contribution l'tude de l'origine musulmane de la ... maupoil contribution l'tude de l'origine...

Download Contribution  l'tude de l'origine musulmane de la ...  Maupoil Contribution  l'tude de l'origine musulmane de la gomancie dans le Bas-Dahomey In: Journal de la Socit des Africanistes. 1943, tome 13. pp ...Published in: Journal Des Africanistes  1943Authors: Bernard Maupoil

Post on 09-Feb-2018

216 views

Category:

Documents

2 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • Bernard Maupoil

    Contribution l'tude de l'origine musulmane de la gomanciedans le Bas-DahomeyIn: Journal de la Socit des Africanistes. 1943, tome 13. pp. 1-94.

    Citer ce document / Cite this document :

    Maupoil Bernard. Contribution l'tude de l'origine musulmane de la gomancie dans le Bas-Dahomey. In: Journal de laSocit des Africanistes. 1943, tome 13. pp. 1-94.

    doi : 10.3406/jafr.1943.2542

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1943_num_13_1_2542

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/author/auteur_jafr_913http://dx.doi.org/10.3406/jafr.1943.2542http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1943_num_13_1_2542

  • CONTRIBUTION

    L'TUDE DE L'ORIGINE MUSULMANE DE LA

    GOMANCIE DANS LE BAS-DAHOMEY,

    PAR

    Bernard MAUPOIL.

    Voici les quelques equivalences sommaires que nous avons adoptes pour les transcriptions phontiques de la langue fon, usite dans le Bas-Dahomey.

    e ouvert ; ouvert ; son du franais tch ;. d mouill^ comparable au son franais dj ;

    if w w x

    son du franais gn ; son du franais ou ; mme son qu'en anglais ; son du franais ; son du ch allemand dur.

    la tilde nasalise les voyelles : a, , correspondent aux sons franais an, in, on; , i n'ont pas d'quivalents franais.

    Socit des Africanistes.

  • SOCIT DES AFRICAN' ISTES

    f

    . CHAPITRE PREMIER .

    LE DEVIN MUSULMAN DU BAS-DAHOMEY

    L'Alfa, son matriel. L'a divination : a) Les signes, b) Origine, c) Consultation l'aide du chapelet, d) Consultation par le sable.

    tude sommaire des signes daus leurs diffrentes positions. Correspondances. Aire de dispersion.

    Les renseignements qui vont suivre ont t donns, en 1934, par un musulman de Porto-Novo, Oseni, fils de l'Iman Kasumu, frre de l'Iman Bello, lisant et crivant (quoique incorrectement) l'arabe, et g- de soixante ans. Ses grands-parents sont venus ' (Nigeria) se fixer Porto-Novo, o naquirent leurs enfants.

    Nous tenons exprimer notre vive reconnaissance ce vieil homme, . dont la courtoisie et le dvouement ont fait notre admiration. Les informations qu'il nous a donnes ont t partiellement recoupes auprs d'un Alfa d'Abomey.

    Nous. nous sommes limit . l'tude des connaissances d'un devin de bonne classe, peu attir par la magie. Malgr la prsence d'ouvrages arabes sur la gomancie, les musulmans de la rgion ctire n'ont gure perfectionn leur savoir en ce domaine, et beaucoup de leurs devins ont fourni, semble-t-il, une importante contribution au dveloppement de la charlatanerie.

    L'Alfa. Son matriel.

    Les musulmans du Dahomey pratiquent, en contradiction avec les prceptes de l'orthodoxie1, un mode de divination comparable au Fa des non-islamiss, et sans doute parent 3. Il doit l'arabe crit une certaine immuabilit.

    1. And Allah is the unseen in the heavens and the earth, and to Him is returned the whole of the affair . . . (Sourate XI, v. 123.) The Knower of the unseen ! so He does not reveal-His secrets to any... (Sourate LXXII, v. 20.) (The Holy Qur-An,- containing the arabic text with english translation and commentary, by Maulvi Muhammad ALt, The Islamic Review Office, Woking, 1917, pp. 475 et 1126.)

    2. Au sujet du Fa, cf. notre tude : La gomancie Pancienne Cte des Esclaves, Paris, Inhtitut d'Ethnologie, d 943, t. XLII.

  • la omancii-; dans u has-daiiomky 3

    Le devin se nomme, non plus Bokon comme chez ls non-musulmans, mais Alfa, ou Alufa i ; avec plus de raffinement, ou depompe, on dit Ulamao-, mais tous ne comprennent pas ce mot. Les Haousea disent malemi3 et des Arabes de passage ont fait connatre le mot marahabi'\ Aucune cole spciale ne dcerne ce titre, que se donnent ceux qui s'en estiment dignes,- aprs un apprentissage de disciples.

    Les Alfa n'ont pas mauvaise rputation auprs des non-musulmans. Ils font des prires efficaces, dit-on, et demandent beaucoup d'argent^ du moins Porlo-Novo .

    Voici comment notre ami Oseni devint Alfa. * Au moment o nous tions enfants, nous allions l'cole qoranique,

    Porto-Novo. Nous y apprenions sommairement le Texte, mais celui qui voulait approfondir ses tudes le pouvait. Mon matre d'alors, mon Ulamao, tait mon pre. Je fus aussi sous les ordres d'un Alfa qui s'occupait d'interprter at (quivalent du mot Fa5) pour ceux qui venaient le consulter parmi les musulmans. A cette poque, l'lve d'une cole qoranique ne devait pas nommer son Alfa ; mais cet usage se perd. Au nombre de ses lves, ~ matre m'estimait beaucoup, et il m'invitait rgulirement l'accompagner dans ses sorties. De l, peu peu, ma vint la connaissance, car je le vis souvent oprer; mais mon but initial et essentiel fut d'apprendre le Qoran.

    Quand j'eus retenu la leon du matre, j'employai mes connaissances la maison, sans aller au dehors, et des camarades venaient me voir. Personne ne me consacra, ne me fit passer d'examen.

    D'ailleurs, nous avons moins faire que les prtres de Fa, les Bohono : aprs avoir trac les signes dans le sable, la plupart des devins musul- mans se bornent ouvrir un ou plusieurs livres o se trouvent les expli*

    cations donner. * Mon Alfa tait un Toucouleur, du Futa Torj, et ces vnements se pas*

    saient peu aprs la conqute coloniale du Bas*Dahomey. Il revenait de La Mecque ; c'tait sa premire venue en notre pays. Loraque je ren

    1. D'aprs M. Delafosse, Manuel Dahomen, Grammaire, Chreslomalhie, Dictionnaire franais-dahomen et , dahomen-franais, Paris, E. Leroux, 189't, chap. X, p. 133, Alfat pron. parfois Alufa, est le mot arabe *. -^, alli, confdr, uni par le serment , du verbe v. ,1., jurer.

    2. Ar. /Jb alim, savant, rudit, plur. *Uift ulama. 3. Dform en mala, Porto-Novo. Ar. Jx* moudllim, le matre, celui qui

    enseigne. 4. Ar. ^jj* mourabbin, l'ducateur, celui qui apprend la morale ; ou ^

    moutarahib, celui qui se voue au culte de Dieu. 5." Ar. J** 1 e/ ati, l'avenir, le futur.

    v

    '-*

  • 4 SOCIT DES AFRICANISTES >

    contrai pour la premire fois celui qui devait devenir mon matre, il arrivait de Lagos. Je crois qu'il avait appris consulter dans le Futa ; du moins le disait-il. Il passa cinq ans au Dahomey, puis s'en fut .

    Les instruments dont l'Alfa se sert pour ses prdictions sont en nombre trs restreint. Il n'a pas- de. Fatz, ni agmaga comme les prtres de Fa1; il n'a pas de Fagbaji2, ni de noix consacres ; il ignore le kpoli, symbole de l'me rvle, et les rites du bois sacr de Fa. Fay non seulement n'est pas pour lui un vodu (divinit) personnel, mais n'est mme pas un vodu tout court. C'est un moyen de connatre ce qui est cach.

    En tout et pour tout, il se sert : de sable, qu'il tend sur un mouchoir blanc ; de son chapelet, lorsqu'il n'y a pas de sable ; selon son degr d'rudition ou de conscience professionnelle, d'un ou de plusieurs manuels o il cherche, crites en arabe, les rponses donnes par*ie signe dcouvert, dans le sable ou grce au chapelet. Il lit ces rponses au consultant.

    Il est loisible de comparer les procds mis en uvre par l'Alfa et par le prtre de Fa : le premier inscrit ses signes dans le sable ou jette son chapelet de prire; le second inscrit les signes dans la poudre der sa tablette oujetle-son agttmaga. Mais les objets employs par l'Alfa ne prsentent aucune spcialisation l'usage exclusif de la gomancie. Le sable et le mouchoir peuvent tre de n'importe quelle provenance.

    L'usage du mouchoir est facultatif : il permet de. ramasser, le sable plus facilement. Quelques Alfa s'efforcent de convaincre les clients crdules que le sable ainsi transport a une valeur, particulire ; il en est mme qui rduisent des tessons de bouteille en poussire, pour tonner la pratique. En ralit, l'Alfa prend tel sable qui lui plat, s'installe dehors, ou dedans, tel endroit de son choix. Il prfrera un endroit propre, et oprera sans autre complication. Si Oseni, venant de Porto-Novo nous, voir Cotonou, allait ramasser quelques poignes de sable au bord de la mer, c'tait seulement par raison "de propret ou d'esthtique.

    Dans les fonctions d'Alfa, il n'y. a pas sacerdoce, mais mtier. .11 n'y a pas exercice d'un culte, mais paiement d'un service. Ati, selon la dfinition d'un Alfa, est un moyen ali en langue fon : une route que Dieu (Jihweyzhive) a donn certains hommes pour gagner leur vie en . rvlant des secrets leur prochain. On remarque nanmoins, et cela va de soi, que les consultants prfrent s'adresser des Alfa lettrs, et dont la vie est difiante.

    1. Tablette et chapelet divinatoires. 2. Sanctuaire du prtre Fa. Cf. notre tude prcite.

  • LA GOMANCIE DANS LE BAS-PAHOMEY

    La divination.

    Les Alfa les plus cultivs ne font pas de consultations pour eux-mmes, Dans ce cas, en effet, dit Osem, nous serions astreints h suivre la loi des signes, et transgresser celle du vrai Dieu, qui est le Qoran. Nous nous bornons donc consulter pour autrui. Lorsque nous nous trouvons nous-mmes dans l'embarras, nous disons des prires, et, pendant notre sommeil, Dieu nous rvle ce qui doit arriver .

    a) Les signes.

    Les seize signes tracs dans le sable par les Alfa possdent, le mme groupement d'indices que les signes majeurs des devins Bokon.

    Al kausaji. ^~> jJ3\ el kausadj,

    . qui a la barbe rare (motempruntaupersan).

    U tuba dahilL LlJjJJ iusaJI el otba ed dkhila, le seuil- intrieur (= de l'entre).

    Atzriki:

    . aj JJS et tariq. le chemin, l route.

    Al humura. el homra.

    la rougeur.

    Nasara haraji. _. . Lsrt V^ nasr el kharidj,

    , la victoire sortante.

    10

    Adaika. ^\ ed dahik,

    . " . le rire. ,

    . .Al bayada.

    . . o LJ el bayad1

    . . la blancheur.

    . Kabula'haraji. . . - jUJ \ ja^'el qabd el

    kharidj, . . la poigne entrante.

    .