilleuses prétefi tion s l Je suis d ’hier, et

je vous ai dépassées dans le progrès , vous dont la

naissance remonte et plus de quinze siècles Vous

en “ête s encore a soupirer après la liberté , et, dans

mes institutions,la liberté coule à pleins bords , se

conciliant parf aitement avec l ’ordre et l ’autorité .

Libre à. vous de retourner a l’enf ance des société s,mais du moins , rendez plus de justice aqui peutvous donner d’

eflicace s exemples de progrès social .

On dira peut—être que l’institution de l’esclavage est

un tache pour un gouvernement aussi avancé que

l ’est de nos jours celui de Brésil : il est hors dedoute que, chez une société qui a le christianisme

pour base, l’esclavage est un e anomalie , une déroga

tion au dogme évangélique, et, par cette raison , il

doit tendre à disparaître du milieu des nations réelle

ment civilisées . Mais le gouvernement du Brésil

n ’a pas inventé la servitude de la race noire au

profit de la blanche . Cette institution s ’est établie

et s ’est propagée sous le régime colonial . Elle est

le f ait des gouvernements européens,qui l’ont

,il est

vrai, successivement abolie , à l’exception de l ’Es

pagne, qui la tollère encore dans l ’île de Cuba .

Ce triste héritage légué par la métropole, a dû

être, dans l’intérêt même des esclaves , provisoire

ment accepté par le Bré sil indépendant . La subite

émancipation des noirs , sans préparation aucune,sans initiation préalable à la liberté , aurait eu pour

résultat, de livrer à la misère , et âr la f aim un e

22 LITTORAL DU BRÉSIL .

n ombreuse population don t on voul aif assur er le

Faut - 11 con clure que le Brésil se con stitue, comme

le f out a cette heure quelques Etats a esclaves de

l’

Amérique du Nord, le déf enseur officieux de l ’es

clavageî Un e telle assertion serait calomnieuse .

Les hommes qui , sous le s heureux auspices de D .

iPedro H ,dirigent en ce momen t les afi

”a ire s du pays ,

son t trop éclairés pour ign orer qu’il existe aujour

d’hui, dans les deux mondes , un e opinion contre la

quelle aucune con troverse ne saurait prévaloir . Or,

ce tte opinion toute puissan te a con damné san s appel

le principe qui fa it de l’homme la propriété de

l’

homme , et l’

autorise a vendre ses en fants Comm

les petits de l ’anima l L’

abolition oifie ie lle du ser

vage des noirs n’

est don c plus au Bré sil qu’

une

afia ire de temps. Déjà des éor1va1n s brésilien s,hommes aux pen sées gén éreus es , préparen t chaque

j our l’évèn emen t pa cifique d’une réforme pour la

quelle leur pays se trouve dan s des condi tions plus

avan tageuses que n e le son t les États a esclave s de

l’

Un ion Américaine , Il e st de f ait que le régime

auquel sont soumis les Nègres brésilien s e st géné

ra lemen t ae xempt …d e ce s rigueurs inhumain es qui,ailleurs , le ren dent si odieux. De plus, et ceci

est très—importan t, des moyen s de se libérer son t

laissé s à tout esclave laborieux et capable de sen tirle s avan tages de la libe rté . Ce s circon stan ce s qui

sen t déjà un achemin emen t vers l’émancipation

défin itive de la race n oir e, permetten t d’

eSpéreï

que l’

heure n ’e st pas éloign ée où le Brés il fe ra dis

paraître de son se in un in stitution que repoussent

L1TTORAL‘

Ï )U »

'

BRËSTLÏ

ses tendanceslibérales et qui fin irait par deven irun?obstacle

à la colonisation de se s

S i, main tenant, j ette un coup d’oeil rapide sur

le territœre neutre de la ville de Rio J aneiro , terri

toire qu’il ne f aut pas con f ondre avec celui de la’

province du méme nom, dont Nitherohy est la

capitale,j e trouve que rien n ’est plus pittoresque ,

plus riant que le s enwron s de la métropole du

Bré sil . La campagne , où s’élèvent des milliers de

gracieuses quintas , est tr0p accidentée pour etre

propre à la gran de culture , mais ,

]a T ertilité‘

du sol.

et la certitude de trouver sur les marchés de la

ville un sûr débouché pour les produits agri coles,

y* sont un pui ssant stimulant pour une foule de

petits propriétaires qui ont réussi à recueillir dansleurs champs la plupart des f ruits de l ’Ame r1que et

de l ’Europe .

» L’abon dan ce des eaux , la sérénité

habituelle de l’air et la chaleur du soleil , ag1ssan t

simultanément sur la végétation ,. lui donnent un eluxuriance réellement merveilleuse. La f amilledes légumineuses se trouve la au grand comple t,ainsi que celle des f ruits à n oyeaux Mais le s vê

gétaux que l’on cultive avec prédilection sont la

mandioca , dont la racine f arineuse est l ’aliment le

plus ordinaire du peuple ; l’ign ame qui , planté au

bord de s ruisseaux, donn e un e 1n croyahle abondance

de tubercules et de tiges , constituant un excellent

* Îfies’

nègres auBréäîl‘

pèîfi éhîä sê .crê ër un e position honorable , et

exe rce r le s profe ssion s e s plus di n e s . C’e st a in si que , a la pathédra le

dê Ëio Jan e iro, lamesse de mid1 est Célâbi‘éê

parun e èelësiaa uen e assez agé et arf aiteme n t re spe ct Il n ’

e n e st as de 1ê 1heËks Ëtm a és ê S‘

dè l’un isn'

Ama—icaîfi ë , ou laÊ1èg'

æ, iii ê îfi é

a ffran chi , e st toujours regardé comme un e ,chose , jamais .comme,

un homme .

24 LITTORAL DU BRÉSIL.

comestible ; le capin et le millet f ournissant unf ourrage copieux dont on nourrit surtout les vaches

laitières . On y cultive aussi de nombreuses varièté s de haricots , le coton , la canne à sucre , le tabac ,et spécialement le cafi er , qui f ournit des produits

con sidérables à l ’exportation , bien que son acclima

tion ne date guère que d ’un demi - siècle .

Près de quitter un ville a laquelle la résidencede la Cour brésilienne

,des Chambres et des hauts

f onctionnaires de l ’Empire donne nécessairement une

importance et une physionomie exceptionnelles , qu’il

me soit permis d ’ajouter ici quelques détails spé

ciaux,recueillis dans mes voyages , et qui prouve

ront aux plus 1n crédule s que la prosœrité du

Brésil n’est plus aujourd’hui à. l ’état probléma

tique .

POPULATION .

La population approximative de la ville de Rio

Jan e 1rqest de 350 mille habitants, de toutes les

nuances de couleurs , et parmi lesquels se trouventdes étrangers de toutes les régions du globe .

ECLAIRAGE AU GAZ .

C ’est au zèle et à l ’activité du Baron de Man a

que Rio Janeiro est redevable d’être la ville la

mieux illuminée du Nouveau Monde ; la Compagnie

qui lui doit sa création n’a pas cessé depui s cette

époque de f onctionner ave c un succès qui va tou

jours e n progressant . Les chiffres suivant pourront

en f ournir la preuve

LITTORAL DU BRES IL .

E'

OLAIRAGE .

Privé.

On comptait en 1855, becs de gaz . 950 id .

en 1856 . id . id .

en 1857 id . id .

e n 1858 2 id . id .

en 1859 . id . 4,309 1id.

en Issu id. 4 ,szs au.

La 25 f évrier, 1860 , l’

e nsemble de s tuyaux

conducteurs occupait un périmètre de 100 milles

d ’étendue . A cette date , le s ervice de l ’éclairage

public, tel que peuvent l’alimen ter les magnifiques

usme s d’Aterrado , avait à peu près atteint ses der

n ière s limités mais l ’éclairage des maisons de s

particuliers promettait de prendre encore de l ’e x

tention ; a tel point que la Compagnie se trouvait .

momentanément dans l ’impossibilité de satisf aire a

toutes les demandes qui lui étaient adressées .

On comprend a isément d ’apres ceci , que la situa

tion financière de cette Compagnie soit un e des plus

brillantes du monde industriel . En effet, pendant

que le prem1er dividende séme striel de 1855 pré

sente une somme de 12 mille reis par action , le

dividende correspondent de 1859 s ’élève à la somme

de 21 mille r eis , également par action . Des docu

ments officiels que j ’ai sous les yeux établiss ent,en

o utre , que les bénéfices des actionnaires , pour 1860 ,devront s ’élever au 14 et ils ne sont pas au bout

de leur période ascendante ! Inutile de dire que le

placement des actions , dont le total s’élève

26 LITTORAL D U BRÉSIL .

a raison de reis l’une , est complètement

épui sé .

*

CHEMINS DE FER .

Je commence par celui de Pétropolis . S on inau

guration remonte au 80 avril 1854 ,époque où fut

l ancée la première locomotive ' qui ait f oulé le s ol

brésilien . C ’est a cette Occasion mémorable que

D n . Evan gélista Irèn ê o de Souza, Directeur de la

Compagnie f ondatrice , et déjà. honoré de plusieurs

distinctions pour des services rendus au pays,reçut

de S . M . l’Empereur le titre de

'

Baron de Mauâ.

L ’histoire de ce chemin mérite d’être mentionnée,

car elle n ’est pas une légère preuve de ce que peut ,pour la réalisation d’une oeuvre importante, le génie

e t la persistance d ’un homme dévoué aux intérêts

t a la gloire de son pays .

Il f aut savoir d ’abord que Pétropolis est une

ville encore n aissante , située dans les gorges de la

Serra d’Estrella , au nord de Rio Janeiro , et a 800

pieds au - dessus du niveau de la mer . C ’est un site'

enchanteur où n ’arrivent j amais , les fi èvre s qui semontrent par f ois dans les lieux voisins des maré

.c ages . On y j oui t d’une vue magnifique et d ’un

paysage dont on peut se f aire une idée en se représen

t ant un rustique dessin de la Suisse, embelli de la

g randiose végétation équatoriale . En 1887, un

misérable village, du n om de Corrego Secco,

étendait ses'

chétives cabanes dans ce‘

lieu char

mant , lorsque D . Pedro 1e r entreprit d ’y établir

une colonie d’Alleman ds : Les troubles politiques

300 ,000 r eis, au chan ge de 360 re is le f ran c, représen ten t la

somme de 833fran cs .

_

2s LITTORAL -DU BRESIL .

la grande route de Pétropolis à. Jui z de Fora, laquelle n ’a pas moins de 150 kilomè tres et traverse

les cen tres peuplés et - producteurs dei

la province - de

Bio Janeiro , la Compagnie de l’Un ion et In dustr ie

f aisait du cheminMan aune artère de première ligne .

Il est certain que dès lorscette dernière e ntreprise

est entrée dans une phase prœpère ; Mr . de Maué

n ’a point balancé à déclarer que, désormais , il n’

au

rait plus besoin de soll iciter les secours de l ’Etat , et

il a pn , en 1860 , payer aux action naire s un divi

dende de 5 Cette situation ne pourra que

s’

amé fiorer_

encore en 1861 , car c’est dans le cou

r an t de cette année que la route rurale sus - msn

tion n ée sera poussée jusques au se in“

même de, lapr ovince de Minas _

_

Geraes,et augmen tera con sidé

rablemen t, pour le chemin de Man a, le nombre des

voyageurs et des transf erts commerciaux .

On peut,par cet appendice, juger de l’importanc e

qui s ’attache aux grandes routes publiques , et spé

cia lemen t acelle tracée par la Compagnie de l ’Un ionet Industrie . Non - seul ement cette derni ère ouvre

un écoulement aux récoltes de caf é et aux autres

produi ts de Rio J aneiro, mais en core, longeant la

p ittoresque vallée de Piahabanha , elle traverse le

Parahiba et gagne la vallée de Parahibun a , où

s ’arrêtent les travaux actuels . Elle assure aux habi

tants de ces contrées le moyen d ’en exporter les pro

duits avec une économie de 60 Cette route ,complètement achevée, devra toucher a la barre durio de las Velhas,gran d tributaire navigable du ma

je stueux .S an - Francisco c ’es t di re qu’elle est destinée à. f avoriser puis sammen t les intérêts commer

l\D

ŒDLITTORAL DU BRESIL .

c iaux et agricoles de plusieurs provinces .

Ce chemin de Mauâ. me rappelle u n e opération

q ui f ait le plus g rand honneur aux talents de l’in

gén ieur Mr . Milligan . Il s ’agissait de substituer

aux dix ponts de bois , détériorés par la vétusté e t

supportant les railways , autant de ponts en f er .

D ans le cours d’une année , cet échange fut heu

reusemen t accompli sur neuf points diff érents .

Restait aremplacer le dernier pont , celui de Bonza,lequel par sa longueur

,qui n’est p as moindre de

184 palmes (près de 87 mètres), offrait de sérieuses

diffi culté s , attendu qu’il f allait f aire cette substitu

tion Sans que la marche des convois fut interrompue

ou troublée . Sur les plans de Mr .Milligan , un pont

de f er fut don c construit a upr ès du vieux pont de—bois vermoulu, et, en quatre heures de temps ,

"0

travailleurs,dirigé s p ar le vigilant et inf atigable ad

min istrateur Payne,exécutèrent ce tour de f orce e t

d ’adresse sans le plus léger accident .

Grâce à cette hardie réparation ,le chemin Man a

pré sente une parf aite sécurité aux voyageurs qui ,des bords de la baie de Rio Janeiro

,veulent se ren

dre au pied de lamontagne d’Estrella , où des voi

tures les attenden t pour les transporter à.Pétr0polis .

CHEMIN D E FER. DE D ON PEDRO I I .

Cette voie , dont l’initiative est due à. l ’Empereur

actuel , est la base d ’un système de railwa.ys destiné

à. chan ger u n j our la f ace du Brésil et même del ’Amérique

,

méridionale . Jusqu’à. nos j ours , on a

rêvé la chimérique j onction de s grands fleuves amé

so LITTORAL DU”

BRESIL .

ricains par d’impossible s canaux . C ’est aux loco

motives à trancher la question . Une ligne f errée

partie“

de Rio Janeiro va f ranchir le Parahiba, éten

dre ses ramifications dans Minas Geraes,Bahia

,

Pernambuco ; passer le San - Francisco,irradier dans

le Bré sil septentrional, toucher a la rivière des

Amazones et unir le Rio Negro a l ’0 rén oque . Un

autre système , parcourant Saint—Paul et Mato

Oroso , se reliera au‘ Pérou, à la Bolivie, et de là.,

aux ports du Pacifique , tandis qu’un troisième'

ra

me au ,

'

se déployant au sud , traversera Rio Grande

et la Bande Orientale,pour toucher aBuén os Ayres,

au Rosario , a Cordova, et‘ de la s

’avan cer vers le s

Cordillèœ s pour donner la main aux chemins de f erdu Chili . T el est le plan qui est en train d ’

exécu

tion et qu1 certainement sera réalisé avant un demi

siècle . C ’est là,quoique l ’on dise , une entreprise

glorieuse,et dont la seule idée f ait plus d’honneur

au prince éclairé qui est a la tête des libres in stitu

tions du Bré sil que la f astueuse érection de ces

inutiles t as de pierres , élevé s jadis par les Pharaons

sur les sables du Nil , et même que la'

manie toute

moderne de remplir les capitales d’hôtels et de palais .

Le chemin de f er de Don Pedro II se composera

de trois sections .

La première section, de 88 milles et demi anglaiset allant de Rio Janeiro et Bélem, est seule livrée à

la circulation .

La deuxième section, où la nature semble avoir

a ccumulé tous les obstacles , ne comprend pas moins

de 12 tunnels , dont le.

plus court et 800 pieds , et le

plus long 7 ,040 pieds . Le total des distances par

LITTORAL DEBRESIL . 31

courues par les tunnels est de pieds ; celle

de la section se terminant au confluent du Pirahy

et du Parahiba est de 18 milles .

La troisième section ou embranchement de Minas

comprend un assez grand nombre de stations et

touche .défin itivemen t à Porto Novo de Cunha

La longueur de toute la ligne , depuis Bio Janeiro ,sera de 252 milles .

CHEMIN DE FER DE SAN—PAULO .

Cette ligne qui part de Santos,ville maritime de

la Province de San Paulo , se termine provisoirement

à Jundiahy , dans l ’intérieur de la même provin ce .

C ’est le tronc d’un système de railways dont les ra

meaux sont de stin”

és“à s ’étendre vers Campinas ,

Limeira, Bio Claro , et a irradier un j our vers les

rives du haut Paran é Minas Geraes et Mato

Grosso . On comprend des lors toute l ’importance quis ’attache à cette ligne dont la concession a été ac

cordée , le 26 avr11Â1856 , aM.M. leMarquis de Mont

Alegre , l’honorable Conseiller José Antonio Pimenta

Bueno , et le Baron de Maua.

Je n ’ai pu visiter qu’imparf aitemen t l

’ensemble

des travaux , mais je puis affi rmer qu’ils étaient

poussé s avec une activité et une intelligence quif ait le plus grand honneur à Mr . James Brun lée s,l ’ingénieur en chef . Cette voie

,qui se compose de

8 stations : Santos , San Paulo et Jun diahy, aura

l’avantage d ’ouvrir l ’intérieur de la'

provin ce au com .

merce brésilien . Je ne puis mieux compléter ce

que j ’ai dit sur les chemins de f er brésiliens qu’en

rendant hommage aux hommes d’État comme aux

LITTORAL DU BRESIL .

ingénieurs qui en on t approuvé le s plans ou qui e ndirigent les travaux ; leur activité , leur in telligence

et la bonne harmonie qui règn ef

parmi eux leur fontle plus gran d honn eur , et rendent on ne peutpluslégitimes les espéran ces de tous les amis du Brésil .” Parmi ces homme s dignes de la reconnaissan cedu NouveauMonde , j e me plais à citer Mr . le Président Ottoni , dont les talents et l ’énergie on t trion

a

phé de toutes les difficulté s ; le major Ellison , amé

rwa1n du nord , qui, a titre d’ingénieur en chef , a

pré side aux travaux d’étude!

et d ’exécution ; l ’ins

pecteur Général Mr . Vlemin ox , homme instruit,intelligen t et de l ’afiabilité la plus aimable al ’égardde s étrangers .

L ’heureux succès de l’entreprise e st p rincipale

ment dû a l’activité de ces personnages , parf aite

ment secondé s d ’ailleurs,par les chef s de service ,

les employé s , mécaniciens, constructeurs , ouvriers

belges , f rançais ou anglais, placé s sous leurs ordres

Je ne puis me résoudre à quitter la capitale de

l ’empire bré silien sans dire quelques mots de cet ou

vragemonumental , eff ectué dans l’île des Cobras et sur

leque l .M. Henri Laiv, ingénieur civil, a bien voulu

me donner les plus intéressants détails . Lorsqu ’il

a pris la direction des travaux , aucun plan n’avait

encore été adopté ,pour la c onstruction du dock .

On s ’était seulement o ccupé de déblayer une p artie

considérable du terra in montueux où il devait être

creusé ; mais le 6 j anvier 1887 après l’ad0ption

définitive de s e s plans , l îin gén Ïeur an g la is procéda

LITTORAL D U.

BRESIL . 33

al’ouverture des travaux en présen ce de l ’Empereur

et des premiers f onctionnaires de l ’État ..

Ce qui f ait la, beauté spéciale dé ce dock , et lui

donne un avantage que—n ’on t pas l es magnifiques

bass ins de carénage de Brest et de Toulon , c’e st

d ’être entièrement tail lé dan s, la roche v1ve .. Elle

est f ormée de gne is, vein é de trap et de qu artz , e t

pré sente quelque s déf ectuosité s dans s a compos i

player le fluide galvanique ,‘

en se . servant de batte

ries de f er et de zinc dont l ’action éta it augmentée

par l’effet dilatant de l ’acide sulfur ique .

En f aisant jouer» simultanément plusieurs min e.—S

on a pu parvenir a couper la roche aux points oul ’on

voulait et san s avoir égard à la stratifica tion .

Puis, au:moyen de machin es à. vapeur on a retiré

les f ragmen ts de rocher du fond de l ’exœ vation .

La lon gue ur du dock e st de 800 : pieds à l’orifice ,

e t. de 286 au f ond . La larg eur, qui e st de 92‘

piedssupérieure , e st; de 80. pic,d a la . partie

la plus basse . La profondeur du bass in est de 88

pieds et celle de ; l ’eau de 28 . Les parois in térieures

sont taillées en degré s qui on t chacun 5 pieds: de

lon g sur un pied de hauteur .,Ces marches doivent

se rvir non—seulement a rendre toutes les parties dudock accessibles aux ouvriers ,mais encore a recevoir

les étais pour étan çonner les vaisseaux en radoub .

Au pourtour du dock sont deux galeries : un e a 8

et l ’autre a 18 pieds ati —des sus du sol En outre ,dén i; prof ondes entai lles se trouvent au centre de

chacun des côté s ; elles ont un e lon gueur respeŒireds» 90 pieds et zscnt . séparée s par una

—e space d c 70

34 LITTORAL Bu“

BRESIL .

pieds . “‘

La destination de"

ces entailles ou excava

tions est de recevoir les’

roues des vaisseaux avapeur.

L ’entrée du dock a 70 pi eds de largeur et se

f erme par une ca1sson ou porte mécanique en f er ,construite de manière à ce que la partie supérieure

présente un pont , afin de passer d’un côté a l ’autre

du bassin . Cette porte ne j oue pas de la f açon

Ord1n a1re , mais elle est appuyée sur les extrémité s

du » dock et maintenue en place par la pressionmême

de la mer, pesant sur le caoutchouc élastique vulca

n isé dont la Surf ace du caisson est revêtue . L’eau

elle—même élève ou abaisse le caisson , selon qu’elle

entre par l ’écluse ou s ’échappe par le tube a

siphon .

Le dock se remplit au moyen d’un robinet_qui

traverse le corps du caisson , et se vide a l’aide de

deux f ortes pompes mises en mouvement par une

machine à vapeur de la puissance de 40 chevaux,placée dans une construction attenante . Il y a la, du

reste,au service du dock , deux pompe s ,deuxmachines

a vapeurs et deux chaudières , et lequel que ce soit

de ces engins.

peut f onctionner avec chacun des

1 Tel était l’état du dock lorsque j e l’ai vu en no

vembre 1860 . L’ouvrage était a peu près fini ; il

n e s’agissait plus que de f aire sauter la paroi de

roche,laissée jusqu’alors a son entrée pour en in

terdire l’accès à la mer . Voici comment on se

proposait d’exécuter cette Opération Deux tunnels ,

pratiqué s dans la cloison,devaient recevoir chacun

un e boîte contenant mille livres de poudre à canon:

Au moment fixé , une batterie galvanique mettrait

se"

LETTÔRäAL nu BRESIL.

Il existe d’Europe a Bio Ja n eiro , e t VIOE - VEBS A,

deux services de bateaux ‘

»â. vapeur ou sæ m ers .

Un anglais, partan t de Southampton le "

9 de

chaque mois et touchan t à Rio Jane ir o en 24 j ours .

chaque mois et touchant à Rio Janei ro en 2 1 j ours .

De la ‘

câ.pitale du Brésil , deux'steame rs , de dimen sion

inf érieure , continuent la ligne jusqu’â.Monte—Video e t

la P lata ouils a rrivent apr ès 5jours*de navigation .

Le Bré sil p ossède lui—même de nombreux s ervices

à vapeur, entretenus par des c ompagnies dont plu“

sieurs sont subventionnées de l ’Etat . La princi

La Compagnie impériale , f aisan t le service du

littoral bré silien par deux lignes don t -

.les bateaux

partent tous les quinze jours de Rio Janeiro la ligne

du sud qui touche à. Santa Catharina, à Rio Grande

et s ’arrête a—Monte - Video , d’où le bateau repart , 42

heures après, pourBio Janeiro , & c . La ligne du nord

qui touche aBahia, Maceio , Pernambuco , Parahiba,

Natal, Cearé, Maranhao , et s

’arrête à Paré, où le

vapeur stationne 86 heures et repart après pour Rio

Janeiro .

Plus ieurs autres lignes relient entre elles les pro

vinces du littoral , et rendent amsi les plus grands

services en f acilitan t le s t ran sa‘

ction s des commer

ça n ts et la c irculation des voyageurs .

P our a chever de donner un juste idée de l etat

prospère de la civilisation bré silienne , j e dirai queRio Janeiro possède une académie de médecine ,un institut historique et géographique , un institut

LITT ORAL D U BRESIL. 37'

commercial, un e“in stitution *pour les en f an ts a veu

gles,une autre pour le s s ourds et muets ; un hOs

pital «de la Miséricorde et un lazaret,‘

une académie des beaux - arts , un

“conservatoir‘e «de musique

et un e école de €décla in ation dramatique , un musée

national, un e bibliothèque publique de 100 mille

volumes, une académie de musique, deux théâtres

lyriques , & c .

PONTA D ’AREA .

Cette localité ,‘

S Ituée sur le bord or iental de labaie de Bio -Jane1ro et qu

’une c olline ' sé“pare de

Nitherohy , renf erme un e trè s-”

belle f onderie d’ou

vra ge s en f er et en bron ze.. Cîest encore une créa

tion de M . de .Maué, qui en a doté l e pays le 1er

juillet 1854 .

”Elle rend les plu s grands service s/

en

livrant chaque jour au gouvernemen t et à. l ’industrie

une f oule d’ouvrages qu’il f allait autref ois aller

chercher à. grands f rais dans les ateliers de l ’Europe .

On y a coulé 8 bombardes en bronze et de grande

dimension , pour lancer des boulets et des grenades

divers engins de guerre , et 10 colonnes a phare

pour les rives de l ’Amazon e . On y f abrique toutes

sortes d ’ouvrages en bronze pour décorer le s

maisons , les édifices publics , les j ardins , les tom

beaux ; des tuyaux, des lampadaires pour le gaz ;des ustensiles pour la boulangerie et tous les métiers

,

des agrès pour les navires , & c . La f onderie

de Ponta d’Area construit aussi , en grand nombre)

d e s bateaux à vapeur et '

de s pont s en f er , des chaudière s e t

des machines de tout genre . Lavaleur des

œuvres de cette u sin e, qui e st'

un —‘vrai titre de gloire

pour celui qui l’a c réée , =

a été, dès la première année ,

gs LITTORAL nu

de 800 f rancs,don n an t‘

pour la Çompagn ieun bénéfice net de 534, 800 f rancs .Cet établissemen t , où ,

le s travailleurs de tous les

pays sont admis sans distinction de national ité,

occupait, quand .j e l’ai vu, . 666 ouvriers , dont 209

bré siliens , 200 portugais , 41 ang lais , 11 allemands ;7 f rançais , 7 belges , 2 su1sses ,4 espagnols , 1 italien ,

10 chinois , 124 af ricains et 50 créoles .

FABRIQUE D E BOUCHES STEARIQÜES .

Je pu1s a peme mentionner ici cet utile établisse

ment, qu1 se trouve, depuis cinq ans , sous la direction

de M . J A ,Ferrei ra de Almeida, et qui

“produit

actuellement 800 livres de bougies stéariques par

j our . Il en doit produi re à pré sent plus de

par l’emploi d ’un e machine qu’on attendait

France .

n ’ai f ait que peu de seJour a .Bahia , mlle Spé

cialemen t f réquentée du commerce européen , et ,toutef ois , médiocrement connue sous plus d

’un rap

port . Elle e st située au n ord - est et à.240 lieues de

LITTORAL DU BRESIL .

39

Rio Janei ro , distance que les steamers de la Com

pagn ie b résilienne du nord f ranchissent en‘ trois

j ours .La position la plus avantageuse pour bien jouir“

du panorama de Bahia est celle du n avire qui se

pré sente à l’entrée de la baie de Tous—les - Saints

On p eut alors la voi r dans toute sa pittoresque et

originale beauté,déroulant, au pied d’une montagne

e t sur une étendue de plus d ’une lieue , le double

amphithéâtre de ses sveltes maisons .

Celles de la ville basse f orment une labyrinthe de

ruelles étroites et tortueuses ; elles ont l’ai r de se

presser sur la plage afin de tremper leurs pieds dans

lamer . Au contraire , celles de la \ville haute , élé

gantes , aérées,ceintes des f euillages et des fleurs

de la Flore du tropique , paraîssén t regarder in diñ‘

é

remmen t l ’Atlan tique avec sa houle blanche , ses

larges bancs de sable , ses plaines verdâtres , sillon

nées par les embarcations des pêcheurs de baleines .

A peine descendu dans les rues de la ville basse ,vous vous trouvez au milieu d ’une f oule compacte

de vendeurs , d’acheteurs , de commis , de voyageurs,

de gens afia irés parlant tous les i diomes du g lobe .

Prenez garde surtout d’être heurté par ces colosses

noirs qui marchent ensemble et d ’un pas mesuré

par un chant monotone . Chacun s ’écarte a leur

passage,car ils portent, suSpen dus a des madriers ,

d’énormes barriques de‘

caf é , des ballots de coton ,des sacs de riz , tous les produits que —…la riche pro

vin ce de”

Bahia échange avec le resté dumonde .

Ne croyez.

pas que ce soit par hyperbole que j e donnel ’épithète de riche a cette partie du Brésil f L ’ex

40 LITTORAL DU BRESIL…

pression dont je me sers est ici toute vraie , toute

positive . La province de Bahia, qu’on peut regar

der comme la plus ancienne de l ’Empire , est richen omparativemen t , en population , puisqu

’elle a plus

d’

un million d ’habitants ; elle est riche en belles

f orêts remplies de bois recherché s pour l ’ébén isterie

et la construction ; riche en:produits agricole s , car ,outre ceux que je viens d’én umérer , elle f ourn it

encore la canne à sucre , la cannelle , le cacao , lamandioca , le j alapa , l

ipécacuanha et un . nombre

prodigieux de plan te s médicinales ; e lle est riche

en oiseaux; admirables par leur plumage , leur .

—grâce ,

leurs variétés infini es , parmi lesquels on peut ré

marquer les aras , les tucan s , des légions de perro

que ts e t de passereaux merveilleusement coloriés ,de s nués d’oiseaux mouches q1£on prendrait pour

de s fleurs volantes ; elle est riche, enfin , en métaux

précieux , en minéraux de tout genre , puisqu’elle

possède les min es de diamants de S incora, e t , de

Le n coes , de s mine s d’

argen t, de f er , de cuivre , de

marbre et de houille .

Bahia, capitale de la, . province et secon de vilLe

de l ’empire brésilien , a un e population de 170: mille

âmes , et un pe rt q est un de s, meilleur s de l’

uni‘vers , soit pour les n avires

"

de guerre , soit pour lesnavires marchands,, qu

’on y voit arriver, de tous le s

ports des ,deux continents.

Il existe a Bahia trois banques de commerce ,cin q maisons, de crédit, des fabriques:de tis suS , d€ S

rafin erie s de sucre et de savon ; un musée , un e

bibliothèque publique , un e f aculté de méde cine, un

archevêché, et un e foule d’

établissements et d ’

LITTORAL nu BREsIL. 41

fice s publics .Le mouvement commercial , ré sultant de l

impor

tation et de l ’exportation,opère sur une valeur

de 144 millions de f rancs . Il occupe annuellement

une moyenne de navires .

Le revenu public dépa sse 24 millions de f rancs .‘

N,ul doute

,d ’ailleurs

,que l ’achèvement du che

min de f er , qui est en pleine voie d’

éxécution ,ne double en peu de temps , le nombre et l

’impor

tance des transa ctions commerciale s de ces deux

pr ovince s et n ’augmente considérablement le chiffre

de leurs reve nus

P E R N A MBU C Q

La noire fumée du steamer s ’élève et tourbillonne

dans le bleu du ciel . Je dis adieu à Bahia et me

dirigé vers le nord , s aluant a mon pass age Condé :

Sergipe , Maceio , où j e m’a rrête quelques heure s ,

et un e f oule d ’autres villes à demi—cachées s ous les

palmiers , et bordant une côte rocheuse qui semble

voulo ir se rapprocher touj ours plus du Vieux con

Me voici enfin a Recif e , a Pernambuco , a Olinda .

'

42 LITTORAL DU BRES IL.

Si vous êtes bien aise de vous f aire une juste idée

de la situation topographique de ces trois v illes qui

n ’en f orment aujourd ’hui qu’une seule,transportez

vous”

sur le cap verdoyant où se trouve Olinda ,très - florissan te autref ois mais qui n ’est plus guère

à; cette heure qu’un gracieux f aubourg de_

Pern am

buco, ou plutôt un groupe .de solitaires villas où

l ’aristocratie de cette dernière cité va passer, a

un air pur et f rais , les mois de la chaude saison .

Arrivé sur les hauteurs d’Olin‘

da , vous aurez , à,

l ’est , l’

Océan sans limites ; au sud, aune petite lieue ,le port de Recif e , f ormé par la mer et deux rivières

navigables : le Biberibe , qui , venant des environs

Olin da , longe constamment la plage dont il f ait

un isthme, et le Capibaribe , dont les deux branches ,après avoir en lacé Pernambuco ou le nouveau

Recif e de leurs méandres , vont se jeter, l’une dans

le petit port des Af ogados , l’autre dans le grand

port marchand . Toute la côte est déf endue par

cette longue cordillère sous - marine qui , de Santa‘

Catharina juqu’

au Para, cotoie le littoral américain .

Au nord et à l ’ouest vous découvrirez de gracieux

paysages , des f orêts , des vallons , des plaines cul

tivée s , des cours d’eaux et des prairies naturelles .

La position de Pernambuco entre les deux fleuves

et la mer qui la baignent lui donnent une certaine

ressemblance avec Venise ; seulement avec ses élé

gantes gon‘doles et son golf e qui sommeille toujours,la reine de l ’Adriatique est d

’une physionomie plus

douce et plus calme que la ville brésilienne , entourée

d ’une nature encore a demi—sauvage et des vagues

indociles de l ’Océan .

LITTORAL D U BRESIL.

ËA R A H I B A .

J’ai f ranchi l’embouchure du Parahiba— le fleuve

aux claires ondes— et j ’arrive , après quatre lie uesde navigation , à une pe tite ville de 20 mille âme squi répare chaque j our ses ruines . Cette ville est

Parathiba , capitale de la province de ce n om. Une

même ‘appellation pour trois choses diff érentes ! Le

laconisme de Sparte n ’avait pas a tteint j usque —là..

Que di rai - je de l’aspect que présentent la ”ville et

le pays au voyageur qui arrive par mer ? Figur a t

vous plusieurs amphithéât‘

œ s de mon tagne s superposées les unes aux autres , et la issan t courir entre

elles de j olies vallées , de f rais et agrestes lointains

vous aurez un image pa rf aite de cette iterre quasi

équatoriale . C ’est l ’Helvétie , moins ses chalets e t

ses glaciers .

La province de Parahiba , qui n’a que 28 lieue s

de littoral, s ’enf once 120 lieues vers l ’ouest, et .va

toucher a la cordillère de Borborêma , qui la sépare

de la province de Cearé et d ’où se précipite , entre

es rochers , la source torrentielle du rio Parahiba .

Ce fleuve et son a ffluent principa l , le Guarabu, sont

les seuls cours d ’eau considérables qui arrosent ce

pays , où règne toutes les années une saison sèche

de six à huit mois . Dans la ‘haute région du Pa

rahiba , le sol e st aride e t stérile il est de médi ocrequalité dans la partie moyenne , et d

’une f écondité

remarquable dans la basse région et le voi sinage

des fleuves . L’air y est pur et salubre , et les cha

leurs de l ’été sans cesse tempérées par un f rais

LITTORAL n u BRESIL . 45

vent demer . Jusqu a ce j our, l’agriculture a peu

prospéré dans cette province , Où l’élève du bétail

laisse elle—même beaucoup à désirer . La vie nomade

et désœuvrée d ’une grand nombre de ses habitants ,dent —le total ne dépasse pas 100 mille âme s , contri

bue beaucoup à entretenir un état déplorable de

misère et de dissolution . Après cela , n’allez pas

vous hâter de croire que le Parahiba ait été de shé

rité de tous les bienf aits de la nature . Se s riche sses

minérales sont immenses ; et ses productions agricoles

pourraient être aussi importantes que variées . Ce

dOn t le pays a besoin , c’est de bra s et d’une bonne

administration . L e gouvernement brésilien l ’a

compr is , et, depui s quelques années , il f ait de lou

a bles efforts pour encourager la culture des terres ,f aire naître l ’activité , appeler le commerce , et relever

le moral de la population . Déjà d’heureux résul

tats 0 n t été obtenus , et l’échelle s ’en agrandira

progressivement en persistant amettre en pratique

le sage système administratif appelé à régénérer

cette partie du Bré sil .

Je i1e puis mieux terminer ce que j ’avais à dire

sur la situation actuelle de cette province qu ’en

traduisant ici un passage d ’un rapport adressé , en1860, a la chambre provinciale par Mr . le docteur

Diego Velho Calvacan ti d e Albuquerque, aujour

d’hui représentant, et antérieurement , gouverneur

du Parahiba . Ce document officiel, que je dois àl ’obligean ce tout amicale de s on auteur, prouve à laf ois l ’importance des ressources de cette p rovince ,et la sollicitude du gouvernement pour la mettreamême d ’en tirer les plus gran ds avanta ges .

46 LITTORAL DU BRÉSIL .

NAVIGATION A VAPEUR DU RIO PARAHIBA.

A la prospérité de cette entreprise naissante serelient des intérêts de la plus haute importance

pour la province , et particulièrement pour l ’ave

nir de sa capitale .

“Avantageusement soutenue par les subventions de

la province et celles de l ’État, la Compagnie f on

datrice se trouve dans une situation brillante et

qui promet de la durée“Il e st à espérer que bientôt cette Compagnie , dans

ses propres intérêts , f era j ouir des avantages de la

navigation à vapeur d ’autres localité s , au - dessus de

la capitale ; et si l’esprit d’association, encouragé

par l’exemple , vient a se développer convenable

ment, dans un prochain avenir, l’état de la pro

vince aura complètement changé de f ace . Peut

être alors sera - t - il possible de réaliser le plan de la

j onction des rios San - Francisco et Parahiba paf le

moyen du Caninde et du San—Joao , car, d’après des

renseignements dignes de f oi , ces deux fleuves n e

sont séparé s que par un espace de 20 lieues de

plaines .

I

AGRICULTURE,ELEVE n u BETAIL , MINES , ET C .

Je'

n e touche que légèrement a ces matières ,ne voulant qu

’in diquer ici les immenses richesses

qui existent dans la province , où elles gisen t ca

chée s ou inexploitées en attendant des bras et des

capitaux qui les tirent de dessous terre et les f assentcirculer . L ’agriculture est presque nulle . C ’est a

peine si les f ertiles rives du Parahiba et les ex

cellen ts terroirs des mummpes de San Gonzalo,

LITTORAL DU BRÉSIL . 47

Valença,Bom Jcsus “et Parnagua, produisent

quelques denrées , absorbées par la consommation

locale . En attendant, un e partie considérable de la

population traîne,dans ces memes lieux, une mi

sérable existence . En peine de se procurer les“moyens de subsister qui s ’offrent de toutes parts

autour d’elle,insoucieuse du travail et du soin de

cultiver la terre dans la saison f avorable , sans

stimulants aucun s pour les j ouissances de la vie

civilisée,elle se livre sans f rein a l ’oisiveté, a la

pratique du vice et du crime

Grouper sur des points déterminés cette p0pu

lation présqué nomade , l’obliger , par des voies

“légales et par la persuasion , à. s ’adonner à des

occupations licites et surtout a la culture des

terres ; f onder dan s ce but des établissements spéciaux sous la protection des autorité s locales

,en

même temps que l ’on enverrait les f ermiers du

pays étudier la culture de la canne à sucre , du

coton , du caf é , & c . , dans les provinces Où elle est

le plus avancée ; leur ménager ensuite les moyensd ’appliquer dans leurs f ermes les méthodes observée s , telles sont les mesures qui , avec un peu de

bonne volonté , pourraient être réalisées sans de trop

dispendieux sacrifices et pour le plus grand profit de

la province . Toujours est - il qu’elles auraient

pour résulta t d’arracher a la misère

, à. la prosti

tution et au crime , ce grand nombre d ’enf ants des

deux sexes , qui , vetus de haillons et c‘ons'umés

par la f aim, vagabondent et mendient d ans lepays .

L ’élève du bétail, dont les diff érentes bran ches

48 LITTORAL DU BRESIL .

f orment la base principa le de la richesse pubiique

et des f ortunes par ticulières de la province , se

trouve 15. dans son imperf ection primi tive . L ’in

dustrie n e lui a pas encore prêté son puissant

auxiliaire .

Rien ne serait plus utile au pays que l’établisse

ment de f ermes —modèles où les éleveur s pour

raient juger par eux - memes des résultats lucratif s

de l ’amélioration des races , obtenue par leur croise

ment, e t de la qualité supérieure des produits , soit

qu’il s ’agisse des peaux,de la f abrication du f ro

mage et du beurre ou des autres pr odui ts utilisé s

par“

l’industrie .

Une autre création non moins avantage use

Se rait celle de séchen e s de vi ande (CHARQURAD AS .)On arriver ait par ce moyen a prévenir les préju

dices que les éle veurs On t presque toujour s‘

à souf

i rir dans'

les années irrégulières , c’est - à - dire

dé solées par la sécheresse ; car il arrive souvent

alors qu’il devient impossible de conduire , commeà l’ordinaire , les troupeaux hors de la

province ,

attendu qu’ils sucbombera ien t en route , et que les

éléveurs sont expoSés a les voi r dépérir de mai

greur et même a les perdre en totalité .

Ces améliorations pourraient être obtenue s par

de s association s de fermiers , protégés par le gou

vern emen t , non moiris intéressé qu’eux à. la pros

périté et à. la r ichesse du pays .

L ’existence dans cette provin ce , de mines de

f acile exploration est un f ait re connu , et j’appelle

l ’attention de Votre Excellence sur une exposition

relative à c e suje t, et‘

que“son aut eur D on JO°é

LITTORAL DU BRESIL . ro

Servio Ferreira , médecin a Oeiras a laissée , avec

d’autres papiers et documents,au secrétariat de la

présidence . On y voit que le terroir de ce district‘abonde en or, f er , mercure , pedra hume , céruse ,se lpetre , selcommun ,

/

ocre s de di verses couleurs ; en

tabatinga (espèce de gla i—se employée au badigeon

nage des maisons , et qui , par son brillant et

son adhérence , est supérieure a la chaux), en

pie rr es à fusil , en roches ca lcaires , etc .,etc .

“Pa rmi les richesses naturelles que ce pays peut

Offrir en abondance à. l ’industrie ou à l ’économie

domestique, on peut signaler encore la cochenille ,l ’ani s

,le poirier vermeil (végétal dont l

’écor ce

f ournit une belle encre de la couleur que de

signe son nom), le carnahuba , la mélisse le maté

ou herbe du Pires,le quma

,l ’huile de copahiba ,

la ré sine d’an g1co , de la cire de f ourmis (ce pro

duit d’une des variété s de cet i nsecte donne un e

douce lumière), des eaux minérales des San gsues ,

etc . ,etc .

Quelques - uns de ce s produits , tels que le car

n ahuba,le salpètre , le sel c ommun, le p0 1rier ver

meil , l’

ocre , la ré sine d’an g i co , s on t imparf aitement

employé s par les habitants du lieu, qui , pour ie

plus grand nombre,ignorent la valeur de ce s

présents de la nature .

5o LITTORAL D U BRESIL .

5 7 .

O B A R A

Le littoral américain que je eotoie dans mon

voyage s ’est étendu jusqu’ici vers le nord—est, mais ,depuis l ’extrémité septentrionale de Rio Grande

du .Nord, il ,todrn e a gauche et prend la direction

du nord- oues t pour courir vers l’isthme de Panama .

C ’est donc en longeant un des flancs de l ’Equateur

que j ’arrive a Fortaleza, capitale de la province de

Fortaleza —est une ville!

neuve,à] l ’aspect euro

péon et dont les rues , alignées au eorde au , Sontembellies de quelques édifices d ’une remarquableélégance

,au nombre desquels il f aut placer le pa

lais du gouverneur, une belle caserne et surtout

l ’église cathédrale . Sa population est d ’environ

25 mille âmes . On y trouve un lycée,une chambre

de commerce , des hôpitaux, et, dans les f aubourgs ;environ mai sons de paille, servant de loge a

ment à la classe pauvre . Le port de Fortaleza est

encore a f aire qui emste n ’est qu’une rade

peu sûre , et beaucoup moins f réquentée du com

merce que les ports d’

Aracati, d’Araeaeû et de

La province de Ce arâ, qui n’a pas moins de 128

lieues de c ôtes, oflre une longueur de 100 lieues

sur une largeur a peu près égale , étendue qui est

peuplée de 600 mille habitants . La contrée , en

partie montagneuse et couverte de f orêts vierges , en

partie platte et semée de savanes verdoyantes ou

52 LITTORAL D I BRÉSIL.

.La. canne a sucre et le s végétaux du tropique pros _

,pèBen t dan s les terrains d’abord occupés par le s

f orê ts , le coton réussit amerveille dan s le s plain es

da —centre, et le bétail dans les parties incultes du

territoire . Cette province,est en outre

,assez riche

,

en pla nte s médicinales et balsamique s , en gomme s,r és ines , bois de construction, min es d

or , d’argen t,

de f e r , de cuivre , de plomb , de salpètre , de cr istal ,e te . L ’histoire naturelle pourra trouver la un e

mat ière aussi ample que var1ee ; p our mOi , j e me

bornerai a signa ler ici un e véritable merve illevég étale,, particulière a cette contrée C

le Carnahuba ou palmier eeérifère , don t le s larges

f euilles , ta illée s e n forme d’évan ta il , servent à.cou

vrir les cabanes, e t dont le bois est a vantageusement

employé pour la c o nstruction .des ma isons . sen

fruit , qui —est u”ne Sorte de chou qu’

on n e peut avo ir

s ans abattre l ’arbre , f ournit une f écule n utritive ,

re cherchée dans les temps de disette . D ’

autre part ,

ses racines sont médicin ales e t j ouis sent des mêmespropriété s que la salsepareille ; mais la qualité la

plus remarquable de ce be l arbr e, qui décore au

jeurd’

hui les promenades , c’est que s es f euilles s on t

tapissées d ’une {sorte de cire ou de suif , don t les

habitan ts du pays font de pe tites chandelles . Le

Carnahub’a ou arbre a sn if résiste plus que tous le s

autres a la “séche resse; il y a plus , on s

’est aperçu,

depuis un e vin gtain e d ’années seulement, que son

ombre répandait la plus agréable f raîcheur, ce qui ,joint a son port maj estueux e t a la rapidité de sa

LITTORAL DU BRESIL . 58

croissance , l’a f ait adopter pour toute s les planta

tions

L ’état commercial du Cearæi t end annuelleme n t

à augmenter dans la même progression que celui

des autres provinces brésiliennes . Nul doute que

l ’amélioration de ses ports , et les autres mesure s

prises par le gouvernement n ’

achèven t d ’assurer saprospérité.

D ’après le rapport officiel , pré senté l ’assemblée

législative provinciale de Cearâ. par D . Anton io

Marcellino Nunes Gonçalves , président de la pro

vince , le total des exportations de juill et 1859 a

mai 1860 , e’est—à—dire pendant 11 ' mois , repré

sen te

Rorts étrangers :8 ,665,200f . augmen tatién z96B,200f .

de l ’empire: 7 .200f 638 ,400f

T au. Looneoor.

D ’autre part, voici la valeur des importations .

Forts ét1 anger :s diminution . .25 ,20 .0i

de l ’empire :,200f 938 ,00@f 7

Ce tableau suffirait à lui seul pour prouver le s

progrès de l ’industrie nationale .

Parmi les objets exportés,il f aut placca pre

mier ligne lo coton ,le caf é , le sucre brut les cuirs

salé s,et en seconde ligne les cuirs tanne s , la e rre

de‘

carn ahûba‘

et le caoutchouc .

En cin q a n n ée s, il atte in t à. 110 palmes, maximum de sa

54 LITTORAL DU”BRESIL

,

5 8 .

M A R A N H A O .

A l ’éblouissan te lumière qui m’en viron n e , à. la

transparence toujours plus grande du ciel et des“

eaux, et surtout aux senteurs inconnues qui m’arri

vent de la côte, j e reconnais que j’atte in s aux ré

gi ons é quatoriales . En effet,le vapeur , dont un e

légère brise a f avorisé la marche , arrête sa loco

motive e t j ette l ’ancre dans l ’excellent mouillage

que présente la spacieuse baie de S an Luiz , capia lédu Maranhao .

La nécessité de f aire quelques réparations la

coque du navire qu i m’avait apporté et sur lequel

j e devais continuermon voyage, ayant occasionné un

délai de 26 j ours , j’ai été âmême d ’acquérir sur ce

pays des notions a ssez complètes et qui me permet

tront de m’

éten dre un peu plus que j e n ’ai pu le

f aire pour les trois dernières provinces .

Le Maranhao , ainsi nommé du grand fleuve qui

le sépare , a l ’ouest, de la province de Goyaz , et qui ,sous le nom de Tocantins

,va déboucher dansl ’O

céan équinoxial , est une région de plus de cents lieues

de côtes et dont l’étendue n ’est guère inf érieure

à celle de tout l ’empire f ranç ais . Accidentée de

vastes plaines,de lacs

,de montagnes , de fleuves ,

dont le principal est le prof ond Parahiba , elle est ,en grande partie

,couverte de f orêts encore in explo

rées,derniers sanctuaires de la nature sauvage où

errent les derniers débris de la belliqueuse nation

des Tupinambas , f uyant devant les armes européen

n e s . Autref ois,des aventuri ers f rançais s’allièren t

LITTORAL DU BRESIL . 55

a cette race indigène pour se mainteni r dans le

Maranhao , mais l’esprit colonial ne fut j amais celui

de la France : abandonnés de la mère patrie , ses

fi ls f urent expulsé s par les Portugais , resté s seuls

possesseurs des plus belles contrées du Nouveau

Monde . Que de merveilles naturelles g i sen t encore

dans ces vastes solitudes ‘. Que d

’arbres , de végé

tauir, d’animaux

,de productions minérales s ’y dé

robent encore aux atteintes de l ’homme , a la sci ence ,à l ’industrie ! Chaque jour la civilisation y agran

dit son domaine , chaque j our de plus sûres données

permettent de mieux apprécier la physionomie de

ce pays primitif mais que son histoire e st loin

d ’être complète , et que de f ables se sont mêlées aux

récits qu’on nous en a f aits

Le température duMaranhâo est humide mais douce .

Les phénomènes atmosphériques y sont grandioses

comme les dé serts . Les pluies annuelles,que la sai

son d ’automne amene toujours tombent accompagnées

d’

afl'

reux coups de tonnerre , d’orages et d ’une f oule

d ’eff ets électriques . Néanmoins , le pays est déli

cieux,. et d’une salubrité qui ne se dément que sur les

bords de quelques lagunes f ormées par le Parnahiba .

Sa population”

civilisée dépasse en ce moment400 mille âmes , dont environ 30 mille habitent et

cultivent l ’île du Maranhao . Les aldée s , les bourgs ,les villes s ’y multiplient .

San Luiz , sa capitale , f ait surtout les plus ra

pides progrès . Elle compte 30 mille habitants et8 mille maisons , parmi lesquelles il s

’en trouve

plusieurs qui ressemblent à de s palais , et a pein e600 ayant moins de deux étages . Les rivières

56

Ani] et Baca n ga , qui de leurs eaux conf ondues

viennent alimenter la baie, embellissent et f écon

dent les campagnes voisines , dont les terrains gra

cieusemen t ondulés , sont , pendant toute l ’année ,revêtus d’ ne végétation luxuriante , aux teintes

incroyablemen t variées , et s’harmon isan t amerveille

avec l ’azur du ciel et celui de la mer .

Le palais du gouverneur, élevé sur un e ém1n enœ

au bord de la baie , domine la rade et le f ort qui la

déf end . C ’est un point de vue admirable e t* d

les regards peuvent s ’étendre, non —seulement sur le s

f a laise s rapprochées, mais encore sur tout le vaste

horizon , y compri s la ville.

et les j ardins d’Al

cantara

Outre les édifices publics e on sae rés au culte, à la

magistratur e , aux oeuvres de charité , a la marin e

ou au commerce , San Luiz possède un college , une

bibliothèque , un musée, un abattoir"

remarquable,quatre f on taines publique s , cinq typographie s , n euf

journaux , dont un quotidien .

Les moeurs des ha bitants de Sa n Luiz et de tous

ceux du Maran hâ o sont généralement douces et

laborieuses ; le s étrangers sont très—bien vus dans

le pays, . où parait régner le goût des a rts et surtout

celui - de la mus ique . C ’

es t'

un heureux présage

pour l’avenir de cett e belle contre e . Le Maranhao

est riche en productions diver ses , ma is ses princi

pa les ré«coltes son t le riz , le'

ceton et la canne a

sucre . Il pr oduit aus si de s bois de con struct ion , e t

livre au comme rce plus ieurso bjets manuf acturé s , des

drogues médicinales, de s r ésine s et une certaine

LIŒTORAL n u Ba ssi n 57

On y trouve spécialemen t de s mines d’or . Celles

découvertes en 1856 ont été examinées par'

un

ingénieur allemand,.Mr . S . J . Gunther, expédié par

un capitaliste anglais . Les échantillons que est

ingénieur a rapporté s en Ang leterre on t donné le

produit extraordinaire de onces d’

or par tonn e

de livres de terre aurifè re . Ces mines son t

supérieures à celles de la Calif ornie , en ce qu’elle s

s e trouven t dan s une roche beaucoup plus tendre

e t be aucoup plus riche en métal .

Ces terrains aurif ères sont situé s à. Montres—An

reos, loca lité qui se trouve entre le s rio s Gurupy et

le Ma racassume, et la vallée de Bue na Esperanza .

Le premier de ces fle uves est navigable dans la

sa ison de la sécheresse, e t l’autre le devient dans la

sa ison des pluies . Il est donc hors de doute qu ’uneseule action de la compagn ie qui le s exploite pour »

ra de venir la sour ce d ’un e ass ez ronde

,f ortune .

Outre les mmes d ’or,il y a dans le Maranhao des

mines de f er , de cuivre, de houille , de marbre d’un

très - beau grain , de pierres calcaires , et de cristal de

roche dont on f ait aujourd’hui d ’excellents ve rres

à. lunettes . A la série des produits minéralogiques

particuliers à.cette contrée,on doit ajouter des dépôts

naturels de nitrate de potasse , de sulf ate de sonde ,

de sulf ate de chaux , de chlorure d’iodium,

de

pedra hume , de nombreuses couches d’

argile e t

d’

abon dan te s salin es .

Malgré les incendie s qui , au grand détrime n t de

l ’agriculture écla imi sse n t chaque jour le s f orêts , le

sol de la province est couvert d ’une couche d’humus

.58 LITTORAL DU BRESIL .

plus Ou moins prof onde, et qui s é tend même sur le slandes stériles du littoral .

Les montagnes présentent f réquemment des ca

vein e s . On en remarque surtout un grand nombre

entre Mearim et Grajehû. Comme ces cavité s,

'souvent considérables , servent de refuge à. des e s

peces de chauves - souris (vampires) qui, suçant les ang de s hommes et des animaux, causent souvent

de grands ravages , il sera bon d’en murer l ’entrée .

Ce qu’il importe essentiellement d’améliorer dans

cette province, c‘est l ’état de l ’agriculture . Le

travail de s esclaves est là., comme partout où il

existe encore , impuissant à tirer parti des ressources

du sol . D ’ailleurs , depui s qu’un juste sentiment

d’humanité a f ait abolir la traite des nègres, le

prix des esclaves s ’est tellement élevé qu’il est au

dessus de s moyens d ’un grand nombre de proprié

ta ires . Il n’

y a donc de salut pour l’agriculture de ;

ce pays que dans la colonisation , qui substituera

avantageusement le travail libre ou travail f orcé ,dans l ’application des machines a l ’eXploitation des

terres , et dans une meilleure et plus intelligente

direction imprimée à. l’ensemble des travaux .

Le déf aut de voies de communication , et l ’absence

d’un système d’irrigation qui puisse remédier aux

eff ets désastreux de la sécheresse sont causes du

peu du progrès que f ait l ’élève du bétail .

C ette branche d’industrie f ournit néanmoins a la

consommation de la province un tribut annuel de

60 mille têtes de gros bé tail , sans préjudice de

la viande sèche qu’elle expédie à Rio Janeiro .

eo LIT TORAL nu unÈsm.

Ceux d’

importation des produits n a tionaux pourl ’étranger, à 481 , 600f .

Ceux de réexportation des marchandises étrangeres à. l ’intérieur ou a l ’extérieur de l ’empire

, et

1,403,800f

Valeur de l ’exportation de s produits nationaux

pour l’étranger, de 1856 à. 1859

1856 : 2 ,400f — 57: - 58:7

Q,400 .

Valeur de l ’eXportation de s même s produits pourles —ports de l ’empire , de 1856 a 1859

— 58z1 ,808,800

—59: 1 ,45 8 ,800f .

En 1859 , le nombre des navire s arrivé s et s ortis

donne,pour la navigation au long c ours, un total

de 161 navires , et pour le cabotage, un total de 183navires . Les entrées et les sorties se par tagent a

peu près par un,chiff re éga l .

Ces détails , tout incomplets qu ’ils sont, suffisent,

j e pense, pour donner une idée assez juste de la

situation actuelle du Maranhao . On voit que cette

p rovince suit avec succès l’élan général qui en

traîne auj ourd’hui le Brésil vers le progrès .

La civilisation s ’implante chaque j our davantage

dans ce s régions , et tend à. f aire disparaître les

causes de que lques maladies endémiques qui afi i

g ent encore certaines parties du pays . J ’ai été

satisf ait, en le quittant , d’

y remarquer une f oule

de travaux publics,dock

,con struction de pou _

drière s , de phares , de casern es , d’église s , etc . , en

pleine activité . Il est incontestable que le concours

LITTORAL D U BRESIL . si

du gouver nement cen tral et celui des autori té s

provinciales y sont acquis à toute oeuvre d ’utilité

générale .

62' AMAZONIE .

ÀËAZ ÜNEE.

con smÉn n rron s PRÉLIMINAIBES .

La nature , cette révélation matérielle de la pensée

d ivine,est réellement admirable par la variété de

ses lois et de ses attributs , par les perspectives in

finies qu’elle déroule aux regards de ses explora

te urs, et les contrastes étonnants que pré sentent ses

phénomènes, Se s productions et ses climats . Pour

composer sa parure, elle possède un écrin de bijoux

merveilleux et dont le s plus brillants chef s - d’

œuvr e

de l ’art ne sauraient égaler la beauté . Elle a pour

le poète des enivrements inspirateurs , pour le pein

tre des couleurs radieuses , et pour le penseur d’in

sondables abîmes .

Épris de la nature Îprimitive , qui semble se

dérober à. ses regards , l’homme a recherché cette

magique souveraine, sans avoir pu, pendant des

siècles , l’

apercevoir que sous une de ses f aces et

parée seulement d ’une partie de ses atours . Il

l ’a rencontrée voluptueuse et séduisante au bord du

golf e de Naples, sur les rives du BOSphore et de la

AMAZONIE. 63

mer Égée ; gracieuse et pittoresque dans les montagn e s de l

’Helvétie et les gorges des Pyrénées ;solitaire et désoléé dan s les plaines sablonneuses

du Sahara ou de l ’Arabie ; terrible et sombre dans

les régions boréales et sur les banquises polaires ;mais ce n ’est que sous l ’Equateur , et spécialementdans l ’Amazon ie , qu

’il lui a été donné de l ’admirer

dans tout son éclat , dans toute sa grâce , dans toute

sa tristesse se1en n elle , et sa grandiose et primitive

beauté .

Oui c ’est là.qu’elle trône entre deux Océans , in on

déc de soleil ou couronnée d’étoiles . Voyez ces colos

sales f orêts , enlacées a d’autre f orêts par des lianes

fleuries , balancer leurs sombres arcades sur le s

bassins verdâtres des fleuves, sur les grands lacs

remplis de hautes herbes, sur les montagnes dont

elles disputent les cimes aux nuages : combien de

f ois , depuis la création, n’

on t - elles pas ref ait leur

jeunesse , et renouvelé ces innombrables ondes de

f euillages que tant de brises murmurantes et que

tant d ’oiseaux merveilleusement colorié s caressent

de leurs ailes ? Que de nids elles ont bercé s sur

leurs rameaux , que d ’amours elles ont protégé s de

leurs ombres , que de tombeaux elles ont semés deleurs fleurs !

Auprès de ces cèdres antédiluviens,de ces

énormes barajuba s , de ces louros élancé s , de ces

palmiers aux larges plumets , de ces an gelin s‘

auX

f euillage sombre , de ces f ougères arbore sœn te s ,

qu’elles sont chétives et tristes les f orêts de l ’Europe, lors même que, par hazard, il y nait une roseou qu’il y chante une f auvette ! Ici ce n ’est pas un

64: AMAZONÏ E .

prélude is olé , un ramage fug itif qui f rappe l’

oœfl ie du

voyageur'

: c ’est un orchestre tout entier dont l ’écho

des grands bois répète incessamment les mille

notes vagues ou accentuée s , mélodieuses ou Stri

dentes . Le doux s abiä. module ses gracieuses

cantilèn e s aux grappes de fleurs que l ’érable rose

incline sur l es eaux dormantes où les n én —uphars

étendent leurs corolle s gigante sques ; plus loin ,le

tenten et le j apim, f olâtrant sur les branches de s

castanheiras,redisent, d

’un ton moqueur, les voca

lises sono re s ou bizarres que le vent leur apporte

de tous les massif s de la f orêt . Plus loin en core ,des n1iées d ’arras e t de perroque ts se poursuivent

avec de s cris aigus , tandi s que l’

araceuem f atigue

les airs de son vol, se prolongeant de l’aurore au

crépuscule , que l’

ué1‘

ran imbé re lève coque ttement son

ombrelle tachetée d ’azur, et que le coq de mon tagn e ,l

an ambé‘

,le pén ima , le pan , éta ie n t au sole il le s

éblouis santes couleurs de le ur plumage .

En tèn de z - vous , a pré sent, ces rovflemen ts sombres

e t lo in tain’

s , pareils a la voix expirante du tom at e .

C ’es t le bruit des cataractes f ormées par les flm1vas

qui tombent des sommets échevelés de s vastes sie r

ra s . A ce s ac cen ts solennels , la s oli tude se recueifi e

comme si l ’éternité lui parlait,et c ’est a pe ine si

elle entend pas ser l ’our agan qui déracin è le s vieux

cèdres e t f ait remonte r le cour de s fleuve s . Mais

bientôt un spectacle non moins sublime succède à.

c'elui qui nous—étonne . L ’aurore équa tor iale rem

plit l’

e space immense de ses f eux roses et dorés .

Le so le il se lève splen dide et radieux comme damrn£sr…. A son aspe ct , le s boi s prof onds s era

AMAZONIE. 63

blent s ’incliner en f rémissant , la n ature vivan te

sort du. sommeil et tressaille avec une indomptable

énergie . Des chants de bonheur , de joie et d’a

mour résonnent au bord des fleuves , au sein des

f orêts , aux flancs des montagnes ; les oiseaux

mouches voltigent et f orment un mobile arc - en —ciel

sur les masses de verdure , le serpent siffle et bondit ,l

an ti10pe broute l’herbe des clairières et le caïman

hume le soleil qui épanouit les roses fluviales . La

terre des Amadon e s se pare de fleurs nouvelles et def euillages nouveaux . Elle atteint et l ’apogée de sa

beauté .

Chose étrange et mystérieuse ! C ’est précisé

ment sur cette terre de prédilection , où la pompe de

la nature semblait devoir provoquer les inspirations

du génie , et développer rapidement les f aculté s

intellectuelles , que l’homme, ce roi de la création , e st

resté au - nivean de la brute ! Tandis que le vieux

monde s ’immortalisait par de brillantes civilisations ,

1c 1 l’homme sauvage ‘ a laissé le s siècles s ’écouler

sans inventer un a rt série ux , sans don n e r un

noble essor et sa pensée , san s chercher a s’ouvrir

une voie par l ’intelligence et la raison ,Il a fait

plus : par le dogme f éroce de l’

an tropopba gie , il acédé le pas a l ’animal

,qui

,du moin s , .lui ne dévore

pas son semblable .

D ans c et état de misère et de déchéance , il s ’est

trouvé complètement incapable de remplir le rôleprovidentie l qui lui fut ass igné dès l’origine du

mon de . Il a f allu que la race cauca sienne vin tdresse r sa tente aventureuse par d e là des mers

qui semblaient in fi *

an chissable s , pour f aire germer

AMAZONIE .

une civilisation tardive sur un e terre où elle eût dû

trouver son premier berceau . Tant on est f ondé de

penser que l‘

aiguillon du besoin f ut la cause pre- miere de l ’in ven tioh des arts et des sciences ; si

bien que, placée dans un éternel âge d’or

,l

huma

n ité n’

eût probablement f ormé qu’une grandemille de sauvages !

COURS DE L’AMAZONE .

Le cours de la I‘

lV1èl‘b‘ des Amazones est sansdoute le spectacle le plus sublime de cette région d el’Équateur où la main de Dieu a semé tant dechoses sublimes .Une rivière torrentielle s ’échappe du flanc des

Andes péruviennes . Écumeuse et rapide,elle

se précipite et bondit a travers les rochers ; ,mais,

grossie bientôt par d ’autres torrents , elle ne tarde

pas adeveni r navigable . Quand deuxmontagnes se

dressent pour l ’arrêter, elle se creuse un lit prof ond,bien que large à peine de 25 toises , et court ainsi

pendant ,

20 lieues entre deux murs de granit . Ç’

e s

ce,qu’on appelle lePonge - de7—Man seriché .

,Telle e st

sivemen t le tribut tardif de leurs eaux qu’elle soluble

recevo ir avec dédain .

Entré e enfin dans la province de Para ou Basse

Amazonie, elle reçoit la nappe prof onde d’un nou

v eau grand fleuve , le Trombetas , descendu des hautes

cordillèr es de la Guiane .

‘Au - dessous de l ’embouchure de ce puissant tributaire

,son lit se réduit à

une largeur d ’une quart de lieue , mais sa prof on

deur est alors de plus de trois cent brasses .‘

Bientôt elle se déploie de nouveau et se grossi t

encore de l ’énorme volume d ’eau que lui apporte le

Tapajos , venu des Sierras de Mato - Groso , et n a

vigable plus de deux cents lieues aix- dessus de“

son

embouchure . D ès lors rien n’égale la majesté ,l ’étendue et la puissance du cours de l ’Amazone .

On dirait que , enorgueillie de l’immensité démésu

rée de ses flots et ne redoutant plus aucun obstacle

sur la terre, elle est pressée de se mesurer avec les

vagues de l ’Océan . Après que le ‘ Xin gû, fleuve

abondant , alimenté par les nei ges des montagnes de

Goyas et plusieurs autres tributaires , se sont noyés

dans son large bassin , elle tourne vers le nord

est la masse terne et compacte de ses eaux turbo

lentes , e t, malgré: la grande île de Marajô , et nom

bre de petites île s , providen tiellemen t placées à son

embouchure pour ralentir l ’impétuosité du courant,elle va heurter l ’Atlan tique avec une telle fureur

que,pendant près de cinq lieues , elle la ref oule

dans ses abîmes .Des deux embouchures de l"Amazon e la plus mé

ridion ale a plusieurspasses exce ss1vemen t étroites .Sous le nom de T agypurû, ell e se grossit des eaux

AMAZONIE . 69

de plusieurs rivières telle que l’An apû, le Pacaj»az

et l ’Araticû ; mais le fleuve qui lui apporte un plus

large trib'ut e st le T ocantins , dont la puissante nappe ,

aidée par celle du Mojuet du Guamé, f orme la

baie de Guajaréo, large de plus de deux lieues .

G‘ette bouche de l iAn—1azon porte aujourd’

hd i le nom

de Tocantins .

Quant au bras septen trional , la largeur qui es t

d ’abord de deux lieues, va toujours en augmentan t ,de sorte que , en tre la po inte Maguari , située à l

ex

tr émité ori e ntale de l’île de Marajô, et le Cap Norte ,sur l e con tinent septentrional , du ne compte pa s

mo ins de 352 lieues ma rines , et pour que tout ce qui

Se .rapporte al’Ama zon e portât le caractère dumer

veille ux, la longueur approxima tive de son cours ,mesuré e n ligne dro ite ,

e st de plus de lieues

de ËFran ce i

Je le répè te,il n’est peutwê tre pas sur toute la

surfa ce du globe , un Spectacle plus grandiose , p lus

capable de réve iller l’

an thousia sme du poè te e t du

penseur, que celui dont je vien s de trace r une“

f a i

ble esquisse .

L E P O R O R O C A .

Ce phénomène dont le mascaret de la S e in e etde certains fleuves de l ’Europe n

’est qu’un diminutif ,

se produit régulièrement dans les deux embou

70 AMAZONIE .

chures de l ’AmaZon e , a l’époque des pleines et

nouvelles lunes , c ’est—à - dire au temps des plus f ortes

marées montantes . Alors , la mer repousse à s on

tour les eaux du fleuve . Elles bouillonnent, s

élè '

vent a une hauteur de plus quinze pieds et vont se

briser sur les îlots et les anf ractuosité s du rivage

avec un bruit qui se f ait entendre à plusieurs

lieues de distance . Le Pororoca— tel est le nom

que les Indiens donnent à ce phénomène— se manif este avec plus de violence sur le bras gauche del’Amazon e , à. cause des groupes d

’îles dont il e st

coupé . Il se f ait remarquer particuli èrement du

cap Nor te aMacapa, points qui son tq

séparés par un

e Space de cin quante lieues, et, tel e st le choc que

reçoivent les eaux du fleuve , que l’effet en est sen

sensible jusqu’à l’embouchure du rio Trombetas,laquelle est aplus de 800 lieues de l

’Océan ! Tout

le temps que dure ce tumulte des flots, les embarcations légères qui sillonnent lo fleuve, staüon n en t

dan s certains abris appelés n spnnxs , où elles évitent

d ’être brisées et submergées . Quant aux navires

qui entrent à, la f aveur de la marée montante , ils

f eront bien de jeter l’ancre avant l ’arrivée du ré

flux, man œuvre qu’ils auront à. renouveler deux

fo is pour arriver de l ’Océan au port de Bari . Les

habitants du pays obvient a une partie des obsta

cles que présente la navigation de ces parages , en

donnant un médiocre tirant d’eau et une f orme par

ticul ière aux canots destiné s à f aire le service du

fleuve ; du reste , la passe de droite , où débouché le

Tocantins , présente de tels avantages aux naviga

AMAZONIE . 71

teurs qu’elle est pré f érée même par les bâtiments

qui,du port de Macapa, se dirigent vers l

’Océan .

RIVES DE L’AMAZONE .

Elles pré sentent des aspects difl‘

éren ts , suivant

la nature et la configuration du sol où le fleuve

creuse son lit . Dans la partie supéri eure , appelée

S olimôe s par les Portugais , les rives de l’Ama zon e

sont d’abord rocheuses et stériles , mais ensuite ,inondées par le débordement de nombreusesrivières

qui les coupent des deux côté s , elle se revêtent

d ’une abondante végétation, où se rencontrent des

sujets précieux pour l’épicerie et la médecine , tel que

le giroflier et la salsepareille . Du reste , ces parages

sont encore peu connus , et habité s seulement par

quelques peupl es sauvages .

Depuis le confluent de Japura, les eaux de l ’Amazone , coulant au milieu d

’une plain e , sont envahies

des deux côté s par une véritable f orêt de canara

nas, sorte de roseaux dont le poisson appelé vache

72 AMAZON Ï E .

marine (pe ixe be i), vi

ent brouter le f euillage . D an s

les endroits où la r ive est inaccessible au déborde

ment, on remarque souvent de grands arbres du

port le plus majestueux ; malheureusement l ’action

incessante dé l ’eau finit plus d ’une f ois par ronger

le r1vage , qui s’éboule e t dis°parait dans le fleuve

avec sa couronne séculai re . Fréquemment aussi,

des lagunes de plusieurs lieues de longueur s ’éton

dent près des bords , alimentées par des canaux

naturels qui viennent de l ’Ama zon e ou de ses a iflu

ents . Quelquef ois , les plaines que traverse le fleuve

offrent l ’aspect d ’immenses savanes , et sont toutes

hérisées d ’aning e , et d’une espèce d’

ajon c très - épi

noux, connu sous le nom de cn nuxn o . En d ’autres

endroits,la rive te n t a

f ait escarpée , se revêt des

plus p ittoresques bouquets d’

arbres , demeure ordi

na1re d’une nuée d ’oiseaux qui f ont une chasse

perpetuelle aux insectes attiré s par les eaux . Efi

ñu ,dans quelques lieux , surtout dans le vœsrn ago

de s con fluen ts , cette rive est f ormée par des levées de

terre,qui attestent qu’un être in telligent e st venu

placer n sa demeure aumilieu des lagunes , position

et la f ois agréable et salubre ,,

et d ’une nature sau

vage si grandiose qu’elle n e s ’est pomt altére e au

contact de l ’homme civilise î

DEBORDEMENT DE L’AMAZONE.

On sait que la f onte des n eiges amoncelées dans

les hautes régions des montagnes de l’Amérique duSud, détermine annuellement la crue des eaux de laplus part des lacs et des rivières de cette” contrée .

A cette époque, lanavigation devient f acile Sur les

cours d’eau qui étaient auparavant in n avigables , et,

par contraire , elle devientmal aisée et même périlloo se sur les grands fleuves .

’ C ’est précisément cequi arrive pour l ’Amazbn e , den t les eaux commen:cent à.monter pendant les derni ers j ours d

’octobre

,

et atteign ent leur plus‘

grande baisse au milieu dejuin . Dans la période de la crue ; lo fleuve , démé

surémen t grosmpar les eaux que ses nombreux et

pu1ssan ts'

tributaire s lui versent avec plus d’abon

dan‘

ce , déborde de toute s parts , f orme de larges

lagunes, envahit les îles qui parsèment son lit,et coule avec une extrême rapidité . C ’

est alors ,pour ies embarcations a voile , un e rude tâche que

d’avoir a le remonter . Plus elles sont lourdes et

d’un tonnage considérable , plus elles sont exposées

au danger ; car, ne pouvant réussir a serrer larive

d ’assez près , e lles courent risque d ’être emportées

par la violence du courant principal . Les navi res

de petite dimension , cotoyan t plus f acilement les

bords , naviguent avec plus de sécurité , a la condi

tion , toutef ois , de s’en tenir encore a une j uste dis

tance , afin de n ’être pas submergés par les éboule

ments de la rive , ou brisé s par les troncs d ’arbres

déraciné s dont elle est souvent hérisée .

74 AMAZONlE.

i l f aut en convenir, il y a quelque chose comme

un quart de siècle que la navigabilité f réquente desgrands fleuves américains, et spécialement celle del ’Amazon e , était une question des plus diflicultu

euses et des plus compliquées . Heureusement l ’in

vention des bateaux à vapeur est venue la ré soudre

en f aveur du commerce et de la civilisation . Grâce

à cet agent merveilleux et providentiel, destiné à.rénover la f ace du monde, le cours de l

’Amazon e

peut être aujourd ’hui aussi aisément parcouru que

celui de la Loire ou du Danube . La voie est ou

verte Le génie commercial et la c olonisation

doivent enfin conquérir ces magnifique s dé serts

amazoniens et en f aire le jardin des Hespérides de

l ’humanité . Et ce n ’est pas seulement le littoral

de l ’Amazon e qui est appelé à. se couvrir de villes

et d’

aldées qui deviendront des centres toujours

plus actif s de production et de consommation : les

larges fleuves qui aboutissent à ce géant des fleuves ,les rie s Tocantins , Xin gû, T apajôs , Madeira, Java

ri , sur sa r1ve droite ; les rie s Trombetas, Negro,Japura, Napo , \

sur sa rive gauche, ouvrent des

artères de plusieurs centaines de lieues , qui per

mettront aux bateaux à vapeur de pénétrer dans

l ’intérieur des provinces , où les chemms de f er

achèveront de relier avec le, reste du monde toutes

les parties habitables de cette zone privilégiée. On

peut dire plus : par les rios Negro et Bran co , i l

serait possible d’un ir la navigation de l ’Amazon e a

celle de l ’0 rén oque , et de présenter ainsi au pro

grès industriel,commercial et agricole tout un

monde n ouveau , le p lus vaste qui ait jamais été

rêvé .

76 AMAZONIE.

En un mot, si la rivière de s Amazones oflre deso

scenes du genre grand1oso et t errible, elle en pre

sente aussr qu1 eussent été dignes de figurer dan s

le s idylles de Gesner et les paysages du Lorrain .

$ 8

PRINCIPAUX AFFLUENTS DE

L’AMAZONE.

Plus de cent cinquante fleuVes ou rivières se

j ettent dans l ’Amazon e . L’hydrographiè complète

de son bassin serait‘

don t un e œuvre qui dépasse

rait de?beau00up les limites que j’ai dû me pres

oriro . Elle exigerait, d’ailleurs, des étud es très

étendues , e t des n otions que la géographie locale

n’est pas encore en état de f ournir, attendu qu’une

partie considérable des régions parcourues par

l ’Amazon e n’ont été jusqu’à ce j our que

très

imparfaitement explorées , et que , même a l’heure

qu’il est, on ne peut dé signer, avec une entière certitude , les lieux où elle prend sa source .

En conséquence,j e me contenterai de donner ici

quelques détails sur les pr1n cipale s rivières navi

gable s‘

don t les eaux concourent à f ormer le plus

puissant fleuve du globe .

AMAZDNIE. 77

Cés ,tributaires sontPour la rive droite : le Javari ou

. Il iauari, le

Purûs , le Madeira, le T apaj ôs, le Xingù , et, selon

quelques - un s , le T‘ocantins .

Pour la rive gauche : le Napo , le Japnrâ, l e _

Rio

Negro , le Jamdn dâ. et l’Orixamin a ou Trombetas ,

.LA JAVARY ou mum u.

Ce fleuve , dont le cours est de plus de cent

lieues,descend des Cordillères péruviennes et

coule d ’abord du sud au septentrion . Il s ’in

cline ensuite à l ’est et se jette dans l ’Amazon e , a

2351ieuès du confluent du Rio - Negro et a 255 du

celui du Madeira, 18’ de latitude méridionale , et

35° 111 de longitude occiden talwd’

Olin da . A par“

tir ,du 8° 481 de latitude méridionale, parallèle à la

cataracte de Santo Antonio sur le Madeira, son

cours sert de ligne de démarcation entre les Étatsdu Brésil et ceux de la république de l ’Équateur.

Dès 1781 , les Espagnols et les Portugais étaient

convenus de cette commune limite de leurs posses

sions , et c’est pour la constater qu’ils avaient élevé

une colonne un peu au - dessous du confluent du

Javary, le débordement des eaux n ’ayant pas permis

de la placer à l’embouchure même du fleuve . Di

verses peuplades sauvages, habitent encore les

bords de cette riv1ere , très—bien placée pour f aciliter

un j our les communications entre la haute Amazo

nie et les ports du Pérou .

LE ro nds .

Tout f ait présumer qu’il prend également sa

source dans les montagnes du Pérou,et peut—être

dans le voisinage de Cusco . Il débouche dans

78 AMAZONIE .

l ’Amazon e , 267 lieues au - dessus du Java1y et 32au - dess ous du Rio - Negro

, en viron .à 110 lieues de

l’embouchure du Jamun dé, par 3° 501 de latitude

méridionale , et 26° 851 de longitude or1en tale d’O

linda . Ce fleuve, dont le cours est d’une longueur

considérable, et qui pourrait bien n ’être qu’un

écoulement du lac Bogaguallo , ne recoit que de

f aibles rivières , ce qu’il f aut attribuer à la position

de son bassin , resserré d’un - côté par le Coari et de

l ’autre par le Madeira . Les eaux du rio Purus

nourrissent un e prodigieuse quantité de tortues,et

ceux qui s ’occupent de recueillir les œuf s de cet

amphibie pour la f abrication du manteiga de tar

taruga (beurre de tortue), remontent annuellement

ses bords , pendant lasaison sèche , à. plus de qua

rante journées de chemin . Il se jette dans l ’A

mazon e par quatre bouches , dont la seconde , qui

s ’ouvre en f ace du lac Codajaz à huit lieues de la

première , a”retenu le nom de Cuxiuaré, qui fut pri

mitivemen t celui de tout le fleuve . Une maladie

singulière aflecte ceux qui habitent ses rives : à.

l ’âge de puberté,leur peau , qui était parf aitement

blanche, devien t

_

d’un e couleur f auve très - prononcée .

Heureusement cette métamorphose n’in flue en rien

sur la santé des individus qui l ’éprouven t .

LE MADEIRA .

Ce fleuve, un des plus grands que recoit l

’Ama

zone , e st f ormé de plusieurs rivières qui prennentnaissance dans les Andes bolivien n e s , et se j ettent

les unes dans les autres d ’après l’ordre suivant : Le

mo de la Paz, qui n aît près de la ville du meme

n om,dans la Bolivie , en tre le 17 et 19 degrés de

AMAZONIE. 79 *

latitude , se dirige vers le sud—est, et se décharge

dan s le Màrmoré, rivière navigable qui vient de*

Pot0 si et f ournit, dans la direction du nord - ouest,un

.cours de 60 lieues , pendant lequel il recoit de

nombreux tributaires , et finalement le Guaporé,grande rivière qui sort

_

du flanc occidental des sier

ras de Mato - Grosso . Le fleuve qui résulte de cette

jonction est le Madeira .

Son cours,toujours plus

'

prof on d et plus impo

sant,sépare la province bré silienne de Mato

Grosso des terres de la Bolivie et du Pérou,“et

parcourt une distance de cinq cents lieues , recevant

successivement le Robe irâo , le Ferreu os , le Yaoi

parana , le Jain ary, le Marchado , l’

Ararié, l’Age

n agatimin ga , leMataurâ.,l’Aréras , l

’Arupun a , et une

infinité d ’autres riwe re s . Arrivé à. douze lieues

de l ’Amazon e , il se divise en deux bras , dont le

principal atteint ce dernier fleuve par une emboü

chure de plus d’une demi—lieue de large,tandis que

l ’autre , coulant à l’est pendant 50 lieues , f orme l ’île

f ameuse de Tupin ambaran a , par sa j onction avec

l ’Amazon e , environ vingt lieues en amont d’Obidôs .

Le Madeira traversant d ’immenses f orêts,charrie

souvent des arbres entiers dans ses eaux, et c’est cette

circonstance qui , en 1725, lui fit donner le nom de

Madeira (bois), par Francisco de Melho Palheta , a

la place de celui de Cayari qu’il avait reçu des

Indiens . Cet inconvénient,qui diminue chaque

jour par la dé f ense of ficielle d’abattre des arbres

sur ses rives,ne l ’empêche pas d ’offrir une belle

voi e la navigation à vapeur . GrÊ Ce aux grandesîles qui tempèren t de loin en loin la rapidit é du

80 4

,AMAZDNIE:

courant, cette navigation peut atteindre jusques à185 lieues de l ’embouchure . Là, commence la ré

gion des cataractes . Le Madeira n ’en a pas moins

de douze qui se comptent en aval e t dans l ’ordre

suivant

1° MADEIRA . Cette cataracte se trouve deux

lieues au - dessous du confluent du Marmoré, point

où le fleuve commence a porter le nom de Madeira.

Elle consiste en un banc de rochers , dont l’étendue

est de plus de demi—lieue, et sur lequel se trouventtrois écueils où les barques ne peuvent passer qu

’au

moyen du halage , et après avoir été déchargées ,

La distance pendant laquelle les marchandises

dowen t être transportées par terre est d’environ

300 brasses .

2oMrsnmcon nm . Dans la province de Mato

Grosso, a trois lieues de celle de Riberâo . Les

barques peuvent la f ranchir en remontant le fleuve,

e t elle est alors plus ou moins dangereuse,selon

que les eaux sont plus oumoins abondantes .

3° B rnnn xo .

— Elle est ainsi nommée du vom

nage du Ribeirao , rivière considérable qui se j ettedans le Madeira . Cinq chûte s d ’eau successives

composent cet écueil , qui oblige à transporter les

marchandises par terre—

pendant une lieue . Les

canots vides peuvent être hale s , S i ce n ’est a un

seul passage,assez court, où il clement nécessaire de

les tirer sur la rive et de les transporter à épaules

d ’hommes .

4 . F IGUEIRA ou ARABAS .

—Ell€ est a six lieues

de la cataracte de Riberâo et l 4i

du rio Guaporé .

Immédiatement après cette chûte , le Madeira tourn e

AMAZON‘

Ï E. 81

a l’ouest pour reprendre subitement la direction du

nord—e st, décrivant un coude qui_

limite la partie laplus occidentale du Brésil .

5. PEDERNEIRA .

- A 28 lieue s du confluent du

Guaporé et a 14 de la cataracte de Figueira . Cet

écueil est f ormé par une barre de roches qui setrouve presque à. fleur d ’eau . A la descen te, le s

barque s vides léf ranchissent en s"aban don n an t au

courant, qui s’ouvre un passage entre les rochers,

mai s a lamontée , il est nécessaire d’avoir recours

au halage . Quant aux marchandises , ae lle ont af aire par terre un trajet de 225 brasses .

6 .’PARED Â O.

— On la trouve quatre l ieues au—des

sous de la précédente et a 32 lieues du confluent

du Guaporé avec le Marmoré . Cette cataracte

con smte en ‘

deux crêtes rocheuses entre lesquelles

l’eau court avec beaucoup de rapidité . On la passen éanmoins sans qu’il soit nécessai re d ’alléger les

canots .

7 . Tars—IRMAos .— C ’est une véritable cascade qui

se prolonge pendan t un quart de lieue . Les canots

chargés se tirent assez f acilement de ce pas en

descendant le fleuve,mais en le remontant, il f aut

doubler le nombre de leurs rames . Cette cataracte

qui est a 7 lieues de celle de Paredao , est a 39

lieues du confluent du Guaporé et du Marmoré

8 . GIRZO. Très - considérable et située à 8

lieues des Tres - i rmaos . Elle se compose de cinq

chutes d ’eau sur un espace de 865 brasses . L’e f

f et qu’elle p roduit sur le fleuve est tel qu’il se

f ait sentir à. plus d’une lieue dans le courant . Par

venus à. cette cataracte, bateaux e t marchandises

82 AMAZONIE .

d oivent, quelle que soit la direction qu’ils suivent,

ê tre transportés par terre .

9 . CALD EIRÂ O- DO - INFERNO . Moins inabordable

que la précédente,dont elle est éloignée de 8 lieues .

On compte a peu près 52 lieues de cet écueil a la

jon ction du Guaporé avec le Marmoré .

10 . Monn rn n os .

—Ou la rencontre 7 lieues en

aval de Caldeirao - do - Inf erno , au pied de trois col

lines sur lesquelles la salsepareille croît en abon

dance . On compte 60 lieues de cette cataracte au

Guapore .

11 . Œm:oromo .

— Cette cataracte e st'

d ’un aspect

magnifique et constitue ce qu’on appelle une belle

horreur . Les eaux volumineuses du Madeira, di

visées ,e n quatre branches par une barre de roche ,

se précipitent avec un bruit f ormidable , dans un

gouffre prof ond qui les vomit, a son tour, dans uncanal d’

où elle s ’échappent encore tout écumantes .

Le transport des barques et des marchandises“

s’e f

f ectue en suivant un e étroite corniche qui longe le

fleuve pendant —l ’e space de 250 brasses . Le saut

de Theotonio se trouve a 66 lieues d u Guaporé et

a 6 lieues au - dessous de la cataracte de Morrinhos .

C ’est dans son v0 1smage que s’élève l ’aldée des

Pamas , Indiens et demi - civihsés .

12 . SANTO ANTON10 .

— A 70 lien s du Guaporé

et à. 186 de la rivière des Amazones . C ’est le

dernier obstacle qu1 gène la navigation en aval ,et, par conséquent, le premier que rencontre la

navigation en amont . Cet écueil consiste en deux

îlots de rochers qui obligent le fleuve à se diviseren

* trois canaux où l ’eau s’en goufl

re avec

84 AMAZONIE.

un grand nombre de tribus indiennes qui se nour

rissent de fruits sauvages ou de la chair et des

œuf s de tortue . La f ertilité de ce littoral e st

extrême, e t il est littéralement couvert de cacao

yers, de girofliers , de salsepareilles, de vanilliers et

des plantes les plus rares, qui y croissent natu

rellemen t .

Le Syringa ou Borratcha, arbre dont la sève f our

nit le caoutchouc, se trouve aussi dans les bois qui

avoisinent le fleuve . Il y est en si grande quantité

que plus de"

25 mille Tapuyas , et autant de créoles

et d ’étrangers, venus de t ous les pays , sont jour

n ellemen t occupé s al ’extraction et a la préparation

de cette gomme précieuse, a tel point que , pour en

f aciliter le'

tran sport, la compagnie des bateaux à.

vapeurs de l ’Amazon e proj etait dès 1860 , l’établis

sement d ’un service régulier sur le Madeira .

Il est donc certain que la position de ce fleuve,

et l ’extraordma1re f écondité de son bassin contri

hueront chaque j our davantage à. la prospérité

général de cette partie du Brésil en y attirant la

colonisation et l ’industrie, c’est a dire le travail et

les capitaux, qui g produisen t, a leur tour, le com

merce et la richesse .

Dans ces heureuses régions , encore si peu visi

tée s, mais dont il est connu que l a température etle sol conviennent à. toutes les productions de l ’Eu

rope centrale et méridionale , que de cité s floris

santes , que d’0pulen te s campagnes étonneront un

j our le voyageur ! Et combien redoublera son

étonnement si, comme il f aut l’e spérer , un large

canal ou un railway unit le Madeira a1’Arin ôs, et

‘AMAZONIE . 85

ce dernier fleuve au Paraguay ! Les deux zones

extrêmes de la Sud - Amérique se donneraient alors

la main comme deux soeurs .

LE TAPAJÔS .

Ce fleuve a cela de commun avec le Madeira,qu’il est f ormé par la réunion de deux grands ri

vière s , al imentées elles - memes par des cours d ’eau

considérables . L ’une et l ’autre de ces rivières

naissent dans les sierras de Mato - Grosso , a une

médiocre distance de la source du Paraguay . La

principale est l ’Arin ôs , qui roule des sables d’

or, et

l’autre le —Juruê n a , qu’on pourrait appeler le haut

T apajés .

Vingt lieues au - dessous du confluent de l ’Arin és

et du Juruê n a , le T apajés , dont - la direction est

constamment celle du nord - est , reçoi t, par sa rive

droite , l ’Azevedo , ainsi nommé de Jean de Souza

Azevedo , la premier explorateur du T apajés (17Environ vingt cinq lieues plus bas

,ce fl euve se

trouve resserré entre les flancs abruptes de deux

montagnes , en même temps qu’une île assez élevé e

divise son cours en deux bras inégaux , dont l ’un ,

extrêmement rapide , n ’a guère qu’un largeur de

quinze mètres . Après avoir réuni ses deux

branches et coulé pendant cinq lieues dans un lit

vaste et prof ond, le T apajôs court, en écumant, au

milieu des rochers , durant plus d’une lie

ue, Se

grossit d’une rivière imposante dont le nom n ’est

pas encore connu, se resserre de nouveau, pour

s’élargir encore , reçoit divers tributaires , dont le

plus remarquable est le Preto , roulant des eaux

claires sur un fond de sable n oir, arrose les petites

86

villes d’Ave iro, Villa - Nova de Santa - Cruz,Pinhel

,

Boim ,

et , a près avo1r f ormé :la baie qui Sert d e .

rade a Santarem , arrive a l ’Amazon e par un e em

bouchure de plus d ’un mille de large .

Les bords du.T apajés sont loin d

avoir la même

f ertilité que ceux du Madeira . Ils sont générale

ment .sablonneux et dépouillé s de végétation . On

n ’y rencontre guère que des arbustes du genre mi

mose et une espèce de re seau appelé taquaril Moins

prof ond que le Madeira, le T apajôs pré sente cepen

dant une n awgation beaucoup plus f acile , et qui

n ’est embarrassée que par deux cataractes.« Il est

vrai qu’elle est moins longue de deux cents lieues .

En somme,ce fleuve est très - avantageusement

placé pour f aciliter les communications et le déve7loppemen t ldu commerce entre une grande partie du.

ba ssin de l ’Amazon e e t les villes de Cuiaba ‘et de

Villa Bella , les plus importantes de la provin ce de

Mato - Grosso .

LE xme n .

De tous les affluents de l ’Amazon e c ’est peut être

celui don t la source et le basSin supérieurs sont en

core l e moins connus . Il nait dans la chaîn e de

montagnesqui sépare le province de Mato - Grosso de

celle de Goyaz , ,et se diri ge vers le n ord - nord - est, .

entre,

le 14 et le 15 degré de latitude, traversant

des pays habités par diverses t ribus indiennes en

core sauv‘ages , entre autres par celles des Borotos

et des Guiapys . Après avoir reçu le . Barahû, le .

Rio de s Paos,le Bacaaris , ce .fleuve entre dans la

province de Para, s’accroît

,des eaux . du Curruâ ,

du Guirin i, de 1’Itahagua et de plume ,urs autre s

AMAZÔNÏE.

"

s’

7

tributaires , ba1gne les petites villes de Carin is ,An anhirahi, Turuan zi., Souzel , Pombal , Veiros ,Porto-

l

de - Moz , et arrive a l’Amazon e par deux em

boùchure s , soixante lieues arf - dessous de celle du

Le cours du Xinguest a peu prè s de 300 lieues,et ne quitte guère la ligne droite , si ce n

’est

que, dans la v0 1s1n age d’

An anhirari, le fleuve ,courant entre deux sierras

,tourne brusquement

a l ’ouest,mais"c ’est pour reprendre bientôt sa

prem1ere direction . Quœque le Xin gû soit

embarrassé de deux ou trois cataracte s , pro

duites par les montagnes qui resserrent quelquef ois

ses eaux, et qu’il n e

, puisse porter que de s embarca

tions d’un tonnage moyen , il n’en sera pas moms

d ’une grande utilité au commerce de la partie ori

entale de Mate - Grosso , avec le Paré. et l’Amazon e .

D ’après le récit desmissmn n aire s qui l’ont parcouru ,e n ne saurait, du reste , mettre en doute que le s

vallées qu ’il arrose ne s0 1erit parf aitement salubres

et d ’une extrême f ertilité,

LE TOCANTINS

Bien que ce fleuve ne soit pas un tributaire del’Amazon e , qui l

’augmen te , au contraire , de son bras

inf érieur , j e dois en dire ici quelques mots, par'

la

raison qu’il appartient au système hydrographique

du Brésil septentrional et complète cette échelle

de grands fleuves qui , a des distances a peu près

égales , coupent la r1ve droite de l’Amazon e , et ou

vron t des voi e s navigables j usque dans le centre del ’empire bré silien .

88 AMAZONIE.

Fermé par la réunion de plusieurs riwe res , par

mi,le squelle s on peut remarquer l

’Urubû et le rio

da s Almas , qui nais sent dans les cordillères de

Goyaz , le Tocantins ne devient réellement naviga

ble qu’aprè s sa j onction avec le Maranhao , une

lieue au—dessous d’Aqua -Quente . É’

après plu

sieurs géographes , cc Maranhâo qui, a son“

origine,

reçoit lui .

—même un e petite r1vœ re appelée Tocantins,

devrait conserver son n om jusques a son confluent

avec le Paran âtin ga , sous le 12 degré de latitude .

C ’est là. efi’

ectivemen t que paraît commencer le y é

ritable Tocantins . Vingt cinq lieues au - dessous du

dit confluent, ce fleuve reçoit le rio de Cana - Brava,puis celui de Luiz - Alves et le Tabocas . Tournant

ensuite du sud - ouest au nord, il recueille les eaux

du Man oel - Alves - Salobre, et celle du rio de Somno ,'à 40 lieues de Luiz - Alves .

Accru par —les eaux abondantes du Manoel - AI

ves - Septentrional , qu’il reçoit 45 lieues plus bas, il

tourne à l ’est, puis a l’ouest, et reprend finalement

la directi on du nord pour s ’augmen ter , 80 lieues

en aval , des eaux volumineuses de l ’Araguaia .

Vingt huit lieues après , son cours , un moment

empêché par les c ataractes de Tabocas , se déploie

dans de majestueux méandre s , reçoit les eaux

médicinales de l ’Arari, et le petit bras de l’Ama

zone ; après quoi, grossi encore par le Moju et

le Guamâ, il se précipite dans l’Océan équinoxial,

25 lieues au - de ssous de Para.

Depuis le confluen t du Maranhao avec le Para

n aitin ga , les rive s du Tocantins sont peuplées de

nations encore sauvages mais d’

un caractère assez

AMAZONIE. 89

pacifique , et qui montre des tendances a la civilisa

tion . L’établissement de colons européens dans

ce pays ne rencontrerait donc pas de sérieuses dif

ficultés , surtout s ’il se f aisait d’après un large plan .

L ’exemple donné par de laborieux travailleurs

exercerait, a la longue , -une influence salutaire sur

l ’esprit des Indiens ; ils sentiraient les avantages et

la dignité de la vie civilisée , et éprouveraient le

besoin de s ’en procurer les j ouissan‘

ces . La f on

dation de quelques aldée s , dans ces régions , aurait

aussi pour résultat d ’y attirer le commerce en lui

f ournissant une f oule de produits , et spécialemen t

la résine du syringa en gomme élastique , appeléecaoutchouc .

Le Tocantins baigne , dans la province de Goyaz ,les villes de Porto - Imperial et de S âo - Joao - das

Duas - Barras ; dans la province du Para, les f orts

d’Arroios et d’Alcobaça , l’A1dée de Pederneira, les

villes de Bayao ,d’Abaëte , de Beja , Condé , Cameta,

et de Vigia, voisine de son embouchure . Près de

Cameta, le fleuve étend sa nappe sur une largeur de

deux lieues ; on peut dire cependant qu ’il est

moins prof ond que le Madeira, et même que leT apajés .

Affluents de la rive gauche de l ’Amazon e

Ls e o .

— Ce fleuve , d’une étendue de 800

lieues , coule tout entier dans le Pérou . J ’ai cru,

néanmoins , devoir le comprendre dans cette nomen

clature , parce qu’i@ été la cause de la découverte

de la rivière des Amazones . C ’est le sujet d ’une

histoire curieuse qu’on a déjà. racontée , mais que

90 A'MAZONIE:

plusieurs demesrlecteurs s eront bien aises de retrouver ici .

La recherche du métal d’où naissent les,j6uis

sauc e s de la vi e matérielle, fut constamment une de s

gran des préoccupations de la race humaine . Depuis

l ’exdédition de s Argonautes et la conquête de la

Toison d ’or jusqu’à l ’exploration des terra1ns auri

f ère s de la Calif orn 1e et de l ’Australie , il y a tou

j ours ou de par le m0n de un certain nombre d’in tré

pides aventuriers , disposé s à braver tous les p érils ,et a se langer au milieu de l

’inconnu pour atteindre ,par une rare f aveur de la f ortune , à. . ces ri

chesses f abuleuse s , _que le travail le plus op1n iâtre

et le plus intelligent ne donne qu ’après un longcercle d ’années , et seulement a un petit nombre —de

favoris . Au XVI siècle, époque où les romans de

chevalerie errante avaient mi s tous les e sprits en

vein e de merveilleux , cette disposition à courir au

loin pour se procurer d’in épuisable :3 tré sors était

devenue à. peu près générale .

Les Espagnols et les Portugais s’

aban don n aœn t,

plus encore que le s autres peuples , à. ces rêves fan

tastiques . parf aitement en harmonie aVec leur ca

ractère , prédispos é au grandiose et a la poésie .

Conquérants d ’un monde nouveau où tout était

prodigieux,fleuves

,montagnes , déserts , ils . la

chaien t les rênes a leur imagination , et nemettaient

plus de borne s a leurs f astueuses espérances , que

semblaien t d ’ailleurs justifier les% 1menses richesses

trouvée s par Fernand Pizarre dans le royaume

d’Atabaliba . , Leurs en tretiens ne roulaient plus

92 AMAZONIE .

repousser les agressions de nombreuses peuplades

guerr1e re s qui lui disputent le passage .

L ’histoire, dont le premier devoir est de flétrir

toute action coupable , reproche avec justice a Gon

zale Pizarre d ’avoir associé à l’exécution de ses

projets aventureux les plus horribles e t les plus

inutiles cruautés . Les malheureux indigènes qui

tombaient entre ses mains étaient sommés de don

ner des renseignements sur la position de l ’imag1

naire cité de Manoa, et comme il y avait impos

sibilité de répondre d ’une manière satisf aisan te , ils

étaient soumis ad’

épouvan table s tortures , et souvent

déchiré s par les dogues monstrueux que le chef del ’expédition menait touj ours avec lui , et qu’il n our

rissait habituellement de la chair de s Indiens .

Ces actes atroces répan diœn t la terreur autour

des Espagnols . Celle s des tribus indienn es qui eus

sent été disposées à leur f ournir des vivres ou à

leur servir de guides au milieu des déserts , s’en

fuirent comme les autres aleur approche .

'

La plus

aflreuse solitude enveloppa Gon nalo Pizarre et sapetite armée . Bientôt survint la saison des pluies .

Alors,sans une cabane pour s ’

abriter , trompés j our

et nuit jusqu’aûx os , harrassés par d

étern elles

marches,ils commencèrent à. semer de leur ca

davre s la route qui devait les conduire à la plusbrillante f ortune . Quant aux Indiens , demi - nus ,qu’ils avaient emmenés du Pérou, ils périssaient

par centaines,ce qui obligea d ’abandonner une

partie du béta il dans les bois et détermma l’in va

mon de la f amine qui vint en core èclairmr les

rangs .

AMAZONIE. 93

Enfin , après avoir supporté des f atigues inou1es

et perdu près de la moitié de son monde , Gonzale

Pizarre se trouva sur ‘les bords d ’un grand fleuve

(le Nape) où il s’arrêta pour délibérer sur le par

ti qu’il avait a prendre . Il jugea naturellement

qu’un cours d’eau de cette importance devait, a sa

partie inf érieure ou a son embouchure,toucher a

des terres f ertiles , capables de lui f ourn ir toutes

les provisions dont il avait besoin . Quelques rap

ports qu’il put recueillir sur les lieux le con firmè

rent en core dans’

cette pen sée . Il ordonna donc

la construction d’un brigantin , et lorsque , après

beaucoup de temps et de pein es , l’embarcation fut

en état de voguer, il‘yfit monter cinquante hommes

des plus ré solus , sous le commandement de Fran

cisco d’Orellan a , intrépide capitaine qui , a la tête

d’un corps de cavaliers , s’était j oint à. lui, dans la

vallée de Zumaca , plus de cent lieues à. l’est de

Quito , et qu’il avait nommé son lieutenant .

La mission d’Orellan a consistait simplement à

descendre le fleuve jusques aux lieux où il serait

possible de s ’approv1smn n er de vivres de toute e s

pèce . Cette opération accomplie , le brigantin devait

remonter immédiatement le fleuve , afin de ravitailler

le camp de Gonzale Pizarre , dont la troupe , en at

tendant, se trouvait réduite à.vivre de pêche et de la

chair de quelques maigres chevaux .

L’audacieux Orellana s

’aban don n e donc a sa

f ortune , et descen d le fleuve inconnu , voguant a laf ois des rames et de la Voile . Il avait déjà par

couru plùs de cent lieues sans avoir pu trouver ce

qui—faisait l’obj et de son voyage , lorsqu’il s ’aperçoit

AMAZONIE.

qu’il e st sur la nappe d ’un fleuve en core plus grand

que celui auquel il a confié sa f rèle barque . La

rivière des Amazones était découverte !

A la vue du nouveau fleuve , auquel il donne 1m

médiatemen t son nom, Orellana se laissant entrai

ner au désir de s’

immortaliser par une grande

découverte , abandonne Gon zalo Pizarre a sa desti

née . Ses compagnons,moins un seul, qui est

inhumainement jeté sur le rivage,l ’ayant proclamé

leur unique chef , il descend avec eux la nappe

toujours croissante du souverain des fleuves , et

j ouit du plus magnifique ‘ spectacle qui ait j amais

ravi les yeux d ’un chercheur de mondes . Cette

navigation, qui dura une année et demi e, s’accom

plit au milieu des aventures les plus extraordi

n aire s , parmi lesquelles figure celle où des f emmes

guerrières se seraient montrées sur le rivage, e t

aura1e n t tenté de repousser les Espagnols . Orella

na consacre sa victoire en donnant défin itive

ment au fleuve le poétique nom de rivière des

Amazones . Porté sur un Océan d ’eau douce,comme le dit la relation du Dominicain f rère Ga s

pard, il arr1ve enfin au golf e de Para, et touche au

Véritable Océan . Bientôt il achète un navire dans

l ’île de Cubagua et se rend en Espagne, où le gou

vern emen t, émerveillé de son rapport, le nomma

gouverneur de la Nouvelle An dalousie , c ’est le nom

qui fut alors donné aux régions f ormant aujour

d’hui la partie septentrionale du Brésil . Muni de

ce titre pompeux,Orellan n a repartit avec quatre

vaisseaux et quatre cents hommes qui lui furen tI laccordé s pour le me ttre :.i n ..mc de compléter se s

AI‘dAZONIE. 05

découve rtes , mais , moins heureux que .dans sa p re

mière expédi tion, il perdit en route trois de ses

vaisseaux et ne parvint à. pénétrer dans la r1v1e re

des Amazones que pour y périr de la fin la plus

tragique .

Quant aGonzale Pizar°ro, après avoir long - temps

attendu le retour de son lieutenant, il prit le parti de

retourner à Quitte , dont ii' était a quatre cents

lieues,et où il n ’

arriva qu’au bout de dix - huit mois,

et après avoir perdu les deux tiers des hommes

qu’il lui restait .

Sorti d’ume chaîne des Cordillères qui appartient

a la province de Micoa , v0 1sme du P,

opayan dans

l ’État de la Nen velle—Grenade , ce fleuve porte

d’abord le nom de Caquetâ. et coule vers l’est - sud

est . En flé par les eaux d ’une multitude de rivières ,il creuse son lit , longtemps inégal et semé de re

chers,envoie vers l ’Orén oque un bras qui , . sur ce

point,sépare le Bré sil de la Ne n velle - Grenade ;

entre dans la Guiane , où, après une course de 100lieues , «devenu un fleuve de premier rang

,il se

divise en neuf branches qui deviennent autant de

nouveaux fleuves et coulent encore près de cent

lieues sous les noms suivants : l’An atiparan â, qui

se trouve le plus a l ’ouest, l’

Eviratiba , le Manhaua,le Varan upâ, l

’Hyapurâ., cours primitif , l’

Uuan a, le

et le Cadaja, qui est le plus ori

ental . Ces diffé1 en ts fleuves , qui embrassent un

espace de plus de 65 lieues , et qui f orment de

grande s îles , annuellement submerge es a la saison

96 AMAZONIE.

des crues‘

,précipitent leurs claires nappes dan s les

eaux‘ troubles et opaques de l’An iazon e .

Dix lieues au - dessus de son embouchure, l’Hya

pura. baigne , sur sa rive gauche, la petite ville de

Maripé, les aldée s de San - Mathias, Tapera , et S an

Joâo . Son cours, d’environ 800 lieues, est n avi

gable pendant 160 lieues , et le serait sur une plus

grande étendue,sans les cataractes qui en embar

rassen t la partie moyenne et supérieure . Cinquante

nations indigènes habitent se s rives et conservent

encore le souvenir du cruel esclavage auxquelles

elles furent soumises par les premiers conquérants .

Il est certain qu’il existe dans les environs de Pa‘

ranrai, entre les rie s Napo et Iça, une aldéé qui

doit son origine et son nom a un étable (cariçara),où les Indiens étaient entreposés pour être ensuite

vendus comme esclaves .

Dans le voisin age de ses embouchure s , l’

Hiapurd

f orme de grandes lagunes qui, dans la saison de

chaleurs , rendent insalubre l’habitation de son lit’

te f al inf érieur , mais le reste de ses rives n’est pas

soumis au memes inconvénients ; l’air y ‘ est pur et

raflraichi par les brises , c e qu1, j oint à l’

éten

nante f ertilité du sol , susceptible des cultures les

plus variées , ne peut manquer d’y attirer un jour la

colonisation .

Ce fleuve , enfin , a figuré plus d’une f ois dans les

acte s de la diplomatie . En 1750 et 1777 , son cours

et celui du Cumiari , son affluen t, furen t choisis pour

ligne de démarcation en tre les possessions les plus

occidentales des Espagnols et des Portugais . En

1781 , cette même ligne devint l’objet de s plus sé

AMAZONIE . 97

rieuses discussions entre les deux peuples . C ’est

elle,finalement

,qui fut acceptée par la tribu sau

vage des Muré.s , Quand ils conclurent avec le

Directeur de Maripi, Mathias José Fernandes,traité de paix dont malheureusement ce dernier ne

comprit pas toute l ’importance .

LE nrc - n s cxô.

C ’est le plus grand des fleuves de la -Guiane

brésilienne et de tous ceux qui se j ettent dans

l’Amazon e . Il nait

,comme l ’Hyapura , dans les

montagnes du Popayan,Etats de la Nen velle—Gre

nade ; seul ement sa source est un peu plus au norde st, à. 2

°

801 de latitude nord, et 36

° 491 de longi

tude ouest d’Olin da .

Ce fleuve coule d’abord à. l ’est, puis au sud,

jusqu’au 65° delatitude, où il prend, pour ne plusla qui tter, la direction du sud - est . Son cours su

périeur reçoit le T ombû, le Ca ssiquiaré, rivière

considérable communicant avec l’

Orén oque ; le

D émi ti, l’

Ixié, l’

l eana, l’

Ucaiari ou Vahupé que

les canots peuvent remonter pendant un espace de

cinq j ournées . Son cours moyen , où affluent quan

tité de tributaires , est considérablement grossi par

les eaux‘

du S eriuin i , de l ’Araçà, du Padauari, rivière

navigable qui n’e st qu

’à une demi - j ournée de l ’U

mauôca , affluent de l’Orén oque par le Daraha, le

Maravia, l ’In ebû, le Cauaburi , le Baruri, voisin

de l ’aldée de Marina, le Maran acoé, le Cuni *

marû, l’

Uarirâ, le Xibarû, le Matiqué, le Mabâ.’

l ’Urubaxi, l’Ajuan é, l

’In uixi , le Xiura, le Meria,

le Curiuriaur Enfin, les p rincipaux tributaires

du cours inf érieur sont : le Rio - Branco, ainsi

98 AMAZONIE.

nommé de la blancheur sin gul1e ré de ses eaux,

le Jaguapéri, l’Uacriâu,

le Curerù, l’Anavilhân a ,

l ’Aiurin i, l’In uin i .

Parmi ce grand nombre d’a ffluen ts, deux surtout

sont remarquables par leur importance et leur posi

tion géographique . Ce sont les rie s C auaburi et

Branco .

Le premier, parf aitement navigable dans une

grande partie de son cours , ouvre dès aujourd’hui

une voie de communication entre l ’Amazon e e t

l ’Orén oque . Cet itinéraire,qui n ’est point tracé

sur les cartes , con siste“à passer de l ’Amaz on e dans

lè Rio—Negro , de celui - ci dans le Ca 11aburi, d’

l ’on arrive successivement dans leMaturacâ, l’Umari

nan hi, le Beria, le Bacimon i, le Ca ssiquiari et

finalement dans l ’Orén oque . C ’est un voyage de

quinze j ours que l ’on peut accomplir s ’en poser le

pied sur terre . Quelques journ aux’

d’Europe on

cru émettre une idée nouvelle en essayant de de

montrer la possibilité de f aire communiquer l ’Amit

zone avec l ’Orén oque : eh bien ! elle existe cette”

communication dont on f ait l ’objet d’un problême .

Au déf aut de l ’homme , la nature a pris la peine de

la réaliser ; seulement si , en attendant les chemins

de f er , un habile système de canalisation venaitperf ectionner l ’oeuvre de la nature, il est hors de

doute qu’on arriverait f acilement à. établir,une

relation plus directe et plus active entre les deux

grands fleuves qui servent de véhicules a tout le

commerce de l ’Equateur . Je me réserve , au reste,de pré senter bien tôt quelques réflexions générales

sur les avantages que l’

Amazon ie pourrait retirer de

100 ÀMAZÔNIE.

élève un excellent b étail que l ’in soucian ce de s

pâtres laisse trop souvent dévorer par le s bêtes

sauvages . J’aj outera1 que la température de cette

zone est parf aitement salubre et peut être assimilée

à. celle du midi de l ’Eur0pe . Les rives basses du

fleuve et celles de ses lagunes sont extremement

f avorables à la culture du riz , de l’in digo, du coton,

du cacao , du tabac et du caf é . Le vanillier,le

syringa , le giroflier , la salsepareille , la plupart des

produits dont la'

médecine et la droguerie f ont un

f réquent usage abondent sur le reste du littoral ,où l ’ori trouve auss1 d ’excellents bois pour la me

}

n uiser ie . Enfin , leseaux du Rio—Branco sont très

pmsson n euse s , et la préparation du pirarucfi , de lavache man ne (peixe - boy), et du beurre de tortueoccupé toutes les années la majeure partie de lapopulation de s aldée s rwerain e s .

La contrée où ce fleuve prend sa source , e t qui

passait a utref ois pour être celle de l ’E1 Dorado, a

longtemps excité la convoitise des Espagnols et

occasionné de f réquentes collisions entre eux et les

Portugais,prem1ers possesseurs de la Guiane . Les

Hollandais , a leur tour, n’ont pas manqué de pré

textes pour ess ayer de s ’établir sur le Rio - Branco .

Leurs eff orts n ’ont pas été plus heureux que ceux

des Espagnols . Délivrées des attaques de ces

incommodes '

v0 1sms , les colonies portugaises ne

furent pas au bout de leurs épreuves en 1886 , un

m1ss1on n a1re anglais , M.Youd, s’étant établi al ’al

déc de'

Pirara, dans le voisinage du lac Amacû et

du Rio - Bi anco, y fit quelques prosélytes'

parmi les

Indiens Mais, au bout de q uelques années,sur

AMAZONIE. 101

les réclamations du gouvernement bré silien, 'il fut

obligé de se retirer au nord du rio Repun i, où

quelques indigènes le suivirent . Les choses en

restèrent la jusqu’au 7 f évrier 1842 . A cette date,un colonel

,trois officiers et40 soldats anglais , ayant

avec eux trois pièces de canon , se rendirent auprès

de l ’aldée de Pirara, sur les bords du lacAmacù, où

ils construisirent un f ort au haut duquel ils, plan tè

rent le drapeau de leur nation . A la suite de cette

démonstration, le m1ssmn n aire José dos Santos

Innocentes dut, a son tour, se retirer vers le f ort

de S an - Joaquin . Depu1s , par un arrangement

survenu entre les deux nations , le lac d’Amacù et

se s enV1ron s on t été d éclaré s propriété s neutres .

La population de ces extrêmes f rontières du

Brésil a été considérablement d iminuée par l ’in

surrection de Praia de S an gue s et les mesures

sévères qu’elle a nécessitées . Un grand nombre

d’

In dien s on t abandonné la,con trée pour se retirer

dans les établissements hollandais de Surinam, où

ils étaient sûrs d ’être parf aitement accueillis . Les

rives du Rio - Bianco supérieur n ’ont guère aujour

d’hui qu ’un millier d’habitants , qui, de même que

les indigènes , entretiennent des relations commer

ciales avec le Guiane anglaise et hollandaise .

Retournons au Rio - Negro,que les Indiens appel

lent Guriquacurfi . Comme l ’indique son nom portu

gais , ses eaux, particulièrement dans les endroits

prof onds , présentent une teinte noirâtre , due aux

parcelles de cuivre dont elles sont surchargées . Son

cours , de plus de 300 lieues , est d’une f acile navi

gation , jusqu’

a 160 - lieues au- clessus de son'

conflu=

102 AMAZONIE .

ent ; apartir de ce point, il est, pendant 75 lieues,obstrué par un assez grand nombre de cataractes

dont les principals sont : Maracabi, Cojubi , Turnas,Crocchi, Caldeirao , Paredao et Caranguejo . Tous

ces écueils nécessitent le déchargement des canots ,et , quelques - uns , leur transport par la mmde terre .

Comme l ’Amazon e , ce fleuve est semé de grandes

îles , dont la plupart disparaissent annuellement

sous les eaux . La partie de son littoral inaccessi

blé à l ’inondation est sablonneuse et généralement

peu boisée ,mais la partie sur la quelle les eaux peu

vent j eter leur limon est d ’une incroyable f ertilité ,surtout, dans les environs des lagun es , où l

on 60m

mèn ce à. créer de belles r1z1ère s . On rencontre ,du reste , sur les rives du Rio Negro , les plantes et

les arbres que j ’ai déjà mgn àlés en parlant des

autres fleuves , et, de plus , de s végétaux dont le nom

et les propriété s sont encore ignorés . Beaucoup de

gros poissons et de tortues habitent ses eaux , tan

dis que le coq de montagne et le rossignol voltigen t

ou chantent sur ses bords , peupl é s de trente ou

quarante nations encore sauvages .

Le premi er qui ait parcouru le Rio - Negro e st le

Capitaine—maj or =Pedro\ Texeira, lequel, en 1637 ,

découvrit son embouchure en remontant l ’Ama

zone pour aller au Pérou . Depuis , plusieurs mis

sion n aire s y f ondèrent des établissements pour

convertir les nations sauvages qui habitent en

nombre les deux r1ves du fleuve . Leurs travaux,et ceux des colons qui vinrent, plus tard, f onder des

établissements dans le ’pays, on t puissamment c

en

tribue ay développer la civilisation . Le bassin du

104 AMAZONIE.

Il paraît que c ’est sur les bords du Jamun dâ.que l ’aven tureux Orellana rencontra ces f ameuses

Amazones dont l ’histoire,longtemps controversé e

,

est aujourd ’hui traitée de f able et même de mensonge . Les plus modérés prétendent que le navi

gateur Castillan et ses compagnons prirent pour de sf emmes les guerriers d’une nation imberbe dont ilon t à repousser les agressions . La critique moderne aime à procéder carrément, et n

’y va pas demain morte pour contester les f a its dont le cours du

temps a rendu la preuve difi cile . On regarde

comme très—philosophique cette méthode f acile detout n ie r , empruntée aux écoles sceptiques de l ’Allemagne j e crois f ranchement qu

’elle ne l ’est pas le

moins du monde , puisqu’elle met en péril la certi

tude de la plupart des évènements historiques . 11

est possible et même probable que le classique sou

ven ir des Amazones du Thermodoon , et plus encore

le dé sir de se f aire pardonner sa désertion, et de

disposer la Cour d’Espagn e à. lui f ournir les moyens

de poursuivre ses découvertes , ait exercé une certaine influence sur l ’imagination d’

Ore llan a , mais ,après tout, le f ait qu

’il rapporte n ’a rien d’

in vrai

semblable , surtout quand on pen se q ue ce f ait le

fit renoncer à la gloire dé don n er son nom au pre

mier fleuve du monde . On conçoit f acilement que

le s f emmes des sauvages aient pu figurer dans la

lutte engagée avec les Espagnols ; elles on t dû

intervenir soit pour se courir les blessés, soit pour

encourage r les guerriers,soit même pour pren dre

part au combat, comme le firent les f emmes des

Cimbres et des Teutons qui ré sistèrent aux légions

AMAZONIE. 105

de Marius . Pour peu que les circonstan ces s’

y

soient prêtées , il n’a point f allu de grands f rais d"…

magin atiori pour transf ormer ces héroïnes sauvages

en Amazones .

Il y a plus : l ’existence d ’une tribu indienne , ex.;

clusivemen t composée de f emmes , est appuyée sur

des preuves de nature a f aire impression sur le s

esprits les plus judicieux . Sans parler du rapport

f ait a la Con dan ime par le Sergent—Major indienPacorilha , affirmant que ses vieux parents luiavaient raconté plus d ’une f ois l ’histoire des Ama

zones ; sans invoquer non plus le témoignage du

j é suite Christovao du Cunha , qui fit le voyage du

Pérou au rio Jamun dä pour*

éclairôir ce point d’his

toire, il est positif que”

le s prof ondes vallées , arrosées

par le cours supérieur de ce fleuve , on t reçu des

Indiens le nom de pays des Amazones (Uacamiâba)

et que , d’

après les mêmes Indiens , il existerait en…

core un certain nombre d’Amazon es (Yeamiabas)dans les plus hautes régions du même pays .

Il parait, du reste, que ces f emmes guerr1eres

n’étaient pas aborigènes de la Guiane . Dans sa

Noticia do Brazil le savant Gabriel Soares assure

qu’il existait sur les bords du San —Francisco, dans

la province de Bahia , une tribu f éminine sans cesse

en état d’

hostilité avec les Amoipiras et les Ubiâ.

ras . A l ’époque où les Tupinambas , poursuivispar les Portugais , allèrent s

’établir vers le nord

en tre le Tocantins et le Madeira , c es Amazones:partagèrent leur destinées . Seulement

,pour mieux

assurer leur indépendance , elles passèrent le fleuve‘

qui devait un jour porter leur nom, et s

établif en t

106 AMAZONIE.

sur les rives du Jamun dâ.. Si, plus tard, elles dé

ployèrent tant de courage pour s’

0pposer au dé

barquemen t d’

Orellan a , c’est qu’elles savaient par

tradition combien le voisinage des Européens était

redoutable pour les peuplades indiennes .

Ce que l ’on raconte des moeurs et des coutumes

de ces Amazones sauvages ressemble beaucoup à.

ce qu’on lit dans le poème des Argonautes de Calli

maque au sujet des f emmes libres de l ’île de Lemnos .

Afin de prévenir l ’extinction de leur race, ces

guerrières donnai ent de loin en loin l ’hospitalité aux

étrangers , venus des contrées voisines . A une nou

velle visite, elles avaient grand soin de rendre les

enf ants mâles a leurs pères , ne gardant pour elles

que les filles . Ces nomades époux étaient choisis

le plus souvent dans la tribu des Guacar1s ,ma1s on

prétend qu’ils trouvèrent plus d’une f ois des rivaux

heureuxparmi les Parique s , les Apotos , et les Ta

gari s , tant il e st vrai que le beau sexe e st né pour

être volage !

LE TROMBETAS .

Appelé Oriximina dans la langue des indigènes

Quand le n’

awgateur qui descend l’

Amazon e a

laissé , à sa droite ,Èl

_

e lac Yrati et l ’île deMaracausû;a sa gauche, la double emb ouchure du Jamun dâ , le

fleuve s ’élargit a prendre l’apparence d ’une mer .

Alors , si l’on promène ses regards vers la côte du

nord, on découvre une petite chaîne de collines , la

seule qui, avec le mont Paren tin s , pointe sur lasurf ace de la

'

vaste plaine,courant des r1ves du

Napo, jusqu’aux f alaises de l ’Océan . C ’est au pied

de ces collines que le Trombetas se décharge dans

AMAZONIE.

57 .

CANALISATION DES FLEUVES DE

L’AMAZONE .

Puisque me voici sur le chapitre des fleuves et dela terre

,spéciale des eaux, qu

’il me soit permis de

la clore, par quelques réflexions sur l

’utilité que

l ’on pourrait retirer d’un système de canalisation

qui f erait de toutes les voies navigables de l’Ama

zon ie une s eule voie constamment ouverte . aux

échanges du commerce de l ’intérieur comme a celui

de l’extérieur.

J ’ai déjà. émis l’opinion que ce n’était pas aux

canaux, mais bien au chemins de f er a ré soudre la

question de la,,can alisation des fleuves américain s .

Cette pensée , que j e ne retracte pas , a besoin d’une

explication qui trouve ici sa place naturelle . Par

la supériorité de leur vîtesse , et d’autres avantages

,

les wagons des chemins de f er l ’emportent évi

demmen t sur toute espèce de navigation à voile ou

à}”vapeur . Il ne f aut pour s ’en convaincre que voir

l ’état peu prospère ou se trouve la batellerie des

grands fleuves de l ’Eur0pe partout où les voies

f errées on t pu lûi’

= f a ire concurrence . Mais d ’autre

part, il est juste de ne pas oublier que l’établisse£

ment et le f onctionnement des railways étant très

dispen d1eux,il f aut de toute nécessité , les placer au

milieu de pays populeux , où il existe une masse de

marchandises et de voyageurs suffi sante , non - s eule

ment pour déf rayer les compagnies de leurs avances,

mais encore pour attirer les actionnaires par l ’ap

pat"de dividen des lucratif s . Nul doute que le

AMAZONIE. 109

j our où. le Brésil pourra compter dans chacune de

ses provinces un e population aussi compacte que

celle de Rio Janeiro et de Bahia , les lignes de f er

an n ulleron t la navigation des canaux et finiront

même par se. substituer à celles des gran ds fleuves .

Mais en attendant cette_ population , et même pour

l ’aider à se f ormer, il est d’une grande importance

d’aSsurer a toutes les régions colonisées ou suscep

tible de‘ l ’être les voies navigables les plus con ven a

bles pour la création ou le développement du com

merce .

Je n e con nais pas de moyen plus efficace pour

hâter les progrès de l ’agriculture, de l’industrie

des arts , enfin de tout ce qui f ait l’apanage des so

ciétés bien organisées .

En ce qui concerne l’Amazon ie , la question se

présente sous un jour encore plus f avorable au sys

teme de la canalisation : il est évident que , dans

une grande partie de ces plaines incommensurables,

annuellement submergées par tant de fleuves,la

création de lignes de f er peut être considérée

comme radicalement impossible . Le steamer est

le véhicule qui paraît le mieux approprié a ux con

dition s topographiques de l ’Amazon ie . Il a l ’avan

tage de pouvoir aller en toute saison , avec tous les

temps,sur des eaux prof ondes ou de f aibles nappes ;

il se passe de la voile , surmonte la violence d e s

courants , porte des chargements énormes et peut

prendre les plus lourds bateaux à la remorque ; on

dirait un être vivant, ayant pour âm‘

e le génie même

de l ’homme .

110 AMAZONIË.

Cela po'

sé , maintenant que nous avons une idée

générale de l ’hydrau‘

graphie de A l ’Amazon ie e :

même de celle de tout l ’empire brésilien,il nous

sera f acile de tracer, pour ainsi dire, le cours de

ces Canaux appelé s à. porter la me et l ’abondance

par toutes les zones de la Sud - Amérique .

On ne p eut j eter les yeux sur une carte de l’A

mazon e sans être f rappé du n o

'

mbre ‘

d es grands

affluents de ce fleuve gigantesque , et surtout de

l’ordre , presque symétrique, dans lequel ils sont

échelonnés sur ses deux rives . Ces affluents qui

présentent de s artères au moyen desquels on peut

s’avan éer a plusieurs centaines de lieues dans le

pays,ont eux—mêmes des tributaires navigables a

de longues,distances

,e t quelquef ois ces derniers

communiquent a des lacs ou à. des rivières égale

ment navigable s , pendant la moitié de l’année . Il

résulte de là., qu’une prodigieuse étendue de pays ,

le plus f ertile qu’il y ait dans le Brésil, peut être

abordée par des embarcations de tout genre , parties

des ports de l ’Amazon e ou de l ’Océan . Quel est

donc la contrée du globe où la distribution des

eaux soit plus heureusement appropriée aux condi .

tions du commerce ? Pour créer la richesse dans

une province,il ne suffit pas que le sol en

'

soit f écond

et susceptible de livrer des produits nombreux à.

la consommation , il f aut encore qu’il ait à.sa portée

des voi es toujours ouvertes à. l’exportation et à

l ’importation.

Sans cet avantage, l’abondance

même des produits enf ante‘

: la gêne , et la popula

tion reste misérable et chétive aumilieu des tré sorsqui devraint l ’en richir .

112 AM“

A£ZONIE.

eon fluen ts, «en fin un Système d’administration et de

surveillance des voies f réquentées par la navigation,

tels sont les moyens qui pourraient plus ou moms

remédier aux autres obstacles .

Pour être complet, le systême de canalisation ne

devra pas se hom er au nettoiement des fleuves,et

a une meilleure direction donnée à. certaines par

tie sÏde leurs cours , il devra s’occuper aussi d ’utiliser

cette surabondance d’eau qui , de toutes parts , s’é

coule dans l ’Amazon e . Combien de localité s

n’auraient besoin que d’un simple canal artificiel

pour voir doubler la somme de leurs produits et

celle de leur aisance ?

Il sera donc d ’une sage administration d’

un ir un

j our par des canaux, autant que la configuration

des lieux pourra le permettre , les cours moyen et

supérieur du’

Javari, du Jutabi , du Madeira , du

Tapajés , du Xin gfi et du Tocantins ; du Nam i ,“de

l ’Yapuré, du Rio -Negro, du Jamun dé et du Trom

betas . Comme une multitude de cours d’eau, souvent

navigables , se trouv ent entre ces fleuves , l’

établisse

ment des canaux projeté s serait peu dispendieux .

Sillonnant des deux côté s et sur une grande éten

du‘e les deux flancs de l ’Amazon e , ils porteraient

la f écondité partout en n’attein t pas l’inondation et

ouvriraient d ’innombrables débouchés au commerce

de l ’intérieur .

Nous avons vu précédemment que les affluents

des rios Negro,Branco , Jamun dé, Trombetas ,

comrfiun iquaien t ou pouvaient communiquer avec la

République de l ’Équateur , l’

Orén oque , Venezuela ,et les colonies hollandaises , anglaises et f rançaises

AMAZONIE. 113

de la Guiane : j e le demande , quels rapproche

ments inatten dus ne vont pas s’opérer par le

moyen de la canalisation,le j our où les efl

orts‘

de

l ’homme auront triomphé de l ’in salubrité qui af

f eote -ce s contrées ?

On dit que , au temps de Sésostris, l’Égypte était

plein de canaux qui entretenaient la f ertil ité dans

le s parties de son territoire où n’atteign aj t pas l

’i

n on dation du Nil . C ’était la sans doute une beau

spectacle , mai s qu’est - ce que l ’Egypte et le Nil a

côté da l ’Amazon ie et de son fleuve , recevant les

tributs de jplusieurs centaines de fl euves ? Quel

pays pourrait offrir un plus brillant tableau de l’ac

tivité de l ’homme,un plus digne monument de son

génie , sr des lignes de canaux, se croi sant dans

tous les sens,visitaient les parties les plus reculées

de ces régions où des plaines immenses s ’ajoutent

à. des plaines sans fin , et si le s embarcations à

vapeur, se multipliant sur ces canaux et sur les

nappes des fleuves , entretenaient un perpétuel

échange des produits et des richesses entre des. colo

nies populeuses , f ormées de travailleurs acc'

en tus

de toutes les parties de l ’univers ?

Les avantages de la canalisation ne devront pas

constituer un. privilége spécial en f aveur del ’Amazon ie : toutes les provinces bré siliennes , et

même toute l ’Amér1que méridionale pourront e n

j ouir, si elles mettent à profit les cours de ces

grands fl euves qu1 j aillisen t de toutes parts de la

chaîne des Andes et f orment le plus magnifique

système hydraulique du monde . Le cours naviga

ble du rioArin és, dont les eaux réunies à celles du

114‘

AMAZONIE .

Juruê n a f orment le Tapaj o s, et d’un

.

autre côté

celui duGuaporé, grand aflluen t du Madeira , ne

sont pas extrêmement éloigné s du Paraguay , e n

sorte '

que la j onction de deux des principaux

affluents de l ’Amazon e avec le plus navigable des

affluents de la Plata , est une œuvre parf aitement

réalisable , et dont l’exécution accomplie au moyen

de quelques lieues de canaux,ne serait pas exce s

sivemen t dispendieuse . Il est également hors de

doute que des études sérieuses sur les terrains qui

separen t les rios Araguaia , Maranhao , Tocantins ,

Parahiba , San - Francisco,mettraient en évidence

la possibilité d’un ir les bassins dé ces fleuves par

des can aux qui f aciliteraient l’écoulement des pro

duits des colonies internes du Brésil .

Ainsi donc, ce n’est pas se laisser aller à.un e chi

mère ou caresser une utopie que de se figurer

l ’empire du Brésil traversé , du tropique à.l’équateur

par les paquebots de l’industrie et du commerce,

garants et messagers de la f ortune et du bien - être

matérfel des peuples modernes . Il est"d ’ailleurs

évident que si ,, dans l’ordre providentiel, - tout sur le

globe doit réaliser les fins que renf erme son principe

,cesmasses d ’eau courante que nous appelons

fleuves n ’ont pas seulement la m1ssmn d ’alimenter

le bassm des mers , elles on t encore celle de contribuer

puissamment a la richesse des nations .

116 AMAZONIE.

venus de la Plata y sont cependant l ’objet d’uncertain trafic .

La même raison qui f ait négliger l’éducation

du bétail détourne de celle des volatiles de basse

cours . Des f orêts remplies d ’un gibier f acile a se

procurer et sans cesse renouvelé,telles sont les ga

rennes et le s volières des Amazoni ens .

Ces forêts ”renf erment une quantité à.peine croyable d’animaux de toute espèce: apoils , à plumes ouaécailles . Des troupes de singes hurleurs et autres

s ’y balancent aux branches des cèdres , des umariS

et des ma ssaran dûba s ; on distingue parmi eux le

léger sahui , qu’on apprivoise sanspeine; le charmant

markin a , le salui é carlate, le sapé corn if ère , hizarrement orné de deux cornes de poils; le mono pardœrecherché pour son pélage ; le sagoin musqué , lesauvage guariba qui , à l

’aurore et au crépuscule ,f ait entendre des hurlements plaintif s dont la sur“

perstition locale a f ait une prière psalmodiée .

Les f ourré s qui avoisinent les eaux sont la

demeure ordinaire de s pacaris , sorte de petits

sangliers dont la chair e st excellente et qui vont

touj ours par troupe . Dès qu ’ils entendent un coup

de f eu,ils fuient

t

avec tant de précipitation et de

désordre qu’ils renversent parf ois le chasseur sans

même l ’apercevoir .

Dans les bois prof onds se tienn ent le s vedoas ou

cerf s bré siliens,dont la chair approche de

'

celle du

bœuf . L ‘anta ou buffle, le plus gran d des quadru

pède s du Brésil ; le j aguar.ou panthère américaine ,le couguar ou tigre noir, le guara et le cachorro de

AMAZONIË. 117

mato , repré sentants du loup et du renard dan s les

déserts d e l ’Amérique .

La f amille des oiseaux de l ’E/

quateur est aussi

variée que brillante . Elle comprend d’in nombrables

espè ces de perroquets et d’aras , d

’oiseaux chanteurs ,

parleurs ou siflieurs , des ramiers , des oies , des

pans , de s coqs de montagne , des oiseaux de proie ,des colibris et des e ssain s d ’oiseaux - mouches de

toutes les couleurs etd e tous les mê lange s de cou

leur .

Plusieurs espèces de serpen ts habitent le s f orêts

ou les lacs de l ’Amazon 1e . Parmi ceux dont la

morsure est le plus à craindre , par elle peut devenir

mortelle , il f aut placer le surucucu, le jararaoâ, le

cobra de cascavel (serpent à. sonnette .) Bien qu’on

doive soigneusement éviter le voi sinage ou la ren

contre de ces reptiles , il y a beaucoup a rabattre a

l ’idée f ormidable qu’on s ’en f ait en Europe . Ils

fuien t‘

gén éralemen t la présence de l’homme . La

f amille des ophidiens de l ’Amazon ie compte cepen

dant un individu réellement redoutable , c’est le boa

ou surucujû qui est quelquef ois de vingt - cinq pi eds

de long et de la grosseur d’une pièce de campagne .

S a f orce est telle qu’il peut saisir et étouffer un

taureau dans ses spirales , et l’on jugera de sa vora

cité en son geant qu’il peut dévorer, en un seul

repas,deux porcs et un chevreau . Il est vra1 que le

travail de la digestion est si laborieux qu’il en

résulte pour l ’animal un engourdissement prof ondpendant lequel on peut l ’éven trer sans aucun dan ger .

Malgré sa f orce prodigieuse, le boa est immédiate

ment tué par les Indiens quand il lui arrive d’aban

118 AMAZONIE .

donner ,les solitudes ouil habite d’ordinaire, pour se

rapprocher des demeures de l ’homme . Le Jacaré ou

caiiuan brésili en qui se trouve dans la plupart des

fleuves et des lacs est encore moms dan gereux quele . boa , meme pour les nageurs les plus impru

dents .

Les eaux de l ’Équateur sont partout très -

pom

son n euses , e t il f audrait sans doute des vôlum'

es

pour f aire un histoire ichthyologique complète de larivière des Amazones et de ses affluents . Il n’est

cepen den t que deux principales espèces de poisson s

qui soient pour les habitants du pays l’objet d’un

commerce chaque jour plus 1mportan t, les voici

Le premier est le pirarucu, que l’on mange f rais

et que l ’on sale plus souvent comme la morue, avec

laquelle il a quelque ressemblance , tout en étant

d ’une taille beaucoupplus grande . Comme le peixe

boi et le pirahiba , on le p êche ordinairement auharpon . Il se trouve dans tout le cours de l ’Amazon e ,du Madeira

,du Rio - Negro

, & c., spécialement près

des con fluen ts et dans les eaux prof ondes . Le second

est la vachemarin e ou peixe - boi ,poisson mammif èreet à demi - amphibie dont la lon gueur atteint quel

que f ois dix septp ipds , et dont l’épaisseur est de deux

ou trois pieds .

Sa tête ; qui a quelque chose de

celle de la vache , e st . munie d’oreilles et d ’yeux

d ’une extrême petitesse .

Sa peau est si épaisse et si dure qu’elle est pres, que à. l ’épreuve de la balle , et que les Indiens s

’en

f ont des boucliers qu’ils portent à la guerre . Ce

volumineux cétacé n ’a que deux petites n ageoires

120 AMAZONIE .

59 .

AGRÏ CÜLTURE, ien onu1rs , COMMERCE.

L’agriculture , telle qu

’on la pratique en Europe,n ’existe pas encore dans le nord du Brésil . Malgré

les efl‘

orts du gouvernement et de quelques person

nages influents , animé s des meilleures intentions , on

s ’y occupe f ort peu du déf richement des terres et de

la création des produits qui , en d’autres pays , met

tent en mouvement tant de bras et tant de capitaux .

Il existe bien quelques cultures de caf é . ou de tabac

autour de s villes et des aldées , spécialement Sur le

Rio - Negro , mais l’étranger qui aborde dans ces

contrées , ne doit point s’attendre a y trouver des

campagnes couvertes de plantations , semée s de

f ermes élégan tes , riches en récoltes de tout genre,et procurant a des f amilles entières les avantages

de l ’aisan ce et ceux d’une Vi e tranquille . L’exces

sive abondance des productions spontanées de

ces climats y semble f aire de l ’agriculture quelque

chose d’in utile et de superflu, etmême un e occupa

tion préjudiciable aux intérêts des populations .

Effectivement, a q uoi bon se livrer à un travail,

toujours pénible dans les pays chauds, pour récol

ter du thé , de l’

in digo, du cacao, du coton, du

pimen t, de la canelle , des clous de gérofle , du

maïs , des pommes de terre , du f roment, etc ., etc .,

lorsque la plupart de ces produits sont libéralement

donnés par la nature ou apporté s par le commerce

européen ? L’Amazon ien à. qui la culture de son

champ n e produirait qu’un mince bénéfice préfère

AMAZONIE . 121

s ’enf oncer dans les bois pour recueillir la gomme du

syringa,dont on f ait le caoutchouc ; la vanille , les

noix muscades,le carajuru

,le cumaru, l

’huile de

cupahûba , la salsepareille , plus de soixante drogues

pharmaceutiques . Tous ces produits se vendant à.des

prix élevés,il a la chance de gagner des sommes

considérables . Il est vrai qu’il lui f aut mener une

existence nomade,dans le silence des f orêts , expo

sé aux morsures des serpents et aux attaques des

bêtes f auves , mais il est aventureux et brave , et

puis,la soif du gain est si impérieuse ! Il part

donc,rempli d ’espérance et même de gaîté, sur

tout s ’il a pu se procurer un peu d ’agoa—ardente

et de tabac . Ce genre de vie,qui est celui de la

majeure partie de la population des aldée s , est un

grand obstacle aux progrès de l ’organisation sociale

de certaines parties de l ’Amazon ie . Ces bandes

innombrables de t apuyas , de créoles ou d’euro

péen s dispersé s . dans les dé serts et, pour ainsi dire ,aflran chis de toute loi , ne présentent pas précisé

ment l ’idéal d’une société modèle .

Un tel état de choses donne lieu a l ’abus le plus

déplorable . De hardis industriels,appartenant à.

toutes les nations , et dont l’absence de marchés

publics rend malheureusement l ’intermédiaire indispensable aux vendeurs de produits spontanés

,

exploitent ces derniers de la f açon la plus indigne .

Au prix de quelques marchandises grossières ou

avariées , ils obtiennent d’eux les produits les plus

précieux, qu’ils revendent lucrativement à. d ’

autresa ccapareurs . Ce n ’est pas tout: ces misérables

,

abusant de l’empire qu’ils ont su prendre sur le s

122 AMAZONIE .

indigènes, le s contraignent par de mauvais traite

ments , des menaces , ou après les avoir soulés d’

e aua

de - vie, à leur vendre abas prix les produits récolté spour le compte de divers commerçants .

Le gouvernement central a f ait de louables e f

f orts pour établir des marché s affecté s à. la Vente

des produits , et mettre un terme aux odieuses spo

liation s qui viennent d ’être signalées . Mais sa

bonne volonté se trouve paralysée par l mfluen ce

que les exploiteurs on t acquise sur l ’esprit des po

pulation s .

Pour guérir un si grand mal , il n’est, semble—t - il,

qu’un seul remède : . la création de nombreuses

colonies de travailleurs agricoles , ce qui amen era cer

tain emen t , avec le temps , une notable diminution de s

produits naturels et, par suite , la nécessité de de

mander ‘au travail de s biens que la nature primi

tive cessera de d onner . C ’est ce qui déjà. e st

arrivé pour le s provinces de Maranhao et de Cearé .

124 LE"

GRAND PARA.

Cette province n ’offre d’autres montagnes quecelles qui s ’élèvent sur les f rontières du nord et du

sud . Partout ailleurs , elle n’est qu’une plaine im

mense, f ormée“”par les terrains d’

alluvion que les

eaux y on t charrié s dans les époques primitives du

globe . On ne s ’éton n era donc pas de leur prodigieuse

f ertilité . L ’hiver y est inconnu, les orages y sont

f réquents et les coups de tonnerre épouvantables .

Les brises, qui la nuit souffl ent de la terre , et de la

mer pendant le jour, amortissent la chaleur . Comme

dans les autres pays situé s sous la ligne , les jours y

sont toute l ’année égaux aux nuits . Enfin, il y règn e

une telle alternative de soleil et de pluie , qu’il en

ré sulte une température à. la f ois douce et humide ,excessivement f avorable à la végétation . Aussi ,dans quelque saison qu’on y sème les céréales

,elles

donnent deux ou trois récoltes dans l ’année .

En possession des embouchures du plus grand

fleuve de la terre , et d’une côte dont l ’étendue est de

près de 180 lieues , le Paré. est supérieurement,placé pour devenir l ’entrepôt de tout le commerce

du Brésil septentrional, et d’une grande partie de

celui dela République de l ’Equateur , de la province

de Mate - Grosso et du Pérou . Les ports qui bor

dent la baie du Tocantins,ceux de:l

’île de Maraj ô

ou qui sont échelonné s sur les bords de l ’Océan ,le s

eaux inf érieures de l ’Amaz on e, du Tocantins , duXin gû, du Trombetas

, f orment un ensemble de

points commerciaux f aits pour assurer la prospérité

d ’un pays moins f avorablement doté par la nature .

Le s riches produits dont abondent les eaux et

les f orêts, ceux que la culture commence à. mul

LE GRAND PARA. 125

tiplier , en fin ,

j la nécessité de se procurer par

l ’importation les objets de prem1ere utilité que l ’iri

dusti ie nationale ne donnera pas de longtemps , sont

autant d e causes qui assurent à ces contrées unma’

gn ifique avenir commercial .

On trouve sur le territoire du Paré, non p as quel

ques produits perdus dans les f orêts , ma1s des

masses de produits que la nature a , pour ainsi dire ,mis sous la mam des heureux habitants de ces cli

mats . Je ne citerai que les prmc1paux

Le camara, la capave ira ,l

omiri ou storaque , le

marapin ima , dont le bois est susceptible d’un poli

égal a celui de l ’écaille de tortue; le sucubâ., qui

donne , par 1n 0 1s10 n ,un puissant vermifuge liquide ;

le massaranduba,dont la gomme e st une excellente

colle - f orte ; la ge lahicica , qui f ournit une ré sine sus

ceptible de remplacer l’argile pour la conf ection de

la vaisselle la chiriuba ,dont la cendre remplace la

soude dans la f abrication du savon . On y trouve

encore, mais en petit nombre,des mines de

métaux , du cristal, des émeraudes , de,l’argent, du

granit, de l ’argile de diverses teintes , et des bois

très - avantageusement employé s pour la construction,la charpenterie et la men u1ser1e .

Les f orêts sont remplies d’e ssa ims d ’abeilles , qui

f abriquent leurs rayons dans les troncs des arbres

séculaires , et de mille f ruits diff érents , parmi

lesquels j ’ai surtout.

remarqué des attas , des

pignes et plusieurs variété s de cocos . La vanille,

le gin gembre , l’

in digo, la salsepareille , le jalapa ,l

ipécacuanha , le géroflier et la noix muscade cr0 1ssent la naturellement . Le pays donne aussi

LE GRAND PARÂ .

une grande quantité de mandioca, de riz , de mai s ,de haricots , dé caf é , de coton et de cannes à.

sucre . .

Parmi le s produits qui f ont l’objet spécial du

commerce du Para, on doit placer en première lignel ’urucù, don t la teinture est préf érable à celle du

pâo—brazil ; le riz , le cacao , la salsepareille , des

épiées, des plantes médicinales , la gomme élastique ,le piment de l ’In de , le baume de copahu , le taña ,la cannelle, l

’an dirôba , le puxiri , le tapioca, le

cumaru, des bois pour la construction navale et la

menuiserie .

La province du Paré. se subdivise en sept co

marques ou départements,dont voici les noms,

qui sont les mêmes que ceux de leurs capitalesParé, Marajô, Bragança, Cameta, Macapa, Gurupé.,

128 LE » GRAND PARA .

dien s f urent soumis aux plus atroces traitements parceux - là meme qui occupaient les premières charges

de la province . Parmi ceux qui se signalèrent par

ces honteux excès , l’histoire du Brésil flétrira sur

tout les gouverneurs Fragoso d’Albukerque , Bento

Maciel , Joê o Velho do Valle , Pedro Maciel et Vic

tor Maciel . Les longues querelles de s j é suites ,partisans de l ’esclavage des Indiens

,avec le pouvoir

civil et l ’autorité royale,se sont prolongées avec un

incroyable persistance de la part de la Compagnie

de Saint - Ignace . Mais il est une causeplus puissanteencore des révolutions qui sont venues e n san glan

ter un pays où tout semble inviter aux douces j ouis

sances de la paix .

La race indienne et les races plus ou moins co

lorée s , issues des mélanges avec les blancs , ont de

nombreux représentants sur les bords de l ’Amazon e .

On les y trouve sous tout es les f ormes , dan s toutes

les prof essions marchands,trafican ts , marins ,

soldats,prêtres

,esclaves . Or

,cette dernière con

di tion a beau être considérée comme une néces sité

par les blancs, et même par les noirs et les hommes

de couleur . Des f erments de haine et de vengeance

couvent dans les cœurs des hommes systématique

ment tenus en servitude, et , lorsqu’une révolution

vient déchaîner les passions ardentes , on doit s’at

tendre aux plus terribles catastrophes .

C ’est ce qui est arrivé a Bélem. Lorsque l ’in dé

pen dan ce f ut proclamée dans le Paré, les autorité s

portugaises voulurent se maintenir dans la capitale

mais , sur la sommation du capitaine anglais Gren

f ell , lieutenant de lord Cochrane, elles abdiquèrent'

LE GRAND PARA . 129

en f aveur d’une junte provisoire , et le gouverne

ment de don Pedro I fut ofliciellemen t reconnu .

Surprise plutôt que dé sarmée,l ’opposition portu

gaise reprit bientôt courage etmarcha sur le palaisde la junte qui , de son côté , se hâta d

’appeler

Grenf ell a son secours . Celui - ci , ayant débarqué

avec ses hommes repoussa f acilement l ’in surrectiom

Un assez grand nombre de rebelles tombèrent

entre les mains de la junte qui fit publiquement fu

siller cinq de leurs chef s . Deux cent cinquante

trois furent enf ermés au f ond de cale d’un navire ,et placé s sous la garde de soldats bré siliens .

Entassé s dans un étroit espace jusqu’à. perdre ha

leine, mour ant de soif , et consumé s par la chaleur,ces malheureux essayèrent de gagner le tillac,mais

ils furent impitoyablement repoue sés par les soldats,qui firent f eu sur eux, e t les obligèrent de rentrer

dans leur affreuse prison , sur laquelle ils braquerent une pièce d’artillerie, et dont ils bouchèrent

toutes les issues . La privation d’air respirable

produisit bientôt les plus funestes eff ets : les pri

son n iers , horriblement asphyxié s , tombèren t dans

les convulsions de la rage,et s

’en tredévorèren t

comme des bêtes f éroces . On entendit toute la

nuit des cris de détresse,un tumulte eff rayant;

puis , insensiblement, le bruit cessa , et fit place à.

un prof ond silence ; le silence de la mort ! Eff ec

tivemen t, le lendemain matin , quand on ouvrit les

écoutilles , il se trouva que , sur ces deux cent cin

quante - trois hommes , quatre seulement vivaient

encore , grâce au bonheur qu’ils avaient eu de pou

voir se cacher derrière quelques barriques d’eau .

1 30 LE GRAND PARA .

Le de rnière grande révolution du Paré. date de

1835.:Le 7 j an vier de cette année , le s soldats qui

étaient d e garde au palais s ’étant tout d ’un coup

mut iné s,égorgèrent le président de la province

,le

comman dan t d e la place et le capitaine du port.Ce s excès f urent suivis du massacre d ’une vingtainede Portugais ré sidant aBélem. Bientôt iles rebelles ,qui avaient mis à. leur tête le sergent Gomez , se

portèrent sur les prisons , d’où ils tirèrent cin

quante individus , parmi lesquels se trouvait Felix

An tonio Clemente Malcher , ancien membre de la

jun te provisoire, établie du temps,de Grenf ell . Cet

h omme,qui avait é té incarcéré comme instigateur

“de l ’in surre ction du Rio Acara, fut alors proclamé

p réside nt, avec la déclaration de n’en pas recevoir

d e Rio Janeiro avant l a majorité de Don Pédro II .

-/Sous l ’autorité de ce n ouveau chef , l

’ordre se ré

tablit promptement et se maintint jusqu ’au 19

f évrier . Ce jour là., Francisco Pedro Vinagre , n ou

veau commandant de la place , ayan t appris qu’il

allait être arrêté , souleva *le s soldats et la popula

ce c ontre Malcher , qui eut à peine le temps de se

renf e rmer dans le chateau—f ort, où il fut pris , au

bout de deux ou -

‘ troi s j ours , et après avoir perdu

deux c en ls hommes . L ’ordre fut donné de l’ en

fe rmer dans le f ort de la Barre, situé au‘bas de

la ville, mais il fut massacré dans le traj et, et per

sonne n e douta que le coup ne vint de la part deV inagre , proclamé chef suprême de la province .

Le 12 mai suivant le vice - pré sident con stitu

tion n el, Senhor Correa, essaya de s’emparer de ’la

ville , aumoyen de treize vaisseaux de guerre et de

132 LE GRAND PARA .

La période qui suivit pourrait être appelée,avec

raison , le règne de la terreur, règne né f aste ,troublé lui - meme par les violentes dissensions des

rebelles , qu1 m1ren t les assassinats à l ’ordre du j our .

Il était temps d ’en finir avec l ’anarchi e,si l ’on ne

voulait pas que la ville redevint un désert . Déjàl ’herbe poussait dans les rues et les maisons tom

baient en ruines .

La situation de la province n ’était pas meilleure .

Le dé sordre était partout à. son comble .

!

On n’

e

reconnaissait plus d ’autre autorité que celle de la

spoliation et de la violence . Le s plantations étaient

brûlées,les esclaves et le bétail massacré s , et, dansun grand nombre de localité s , pas un seul blanc

n ’avait été laissé en vie .

Au mois de mai de l ’année suivante, le gén éral

Andréa arriva de Rio - Janeiro avec le titre de nou

veau pré sident , et s’

ouvrit par la f orce le chemin de

la capitale . Il proclama la loi martiale,et

,par des

mesures pleines d’énergie et de sévérité , parvint à

rétablir l ’ordre dans le pays . Les châtiments qu’il

imposa aux rebelles et aux prisonniers l ’ont f ait

accuser de tyrannie et d’in human ité, mai s les exi

gences du mome n t ,“

qui réclamaient ces rigueurs ,excusent sa conduite si elle ne la justifient . Le

reproche le plus grave , qu’on lui ait f ait

,ainsi qu

’à.

se s offi ciers , e st d ’avoir abusé de son pouvoir pourspolier de paisibles citoyens , et d

’av0 1r a1ns1 long

temps prolongé la guerre par un motif d ’intérêt per

son n el . Il est certain qu’à l ’ombre de son autorité

,

les attentats contre la vie , la ruine de la propriété ,la décadence des mœurs p

arurent systématiquement

LE GRAND PARA .

se continuer . Triste politique , procédan t°

par la

f orce brutale , et qui ne f ut , dans le f ond ,: quela continuation de celle qui

,dès la f ondation de

Para, fu_

t constamment pratiquée par les Portugais

contre les malheureux Indiens .

La ville et la province de Paré. ont énormément

souflert de ce salternatives de désordres et de rigueurs

qui ont ruiné a la f ois le commerce et l e travail ,mais , depuis 1848 , toutes chbse s on t tendu as ’

amé

liorer , et au moment où j e trace ces lignes , cette

contrée est une des plus florrissan te s et des plus

pepuleuses du Brésil . Le port de Paré. est le ren

dez - vous d ’une f oule de navire s de toutes les

nations qui viennent y répandre l ’a isan ce et l ’acti

vité en retour des précieux'

produits qu ’ils en

exportent .

La comarque du Paré. comprend cinq municipes

ou communes

Mojû: près de la rivière du même nom .

Igarapé - Mirimqui n ’était il y a vingt ans qu’une

aldée , e t qui est'

aujourd’hui une charmante petite

ville sur le rio du même nom , servant de communi

cation entre le rio Mojû et le Tocantins . En 1835,Igarapé - Mirim fut brûlé par les troupes impériales

,

obligé es de l ’aban don n er aux rebelles , auxquels

elles le reprirent l ’année suivante .

Vigia,ancienne vi lle a 15 lieues de Belem . Le s

environs en sont délicieux , ce qui avait déterminéles Jé suites et les Frères de la Merci ay f onder des

établissements . Son port, sur le rio Guaj ara, tribu

taire de l ’Amazon e , f ait un commerce assez actif

de cacao et de caf é , qui passent pour les meilleurs de

132 LE GRAND PARA .

La période qui suivit pourrait être appelée,avec

raison , le règne de la terreur, règne né f aste ,troublé lui - meme par les violentes dissensions des

rebelles , qu1 m1ren t les assassinats à. l ’ordre du j our .

Il était temps d ’en finir avec l ’anarchi e, sr l’on ne

voulait pas que la ville redevint un désert . Déjà.l ’herbe poussait dans les rues et les maisons tom

baient en ruines .

La situation de la province n ’était pas meilleure .

Le dé sordre était partout a son comble . On n’

e

reconnaissait plus d ’autre autorité que celle de la

spoliation et de la violence . Les plantations étaient

brûlées , les esclaves et le bétail massacré s , et, dans

un grand nombre de localité s , pas un seul blanc

n ’avait été laissé en Vi e .

Au mois de mai de l ’année suivante,le gén éral

Andréa arriva de Rio—Janeiro avec le titre de nou

veau pré sident , et s’

ouvrit par la f orce le chemin de

la capitale . Il proclama la loi martiale,et, par des

mesures pleines d ’énergi e et de sévérité , parvint à.

rétablir l ’ordre dans le pays . Les châtiments qu’il

imposa aux rebelles et aux prisonniers l ’ont f ait

accuser de tyrannie et d’in human ité, mai s les exi

gences du momen t , qui réclamaient ces rigueurs ,excusent sa conduite si elle ne la justifient . Le

reproche le plus grave , qu’on lui ait f ait

, a i n s i qu’à

se s offi ciers , e st d ’avoir abusé de son pouvoir pourspolier. de paisibles citoyens , et d

’av0 1r ainsi long

temps prclon gé la guerre par un motif d’intérêt per

son n el . Il est certain qu’à l ’ombre de son autorité

,

les attentats contre la vie , la ruine de la propriété ,la décadence des mœurs parurent systématiquement

134 LE GRAND PARA.

la province . Les habitants de la ville et de son

territoire sont au nombre de 20 mille , trafiquants ,pêcheurs ou laboureurs .

Curuça : chef - lieu d ’une justice de paix .

Cint‘

ra: ancienne aldée sur l ’Océan et le rio Ma

racan an . Elle a pris le titre de ville depui s l’ex

pulsion des Hollandais . Son territoire est f ertile

mais médiocrement cultivé , a cause du départ d ’un

grand n ombre d’In dièn s qui l ’aban don n en t pour

alle r dans les bois à. la recherche de la gomme du.

syringa et d ’autres produits sp‘

ontané s .

g s

M A R A J G

Cette comarque est f ormée par la grande île dumême nom, située à l

’embouchure de l ’Amazon e ,entre la ville de Macapa. et la pointe T igioca . Son

étendue d’orien t en occident est de 40 lieues

,et du

sud au nord de 45 lieues . Elle était autref ois habitée par les Tupinambas , don t les canots sillonn aien t incessamment l ’Amazon c . Ces Indiensfurent civi lisé s par le célèbre P .Antonio Vieira , le

seul j ésuite qui éleva la voix pour f aire cesser l ’es

clavage des indigènes .

LE GRAND PARA. 135

Possédée quelque temps par le s Hollan dais , l’île

de Marajô fut plus tard occupée par les révoltés ,sous les ordres de Vinagre , et par les impéri

Les uns et les autres e n maltraitèrent les habitants ,auj ourd’hui rentré s sous l ’ancienne domination . Ce

pays est arrosé p ar le Mondin et l’Arujaz , dont le

cours,de 14 a 1 8 lieues de longueur , est navigable

a la f aveur de la marée . La population, qui est

d’environ 20 mille âme s , est presque tout entière de

race indienne , et de la nation des Tapuyas . Le

sol,excessivement f ertile , e st f avorable à. toutes les

productions de la zone torride . On y récolte sur

tout une prodigieuse quan tité de riz , mais la prin

c ipale occupation des habitants est la création du

b étail .‘

Il est f âcheux de dire que,malgré les efl

'

orts du

g ouvernement, l’état moral de la population laisse

b eaucoup a désirer . Les crimes se multiplient

dans le pays , et, selon l ’expression du rapport offic iel , pré senté à l ’Assemblée en 1848 ,

“le vol du

bétail y avait pris les proportions d’une véritable

industrie .

” Ce qu ’il y avait de plus déplorable,

c ’est que , par la f aiblesse des moyens de répression ,l ’impun ité était a peu prè s assurée aux auteurs dec es délits et d ’autres plus graves encore .

Située sous la ligne même de l ’Equa teur , envir on n ée d ’eau, baignée sans cesse de soleils et de

pluies , l’ile de Marajé, serait un jardin de délice sa

si l ’activité et lamoralité de ses habitants répondait

aux qualité s de son climat .

Les b rises de l ’Océan et celles de l ’Amazon eentretiennent dans la contrée une f raîcheur a gré

186 DE GRAND PARA.

able, et qui a le mérite d’y f aire régner la salu

brité . On s ’étonne donc d ’apprendre que le bétail

y est à. peine délivré d ’un maladie qui,pendant

une longue suite d ’années, a causé les plus

grands ravages . L ’histoire vaut la peine d ’être

racontée , ne fut—cc que pour flétrir la conduited

égoîste s industriels qui, dans le but d’augmenter

les profits de leur commerce, n’ont pas craint d ’i

n oculer la peste a toute une population . Voici le

En 1829 , 1830 et 1831 , les industriels en question

ayant acheté aMarajô environ 200mille chevaux , à.6 f r . par tête , transf ormèrent l

’île en un véritable

Montf aucon, abattan t et écorchant, a trois reprises

diff érentes , des milliers d’animaux,dont ils char

gèrent les peaux sur leurs navires , laissant de tous

côté s des monceaux de cadavres , qu’ils n ’avaient

pas voulu prendre le peine d’

en te rrer . La putré

f action de tant de corps, hâtée par les ardeurs du

climat et par la,

pluie, répandit promptement l’in

f ection dans la plus grande partie de l ’île . Les

habitants s ’empre ssèren t de fuir les lieux empestés,

mais le bétail, errant dans les champs , fut atteint de

cette épidémic qui - l ’a si cruellement décimé et dont,après 30 ans , les traces sont a peine disparues .

Les principales villes de l’île de Marajô sont

Monf orte: situé a 15 lieues au nord de Belem ,

sur une hauteur qui dom1n e toute la baie de Mara

jôÎ Malgré cette, situation f avorable , elle n’a eu

juSqu’ioi qu’une très - f aible population , composée ,

pour la plus grande partie,d’In dien s , qui se livrent à.

la navigation et à. l ’agriculture , dont ils envoient

LE GRAND PARA.

4 .

BRAGANÇA .

Cette comarque existe en vertu d ’une loi

rendue par l ’assemblée provinciale , et la date du 11

septembre 1839 , et qui lui donne pour capitale la

ville de Bragança . Sa population dépasse aujourd’

hui 20mille âme s .

Sa situation est de plus heureuses pour devenir

un centre commercial de grande importance . El le

s ’étend considérablement le long de l ’Océan ,touche

a la f rontière de Maranhao , et aux comarque s de

Cametâi et de Belem . La nature du terrain s’

ac

corde d ’ailleurs avec les avantages de sa position

géographique . L’humus abonde dans ses cam

pagnes,encore couvertes de f orêts

,mais qui vont

s’éclaircissan t pour f aire place a la culture . Cette

comarque renf erme auj ourd’hui trois munic ipesBragança , Viz eo , et Ourem .

B ragança: C ’était autref ois une pauvre a ldéed’In dien s T uramomba z e s , située a six lieues dela mer

,sur la rive gauche du Caite, où quelques

missionnaires étaient venus prêcher l ’Evan gile ;

Après l ’évacuation des Hollandais ; le duc de Bra

gance, a son avènement a la cour onne , donna son

n om a cette localité , à laquelle il conf éra le titre

de ville . Elle e st a trente lieues est - nord—e st de

Belem,et c’ est depuis 1839 qu ’elle est la capitale

d ’une nouvelle comar que . Embellie aujourd ’hui de

quelques édifices publics,elle possède une population

de 10 a 12 mille âme s habitants ou créoles . Les

Indiens de cette municipe passent pour être d ’ex

LE GRAND PARA . 139

cellen ts nageurs ; il est certain qu’ils s ’occupant

beaucoup de pêche et ne cultivent la terre que pour

en obtenir les produits qui leur sont indispensables .

Quant a la population de race européenne , elle se

livre au commerce et a la pratique de tous les mé

tie rs . Les marées élevant de 10 ou 12 pieds le s

eaux du Ca ité, permettent aux embarcations d’at

teindre a cette ville , qui devient a1ns1 un véritable

entrepôt commercial entre San - Luiz et Belem .

Vizeo : ancienne aldée , voisine de la mer et sur le

rio Gurupi . Les habitants sont Indiens pour la

plupart, et comme ceux des autres localité s du pays ,ne s ’occupent guère que de la chasse ou de la pêche .

Ils on t été jusqu’ici d ’une extrême pauvreté , etl ’Assemblée provinciale a dû voter des f onds pour

la recon struction de l ’église paroissiale qui s ’étaitécroulé e .

Ourem: Petite ville sur la rive droite du Guamâ,

a 24 lieues de Belem . Il y a une vingtaine d’an

nées , l’Assemblé provinciale vota des f onds pour

l ’édification d ’une église , de deux ponts et d ’une

prison publique . Ses habitants,presque tous d ’ori

gine indienne , commen çen t à. cultiver les terres e t

à. f aire quelques exportations de produits .

140 LE GRAND PARA .

s e.

C A M R T A.

L ’existence de cette comarque date du 30 avril

1841 . Séparée, à. l

’est,de la comarque de Paré.par

la petite rivière de Pe n daba1, elle touche , au nord,à la baie de Gumâ., au sud à. la province du Ma

ranhâo, a l ’ouest, à. la comarque de .Macapa. Le

rio Tocan tins la traverse du sud au nord pour se

j eter dans la baie de Guama. Le sol en est b as et

rempli de lagunes , mais sain et f ertile . Les Mu

n icipe s de cette comarque sont .

Cameta, Baia.o‘

,Melgaço

,Portel , -Oeiras .

Cameta: Cette v ille,dont la population dépasse

aujourd ’hui 30 mille âme s , est très—bien située sur

la rive gauche du rio Tocantins . C ’est l ’ancienne

Villa - Viçosa,qui a dû elle - même son origine à. une

a ldée cl ’Iridien s Gametas . Son territoire , donné

d ’abord a Francisco d’Albuquerque , f ut réuni à la

couronne en 1632, après l’expulsion des Hollandais .

Cameta. est aujourd’hui l ’in termédiare général du

commerce qui se f ait par le Tocantins et ses

nombreux affluents . Elle est le point de passage

de toutes les embarcations qui,par la voie de ce

fleuve, se rendent dans l ’intérieur de la province de

Goyaz . Cette situation qui en f ait déjà. une des

villes les plus florissan te s de l ’Amazon ie , lui assure

l ’avenir le plus brillant,surtout depuis que le

commerce du caoutchouc a pris dans ces contrées

une si large extension . Elle possède plusieurs

églises et autres édifices publics , et, tout récem

ment,sur la proposition du président de la pro

lieues au—dessus de Cameta. Sa population compo

sée d’In dien s ,

’ de blancs et de métis,au nombre

d ’en viion âme s, se livre activement à la cul

ture du cacao , de la maudioca , du'

coton, du c af é, et

surtout du riz , la situation du terrain,baigné par

le s’

e aux du fleuves étant“très - f avorable ace dernier

produit . L’éton n an te f écondité du sol sufi rait

seule,d ’ailleurs , pour assurer la prospé rité future

de cette comarque .

Melgaço : sur la rive gauche de la lagune An apû,e t aa cin q lieues environ du rio d

’An apû, qui sortant

de la lagune , va se j eter dans le T agypurû. Sa

p opulation , indienne en grande(

partie,s ’occupe

d ’agriculture,mais plus spécialement de la prépa

ration des bois de construction qui abondent dans

le pays et donnent lieu a u n commerce d’

exporta

tion chaque j our plus productif . Elle dépasseaujourd ’hui le chiffre de âmes .

Por tel: C ’est un e simple aidée , située sur le

bord ori ental du rio A0 atipicarâ., petit afi uen t du

rio‘ Pacaja, non - loin de la lagune An apù . Elle est

a32 lieues sud—ouest de Belem . Sa population,qui

depuis 1840 , possède une école primaire à peu près

exclusivement compos ée d ’Indiens , plus disposé s a

se liv‘

rer a la chasse qu’a la culture de la terre .

Oiera s : A 11 lieues à l ’est de Me lgoço , et 5

lieues au - dessus de l ’embouchure de l ’Aratiué,af

fluen t de l ’Amazon e . C ’était anciennement l ’aldée

Bocac habitée par les In d1en s Comboca s . Elle doitson. élévation au rang de ville au gouverneur Martin ho de Souza e Albuquerque par qui elle “a ‘ été

restaurée .

“ Elle a pour habitants 4 ou 5 mille

LE GRAND PARA . 143

Indiens,qui ne s ’appliquent guère qu

’à. la pêche e t

a la chasse Les f emmes seules s ’occupent de la

culture du ma1s,de la mandioca et des patates n e

ce ssa ire s à l ’alimentation locale .

M A C A P A .

C ’est en 1841 qu’un décret de l ’Assemblée”

pro

vin ciale d e Paré. créa cette nouvelle comarque .

Elle s ’étend considérablement dans la Guiane

brésilienne , entre l’Amazon e et les montagne s dé

la Guiane f rançaise , l’

Océan et une ligne qui suit

a peu prè s le 0 0urs de Jamun da. Elle comprend

aussi les parties de la rive droite de l ’Amazon e où.

se trouve Porto - de - Moz . Chenes et Gurupa, qui

f aisaien t autref ois partie de cette comarque en on t

été séparés depuis .

Le territoire de cette contrée,qui est bien loin

d ’être peuplée en raison de sa vaste étendue , est ,comme le reste du Para, d

’une admirable f ertilité .

On y cultive le riz , la mandioca , le mai s , le coton ,

le c acao . Les f orêts y sont pleines de produitsspon tan ée et de bois excellents pourl

’ébén iste rie on

y trouve, presque a chaque pas , le guatiara , bois

144 LE GRAND PARA .

magnifique,de couleur j aun e et veiné de noir .

L ’arbre qui donne le bois appelé macaco n ’est pas

moins abondant .

Cette comarque ne contient aujourd’hui que

trois municipes Macupoâ., Porto—de - Moz et

Ma ssigio .

Macapa. C ’est une des plus grandes et des plus

f ortes villes de tout Brésil septentrional . Elle

s’élève sur la rive gauche de l ’embouchure de l ’A

mazon e , a 50 lieues sud—ouest de Cap—Norte et a 45

lieues nord - ouest de Belem . Elle n ’est qu’à. 3

minutes nord de la ligne équinoxiale . Elle possède

un port très—bien placé pour desservir un j our le

commerce de ces contrées . La ville se f ait remar

quer par ses larges rues et ses maisons , pour la plu

part recouvertes de tuiles , ce qui est du luxe dans

ces pays ; on y trouve plusieurs églises , des hôpi

taux , des édifices publics , des écoles primaires .

La population , qui dépasse actuellement 12 mille

âme s , est un mélan ge d’in dien s , d

’eur 0péen s et de

métis , qui s ’occupent assez activement de com

merce et d’agriculture .

Le f ort de Macapa. est peut être le meilleur qui

existe dans tout l ’empire . Il assure d ’une manière

complète la déf ense de la‘

ville et de cettc partie du

littoral amazonien . Quelques travaux seraient cc

pendant nécessaires pour le pré server de l ’attaque

des eaux,qui menacent un de ses bastions . Voici

comment s ’exprime à ce suj et le Relatorio général

de 1860 , pré senté à l ’A ssemblée nationale du

Paré, par M . le pré sident D .An tonio Coelho de Sae Albuquerque

146 DE GRAND PARAä.

d’importance , elle préserveæ

t la f orteresse d’un edes

t ruction inévitable et prochaine si on l ’abä 1don n ’

e d

Cette petite ville s e trouve sur ‘la r ive - £d1‘o ité du

Xin gû, a quatre l ieues. au - dessus de son embonchure . Elle est a 102 lieues de Belem . S on portest souven t abordé par les embarcations qui v on tde

cette ville dans la province de Goyaz . Quant

a se s habitants , qui sont aujourd’hui au nombre

d ’environ ils ne s e livrent à la culture quepour se procurer le s premiers obj ets de «cons ommation .

‘ MAZAGAO

D ans la Guiane bré silienne, sur la rive droite du

rio Mutuacâ e t à. cinq lieues de son confluent avec

l’Amazon e . C ’était .autref ois un village appelé

Santa - Anna . Il doit le nom qu’il porte aujourd’hu1

a quelques f amilles des Açores et aux soldats dë ’la.

garnison du f ort Mazagao qui v inrent s ’y établir .

Le pays don n é abondamment du riz , du coton, e t

divers autres produits , mais il a été jusqu’ici assez

f réquemment visité par les fièvre s in termitten te s et

la petite vérole .= La première de ce s maladies dis

paraîtra'

quand on «aura“

ouvert u n e issue auX’

e“

aux

croupissantes des marais , et l’autre quan d 'lesLabi

tants auro'

n t renoncé au préjugé déplorablequi leur

f ait repousser la vaccineLe Relatorio sur le Paré, année 1860 , m’

ap

prend,du reste, que l

’autorité provin ciale ‘

se préce

cupe sérieusement d’assa in ir la comarque de Maca

pa . Elle décrète l ’ouverture de tranchées qui.

LE G RAND PARA . 147

auront pour efl'

et de réunir en: riviere et. de f aire

é couler dans l ’Amazone les eaux stagnantes répan

dues dans la plaine voisin e de la ville,

de’

Macapâ.

Dans ce but, la somme de réis a été mise

à la disposition du commandant de la place .

L ’

œuvre a dû commen cer ;par un e .tran chée destinée

à jeter les eaux de la l agune Pantano d a Pontedan s celle de Piry das Manivas . La même Assem

blée a ordonné l’érection et l

’en tretien t d’

un f eu

fixe sur les mûrs de la f orteresse, afin de p révenirle s nauf rages qu1, pendant les nuits orageuses ouo bscures , arrivent f réquemment suc ces t ê tes .

5 7 .

G R U P A .

Cette comarque, d’assez récente - création, s

’étend

s ur la rive droite de l ’Amazon e , e ntre le petit bras

de ce fleuve et l ’embouchure du Xin gû. La position

avantageuse qu’elle occupe et l a f ertilité de son

terroir y développent chaque j our davantage le

mouvement du commerce et !de l’agriculture . Tous

les produits r éussissent dans cette terre priviligée .

On y cultive néanmoins de préf éren ce le c acaoyer,

148 LE GRAND PARA .

la,salsepareille

et le géroflier . L ’unique munic ipe de cette comarque est sa capitale .

Gurupâ: j olie et riante petite ville sur l’Amaz on e ,

douze lieues au—dessous de l ’embouchure du Xin gû.

Elle a commencé par être une aldée des Indiens

Tupinambas . Plus tard, - les Portugais“

s ’en emparerent, et y élevèrent un f or t qui fut leur p remier

établissement sur la rivière des Amazones

Leur but principal était de mettre un terme aux

empl étemen ts perpétuels des Anglais , des Fran

çais et des Hollandais , qui cherchaient à pénétrer

dans l ’Amazon e pour y‘

commercer avec les indigènes et pour s ’y établir . Les Hollandais furent

même quelque temps les maîtres de ces parages , et

f ortifièren t spécialement l ’aldée de Gurupa. De

venu ville auj ourd’hui, ce port f ait un commerce

assez actif , alimenté par les produits spontanés ou

agricoles de ses campagnes et de ses f orêts . Il yexiste un bur eau de douane pour la visite de toutes

les embarcations qui montent ou descendent la .

rivœ re . Pour ce qui est du f ort de Gurupa, il

tombe aujourd’hui en ruin es , et comme il est deve

nu d ’une complète inutilité , l’Assemblée provin

ciale a déclaré”

qû’

il ne serait pas rétabli .

L’hêpital , assez remarquable, de Gurupa, est une

f ondation dont la date remonte à 1693 et qui est“

due a D . Pedro II de ’

Portugal . On y a bâti ou

restauré depu1s peu une église,une prison

'

et plu

sieurs autres édifices publics . La population de

Gurupei*

s’

e st considérablement accrue depuis quelques années ; elle atteint , aujourd

’hui au chifl'

re

de cinq mille habitants,dont un assez grand nom

150 IÉE GRAND PARA .

S A N T A R E M .

Cette comarque possède un vaste territoire,puis

qu’

elle s ’étend des deux côté s de l ’Amazon e de

manière a embrasser les bassins inf érieurs duT apajés et du Trombetas . Au nord

,elle touche aux

montagnes de la Guiane hollandaise - et f rançaise ;à. l ’est,a la comarque deMacapafidon t efle e st séparéepar le bassin du rio Carua. et celui du Caf apatubé ;au sud, à. la province de -Mato -Grosso ; a l

’oue st,aux rios Tupin ambaran â. et Jamun dé,qui la séparent de la haute - Amazone .

Si une telle étendue de pays était cultivée et

peuplée comme le sont l ’An gleterre et la Fran ce ,elle f ermerait un pui ssant royaume dont t ous le sEtats redouteraient les armées ou les vaisseaux, et

rechercheraient l ’alliance . Mais,riche en produits

naturels , en terres f ertiles et en f ôrets, avec un

fleuve qui vaut un mer,avec un ciel dont le soleil

et le s nuées sèment également la f écondité , avec des

fleurs et des brises qui n’ont point d’égale s, elle n’a

pu voir encore se presser d ans ses campagnes ces

ma ssesd e peuples dont le courant se précipite si

obstinément vers les apres régions de l ’Amérique

du Nord !Il f aut pourtant le reconn aître si la g ran de

marée de l’émigration va se répandre sur d’autre s

rives , il n’en est pas moms vrai que la p0pulatmn

de l ’Amazon ie centrale s ’accroît annuellement dans

une proportion toujours plus considérable, Il n’

en

LE GRAND PARA. 1'

1

p age s,: le rpoifi t de pa ssage o

u‘

l’en trepôt de’

toiit de

cominerc‘

e de l ’Eur ope et de l’Amérique du

">Nerd

a vec toutes l e s ;vallées occidentales de :la province

mille pr oduction s:qui ; rendent le r este du globe tri

s

et de s plùs.pop1fl euses villesde la“

provin ce duiParä.

Elle e st située sur la** rive droite de la baie -

qfle

.f orme le Tapajés , en débbuc

:hafit dans l ’Améä ônë,

dont le premier de ces fleuve s porte encore? le <n:omEn leur annonçant l’Evan gile , les m1ssmn n au e s

jé suites l eur apprirent en même temps la culturedu cacaoyer f Santarem se trouve a 164 l ieues de

Belem.) Au temps de leur: domination , leGHollafi

temps, qu’un monceau de :décombre s . La v rlle 3e

st

aujou'

rd’hui. ornéed ’élégantesmaison s'

parfaitemen t

alignées . On y remarque même .diversfi édificesconstruits;avec.

un e sorte : de . luxe ,æun e église cathedral e '

qui æ e st l a plus belle . de la province, un hôpi

tal , une f ontaine , une maison commune . MM Pinto

52 LE GRAND PARAÏ

f rères y-

on t établi depuis quelque temps un moulin

a broyer la canne à sucre .

Cc moulin,”

qui e st

en core le'

seul que l ’on trouve d ans la comarque ,

est d irigé par un Français ; il don n e an fiuefl emen t

200 tonnes de cachaza ou taña, et f ournit tout“

le

sucre nécessaire à:la consommation de la ville e t

du pays , ce qui représente une quantité de 15 à

16 mille arche s . La population de “Santarem'

, qui

n ’était que de 4 mille âmes en 1854, est aujourd’hui

de 6 à 7 mille , et repré sente un mélange de*

blan cs,

d’in dien s et de métis . Le principal commerce du

pays consiste en gomme élastique, en cacao, dont

il produit tous les ans plus de 20 mille arches en

pirarucu,dont il sale environ 100 mille tonn es ;

en drogues médicinales et en marchandises impor

tée s d’Eui ope f C ’est principalement dans les

bois

de Santarem qu’on recueille le mururé, dont la

pharmacie f ait un grand usage. A. l ’époque‘ des

derniers troubles du Paré, les insurgé s s’empat èrefit

de Santarem,mais en 1840 , la v ille fit d’elle—même

sa soumission au gouvernement impérial,

Dans la Guiane bré silienne , à. 14 lieues au nord

de —Santarem, et tout près du lac Surubiû: Ce vaste

amas”

d’eau,situé entre les

'

rios Gurupatubâ. et

Trombetas,

* six lieues'

au—dessus'

de l ’Amazon e ,

s ’é coule dans ce fl euve par trois torrents , dont le

plus or1en tal baigne la ville de Prado, et celui du

c entre la petite ville d’Alemque1 , habitée par un e

population mixte qui laboure de f e con de s plaines

où elle récolte du mai s , de la mandioca, du riz , du

154,

_

1Æ =cs a1vn __1’ABA .

bouchure principale du Trombetas, dont elle occupela rive gauche , a 10 lieues , ouest, d

’Alemq‘

uer et”

à. 180 lieues , est, de Belem. ,C’est, sans contredit,

un e des plus régulière s et des plus importante s

vi lles de l ’Amazcn ie , ayan t de jolies rues, d’e'lé

gantes maisons e t près de 4 mille habitants . Vue

desp olline s d’

0 bidcs, l’Amazcn e présente, dans ces

parages , le p lus magnifique spectacle ." C ’est un e

nappe d’eau de plus de 900 bra sses de lar ge , qui se

déroul e s ans ,être coupée d ’

aucune île et d‘

aucun .

banc de sable. La prof ondeur du,fl euve , d ans cet

en droit, . n’e st p as moindre de 300 brasses . Bien

que ,—_

vis—a- vis d’Obidcs , l

’Amazcn e soit encore à.plusde 350 lieues de lamer ,bn commence à, y sentir le s

Depuis quelques ann ées le commerce .et «l ’in dus

trie f ont, dans cette ville , un incontestable progrès,Il y règn e une g rande activité , e t, ce ,qu

ie st f du

plus heureux présage p our son‘ ave nir, les colpps;

ja, le s campagnes qui e nvironnent la ville se couvren t de plantations où dominent le cacaoyer, le ;coton et: l e _

gérqflier .{Mais , que :de terres fertiles:

restent en core à cultiver Lg . Que de f orêts ;djarbrçe,e xce llents pour la construction et la , menuiserie,a ttendent d’être mises en exploitation ! Que d e

epcore a l’état sauvage !

_

Un Jour , on vendr a peut

ê tre au poids de l’or quelques arpents de ces terres

dont tant de lieues ne représentent a cette heur e

que la plus minime valeur ! Cependant, l’impulsion

e st donnée ; la population augmente à vue d’œil, et

LE *GRAND’

PARA.

le gouvernement, qui f ait tous ses efforts pour

l ’accélérer et développer l’industrie , vient d’éta

blir,sur le T rombetas , des sommes qui occuperont

un grand nombre,de bras et attireront les capitaux

dans le pays . Dans ce“

momen t Obidos exporte

20 mille arobes de“

cacao , 60 mille de pirarucu

1 0 mille de marrons .

COmme cette partie de la Guiane est encore ha

d’Ob1d

os, une colon1emilitaire ,"

dans le but de tenir

les sauvages en respect et de protéger les”

cclcns ;

mais”

l ’augmentation du chifire de la population, et,"

d ’autre part,la demi mvfl isation des Indien s de ces

rendu l ’existence de cette colon 1e a peuen sorte que par le Re latcrîo de 1860 ,

il était proposé de la transporter a l ’embouchure

du Madeira ou dans une des îles de l ’Amazo‘

n e.

bordsdela lagune”de Jamundé,a 12 l1eu‘

esà l ’est

d’Obidos, et a 7 lieues du confluent du rio Jamurida

avec l ’Añi at on e . Les environs de ce village pré

156 LE GRAND PARA .

5 9 .

ÉTAT JUDICIAIRE, MORAL ET

POLITIQUE DU PARA .

Dans un pays dont la population disséminée sem

ble échapper à la répre ssmn des lois , et où l’autorité

n ’est pas toujours suñisammen t pourvue des moyens

qui assurent ailleurs l’exécution et le respect de

ses ordres , il n ’est certes ri en d ’étonnant qp’il existe

encore quelque irrégularité dans le f onctionnement

de la justice civile , et cela , malgré la vigilance et

les efforts incessants du pouvoir provincial . Rien

n ’est plus propre a donner un e idée de cette situa

tion anormale que ,

l ’extrait suivant du Relatorio

de, 1860 , pré senté à l

’Assemblée par M . le prési

dent du Paré.

L ’administration de la justice dans cette pro

vince n ’est pas encore régulière ; difi‘

éren tes causes

concourent a cet état de choses : l ’absence des

juges de droit, qu1 on t quitté leurs comarque s ; la

vacation des f onctions municipales dans quelques

districts, f aute de % acheliers gradués qui veuillent

les occuper ; l’intérim de quelque s services publics ,

par le même manque de sujets lettré s ; les di fficul

té s contre lesquelles on t à lutter, dans un pays où la

population est si clair- semée, les magistrats char

gés d’établir la preuve des. délit s ; la con de scen

dance n aturelle et quelquef ois scandaleuse du jury ;le patronage sous lequel les délits les plus graves

s’abriten t presque touj ours ; le man que , dan s les

158 LE GRAND PARAÊ

suite,grace aux mesures sages etmodérée s du gouvern emen t provincia l, l

’ordre le plus complet m’

a

pas ce ssé…de régner pendant toute l’année 1860Ë' et

j ’apprends Là) l ’instant que‘

les -

‘élection s gén érales

qui on t e1‘

1Îlieu ’à la"îfin de décembre dernier, se son t

f aites avec ‘

un sens pratique , un calme ,“

un e’décén ce

qu’on regrette de ne pas ren con trer ‘toujours -

‘ che‘

z

les peuples“ le s plus civilisés £de l ’Europe .

Je ne sa1s s1 le lecteur“sera de "mon av1s ,mais il

me sèmble que c’est un spectacl e bien f ai t pour 1n

téreéser et pour émouvœr , que celui’ d‘

une société

n a1ssan te s’

e ssayan t au'

grañd‘

dcgme de la liberté

dans le pays le plus gran diose du' globe et, pour

ainsi dire, au sein de la libre nature .

Le s progrè s d e l’in struction publique d ans -«le

Paré son t, avec raison , un e d es p rincipales préoccu

pa‘

ti0 n sd e'

s autorités administratives . Hâter l’éduca

t ion d’

un peuple, c’est hâter son déve loppemen t

social , .c’est lui apprendre a se respecter lui—même

et lm; '

préparer un e place honorable , et même g lorieuse da:hs il

h_istoire

‘ de l ’humanité . , O’

est : ,enmême temps améliorer son esprit e tl a statistique ‘

n cus a p'

pren d, toutes les ann ées,que

la grande maj orité d e s individus reconnus —0Œ1

pables de délits i nf amants =appartien t , aux clas ses«illétrée s æ

'

On : _doit recon n a itre

institution,dans..la contrée dont n ous p arlons ,!

fa itcon cevoir .les uplus rflatteuse s espérances Les prc

f èsseurs chargés”

;de la direction des études peuvent

être signàdés"

comme des hommes remplis déc èle et

LE GRAND u PARA .

de talent, honorant leur ministère et leurs personnes

par la dignité de leur conduite .

Il e st universellement reconnu aujourd’

hui que ,pour atteindre son véritable but, l

’instruction doit

se diviser en deux branches la première,est l’ins

truction générale , don t —aucun individu -

n e devrait

être privé , p uisqu’elle p rocure les connaissances les

plus usuelles et apprend à. toutes les int elligences

à tirer immédiatement parti d ’elles—memes ; la se

conde est l ’instruction spéciale , convenan t à des

sujets beaucoup moins nombreux, que la nature , a

prédestinés a briller dan s la . carrière des sciences

ou dans celle des arts , et a procurera la patrie une

gloire bien supérieure à la gloire sanglante des

f aiseurs de conquêtes , C est d ’apres ce plan ;que

l ’in struction publique de l ’Amazon ie paraît être

organisée .

Voici les établissements d’instruction secondaireque p ossède actuellement le Paré

.Le . Lycée paraïen , où se . trcuven t aujourd’hui104 élève s , et don t les classes s on t ains i distribué

es

Latin , 31 élèves ; géométrie, 23 f ran çais ; 55 ;géographie , 14 ; an glais ,il 4 ; philosophie , 6 ; rhétorique , 4 ; histoire , 4 ; comptabilité , .6 ; muS 1que , 29 5total 186 .

1On comprend que la supéri orité de ce total sur

sur le nombre des élèves inscrits p rovient de ce

qu’un certain nombre d ’entre eux f réquentent plusieurs classes .Les chaires d ’histoire et de. comptabilité sont

données au concours . Il était question, en 1860 ,de transf ormer le lycée paraîen en :in tern at .

LE GRAND PARA.

L ’école de Latin de la ville d e Bragan ce , auj our

d’hul f réquentée par 10 élèves .

Le collège de Sa'

nta - Crux , comptant 289 élèves

ainsi distribué s Internes . 93 demi - pen smn n aire s ,10 ; externes , 126 .

Cet établissement, qui rend"

les plus grand s

servme s à. la provmce , reçoit une subvention de

réis .

Le collège de Santa—Maria de Belem, f re quen té

par 160 élèves Internes , demi—pension naire , 1 ,externes , 140 .

Ce collège , qui se trouve aussi sur n u _

pied satis

f aisant, reçoit une sudven tion de r éis .

Le Séminaire épiscopal . Il comptait, en 1860 ,92 élèves .

Le collége de S .

Luiz de Gonzaga , a Obidos . Il

laisse malheureusement beaucoup à dé sirer .

Le collége de N . S .

dc Amparo . Cet établisse

ment , destiné aux orphe lines et aux filles des pau

vre s familles , est organisé de f açon à. remplir

parf aitement l ’objet de”

son institution , Il”

compte

actuellement 91 enf ants .

Cet aperçu doit suffi re pour donner au lecteur

une idée assez juste de l ’état de l ’instruction pu«

blique dans cette région du Brésil . On regrettera

peut—être de ne pas trouver, dans lé programme del ’administration, des classes gratuites de dessin,dont le s éléments son t in disœn sable s a tant de

prof essions artistiques . On sera étonné aussi de

ne pas voir figurer la langue grecque,'

au moms

dans les principaux collége s où l ’on enseigne le

latin . L’étude de cette langue,la plus belle que

162

sement de l’ordre et l ’exécution de s mesures n e‘

.scessa1res a la sécurité du pays . Aussi, l

’admin is

re_

ndre aussi nombreuse que possible .

Cell e du Pa ra-

se divise en 5 commandements oudi visions; comprenant un eff ectif de plus de 20

millé hommes , distribués en 2 bataillons d’

artille

r1e , 31 d’inf anterie, 2 compagnies dé ta chées e t 3

sections de compagnie .

Malgré le difficulté de prévenir tous les abus

dans un service qui embrassé tant de postes écartés ,on peut dire que celui de la garde nationale du

Paré. se f ait généralement d ’une manière satis

f aisan te .

TROUPE DE LIGNE En 1860 , celles qui stationnent

dans le Par ti se composent de 3bataillons d’

artille

rie et du 11me d’inf anterie , le tout f ormant un olf eo

tif de 855 hommes, offi ciers et soldats . Ces f orces

qui seraien t réellement insuffi santes sans le concoursde la milice nationale , ,

sont encore diminuées par

les détachements envoyé s dans le Maranhao. Elles

sont sous l ’autorité du commandant d’armes de la

POLICE Î —Elle f orme un corps qui , au complet,devrait s ’élever a220 hommes . Il n ’était pourtant

que ' de 167 , en 1860: l l est vrai que les autorité s

comme le s particuliers n ’ont qu’à. se louer du z èle

et du dévoûmen t a la chOse publique, dont paraissent animé s tous les membr

‘es de ce corps , indis

pensable dans t Ous le spays .MARINE : La ville de Be le fn

possède un arsèn al

de guerre, mais il est juste de dire que sa situation

LE"

GRAND PARA”

. 163

le rend 1n ccmmcde , et que son approvisionnement

est ericOre très—incomplet . Un décret impérial du

4 j anvier 1835 a établi une EcOle d’élèves deMa

rine qu1 est, aujourd’hui dans un état de s plus

prospères , et qui a f ourni déj a pluS1eurs sujets a la

navigation , mais il est indispensable qu’elle soit

puissamment Soutenue par le gouvernement centralpour doterle pays d

’un établissement maritime du

premier ordre . Le temps vi en dra , sans doute

auss1, de remplacer par des édifices spac1eux et

mieux disposés le s modestes constructions qui po’

r

tent auj"ourd

’hui a Belem le nom pompeux d’

Arsen al

guerre .

HYGIENE PUBLIQUE .

"HOP1TAUX .

Les fièvre s intermittentes et quelquef ois la fièvre

j aune f ont apparation dans certaines localité s , voi

sines des marais stagnants . et des flaque s d’eau

incomplètement desséchées par l’action du soleil .

Il s ’en f aut bien pourtant que ces épidémies soient

164 LE GRAND PARA .

aussi f réquentes et aussi dangereuses qu’on se le

figure en Europe Chaque année , par suite des

mesures de l’autorité , le nombre de ces mares inf ecte s va diminuant . D ’ailleurs , dès l

’apparition

du mal,les médecms les plus capables sont envoyé s

sur les lieux, de prompts remèdes son t administrés

et l’état hygiénique du pays rentre dans son ordre

n ormal . Il est de f ait qu’aujourd’hui les fi èvre s et

autres aff ections épidémiques ne sont pas plus re

doutables dans la plus grande partie de la région

amazon ien n e qu’elles ne le sont dans le midi del ’Europe . Il serait temps de ren oncer à ce préjugé

qui n ous f ait placer d’imagin aire s fléaux dans les

pays lointains et nous gmpê che de nous aperçevbir

du mal que nous avons sous les yeux . N ’est—il pas

vrai que, dans les départements méridionaux de la

France, près du lac de Berre , à Hyères , si vantée

par ses j ardins d’oran gers , il règne , presque annu

ellement, des fi èvre s typhoïdes qui f ont souvent de

grands ravages ? N’est - il pas su de tout le monde,

que les campagnes de Rome son t f réquemment

dé solées par les brises empoisonnées qui viennent

des eaux dormantes des maremme s l Là. aussi ,comme sous l ’Equateur , l

’homme a besoin de f aireappel à. son én ergie .pour corriger la nature, c

’est - à

dire pour dessécher les marais , nettoyer oui

créerlde s

canaux, déf richer les bois , f aire disparaître lesf oyers d ’inf ection , en un mot, renouveler les rudes

travaux d’

Hercule coupant les sept têtes del

’hydre allégorique de Lerne .

La province du Para est pourvue de divers hôp1

taux séig'

Deusemen t entretenus malgré les f aibles

166 1 LE“GRAND PARA”

:

séan ces de l’Assemblée provinciale, du Tribun al et

du Jury; l’établissement d’un marché publ ic lare s

tauration du‘ Jardin Botanique , la plantation de

promenades , & c .

Pour la province

Etudes d ’un chemin de f er d’une,lquguem ,de 25

lieue s;devant a ller de .Belem‘

aBragan ce ; érection

de 4 petits phares dont il était de tout nécess ité de

munir les rives de l ’Ama zon e dans des localités dePanacuéra , Goiabal, Sutahy , et l

île de Marianna ;la construction de palmes carrés de quais ,en grosse muraille avec revêtement de pierres taillée s , pour protéger la ville de Santo - Antonio contre

le choc des marées et le s crues de l ’Amazcn e ; un e

construction du même genre, et de palmes

cubes au dock du Reducto, travail diffi cile a cause

de l ’inondation du sol et de l’action des marées ;

enfin, une f oule de travaux de tout genre et de pre

mière utilité , executés le plus souvent par le corps

des gardes champêtres .La f ortification de la ville

'

d’Obidcs attire surtout

l ’attention des autorité s centrales et provinciales .

On y achève en_cc moment un nouveau f ort qui

mérite d’être visité par’

les voyageurs européens »

Il est de f orme circulaire, avec des batteries a bar

bette, et s’élève au sommet de la colline où l

’on a

bati Obidos, sur la rive gauche de l’Amazoue . {J

Îai

Vu la, en 1860, 12 pièces de canon déjà placées

daus les batteries ,; elles étaient a laPecksan s , 8 du

calibre du e t 4 du , calibre de 32 . Le mur .de

revêtement était terminé ainsi que la barbette, la ,

genouillère , le parapet, les o rillons avec leurs bas

LEGRAND PARA”

. 167

sms , les banquettes lattérale s , lè carrelage enbrique , la caserne , le logement du commandant,les magasins pour les munitions, le cellier et la

en 1s1ue .

Il restait encore a f aire les conduits pour l’êcoulement des eaux, ouvrage que la con figuratmn

des lieux rendait assez diffi cile ; le mur ét le f ossédu côté de 1’ se t, le nivel lement des terrains de

l’ouest jusqu’a

.

la hauteur des batteries, la co

tructicn de la soute aux poudres, l’achèvement des

peintures de l’intérieur et de divers autres ouvrage

de détail, fin allemen t , la démolition de plusieurs

maisons se trouvan t dan s le pé rimètre du f ort ..

L ’ensemble de ces depen se s était évaluéf rancs

L’in ge n 1eur , auteur de ce système de dé f ense de

l ’Amazcn e , qui, dans cet endroit n’a pas plus de

900 brasses de largeur, avait proposé de le com

pléter par la construction de deux autres f orts . Un

au bas de l ’acropolis que je viens de décrire , afin depouvoir f ournir un f eu à fleur d’eau ; l’autre sur la

rive opposée du fleuve , afin de pouvoir croiser le

f eu des batteries . Ce moyen semblait le meilleur

pour causer le plus de mal possible aux embarca

tions qui voudraient f orcer le passage . Mais une

plus exacte exploration de s lieux a demon tré que

l ’exécution de ce plan, d’ailleurs très—dispendieux

,

ne remplirait pas le but qu’on se proposait . Effec

tivemen t, il existe sur la rive droite de l’Amazcn e ,

en f ace d’Obidos, un immense amas d’eau appelé

Lago Grande , communiquant avec l ’Amazon e par

deux embouchures , un e a 20 lieues au- dessous

168 LE GRAND PARA .

d’

Obidcs , et l’autre a 8 lieues au - dessus . Or, ce lac

étant parf aitement navigable par les embarcations

qui n ’ont pas un f ort tirant d ’eau, il est évident

qu’il rendrait complètement inutiles tous les f orts

que l ’on pourrait établir a Obidos . Ces considéra

tions on t f ait abandonner le plan de l ’ingénieur .

Je n ’en trera i pas dans de plus longs détais sur

ce qui concerne la province du Paré; ce que j’en ai

dit me paraissant suffire pour en,

donner une idée

assez exacte et mes lecteurs . Un coup d ’œil sur

l ’état financier de ce pays aurait pu trouver ici sa

place, mais j’ai pensé qu’il était mieux de ne f aire

,

ace sujet, qu’un article relatif au même temps à. la

province du Paré. et a celle des Amazones , qui

n ’en est, a vrai dire, que la continuation .

170 HAUTE - AMAZONE.

de citer les sierras dénudées de T acamiaba, sur

le Jamun dâ supérieur, où l ’on prétend que se

sont réfugiées les Amazones ; les monts Pararaîma

à l’extrême occident, et courant a l

’est - nOrd—est

pendant un espace de 80 lieues . C ’est de ce point

que part la chaîne du Cucubi duRic - Negro et celle

du Mont des Crista e s , entre les versants du T acutû,e t du Surumû ; c

’est un pic de grande élévation

dont la mme porte un lac ombragé d ’un bois toulfu ,

On peut encore citer le mont Robino,aussi d ans le

v0 1smage du Ric - Branco , et d’un plus difficile accès

les cordillères de Cun auarû et Curanti près du rio

Maj ar‘

i ; l’An dauari et le Chanida , voisins de la

cataracte S . Filipe ; le Carauama , le Vacar1, le S a .

parà., et le Pican é, plus ou moins éloignés des

rives du Ric - Branco ; le Tun uhi, a la droite du

Ric - Negro ; entre les ric s Içara et Ixié ; le Ja

camin‘

,sur le même littoral , en dessous de Ma

racubi ; les sierras qui touchent aux rie s Marav1a

et Can an uri ; celles qui f orment le s grandes

chutes des rios,Apaporis , Japurâ. et Madeira;

enfin le mont Bren tin s et Canaria . A part ces

montagnes,qui s ’élèvent à ses f ron t1e rs , la pro

vince des Amazones ne pré sente qu’une suite de

plaines couvertes de f orêts séculaires , in te‘

rrcm

pues par d ’innombrables rivières ou lagunes . La

partie du nord contient seule quelques plaines non

envahies par les bois ou par les eaux , et où sont

d ’excellents pâturage s . Quant aux fleuves , nous le s

connaissons déjà pour la plupart . Ce sont: le

Japura, le Ric - Negro,l e Ric - Branco , sur la rive

gauche ; le Javari, le Jatahi, le Juruba, l e T elfé)

HAUTE - AMAZONE . 171

le Purus, le Madeira , pour la rive droite . Parmi

les lagunes on peut remarquer l ’Uaicuruapé,'

q ui a

plus de 10 lieues de tour, et qui se trouve sur la

rive droite du Tupin ambaran é, a 10 lieues du

Trombetas ; l’Ariticuritubé, le lac Saraca, le Sara

n ié, l’Un ari, & c . , & 0 .

Le terrain de la haute Amazone est évidemment

de f ormation alluviale ; aussi sa f écondité tient

ellè réellement du prodige . Dans ce pays favorisé

de la nature et sans cesse ranimé par la pluie et le

soleil, il n’est besoin que de confier des graines à. la

terre pour les voir pousser instantanément et fer

mer des végétaux de grandeur colossale .

On trouve dans le pays des mines de cu stal ,

d ’amiante, d’émeri, de marbre, et même d’or et

d ’argent, mais elles ne sont pas exploitées . Rien

n’égale surtout la richesse des f orêts , soit pour les

produits spontané s dont elles se couvrent,soit pour

les bois excellents et rares qu’elles peuvent livrer à

l ’industrie » Le syringa ou arbre a gomme, s’y

rencontre pour ainsi dire, a chaque pas , En un mot »

les f ruits et les fleurs de la zone torride et du tro“

p1que f orment la le plus magnifique fleuron que la

nature ait j amais porté , même dans les antiques

légendes des poè tes

Par les raisons que nous avons déjà données en

parlant du Paré, l’agriculture y est a peu près

nulle , et l ’industrie s’y réduit à la garde des trou

peaux , e t surtout, a la recherche des produits natu

rels , source toujours plus abondante du commerce

des contrées équatoriales . On se livre ausm beau

coup a la pêche de la tortue , dont la chair, avec

172 HAUTE - AMAZONE .

celle du pirarucû et du peixe - boi, contribue pour

une large part 1â. l’alimentation des habitants .

“La

vente de ces produits f ournit aussi les moyens de

s e procurer une f oule d’obj ets manuf acturés , im

porté s d’

Eurcpe ou de l’Amérique du Nord .

La température y serait très—chaude si elle n ’était

tempérée,de décembre en juillet

,par l ’inondation

annuelle des fleuves , et de juillet en décembre , par

des brises humides qui souffl en t sans interruption,

La chaleur varie d ’ailleurs suivant les lieux que

l ’on habite : elle est assez f orte loin du bord des

eaux modérée au contraire dans le voisinage des

fleuves,et des lagunes , et surtout dans les lieux

élevés . Par la saison des pluies , souvent les nuits ,et même les jours deviennent humides ; les étran

gers doivent alors prendre certaines précautions

hygiéniques pour éviter les atteintes des fi èvre s

intermittentes ou d ’autres aff ections endémiques .

La population de cette province, où tiendraient

f acilement 80 millions d ’habitants , est auj ourd’hui

d’enwron 50 mille âmes On voit qu’il y a place

encore pour la colonisation .

La haute Amazone se divise naturellement en

trois grandes régions qui son t : l ’Amazcn e , le SC.

limoôes et le Rio - Negro . La première , compre

nant la partie de la Guiane et de la Mun durucan ie

qui est baignée par l ’Amazon e , s ’étend de l ’embon

chure du Jamun dâ. au confluent du Rio - Negro ; laseconde comprend tout le pays baigné par cette

partie de l ’Amazon e appelée S olimôe s ; la troisième :

tout le littoral Rio - Negro .

La haute Amazone était autref ois dépendante

174 HAUTE - AMAZONE .

r ie s Jamouda et Tupin ambara n é ; au sud, elle

confine à l ’Amazon e , qui la sépare de la comarquedu Solimoes , et de Mato Grosso . Il est évident que

cette organisation n ’est que provœo1re , et il n’est

pas douteux que l ’accroissement du chiffre de la

population ne détermine la f ormation d ’un plus

gra n d nombre de comarque s . Celle de Rio - Negro

a même existé autref ois elle f orme aujourd ’hui le

terme de Barcellos ou Marina, qui , avec ceux deMan â.os et de Man é s , repré sente la comarque de laHaute - Amazone .

MANAOS ou RIO - NEGRO .

Le territoire de ce terme s ’é tendant sur le

confluent du Rio - Negro et sur la rive gauche del ’Amazon e , est d ’une f ertilité supérieure encore

,

s ’il est possible , à.“ celle du reste de l ’Amazcn iez

Aussi,malgré la préf érence que les habitants ont

jusqu’ici accordée à la pêche du pirarucu, du peixe

boi et de la tortue , et surtout à. la recherche des

produits sylvestres , les campagnes qui environnent

la capitale de ce terme commencent a se déf richer

et a se couvrir de plantations de cacaoyers .

Manaos , capitale du terme , de la comarque et de

la province de : la Haute —Amazone . Cette ville,

qui f orme le municipe dit de la capitale du Rio

Negro,est situ ée sur la rive septen trion ale , a

3 lieues au - dessus de son con fluen t, a 81 l ieues de

l ’embouchure du Jamun da , 3°

à de latitude sud,et a 25° 17 de longitude ouest d’Olin da . Manaos

n ’était, dans l ’origine, qu’

un simple f ort appel é

S . José do Rio - Ne gro , _éle vé par les Portuguais

pour se ménager une retraite ou un pied - à—terre

HAITTE- AMAZONE .

l orsque, sans respect pour les droits de l’human ité,

ils parcouraient les f orêts v0 1s1n e s afin d’y capturer

de pauvres sauvages qu’ils allaient vendre comme

esclaves aux nouveaux colons de la Basse - Amaïon e

Quelques f amilles des Indiens Ban iba s, Passé s ,D orés etManaos , auxquelles se joignirent pl usi eurs

Portuguais , s’

établire‘

n t plus tard autour du.f ort,

qui portait alors le nom de Barra—do—Rio - Negro

Au XVII siècle, cette aldée f ut élevée”

au rang de

vill e et devint la capitale de la comarque du Rio

Negro,laquelle fut supprimée à l ’avènement du

gouvernement impérial . En 1836 , l’assemblée pro

vin ciale du Paré, désirant conserver le nom de la

nation indienne la plus considérable de ces contrées ,substitua le nom de Manaos a celui de Barra - do

Rio - Negro . Depu1s qu’une partie de l a popul ation

du rio Madeira est venue s’ établir dans cette ville :

elle se trouve , sous tous les rapports , dans un étatréel de prospérité . On y voit quelques édifices

élégamment construits,une cordon n er1e , un f our

pour les toiles et les tissus,une f abrique d’

étofl'

es

de coton , entretenue par le gouvernement . S es

rues , qui pourraient être mieux alignées , sont f or

mée s de maisons bâtie s en briques et dont l ’effet

charme le coup d’œil . On y remarque une place

bien disposée, une caserne , une église, divers édi

fice s publics .

La position deManaos en f era un j our une desplus importantes villes de la Haute—Amazone .

Elle est déjà l ’entrepôt de tout le commerce d ’im

portation et d’exportation qui se fait dans l ’immense

bassin du Rio - Negro , commerce qu1 ne peut man

176 HAUTE- AMAZONE.

quer de prendre chaque jour plus d’extension et

d’activité , à mesure que le pays se peuplera detravailleurs .

L ’aspect de Manaos est des plus gracieux . De

la colline sur laquelle il est bâti et que divisent

trois ruissseaux que l’on passe sur autant de ponts

de bois, les regards se promènent agréablement sur

les grandes eaux et les vertes îles du fleuve baignant

une luxuriante campagne où la nature semble se

plaire à semer les plus belles fleurs et les plus rares

produits .

Les révolutions qui on t passé sur le sol del ’Amazon ie , spécialement celle de 1835, on t laissé

des traces prof ondes dans Manaos heureuseme nt

cette rude expérience n’a pas été perdue ; le bon

esprit de la population a compris que,sans la tran

quillité que l’ordre seul peut donner, il n

’y ava it

pas de prospérité possible pour des contrées où

tant de choses sont encore a créer .

La population de Manaos et de ses environs se

compose de blancs,de indi ens, de 600

métis et d’à peine 400 esclaves , le tout f ormant unmillier de f eux, assez disséminés , Les habitants

de race indienne sont aujourd ’hui parf aitement ci

vilisés Ils s ’habillent a la mode d’Europe et avec

un e certaine recherche ; les f emmes , qn e la nature

y a douées d’une grâce particulière, mettent beaucoup de goût et quelquef ois même du luxe dans

leur parure ; enfin ce peuple , chez qui l’usage de s

’bains est très—répandu,paraît f aire de la propreté

sa qualité spéciale,Comme dans la plupart des

villes de l ’Amazon ie , la saison d’hiver, c ’est - à - dire

178 HAUTE- AMAZONE .

toni , homme encore plein de sève et de vigueur, venu

il y a un e trentaine d’an nées en qualité de pilote ,et qu1, après avoir amassé une raison nable f ortune,vit tranquille al ’ombre de ses banan ie rs . Il n ’a pas ,du reste, oublié sa première prof ession, et l

’on peut

afi rmer qu’il n’est personne dans le pays connaissan t

mieux que lui les pas ses et les écueils de tous les

fleuves des environs . Ses ren seignements , précieux

à plus d’un égard, sont souvent recherchés par le s

gens du pays

Le terme de Manaos contient encore les muni

cipe s de Sylves et de Se rpa .

SYLVES 0 11 SARACA .

Sur la rive gauche de l’Amazon e et près des

bords du lac Saraca, 20 lieues a l’ouest de Parc .

Cette petite ville a Commencé , en 1663, par être

une aldée d’l n dien s catéchisé s , et ce n’est qu’en 1759qu’elle a reçu le titre de ville sous le nom de Sylves .Sa population

,qui approche de âme s , est la

plus considérable de la Guiane de la Haute—Ama

zone,après celle de Manaos . Elle s ’occupe de la

culture du tabac, qui est le meilleur de cette cc

marque ; du coton , du cacao , du caf é , de la con f e c£

tion de toiles de icoton et de la gomme élastique ;

de la pêche du pirarucu et du peixe - boi . La plu

part de ce s produits sont exporté s au Paré .

Le lac Saraca, sur lequel est située la ville de

Sylves , communique avec le rio Urubupar un canal

naturel et f orme le rio An iba ou Saraca, qui va se

j eter dans l ’Amazon e . Le terrein qui existe entre

ce dernier fleuve et le lac pré sente diverses pétrifi

HAUTE - AMAZONE. 179

cation s attribuées à la nature particuheœ des e aux

d ’une sorte de gave ou grand ruisseau qui traverse

ce municipe .

SERPA .

Sur une île f ormée par les con fluen ts des rios

Urubuet Aniba, sur,

la rive gauche de l ’Amazon e .

Voici ce qu’on raconte de l ’origine de cette ville

Des missionnaires avaient réuni en f amille un cer

tain nombre d’In dien s sur les bords du Madeira , à.

l ’endroit où ce fleuve reçoit l e Mataurâ. ; mais des

sauvages de la nation des Muros ne cessant de les

in qui étcr , ces néophytes passèrent sur la rive droite

du Madeira et s ’établiren t près du rio Abacon i ,_

a

l ’embouchure du Furo - dos - Tupin ambaran as . L ’al

déc qu ’ils y f ondèrent prit, en 1759 , 1e titre de ville .

Toutef ois , comme les Muros con tmua1en t à. les mal

traiter,la ville de Serpa fut transf érée tout entière

dans l ’îl e où elle est encore aujourd’hui , e t dan s

laquelle se s habitants cultivent tranquillement le

cacao , la salsepareille, le caf é , le gércfle et le coton

Comme les terres de ce s_ parage s sont aussi f er

tiles que bien placée s pour le commerce , la Compa

gnie des bateaux à vapeur de l ’Amazon e , qui ne

néglige ri en de ce qui peut accroître le bien—être

du pays , avait établi à Itacoatiara, près de Serpa, une

colonie agricole et industrielle,composée en grande

pa rtie de Chinois et d’Af ricain s . Cette charma nte

localité est certainement un e des me illeures que

l ’on puisse choisir pour établir une colonie . Mal

heureusement, la bonne volonté des colon s n’a pa s

répondu a celle de la Compagnie, et l’essa i, tenté sur

180 HAUTE - AMAZONE.

un large plan, a été .ccmplè tement inf ructueuxIl n’existe plus de cet établissement qu’une scierie

et un e f abrique de tuiles .

TERME DE BARCELLOS .

Le terme de Barcellos ou Mariûa f aisait partie

autref ois de la comarque du Rio - Negro , qui a cessé

d ’exister depuis lanouvelle division de la Haute

Amazon e . Il comprend la partie du Ric - Negro qui

est au—dessus de l ’embouchure du Rio—B ranco , c ’est

à—dire la ville de Barcellos ou Mariûa , et les paroisse s Altaren daûa , Aracari, Carmo , Coboquén a ,

Bararôa , Santa -

,Izabel , Marabitanas et quelquesautres, le tout repré sentant

“un e population de 10 a12 mille âmes .

BARCELLOS ou MAR11ÏA .

Cette petite ville , dont la population, d’environ

âmes , est à. peu près exclusivement composée

des descendants de diff érentes nations indiennes ,se trouve sur la rive droite du Ric- Negro, entre

les rivièresUatan ari et Baruri, en f acede Buhibuhi .

1 82 HAUT E - AMAZONE .

a Manaos a pa ru compléter sa ruine . Le pal ais du

président et le s maisons de s principaux f onctionn aire s ne sont plus qu’un ta s de décombre s . A pein e

quelques cabane s et quelques maison s _qui essa ientde se grouper, signa lent aujourd’hui aux naviga

teur s du Rio - Negro la ville où la diplomatie s ’e stmon trée

'

autre f ois aussi artificieuse et auss i habile

que dans une grande capitale de l’Europe .

Aujourd ’hui qu ’un mouvement de régénération

semble se réaliser par tout le bassin de Rio Negro,il est hors de doute que Barcellos recouvrera et

dépassera meme sa première p rospérité . Sa pos i

tion avancée sur un des plus grands fleuves de

1’Equateur, on f ait un point qui sera néces sairement

f réquen té lorsque le commerce et l ’industrie son

geront amettre à profit les tré sors naturels enf ouis

e ncore dans les solitudes de la Haute - Amazone .

Déj à. les habitants du terme de Barcellos parais

sent comprendre les avantages de la vie active et

du commerce: ils exportent un e certaine quantit é

de riz,de tabac et de caf é ; des toiles de coton, des

filets de maque ira élégamment orné s de plumes ; du

peixe - boy, du beurre de tortue et des drogue s pour

la pharmacie .

J e termine ce paragraphe en rappelant à me slecteurs que Barcellos a été le berceau d ’un poète

lyrique ,ple in de verve et de génie ,Bento de Figuei

redo Toureiro Aran ha . Il était impossible que

le beau clima t de l ’Amaz on e n’ in spira pas quel

qu’un des compatriotes du Camoens, et ne prouva

un e f ois de plus la justesse de l ’adage f ameux

Facit a dmiratio versum.

HAUTE - AMAZONE.

54

M A U E S .

Maués ou Lusca est le troisœme département ou

terme de la comarque de la Haute—Amazone . Il

était compris dan s la région appelée autref ois

Mun durucan ia , laqn elle s’étendait de l ’est à l’ouest

,

entre le T apajés et le Madeira , du nord au sud, entre

l ’Amazon e et Mato—Grosso . Le terme de Maués

est donc borné au nord par l ’Amazon e ; a l’ouest

par la province du Para et de Tupin ambaran â; au

sud,par Mato - Grosso , a l

’ouest par la comarque de

S olimôe s . Il comprend la ville de Manés,autref ois

Lusca, les aldée s de T upin ambaran é, Canoma,Araretama , Macari , et Borba, f ormant une popula

tion de 10 mille âmes .

Man é s ou Lusca , capitale . Elle est sur la rive

droite du Rio—Man é - agu , petit afi uen t de la rive

gauche du Madeira,que ce fleuve reçoit 40 lieues

environ avant de se j eter dans l ’Amazon e . C ’était

primitivement une mission f ormée par les Maués ,nation indienne la plus nombreuse de ces contrées ,Sa f ondation, qui ne remonte pas au - dessus de

1798, eut lieu sous les auspices du comte dos

Arcos , gouverneur, et des capitaines Luiz Pereira

da Cruz et Jose Rodriguez Porto .

Cette ville la plus importante de cette partie de

la Haute—Amazone, se trouve dans la voisinage de s

principal es habitations des IndiensMaués , d’un ca‘

ra0 tère as sez porté à la civilisaticn ; on avait don c la

légitime espérance de la voir promptement s ’accroître

184 HAUTE…AMAZONE .

en population , quand les troubles politique dc 1888 ,pendant lesquels Mané s a été pris et repris par les

insurgé s et les impériaux , réduisirent ses habitantsà la

,misère . Il commence , pourtant, à se relever,

et la population s ’accroît tous les jours a n s que les

cultures de cacao , de coton, de guaran a, de tabac,et de caf é , qui f ont son occupation pr1n 0 1pale quand

elle ne se livre pas a la pêche de pirarucu et du

peixe - boy ou à la recherche des drogues et des

épices spontanées .

Maués possède aujourd’hui un collège élec

toral, un Jury, une école primaire qui, avec celle

d’Araretama , et de Tupin ambaran â représen t

dans cette comarque , le somme de l ’éducation

populaire .

COMARQUE DÛ somuon s .

a r nî— Les Portugais désignèrent autref ois par

le nom de S olimôe s la partie de la rivière des

Amazones comprise entre l ’embouchure du Rio

Negro et la f rontière de Tabatinga, au confluent du

Javari .

1 86

connue, si ce n’est la partie qui touche à l

’Amazon e .

On n ’a‘

guère navigué sur le Purùs , et guère plussur le Jurua. Enfin, l

’intérieur de ce pays et"

saf rontière australe sont encore à explorer . On saitseulement qu ’il est coupé par les fleuves dont j e

viens de parler, auxquels il f aut j oindre le Paratari ,qui n ’est que l’écoulement des lacs Autazes ; leCaiamé ou cms

, par lequel on suppose que lesf emmes guerrières de la province de Bahia de scendirent dans le Paran âu acu, auj ourd

’hui rivière des

Amazones ; l’Acaricoâra , l

’Aucruhi, le Jun diatiba ,le Comatiâ. et une infinité d’autres . T ous ces coursd ’eau para issent venir des sierras péruviennes .

Quelques géographes veulent même que l ’Amazon e

s orte du lac Rogaguallo dans la Bolivie . Je

laisserai de côté cette Opinion , non - seulement

p arce qu’elle est oisive, mais parce qu’elle est

absurde . La pos1tion du cours supérieur de l’A

mazon e est trop occidentale pour le f aire venir

du plateau de la Bolivie , d’ où descend le Madeira ;

d’ ailleurs,on sait auj ourd ’hui qu’il existe entre

ces deux points une haute chaîne de montagnes

qui , s e déroulant dans .la direction du nord - est,in tercepterait n écessairement le cours d

’un fleuve

se dirigeant du lac Rogaguallo vers les Andes

équatoriales , d’où l ’on voit descendre l ’Amaz on e

Il semble , de prime abord, qu’on devrait douter

de la salubrité d ’un pays où tant de fleuves et de

l acs épanchent leurs cours sous un soleil puissant,a u sein d ’une terre couverte de tant de dépouillesvégétales et animales : eh b ien ! on serait dans

l ’erreur: pour peu qu’on ait la précaution de n e pas

HAUTE - AMAZÔNE. 1 87

établir sa demeure dans les bas - f onds où les eaux

croupissen t et où les Vents n’arrivent pas , on

respire un airpur, r afl‘

raichi par la pré sen ce des

eaux, embaumé par les senteurs suaves des bois ,doucement agité par les ailes inf atigables de s

brises , et l’

on se trouve enfin dans de telles condi

tions d’hygiène que,non - seulement on y conserve

sa sante mai s qu’on peut au besoin l ’y rétablir .

Aussi, s ’en f aut - il bien que ce pays ait j amais

été un dé se rt . On y a compté plus de 60 nations

indigènes , entre lesquelle s les Muras se f aisaien t

remarquer par leur in difléren ce pour la civilisation ,les Jumas par leur caractère indocile , les Barupu

rûs par la couleur f auve de leur peau, les Can an as

par leur stature chétive,les Cambéba s par leur

douceur et leur tendance a se civiliser, les Maioru

nus par un horrible goût pour l ’an throp0phagie .

Par la f ertilité de son terrain et l ’incroyable variété de ses produits naturels , le S olimôe s ne le

cède en rien au reste de l ’Amazon ie . On confi

mence même a y cultiver le coton,le tabac et l e

La population civilisée,européenne ou indienne

est clair - semée encore sur ce vaste territoire “où.

elle pourrait se répandre amilli ons . La comarque

de Solimoes ne se compose que d’un terme, qui

e st celui de

a rfl ou EGA Petite ville d ’environ 1200 millehabitants , avantageusement située sur la baie deT efl

'

é, f ormée par le fleuve du même nom deuxlieues avant sa j on ction avec l ’Amazon e , 107

lieues du l’embouchure du Jamun dâ et a 330 de

188 HAUTE - AMAZONE .

Belem ; latitude 173sud, longitude 30 31 ouest

d’

Olin da . C ’était une des sept missions f ondées au

commencement du XVII, siècle par le P . Samuel

Fritz . Après sa mort, en 1709 cet établissement

eut beaucoup à souffrir des persecutions du j é suite

S ana . Les Indiens se dispersèrent,et la mission

était perdue lorsque le P . Andre da Costa vint la

relever en . y joignant quelques f amilles indiennes

qu ’il avait d ’abord réunies dans l’île des Veados .L’aldée , ain si restaurée , prit le nom d

’Ega , et reçut

plus tard le titre de ville . C ’est la que , en 1781 ,

les commissaires Charmont et Pizarro , le premier

portugais , et l’autre , espagnol, se ren direrft pour

convenir des limites du canal Auati - paran â qui est

le premier endroit par le quel l ’Amazon e commu

nique avec le Japura, C ’est encore a T eflé que le

plénipotentiaire général Joâo Pereira Caldas et

l ’espagnol Requena établirent des conf érences réla

tives a la détermination des régions du Rio - Negro

et de Mato—Grosso .

‘Les deux comm1ssa1re s n ’ayant pu s ’entendre, les conf érences f urent interrompues . Bientôt

,le représentant de l ’Espagn e ,

en trepa ssan t ses pouvoirs , f onda une colonie castil

lane sur les bords du lac Cupaca, quelques lieues

au—dessous de T efl

'

é . Mais…en 1790 , le gouverneur

de la Capitainerie des Amazones réprima ces em

piétemen ts des Espagnols sur les possessions por

tugaise s e t les colons de Cupacà f urent f orcé s de

sortir du pays .T eflé est entouré de f orêts très - abondantes en

produits spontanés . Sa population , presque toute

composée d’In dien s Achouaris , Cocurûn as, Core

190 HAUTE- AMAZONE .

difl'

éren te s branches du service public et d’efl

'

ectuer

même quelques dépenses extraordinaires .

C ’est ainsi qu’on a pu construire dans la capitale

un e église nouvelle , un pont en f ace du palais del a pré sidence, une caserne et divers autres édifices

publics .

Dans la province , on a élevé de s f ortificationsn ouvelles a Tabatinga et aCucuhy . Il est vrai que

cette dépense incombe au ministère de la guerre ;mais c ’est aux f rais du tré sor provincial que l ’on

r estaure les écoles publique s , le s rues , les ponts , les

digues, les prisons , les cimetières , enfin tout ce qui

constitue le matériel d’une société civilisée .

L ’illumin ation au gaz liquide a é té introdui te àManaos . Grâce aux soins du président Francisco

José Furtado , cette ville, où la viande de boucherie

f aisait souvent déf aut, en a été abondamment

a pprovisionnée au moyen d ’un engagement avec la

Compagnie des bateaux a vapeur . J e dois dire de

plus que cette Compagnie, dont un des principaux

a ctionnaires est l’honorable baron de Man a, s ’est

prêtée avec un désintéressement patriotique aux

vues du pré sident, et a consenti à transporter dé

s orma is de”

Santare_m ou d’Obidos aManaos tout le

b étail nécessaire à la consommation de cette der

n iére ville, et cela au minime prix de 4 mille réis

p ar tête de bétail . C’est ainsi qu’il a été obvié a la

di sette de viande f r a îche qui se f aisait sentir à

Manaos toutes les f ois que la baisse de s eaux ou

quelque autre circonstance retardait l’arrivée des

troupeaux du Rio—Blanco supérieur .

Les efiorts du gouvernement central et de l’ad

HAUTE - AMA'

ZONE . 191

ministration : provinciale ne se bornent pas aux

choses matérielles . De louables efl'

orts ont été

tenté s pour propager l’instruction primaire au sein

des populations indiennes , plus ou moin s*

civilisée s ,

et aussi pour organiser les municipalité s des difl'

é

rentes petites villes de la Haute - Amazone . C’est

une tâche très - laborieuse , d’abord parce qu’il e st

diflicile , vu les grandes distances qui les séparent,de réunir les conseillers municipaux, ensuite , un

grand nombre de ces derniers ne comprennent pas

assez l ’importance de leurs devoirs . Cependant,des ré sultats satisf aisants ont déjà été obtenus , et ,des six conseils municipaux qui existent dans la

province,trois f onctionnent régulièrement Il e st

veillé aussi a ce que la célébration du culte divin

ait lieu partout avec la décence et la dignité con

venables . A cet effet, des f onds supplémentairessont ajoutés au budget ecclé siastique toutes les f oisqu’il y a nécessité . L

Assemblée provinciale accorde

en outre la somme annuelle de f rancs pour

l ’entretien et l ’éducation de douze pensionnaires au

séminaire de la province .

192 HAUTE—AMAZONE

57

INSTRUCTION PUBLIQUE .— MŒ URS

DE LA POPULATION . ARMÉE .

Il existe dans la province 20 écoles d’

en seign e

ment primaire, 15 pour les garçons et 5pour les

filles . Les premières sont f réquentées par environ400 enf ants , les secondes par 50 ou 60 . Le chiff re

de la population étant de 50 mille, on voit que le

nombre des enf ants qui ne reçoivent aucune espèce

d ’instruction littéraire est malheureusement encore

bien grand . La cause en doit être attribuée a

l ’éloignement Où un grand nombre d ’habitations s etrouvent de l ’école , et plus encore a la vie nomade

des f amilles indiennes , et même des créoles , qui

s ’occupent de l ’extraction de la gomme du caout

chouc et de la recherche de s autres produits f ores

tiers . L ’assemblée provinciale s ’efiorce de porter

remède à ce mal en augmentant chaque année le

nombre des écoles primaires . La mesure est bonne ,mais elle n ’

atte in dra complètement son but que par

la fixation des f amilles autour des centres communs .L ’instruction secondaire est donnée dans le

séminaire,et se compose de dix classes Arithmé

tique,algèbre et gé ométrie, philos0phie , rhétorique

géographie, f rançais , latin, et deux classes de

musique . Une trentaine d ’élèves profitent de cet

enseignement .Il existe de

«

plus dans la capitale une école par

ticulière pour les j eunes personnes . Elle est diri

gee par dona Angela Custodia Ferreira d’

Alcan tara

et compte une vingtaine d’élèves .

194 HAUTE - AMAZONE .

encore , e st cependant, relat ivement, beaucoup moinschargée que dans un grand nombre de pays de

l ’Europe . En inculpé s étaient entre le sles mains de la justice , et, de 21 qui on t figuré aux

assises, 19 ont été absous . Peut - être le jury a - t - il

montré une trop grande indulgence , ma1s Il f aut

reconnaître que , lors meme qu’ils auraient été con

damné s pour la plupart, il n ’y aurait pas lieu atrcpaccuser la moralité de la population .

La f orce publique de la province consiste dans un

corps de troupe s régul1e r e s , inf anterie et artillerie ,occupant les f orts d’

Obidos , de Tabatinga , la caserne

de la capitale et autres lieux . Ce:corps , qui se

recrute dans le pays , est très—peu nombreux , en

sorte que le poids du service militaire retombe , en

grande partie,sur la garde nationale

,qui vient d ’être

nouvellement réorgan i ée, et présente un effectif de

près de 8 millehommes , parfaitement armés et de

bonne disposition .

HAUTE - AMAZONE . 195

PRODUITS

Pour ne pasm’

exposer à répéte r trop souve nt les

memes cho ses , j e dirai en deux mo ts que les pro

duits spon tan és e t agricoles d e la Haute - Amazone

sont absolument les mêmes que ceux de la province

du Para. On doit f acilement le compre ndre , s i l’

om

f ait attention que les deux provinces on t a peu pr ès

la même latitude et la meme qualité de terre in , du

moins dans les parties actue llement colonisées .

Ainsi , dan s le Para comme dans la Haute - Ama

zone,cette puissante magicienne qu’on appelle la

nature s ’est plu à multiplier les me rveilles , depuis

l ’aile de l ’oiseau - mouche,qui rendrait jaloux le

saphir et le rubis si ces pierres précieuses étaient

douée s de sentiment , jusqu ’à la rose gigante sque

dont la Victoria Regia couvre les solitaire s eaux

de s lagunes . Dans ces f orêts vierges , Où tant de

g énérations de plantes et d’animaux f orment de

leurs dépouilles un be rceau et tant de vie s luxu

riantes et splendides , quelle est la science , l’art ou

la spéculation qui ne rencontre pas un tré sor ?

La médecine y vient cherche r le j alapa, l’

ipécacu

hana , le j asmin des bois , le copahu ,le mururé et

des baumes qui laissent bien loin les poétiques sim

ples du mont Ida la parfumerie et la droguerie en

retirent la vanille le gingembre , le gérofle , la

muscade , des huiles aromatiques, des parfums

suaves le commerce y trouve la gomme du syringa ,le cacao , le caf é , le coton , une infinité de produit s

utiles à la vie domes tique ; l’industrie s ’y en r ichit

196 HAUTE- AMAZONE .

de bois d ’un magnifique poli , roses , noirs , marbrésou doré s ; la construction y f ait son profit des bara

jubas, des castanheiras , des cèdres , des massaran

dubas et de tous ce s arbre s titanesques dont le s

ombres couvriraient un e montagne ; enfin la bota

nique y découvre tous les j ours des plantes admi

rable s de verdure, de fleurs , de parfums , et qui

permettent à laFlore d’Europe de rajeunir sa vieille

couronne de roses .Il ne f audrait ’ pas cependant se f aire illusmn

quelque abondantes qu ’elles soient,ces richesses

s’épuiseron t un jour si l

’homme s ’

obstin e à les détruire en laissant à la seule nature le soin de les

remplacer, s’il ne met pas de l ’ordre dans une

exploitation , qui tend à prendre des proportions

f abul euses . Il y a longtemps , par exemple, que la

la f abrication du beurre de tortue serait devenue

insuffi sante dans plusieurs localités du Para si

l ’administration n’avait en la sage prévoyance de

réglementer et d’interdire, a certaines époques , la

destruction des oeuf s de cet amphibie . Le syringa

surabonde dans les bois de l ’Amazon ie et de Mato

Grosso,mais si l ’extraction de la gomme élastique

continue a se f a 1ré , comme aujourd’hui, de manière

à déterminer la mort de l ’arbre , un jour viendra Où

ce produit n ’existe ra plus qu

à. l’état de rareté . Il

est d onc d’une grande importance , pour les intérêts

matériels de l ’Amazon ie et de tout le Brésil , que la

colonisation prenne les devants , qu’elle s ’empare

peu a peu de la terre pour la couvrir de riches cul

tures et y créer des centres industriels et man uf ac

turiers , afin que le j our où la destruction des bois

198 HAUTE - AMAZONÊE,

9 .

FINANCES . COMMERCE .

COMPAGNIE D ES BATEAUX A VAPEUR DE L’AMAZONB .

On ne saurait donner une juste idée de l ’étatcommercial et financier des deux provinces del ’Amazon ie sans exposer en même temps les ser

vices signalés que la Compagnie des bateaux à

vapeur a rendus à cette partie du Brésil . Certes ,c ’est une chose bien f aite pour exciter un e légitime

et universelle admiration que l ’établissement de

ces véloces coursiers qui vont portant le mouvement,la richesse, la vie en des lieux qui semblaient con

damnés à n’être éternellement que des déserts , sur

un fleuve qui , par l ’immensité même de ses dimen

sions , eflrayait les navigateurs ! Aujourd’hui, plus

de douze cents lieues de son cours s ont in ce s

sammen t parcourues ; les aldée s éparses sur ses

bords deviennent des villes ; la population se groupe

autour des baies et sur les con flue n ts des fleuves ;les relations commerciales se nouent ; la place est

f aite pour un grand peuple , si l’émigration euro

péen n e , lassée d’aller s ’

en sevelir dans les prof ondes

et f roides solitudes de l ’Amérique du Nord, dirige

son courant princip al vers les belles régions de

de l ’Amazon e .

*Les steamers, dont les s ifi emen ts

f ormidables ont mis en fuite les bêtes sauvages qui

habitaient les bords du grand fleuve , f eront égale

ment fuir la barbarie , la misère, l’ignorance ; alors

les capitaux de l ’Eur0pe , si timides a s’expatrier ,

ne balanceront plus aprendre la route de l ’Équateur

pour y établir le règne de l ’agriculture , de l’in dus

trie et des arts .

HAUTE- AMAZONE . 199“

Une p reuve irrécusable des solides avantages que

la Compagnie des bateaux à vapeur procure au

Para et a la Haute - Amazone , c’est que , depuis son

établissement, le s revenus de Ce s provinces ont plus

que doublé On peut s ’en assurer en jetant un

regard sur le tableau suivant , qui permet de com

parer les cinq derni ers exercices qui ont précédé ,

dans le Para, l’inauguration de la vapeur ; avec les

cinq exercices qui l ’ont immédiatement su1v1e . On

sait que cette inauguration date de 1852 .

AVANT .

nxn n crss DE.

EN mars1847— 1848 477 :

1848— 1849 478 : 7 7

1849— 1850 573:

1850— 1851 885: — e 2 ,458 ,333

1851— 1852 871 :

Terme 657 :

ArnÉsEXERCISE D E EN REIS EN FRANCS .

1853— 1854 .

1854— 1855.

1855— 1856 .

1856— 1857 2

1857— 1858 .

Terme Moyen .

Oter

71—9 : 78

Il est peu d’apologie ausmeloquente que celle des

chifl"

f e s que j e viens de citer, et il est certa in que

la subvention con cédée à la Compagn ie par le‘

g0u

200 HAUTE - AMAZONE.

vern emen t constitue à peine, pour ce dernier, une

avance de f onds immédiatement remboursée avec

des bénéfices dont on ne saurait prévoir le terme .

S i l ’on songe a présent que cette rapide augment a

tion de la f ortune publique n ’est que le corollaire

obligé de l’augmentation de la f ortune privée, on

ne pourra s ’empêcher de reconnaître qu’in troduire la

navigation dans un pays qui a des produits à livrer

à. l ’exportation, c’est y introduire la richesse , et que

si tous les grands fleuves sud - américains , mis en

relation entre eux et avec les ports de mer, possé

daien t une compagnie de n avigation analogue à

celle de ‘

l’Amazon e , le Brésil serait bientôt l

’État

le plus opulent de tout le globe , attendu que partoutou presque partout, dans ce vaste empire , la terre

est susceptible de don ner les produits les plus ré

cherché s par le commerce .

Comme les produits exportés en E urope ou dans

l ’Amérique du Nord par les ports du Para provien

nent en partie de la Haute - Amazone , on n e peut

pouter que cette provin ce ne prenne une notable

part aux bénéfices commerciaux que j e viens de

mentionner, e t il est incontestable que les docu

ments 0 1fi ciels, publiés par la pré sidence de cette

province , accusent une augmentation considérable

dans les revenus de ce pays .

La Compagnie de la navigation de l ’Amazon e a

été f ondée . en 1852 , par D . E . I . de Souza, baron

de Maua, moyennant une subvention du gouverne

ment impérial .Le siège de la Compagnie est a Belem ou Para ;

le service est constitué de la manière suivante

202 HAUTE - AMAZONE .

Le parcours entie r s’

eflectue en 20 ou 22 j ours .”

Les départs on t lieu le 14 de chaque mois .

TROISIEME LIGNE .

De Belem a Cameta, sur le rioT ocan tin s .

Sa longueur n ’est que de 20 milles . Ce par

cours , qui n’

a pas de station, s’effectue en 4 heures .

Les départs on t lieu le 5 et le 20 de chaque mois .

La première ligne f ait 2 voyages par mois , ou

soit 24 par an ; la deuxième, 1 pa r mois , ou soit 11

par au la troisième , 2 par mois , ou soit 24 par an .

Total 62 voyages par an .

"6

La *Compagn ie n’a reculé devant aucune dépens e

Dar mettre son matériel de navigation au comple t ,e t assurer l ’exactitude et la sécurité du service de

toutes l e s lignes .

On en jugera par une courte revue de ses bateaux

a ctuels

Ln MANAOS Vapeur de la 1 re ligne , a été cons

truit en 1859 a Birkenhead, dans le chantier des

Sirs Laird . Sa coque est en f er , et il a de longueur222 pieds anglais ; il e st de la f orce de 100 chevauv

et peut porter, outre son combustible, 252 tonneauxde chargement . Le s cabines des pass agers réunis

sent a une gfafide simplicité tout le conf ortablepossible ; elles sont surtout parfa itement aérées .

Le corps du bâtiment, construit en bois des Indes ,est d ’une so lidité et toute épreuve , ce qui a f ait dire

avec beaucoup de rai son aM . Pimenta -Bueno que

*Eu 1339, le préside n t et l

’Assemblée provin cia le s

’adre ssèren t au

gouvern emen t c en tral pour obte n ir que la deux ième lign e fourn i t ,comme le s deux autr es , deux voyage s par mois . D es moti fs d’

éco

n omie on t f ait re je te r , ou plutôt ajourner leur deman de .

HAUTE AMAZONE . 203

ce bateau ne laissait absolumen t rien à désirer .

Ces paroles de l ’in te lligen t e t actif gérant de la

Compagnie sont le plus bel éloge qu’on puisse f airedu Manaos .

Prêt à naviguer, il a coûté a la Compagnie

livres sterling , ou soit f rancs . Il'

a actuel

lement pour capitaine Anacleto Elizi ario da

Silva . En citant le nom de ce brave marin, j e n elaisserai pas échapper l ’occasion qui se pré sente de

rendre publiquement hommage a l ’arfi én ité de son

caractère et à l ’extrême politesse avec laquelle il

accueille spécialement les étrangers —mon voyage a

Manaos m’a f ourni l ’occasion d ’en f aire moi—mêmb

l ’épreuve , et je lui en témoigne ici toute ma gratin

tude . J ’ajouterai que j ’ai également reçu l ’accueil

le plus bienveillant de la part de MM . Duarte et

Santa Barbara ,le premier, capitaine du Tocantins,

et le second,de l ’Oyapok , bateaux à vapeur de la

Compagnie impériale des lignes de Rio Janeiro a

Para, Je les remercie de l’excès de politesse et de

prévenance dont ils ont usé et mon égard . C ’est

quand on est a deux mille lieue s de son pays

qu’on aime surtout à éprouver de pareils procédés .

Le T apajôs e st sorti , ll y a deux ans , des mêmes

chantiers que le Manaos , dont il égale la solidité .

Il a été depuis peu complètement repeint et appro

prié .

LE Somm e s : Après deux ans de service a la .

1er ligne , il vient d’être remis a neuf , et il pourra

f onctionner pendant un égal espace de temps sans

avoir besoin d ’aucune réparation .

LE TABATINGA: Attaché à. la seconde ligne .- Il a

204 HAUTE - AMAZONE .

dû être tout recemment radoubé , a Belem ; les

parages'

que parcourt ce bateau ne f ournissant

aucun moyen de réparation , il est essentiel qu’il

soit toujours en très - bon état .

Ln MARAJÔ: Le vétéran ou le doyen des ba

teaux de la Compagnie . Après plusieurs années de

service a la l er ligne , il a été réparé avec soin , et

attaché à la 2me ligne , Où il pourra f onctionner

encore assez longtemps .

La CAMETA: Il f ait le service de la 3me ligne,

pour lequel il est parf aitement approprié . Il est

commandé par le capitaine Manoel Pereira Pi

gueiredo .

LE MONARCHA : Il est tenu en ré serve pour rem

placer au besoin le Cameta.

L’INOA : Ce bateau , de la f orce de 100 chevaux ,vient d’être tout récemment construit dans les chan

tiers des S ire Laird . Il est excellent marcheur,et

contribue au service de la dernière ligne .

On peut apprécier, par ces détails , l’importance

que la Compagnie attache a la navigation de l ’Amazon e .

Le nombre des passagers qui , dans la période

de deux ans , ont—

parcouru l e s trois lignes de l’A

mazon e se partage de la manière suivante1858

PASSAGERS

346

864

Total,

QUI ONT PRODUITRe is En Fra n cs .

46 :

5: 1p,555

5:

57 :

206 HAUTE - AMAZONE .

Le tableau suivant, comprenant sept années ,prouve suffisamment la progression du f ret et celle

du nombre de s—

pas sagers

PRODUIT DU PRET .

Re is e n Fran cs .

12: 35,708f .

47

62: — 17

76 : 66

98:

102:

426 : — 1 ,183,600f

PRODUIT D ES PASSAGERS59 ,308f s .

31 :

56 :

54: 897 ,000

67 : — 1872 94

57:

57

3147 :497 ,000

PRODUITS REUNIS DU FRET ET D ES PASSAGERS .1853 34: 95,016f

1854 58: 66

1855 103:7

1856 117 :

1 857 143:

1 858 156:

1859 159 :

773:

HAUTE - AMAZONE .

AUGMENTAT ION .

BOIS E n Fran cs.24:

44 :

16 :

5:

125:

demeure établi par les tableaux précédents

que , depuis la création de la Compagnie jusqu’

à ce

moment , ses re venus n’ont cessé de s

accroître , et

que,d ’autre part

, ce t accroissement n e saurait ê tre

attribué à l ’augme ntation du nombre des passa

gers , puisque cette p artie de la re ce tte pré sente , au

cen tra ire , dans les deux dernières années , une dimi

n ution d ’environ f ran cs . C ’est uni que

ment dans l ’a ccroissement extraordinaire de la

recette produite par le f ret des marchandises qu’il

f aut chercher la cause des bénéfices de la compa

gnie Cette augmentation , pendant les deux der

n ière s années , a été de plus de f rancs ,e t ce la, malgré les pertes énorme s qu

’un déborde

ment excessif de l ’Amazon e a f ait éprouver aux

plantations de cacaoyers,principalement a Cameta.

Grâce à l ’introduction de la navigation à va

peur,un grand mouvement commercial

,et

,comme

conséquence , une grande répartition de richesse et

de bien - être s’accomplissen t aujourd

’hui sur les

deux rives de l ’Amazon e , depuis les ports du Parajusqu’aux provinces du Pérou . Ce phénomène

,au

quel on ne s ’attendai t pas , mér1te d’attirer l ’atten

208 HAUTE:AMAZONE .

tion de tous ceux (et le nombre en est grand), quicherchent à se crée r une f ortune par le travail, et

qui dans ce but, infiniment louable, son t disposés à,se transporter dans les pays nouveaux, les plus f a

vorable s a la réalisation de leurs espérances .C ’est pourquoi, j e crois utile de terminer ce

'

para

graphe par l ’én umération des produits qui repré

sentent les valeurs les plus importantes du commerce

de l ’Amazon ie .

Valeurs des produits principaux exportés par la

Compagnie, en 1859

Gomme élastique , pour 331 :633ËOOE

92F

1Ï20

02Cacao 36:

Vian de

Chapeaux de bombon assa , 667 :

Cuirs

Maqueiras 6:97

Huile de copaba 4:

Pirarucu 237

Savon de cacao 3:

Salsepareille

Tabac 27 : 7

Plateaux de cèdre 5:

210 1 HAUTE-«AMAZONE.

Autref ois , sur notre vieux continent la colonisation s e f aisait par la conquête et proce dait par la

flamme et le glaive . C ’est ainsi que le s Hébreuxs

’établiren t dans le pay des Cananéens,que les

Arabes étendirent leur domination sur les ri ves du

Nil et les Ioniens dans la Grèce. Lorsque le s

soldats d’Auguste se fi‘

xèrent dans les belles cani

p’

agnes du Man touan ,ils commencèrent par en

chas se r les habitants,et c ’est par les mêmes procé

dés que les Gaulois,les Goths

,les Vandales ,

le s

Cimbres et tout la nuée des peuples du nord, s’éta

bliren t ou essayèrent de s ’établir dans les provinces

du vaste empire romain . Heureusement, l’Éva

n gflè

vint apporter‘sa lumière à ce t énébreux chaos

, et fit

sortir l ’ordre et l ’harmonie du sein même du plus

afi’

reux bouleversement . Aujourd’hui , la. colon isa

tion se f ait d ’après un autre mode . Elle procède

selon le s lois de la justice et de l ’équitéz» elle n‘

ê

dépossède et n ?exte rmin e personne . Son but n ’est

plus de subs tituer un peuple a un peuple , ma is de“

créer une société Là où il n ’existe que le désert. Ce?

n ’est point a la spoliation mais au travail qü’ellé *

demande désorma is la proprié té , la richesse , le

bien—être . Aussi; lo in de la redouter , les États qui

on t de s terre s a déf ri cherfd e s régions à. peupleral

appe llen t - ils de tous leurs vœux .

Mais il n ’est pas si f aci le qu’on pourra it le sup…

po ser de l ’attirer dans telle contrée plutôt‘

quærdans

telle autre . Parce qu’on a quelquef ois abusé de

sa con fiance , elle n e l’accorde plus a la légère . Elle

est devenue di ffi cile , exig ean te , capricieuse , Ain si,«

depuis tout - à - l ’heure vingt ans , la Con fédération ,

HAUTE - AMAZONE .211

Argentin e invite le grand courant de l ’émigra

tion à se diriger vers la Plata , e t celui—ci s’obstin e à

re fluer vers l ’Amérique du Nord , parce que les luttes

sanglantes et les dissensions civiles qui ont j usqu’à,

ce j our éclaté sur le sol argentin , n’engagent pas le

laboureur a lui demander des épis . Ainsi , un e

puissance du .premier ordre , f ait, depuis trente ans ,les plus constants eff orts pour coloniser l ’Algérie ,elle convie les émigrants européens à . veni r s ’ins

taller dans une contrée qui est a leur porte ; eh

bien ! l ’émigration n ’arrive pas ou arrive très—peu .

Pourquoi parce qu’elle s’efi

'

arouche du régime

militaire auquel l ’Algérie se trouve encore soumise .

Comme elle est toute civile , tout agricole , la prédomi

nance du sabre lui f ait peur . Elle préf ère braver

les tempête s et f ranchir une immense mer pour aller

inonder de ses paisibles phalanges les pentes occi

dentales des montagnes rocheuses…Car, là., rien

ne gène l ’essor de son activité la liberté lui prête

ses ailes puissantes , et elle se sent, sous tous les

rapports ,dan s les conditions les plus heureuses pour

réaliser son objet, qui ne saurait être que l’

aisan ce

obtenue par le travail .Si j e ne me trompe , toutes ce s conditions se

trouvent réunies dans les contrées de l ’Amazon e .

Là, le sol est si f ertile , la température si pro

pice a la végétation qu ’en peu de.

mois on peut

voir une campagne inculte se couvrir des plus belle s

plantations de cacaoyers , de cafi ers , de coton , de

cannes à sucre , de tabac, enfin de tous les produits

les plus riches et les plus recherchés . La paix

règne dans ce pays , et son maintient est assuré au

212 HAUTE—AMAZONE .

tant par la f orce des institutions qui le dirigent que

par l ’action des gouvernements provinciaux dont la

protection est acquise à tous les colons . Mais ce

qui rend surtout excellentes les conditions de la colon isation dans l ’Amazon ie , c

’est la large part que la

Compagnie de la navigation à vapeur est appelée ayprendre . Cette Compagnie possède sur les rives del

Ama zon e plus de cent lieues de terrains des

meilleurs et des mieux situé s,dont une partie ont

été acquis de ses deniers, et le reste concédé parle gouvernement a la condition d ’y créer des colo ;

nies . Elle ne demande donc pas mieux que de

céder ces terrains à bon marché , et avec toutes

sortes de f acilité s pour les payements . Elle est

également disposée à. f aire aux colons toutes les

avances nécessaires,soit pour se procurer les ins

trumen ts aratoires , soit pour se munir des semences

et prov1s1on s indispensables . De plus , quand les

colons auront des produits a écouler, les bateaux

de la Compagnie seront à. leur service a un f ret ex

ce ssivemen t réduit .Ces bonnes dispositions ne lui sont pas , du reste ,.

gratuitement supposées . La compagnie a déjà f ait

ses preuves , et les f aits méritent d’être rapporté s

Fidèle à ses engagements , elle essaya, dès 1853,de f onder une colonie à. Man a sur le Rio - Negro ,entre Lages et la capitale de la province . Mille

colons portugais, amenés aux f rais de la Compagnie)

f urent installé s sur un magnifique terrain , dans un

quartier des plus f ertiles de la con trée . C ’es t pré

cisemen t ce qui fit le malheur de la colonie . Les

individus qui la composaient s’

apercevan t qu’ils

214 HAUTE - AMAZONE .

Elle rentre complètement ainsi dans les condition s

f aites aux émigrantspar les États - Unis,mais il y

a touj ours ce tte diff érence qu’elle leur oflÏ *e des

terres infin iment meille ures , d’un travail f acile, d

’un

produit immense et commercialement les mieux

situées que l ’on puisse dé sirer .

La question de l ’esclavage qui va scinder en

deux États rivaux la grande république de l ’Amérique du Nord , prive ra nécessairement les colonies

de l ’intérieur des débouchés que leur pré sentaient

le Mississipi et autres grands fleuves de ces lati

tudes ; —un tel danger n ’est pa s a craindre dans

le Bré sil .Le nombre des esclaves est là. in sign ifi can t ; c

’est

au travail libre que l ’Amazon ie veut confier se s

destin ées . D ’ailleurs , l’homogénéité d‘un gouve r

nemen t a imé et re specté des populations y rend àj amais impo ssible une scis sion pareille a celle qui

mena ce = le s États - Unis , et qui apporte encore plus

d ’un obstacle à la colonisation des hautes provinces

du Rio—de - la—Plata . Que les émigrants européens

le comprennent donc, surtout les émigrants de la

Sui sse et de l ’Allemagn e un e terre priviligée entre

toute s le s terres du globe , leur est off erte .; qu’ils

vien nent y planter la tente de leurs f amilles ; qu’ils

viennent confiants et nombreux, car les conditions

qu’on leur f ait sont loyales et l ’espace immense . D e

tous les points du vieux continent, où la misère est

leur partage, qu’ils se dirigent, pleins d

’ardeur , vers

le s f écondes rives de l ’Amazon e : en prenant cette

route, a travers les mers , ils prendront celle de la

HAUTE - AMAZONE . 215

tableaux statistiques suivants prouveron t

avec quelle sollicitude , et aussi avec quel bonheur,le gouvernement du Brésil s ’occupe de colonisa

tion do ses vastes provinces .

San Leopoldo ; p a s 13, de Bio - Cran de

ou Pedro ,p o une véritable mun i

cipe, Compo

”' e de stricts ou paroisses , et

Çomptaw 15 mille Sa création date de

1824 La valeur d ts qu’elle a récolté s en

1n39 s’élève à 2 mi f rancs .

Dona Francisca : Province de Santa Catharina

Colons , 2473. Elle est composée presque en entier

de protestants , et se trouve dans la situation la plus

prospere . En 1859 , elle a livré plus de 200 millef rancs de produits agricole à l ’exportation . De

puis plusieurs années elle a été dotée d’un conseil

municipal .Santa - Cruz Dans le Rio - Grande . Cette colonie

de travailleurs,presque tous allemands , a

livré a l ’exportation de 1859, une somme de pro

duits de la valeur de 2 millions 520 mille f rancs

Elle a importé pour 1 million 500 mille f rancs .

Il est donc incon testable que la voie est ouverte ;

il ne s ’agit plus que d ’y marcher avec constance , et

surtout de s ’attacher à f aire comprendre a l’émi

gration les avantages qu’elle doit trouver sur le sol

brésilien .

224

La valeur totale de l’importation pour l’année1859 s ’élève, comme l

’on voit, a la somme de

f rancs . Elle se distribue de lamanière suivante

Russie

Suède et NomégeD an emarck

Hollande

Villes An séatiques“Grande BretagneFrance

Espagne

Portugal

Belgique

Autriche

Sardaigne

Italie

Côte D ’Afrique

États - Un is

Bio - de - la - Plata

Ports du Bré sil

D iver!

frcs .

163081 00 .

.150 .

20 .114.063l

37

PRODUITS IMPORTÉS .

Valeurs des Produitsen Franc .

Huiles

Morues et autres poissons . 114 742 88 .

Boissons spritueuses

Chaussures

Viandes 11 2730 83.

Charbon de Terre

Chape aux

Cuirs

Drogues 4 .035z880 .

Farine de blé 26 107 919 .

Ferrages 19 298 450 .

Vaiss elle et Verrerie

Machines

Beurre

T isëus en Coton

en Laine“ en Fil

en SoieMelan gés

Obj ets en or et argent

Papier

Poudre

Friperie

Sel

Vins

Autres ArticlesMonnaie

87 5.

169 616 33.

55 7634 75.

.922 .

66 f rcs .

227

L’EXPORTATION sn DISTRIBUE D E LA

MANIÈRE SUIVANTE .

Valuer en Francs .

Ru ssie

Suede

D an emarck

Villes Ariséatique sBelgique

Hollande

Grande Britagn e

Fran ce 27 700 1 41 .

Espagne 2 .470 .625.

Portugal 122 22 191 ,

Autriche

S ardaigne

Turquie

Ports du Baltique

Ports de la Mediter ran ée

Ports d’

Af rique

Etâts Unis .291 .

Rio de la Plata 153241 72 .

Chili

Con sommatiom

f rcs

ron rs BBÉZ ILIENS

rar. O! n nxron rn rrox A EU LIEU .

Valeur en f rs .

B io de Janeiro

Bahia 429 59 990 .

Pemambuco 389 044 12 .

Maran hâo

Para 108 80 944 .

Bio Grande du Sud 115399 48 .

San José du Nord

Port Alegre

Uruguayan a

Santos“

10 369 983.

Paran aguâ.

Antonina

Parahiba

Fortaleza

Alagoas

S anta Catharina

S ergipe

Rio Grande du Nord

Parnahiba

f rs.

230

des prix perçus pour la remorque des navires

et l ’embouchure du Rio - Grande par les bateaux

de Jean T arran d Thomas .

1° du Sud au chenal , et vice—versa

2° du Sud au Nord

,ou vice - versa

3° du Sud, du chenal et du Nord a l’em

bouchure , ou vice—versa .

4° de l ’embouchure au dehors5° du dehors de l ’embouehure a l ’in térieur

pour une distance n’excédant pas

deux milles

6° du dehors de l ’embouchure et pour une

distance n’excédantpas deux milles

au Sud,au chenal et au Nord

7° du dehors de l’embouchure à la distance

de deux à. quatre milles

8° du dehors de l ’embouchure a la distance

de deux à. quatre milles , au Sud

au chenal e t au Nord

9° du dehors de l ’embouchure , à. la dis

tance de quatre à six milles

10° du dehors de —l’

embouchure , a la dis

tance de quatre a s ix milles, au

Sud,au chenal Îe t au Nord

360 reis équivale n t à. 1 fran c.

OBSERVATIONS

1 .

Le navire qui, a la sortie de l’embouchure , se

trouvera en péril‘

pour être échoué , battu par la me r

ou f aisant eau , et qui sera secouru et sauvé par le

vapeur,paiera 5 pour cent de la valeur de ce qui

aura été sauvé , navire , f ret et chargement . Si

toutef ois le 5 pour cent n ’atte ign ait pas à. la somme

stipulée par la deuxième observation , le consigna"

taire sera tenu de satisf aire le sieur Jean T arran d

jusqu’aconcurrence de ladite somme .

2 .

l orsque le vapeur qui aura été au secours d’un

navire se trouvant dans un de s cas ci - dessus Specifi és ne pourra, malgré ses eff orts , parvenir a le

sauver, le consignataire paiera cent mille reis pour

chaque heure de service.

3.

Le navire à. voile qui, a sa sortie ou a son entrée ,se trouvant dans une position périlleuse par déf aut

de vent ou tout autre acciden t de ce genre , deman ‘

dera le vapeur et sera secouru par lui , paiera une

double taxe par tonneau .

Le s navires de moins de cent tonneaux paieront

comme s ’ils étaient 'de cent tonneaux , et ceux

de plus de deux cent cin quante tonneaux paieront

comme s ’ils étaient de deux cent cn iquan te .

5.

Les navires qui v oudront être remorqués hisserontle pavillon de leur nation sur leurs signes d’eau

,et

ceux qui demanderont du secours , sur le mât du

milieu.

6 .

Les navires qui,après avoir demandé la re

morque , n’en useront pas

,seront tenus de payer le

même droit que s ’ils s ’en étaient servis .

Ceux qui,aprèsavoir f ait le signal pour deman

der du secours , n ’en profiteront pas, seront tenusde payer deux cent mille reis .

8 .

Les remorques des articles 1 et 2 seront cotéesau prix du tarif , seulement lorsque les remorqueurs

se trouveront au Sud ou au Nord ; mais s’ils

viennent de l ’embouehure expressément pour ce

service , il sera payé en sus 400 reis par tonneau .

9 .

Les navires qui prendront la remorque du Sud,du chenal ou du Nord pour le dehors de l ’embon

chure paieront reis par tonneau, et lorsque

les navires seront à. la voile , le remorqueur n’aura

pas le droit d’

exigér‘

un autre prix que le susdit,s ’ils ne peuvent eff ectuer leur sortie le meme jour

Secrétariat de l ’In ten dan ce de Marinede la Placé, 13mars 1851.

.me usro cru s. n o cxsr n o MENEZES,1 0 4 0 TARRAND .

Pour copie,40 2 0 f n n n crsco FERREIRA, secrétaire .

TABLE.

L1T TORAL BRESIL .

Rio Gran de

Ile San taGathau n a

Rio Jan e iro

Bahia

Pern ambuco

Parahiba

Ce arâ

Maranhäo

AMAZONIE.

Con sidera tion s prélimin aire s

Cours de l’Amazon e

Le Pororoca

Rive s de l’

Amazon e

D ebordemen ts de 1’Amazon e

Prin cipaux afflue n ts de l’Amazon e .

Can alization de l’Amazon e

Z oologie Amazon ien n e

Agriculture , Produits, Commerce

LE GRAND PARA .

D escription S ommaire du Pays.

Para

235

286

Ma‘

c apa

Gurupä

S an tarem 150

Etats judiciare , moral . etpolitique du Para 156

Force publique de terree t de mer 16 1

Hig ien e publique . Hopitaux 163

T ravaux publics 165

HAUTE - AMAZONE .

D escription e t divis ion du pays

Comarque de la Haute —Amazon e 173

T erme de Barcello s 18 0

Maue s 183

Comarque du S olimôes 184

Œ uvre s publique s . Fa its de l’

Adm1mstra t10 n 189

i n struction Publique . Mœurs de la

populatio n . Armée .

Produits

Fin an ce . Commerce

Colon isation

STATISTIQUE .

T ableau de s Colon ie s du Brésil

T ableau de s Importa tio n s e t e xportation s

de 1833- 34 à 1858 - 59

L’importation se distribue

L’imporiation a eu lieu

Produits importés

L’

exmrtatmn se distribue

Par 60 l 'exportation a eu lieu

Produits export

T arif de s t emor de l’embouchure

de Rio Gran de 32 .1 9