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Sanctions

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Omar Barghouti

BoycottDésinvestissement

SanctionsBDS contre l’apartheid

et l’occupation de la Palestine

traduit par Etienne Dobenesque et Catherine Neuve-Église.

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© La Fabrique éditions, 2010Conception graphique :Jérôme Saint-Loubert BiéImpression : Floch, MayenneiSBn : 978-2-35872-007-6

Les droits d'auteur de ce livre serontreversés, conformément au souhaitd'Omar Barghouti, à PalestinianCampaign for the Academic andCultural Boycott of israel (PACBi).

La Fabrique éditions64, rue Rébeval75019 [email protected] : Harmonia Mundi

La publication de ce livre vient combler une lacune. Ledébat sur le boycott, le désinvestissement et les sanctionscontre la politique israélienne, dans les territoires occu-pés et en Israël même, se développe dans le mondeentier. Lancé par des organisations populaires palesti-niennes, repris par des intellectuels israéliens critiques,il atteint désormais des pays aussi divers que la Nor-vège, l’Australie, les États-Unis ou l’Afrique du Sud.Sur ce débat, le public français est jusqu’ici mal informé.Nous pensons que les textes d’Omar Barghouti réunisdans ce volume donnent sur cette question un éclai-rage qui sera nouveau pour bien des lecteurs. Leurpublication est faite au nom de la liberté d’expressionet du droit du public à une information indépendante.

Les éditeurs

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Sommaire

IntroductionBDS : Quoi ? Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? — 7

Apartheid israélien : l'heure de la réponse sud-africaine — 38

Israël / Afrique du Sud : réflexions sur le boycott culturel — 57

Sur la responsabilité morale des universitaires dans les situations d'oppression — 60

Juste des intellectuels ou des intellectuels justes ? — 73

Liberté contre « libertés académiques».Le boycott de l'AUT — 80

Alors comme ça, tu sais danser ? — 94

À bas l'apartheid en Afrique du Sud, vive l'apartheid en Israël ! — 99

Afrique du Sud et Israël : deux poids, deux mesures à l'UNESCO — 103

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Nos besoins réels :une réponse aux arguments anti-boycott — 109

Faire dérailler l'injustice : la résistance civile palestinienne au tramway de Jérusalem — 116

«Les boycotts marchent» :entretien avec Ali Mustafa — 135

Plus jamais contre ! La complicité de l'Europe dans le long génocide israélien — 149

Boycotter les produits des colonies israéliennes :tactique et stratégie — 155

Notre moment sud-africain est arrivé — 160

ConclusionBDS : maintenant ou jamais — 175

Annexe IAppel de la société civile palestinienne au boycott, au désinvestissement, et aux sanctions contre Israël jusqu’à ce qu’il applique les lois internationales etles principes universels des droits de l’homme — 182

Annexe IIAppel au boycott universitaire et culturel d’Israël — 185

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introductionBDS : Quoi ? Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?

Le lecteur s’attendrait certainement à ce que je m’entienne dans cette introduction à un certain ordre con-sacré en commençant par planter le décor et en offrantquelques aperçus séduisants du contenu de ce recueild’essais. Toutefois, fidèle à ma réputation de non-con-formiste, je répondrai tout d’abord à la question :pourquoi maintenant?

Pourquoi maintenant?

La terrible réalité de la situation sur le terrain enPalestine occupée fait du boycott total d’Israël et desinstitutions complices non seulement une obligationmorale, mais aussi une nécessité politique urgentepour empêcher le génocide et une explosion in -contrôlable de l’ensemble du système géopolitiquemoyen-oriental. L’Appel de la société civile palestini-enne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanc-tions (BDS) vise à empêcher la généralisation du chaoset à mettre Israël devant ses responsabilités en regarddu droit international et des principes universels desdroits de l’homme, dans un souci de liberté, de jus-tice et de paix durable.Par conséquent, compte tenu de la complicité pro-

fonde de l’Occident dans le maintien du système decolonisation et d’apartheid auquel Israël soumet lepeuple palestinien, BDS participera inévitablement

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au défi lancé par le mouvement social mondial àl’hégémonie néolibérale occidentale et à la tyranniedes multinationales. En ce sens, le boycott palestiniencontre Israël et ses soutiens joue un rôle limité maisessentiel dans les luttes internationales contre l’in-justice, le racisme, la pauvreté, les dégradations del’environnement, l’oppression de genre, entre autresfléaux sociaux et économiques. Réfléchissant sur cettedimension du mouvement BDS, le journaliste etécrivain John Pilger écrit :

La mascarade du sommet sur le climat de Copen-hague a confirmé l’existence d’une guerre mondi-ale menée par les riches contre la plus grandepartie de l’humanité. Elle a également fait lalumière sur une forme de résistance qui n’a sansdoute jamais été aussi florissante : un interna-tionalisme conjuguant justice pour la planète, droitsde l’homme universels et justice pénale pour ceuxqui envahissent et exproprient en toute impunité.Et les meilleures nouvelles viennent de Palestine.[…] Pour Nelson Mandela, la justice pour les

Palestiniens est “la plus grande question moralede notre temps”. L’Appel de la société civile pales-tinienne pour le boycott, le désinvestissement etles sanctions (BDS) fut lancé le 9 juillet 2005, pour-suivant de fait le grand mouvement non-violentqui gagna le monde et mit à bas l’édifice de l’a-partheid sud-africain1.

Lorsque la phase la plus dure de l’actuel siège de labande de Gaza commença en juin 2007, juste aprèsque le Hamas y eut soustrait le «pouvoir» à une fac-tion du Fatah soutenue par les Israéliens et lesAméricains, peu d’experts des droits de l’homme etdu droit international furent capables d’analyser pré-cisément les véritables motifs et les objectifs poli-

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tiques qui se cachaient derrière cette forme si man-ifestement illégale et immorale de punition collec-tive. Ils furent moins nombreux encore à pouvoirprédire les conséquences à long terme que ce siègedevait avoir sur le million et demi de Palestiniensentassés dans ce qui fut décrit à juste titre commela plus vaste prison à ciel ouvert du monde. RichardFalk, grand spécialiste du droit international et rap-porteur de l’ONU pour les droits de l’homme dans leterritoire palestinien occupé fut l’un d’entre eux. En2007, il écrivit :

Est-ce une exagération irresponsable que d’associerle traitement infligé aux Palestiniens avec le pal-marès criminel d’atrocités collectives perpétréespar les nazis ? Je ne le pense pas. Les derniersdéveloppements dans la bande de Gaza sont par-ticulièrement dérangeants précisément parce qu’ilsexpriment une intention absolument délibérée, dela part d’Israël et de ses alliés, de soumettre unecommunauté humaine entière à des conditions met-tant sa vie en danger avec la plus extrême cruauté.La suggestion que ce type de comportement est enréalité un holocauste en devenir représente unappel quasi désespéré, adressé aux gouvernementsdu monde entier ainsi qu’à l’opinion publique inter-nationale, leur demandant d’agir urgemment afind’empêcher que ces tendances génocidaires ne cul-minent dans une tragédie collective. À supposerque l’éthos d’un “devoir de protection”, récemmentadopté par le Conseil de sécurité de l’ONU commefondement des “interventions humanitaires”, aitune applicabilité, il consisterait à agir immédiate-ment afin de commencer à protéger la populationde Gaza contre de nouvelles douleurs et de nou-velles souffrances2.

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Falk n’évoquait pas seulement le siège hermétique etsa cruauté, il prédisait le lent génocide qui s’est pro-duit à la suite du blocus et de la guerre d’agressionisraélienne de décembre 2008-janvier 2009 qui l’aaggravé. De bons indicateurs de l’étendue des crimescommis par Israël à Gaza furent révélés dans le rap-port de la «Mission d’établissement des faits de l’ONUsur le conflit [sic] de Gaza», dirigée par le juge sud-africain Richard Goldstone, qui est par ailleurs unsioniste avec des attaches en Israël. Dans ses conclu-sions accablantes, le Rapport Goldstone affirme [noussoulignons]3 :

1688. Il est évident au vu des preuves rassembléespar la Mission que la destruction des sites de stock-age de nourriture, des systèmes d’assainissement del’eau, des usines de béton et des habitations rési-dentielles est le résultat d’une politique délibéréeet systématique des forces armées israéliennes.Elle ne fut pas menée à bien parce que ces objectifsreprésentaient une menace militaire mais pour ren-dre la vie quotidienne, et la vie dans des conditionsdignes, plus difficile pour la population civile.1689. Outre la destruction systématique des

ressources économiques de la bande de Gaza, ilsemble aussi qu’il se soit agi de porter atteinteà la dignité des personnes. Cela s’est manifesténon seulement dans l’usage de boucliers humainset dans les détentions illégales, parfois dans desconditions inacceptables, mais aussi dans la van-dalisation de maisons encore occupées et dansla manière dont les gens étaient traités lorsqu’onentrait chez eux. Les graffitis sur les murs, lesobscénités et les slogans souvent racistes con-stituèrent une image d’ensemble d’humiliationet de déshumanisation de la population pales-tinienne.

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1690. Les opérations furent soigneusement plani-fiées dans toutes leurs phases. Des avis et des con-seils juridiques furent donnés tout au long desphases de préparation et à un certain niveau opéra-tionnel au cours de la campagne même.Il n’y eut presque aucune erreur selon le gou-vernement israélien. C’est dans ces circonstancesque la Mission conclut que ce qui s’est produit pen-dant tout juste trois semaines à la fin 2008 et audébut de 2009 fut une attaque délibérément dis-proportionnée conçue pour punir, humilier et ter-roriser une population civile, diminuerdrastiquement sa capacité économique locale detravailler et de pourvoir à ses propres besoins, etlui imposer avec toujours plus de force une impres-sion de dépendance et de vulnérabilité.

Bien que le rapport de l’ONU, adopté par le Conseil desdroits de l’homme à une confortable majorité malgréles objections hypocrites des États-Unis, de l’UnionEuropéenne et d’Israël, demande à Israël – et au gou-vernement du Hamas à Gaza, non reconnu – d’«ouvrirles enquêtes nécessaires, indépendantes et conformesaux normes internationales», il tempère immédiate-ment ses espoirs de voir Israël capable ou désireux defaire une telle chose4 :

1755. La Mission est absolument convaincue que lajustice et le respect du droit sont le fondement néces-saire de la paix. La situation d’impunité prolongéea créé une crise de la justice dans les territoirespalestiniens occupés qui empêche toute action.1756. Après avoir passé en revue le système

israélien d’enquête et de poursuites pour les vio-lations graves des droits de l’homme et du droithumanitaire, en particulier en cas de soupçon decrimes de guerre ou de crimes contre l’humanité,

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la Mission a mis à jour des vices structurels majeursqui rendent ce système non conforme, selon elle,aux normes internationales. Les “débriefings opéra-tionnels” militaires étant au cœur de ce système,il est dépourvu de tout mécanisme d’investigationefficace et impartial et les victimes de ces violationsprésumées sont privées de tout recours efficace ourapide. En outre, ces enquêtes demeurant internesà l’autorité militaire israélienne, elles ne respectentpas les exigences internationales en matièred’indépendance et d’impartialité.

La seule conclusion qu’on peut en tirer est qu’Israëldoit répondre de ses actes devant la Cour Pénale Inter-nationale. Cela n’en devient que plus évident lorsqu’onexpose les autres dimensions génocidaires de la guerreet du siège de Gaza, plus fatales à long terme.Le fait de viser systématiquement les équipements de

distribution et d’assainissement de l’eau a encoreaggravé « un déni grave et prolongé de la dignitéhumaine», selon le coordinateur humanitaire de l’ONUdans les territoires palestiniens occupés, Maxwell Gay-lard, provoquant un «rapide déclin des conditions devie des [Palestiniens] de Gaza, caractérisé par uneérosion des sources de revenus, la destruction et ladégradation des infrastructures de base et une baissemarquée de la prestation et de la qualité des servicesvitaux que sont la santé, l’eau et l’assainissement5. »Un rapport d’Amnesty International sur la politique

délibérée menée depuis longtemps par Israël pourentraver l’accès des Palestiniens à leurs ressourceshydrologiques a récemment éclairé un aspect parti -culièrement funeste des desseins d’Israël à l’égard dumillion et demi de Palestiniens de la bande de Gaza.«À Gaza, affirme le rapport, 90 à 95 pour cent de l’eaudistribuée est polluée et impropre à la consommation6.»Le rapport cite une étude plus ancienne du Programme

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des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) quiétablit un lien entre la pollution des ressourceshydrologiques de Gaza et un taux de nitrate dans lesnappes phréatiques «dépassant largement les seuilsd’acceptabilité de l’OMS», provoquant une maladie dusang chez les jeunes enfants et les nouveau-nés, laméthémoglobinémie, ou syndrome du « bébé bleu ».Des symptômes de cette maladie – « cyanose sur lesmains, les pieds et autour de la bouche», « épisodesde diarrhée et de vomissement » et « perte de con-science» – ont été détectés chez les bébés gazaouis. Àun niveau de pollution au nitrate supérieur, conclut lerapport, «elle peut entraîner la mort7».La pollution provoquée par l’attaque et le siège de

Gaza ne se limite pas aux ressources hydrologiques.La pollution du sol est tout aussi dangereuse. Un groupede scientifiques et de médecins indépendants du NewWeapons Committee, une organisation basée en Italiequi étudie les effets des nouvelles armes sur les popu-lations civiles des zones de guerre, a mené une étude8

sur l’utilisation par Israël d’«armes non-convention-nelles» et leurs «effets à moyen terme» sur les habitantsdes zones de Gaza qui ont été bombardées à deuxreprises. Le rapport montre que les «bombardementsisraéliens de 2006 et de 2009 sur Gaza ont laissé unehaute concentration de métaux toxiques dans le sol quipeuvent provoquer des tumeurs, des troubles de la fer-tilité et avoir des conséquences graves sur les nouveau-nés, difformités ou maladies génétiques notamment.»Dans un rapport intitulé Rain of Fire: Israel’s Unlaw-

ful Use of White Phosphorus in Gaza («Pluie de feu :l’utilisation illégale du phosphore blanc par Israël àGaza9»), Human Rights Watch confirme qu’Israël adélibérément visé des civils avec des conséquencesdésastreuses. On peut y lire que l’armée israéliennea «fait exploser à de multiples reprises des munitionsau phosphore blanc au-dessus de zones densément

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peuplées, tuant et blessant des civils et endommageantdes structures civiles, notamment une école, unmarché, un entrepôt d’aide humanitaire et un hôpi-tal», et que l’usage récurrent et systématique de cettearme mortelle «relève du crime de guerre».Le 20 décembre 2009, à l’appui de ces constatations

des organisations de défense des droits de l’hommeet des agences de l’ONU sur l’impact des attaquesisraéliennes à Gaza, l’Association de défense des droitsde l’homme Al Dameer publia un mémorandum10 surles conséquences pour la santé et l’environnement del’usage généralisé de matières toxiques et radioac-tives prohibées tout au long de l’attaque contre Gaza.Parmi les effets tragiques à long terme du choix deces munitions et des cibles (quartiers à forte densité depopulation civile, comprenant des écoles et parfoismême des abris de l’ONU), le document insiste plusparticulièrement sur l’augmentation «dramatique»des cancers – notamment chez les enfants – et desdéfauts de naissance et des avortements, « notam-ment à Jabaliya, Beot Lahia et Beit Hanoun, zones quiont subi les attaques israéliennes les plus brutales».Soulignant l’impact considérable de ces armes tox-iques et radioactives sur la fertilité des hommes, lerapport prévient que cette détérioration globale del’état de santé des habitants de Gaza est «un désastrepour les générations futures » et demande que des«mesures sérieuses» soient prises afin de «faire pres-sion sur Israël pour qu’il lève le siège».Ces crimes qui, pour la plupart, sont encore per-

pétrés aujourd’hui, ne se produisent pas dans le vide.Ils sont le produit d’une culture d’impunité, de racismeet de tendances génocidaires qui se sont imposéesdans la société israélienne, en imprègnant le discoursdominant et le « sens commun », dès lors qu’elleaborde le « problème palestinien». Ainsi, plusieurssemaines après la fin des attaques israéliennes, des

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témoignages de soldats qui ont participé aux mas-sacres de Gaza ont été publiés11. Bien qu’ils nereprésentent que la partie émergée de l’iceberg, ilsnous offrent un rare aperçu de la mentalité qui prévauten Israël sur les Palestiniens et la meilleure manièrede « s’occuper d’eux ». L’importance de cestémoignages est soulignée par le fait que l’arméeisraélienne demeure une «armée du peuple» reposantsur le principe du service militaire obligatoire pourles hommes et les femmes, si bien que l’armée estconsidérée depuis longtemps comme une fidèlereprésentation d’un large spectre de la société.Sur l’ordre qui avait été donné de tuer les civils dans

les immeubles et les quartiers d’habitation, un soldatraconte : « En haut, ils disaient que c’était permispuisque tous les gens qui restaient dans le secteur etdans la ville même de Gaza étaient de fait considéréscomme des terroristes, puisqu’ils n’avaient pas fui.»Un autre raconte la façon dont une vieille dame

palestinienne a été tuée délibérément : « Un com-mandant a vu quelqu’un arriver sur une route, […]une vieille dame. Elle marchait le long de la route,assez loin, mais assez proche pour la descendre. […]Si elle était suspecte ou pas, j’en sais rien. Pour finir,il a envoyé des gens sur le toit pour qu’ils la descen-dent avec leurs armes. Quand j’ai entendu le récit,j’ai juste eu l’impression d’un meurtre de sang-froid.»Quand on lui a demandé pourquoi ils l’ont abattuealors même qu’ils avaient reconnu en elle une vieillefemme qui ne représentait aucune menace, le soldatrépondit : «C’est ce qui est si bien, soi-disant, à Gaza:vous voyez quelqu’un sur le bord de la route, quimarche le long d’un sentier. Vous n’avez pas besoinqu’il soit armé, vous n’avez pas besoin de l’identifierà quoi que ce soit, vous pouvez l’abattre comme ça.»Un soldat de la Brigade Guivati explique pourquoi

un collègue tireur d’élite qui a délibérément visé une

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mère et ses deux enfants, les tuant tous les trois, nes’en voulait «pas tant que ça» : «Après tout, pour sapart, il a fait son boulot conformément aux ordresqu’il a reçus. Et l’atmosphère en général, d’après ceque j’ai compris en parlant avec la plupart de meshommes… Je ne sais pas comment la décrire… La viedes Palestiniens, disons qu’elle est beaucoup, beau-coup moins importante que la vie de nos soldats.»Le grand journaliste israélien Gideon Levy12 explique

ce phénomène comme « l’aboutissement naturel» dumeurtre de milliers de Palestiniens au cours des neufdernières années, «dont près de 1000 enfants et ado-lescents» :

Tout ce que les soldats ont décrit de Gaza, absolu-ment tout, s’est passé pendant ces années sanglantescomme s’il s’agissait d’événements de pure routine.C’est le contexte, non le principe, qui était différent.Une armée dont les corps blindés ne sont encorejamais tombés sur un tank ennemi et dont les pilotesn’ont encore jamais eu à faire face à un avion decombat ennemi en 36 ans a été entraînée à penserque la seule fonction d’un tank est d’écraser desvoitures civiles et que le boulot d’un pilote et debombarder des quartiers résidentiels. Pour faire cela sans scrupules inutiles, nous avons

entraîné nos soldats à penser que la vie et les biensdes Palestiniens n’ont absolument aucune valeur.Cela fait partie d’un processus de déshumanisa-tion qui perdure depuis des dizaines d’années, undes effets de l’occupation.

Pendant la guerre israélienne contre Gaza, les rab-bins sionistes fondamentalistes ont joué un rôle sansprécédent13 dans la mobilisation des soldats, appelésà «se montrer sans pitié» envers les Palestiniens deGaza, en se fondant sur des interprétations populaires

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– et néanmoins fanatiques – de la loi juive justifiantle génocide des Gentils sur la «Terre d’Israël» dansle cas des guerres de « revanche » ou de nécessité,termes qui qualifient par définition toutes les guerresmenées par Israël. L’universitaire et défenseur desdroits de l’homme Israël Shahak14, aujourd’hui décédé,fut parmi les tout premiers à insister sur cette dimen-sion cruciale qui fut volontairement laissée de côtépar la plupart des analystes, comme si le fondamen-talisme juif était moins dangereux ou devait être tolérédavantage que le fondamentalisme islamiste, chré-tien, hindou ou autre.

Il est essentiel de noter que les interprétations de laHalacha, ou loi juive, justifient ouvertement les mas-sacres15, et même le génocide (le massacre de civils nonjuifs, y compris les enfants), dans le cas de ce qui estdésigné comme une « guerre de revanche», ou une«guerre nécessaire». Une guerre de nécessité, selonles enseignements des fondamentalistes, doit être menéecontre l’ensemble de la population «ennemie», sansépargner personne. La seule limite porte sur les actessusceptibles d’infliger davantage de dommages à lacommunauté juive en retour. Si le massacre de 10000Gentils, mettons, devait provoquer des dégâts en Israëlplus lourds que les «bienfaits » visés, il devrait êtreévité. C’est là la seule préoccupation de ces enseigne-ments religieux fanatiques, mais extrêmement popu-laires, qui occupent actuellement une placeprédominante dans la communauté religieuse sionisteen Israël et ailleurs, et qui se sont infiltrés de diversesmanières dans l’opinion publique israélienne.

Et bien entendu, toutes les guerres menées jusqu’àprésent ont été perçues par une très large majoritédes Juifs d’Israël, y compris par le «mouvement dela paix» traditionnel, comme des «guerres de néces-

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sité». Cette représentation ne commença à se fissurerqu’après plusieurs semaines de la guerre du Liban de2006, avant tout parce que les pertes subies par l’ar-mée israélienne étaient beaucoup plus lourdes – selonles calculs des fondamentalistes juifs, bien sûr – que les«bienfaits» du massacre de civils libanais. Alors seule-ment la guerre souleva une réprobation assez généraledans l’opinion.Mais à Gaza, la situation était différente. La résis-

tance armée palestinienne ne pouvait guère luttercontre une armée israélienne équipée de la toutedernière technologie militaire américaine et bénéfi-ciant du soutien diplomatique, financier et politiquedes États-Unis. Le bilan des victimes extrêmementdéséquilibré de part et d’autre garantit un soutienécrasant à la guerre dans l’opinion publique israéli-enne. De nombreuses personnalités qui se disaientpar ailleurs progressistes, voire de gauche, applaudi-rent les massacres commis par leur armée, retransmisen direct à la télévision. Si c’était vrai de presque tousles secteurs de la société israélienne, le fanatismeraciste ne s’exprimait peut-être nulle part aussifranchement que dans l’armée même.Les bataillons de l’armée rivalisaient pour dessiner

les tee-shirts les plus outrageusement racistes. Le quo-tidien israélien Haaretz16 en publia quelques spéci-mens. Un tee-shirt des snipers de l’infanterie «portel’inscription “mieux vaut utiliser des Durex” à côtéd’un dessin représentant un bébé palestinien mort,entouré de sa mère en larmes et d’un ours enpeluche». Un autre tee-shirt des tireurs d’élite de laBrigade Guivati «montre une Palestinienne enceinteavec une cible dessinée sur son ventre surmontée del’inscription, en anglais, “1 shot, 2 kills” (“1 balle, 2morts”) ».Plusieurs dessins représentant des mosquées en

ruine et qui rappellent tristement les dessins anti-

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sémites de l’Europe des années 1930, révèlent de pro-fondes tendances islamophobes.Un autre dessin montrant un soldat en train de vio-

ler une Palestinienne porte l’inscription «Pas de vierges,pas d’attaques terroristes».Selon la sociologue israélienne Orna Sasson-Levy17,

ce phénomène illustre «un processus de radicalisa-tion qui touche tout le pays et dont les soldats sont àl’avant-garde. […] Il y a cette idée que le Palestinienn’est pas une personne, un être humain qui a desdroits, ajoutait-elle, et qu’on peut donc lui faire n’im-porte quoi».Les analystes israéliens de la «gauche» sioniste qui

essayent d’expliquer l’importance du racisme et destendances génocidaires chez les Israéliens en lesdécrivant comme un phénomène relativement nou-veau, une entorse aux bons vieux principes de pro-gressisme éclairé ou le signe d’un effondrement moral,ont tous quelque chose en commun: ils trahissent lesmêmes symptômes d’amnésie sélective que ceux dedroite. Ils ignorent délibérément le fait que la créa-tion même d’Israël est le résultat d’un nettoyage eth-nique massif, de massacres, de viols, de la destructiongratuite de centaines de villages et du déni absolu desdroits fondamentaux des Palestiniens indigènes quifurent expropriés et exilés et de ceux qui sont restésmalgré toutes les tentatives pour annihiler leur exis-tence en tant que peuple avec une identité propre. Ilsoublient aussi commodément que les colons ont tou-jours considéré les indigènes comme des humainsrelatifs18, qui ne peuvent donc prétendre aux mêmesdroits que des êtres «pleinement» humains.Les experts en droit international se sont demandés

si les crimes d’Israël à Gaza, qui correspondent engrande partie à la définition que l’ONU donne du géno-cide, sont commis délibérément – condition nécessairepour les considérer comme un génocide à part entière.

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Pendant que les avocats continuent à en débattre, les«humains relatifs» de Palestine sont soumis à ce qu’ilest difficile de ne pas ressentir comme un génocide. Denombreux bébés palestiniens continuent de naître défig-urés, «bleus» ou condamnés à l’anémie, aux troublesde la croissance et à une vie brève et douloureuse dansle camp de prisonniers de Gaza. Le sol et l’eau pales-tiniens sont toujours volontairement pollués, à Gazamais aussi en Cisjordanie occupée. 1,5 million de Pales-tiniens sont toujours privés des moyens de subsistancede base. Des patients souffrant de maladies chroniquesou de toutes sortes de mala dies guérissables meurentà petit feu, loin des projecteurs des grands médias. Ledéplacement forcé des Palestiniens n’a pas cessé depuisla Nakba, les dernières campagnes à Jérusalem et danssa région, mais aussi dans le Naqab (Negev), témoignantmême d’une nette intensification. La fragmentation dupeuple palestinien en une multitude de communautésisolées, de façon à détruire sa cohésion nationale etsociale, s’accélère.En bref, les Palestiniens ne peuvent pas attendre.

Israël n’est plus «seulement» coupable d’occupation, decolonisation et d’apartheid. Il s’est lancé dans la phasefinale de sa tentative d’évaporation, littéra lement, du«problème palestinien». Et cela en toute impunité, etavec la complicité des gouvernements occidentaux, del’ONU, des États arabes comme l’Égypte, la Jordanieet l’Arabie saoudite, et de l’Autorité palestinienne nonélue mise en place par les États-Unis à Ramallah. Lemonde ne peut pas continuer à regarder les brascroisés. C’est pourquoi : BDS, et BDS maintenant!Le dernier bain de sang commis par Israël à Gaza

et les deux ans et demi de siège du territoire ont provo-qué une réelle transformation de l’opinion publiquemondiale sur les politiques israéliennes. Les imagesdéchirantes des bombes au phosphore israéliennesrépandues au-dessus de quartiers densément peuplés

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et des refuges de l’ONU bombardés ont déclenché desinitiatives de boycott et de désinvestissement dans lesdomaines économique, universitaire, sportif et cul-turel. L’ancien président de l’Assemblée générale desNations Unies, le père Miguel D’Escoto Brockman,l’archevêque Desmond Tutu, des artistes, des écrivains,des universitaires et des cinéastes, des groupes juifsprogressistes, des syndicats et des fédérations de tra-vailleurs, des organisations religieuses et étudiantesont tous soutenu à des degrés divers une logique desanctions, convaincant nombre de Palestiniens quenotre moment sud-africain était enfin arrivé.En février 2009, plusieurs semaines après la fin de

l’assaut israélien contre Gaza, la South African Trans-port and Allied Workers Union a accompli un gestehistorique en refusant de décharger un bateau israéliendans le port de Durban. En avril, le Scottish TradeUnion Congress suivit l’exemple de la fédération desyndicats sud-africaine COSATU et de l’Irish Congressof Trade Unions en choisissant d’adopter BDS. En mai,l’University and College Union (UCU), qui représenteprès de 120000 universitaires britanniques, appelalors de son congrès annuel à l’organisation d’une con-férence intersyndicale sur BDS pour parler des mesuresjuridiques et concrètes nécessaires à la mise en placedu boycott. En Grande Bretagne toujours, le TradesUnion Congress (TUC), qui représente 6,5 millions detravailleurs, a adopté un boycott sélectif d’Israël.En septembre dernier, le fonds de pension du gou-

vernement norvégien, le troisième mondial, a inter-rompu ses investissements dans une entrepriseisraélienne qui fournissait des équipements pour lemur, déclaré illégal par la Cour Internationale de Jus-tice. Peu de temps après, un ministre espagnol a exclud’un concours universitaire une équipe israéliennereprésentant une faculté construite illégalement surun territoire palestinien.

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Dans le domaine de la culture, une cinquantaine depersonnalités comme Alice Walker, Danny Glover, JohnBerger, Ken Loach, Naomi Klein et John Greyson, pub-lièrent une tribune19 en septembre pour dénoncerl’hommage rendu à la ville de Tel-Aviv par le FestivalInternational du Film de Toronto, dans laquelle ilsaffirmaient que « l’utilisation d’un festival interna-tional si important pour mettre en scène une cam-pagne de propagande en faveur d’un régimed’apartheid» était un acte de complicité hautementcondamnable.En France, où l’idée de BDS a eu plus de mal à s’im-

poser qu’ailleurs, des syndicats comme la Fédérationsyndicale unitaire (FSU), le plus grand syndicat defonctionnaires avec 163000 membres, ou Solidaires,ont adopté le boycott d’Israël. Plus récemment, l’AU-RDIP (Association des Universitaires pour le Respectdu Droit International en Palestine) a lancé une cam-pagne de boycott universitaire20 pour relayer la Cam-pagne palestinienne pour le boycott universitaire etculturel d’Israël (PACBI)21.Aux États-Unis, une grande conférence sur BDS fut

organisée par des organisations étudiantes au Hamp-shire College à la suite des succès historiques rem-portés par les comités étudiants de solidarité avec laPalestine qui sont parvenus à faire pression sur l’ad-ministration de leurs universités pour qu’elles cessentd’investir dans des entreprises qui profitent de l’oc-cupation israélienne.Dans une déclaration au Conseil des droits de

l’homme de l’ONU le 23 mars 2009, Richard Falk com-menta cette progression apparemment inexorable deBDS dans le monde22 :

La réaction de l’opinion publique mondiale auxopérations militaires israéliennes a pris la formed’une recrudescence des initiatives civiques qui

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peuvent être comprises comme des composantesd’une campagne mondiale de boycott et de désin-vestissement qui a pris des formes diverses ; cedéveloppement revient à mener «une guerre delégitimité» contre Israël sur la base de son inca-pacité à traiter le peuple palestinien conformé-ment au droit humanitaire international.

Pourquoi? Comment?

L’Appel BDS, lancé en juillet 2005, a été soutenu parune écrasante majorité des organisations palesti -niennes. Ancré dans une longue tradition de résistancepopulaire non-violente en Palestine et largement inspiréde la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, il se fondesur le principe de droits de l’homme universels, commele mouvement des droits civiques aux États-Unis. Ilrejette fermement toute forme de racisme, et notam-ment l’antisémitisme et l’islamophobie.BDS définit sans ambiguïté les trois droits fonda-

mentaux des Palestiniens qui constituent les condi-tions minimales nécessaires d’une paix juste : fin del’occupation militaire de Gaza et de la Cisjordanie(Jérusalem-est comprise) et des autres territoiresarabes au Liban et en Syrie; droits des réfugiés pales-tiniens (tel qu’ils sont garantis par l’ONU), en parti -culier droit au retour dans leur foyer et auxcompensations ; fin de la discrimination raciale sys-tématique à l’encontre des citoyens palestiniens d’Is-raël, qu’un nombre croissant d’observateurs décritcomme un «régime d’apartheid».

Qualifier Israël d’État d’apartheid ne signifie pas queson système de discrimination soit identique à l’apar -theid en Afrique du Sud, mais simplement que les loiset les politiques israéliennes à l’encontre de sa popu-lation palestinienne correspondent dans une large

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mesure à la définition que l’ONU a donnée de l’apartheiden 197623.

Pendant des décennies, les efforts pour encouragerla paix entre Israël et le peuple palestinien ont systé-matiquement échoué, n’aboutissant qu’à renforcerl’hégémonie coloniale israélienne et l’expropriationdes Palestiniens. Israël et les différentes administra-tions américaines ont en effet toujours tiré parti del’immense déséquilibre des pouvoirs pour imposerune « solution » injuste aux Palestiniens, qui nerespecte pas nos droits fondamentaux garantis enprincipe par le droit international et qui comprometnotre droit inaliénable à l’autodétermination.

En outre, la complicité de l’Occident, qui s’est mani-festée par un soutien diplomatique, économique etpolitique sans condition à Israël n’a fait que renforcerune impunité des violations des droits de l’homme sansprécédent et a encouragé les sociétés civiles du mondeentier à soutenir les initiatives de boycott d’Israëlcomme forme de lutte efficace et non-violente pourune paix fondée sur la justice.Pendant trop longtemps, la non-violence était mal vue

chez les Palestiniens, pour deux grandes raisons24. Pre-mièrement, la plupart de ceux qui défendaient une telleapproche revendiquaient des droits minimaux pour lesPalestiniens, excluant ou diluant le droit au retour etaux réparations des réfugiés garanti par le droit inter-national. Deuxièmement, les campagnes palestiniennesnon-violentes étaient souvent financées, voire menées,par des organisations occidentales, gouvernementalesou non, dont les priorités politiques entraient générale-ment en conflit avec celles exprimées par le peuplepalestinien, à travers la voix de l’Organisation de libéra-tion de la Palestine (OLP). Cette corrélation profondeentre non-violence et programme politique minimal-

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iste en fit un objet de suspicion et d’antipathie pour laplupart des Palestiniens, d’autant que la résistancearmée a toujours été associée dans une large mesure àun programme politique maximaliste.Qu’il me soit permis, pour ma part, de ne pas me

conformer à cette représentation courante. Si jedéfends fermement des formes non-violentes de luttecomme le boycott, le désinvestissement et les sanc-tions pour atteindre les objectifs que nous noussommes fixés, je soutiens tout aussi résolument leprincipe d’un État unitaire fondé sur la justice et unepleine égalité des droits comme solution au conflitcolonial israélo-palestinien. Pour moi, dans une luttepour l’égalité et l’émancipation, la corrélation entreles moyens et les fins et l’effet décisif de ceux-là surle succès et la pérennité de celles-ci sont indiscuta-bles. Si l’État d’Israël est une colonie de peuplement,ce qui doit venir à sa place doit être un État laïc,démocratique, offrant une citoyenneté et des droitségaux aux Palestiniens (réfugiés inclus) et aux Juifsisraéliens. Ce type d’État est le seul qui puisse con-cilier éthiquement ce qui semble inconciliable : lesdroits inaliénables et reconnus par l’ONU du peupleindigène de Palestine à l’autodétermination, au rapa -triement et à l’égalité, conformément au droit inter-national, et les droits acquis et reconnusinternationalement des Juifs israéliens à coexister –en tant qu’égaux et non en tant que colons – sur laterre de Palestine25.Toutefois, le mouvement BDS ne prend pas position

sur la question de la solution politique et se tient àl’écart du débat un État/deux États, préférant s’entenir à la question des droits et du droit international,qui constitue le fondement du consensus palestinienautour de la campagne.Depuis l’écroulement de l’Union soviétique, la fin

prématurée de la première Intifada et le lancement

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du «processus de paix» de Madrid et Oslo, et jusqu’àil y a une dizaine d’années, la question palestinienne aété progressivement marginalisée, voire transforméeen un simple facteur de nuisance, par les puissancesqui dominent ce nouveau monde unipolaire. L’annu-lation par l’Assemblée générale des Nations unies en1991, sous la pression des États-Unis, de sa résolutionde 1975 décrétant que « le sionisme est une forme deracisme» a levé un obstacle majeur à la réhabilitationdu sionisme et d’Israël dans la communauté interna-tionale. La reconnaissance formelle d’Israël par l’OLPpendant les accords d’Oslo a participé également à latransformation de l’image d’Israël, non plus État colo-nial où règne l’apartheid mais État normal engagédans un conflit territorial. Après la création de l’Au-torité palestinienne (AP), avant tout pour soulager lescharges coloniales d’Israël en Cisjordanie et à Gaza,Israël a entamé une ambitieuse campagne de relationspubliques en Afrique, en Asie, en Amérique latine etdans le monde arabe, nouant des liens diplomatiqueset ouvrant de nouveaux marchés à ses industries enplein essor. D’anciens ennemis jurés s’enthousias-mèrent pour Israël, important des milliards de dollarsd’équipements militaires ou autres, et certains, con-vaincus que la route du Congrès passait par Tel Aviv, luifirent une cour assidue.Dans le même temps, avec l’élection de George W.

Bush à la présidence des États-Unis et la montée enpuissance de son entourage néo-conservateur (com-prenant nombre d’anciens conseillers du leader d’ex-trême droite israélien Benjamin Netanyahu),l’influence sioniste fut pour la première fois aussi forteà la Maison blanche qu’elle l’est depuis des décenniesau Capitole.Mais en septembre 2000, après des années d’occu-

pation israélienne «tranquille» et l’expansion consid-érable des colonies dans les territoires occupés, la

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deuxième Intifada éclata. À mesure que le soulève-ment s’intensifiait, la répression brutale d’Israël, pardes moyens qu’Amnesty International et d’autresorganisations de défense des droits de l’homme ontassimilé à des crimes de guerre, rouvrit – au moinsdans les cercles intellectuels – la question de l’avène-ment d’une paix juste dans le cadre d’un État colonial,ethnocentriste et expansionniste. C’est dans ce con-texte que la Conférence mondiale contre le racisme del’ONU à Durban en 2001 ranima le débat de 1975 surle sionisme. Même si, comme on pouvait s’y attendre,l’assemblée officielle n’adopta pas de résolution spé-cifique sur l’oppression du peuple palestinien à causedes menaces directes des États-Unis, le forum des ONGcondamna le sionisme comme une forme de racisme etd’apartheid, exprimant le point de vue de milliers dereprésentants de la société civile venus du mondeentier, dont la lutte contre toutes les formes de racisme,et notamment l’antisémitisme, se fonde avant tout surdes principes humanistes et démocratiques. Malgré laposition occidentale officielle qui refusait de deman-der des comptes à Israël, Durban confirma que le sou-tien des peuples à la cause palestinienne était toujourssolide, même en Occident, bien qu’il ne soit pas dirigévers des initiatives de solidarités efficaces.Depuis le début de la nouvelle Intifada, l’idée de boy-

cotts et de sanctions était dans l’air. Ainsi, des cam-pagnes appelant à l’arrêt des investissements dans lesentreprises qui soutenaient l’occupation israélienne,par exemple, se répandirent sur les campus améri-cains, provoquant un début de panique dans les rangsdu lobby pro-israélien et de sa branche étu diante. Lecaractère impromptu de ces premières tentatives fitbientôt place à des initiatives plus coordonnées auniveau national qui aboutirent à la création du Mou-vement de solidarité avec la Palestine (Palestine Soli-darity Movement), puis de la Campagne américaine

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pour mettre fin à l’occupation israélienne (US Cam-paign to End the Israeli Occupation)26. De l’autre côtéde l’Atlantique, et notamment au Royaume-Uni, desappels à diverses formes de boycott d’Israël furentlancés dans le monde intellectuel et syndical. Ces effortss’intensifièrent au printemps 2002, avec la réoccupa-tion militaire massive des villes palestiniennes et leurcortège de destructions et de victimes.

En 2004, les associations universitaires, les syndicatset les comités de solidarité appelant au boycott auxÉtats-Unis et en Europe furent rejoints par de grandesÉglises, qui commencèrent à étudier des possibilitésd’action contre Israël (désinvestissement ou autresformes de boycott) similaires à celles qui furent misesen œuvre contre l’Afrique du Sud du temps de l’apar -theid. La décision la plus considérable fut alors cellede l’Église presbytérienne américaine qui adopta enjuillet 2004 à une écrasante majorité de 431 contre62 une résolution appelant à «un processus d’arrêtsélectif et progressif des investissements dans lesentreprises qui ont une activité en Israël». Contrai -rement aux déclarations similaires adoptées par desétudiants et des universitaires, cette initiative del’Église presbytérienne ne pouvait pas être jugée «sym-bolique» ou économiquement inefficace. Elle inspirapar la suite de nombreuses autres confessions reli -gieuses qui cessèrent également d’investir en Israël.

Une étape très importante dans le développement dumouvement fut l’avis consultatif historique de la Courinternationale de justice (CIJ) de La Haye du 9 juillet2004 déclarant illégaux le mur et les colonies construi -tes en territoire palestinien occupé. Malheureusement,l’OLP remporta cette grande victoire au moment où elleétait le moins prête à en tirer profit. En 1971, un avissimilaire de la CIJ sur l’occupation de la Namibie par

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l’Afrique du Sud avait déclenché la campagne mondi-ale de boycott et de sanctions la plus vaste et la mieuxcoordonnée jamais menée, contribuant directement àla fin du régime d’apartheid. Si la décision de la CIJ surle mur ne suscita pas une telle réaction, principalementdu fait de l’impuissance structurelle et politique desPalestiniens, elle a bel et bien nourri, à travers le monde,un renouveau du discours d’opposition à l’oppressionisraélienne.À la même époque, la Campagne palestinienne pour

le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI),lancée en avril 2004, publia une déclaration deprincipes soutenue par une soixantaine de syndicatset associations des territoires occupés appelant lacommunauté internationale à boycotter toutes lesinstitutions universitaires et culturelles israéliennesafin de contribuer à « la lutte pour mettre fin à l’oc-cupation israélienne, à la colonisation et au systèmed’apartheid». Cet appel fut considérablement ampli-fié lorsque, à l’occasion du premier anniversaire del’avis de la CIJ, 170 organisations et syndicats de lasociété civile palestinienne, et notamment les princi-paux partis politiques, lancèrent un Appel au boycott,au désinvestissement et aux sanctions (BDS) contreIsraël «jusqu’à ce qu’il respecte complètement les dis-positions du droit international ». Après quinze ansde soi-disant processus de paix, la société civile pales-tinienne reprenait l’initiative en articulant les exi-gences des Palestiniens et la lutte internationale pourla justice longtemps obscurcie par de trompeuses«négociations». Fait sans précédent, l’Appel BDS futlancé par des représentants des trois composantes dupeuple palestinien : les réfugiés, les citoyens pales-tiniens d’Israël et ceux qui subissent l’occupation de1967. Il « invitait» également les Israéliens de consci -en ce à soutenir ses revendications. Le mouvement deboycott palestinien parvint à imposer de nouveaux

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paramètres et à fixer de nouveaux objectifs pour leréseau de soutien international, et il déclencha ouappuya des campagnes de boycott et de désin-vestissement dans plusieurs pays.Les comités de solidarité occidentaux se sont

inquiétés légitimement de l’absence remarquée d’unorganisme palestinien officiel derrière les appels auboycott. «Où est votre ANC?» était la question diffi-cile et généralement sincère à laquelle durent répon-dre un peu partout les partisans du boycott. L’OLP,en plein désarroi depuis des années, est restée silen-cieuse. L’AP, avec son mandat extrêmement limité etles contraintes qui lui sont imposées par les accordsd’Oslo, est par nature incapable de soutenir unestratégie de résistance efficace, surtout s’il s’agitd’évoquer aussi les injustices antérieures à l’occu-pation de 1967. À de rares exceptions près, l’action del’AP a d’ailleurs toujours nui aux efforts de la sociétécivile pour isoler Israël.Quant aux organismes palestiniens «non-officiels»,

tous n’ont pas soutenu l’Appel BDS de 2005. Un cer-tain nombre d’ONG palestiniennes, toujours atten-tives à ne pas heurter la sensibilité des donateurs,ont refusé, certaines jugeant «trop radicale» la clausedu droit au retour des réfugiés (stipulé par la réso-lution 194 de l’ONU), tandis que d’autres, sous lapression de leurs partenaires européens, craignaientque le terme de « boycott » ne suscite l’accusationd’antisémitisme. Dans le même temps, parce qu’ilsdonnent la priorité à la lutte armée, les groupes poli-tiques palestiniens les plus importants semblent inca-pables de reconnaître le rôle indispensable de larésistance civique. Par inertie ou parce qu’elles répu -gnent à procéder à une évaluation critique de leursprogrammes à la lumière de l’évolution du contexteinternational, ces forces n’arrivent pas à se détacherdu modèle militaire de lutte contre l’occupation, en

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ignorant les questions morales troublantes soulevéespar certaines formes de violence aveugle que peutprendre cette résistance et par son incapacité à par-venir à des fins positives. L’absence de soutien pales-tinien « officiel » à BDS, auxquels s’ajoutent lesprogrammes et les messages antagonistes qui par-courent le corps politique «non-officiel», n’ont guèreaidé à faire avancer le mouvement.

Si l’on veut satisfaire les aspirations des Palestiniensà la liberté et à l’égalité et remettre en cause réelle-ment la stratégie duale d’Israël consistant à frag-menter, à ghettoïser et à exproprier le peuplepalestinien d’un côté, et de l’autre à réduire le conflità une simple discussion sur un ensemble restreint dedroits palestiniens, l’OLP doit être ressuscitée etrefondée pour incarner les revendications, l’énergieet les structures nationales des trois composantes dupeuple palestinien. L’OLP doit être reconstruite parla base et dirigée selon les principes de la démocratieréelle et de la représentativité proportionnelle.Paradoxalement, la victoire du Hamas aux élections

législatives palestiniennes de janvier 2006 pourraitservir de catalyseur dans ces processus de démocrati-sation et de réforme des structures politiques qui sontsi essentiels au retour d’une résistance palestiniennemassive et du soutien international. Cela suppose de lapart des forces laïques et progressistes d’énormes effortspour contribuer à faire en sorte que ces processus soientles plus généraux possible. Cela suppose également untransfert du pouvoir de l’AP à une OLP renouvelée. Pourdes raisons juridiques et pratiques, l’AP ne peut biensûr pas être démantelée du jour au lendemain, maisune OLP reconstituée et démocratique pourrait la sevrerprogressivement de sa folle prétention à représenter« les Palestiniens» et de son rôle de mandataire despolitiques d’occupation israéliennes. Alors seulement

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le peuple palestinien dans son ensemble pourra retrou-ver son unité et sa volonté collective de résister et –pour citer Mahmoud Darwich – d’«assiéger le siège»auquel l’a condamné le «processus de paix».Parallèlement, le cadre conceptuel et la stratégie

de résistance palestiniens doivent être entièrementréexaminés et transformés en un programme d’ac-tion progressiste susceptible de faire le lien entrela lutte palestinienne et le mouvement social inter-national. La stratégie la plus juste moralement, etla plus efficace, pour atteindre ces objectifs, est cellequi se fonde sur des campagnes progressives, pro-longées et variables en fonction du contexte, de BDS– politique, économique, professionnel, universi-taire, culture, sportif, etc. – visant à forcer Israël àrespecter pleinement le droit international et lesdroits de l’homme universels. À cet égard, il estimportant de souligner qu’il ne s’agit pas seulementde remettre en cause l’occupation militaire israé -lienne ou le déni du droit des réfugiés, mais bientout le système d’exclusivisme raciste du sionisme.Les Juifs ont été en première ligne dans la lutte pourles droits civiques, pour la démocratie, pour l’éga litédevant la loi et pour la séparation entre l’Église etl’État dans de nombreux pays et il semble impossi-ble de ce point de vue qu’ils soutiennent le systèmeen vigueur en Israël, avec ses lois d’un ethnocen-trisme éhonté qui réduisent les Palestiniens au rangd’humains relatifs, dans les territoires occupés ouen Israël même. Enfin, une résistance non-violentevictorieuse suppose de dépasser le modèle fonda-mentalement inapplicable des deux États et demener la lutte contre le racisme sioniste où qu’il setrouve.

J’ai bien conscience qu’il peut sembler plus simplede limiter les revendications palestiniennes à la fin

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de l’occupation mais je suis convaincu qu’il s’agitlà d’un mauvais calcul, éthiquement et politique-ment. Le droit indiscutable des Palestiniens à uneégale humanité devrait être le tout premier des slo-gans, dans la mesure où il pose les fondementsmoraux et politiques justes à partir desquels il fautpenser les innombrables injustices commises con-tre les trois composantes du peuple palestinien. Ilrepose aussi sur des valeurs universelles qui réson-nent dans le monde entier. Si l’union avec diversesforces politiques est nécessaire pour faire prévaloircette direction, il faut se défier des alliances avecles sionistes «soft», qui pourraient chercher à pren-dre la tête du mouvement BDS en Occident et àréduire le niveau des revendications palestiniennesjusqu’à leur faire perdre tout leur sens. En revanche,de nombreuses voix juives – des intellectuels ou desorganisations qui ont toujours soutenu le principed’une paix juste – aux États-Unis, en Europe et enIsraël même27 ont défendu courageusement diversesformes de boycott, contribuant ainsi à mettre le mou-vement BDS naissant à l’abri des accusations d’anti -sémitisme et du terrorisme intellectuel qui lesaccompagne.Outre la nécessité d’étendre la lutte bien au-delà

de la fin de l’occupation, deux autres points méri-tent d’être soulignés. Premièrement, les initiativesBDS doivent être guidées par des principes d’inté-gration, de diversité, de progressivité et de dura-bilité. Elles doivent aussi être conçues de façon às’adapter à divers contextes. Deuxièmement, si l’Oc-cident, du fait de sa puissance économique et poli-tique écrasante et de son rôle essentiel dans laperpétuation de la domination coloniale israélienne,demeure le principal champ de bataille de cetterésistance non-violente, le reste du monde ne doitpas être ignoré. Présent en Afrique du Sud et, sous

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forme embryonnaire, en Amérique latine, le mou-vement BDS doit se répandre en Chine, en Inde, enMalaisie, au Brésil et en Russie, entre autres Étatsqui cherchent à remettre en cause le monopole poli-tique de l’Occident. Il faut noter par ailleurs quel’influence sioniste demeure beaucoup plus faibledans ces États que dans les pays occidentaux.Le Comité national BDS (BNC), créé en 2008 en

Palestine, est devenu la référence et l’animateur dumouvement BDS global, qui se fonde sur l’Appel BDSde la société civile palestinienne de 2005. Dans ladroite ligne de la tradition palestinienne de résis-tance civique et populaire à l’occupation, à la coloni-sation et à l’apartheid, le BNC est une large coalitionde partis politiques, de syndicats et d’organisationspalestiniens représentant les trois composantes dupeuple palestinien : les réfugiés palestiniens ; lesPalestiniens des territoires occupés de Cisjordanieet de la bande de Gaza ; les citoyens palestiniensd’Israël.Le BNC appelle au maintien de la campagne inter-

nationale BDS tant que l’ensemble du peuple pales-tinien ne pourra pas exercer son droit inaliénableà la liberté et à l’autodétermination et qu’Israël nerespectera pas pleinement ses obligations en regarddu droit international.

Les membres du BNC sont :

Conseil des forces nationales et islamiques de Pales-tine, Union générale des travailleurs palestiniens,Fédération générale des syndicats palestiniens,Réseau des ONG palestiniennes, Conseil nationalpalestinien des ONG, Fédération des syndicatsindépendants, Coalition mondiale du droit au retouren Palestine, Initiative pour la Palestine et le Golanoccupés, Union générale des femmes palestiniennes,

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Union des fermiers palestiniens, Campagne popu-laire palestinienne contre le mur de l’apartheid,Comité national pour la résistance populaire, Cam-pagne palestinienne pour le boycott universitaire etculturel d’Israël, Comité national pour la commé-moration de la Nakba, Coalition civique pour ladéfense des droits des Palestiniens de Jérusalem,Coalition pour Jérusalem, Union des organisations decharité palestiniennes, Observatoire palestinien del’économie, Union des centres de loisirs pour lajeunesse – camps de réfugiés palestiniens.

Quoi?

BDS n’est pas une idée. Ce n’est pas un concept. Cen’est pas une façon de voir. Ce n’est pas même unestratégie. C’est tout cela à la fois, assurément, maisaussi bien plus que cela. La campagne de la sociétécivile palestinienne pour le boycott, le désinvestisse-ment et les sanctions contre Israël lancée le 9 juillet2005 est avant tout une nouvelle étape de la luttecentenaire des Palestiniens contre la conquête colo-niale sioniste, puis contre l’occupation, l’expropria-tion et le régime d’apartheid institués par Israël.La campagne BDS mondiale – fondée sur l’Appel

BDS palestinien et animée par le Comité national BDS– a fait une percée importante dans l’opinion publiqueoccidentale ces cinq dernières années. Elle met enavant une approche nouvelle de la question de laPalestine, fondée sur les droits et soulignant de façonpratiquement irréfutable le discours et les pratiquesd’exception dont Israël a fait l’objet aux États-Unis etdans la plupart des pays occidentaux depuis sa créa-tion par le déplacement et l’expropriation brutaux dela majorité du peuple palestinien pendant la Nakba28.Plus important encore, le mouvement BDS a porté

Israël et le lobby puissant et agressif qui le soutient

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sur un champ de bataille où la supériorité morale dela revendication palestinienne d’autodétermination,de justice, de liberté et de droit neutralise et surmontele poids militaire et financier d’Israël. On retrouve leparadigme classique de la force contre le droit, le droitétant reconnu par tous ceux qui, partout dans lemonde, sont de moins en moins disposés à supporterles crimes d’Israël et leur impunité et comprennentque le lent génocide dont il est responsable leur imposed’agir, d’agir vite, et d’agir avec efficacité, avec nuanceet finesse politique, et surtout avec une rigueur moraleconstante et incontestable. C’est pourquoi : BDS.

Omar BarghoutiPalestine occupée17 janvier 2010

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1. John Pilger, «For Israel, A Reckon-ing», New Statesman, 14 janvier2010.http ://www.newstatesman.com/inter-national-politics/2010/01/pilger-israel-palestinian-gaza2. Richard Falk, «Slouching Towards aPalestinian Holocaust», The Transna-tional Foundation for Peace andFuture Research, 29 juin 2007.http://www.transnational.org/Area_MiddleEast/2007/Falk_PalestineGeno-cide.html(Traduction française de Marcel Char-bonnier : «Lentement, mais sûrement,vers un Holocauste palestinien», Mon-dialisation.ca, 7 juillet 2007.http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=6244)3. http://www2.ohchr.org/english/bod-ies/hrcouncil/docs/12session/A-HRC-12-48.pdf4. Ibid.5. OCHA, août 2009 :http://www.ochaopt.org/documents/hc_aida_statement_gaza_wat-san_20090803_english.pdf

6. Amnesty International, octobre 2009:http://www.amnesty.org/en/library/asset/MDE15/027/2009/en/e9892ce4-7fba-469b-96b9-c1e1084c620c/mde150272009en.pdf7. PNUE, septembre 2009 : http://post-conflict.unep.ch/publications/UNEP_Gaza_EA.pdf8. New Weapons Committee, décem-bre 2009 :http://www.newweapons.org/?q=node/1109. Human Right Watch, mars 2009 :http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/iopt0309web.pdf10. Al Dameer Human Rights Associa-tion, décembre 2009 :http://www.aldameer.org/en/index.php?pagess=main&id=13811. Amos Harel, «Shooting and Cry-ing», Haaretz, 20 mars 2009 :http://www.haaretz.com/hasen/spages/1072475.html12. Gideon Levy, « IDF ceased long agobeing “most moral army in theworld” », Haaretz, 22 juillet 2009 :http://www.haaretz.com/hasen/spages/

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introduction

1072821.html. Du même auteur, voiraussi : Gaza, La fabrique, 2009.13. Amos Harel, « IDF rabbinate publi-cation during Gaza war : We will showno mercy on the cruel», Haaretz,26 janvier 2009 :http://www.haaretz.com/hasen/spages/1058758.html14. Israël Shahak et Norton Mezvinsky,Jewish Fundamentalism in Israel,Londres, Pluto Press, 1999. Israël Sha-hak, Jewish History, Jewish Religion –The Weight of Three Thousand Years,Londres, Pluto Press, 2002.15. Sur cette question, voir OmarBarghouti, « Israel’s Latest Massacrein Qana : Racist Jewish Fundamental-ism a Factor», Electronic Intifada,Historie :http://electronicintifada.net/v2/arti-cle5338.shtml16. Uri Blau, «Dead Palestinian Babiesand Bombed Mosques – IDF Fashion2009», Haaretz, 20 mars 2009 :http://www.haaretz.com/hasen/spages/1072466.html17. Ibid.18. Omar Barghouti, «RelativeHumanity – The Essential Obstacle toa Just Peace in Palestine», Counter-punch, 13-14 décembre 2003 :http://www.counterpunch.org/bargh-outi12132003.html19. Michael Posner, «TIFF Focus onTel Aviv Draws Protest», Globe andMail, 8 septembre 2009 :http://www.theglobeandmail.com/news/arts/tiff-2009/tiff-focus-on-tel-aviv-draws-protests/article1273755/20. www.AURDIP.org21. www.PACBI.org22. Richard Falk, «Statement on Gaza

to the Human Rights Council»,23 mars 2009 : http://www.transna-tional.org/Area_MiddleEast/2009/Falk_OralStatement_Gaza.html23. Pour une analyse approfondie del’apartheid et du système colonial enIsraël, voir l’exposé de principesstratégiques publié par le ComitéNational BDS (BNC), intitulé «UnitedAgainst Apartheid, Colonialism andOccupation», octobre 2008 :http://bdsmovement.net/files/English-BNC_Position_Paper-Durban_Review.pdf24. Les paragraphes qui suiventreprennent largement un article déjàpublié : Omar Barghouti, «PuttingPalestine Back on the Map-Boycott asCivil Resistance», Journal of PalestineStudies, vol. 35, n° 3 (printemps2006), p. 51 : http://www.palestine-studies.org/journals.aspx?id=6804&jid=1&href=fulltext25. Pour une analyse plus détaillée dela solution à un seul État, voir : OmarBarghouti, «Re-imagining Palestine –Self-Determination, Ethical De-colo-nization and Equality», ZNet, 29 juillet2009 :http://www.zmag.org/znet/viewArti-cle/2215826. http://www.endtheoccupation.org/27. Supporting the Palestinian BDSCall from Within :http://boycottisrael.info/28. Sur cette question du déplacementforcé des Palestiniens, voir Ilan Pappé,Le Nettoyage ethnique de la Palestine,Paris, Fayard, 2008.

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Apartheid israélien : l’heure de la réponse sud-africainePacbi.org, le 26 janvier 2006.

Cet article expose les principales raisons du lance-ment de la campagne pour le boycott, le désin-vestissement et les sanctions (BDS), et la réfutationdes arguments avancés pour s’y opposer.

Aujourd’hui, la plupart des Palestiniens voient dansl’exercice du pouvoir par les Israéliens, mêlant colo-nialisme, racisme et déni des droits de l’homme, uneforme d’apartheid. En réalité, ils sont loin d’être lesseuls à défendre ce point de vue; les principaux intel-lectuels, hommes politiques et défenseurs des droits del’homme d’Afrique du Sud y souscrivent également.Dans un article du Guardian intitulé «Apartheid enTerre sainte», l’archevêque Desmond Tutu écrit :

J’ai été profondément bouleversé par ma visite enTerre sainte; cela m’a rappelé par tant d’aspects ceque nous, Noirs d’Afrique du Sud, avons vécu. […]Nos sœurs et frères juifs ont-ils oublié l’humilia-tion qu’ils ont subie? Ont-ils déjà oublié les puni-tions collectives, les démolitions de maisons quiont marqué leur propre histoire1?

En réalité, beaucoup d’entre eux n’ont pas oublié. EnIsraël même, des hommes politiques et des journalistesjuifs ont formulé des analogies très claires entre Israëlet l’Afrique du Sud. Roman Bronfman, leader du

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courant «Choix démocratique» du parti Yachad, a cri-tiqué ce qu’il a appelé «un régime d’apartheid dans lesterritoires occupés», ajoutant que « la politique d’a-partheid a également infiltré l’État d’Israël où s’exerceune discrimination quotidienne contre les Arabes et lesautres minorités israéliennes. La lutte contre ce point devue fasciste est l’affaire de tout humaniste2.»L’ancienne ministre de l’éducation israélienne Shu-

lamit Aloni a affirmé dès 2005 que son pays com-mettait des crimes de guerre, «utilis[ait] la terreur»et «ne diff[érait] en rien de l’Afrique du Sud raciste».Interrogée sur la manière dont elle voyait l’avenir d’Is-raël, elle a répondu: «Je peux vous montrer les livresde Mussolini sur le fascisme. Lisez-les et vous arriverezà la conclusion sans équivoque que des ministres del’actuel gouvernement israélien s’engagent sur lamême voie3. » Esther Levitan, la célèbre grand-mère juive qui fut

condamnée sans procès à l’isolement cellulaire à per-pétuité dans l’Afrique du Sud de l’apartheid pour avoirmilité dans les rangs de l’ANC, déclara à Haaretzqu’elle considérait Israël comme un pays effroyable-ment raciste : «Les Israéliens ont cette haine terribledes Arabes qui me rend malade. […] Ils vont créer unapartheid pire ici4. » De courageux leaders juifs sud-africains firent

également entendre leur voix contre l’apartheidisraélien lorsqu’ils publièrent la fameuse déclara-tion de conscience «Not in Our Names», dans laque-lle ils condamnaient le déni par Israël des droits desPalestiniens comme étant la cause première du con-flit. La déclaration, rédigée par le ministre RonnieKasrils et le juriste Max Ozinsky et signée par descentaines d’autres personnalités juives sud-africaines,affirme : « Il devient difficile, particulièrement vu del’Afrique du Sud, de ne pas faire de parallèles entrel’oppression subie par les Palestiniens du fait d’Is-

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raël et l’oppression subie en Afrique du Sud du tempsde l’apartheid5. »Qu’est-ce qui a bien pu provoquer une telle indig-

nation, se demande-t-on? Ces quelques échantillonsreprésentatifs de l’oppression israélienne sur les troisprincipales composantes du peuple palestinien (dansles territoires occupés, en exil et en Israël) devraientnous aider à répondre à cette question.

L’occupation israélienne

Rien n’incarne mieux l’immense injustice de l’occu-pation que le mur colonial israélien, construit pourl’essentiel sur les territoires palestiniens occupés,qu’un avis consultatif historique de la Cour interna-tionale de justice (CIJ) de La Haye a jugé illégal enjuin 2004. Malgré les graves répercussions du mursur les conditions de vie, l’environnement et les droitspolitiques des Palestiniens, il est soutenu dans unquasi-consensus6 par les Juifs israéliens. L’ancienneministre de l’environnement israélienne Yehudit Naota toutefois protesté contre un aspect spécifique dumur : «La barrière de séparation interrompt la con-tinuité de zones découvertes et elle nuit au paysage, àla flore et à la faune, aux corridors biologiques et àl’écoulement des cours d’eau. Le système de protectionva affecter de manière irréversible les ressourcesnaturelles et créer des enclaves coupant les commu-nautés de leur environnement7. » Des iris ont donc été déplacés et des passages pour

les petits animaux créés – ce qui ne suffit toutefoispas à apaiser le porte-parole de l’Autorité de protec-tion de la nature et des parcs nationaux israélienne :

Les animaux ne savent pas qu’il y a maintenantune frontière. Ils ont l’habitude d’un certain espacede vie et ce qui nous préoccupe, c’est que leur

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diversité génétique risque d’être affectée si dif-férents groupes de population ne peuvent plus s’ac-coupler et se reproduire. Isoler des populations depart et d’autre d’une barrière, c’est créer à coupsûr un problème génétique8.

Extrêmement soucieux du bien-être des renards et desfleurs sauvages, Israël traitait dans le même temps lesenfants palestiniens comme des créatures négli geables.Pour avoir jeté quelques pierres, ils étaient abattus pardes tireurs d’élite. Des sources médicales9 et des organ-isations de défense des droits de l’homme comme Physi-cians for Human Rights ont fait état d’unesystématisation, pendant les premiers temps de l’In-tifada palestinienne actuelle, des tirs dans les yeux et lesgenoux des enfants palestiniens avec «l’intention évi-dente» de provoquer des blessures graves10.Tanya Rein-hart, professeur à l’université de Tel-Aviv, évoqueégalement cette «pratique commune» chez les tireursd’élite, consistant à «tirer une balle de métal enrobéede caoutchouc dans un œil – un petit jeu pour soldatsbien entraînés, qui demande une précision maximale11».Et quand ils n’avaient pas l’excuse des jets de pierre

derrière lesquels dissimuler leurs crimes, les soldatsisraéliens devaient les provoquer. Le reporter deguerre américain Chris Hedges a raconté commentdes soldats avaient délibérément provoqué des enfantsqui jouaient au football dans les dunes, au sud deGaza, de façon à pouvoir leur tirer dessus. Depuisleurs jeeps, ils hurlaient : «Allez, bande de chiens…Où sont les chiens de Khan Younès? Par ici! Par ici!…Fils de pute ! » Hedges décrit ainsi la suite : « Lesgarçons – âgés d’une dizaine d’années tout au pluspour la plupart – montent le long de la dune en petitsgroupes en direction de la clôture électrique qui séparele camp de la colonie juive. Ils jettent des pierres versdeux jeeps blindées arrêtées au sommet de la dune

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et équipées de haut-parleurs. Une grenade à percus-sion explose. Les garçons […] se dispersent en courantmaladroitement dans le sable lourd. Ils descendentderrière un banc de sable qui les dissimule à ma vue.Il n’y a pas de bruit de coups de feu. Les soldats tirentavec des silencieux. Les balles des fusils M-16 ren-versent les corps frêles des enfants. Plus tard, à l’hôpi-tal, je découvrirai l’étendue de la destruction : lesestomacs arrachés, les trous béants dans les mem-bres et les torses.Hier, à cet endroit, les Israéliens en ont descendu

huit. […] J’ai couvert d’autres conflits où on tirait surdes enfants […] mais c’est la première fois que je voisdes soldats les attirer comme des souris dans un piègeet les tuer pour le sport.»Les violations des droits de l’homme dans les terri-

toires occupés palestiniens ne sont pas la seule formed’oppression qu’Israël fait subir aux Palestiniens. Deuxautres types d’injustices et de violations des lois inter-nationales, sans présenter peut-être le même carac-tère d’urgence, sont tout aussi importants: le déni desdroits des réfugiés palestiniens et le système institu-tionnalisé de discrimination raciale à l’égard de sespropres citoyens arabo-palestiniens ou non juifs. LesPalestiniens ne peuvent ignorer aucune de ces formesd’oppression.

Israël et les droits des réfugiés palestiniens

À l’origine du plus considérable et du plus ancienproblème de réfugiés au monde, Israël a toujoursrefusé de reconnaître sa responsabilité dans la Nakba,la catastrophe de l’expropriation et du déracinementdes Palestiniens autour de l’année 1948. Bizarrement,le discours israélien dominant sur la «naissance» del’État se fonde sur le déni total du fait que celui-ci a étécréé à la suite du déplacement forcé de la majorité

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de la population palestinienne indigène. À quelquesrares exceptions près, les Israéliens voient dans ladestruction impitoyable de plus de 400 villages pales-tiniens par les sionistes et dans la campagne plani-fiée de nettoyage ethnique qui a touché plus de 750000Palestiniens une des étapes de l’accès à l’« indépen-dance » d’Israël. Même les Israéliens clairementengagés «à gauche» déplorent la perte de la «supério -rité morale» d’Israël après l’occupation de la Cisjor-danie et de Gaza en 1967, comme si avant cela Israëlavait été un État normal et respectueux du droit etdes libertés civiques.Mais la vérité qui fut littéralement ensevelie sous

les décombres en 1948 a fini par voir le jour, en grandepartie grâce aux nouveaux historiens israéliens12.Aujourd’hui, la question des réfugiés demeure indé-niablement la plus lourde de conséquences et d’en-jeux moraux de tout le conflit colonial.En instrumentalisant le génocide nazi, Israël a fondé

son rejet des droits des réfugiés palestiniens sur lathéorie selon laquelle les Juifs ne sont pas en sécu-rité parmi les Gentils et doivent donc vivre dans unÉtat, une colonie de peuplement, dont la prédomi-nance juive doit être maintenue à tout prix, indépen-damment des lois internationales, des droits del’homme et des droits politiques des populations ori -ginaires de la terre sur laquelle cet État a été érigé.Aucun autre pays au monde ne revendique aujour-d’hui un tel droit à la suprématie ethno-religieuse.Quand les victimes des «super-victimes» sont décritescomme des êtres humains relatifs13, d’une valeurinférieure, cette attitude est largement tolérée par lespuissances hégémoniques mondiales14.Alors qu’ils dénient les droits fondamentaux des

Palestiniens, en particulier leur droit au retour dansleur foyer d’origine et aux réparations, qui sont sti -pulés dans la résolution 194 de l’Assemblée Générale

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de l’ONU, les Juifs d’Israël et d’Occident ont obtenu denombreux succès dans leurs campagnes pour la resti-tution des biens volés aux victimes du génocide naziet le principe des réparations, qui incluaient souvent ledroit au retour en Allemagne, en Pologne et dansd’autres pays dont les Juifs ont été expulsés. Mais lecomble de l’incohérence morale a été atteint lorsque laFédération Sépharade Mondiale a fait pression surl’Espagne pour qu’elle accorde la citoyenneté auxdescendants des Juifs expulsés d’Andalousie il y a plusde cinq siècles15.Le fait que les réfugiés constituent une large majorité

du peuple palestinien et l’exil douloureux qu’ils subis-sent depuis des décennies font de la reconnaissance deleurs droits fondamentaux, tels qu’ils ont été définispar l’ONU, un test de moralité décisif pour quiconquerecherche une solution juste, durable et conforme auxlois internationales, au conflit colonial israélo-pales-tinien. Indépendamment même de la morale et dudroit, le déni des droits des réfugiés palestiniens estla garantie d’une perpétuation du conflit16.

Israël et ses citoyens arabes-palestiniens

Israël n’est peut-être pas le seul pays où s’exerce unediscrimination raciale17 à l’encontre d’une minoriténationale mais c’est assurément le seul à s’en êtretoujours – jusqu’ici – tiré à très bon compte, en pro-jetant à l’extérieur l’image fausse d’une démocratieprogressiste. Au cœur de la forme spécifique de l’apar -theid israélien, il y a une représentation profondé-ment enracinée des citoyens palestiniens quiapparaissent non seulement comme un rappeldésagréable du «péché originel18», mais aussi commeune menace démographique. La discrimination racialeà leur égard dans tous les aspects essentiels de la viea toujours été la norme. Défendre le principe d’une

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égalité totale et sans équivoque entre les Arabes etles Juifs d’Israël équivaut d’ailleurs désormais à unacte de sédition, voire de trahison. Une Haute Courde justice israélienne a en effet statué qu’il est «néces-saire d’empêcher un Juif ou un Arabe qui demandel’égalité des droits pour les Arabes de siéger à la Knes-set ou d’y être élu19».À ce jour, les Juifs israéliens sesont toujours, à une forte majorité, opposés à unepleine égalité avec les citoyens palestiniens indigènesd’Israël20.Même dans la recherche contre le cancer21, l’apar -

theid est très net. En juin 2001, le ministre de la santéisraélien publia une carte représentant la distribu-tion géographique des cancers en Israël entre 1984et 1999. Le rapport détaillé présentait des donnéessur ces maladies dans les communautés de plus de10000 habitants mais il excluait toutes les commu-nautés arabo-palestiniennes d’Israël, à l’exceptionde Rahat dans le désert du Néguev. Interrogé sur cetteabsence, le cabinet du ministre invoqua des « pro -blèmes budgétaires ». Cette étude est particulière-ment importante dans la mesure où, en Israël, il estnécessaire d’établir une corrélation entre la présencede sites polluants et la fréquence des cancers si l’onveut empêcher l’installation de nouveaux sites àrisque ou exiger des contrôles environnementauxplus stricts. En omettant délibérément les villes pales-tiniennes dans sa cartographie complète des cancersen Israël, le ministre de la santé a autorisé indi-rectement les pollueurs à s’y installer. Les résultatsde cet apartheid sanitaire sont terribles. Au coursdes trois dernières décennies, le taux de cancer dansla population palestinienne en Israël a augmenté de97,8 % chez les hommes et de 123 % chez les femmes,au lieu de 39,8 % chez les hommes et 24,4 % chezles femmes dans la population juive. Comme l’a ditun porte-parole du Centre contre le racisme : « Le

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rapport a produit deux groupes distincts. D’un côté,des privilégiés dont les vies sont chères à l’État et auminis tre de la santé ; de l’autre, ceux dont les vies nevalent rien pour l’État. »Cette discrimination raciale systématique doit être

située dans le contexte plus vaste de la perception desPalestiniens par Israël. Les hommes politiques, les intel-lectuels, les universita,ires et les journalistes débattentavec passion de la meilleure manière de mener la«guerre» démographique contre les Palestiniens. Desmurs racistes ont été élevés dans plusieurs localités oùles deux communautés vivent côte à côte. À Lydda,Ramle et Césarée, des barrières de diverses formesfurent construites pour créer une séparation démo-graphique entre Juifs et Arabes22. Se faisant l’écho d’uneopinion largement partagée en Israël, le major-généralShlomo Gazit, éminent chercheur au Jaffee Center forStrategic Studies, proclame que « la démocratie doitêtre subordonnée à la démographie23».De nombreux Israéliens issus de l’ensemble du spec-

tre politique soutiennent désormais diverses formesde nettoyage ethnique. Des slogans d’extrême droitelongtemps défendus par des figures marginales commele rabbin Meir Kahane font aujourd’hui partie du dis-cours dominant en Israël24.Le Dr Amnon Raz-Krakotzkin de l’université Ben-

Gurion est l’une des rares personnes à s’être élevé enIsraël contre cette banalisation du thème du contrôledémographique. «C’est terrifiant quand des Juifs par-lent de démographie», a-t-il déclaré25.Dans une tribune publiée dans The Guardian, le

ministre sud-africain Ronnie Kasrils et l’écrivain bri-tannique Victoria Brittain ont insisté sur cet aspectrarement évoqué de l’apartheid israélien :

Chez les Juifs israéliens, l’obsession de disposerd’une majorité ethno-religieuse ne concerne plus

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seulement les territoires occupés. C’est devenu unepréoccupation “nationale” au sein même de l’Étatd’Israël, où les citoyens palestiniens sont consid-érés de plus en plus souvent comme une “menacedémographique”. […] Depuis des décennies, laminorité palestinienne s’est vu refuser un accèségal à la santé, à l’éducation, au logement et à laterre pour la seule raison qu’elle n’est pas juive.Le fait qu’elle dispose du droit de vote compensedifficilement le déni de tous les autres droits fon-damentaux. Les Palestiniens sont exclus par défi-nition de “l’État juif” et n’ont à peu près aucuneinfluence sur les lois ou les politiques sociales etéconomiques. D’où la similarité avec les Noirsd’Afrique du Sud26.

Dès lors, que faire?

La communauté internationale s’étant montrée inca-pable ces dernières décennies d’imposer à Israël lerespect des lois internationales, des hommes et desfemmes de conscience du monde entier ont décidé dene pas se satisfaire de la simple condamnation descrimes et des violations des droits de l’homme et dedéfendre et de préconiser l’usage de moyens de pres-sion réels contre Israël, à l’image de ce qui a été faitcontre le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Dansun article intitulé « Contre l’apartheid israélien »,Desmond Tutu écrit :

Ceux qui habitaient hier dans les townshipsd’Afrique du Sud peuvent vous parler de la viedans les territoires occupés aujourd’hui. […] Leshumiliations, la soumission et la colère, tout ceciest bien trop fami lier. […] Beaucoup de Sud-Africains commencent à faire le parallèle avec ceque nous avons vécu. […] Si l’apartheid a cessé,

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l’occupation peut cesser également, mais la forcemorale et la pression internationale devront êtretout aussi déterminées. Le désinvestissement actuelest le premier – et certainement pas le seul – mou-vement nécessaire dans cette direction27.

C’est précisément la conclusion à laquelle est parv-enue la société civile palestinienne. Le 9 juillet, à l’oc-casion du premier anniversaire de l’avis de la Courinternationale de justice contre le mur israélien, plusde 170 partis politiques, syndicats, associations pro-fessionnelles et autres organisations de la société civilepalestinienne ont lancé un appel au Boycott, au Dés-investissement et aux Sanctions, ou BDS, à l’encontred’Israël tant qu’il ne respectera pas intégralement leslois internationales et les principes universels des droitsde l’homme. La campagne BDS est ancrée dans la résis-tance civique palestinienne à l’oppression israéliennedans toutes ses dimensions. Constituant un importantprécédent, ce document historique a été signé par desreprésentants des trois composantes du peuple dePalestine : les réfugiés palestiniens, les Palestinienssous occupation et les citoyens palestiniens d’Israël.C’est également la première fois qu’une telle forme derésistance non-violente est largement défendue danspratiquement tous les secteurs de la société palestini-enne. Un des traits essentiels de l’Appel BDS est le faitqu’il s’adresse aux Israéliens de conscience dont ilrecherche le soutien.C’est en Afrique du Sud que le soutien au boycott

d’Israël a été le plus fort. En octobre 2004, un appelà un boycott total d’Israël lancé par des groupes desoutien aux Palestiniens a été relayé par des associa-tions et des syndicats sud-africains importants commeCongress Of South African Trade Unions (COSATU),Landless People’s Movement, South African NGO Coali-tion, Anti-War Coalition et Physicians for Human Rights.

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Que demande la société civile palestinienne exactement?

L’Appel BDS est une réponse aux trois dimensions dusystème d’oppression israélien :

Nous, représentants de la société civile palesti -nienne, invitons les organisations des sociétésciviles internationales et les hommes et les femmesde conscience du monde entier à imposer des boy-cotts significatifs et à mettre en œuvre des initia-tives de désinvestissement contre Israël semblablesà ceux qui furent dirigés contre l’Afrique du Sudà l’époque de l’apartheid. Nous leur demandonsde faire pression sur leurs États respectifs afinqu’ils imposent un embargo et des sanctions contreIsraël. Nous invitons également les Israéliens deconscience à soutenir cet appel au nom de la jus-tice et d’une véritable paix28.

L’Appel BDS prend pour modèle l’appel plus ancienlancé par la campagne palestinienne pour le boy-cott universitaire et culturel d’Israël, qui était aucœur du débat autour du boycott d’un certain nom-bre d’uni versités israéliennes par l’Association bri-tannique des professeurs d’université (BAUT) enavril 2005. Cette décision historique fut annulée enmai de la même année suite à une campagne d’inti -midation sans précédent contre l’association menéepar les lobbys israéliens et pro-israéliens au Roy-aume-Uni et aux États-Unis. Pendant 34 jours, lesPalestiniens ont vu de la lumière au bout d’un longtunnel de 57 ans d’oppression. Nous avons alorscompris qu’Israël pouvait être descendu dupiédestal sur lequel il avait été placé par l’Occident,pour reprendre la métaphore de Desmond Tutu.Nous avons senti que le monde nous écoutait enfin,que le mur de silence coupable et de complicité

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pouvait se fissurer. Pendant 34 jours, nous avonsassisté à un moment de transformation détermi-nant du modus operandi du mouvement de soli-darité : des appels à la prise de conscience et descondamnations, aussi importantes qu’aient pu êtreces formes de lutte, le monde passait enfin auxsanctions réelles pour faire appliquer la justice et lapaix.On opposa de nombreux arguments aux appels au

boycott. Je résumerai ici les moins irrationnels et lesplus fréquents d’entre eux, en proposant ensuite descontre-arguments, tous fondés sur le principe de lacohérence morale.

Principaux arguments contre BDS

Certains soutiens déclarés de la cause palestiniennese sont exprimés contre l’application d’un boycott detype sud-africain à Israël pour diverses raisons, dontvoici les plus importantes :(A) Israël est fondamentalement un pays démocra-

tique avec une société civile très active et il peut doncêtre convaincu de mettre fin à l’oppression sans qu’ilsoit nécessaire d’appliquer des sanctions.(B) Contrairement à la situation de l’Afrique du Sud

à l’époque de l’apartheid, la majorité de la popula-tion israélienne est opposée au boycott.(C) Les organisations de la société civile israélienne

sont majoritairement progressistes et elles sont àl’avant-garde du mouvement pour la paix. Il faut doncles soutenir et non les boycotter.

Contre-arguments

(A) Comment une instance de suprématie ethno-religieuse qui est également une puissance colonialepeut-elle être qualifiée de démocratie ? Tony Judt,

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professeur à NYU, parle d’Israël comme d’un«anachronisme dysfonctionnel» et le classe parmi les«ethno-États intégristes agressivement intolérants29».Dès 1967, le célèbre écrivain juif américain I.F. Stone

résumait ainsi le dilemme du sionisme: «Israël est entrain de créer une sorte de schizophrénie morale dansla communauté juive mondiale. À l’extérieur, le bien-être des Juifs repose sur le maintien de sociétéslaïques, non raciales et pluralistes. En Israël, les Juifsse retrouvent à défendre une société où les mariagesmixtes ne peuvent pas être reconnus, où les non-Juifsont un statut inférieur aux Juifs et où l’idéal est racisteet exclusiviste30. » (B) Ce deuxième argument contre le boycott reflète

soit une étonnante naïveté, soit une malhonnêtetéintellectuelle foncière. Doit-on juger de l’opportunitéd’appliquer des sanctions contre une puissance colo-niale en se fondant sur l’opinion de la majorité dansla communauté des oppresseurs ? La communautéopprimée compte-t-elle si peu?(C) Il s’agit là purement et simplement d’un mythe

défendu et répandu par certains universitaires et intel-lectuels israéliens qui se disent «de gauche». La grandemajorité des Israéliens servent dans les forces deréserve de l’armée et ont donc une connaissancedirecte des crimes quotidiens de l’occupation et de l’a-partheid, quand ils n’y participent pas. Par ailleurs, àl’exception d’une minorité infime (mais essentielle), lasociété civile israélienne est opposée à l’égalité totaleavec les Palestiniens et soutient – ou approuve tacite-ment – l’oppression étatique. Les institutions israé -liennes, qu’elles soient économiques, culturelles,universitaires ou autres, sont presque toutes complicesde cette oppression en perpétuant ou en justifiant lesviolations des lois internationales et le déni des droitsdes Palestiniens.

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Deuxième groupe d’arguments

Dans une perspective légèrement différente, certainsobservateurs ont affirmé que le boycott d’Israël étaitcontre-productif et pouvait conduire à :(1) perdre la possibilité d’exercer une influence sur

Israël pour le remettre sur la voie de la paix ;(2) radicaliser la droite israélienne et couper l’herbe

sous le pied de la gauche ;(3) aggraver indirectement les souffrances des Pales-

tiniens qui pourraient eux-mêmes être soumis aux effetséconomiques du boycott, voire à des conditions d’op-pression encore renforcées par l’isolement d’Israël.

Deuxième groupe de contre-arguments

(1) Quelle influence ? L’Europe n’en a à peu prèsaucune aujourd’hui. Quant aux États-Unis, l’israéli-sation de la politique étrangère, en particulier enversle Moyen-Orient, y a atteint des proportions telles qu’ilest de fait impossible de concevoir que le pays exercela moindre pression pour ne serait-ce que limiter –ne parlons même pas d’y mettre un terme – les poli-tiques d’oppression menées par Israël.(2) Quelle gauche ? La gauche sioniste israélienneferait aisément passer les partis d’extrême droiteeuropéens pour des parangons de morale altruiste,notamment lorsqu’on pose la question de la recon-naissance des droits des réfugiés palestiniens oude la pleine égalité des citoyens non juifs de l’Étatd’Israël. D’un autre côté, la gauche non-sioniste,soucieuse de cohérence morale, constitue un groupeminuscule, dont les membres pourraient en effetperdre des bénéfices, des avantages ou des finance-ments à cause du boycott. Cela devrait nous inciterà nuancer notre tactique de façon à limiter la portéede cette conséquence malencontreuse. Mais, comme

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nous le savons tous, le boycott n’est pas une sci-ence exacte, et il faut insister sur l’effet positif qu’ilpeut avoir sur la lutte globale pour les droits del’homme, l’égalité et la démocratie réelle, y com-pris en Israël.(3) Aggraver leurs souffrances ? Quelle que soit lasincérité de cet argument, il relève implicitement d’uneattitude coloniale envers les Palestiniens, comme siceux qui le défendent savaient mieux que nous ce quiest bon pour nous. Les Palestiniens sont parfaitementconscients du prix à payer pour le succès de BDS etils sont assez adultes et raisonnables pour l’accepterau nom de leur poursuite de la liberté, de l’égalité etde l’autodétermination.

Le génocide nazi et l’argument de l’antisémitisme

Comme l’a dit le philosophe Étienne Balibar, «Israël nedevrait pas être autorisé à instrumentaliser le génocidedes Juifs d’Europe pour se placer au-dessus de la loides nations31. » En fermant les yeux sur l’oppressionisraélienne, les Occidentaux ont en réalité perpétuéla souffrance humaine et l’injustice qu’a provoqué legénocide nazi.Quant à l’accusation d’antisémitisme, elle est de toute

évidence déplacée et utilisée comme un outil d’intimi-dation intellectuelle. Est-il vraiment utile de redire quel’Appel BDS ne vise pas les Juifs ni même les Israéliensen tant que Juifs. Il est clairement dirigé contre Israëlen tant que pouvoir colonial et État d’apartheid. L’identité des oppresseurs importe peu; ce qui compte,c’est qu’ils continuent à opprimer, nous contraignantà résister par tous les moyens conformes aux lois inter-nationales et aux droits de l’homme.Le soutien croissant dont bénéficient les initiatives

visant à exercer des pressions réelles contre Israëlchez les Juifs progressistes en Europe, aux États-Unis

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et en Israël est un contre-argument qui est étrange-ment souvent négligé par les opposants à BDS.BDS n’exclut pas la possibilité de projets de

coopération israélo-palestiniens dès lors qu’ils recon-naissent les droits des Palestiniens et l’exigence fon-damentale de liberté et d’égalité. La campagne deboycott fixe simplement des critères précis pour quecette coopération soit moralement juste et poli-tiquement efficace. Il ne suffit pas d’invoquer la paix,qui est aujourd’hui l’un des mots les plus galvaudés,quand on voit que deux criminels de guerre notoiresse considèrent aujourd’hui comme des « hommesde paix ». La paix sans la justice n’est qu’une insti-tutionnalisation de l’injustice.Les projets pour la paix qui omettent délibérément

toute mention de l’oppression des Palestiniens sontdes entreprises nuisibles et malhonnêtes. Ceux quipensent que le conflit finira par se dissiper à coupsde forums sur le rapprochement, la détente ou le«dialogue» – dans lesquels ils mettent leurs espoirsde réconciliation et, à terme, de paix – sont desgrands délirants ou des mystificateurs. La volontéde changer la perception des opprimés au lieud’aider à mettre un terme au système d’oppressionlui-même est un signe d’aveuglement moral et demyopie politique.Le boycott, le désinvestissement et les sanctions

peuvent varier et s’adapter aux circonstances. Dumoment que sont reconnus les droits inaliénablesdes Palestiniens et le principe fondamental selonlequel il faut faire pression sur Israël pour qu’ilrespecte ces droits et les lois internationales,diverses formes de BDS peuvent s’appliquer en fonc-tion de contextes spécifiques. Ne pas apporter unsoutien déterminé et efficace à cette forme mini-male, civique et non-violente de résistance à l’op-pression, ou à toute autre forme de lutte

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1. Desmond Tutu, «Apartheid in the HolyLand», The Guardian, 29 avril 2002.http://www.guardian.co.uk/israel/com-ment/0,10551,706911,00.html2. Roman Bronfman, «The Hong Kong ofthe Middle East», Haaretz, 20 mai 2005.http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArt.jhtml?itemNo=578338&con-trassID=2&subContrassID=4&sbSub-ContrassID=0&listSrc=Y3. Roee Nahmias, «“Israeli terror isworse”», Yedioth Ahronoth, 29 juillet2005.http://www.ynetnews.com/arti-cles/0,7340,L-3119885,00.html4. Thomas O’Dwyer, «Parts andapartheid», Haaretz, 24 mai 2002.5. Jon Jeter, «South African JewsPolarized Over Israel», WashingtonPost, 19 décembre 2001.6. Éditorial d’Haaretz, «A Fence Alongthe Settlers’ Lines», 3 octobre 2003.7. Mazal Mualem, «Old Habitats DieHard», Haaretz, 20 juin 2003.8. Ibid.9. Le Dr Aghlab Khouri du St. JohnEye Hospital de Jérusalem, spécialisédans le traitement des yeux, expliquedans un témoignage recueilli par uneorganisation de défense des droits del’homme l’effet de l’impact d’une ballede métal enrobée de caoutchouc dansl’œil : «Les cas que j’ai traités pendantles affrontements étaient des cas detirs directs dans les yeux avec desballes de métal enrobées decaoutchouc. Les balles de ce type n’ontpas de terminaison pointue mais ellescontiennent un morceau de métal ;elles atteignent l’œil à une très grande

vitesse, créant un impact qui le faitéclater.»LAW, Israel’s Excessive and Indiscrim-inate Use of Force : Eye Injuries,2 novembre 2000.10. Physicians for Human Rights, Eval-uation of the Use of Force in Israel,Gaza and the West Bank, 3 novembre2000.http://www.phrusa.org/research/foren-sics/israel/Israel_force_2.html11. Tanya Reinhart, «Don’t Say YouDidn’t Know», Indymedia, 6 novembre2000.12.http://en.wikipedia.org/wiki/New_His-torians13. Sur le concept d’«humanité rela-tive», voir :http://electronicintifada.net/v2/arti-cle2325.shtml14. Sur cette question, voir OmarBarghouti, «The Spirit of Auschwitz»,Al-Ahram Weekly Online, 2-8 mai2002.15. DPA, «Sephardi Jews DemandRecognition from Spanish Govern-ment», Haaretz, 15 octobre 2002.16. Pour plus de détails sur ce point,voir Omar Barghouti, «On Refugees,Creativity & Ethics», ZNet, 28 septem-bre 2002.17. Selon l’organisation Physicians forHuman Rights-Israel, «bien que lesPalestiniens représentent environ20 % de la population de l’État d’Is-raël, cette communauté souffre d’unediscrimination institutionnalisée qui setraduit par des écarts socio-économiques considérables entre la

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comparable, c’est, pour les organisations de lasociété civile internationale, abandonner leur obli-gation morale de défendre le droit, la justice, lapaix véritable, l’égalité et la possibilité de faire pré-valoir les principes éthiques universels.

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majorité juive et la minorité arabe.Aucun investissement significatif n’estfait pour abolir ces écarts. Au con-traire, la population arabe continue àsouffrir de sous-financements et dediscriminations dans de nombreuxdomaines comme l’emploi, l’éducation,le logement, l’aménagement urbain etles services de santé.»http://www.phr.org.il/Phr/Pages/PhrAr-ticle_Unit.asp?Cat=37&Pcat=4 18. Selon l’écrivain israélien Ben-jamin Beit-Hallahmi, « les Israélienssemblent hantés par […] la malédic-tion du péché originel contre lesArabes indigènes. Comment peut-onévoquer Israël sans rappeler l’expro-priation et l’exclusion des non-Juifs ?C’est le point le plus fondamental àpropos d’Israël et on ne peut pascomprendre la réalité israélienne sil’on n’en tient pas compte. Le péchéoriginel hante et tourmente lesIsraéliens : il entache chaque chose etchaque personne. Son souvenirempoisonne le sang et marquechaque moment de l’existence. » Ben-jamin Beit-Hallahmi, Original Sins :Reflections on the History of Zionismand Israel, Olive Branch Press, NewYork, 1993.19. Edward Herman, « IsraeliApartheid and Terrorism», Z-Maga-zine, 29 avril 2002.20. Haaretz, 22 mai 2003.21. Eli Ashkenazi, «Budget for CancerMapping doesn’t extend to ArabSector», Haaretz, 28 mars 2005.22. Lily Galili, «Long Division»,Haaretz, 19 décembre 2003.

23. Lily Galili, «A Jewish demographicstate», Haaretz, 1er juillet 2002.24. Yulie Khromchenco, «Poll : 64 % ofIsraeli Jews support encouragingArabs to leave», Haaretz, 22 juin2004.25. Galili, 2002.26. Ronnie Kasrils et Victoria Brittain,«Both Palestinians and Israelis willbenefit from a boycott», TheGuardian, 25 mai 2005.27. Desmond Tutu et Ian Urbina,«Against Israeli Apartheid», TheNation, 15 juillet 2002.28. Voir l’intégralité de L’Appel de lasociété civile palestinienne au boycott,au désinvestissement, et aux sanc-tions contre Israël (BDS) infra, p. 182.Il peut aussi être consulté à l’adressesuivante : www.PACBI.org.29. Tony Judt, « Israël : The Alterna-tive», The New York Review of Books,vol. 50, n° 16, 23 octobre 2003.http://www.nybooks.com/arti-cles/1667130. I.F. Stone, «For a new approach tothe Israeli-Arab Conflict», The NewYork Review of Books, 3 août 1967.http://www.nybooks.com/arti-cles/1200931. Étienne Balibar, «A ComplexUrgent Universal Political Cause», Dis-cours d’ouverture de la conférence dela Faculty For Israeli-PalestinianPeace (FFIPP), université Libre deBruxelles, 3 juillet 2004.

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israël/Afrique du Sud :Réflexions sur le boycott culturelAmerican Theater Magazine, juin 2008.

Cet article fait partie d’une série de douze contribu-tions adressées aux milieux culturels et artistiquesoccidentaux. Il évoque la logique du boycott del’Afrique du Sud et montre que le boycott culturel con-tre Israël est tout aussi justifié et nécessaire.

En 1965, suivant l’exemple de plusieurs grandes asso-ciations artistiques britanniques, l’organisation Ame-rican Committee on Africa publia une déclarationhistorique contre l’apartheid en Afrique du Sud signéepar plus de 60 personnalités du monde de la culture.On pouvait y lire : «Nous disons non à l’apartheid.Nous nous engageons solennellement à refuser touteforme de soutien à l’actuelle République d’Afrique duSud ou de collaboration professionnelle avec elle jus-qu’au jour où l’ensemble de son peuple pourra béné-ficier des avantages éducatifs et culturels de cetteriche et belle terre.»Si l’on remplaçait «République d’Afrique du Sud»

par «État d’Israël», le texte conserverait toute sa per-tinence. Aujourd’hui, 60 ans après sa création par unprocessus systématique et délibéré de nettoyage eth-nique à l’encontre d’une grande partie de la popula-tion palestinienne indigène (pour l’analyse d’unhistorien reconnu sur la «naissance» d’Israël, voir IlanPappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine), l’Étatd’Israël continue d’exercer des discriminations raciales

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à l’égard de ses propres citoyens non juifs ; il main-tient la plus longue occupation militaire de l’histoiremoderne; il dénie toujours aux réfugiés palestiniens –déracinés, expropriés et expulsés par les sionistesdepuis six décennies – le droit au retour dans leur foyeret sur leurs terres; il n’a cessé de commettre des crimesde guerre, de bafouer les droits de l’homme et les prin-cipes des lois internationales en toute impunité.De l’avis même de leaders anti-apartheid sud-afri-

cains comme l’archevêque Desmond Tutu et l’actuelministre Ronnie Kasrils, qui est juif, l’État d’Israël meten œuvre une forme d’apartheid plus sophistiquée,plus évoluée et plus brutale que le précédent sud-afri-cain. Il doit donc susciter chez les hommes et lesfemmes de conscience du monde entier, notammentchez ceux qui se sont élevés contre l’apartheid sud-africain, les mêmes réactions de solidarité et de com-passion, à travers l’application d’un boycott, dedésinvestissement et de sanctions (BDS) contre Israëljusqu’à ce qu’il se conforme au droit international etrespecte les droits de l’homme fondamentaux.Certains diront peut-être que pour eux, l’art doit

être au-dessus des divisions politiques et unir les gensdans leur humanité commune. Il me semble qu’ilsoublient un peu vite que les maîtres et les esclavesn’ont pas grand-chose en commun, et surtout pasl’idée d’humanité. Au lieu de réinventer la roue, jeme contenterai de rappeler les sages paroles d’EnugaS. Reddy, directeur du Centre contre l’apartheid desNations unies, qui, quand on lui disait que le boycottculturel de l’Afrique du Sud était contraire au prin-cipe de la liberté d’expression, répondait : «Je trouveassez étrange, et c’est un euphémisme, que le régimesud-africain qui prive la majorité africaine de toutesles libertés […] se transforme ainsi en défenseur dela liberté des artistes et des sportifs du monde entier.Nous disposons d’une liste de personnalités qui se sont

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produites en Afrique du Sud pour diverses raisons :ignorance de la situation, appât du gain ou indiffé-rence au racisme. Il faut les persuader d’arrêter dedivertir l’apartheid, d’arrêter de profiter de l’argentde l’apartheid et d’arrêter de se prêter à la propa-gande du régime d’apartheid.»Il convient de noter que l’Assemblée générale des

Nations unies a adopté sa résolution sur le boycottculturel de l’Afrique du Sud en décembre 1980, soitprès de deux décennies après l’adoption du boycottpar les organisations de la société civile en GrandeBretagne, puis aux États-Unis. Cette décision fut éga-lement prise à la suite des appels répétés des organi-sations noires d’Afrique du Sud qui s’étaientelles-mêmes opposées à la venue de plusieurs per-sonnalités étrangères qui ne respectaient pas le boy-cott.Accusant ces personnalités de complicité avec l’apar-

theid, Reddy affirmait : « Il n’y a pas de précédent àcela dans l’histoire, à part dans une certaine mesuresous le nazisme. Le problème en Allemagne à l’époquen’était pas la ségrégation des publics mais l’inhuma-nité et le génocide, et c’est aussi le cas en Afrique duSud aujourd’hui.» Malgré toutes les différences évi-dentes, on peut dire la même chose de la situationdans l’actuelle Palestine occupée.

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Sur la responsabilité morale des universitairesdans les situations d’oppression.Le boycott universitaire comme acte de résistance civiqueAcademe, février 2006.

Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun

n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la

reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire

aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général

dans une société démocratique.Déclaration universelle des droits de l’homme,

Article 29-2

Publié dans Academe, le journal de l’American Asso-ciation of University Professors, cet article est écriten réponse à la position de l’Association condamnantle boycott. Avec d’autres, il a été rédigé en vue d’uneconférence qui devait se tenir en février 2006 au Rocke -feller Conference Center à Bellagio (Italie). La con-férence fut annulée, mais l’association décida depublier les articles pour présenter les points de vuequi devaient y être exposés.

Il faut savoir gré à l’Association américaine des pro-fesseurs d’université (American Association of Uni-versity Professors, AAUP) de prendre l’initiativeprécieuse et bienvenue d’ouvrir un débat sur les boy-cotts universitaires et leurs conséquences sur le prin-cipe de liberté académique. Je me contenterai ici decritiquer la position de l’AAUP sur les boycotts uni-

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versitaires et les libertés académiques telle qu’elle a étéexprimée dans le rapport du Comité A, «Sur les boy-cotts universitaires» (On Academic Boycotts).De mon point de vue, la position de l’AAUP sur cette

question pose trois séries de problèmes, d’ordresconceptuel, fonctionnel et éthique. Dans leur ensemble,ils remettent gravement en cause la cohérence de laposition de l’AAUP sur le boycott universitaire d’Is-raël et sa conformité aux politiques et aux modes d’in-tervention défendus de longue date par l’organisationpartout où ses principes sont battus en brèche. Plusgrave encore, en postulant l’« importance primor-diale» de cette notion de liberté académique, l’AUUPlimite de fait, délibérément ou non, l’étendue des obli-gations morales des universitaires de réagir aux situa-tions d’oppression dès lors que l’accomplissement deces obligations entre en conflit avec cette notion.

Insuffisance conceptuelle

Entre autres aspects problématiques, la défense deslibertés académiques par l’AAUP semble être limitéeaux conflits à l’intérieur d’un État, c’est-à-dire pourl’essentiel aux « politiques gouvernementales » quicontreviennent au «libre-échange des idées entre uni-versitaires». Cela écarte d’emblée les universitairesqui exercent dans un contexte de colonialisme, d’oc-cupation militaire ou d’autres formes d’oppressionnationale où « les saisies matérielles et institution-nelles […] empêchent certains sujets historiques deprétendre au discours des droits lui-même», commele dit très bien Judith Butler1. De ce point de vue, leslibertés académiques deviennent le privilège exclusifde certains universitaires.En outre, en privilégiant les libertés académiques

par rapport à toutes les autres libertés, la position del’AAUP contredit les principes fondamentaux du droit

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international définis par l’ONU. La Conférence de 1993sur les droits de l’homme proclamait que tous « lesdroits de l’homme sont universels, indissociables, inter-dépendants et intimement liés. La communauté inter-nationale doit traiter les droits de l’hommeglobalement, de manière équitable et équilibrée, surun pied d’égalité et en leur accordant la même impor-tance2». Enfin, en faisant de la libre circulation desidées une valeur absolue et inconditionnelle, l’AAUPentre en conflit avec la conception des libertés aca-démiques reconnue au niveau international telle quel’a définie le Comité des droits économiques, sociauxet culturels de l’ONU, selon lequel :

Les libertés académiques englobent la liberté pourl’individu d’exprimer librement ses opinions surl’institution ou le système dans lequel il travaille,d’exercer ses fonctions sans être soumis à desmesures discriminatoires et sans crainte de répres-sion de la part de l’État ou de tout autre acteur, departiciper aux travaux d’organismes universitairesprofessionnels ou représentatifs et de jouir de tousles droits de l’homme reconnus sur le plan inter-national applicables aux autres individus relevantde la même juridiction. La jouissance des libertésacadémiques a pour contrepartie des obligations,par exemple celles de respecter les libertés acadé-miques d’autrui, de garantir un débat contradic-toire équitable et de réserver le même traitement àtous sans discrimination fondée sur l’un ou l’autredes motifs prescrits3. (Nous soulignons.)

Lorsque des universitaires négligent ces obligationsou s’y soustraient totalement, ils perdent donc leurdroit d’exercer ces libertés. Cette mise en balance desdroits et des obligations est le principe même de l’exer-cice d’une juridiction internationale sur les droits de

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l’homme. C’était aussi l’un des fondements de laconception première des libertés académiques del’AAUP telle qu’elle l’exprimait dans sa «Déclarationde principes» de 1915, qui posait comme condition àces libertés les «obligations corrélatives» de contri-buer à « l’intégrité» et au «progrès» de la recherchescientifique. En s’abstenant de fixer un ensembled’obligations large et évolutif, les institutions et lesassociations universitaires s’empêchent de dissuaderdes universitaires de participer à des actions ou dedéfendre des points de vue jugés fanatiques, haineuxou incendiaires.Un professeur devrait-il avoir le droit d’écrire: «Chez

les [Juifs], vous ne trouverez pas ce phénomène si carac-téristique de la culture [islamo-chrétienne] : le doute,le sens de la faute, cette façon de se torturer. […] Il n’ya pas de condamnations, pas de regrets, pas de pro-blèmes de conscience chez les [Israéliens] et les [Juifs],nulle part, dans aucune couche sociale, dans aucuneposition sociale»? Si l’on remplace les mots entre cro-chets par, dans l’ordre, «Arabes», «judéo-chrétienne»,«Arabes» et «musulmans», cette phrase est une cita-tion exacte d’un livre de David Bukay de l’universitéd’Haïfa4. Un étudiant palestinien de Bukay porta plaintecontre lui pour propos racistes. Le recteur de l’univer-sité innocenta totalement Bukay, bien que le sous-pro-cureur général d’Israël ait ordonné une enquête contrelui pour «suspicion d’incitation au racisme5». Dans cecas, c’est l’institution elle-même qui est impliquée.Au-delà de la question pénale, une institution uni-

versitaire devrait-elle tolérer, au nom des libertés aca-démiques, le plaidoyer d’un professeur pour la«christianisation de Brooklyn», par exemple, ou unerecherche «scientifique» qui viserait explicitement àcontrer la «menace démographique juive » à NewYork? Arnon Soffer, de l’université d’Haïfa, a travaillépendant des années sur la «judaïsation de la Galilée»

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et lancé des projets de recherche pour lutter contrela «menace démographique arabe» en Israël6. Dansson université comme dans l’ensemble de l’establish-ment académique israélien, Soffer est très reconnu etil fait l’objet de fréquents éloges.Les universitaires qui défendent l’idéologie nazie,

nient l’Holocauste ou développent des théories anti-sémites sont-ils libres de soutenir leurs points de vueen classe ? Devraient-ils l’être ? La conception deslibertés académiques défendue par l’AAUP permet-elle d’aborder de façon cohérente ces cas épineux?

Incohérence opérationnelle

Tout au long de son rapport, l’AAUP fait montre d’unmanque d’impartialité et d’équilibre dès qu’il s’agitdes universitaires israéliens et de leurs homologuespalestiniens. Selon le rapport, ce qui a valu lacondamnation « immédiate» de l’AAUP est ce qu’ellea perçu comme une violation d’un aspect spécifiquedes libertés académiques des universitaires israé-liens – leur droit à interagir librement avec leurs col-lègues du reste du monde – suite à la décision del’Association des professeurs d’université britannique(British Association of University Teachers, AUT),révoquée par la suite, de boycotter deux universitésisraéliennes. Les injustices qui suscitèrent le gestede l’AUT, et notamment les entraves autrement plusradicales et générales aux libertés académiques desPalestiniens, n’ont pas suscité la moindre critique del’AAUP. Quand elle s’y réfère, elle évoque seulement« ce que d’aucuns considèrent comme le déni desdroits des Palestiniens par l’occupation israélienne»,comme s’il n’était pas évident pour à peu près toutle monde que l’occupation militaire est par définitioncontraire à l’affirmation et à l’exercice des libertéset des droits.

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Par ailleurs, si l’AAUP a adopté de nombreuses réso-lutions condamnant les régimes et les institutions quilimitent les libertés des citoyens et des enseignants,elle n’a jamais pris position publiquement, à maconnaissance, contre la fermeture des universités etdes écoles palestiniennes plusieurs années de suite àla fin des années 1980 et au début des années 1990,pas plus que contre la «criminalisation» de toutes lesinitiatives d’éducation alternatives « souterraines »qui ont vu le jour à cette époque7. Malgré les nom-breux témoignages recueillis par les principales orga-nisations de défense des droits de l’homme et lesagences de l’ONU, malgré la couverture médiatiquedont elle fait l’objet, la politique israélienne actuellequi aboutit à entraver et bien souvent à interdire auxPalestiniens l’accès à leurs écoles et à leurs universi-tés – du fait du mur colonial, des barrages routiers etdes routes «réservées aux Israéliens» – a égalementété ignorée par l’AAUP. On ne l’a pas entendue nonplus sur la pratique de l’armée israélienne consistantà « tirer pour blesser» délibérément sur les manifes-tants, qui sont parfois des écoliers8.Un autre aspect des violations du droit à l’éducation

qui a échappé aux critiques de l’AAUP est l’infractionau droit à une éducation égale pour tous dont sontvictimes les citoyens arabo-palestiniens d’Israël. Uneétude menée par Human Rights Watch en 2001 seconcluait ainsi :

Une discrimination à tous les niveaux du systèmeéducatif [israélien] élimine une proportion crois-sante d’enfants arabo-palestiniens à mesure qu’ilsavancent dans le système scolaire — ou canalise lesplus persévérants de façon à limiter leurs chancesd’accéder à une éducation supérieure. Les obstaclesque les étudiants arabo-palestiniens rencontrent dela maternelle à l’université fonctionnent comme une

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série de tamis toujours plus fins. À chaque étape,le système éducatif élimine davantage d’Arabo-Palestiniens que de Juifs. […] Bien que la Constitu-tion ne reconnaisse pas explicitement le droit àl’éducation, un tel droit est bel et bien garanti pardes lois en Israël. Mais ces lois, qui interdisent ladiscrimination au sein des écoles, n’interdisent passpécifiquement la discrimination par le gouverne-ment national lui-même. Les tribunaux israéliensdoivent donc se fonder sur ces lois ou sur des prin-cipes plus généraux d’égalité pour protéger lesenfants arabo-palestiniens des discriminations dansl’éducation9.

Cette forme de discrimination raciale institutionna-lisée n’évoque-t-elle pas des précédents? Selon l’an-cienne ministre de l’éducation israélienne ShulamitAloni, Israël «ne diffère en rien de l’Afrique du Sudraciste10». Le député israélien Roman Bronfman cri-tique également ce qu’il désigne comme «un régimed’apartheid dans les territoires occupés », ajoutantque « la politique d’apartheid a également infiltré l’État d’Israël où s’exerce une discrimination quo-tidienne contre les Arabes et les autres minoritésisraéliennes11». Cette situation ne justifie-t-elle pasdes mesures de désinvestissement similaires ? Ilconvient de noter que dans le cas de l’Afrique duSud, l’AAUP justifiait son appel à des sanctions parune prise de position « contre l’apartheid» en géné-ral alors que dans le cas de la Palestine, elle ne s’estintéressée qu’aux « violations des libertés acadé-miques ».Et si ce sont les boycotts académiques, par prin-

cipe, qui suscitent la réprobation de l’AAUP, l’orga-nisation a-t-elle condamné l’American LibraryAssociation lorsqu’elle a mis en place un boycott dece type contre l’Afrique du Sud pendant les années

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1980? Et quelle est sa position sur l’appel de l’Anti-Defamation League à un contre-boycott des univer-sités britanniques après la décision de boycott del’AUT12?

Responsabilité éthique

Selon le rapport de l’AAUP «Sur les boycotts acadé-miques», «s’il n’existe pas de moyen objectif de déter-miner ce qui constitue une situation extraordinaire,comme c’est certainement le cas, quels critères devraientguider la décision de soutenir ou de ne pas soutenir unboycott?» (Nous soulignons.) Si des critères «objectifs»sont sans doute en effet un idéal abstrait qu’on vise sansjamais l’atteindre réellement, certains principes éthiquesfont désormais l’objet d’une adhésion suffisamment uni-verselle pour être considérés comme relativement objec-tifs, au moins pour notre époque. La prohibition desactes de génocide ou des assassinats d’enfants sont deuxexemples évidents. Le corpus croissant des conventionset des déclarations de l’ONU doit être considéré commece qui se rapproche le plus des critères objectifs qui peu-vent nous guider pour nous prononcer en matière delitiges sur les droits et les libertés, notamment dans lessituations d’oppression.La réglementation de l’ONU n’est peut-être pas tou-

jours parfaitement cohérente, mais elle se fonde sur leprincipe éthique suprême de la valeur égale de toutesles vies humaines et sur l’indivisibilité et l’interdé-pendance des droits de l’homme. La violation de cesprincipes était probablement le principal motif de l’ap-pel de l’AAUP au désinvestissement dans l’Afrique duSud de l’apartheid. Il convient de souligner ce précé-dent, dans la mesure où il met en jeu des critères,certes implicites, qui permettent de décider ce quiconstitue une «situation extraordinaire» nécessitantdes mesures exceptionnelles.

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Le soutien de l’AAUP à une forme de boycott del’Afrique du Sud peut être interprété ou extrapolépour montrer que, lorsqu’un déni constant et géné-ralisé des droits de l’homme fondamentaux estreconnu, la responsabilité éthique de toute personnelibre – et de toute association de personnes libres, ins-titutions universitaires comprises – de résister à l’in-justice supplante toute autre considération sur lesconséquences éventuelles de ces actes de résistancesur les libertés académiques. Cela ne signifie pasnécessairement que les libertés académiques sontreléguées à un rang inférieur parmi d’autres droits,mais simplement que dans des contextes d’oppres-sion extrême, l’obligation de sauver des vies humaineset de protéger les droits inaliénables des opprimés àvivre comme des êtres humains libres et égaux prendun caractère d’urgence et de priorité absolue. C’estprécisément dans cette logique qu’a été lancé l’appelde la Campagne palestinienne pour le boycott uni-versitaire et culturel d’Israël (PACBI).

Mauvaise interprétation de l’appel PACBI

Les critiques légitimes de la «clause d’exclusion» dansl’appel au boycott, de la part de l’AAUP et d’autresorganisations et individus, et la ferme opposition dePACBI à toute forme de «test idéologique» ou de «listenoire», ont convaincu les organisateurs de la cam-pagne de supprimer totalement cette clause. S’ils ontsouhaité l’inclure dans un premier temps, ce n’étaitnullement dans l’intention de dresser des listes maissimplement pour introduire autant de nuances quepossible dans l’appel, de façon à mieux prendre encompte les inévitables zones grises, lorsqu’il est dif-ficile de déterminer si des universitaires ou des intel-lectuels agissent à titre personnel ou en tant quereprésentants d’institutions soumises au boycott13.

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Mais dans l’ensemble, l’AAUP a commis une graveerreur d’interprétation de l’appel PACBI. Habituée àréagir à des violations des libertés académiques per-pétrées par des gouvernements ou des directions d’uni-versité à l’encontre d’universitaires, l’AAUP sembleexclure la possibilité d’une complicité institutionnellede l’Université elle-même pour maintenir ou pour ser-vir un système d’oppression à l’extérieur de l’enceintede l’Université, comme c’est le cas en Israël.L’appel PACBI vise spécifiquement les institutions

universitaires israéliennes en raison de leur compli-cité dans la perpétuation de l’occupation israélienne,des discriminations raciales et du déni des droits desréfugiés. Cette collusion prend des formes diverses,des recherches – en démographie, géographie, hydro-logie et psychologie, entre autres – pour le compte del’establishment de l’armée et du renseignement quiprofitent directement à l’appareil d’occupation, à latolérance et bien souvent au soutien dont bénéficient lesdiscours, les théories et les recherches «scientifiques»racistes ; de l’institutionnalisation des discriminationscontre les citoyens arabo-palestiniens à l’étouffementde la recherche universitaire sur la Nakba, la catas-trophe de l’expropriation et du nettoyage ethnique deplus de 750000 Palestiniens et de la destruction deplus de 400 villages au moment de la création d’Israël,ou encore à des infractions aux lois internationalescommises par les universités elles-mêmes, comme laconstruction de campus ou de dortoirs dans les terri-toires palestiniens occupés – ce fut le cas de l’univer-sité hébraïque de Jérusalem, par exemple14.Par conséquent, si l’objectif ultime du boycott est

d’obliger Israël à respecter les lois internationales,les droits de l’homme et les droits politiques des Pales-tiniens, la pression sur l’Université israélienne n’estpas seulement un moyen en vue d’une fin, mais ellefait partie de la fin elle-même. C’est d’autant plus

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vrai si l’on tient compte du fait que le boycott uni-versitaire n’est qu’une composante d’une campagneplus générale de boycott, de désinvestissement et desanctions, soutenue par la très large majorité de lasociété civile palestinienne.L’AAUP s’est toujours opposée aux boycotts univer-

sitaires, quelles que soient les conditions d’oppres-sion, leur préférant, dans les situations extrêmes, lesboycotts économiques. Pour justifier cette préférence,l’AAUP affirme notamment que le boycott universi-taire porte préjudice à des universitaires irrépro-chables. Mais le boycott économique ne touche-t-ilpas davantage encore de spectateurs innocents, etpas seulement dans la communauté universitaire? Leboycott n’est jamais une science exacte. Même lorsquela cible est parfaitement légitime, il porte nécessaire-ment atteinte à des gens qui, en toute justice, ne peu-vent être tenus pour responsables des politiques misesen cause. Le boycott économique de l’Afrique du Sudsoutenu par l’AAUP pendant l’apartheid a sans doutefait du tort à des civils innocents, universitaires com-pris. Et, comme dans le cas du boycott de l’Afriquedu Sud, au lieu de se concentrer sur la «marge d’er-reur», aussi importante soit-elle, les partisans du boy-cott doivent insister sur les effets émancipateurs qu’unboycott total et soutenu peut avoir, non seulement surla vie des opprimés, mais aussi sur la vie des oppres-seurs eux-mêmes, tout en faisant tout leur possiblepour limiter les risques de faire du tort à des individusinnocents. Comme l’ont écrit le leader sud-africainRonnie Kasrils et l’écrivain britannique Victoria Brit-tain, «Le boycott et les sanctions ont fini par contribuerà libérer les Noirs et les Blancs en Afrique du Sud. Demême, Palestiniens et Israéliens gagneront tous à cettecampagne non-violente à laquelle appellent les Pales-tiniens15. » Le boycott d’Israël peut donc être le cata-lyseur de processus de transformation permettant de

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nous rapprocher d’une paix juste et durable fondéesur le droit fondamental et universel à l’égalité.

Recommandations

a. Conformément aux principes et aux pratiques qu’ellea toujours défendus, l’AAUP est invitée à prendre posi-tion publiquement contre les violations systématiquesdes droits des Palestiniens, et notamment de leurslibertés académiques, commises par Israël.b. Comme elle l’a fait pour l’Afrique du Sud, l’AAUPest invitée à appeler à un désinvestissement vis-à-visdes entreprises qui prolongent l’occupation militaireisraélienne, la colonisation et les autres formes d’op-pression des Palestiniens. Les critères de l’ONU, sem-blables aux Principes globaux de Sullivan sur laresponsabilité sociale des entreprises, mais plus géné-raux, doivent être le cadre de référence pour mener àbien ce désinvestissement.c. Reconnaissant le rôle central que jouent désormaisles Nations unies dans l’instauration de principes inter-nationaux dans la plupart des situations mettant enjeu les libertés, les droits et la résolution de conflits,l’AAUP est invitée à dépoussiérer sa conception deslibertés académiques et ses principes d’interventiondans les situations extraordinaires pour se conformeraux normes internationales et devenir plus pertinenteet réactive dans de telles situations. Cela rapproche-rait la conception des libertés académiques de l’AAUPde l’idéal évoqué dans le préambule de cet article.

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1. Judith Butler, « Israel/Palestine andthe Paradoxes of Academic Freedom»,Radical Philosophy, n° 135, janvier-février 2006, p. 8-17.2. Conférence mondiale de l’ONU surles droits de l’homme, «Déclaration etprogramme d’action de Vienne»,12 juillet 1993,http://www.unhchr.ch/huridocda/huri-

doca.nsf/(Symbol)/A.CONF.157.23.Fr?OpenDocument.3. Comité des droits économiques,sociaux et culturels de l’ONU, «Ledroit à l’éducation» (Art. 13),8 décembre 1999.http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/(Sym-bol)/6d20d27a772138b48025685e005fc2ce?Opendocument

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4. David Bukay, «The First CulturalFlaw in Thinking : The Arab Persona-lity» in Bukay, Arab-Islamic PoliticalCulture : A Key Source to Understan-ding Arab Politics and the Arab-IsraeliConflict, Shaarei Tikva (Israël), ArielCenter for Policy Research, 2003.5. Meron Rapoport, « In the Name ofTruth», Haaretz, 28 avril 2005.6. Sur cette question, voir EstherZandberg, «Unacceptable Norms»,Haaretz, 26 septembre 2004 ; et LilyGalili, «A Jewish Demographic State»,Haaretz, 1er juillet 2002.7. Birzeit University’s Public RelationsOffice, «The Criminalization of Educa-tion : Academic Freedom and HumanRights at Birzeit University during thePalestinian Uprising»,décembre 1989, p. 2.8. Au début de l’actuelle Intifada,Tanya Reinhart, professeur à l’Univer-sité de Tel-Aviv, évoquait la «pratiquecommune» chez les tireurs d’élite,consistant à « tirer une balle de métalenrobée de caoutchouc dans un œil —un petit jeu pour soldats bien entraî-nés, qui demande une précision maxi-male».http://www.tau.ac.il/~reinhart/politi-cal/DontSayYouDidntKnow.html. Voiraussi Physicians for Human Rights,«Evaluation of the Use of Force inIsrael, Gaza and the West Bank»,3 novembre 2000.http://www.phrusa.org/research/foren-sics/israel/Israel_force_2.html.

9. Human Rights Watch, «SecondClass : Discrimination against Palesti-nian Arab Children in Israel’sSchools», septembre 2001.http://www.hrw.org/reports/2001/israel2.10. Roee Nahmias, « Israeli Terror IsWorse», Yedioth Ahronoth, 29 juillet2005.11. Roman Bronfman, «The HongKong of the Middle East», Haaretz,20 mai 2005.12. Yair Sheleg, «ADL’s Boss Threa-tens Boycott of UK Academe», Haa-retz, 18 mai 2005.13. Voir l’intégralité de l’appel PACBIinfra, p. 185. Il peut aussi êtreconsulté à l’adresse suivante :http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=117&key=exclusion%20clause.14. Oren Ben-Dor affirme que l’un desobjectifs du boycott universitaire est«de fournir un moyen de transcenderles limites du discours public auto-risé», ajoutant «une telle liberté estprécisément ce qui manque enIsraël». Oren Ben-Dor, «AcademicFreedom in Israel Is Central to Resol-ving the Conflict», CounterPunch, 21-22 mai 2005.http://www.counterpunch.org/ben-dor05212005.html.15. Ronnie Kasrils et Victoria Brittain,«Both Palestinians and Israelis WillBenefit from a Boycott», Guardian,25 mai 2005.

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Juste des intellectuels ou des intellectuels justes ?Oppression, résistance et rôle des intellectuelsDevISSues, avril 2008.

Publié dans DevIssues, journal de l’International Insti-tute of Social Studies, cet article s’élève contre l’ar-gument qui veut que, dans un contexte d’oppressioncoloniale, les intellectuels restent des intellectuels etpuissent s’isoler de la réalité et des luttes pour lesdroits humains.

« Votre essai est passionnant mais pouvez-vous lerendre moins “intellectuel”, moins analytique et pluspersonnel?» Telle fut la réaction d’une éditrice de NewYork quand je lui soumis l’article sur l’art et l’oppres-sion écrit à sa demande pour un recueil d’essais surle même sujet. Des remarques de ce genre – j’en aientendu bien d’autres ! – trahissent souvent la per-ception bien enracinée, même chez les gens soucieuxde justice sociale, d’une dichotomie entre les intellec-tuels du «Nord» et ceux du «Sud», les premiers étantmieux équipés pour penser, analyser, réfléchir, créeret théoriser tandis que les seconds seraient «naturel-lement» – si l’on me permet cette allusion aristotéli-cienne – davantage prédisposés à la simple existence,à l’expérience des dimensions physiques et sensoriellesde la vie auxquelles ils ne feraient que «réagir».La façon dont la plupart des universitaires et des intel-

lectuels israéliens, notamment ceux qui se disent «degauche», ont réagi à l’appel palestinien au boycott uni-versitaire et culturel des institutions israéliennes1 en

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fut une illustration brillante. Certains ont hurlé qu’ilsse sentaient «trahis» par l’« ingratitude» des Palesti-niens, d’autres nous ont expliqué qu’un tel boycott était«contraire» à nos propres intérêts, d’autres encore onteu recours à toutes sortes d’insinuations malveillanteset de tromperies intellectuelles pour réfuter les argu-ments en faveur du boycott – qui s’inspire principale-ment de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.Nombre d’entre eux furent véritablement choqués quedes Palestiniens osent prendre eux-mêmes l’initiativede décider de quelle manière le monde pouvait les aiderà résister au système d’apartheid israélien. Habitués àse réserver le «rôle de cautions autoproclamées desformes que doit prendre la lutte contre l’occupation»,ces Israéliens de gauche, pour la plupart des sionistesmous qui prennent position contre l’occupation maisdéfendent de fait l’apartheid en Israël et s’opposent fer-mement aux droits des réfugiés palestiniens, se sont« arrogés le droit exclusif d’arbitrer toute questionconcernant les Palestiniens2 ». Tout se passe commes’ils avaient en eux cette représentation statique etinconsciemment raciste des intellectuels indigènes,selon laquelle nous ne pouvons être que des partisansou des disciples serviles, voire des humains relatifs3,pas vraiment doués de raison ou en tout cas, pascapables de l’utiliser pour notre bien.Condescendance coloniale mise à part, on peut dire

que ces grands noms de la pensée israélienne sontdevenus, volontairement ou non, l’instrument le plusefficace utilisé par Israël et ses partisans sionistes àl’étranger pour combattre l’influence grandissante duboycott par une campagne acharnée, notamment enEurope et aux États-Unis, dans un climat d’intimida-tion, de diffamation, voire de franche brutalité.L’argument répété à l’envi par ces pseudo-progres-

sistes dans les colonnes des grands médias occiden-taux est que le boycott universitaire et culturel étouffe

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le libre-échange des idées, entrave le dialogue cultu-rel et viole les libertés académiques. Outre l’hypocri-sie de ceux qui soutenaient autrefois un boycott totalde l’Afrique du Sud de l’apartheid et font aujourd’huila morale sur les dangers « intrinsèques» du boycottd’Israël, cet argument témoigne d’un préjugé parti-culièrement dérangeant, dans la mesure où seules leslibertés académiques des Israéliens semblent dignesd’être prises en compte. Il n’y a aucune raison, parailleurs, de placer ainsi les libertés académiques au-dessus de toutes les autres libertés4. Toutefois, ont objecté certains, les intellectuels pales-

tiniens ne devraient-ils pas se concentrer sur ce qu’ilsfont le mieux, à savoir produire des œuvres d’art et depensée pures et apolitiques qui peuvent en elles-mêmesapporter une contribution bien plus décisive à la causepalestinienne? Ne vaut-il mieux pas laisser le mili-tantisme aux militants? Il faut reconnaître qu’en Pales-tine même, des personnalités du monde académique etculturel ont défendu ce genre de positions. Le pro-blème le plus évident de ce genre d’argumentation,c’est qu’elle crée une autre dichotomie, non moins arti-ficielle, entre ceux qui pensent et ceux qui agissent,entre monde intellectuel et militantisme, d’où découlela hiérarchie immuable qui fait des intellectuels despatriarches et des militants une masse malheureuseen quête d’un sens et d’une direction. S’il est vrai quechaque groupe a son propre domaine d’action et decréation, il n’y a pas de frontière fixe et imperméableentre eux, mais un rapport véritablement dialectiquequ’il ne faut pas écarter ou ignorer.Une autre faille importante dans cette argumentation

tient au fait qu’elle suppose que les intellectuels peu-vent être, dans le contexte de l’oppression coloniale,« juste » des intellectuels, si l’expression a un sens,qui peuvent et doivent se mettre à distance de la réa-lité pressante et souvent déprimante de l’oppression

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pour produire des œuvres de qualité susceptibles decontrer l’entreprise d’occupation des esprits – un malbien plus dangereux et tenace que l’occupation desterres – par l’oppresseur et de ranimer l’espoir de lacommunauté opprimée, contribuant au passage auprocessus d’autodéveloppement, notamment dans lechamp essentiel de la culture. D’après mon expériencepersonnelle, en tant que critique et chorégraphe qui aitravaillé au cœur du « conflit », je ne pense pas quedans une situation d’oppression, les intellectuels puis-sent choisir de rendre compte ou non de l’effet duconflit sur eux et leur société. En un sens, l’oppres-sion s’impose d’elle-même dans leur travail, dans leprocessus créatif. Leur seul choix est donc de la réflé-chir passivement ou de la transcender activement. Ilsemble que l’oppression ait une manière de touchertous ceux qui se trouvent dans son champ d’action,indépendamment de l’implication ou de la volontéd’implication de chacun.Pourquoi, dans ce cas, demandent alors les oppo-

sants au boycott, privilégier le boycott sur d’autresformes d’engagement «positives»? Il y a bien d’autresfaçons «constructives» de résister à l’oppression, laplus puissante étant de se rallier des secteurs impor-tants de la communauté des oppresseurs, à traversle dialogue et des projets de collaboration dans tous lesdomaines, poursuivent-ils. Compte tenu des finance-ments importants en provenance des pays d’Europe– résolus à se repentir de leur génocide sur le dos desdroits des Palestiniens – auxquels de tels projets peu-vent prétendre et de la visibilité et du prestige qui lesaccompagnent, même des intellectuels palestiniensscrupuleux peuvent finir par accepter de donner unenouvelle orientation à leur travail : de la résistance àl’oppression, ils passent alors à la communication avec« l’autre » pour faire advenir le changement par lapersuasion, même si leur propre passé témoigne de

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l’échec lamentable d’une telle tentative. Ainsi, un tra-vail chorégraphique de coopération israélo-palesti-nienne peut apparaître comme le modèle ultime pourpromouvoir la coexistence et la reconnaissancemutuelle entre les «deux côtés». Un tel programme –car ces projets dérivent le plus souvent en sous-mainde programmes politiques – en appelle fondamenta-lement à un changement de la «conscience des oppri-més, non de la situation qui les opprime5 », pourreprendre l’analyse lucide de Simone de Beauvoir. Oupire, il vise à changer la perception que le monde adu conflit, en donnant l’impression de rapports symé-triques, normaux et même courtois entre les artistesde part et d’autre de la ligne de séparation, ce quisuggère nécessairement qu’il suffit d’accumuler suf-fisamment de collaborations de ce type pour dépas-ser la «haine» qui est au cœur du «conflit». Et peu àpeu, ce n’est plus la fin de l’oppression mais l’impo-sition d’une nouvelle image qui devient l’objectif ultimede ce business de la paix.Ceux qui croient qu’ils peuvent parvenir à dissiper le

conflit par la seule voie intellectuelle du rapproche-ment, de la détente ou du «dialogue» ne recherchentqu’une illusion de paix. Lutter pour la paix sans lajustice revient à institutionnaliser l’injustice, ou àdemander aux opprimés de se soumettre à la forceirrésistible de l’oppresseur, en acceptant l’inégalitécomme destin6. Le boycott reste donc l’une des formes de lutte non-

violente les plus justes moralement pour libérer l’op-presseur de son oppression et instaurer une véritablecoexistence, l’égalité, la justice et une paix durable.L’exemple sud-africain atteste de la puissance et dupotentiel de ce type de résistance civique.Si l’on oublie les principaux problèmes politiques

soulevés par les arguments précédents, peut-on conce-voir une communication intellectuelle équitable et

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réciproquement fructueuse? Bien sûr, mais pas dansn’importe quelles conditions. Une problématique essen-tielle de l’interculturalité dans un contexte d’oppres-sion durable est l’asymétrie. À toutes les complexitésliées aux différences culturelles elles-mêmes, l’asy-métrie ajoute la dimension de la verticalité. Et dans lamesure où elle crée nécessairement une stratification,elle peut nuire à la communication interculturelle sion n’en tient pas du tout ou pas suffisamment compte.Il y a aussi le risque que le camp le plus « faible»,

dans un tel processus de communication asymétrique,soit exploité par la partie « plus forte » comme unobjet, un instrument, dans un climat certes relative-ment ouvert et ostensiblement progressiste, maiscomme un instrument tout de même, ce qui revien-drait à nier à cette communication toute fonction depasserelle permettant des allers-retours entre les deuxparties – ce serait alors plutôt une échelle !Au cœur de ce problème, il y a la valeur relative

attachée par le camp le plus fort, ou même par lesdeux camps, aux perceptions, aux souhaits et auxbesoins du camp le plus faible. Si ceux-ci sont relé-gués à un statut inférieur, la communication devient unsimple instrument d’oppression supplémentaire, parlequel les besoins et les objectifs du plus fort sont laprincipale force à l’œuvre. Dans cette situation, le dia-logue est tout simplement impossible. Toute commu-nication à ce stade relève nécessairement de lanégociation. Ce n’est qu’à partir du moment où lesdeux parties ont remis en cause leurs stéréotypes etleurs manières de faire bien installés, et se sont misesd’accord sur les principes de justice fondamentauxqui doivent guider leur lutte commune, que la rela-tion devient plus équitable et équilibrée. Toute rela-tion entre des intellectuels séparés par le fossé del’oppression doit donc aspirer, d’une façon ou d’uneautre, à mettre fin à l’oppression et non à la fuir ou

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à l’ignorer. Alors seulement un véritable dialogue peutse développer, et à travers celui-ci la possibilité d’unecollaboration sincère.En conclusion, dans les contextes d’oppression colo-

niale, les intellectuels qui travaillent au nom de la jus-tice ne peuvent pas être juste des intellectuels, dans lesens abstrait ; ils ne peuvent qu’être immergés dansune forme de militantisme, pour apprendre des expé-riences des autres militants, élargir l’horizon de leurssources d’inspiration et s’engager dans des proces-sus d’émancipation collectifs et efficaces, sans la com-plaisance et les tours d’ivoire qui pourraient brouillerleur vision morale. En bref, ils ne peuvent être quedes intellectuels justes.

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1. Appel PACBI à un boycott universi-taire et culturel d’Israël : cf. supra,note 13, p. 72.2. Voir Omar Barghouti et Lisa Taraki,«Academic Boycott and the IsraeliLeft», Electronic Intifada, 15 avril2005.3. Voir Omar Barghouti, «RelativeHumanity – the Fundamental Obstacleto the One State Solution», ZNet,16 décembre 2003.

4. Sur ce point, voir Omar Barghouti etLisa Taraki, «Freedom vs. “AcademicFreedom” – The AUT Boycott», Coun-terPunch, 1er juin 2005.5. Citée in Paulo Freire, Pedagogy ofthe Oppressed, New York, Herder &Herder, 1972.6. Voir Omar Barghouti, «The Moralityof a Cultural Boycott of Israel», OpenDemocracy, 20 septembre 2005.

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Liberté contre « libertés académiques ». Le boycott de l’AUTCoécrit avec Lisa Taraki*CounterPunch, juin 2005.

Cet article s’élabore autour de la notion de liberté uni-versitaire : il donne des exemples de la complicité desmilieux académiques israéliens avec ceux qui violentles lois internationales et les droits élémentaires desPalestiniens.

Le 26 mai 2005, l’Association des professeurs d’uni-versité (Association of University Teachers, AUT)britanniques révoqua sa décision – prise le 22 avril– de boycotter les universités israéliennes.Manœuvres d’intimidation mises à part, aucun ins-trument de pression ne fut aussi fréquemment uti-lisé que l’argument selon lequel le boycott violaitles libertés académiques. La liberté de produire etd’échanger des connaissances était jugée sacro-sainte, quelle que soit la situation. Il y a deux faillesessentielles dans cet argument. Il est en lui-mêmetendancieux puisqu’il ne tient compte que des liber-tés académiques des Israéliens ; le fait que les Pales-tiniens soient privés de leurs droits fondamentaux,et notamment de leurs libertés académiques, à causede l’occupation militaire israélienne, n’est absolu-ment pas pris en considération par tous ceux qui lerépètent à l’envi. Et le statut de « super-valeur» au-dessus de toutes les autres libertés qu’il accordeaux libertés académiques est contraire aux fonde-ments mêmes des droits de l’homme. Dans les situa-

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tions de violations graves des droits de l’homme, ledroit à la vie et le droit à la libération du joug colo-nial, pour ne citer qu’eux, doivent être plus impor-tants que les libertés académiques. Si celles-cicontribuent d’une façon ou d’une autre à la sup-pression de ces droits plus fondamentaux, elles doi-vent passer au second plan. De même, si la luttepour ces droits nécessite une forme de restrictionde ces libertés, soit. La lutte en vaut la peine.Ce compromis sur les libertés est-il inévitable ?

Les libertés académiques et les droits de l’hommefondamentaux s’opposent-ils nécessairement? Dansla plupart des cas, non ; mais dans des situationsspécifiques d’oppression durable et de violationsrépétées des lois internationales, soutenues – impli-citement ou explicitement – par les institutions uni-versitaires, la réponse est bien évidemment oui. Àla fin de l’ère de l’apartheid, quand le monde entierboycottait les universités sud-africaines – dans lecadre de la campagne générale de sanctions et deboycott soutenue par les Nations unies – cela consti-tuait bien une forme de limitation des libertés aca-démiques. Mais elle était acceptée par lacommunauté internationale comme le prix à payer,relativement raisonnable, pour contribuer à la finde l’apartheid et à la conquête de libertés plus fon-damentales interdites aux Noirs d’Afrique du Suddepuis des générations. D’un point de vue éthique,la libération du racisme et du joug colonial était per-çue, à juste titre, comme plus importante que les«effets indésirables» sur les libertés académiques etles autres droits des universitaires hostiles à l’apar-theid. La marche vers la liberté devait restreindrepour un temps un sous-ensemble de libertés dontne jouissait qu’une partie de la population.Au nom de la cohérence morale, il est difficile de ne

pas voir la situation en Israël sous un jour similaire.

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Comme l’ont reconnu publiquement le Conseil desÉglises d’Afrique du Sud, l’archevêque Desmond Tutu,le ministre et leader de l’ANC Ronnie Kasrils et descentaines d’universitaires, de syndicalistes et de défen-seurs des droits de l’homme d’Afrique du Sud, le sys-tème de discrimination raciale et d’oppressioncoloniale israélien est suffisamment proche du régimed’apartheid pour légitimer des appels aux sanctionssimilaires à ceux qui furent lancés contre le régimesud-africain dans le passé. Le compromis sur les liber-tés académiques accepté à l’époque de l’apartheids’impose également dans le cadre de la lutte des Pales-tiniens pour la liberté, la justice et la paix.Cependant il faut noter que dans le contexte israé-

lien, ce que les opposants au boycott défendent siardemment, ce n’est pas seulement le libre accès desuniversitaires israéliens à la communauté mondialedes chercheurs et leur participation au «libre-échangedes idées», mais ce sont aussi les privilèges symbo-liques et matériels de la vie académique. En ce sens,le rejet des boycotts universitaires au nom de la pré-servation des libertés et des privilèges académiquesdes universitaires israéliens, alors même que les liber-tés et les droits bien plus fondamentaux des Palesti-niens – universitaires ou pas – sont ignorés, est unexemple flagrant de partialité.Il convient aussi de préciser que le concept de liber-

tés académiques a été utilisé à tort et à travers parles opposants au boycott et mal compris par beau-coup d’autres. Dans les sociétés démocratiques, l’ins-titution universitaire prend très au sérieux les cas dechercheurs dont les écrits ou les activités peuvent êtreinterprétés comme incitant à la haine raciale. Ainsi,aux États-Unis ou en Europe, des universitaires quiont nié l’existence du génocide nazi ou qui ont contestédes faits reconnus de son histoire, ont dû faire face àdes mesures disciplinaires sévères de la part de leur

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université et aux critiques de leurs pairs et des asso-ciations professionnelles. Mais en Israël, où le racismecontre les Palestiniens et les Arabes est ancré dansles discours et les pratiques quotidiennes, le conceptde libertés académiques est si élastique qu’on y estparfaitement libre d’exposer des théories racistes etd’inciter à la haine raciale, au nettoyage ethnique oupire encore.Le boycott et les sanctions ne sont pas des sciences

exactes. Ils touchent des institutions réelles qui four-nissent des emplois et des services à des personnesréelles, dont un grand nombre peuvent très bien nepas être directement impliquées dans les injusticesqui ont justifié ces mesures punitives. Tout boycott,en visant à réparer une injustice, peut porter préju-dice à des personnes innocentes. Cela va sans dire. Ilfaut donc recourir à des critères de jugement clairset cohérents pour juger si les causes du boycott et lerésultat visé justifient ce préjudice. Dans le cas desuniversités israéliennes, les causes ne peuvent pasêtre plus pressantes politiquement et moralement.

Le boycott d’Israël

Pendant des décennies, les institutions universitairesisraéliennes ont été complices des politiques colonialeset racistes d’Israël. Financées par le gouvernement,elles n’ont cessé d’apporter une contribution directe àl’appareil militaro-sécuritaire et donc de perpétuerses crimes, ses violations des droits des Palestinienset son système d’apartheid.Contrairement à l’image fausse – créée et adroite-

ment vendue au reste du monde par Israël et ses apo-logistes, universitaires inclus – de l’universitéisraélienne comme «bastion éclairé» et base solidede l’opposition à l’occupation, elle joue pleinementson rôle dans la «propagande officielle israélienne»,

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selon Ilan Pappé, l’un des « nouveaux historiens »israéliens qui a étudié le nettoyage ethnique systé-matique de la Palestine pendant la Nakba1.Non seulement la plupart des universitaires israé-

liens défendent ou justifient l’histoire coloniale de leurÉtat, mais ils jouent aussi un rôle plus actif dans leprocessus d’oppression. Ils servent pratiquement tousdans les forces de réserve de l’armée d’occupationchaque année, participant ainsi aux crimes commisimpunément contre les civils palestiniens, ou y assis-tant en silence. Malgré des décennies d’occupationillégale, très peu d’entre eux ont opposé une objec-tion de conscience à leur service militaire dans lesterritoires occupés. Ceux qui se sont opposés publi-quement à la colonisation des terres palestiniennessont demeurés extrêmement minoritaires2. Même l’image de campus où règne le culte des liber-

tés académiques que la propagande israélienne essayede faire passer dans les médias est très exagérée. Ceslibertés sont bien encadrées par les limites fixées parl’establishment sioniste ; les dissidents qui osentremettre en cause ces limites sont brutalement ostra-cisés et diabolisés. C’est pourquoi l’un des objectifsdu boycott universitaire est de « fournir un moyen detranscender les limites du discours public autorisé»,comme le dit l’universitaire britannique d’origine israé-lienne Oren Ben-Dor3. «Ces libertés sont précisémentce qui manque en Israël », ajoute-t-il. Vu sous cetangle, le boycott est donc ce qui peut «générer» devéritables libertés académiques. «L’idéologie sionistequi stipule qu’Israël doit conserver sa majorité juive estune donnée indiscutable dans le pays – et c’est la basede l’opposition au retour des réfugiés palestiniens.Les très rares intellectuels qui osent remettre en ques-tion cette vache sacrée sont étiquetés comme “extré-mistes”. » Selon Ben-Dor, les membres de la «gauche»israélienne qui se sont opposés au boycott sont des

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« complices raffinés de l’étouffement de la discus-sion…»Indépendamment de la responsabilité individuelle

des universitaires israéliens, un examen attentif etméthodique de la culpabilité des institutions univer-sitaires israéliennes dans les crimes perpétrés contrele peuple palestinien révèle quantité de pièces à convic-tion. Même le célèbre universitaire israélien BaruchKimmerling, qui est opposé au boycott universitaire,écrit : « Je serai le premier à admettre que les insti-tutions universitaires israéliennes font partie inté-grante du système d’oppression de l’État palestinienqui a […] commis de graves crimes contre le peuplepalestinien4. » Les faits présentés ci-dessous ne sontqu’une petite partie des preuves à charge contre l’ins-titution. Ils sont particulièrement pertinents à lalumière des campagnes de désinformation menéespar certains universitaires de la gauche israéliennequi ont tristement rejoint le chœur du discours domi-nant en répandant des demi-vérités ou pire, en se ser-vant de leur image pour blanchir leur institution desreproches de la communauté internationale.

Université d’Haïfa – racisme institutionnel

Non seulement l’université d’Haïfa ferme les yeux surles déclarations racistes des membres de son corpsenseignant, mais elle apporte un soutien institutionnelet donc une légitimité à certaines recherches qui sontcommunément définies comme racistes ou incitant àla haine raciale et au nettoyage ethnique contre lesPalestiniens des territoires occupés et les citoyenspalestiniens d’Israël.Malgré la part importante d’Arabo-Palestiniens dans

sa population étudiante, l’université d’Haïfa abrite,ou tout au moins tolère, une culture de racisme –contre les Arabes en général et les Palestiniens en

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particulier – qui se manifeste dans le fait que lesmembres de son corps enseignant défendent des théo-ries racistes, publient des articles fanatiques et se pro-noncent pour le nettoyage ethnique, ceci en touteimpunité. L’université a systématiquement refusé decritiquer ces universitaires ou d’enquêter sérieuse-ment sur les accusations de racisme à leur encontre.Elle offre un soutien institutionnel aux enseignants

racistes et à leurs activités de recherche. Le pluscélèbre d’entre eux est Arnon Sofer, titulaire de lachaire de géostratégie et codirecteur du Centre d’étudesur la sécurité nationale. Il est également connu enIsraël comme le prophète de la «menace démogra-phique arabe». Il revendique la paternité du tracé dumur d’apartheid israélien – déclaré illégal par la CourInternationale de Justice de La Haye le 9 juillet 2004.«C’est exactement ma carte», a-t-il déclaré5. Le professeur Sofer considère le taux de natalité élevé

des citoyens bédouins palestiniens d’Israël comme une«tragédie», il est exaspéré par «la démocratie et tousces jolis mots6 » et il a défendu très longtemps le prin-cipe du « transfert volontaire » – une forme de net-toyage ethnique soft – des Palestiniens des territoiresoccupés, mais aussi des citoyens palestiniens d’Israël,de façon à garantir «un État juif sioniste avec une écra-sante majorité de Juifs». Dans une prédiction parti-culièrement éloquente, Sofer affirme que « lorsque2,5 millions [de Palestiniens] seront enfermés à Gaza,[…] avec l’aide d’un islam fondamentaliste fou, cesgens vont devenir des bêtes encore plus brutales qu’au-jourd’hui. […] Donc, si on veut rester en vie, on vadevoir tuer, tuer, tuer sans relâche. Du matin au soir,tous les jours. Si on ne tue pas, on cessera d’exister.La seule chose qui me préoccupe, c’est de tout fairepour que les garçons et les hommes qui vont devoiraller s’occuper de ce massacre puissent retourner dansleurs familles et restent des êtres humains normaux7. »

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La promotion des principes à l’œuvre derrière lesinistre «projet Mitzpim8 » qui visait à « judaïser» laGalilée pendant les années 1970 et 1980 est un autrepoint noir à mettre au passif de l’université. Elle apublié récemment une brochure où elle examine cequi a permis à ce projet d’atteindre ses objectifs, àsavoir modifier l’équilibre démographique de la zoneen faveur des Juifs israéliens. Elle la distribue dansles lycées et les universités, inculquant ainsi « chezles futures générations des normes inacceptables quisoulèvent de sérieuses questions », selon Haaretz.Sofer lui-même se vante d’avoir eu «un effet sur lechoix de l’emplacement des mitzpim [colonies “deguet”, installées au sommet des collines]9 ». Ces mitzpim furent conçus, comme l’explique un des

collègues de Sofer, Avraham Dor, afin d’accroître lapopulation juive de la Galilée et d’« élever des obs-tacles entre les villages arabes pour les empêcher decréer une continuité territoriale». Un autre objectifétait de rendre possible «une distribution maximaledes sites de colonisation [juifs] et la “conquête” duterritoire au moyen de routes d’accès et d’une pré-sence juive permanente dans la région». Comme l’écri-vait Haaretz : «Pour dire les choses clairement, l’étuderévèle que le projet était fondé sur des principes dediscrimination ethnique et de phobie démographique,et sur l’idée que les citoyens arabes du pays ne sontpas égaux mais constituent une menace pour son exis-tence», avant de conclure : « la discrimination et l’in-égalité ne sont pas un raté du système mais uneintention délibérée10».

La manifestation la plus récente de la participationde l’université à la défense du nettoyage ethnique estla conférence intitulée «Le problème démographiqueet la politique démographique en Israël » qui s’esttenue le 17 mai 2005 avec la bénédiction du recteur.

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Ce forum pseudo-académique du « racisme démo-graphique» – programmé, ce n’est pas innocent, aumoment du 57e anniversaire de la Nakba – réunissaitpresque tout ce que le monde universitaire et poli-tique comprenait de sommités du nettoyage ethnique:Arnon Sofer, Yoav Gelber, Yitzhak Ravid, le brigadier-général Herzl Getz, le géneral Uzi Dayan et Yuval Stei-netz. Ravid, chercheur pour le compte du fabricantd’armes israélien Rafael, s’est fait le champion de ladiminution drastique de l’accroissement naturel de lapopulation palestinienne d’Israël : « les salles d’ac-couchement de l’hôpital Soroka à Beer-Sheva sontdevenues une usine de production de population arrié-rée», a-t-il déclaré11.Le recteur de l’université d’Haïfa a aussi récemment

«exonéré» de toute faute David Bukay12, qui enseigneau département de sciences politiques, bien que lesous-procureur général d’Israël ait ordonné uneenquête contre lui pour suspicion d’« incitation auracisme» après la plainte déposée par le Centre Mos-sawa, qui milite pour les droits des citoyens arabesd’Israël. Selon Mossawa, Bukay a fait des remarquesracistes «inouïes» contre les Arabes et les musulmanspendant ses cours. Dans ses publications, où il défendses théories racistes sur le «caractère arabe», on ren-contre des titres comme «Mohammad’s Monsters »(«Les monstres de Mahomet») et «The First CulturalFlaw in Thinking : The Arab Personality» («Le pre-mier vice de pensée culturel: la personnalité arabe»)13.Dans une lettre datée du 13 mars 2005, en réponse à

la plainte de Moussawa, le sous-procureur général ShaiNizan écrivit: «Après avoir étudié la question, j’ai décidéde demander à la police d’ouvrir une enquête sur le Dr

Bukay pour incitation au racisme […]»Le professeur Yossi Ben Artzi, recteur de l’univer-

sité d’Haïfa, mena sa propre enquête pour conclureque les remarques attribuées à Bukay dans les médias

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«n’ont pas été faites telles qu’elles ont été citées etdes morceaux de phrases prononcées dans descontextes différents ont été assemblés dans un soucide manipulation14 ». L’avocat de Mossawa écrivit :

Les affirmations du Dr Bukay énumérées ci-dessussont marquées par des expressions dégradantes,hostiles et incitant à la violence à l’encontre d’unepartie de la population du fait de ses attaches natio-nales ; et selon nous, cela constitue une infractionà la loi [israélienne] de 1977, qui interdit l’incita-tion à la haine raciale. En outre, ces déclarations,qui expriment des sentiments d’admiration, de sym-pathie et de soutien pour la violence et le terrorismeconstituent également une infraction à la loi de 1977.

Selon Mossawa, il n’est pas possible de « tolérer leracisme et d’encourager des discours» comme celui deBukay «sous couvert de “libertés académiques”».Même Ken Jacobson, directeur national adjoint en

Israël de l’organisation américaine Anti-DefamationLeague, se déclara «choqué» par la lecture de l’ar-ticle du Dr Bukay sur la «personnalité arabe». Rejoi-gnant Mossawa sur ce dernier point, il reprocha auprésident de l’université de ne pas avoir sanctionnéBukay :

Naturellement, nous respectons les libertés aca-démiques et nous comprenons qu’elles sont abso-lument nécessaires au fonctionnement du mondeuniversitaire, mais nous considérons que les pré-sidents d’universités devraient condamner de telleschoses. Il ne suffit pas à un président d’universitéde dire que son institution défend les libertés aca-démiques. Il doit aussi dire que de telles affirma-tions sont odieuses15.

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Le reporter d’Haaretz qui a couvert cette histoire etinterrogé l’ensemble de ses protagonistes la résumaitainsi :

Il se passe quelque chose d’étrange à l’universitéd’Haïfa. D’un côté, l’Anti-Defamation League se dit«très troublée» par l’article de Bukay en raison deses «préjugés destructeurs» et le sous-procureurgénéral a ouvert une enquête sur Bukay pour sus-picion d’incitation au racisme. De l’autre, l’univer-sité a engagé une procédure disciplinaire àl’encontre de l’étudiant qui a accusé Bukay deracisme16.

Université hébraïque – expropriation coloniale

Dans un réquisitoire présenté au bureau de l’AUT, laFédération palestinienne des syndicats de professeurset d’employés des universités palestiniennes rappelleles faits suivants :En 1968, plus d’un an après l’occupation militaire

israélienne de Gaza et de la Cisjordanie (qui inclutJérusalem-est, selon les résolutions du Conseil de sécu-rité de l’ONU), les autorités d’occupation ont confis-qué 3345 dounams de terrains palestiniens, en fondantleur décision sur les articles 5 et 7 de l’ordonnancefoncière de 1943 (sur l’expropriation d’intérêt public).La décision fut publiée dans le numéro 1425 du Jour-nal Officiel israélien. La majorité de ces terrains était(et est toujours) la propriété de Palestiniens vivantdans cette zone.Une grande partie de ces terrains confisqués fut don-

née à l’université hébraïque pour qu’elle agrandisseson campus. Les propriétaires palestiniens refusèrentd’abandonner leurs biens, jugeant l’ordonnance deconfiscation de 1968 illégale. En 1973, comme on pou-vait s’y attendre, la justice israélienne trancha en

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faveur de l’Université et de l’État, et décida que lesfamilles palestiniennes devaient quitter leur maisonet qu’un logement leur serait attribué en échange.Selon des experts indépendants, l’illégalité de l’ac-

cord de confiscation au profit de l’université hébraïquetient au fait que ces terrains font partie de Jérusa-lem-est, qui est un territoire occupé selon le droitinternational (de nombreuses résolutions de l’ONUreconnaissent Jérusalem-est comme une partie indis-sociable des territoires palestiniens occupés).L’annexion unilatérale de Jérusalem-est par Israël,

l’expropriation des terrains palestiniens et les tenta-tives d’expulsion de leurs propriétaires palestiniensdans cette région sont illégales selon les lois interna-tionales humanitaires17. L’annexion de Jérusalem-est à l’État d’Israël et l’ap-

plication de la législation intérieure israélienne danscette zone ont été dénoncées régulièrement commenulles et non avenues par la communauté internatio-nale, et notamment par le Conseil de sécurité de l’ONU18.En invitant des Israéliens (personnel et étudiants) à

travailler et à vivre sur des territoires palestiniens occu-pés, l’université hébraïque, comme toutes les coloniesisraéliennes implantées illégalement sur les territoirespalestiniens, commet une grave infraction à l’article 49de la Quatrième Convention de Genève de 1949, qui sti-pule que «la Puissance occupante ne pourra procéderà la déportation ou au transfert d’une partie de sa proprepopulation civile dans le territoire occupé par elle.»L’université hébraïque ne peut donc pas invoquer la

législation intérieure israélienne afin de justifier lesmesures d’oppression illégales qu’elle a prises pourexpulser les familles palestiniennes qui demeurent, dupoint de vue des lois internationales, les propriétairesde ces territoires.Compte tenu des multiples facettes de la complicité de

leurs institutions dans l’oppression des Palestiniens,

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les universitaires israéliens devraient, soit se mobili-ser pour s’opposer à ce qui est fait en leur nom avecleur aide directe ou indirecte, soit cesser de se plaindrelorsque des universitaires de conscience du mondeentier décident de les mettre à l’amende.

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* Lisa Taraki enseigne la sociologie àl’université de Beir Zeit. Comme OmarBarghouti, elle est membre fondatricede la Campagne palestinienne pour leboycott universitaire et culturel d’Is-raël (PACBI).1. Meron Rappaport, «Alone on theBarricades», Haaretz, 6 mai 2005.2. Selon Ilan Pappé : «Le boycott atouché l’institution académique car enIsraël, l’institution académique achoisi d’être officielle, nationale. Aprèsune enquête approfondie, le profes-seur Yehuda Shenhav a conclu que sur9000 membres du corps universitaireen Israël, seuls 30 à 40 sont réelle-ment engagés dans une activité cri-tique et un nombre bien plus réduit,trois ou quatre, apportent à leurs étu-diants un enseignement critique surdes sujets comme le sionisme.» Ibid.3. Oren Ben-Dor, «The Boycott ShouldContinue», The Independent, 30 mai2005.4. Baruch Kimmerling, «The Meaningof Academic Boycott», ZNet, 26 avril2005.5. Meron Rappaport, «A Wall in theirHeart», Yedioth Ahronoth, 23 mai2003, cité in :http://www.gush-shalom.org/archives/wall_yediot_eng.html6. Haaretz, 25 février 2003.7. Up Front, supplément du week-enddu Jerusalem Post, 21 mai 2004.8. Haaretz, 26 septembre 2004.9. Jerusalem Post, 20 juillet 2004.10. Haaretz, 26 septembre 2004.11. Arjan El Fassed, «Racism thrives

at Israel’s Herzliya conference», ThePalestinian Return Centre, jan-vier 2004.www.prc.org.uk/data/aspx/d2/332.aspx12. Haaretz, 28 avril 2005.13. Ces extraits de textes de DavidBukay ou de cours qu’il a donnés (toustirés de l’article de Haaretz cité ci-des-sus) sont assez représentatifs :«Chez les Arabes, vous ne trouverezpas ce phénomène si caractéristiquede la culture judéo-chrétienne : ledoute, le sens de la faute, cette façonde se torturer l’esprit. […] Il n’y a pasde condamnations, pas de regrets, pasde problèmes de conscience chez lesArabes et les musulmans, nulle part,dans aucune couche sociale, dansaucune position sociale.»«Les terroristes [palestiniens]devraient être abattus d’une balledans la tête devant leur famille [pourque cela ait un effet dissuasif]. […]Une maison entière devrait être démo-lie avec ses occupants à l’intérieur.»«Les Arabes ne sont que sexe etalcool.»«Les Arabes sont stupides et ils n’ontapporté aucune contribution à l’huma-nité.»14. Ibid.15. Ibid.16. Ibid.17. Notamment de la QuatrièmeConvention de Genève de 1949 relativeà la protection des personnes civilesen temps de guerre, Titre III,Section III, Article 47 :«Les personnes protégées qui se trou-vent dans un territoire occupé ne

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seront privées, en aucun cas ni d’au-cune manière, du bénéfice de la pré-sente Convention, soit en vertu d’unchangement quelconque intervenu dufait de l’occupation dans les institutionsou le gouvernement du territoire enquestion, soit par un accord passéentre les autorités du territoire occupéet la Puissance occupante, soit encoreen raison de l’annexion par cette der-nière de tout ou partie du territoireoccupé.»18. Dans sa résolution 252 (21 mai1968), le Conseil de sécurité desNations unies «considère que toutesles mesures et dispositions législativeset administratives prises par Israël, ycompris l’expropriation de terres et debiens immobiliers, qui tendent à modi-fier le statut juridique de Jérusalemsont non valides et ne peuvent modi-fier ce statut ; [et] demande d’urgenceà Israël de rapporter toutes lesmesures de cette nature déjà prises etde s’abstenir immédiatement de toutenouvelle action qui tend à modifier lestatut de Jérusalem.»Dans sa résolution 478 (20 août 1980),il «considère que toutes les mesures etdispositions législatives prises parIsraël, la Puissance occupante, qui ontmodifié ou visent à modifier le carac-tère et le statut de la Ville sainte deJérusalem, et en particulier la récente“loi fondamentale” sur Jérusalem,sont nulles, non avenues et doiventêtre rapportées immédiatement.»

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Alors comme ça, tu sais danser ?Dance Insider, le 12 septembre 2008.

Dans un aéroport israélien, la sécurité s’en est priseà un danseur au nom à connotation musulmane. Ledirecteur de la troupe, Alvin Ailey, a gardé le silencesur cette affaire. Ailey, outre qu’il approuve de faitcet acte raciste, est ici accusé de violer le boycott cul-turel d’Israël en acceptant de se produire dans cepays.

À l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv, des officiersisraéliens de la sécurité ont obligé un membre noiraméricain de la compagnie de danse Alvin Ailey (deloin la plus connue aux États-Unis pour ses tournées)à faire deux démonstrations devant eux pour prouverqu’il était bien danseur avant de le laisser entrer enIsraël avec le reste de la troupe, comme l’a expliquélui-même le danseur à l’agence Associated Press. Aprèss’être exécuté, l’un des vigiles a suggéré à Abdur-RahimJackson de changer de prénom. Celui-ci s’est sentihumilié et «profondément attristé», selon le porte-parole de la compagnie, parce que la raison pourlaquelle il fut le seul membre de la troupe à être victimede cette discrimination typiquement israélienne, c’estson prénom à consonance arabo-musulmane.Bien qu’officiellement illégal aux États-Unis, ce type

de discrimination, considéré comme une pratiqueraciste par les associations de défense des droits del’homme, est largement répandu en Israël (à l’entrée

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des centres commerciaux, des bâtiments privés oupublics, des aéroports, etc). Des citoyens israéliens etdes résidents permanents, qui portent un nom arabeou simplement parlent avec un accent arabe, sont fré-quemment soumis à des fouilles humiliantes, sansménagement, sous prétexte de vérifications de «sécu-rité ». Moi-même, bien que détenteur d’une carted’identité israélienne, lorsque je dois effectuer unvoyage à l’étranger en empruntant l’aéroport de Tel-Aviv, on m’appose toujours des autocollants portantle chiffre « six» sur mon passeport, mes bagages etmon billet d’avion. Les Juifs israéliens, en revanche,ont droit aux chiffres « un » ou « deux ». Le « six »implique une fouille dégradante des bagages et de lapersonne. Les chiffres inférieurs ne donnent lieu qu’àune vérification de routine et un simple passage auxrayons X de vos bagages. Il y a quelques annéesencore, les gens comme moi avaient droit à un auto-collant rouge vif, tandis que les Juifs israéliens enrecevaient un rose pâle ou d’une autre couleur pas-tel. Certaines autorités israéliennes ont dû réaliserque le classement par couleur des passagers, selonleur origine ethnique et/ou leur religion, faisait tropouvertement songer à un apartheid, et l’on est ainsipassé au système soi-disant plus discret des chiffres.Il n’est donc pas étonnant que le prix Nobel de la paix,l’évêque sud-africain et militant anti-apartheid Des-mond Tutu, ait décrit les pratiques israéliennes commeune forme amplifiée d’apartheid, car plus sophisti-quées que celles pratiquées en Afrique du Sud.La compagnie Alvin Ailey célèbre ses cinquante ans

d’existence par une tournée internationale qui débuteen Israël. Malgré l’incident décrit plus haut, le spec-tacle a eu lieu jeudi comme prévu. La compagnie n’arien fait de concret pour protester contre la politiquediscriminatoire dont l’un de ses membres a été victime,hormis la déclaration que Judith Jamison, la directrice

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artistique, a faite au journal Haaretz, expliquant que« la troupe était ici pour [nous] irriter et [nous] faireréfléchir». Ceci ne fait que conforter Israël dans sonimpunité. Plus grave encore, en se produisant en Israëltout en feignant d’ignorer le fait que l’un de sesmembres a été victime de discrimination raciale, lacompagnie n’a pas respecté le boycott culturel d’Israëlauquel la société civile palestinienne appelle depuis2004, en raison des violations persistantes des lois inter-nationales et des droits de l’homme fondamentaux per-pétrées par Israël.Deux ans après l’appel initial au boycott, la majorité

des artistes et acteurs de la vie culturelle palesti-nienne ont invité les artistes et les metteurs en scènede bonne volonté dans le monde entier à « annulerles spectacles et les autres manifestations culturellesqu’ils avaient prévu d’organiser en Israël et à se mobi-liser immédiatement, afin d’empêcher que la pour-suite de l’offensive israélienne ne s’accompagne d’uneattitude complaisante à son égard». À l’instar du boy-cott des institutions culturelles d’Afrique du Suddurant l’apartheid, les travailleurs et les institutionsculturelles du monde entier sont exhortés par leurscollègues palestiniens à «dénoncer ouvertement lescrimes de guerre et les atrocités commises en cemoment par Israël ». De nombreux artistes et intel-lectuels de renommée internationale ont répondu àcet appel, notamment John Berger, Ken Loach, Jean-Luc Godard, Aosdana, le syndicat des artistes d’Ir-lande et la compagnie de danse belge Les Ballets C. dela B. Cette dernière a publié un communiqué défen-dant le principe du boycott culturel parce qu’il est«un moyen légitime, non-violent et sans compromisde faire pression sur les responsables».60 ans après sa fondation selon, comme le décrit

l’éminent historien israélien Ilan Pappé, un proces-sus de nettoyage ethnique pratiqué au détriment de

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la majorité de la population palestinienne locale, l’Étatd’Israël continue à pratiquer une discrimination racialeà l’encontre de ses citoyens non juifs. Il poursuit laplus longue occupation militaire des temps moderneset persiste à dénier à des millions de Palestiniens ledroit de rentrer chez eux et de reprendre possessionde leurs biens, droit pourtant reconnu par les conven-tions internationales. Enfin, en toute impunité, il necesse de commettre des crimes de guerre, de violerles droits de l’homme les plus élémentaires et les prin-cipes humanitaires de base.Certains soutiendront que, d’un certain point de vue,

l’art devrait transcender les divisions politiques etrapprocher les peuples dans leur commune huma-nité. Ce serait oublier que maîtres et esclaves n’ontrien en commun, et sûrement pas la notion d’huma-nité. Plutôt que de réinventer la roue, je me contentede citer les sages paroles d’Enuga S. Reddy, le direc-teur du Centre des Nations unies contre l’apartheid,qui, en 1984, répondant à ceux qui critiquaient le boy-cott culturel en Afrique du Sud et soutenaient qu’ilempiétait sur la liberté d’expression, a dit : «Il est plu-tôt étrange, c’est le moins qu’on puisse dire, que lerégime qui réprime toutes les libertés […] de la majo-rité des Sud-Africains […] se présente en défenseurdes artistes et des athlètes de ce monde. Nous avonsla liste des artistes qui se sont produits en Afrique duSud, soit par ignorance de la situation, soit par appâtdu gain, soit par indifférence vis-à-vis du racisme. Ilfaut les convaincre de cesser de faire profiter l’apar-theid de leur talent, de cesser de bénéficier de l’ar-gent de l’apartheid, et de cesser de servir les fins de lapropagande du régime de l’apartheid.»L’humanité, et par-dessus tout, la dignité humaine,

est au cœur du travail d’Alvin Ailey. Sa compagnie,comme tous les artistes et les autres institutions cultu-relles qui se sentent concernés par les droits de l’homme

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Alors comme ça, tu sais danser ?

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et se rendent compte que l’art et la responsabilitémorale devraient toujours aller de pair, doivententendre l’appel du public et de leurs collègues pales-tiniens qui leur demandent de ne plus se produire enIsraël tant que la justice, la liberté, l’égalité et les droitsde l’homme ne seront pas rétablis pour tous, indé-pendamment de l’origine ethnique, de la religion, dusexe, ou de toute autre forme d’identité. C’est de cettefaçon que les artistes et les universitaires (d’ailleurs,Ailey codirige un séminaire à l’université de Fordham)ont contribué à la lutte pour mettre fin au régimed’apartheid en Afrique du Sud. C’est ce que les artisteset les universitaires d’aujourd’hui peuvent faire pourmettre fin à l’injustice et au conflit colonial qui frap-pent la Palestine. C’est seulement quand ce but seraatteint que des danseurs prénommés Abdur-Rahim,Fatima, Paul ou Nurit, seront considérés comme deségaux et traités de la même façon.

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À bas l’apartheid en Afrique du Sud, vive l’apartheiden israël !Coécrit avec Haidar Eid.Lettre ouverte à Nadine Gordimer, Pacbi.org, le 28 avril 2008.

Malgré les efforts des Palestiniens pour la dissuaderde participer à un festival littéraire en Israël, NadineGordimer, grande figure de la littérature sud-africaine, a violé l’appel au boycott culturel en s’ap-puyant sur l’argument selon lequel les «abîmes duconflit » devaient être apaisés par le « dialogue ».Cette lettre ouverte lui rappelle que la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud s’est appuyée sur le boy-cott et non sur le dialogue avec les oppresseurs.

En réponse aux lettres dans lesquelles nous exprimionsnotre inquiétude et nos protestations contre votre venueprochaine en Israël, à l’occasion d’un congrès d’écri-vains largement soutenu par le gouvernement israé-lien, vous rejetez dédaigneusement nos critiques, envous prévalant du rôle de la littérature qui «ouvre l’es-prit humain» et en déclarant qu’«aussi violents quesoient le fossé et le conflit qui déchire deux peuples,et aussi urgente que soit la situation, la solution pouratteindre la paix et la justice réside avant tout dans lerétablissement du dialogue entre les deux partiesconcernées». Donc, selon vous, le dialogue se substi-tue à la résistance comme point de départ du proces-sus qui mettra fin à l’injustice et combattra l’apartheidet le régime colonial. Est-ce cela que vous et vos col-lègues opposés à l’apartheid fîtes lors des luttes enAfrique du Sud? Parler avec l’autre partie?

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Peut-être n’est-il pas inutile de vous rappeler que lesécrivains palestiniens qui vivent dans les territoiresoccupés, à l’instar de tous les autres Palestiniens quivivent sous l’occupation israélienne, sont privés deleurs droits les plus élémentaires, y compris le luxede la liberté d’expression qui nous est aussi chère qu’àvous. Ces écrivains se voient également refuser le droitd’aller et venir, y compris dans les territoires occu-pés. Beaucoup ne peuvent jouir du libre accès auxséminaires et aux congrès qui auraient pu être l’oc-casion de participer à un libre débat d’idées avec leurscollègues du monde entier. Certains sont emprison-nés, blessés, ou ont été tués par les forces occupantes.En participant à ce congrès, vous contribuez à lapérennité de cette forme particulière d’apartheid quibafoue les droits de l’homme.Vous débutez votre lettre en affirmant que vous

n’êtes « pas invitée en Israël par le gouvernementisraélien». Cela est-il vrai? Et quand bien même, est-ce pertinent? Vous êtes, techniquement parlant, invi-tée par le congrès des écrivains, mais celui-ci estessentiellement financé et promu par des instancesgouvernementales. Inutile de couper les cheveux enquatre: vous êtes, de fait, invitée par le gouvernementisraélien. Même en supposant que ce congrès ne soitpas du tout soutenu par le gouvernement, y prend-ond’une quelconque manière position contre l’occupa-tion, le racisme et l’apartheid, qui constituent l’es-sentiel de la réalité en Israël aujourd’hui, ce qui vouspermettrait de considérer votre participation commeacceptable?N’oublions pas non plus que les écrivains israéliens

qui vous ont invitée ne sont pas particulièrement oppo-sés à l’oppression raciste et colonialiste exercée parl’État d’Israël à l’encontre du peuple indigène de Pales-tine. En réalité, ces écrivains sont sionistes : ils accep-tent sans réserve, et parfois défendent ouvertement

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les piliers sur lesquels repose le système de discrimi-nation raciale à l’encontre des citoyens palestiniensd’Israël, et le refus du retour des réfugiés palestiniens,pourtant conforme aux lois internationales. Ils accep-tent et défendent même certains aspects de l’occupa-tion militaire et la colonisation de la Cisjordanie, enparticulier celle de Jérusalem-est.Imaginez quelle aurait été votre réaction si un écri-

vain progressiste de renommée internationale, quel-qu’un de votre envergure par exemple, avait acceptél’invitation d’un groupe d’écrivains afrikaners – qui,pour la plupart, ne se seraient pas opposés à l’apar-theid mais se seraient contentés de défendre un cer-tain nombre de droits mineurs pour les Noirs – à uncongrès en Afrique du Sud sous le régime de l’apar-theid, durant lequel aucune position contre le systèmede discrimination en place n’aurait été prise publi-quement !Faut-il vraiment rappeler de quelle façon vous-

même, ainsi que le regretté Edward Saïd, ce grandintellectuel palestinien, avez fait pression sur SusanSontag pour qu’elle refuse le prix de Jérusalem? Pourautant que nous sachions, vous aviez estimé à l’époquequ’en raison de l’implication de l’État (représenté parShimon Perès qui était membre du jury de ce prix soi-disant littéraire), Sontag ni aucun autre écrivain nedevaient concourir.De plus, nous sommes profondément déçus par votre

tentative insultante de compenser votre trahison parla promesse de vous rendre dans une université pales-tinienne ou quelqu’autre site à Ramallah ! La visited’un bantoustan a-t-elle jamais constitué une raisonvalable ou une excuse morale pour participer à uneréunion majoritairement pro apartheid en Afrique duSud? Votre participation est tout simplement une vio-lation de l’appel palestinien au boycott culturel et uni-versitaire d’Israël, lancé en 2004, et largement

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Àbasl’apartheidenAfriqueduSud,vivel’apartheidenisraël!

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respecté par les écrivains, les universitaires et lesautres intellectuels progressistes du monde entier.Parlons aussi du calendrier. Vous savez parfaitement

que la date de ce congrès, comme celle de nombreuxautres événements culturels, a été fixée à cette époquede l’année pour coïncider avec les célébrations dusoixantième anniversaire de l’État d’Israël et y contri-buer. Indépendamment de vos intentions, il s’agit d’unemanifestation qui ignore une vérité fondamentale, àsavoir que la création de l’État d’Israël il y a 60 anss’est traduite par une campagne de nettoyage eth-nique (ce que les Palestiniens appellent la Nakba), quia conduit à la spoliation et à l’expulsion de plus de750000 Palestiniens. Prendre part aux célébrationsde cet événement avalise les tentatives d’Israël de seblanchir de ce crime majeur. Le faire précisément àl’heure où cet État commet de nouveaux crimes deguerre dans Gaza, et des actes qualifiés de génoci-daires par Richard Falk, expert du droit internatio-nal, est le signe que vous avez malheureusementfranchi la ligne rouge et êtes passée du côté de l’op-presseur en trahissant vos principes de défense desopprimés.

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Afrique du Sud et israël : deux poids, deux mesuresà l’UnESCOCoécrit avec Jacqueline Sfeir.Electronicintifada.net, le 3 mars 2005.

L’UNESCO fait partie des organisations des Nationsunies qui traitent Israël comme un membre respectablede la communauté des nations. En finançant l’Israeli-Palestinian Science Organization, l’UNESCO couvreles tentatives israéliennes d’améliorer l’image du payssans pour autant se conformer aux lois internationales.

Les Palestiniens ne peuvent plus comprendre ni accep-ter le fait que certaines organisations des Nationsunies se soient mises à traiter avec Israël comme s’ils’agissait d’une simple démocratie progressiste et nondu dernier bastion du colonialisme dans le monde.Nous sommes particulièrement inquiets depuis larécente décision de l’UNESCO d’apporter son soutienà la création d’une organisation scientifique israélo-palestinienne. Cette initiative, selon nous, porte uncoup sérieux à la cause d’une paix juste en Palestine.Sous couvert du noble objectif de la Journée mon-

diale de la science, conçue pour «encourager la jeu-nesse à s’intéresser aux sciences et à y voir undomaine propice à la satisfaction de ses propres aspi-rations», on fait passer un message plus subtil maisprofondément néfaste sur le plan politique. En sou-tenant la création de l’Organisation israélo-palesti-nienne pour la science (IPSO), l’UNESCO va àcontre-courant de la décision du Conseil palestinienpour l’éducation supérieure qui a toujours refusé « la

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coopération technique et scientifique entre les uni-versités palestiniennes et israéliennes». Cette initiativeva également à l’encontre de l’appel palestinien auboycott des institutions universitaires israéliennes,qui a reçu l’appui de dizaines de syndicats, associa-tions et autres organisations parmi les plus impor-tantes de Cisjordanie et de Gaza, notamment laFédération des syndicats des professeurs et salariésdes universités palestiniennes1. De plus, en patron-nant l’IPSO, l’UNESCO avalise sur le plan internatio-nal la tentative d’Israël, à peine voilée, d’améliorerson image dans le monde et son statut dans les insti-tutions onusiennes, sans avoir besoin de respecter leslois internationales qui exigent qu’il mette fin à l’oc-cupation illégale et aux autres formes d’oppressionqu’il exerce sur le peuple palestinien.Des activités apparemment innocentes et des objec-

tifs louables servent de plus en plus fréquemment àdonner l’impression que, si Israéliens et Palestinienstravaillent ensemble sur des projets scientifiques, cul-turels ou de santé publique, cela fera avancer la paix.Rien n’est moins vrai. Ces projets communs qui seprétendent apolitiques ont au contraire un caractèreéminemment politique, car ils font délibérément abs-traction du contexte d’oppression coloniale et laissententendre, à tort, que l’on peut obtenir la paix sansrésoudre les questions qui sont à l’origine du conflit.Ces collaborations ostensiblement apolitiques ne fontque substituer des gestes de paix superficiels au com-bat véritable qui doit être mené pour aboutir à unepaix juste et durable et, par conséquent, elles necontribuent en rien à la cause de la paix.Des relations normales ne pourront s’instaurer entre

les deux peuples que lorsque l’oppression aura cesséet non avant. Elles ne peuvent en aucun cas être unecondition préalable pour y mettre fin. Ce serait mettrela charrue avant les bœufs. Dans cette perspective,

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les seuls projets communs qui devraient être encou-ragés pour mettre fin à l’injustice sont ceux qui contri-buent à la résistance à l’injustice. Tout projet communsincère doit se fonder sur le principe d’égalité, et surla condamnation de l’occupation militaire et de la dis-crimination raciale. Malheureusement, ces deuxaspects essentiels font cruellement défaut au projetIPSO tel qu’il est présenté et dans la façon dont il estencouragé. Le soutien de l’UNESCO au projet IPSOlégitime les tentatives pour imposer l’idée erronéequ’une coexistence pacifique et une collaborationscientifique sont possibles en dépit de l’oppression,alors que ce qui devrait être encouragé, ce sont lesefforts pour mettre fin à cette oppression.L’appel palestinien – largement soutenu de par le

monde – au boycott universitaire et culturel d’Israëla pour point de départ l’oppression systématique dupeuple palestinien sous trois formes: l’occupation illé-gale des territoires palestiniens, le système israéliende discrimination raciale à l’encontre de ses proprescitoyens palestiniens, et enfin, le refus d’Israël d’oc-troyer aux réfugiés palestiniens le droit au retour, cequi est contraire aux résolutions des Nations unies.Appeler à des sanctions dans ces circonstances est

loin d’être le seul fait des Palestiniens. Sous le régimede l’apartheid en Afrique du Sud, les Nations uniesont mis sur pied une série de sanctions qui ont finipar «avoir la peau» du régime raciste dans ce payset ont contribué à y instaurer un régime démocra-tique. Les athlètes, les scientifiques, les artistes, lesuniversitaires et les hommes d’affaires d’Afrique duSud ont tous été soumis à ce boycott. Comme chacunsait, l’UNESCO a joué un rôle de premier plan, large-ment reconnu, en soutenant les sanctions et lesdiverses formes de boycott appliquées à l’Afrique duSud de l’apartheid : pas moins de dix conférences etséminaires internationaux furent organisés, sur des

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thèmes aussi variés que la solidarité, la résistance àl’occupation, à l’oppression et à la ségrégation, le boy-cott dans le domaine sportif, les sanctions contrel’Afrique du Sud raciste et les besoins en matièred’éducation des victimes de l’apartheid2.L’événement le plus significatif qui a donné un coup

d’envoi aux sanctions est l’avis consultatif émis parla Cour internationale de justice (ICJ) en 1971, décla-rant illégale l’occupation de la Namibie. Quand, le9 juillet, l’ICJ a émis un avis semblable, condamnantla construction du mur colonial et l’ensemble durégime d’occupation comme contraire aux lois inter-nationales, les Palestiniens, les Arabes et tous ceuxqui aiment la paix dans le monde espéraient que l’ONUet les institutions qui en dépendent allaient prendredes mesures punitives appropriées contre Israël pourle contraindre à respecter les résolutions de l’ONU.Quelques figures de premier plan, ainsi que cer-

taines organisations, ont soutenu diverses sanctions.Défenseur des droits de l’homme et lauréat du prixNobel de la paix, l’archevêque Desmond Tutu a récem-ment souligné les nombreuses similitudes entre Israëlet l’apartheid en Afrique du Sud, appelant à boycotterle premier État de la même façon qu’on avait boycottéle second3. La semaine dernière, le Conseil mondialdes Églises a exhorté ses membres « à considérersérieusement quelles mesures économiques» ils pour-raient prendre contre Israël pour qu’il mette fin à l’oc-cupation des territoires palestiniens4. Il s’est égalementfélicité de l’action de l’Église presbytérienne améri-caine, qui a mis en place un système sélectif de désin-vestissement auprès des compagnies qui ont des liensavec l’occupation israélienne. Plusieurs universitésaméricaines et européennes envisagent de se désin-vestir et d’abandonner leur coopération avec Israëlou de mettre en place un boycott sélectif de ses insti-tutions. Des personnalités britanniques et des membres

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du Parlement ont lancé une campagne «contre le murcolonial d’Israël». Certains sont allés plus loin encoreen réclamant des sanctions immédiates contre Israël5.Malheureusement, plusieurs organisations onusiennes

ont au contraire préféré fermer les yeux ou minimiser lagravité de l’occupation, de l’oppression et de l’apartheiden Israël, ce qui revient à encourager son agressivité età continuer à bafouer les lois internationales. Le sou-tien de l’UNESCO aux projets israélo-palestiniens quine tiennent pas compte de la réalité de l’occupation et del’oppression est donc incompréhensible et décevant.Dans la mesure où les instituts universitaires israé-

liens (la plupart sous contrôle de l’État) et une majo-rité écrasante de scientifiques et d’universitaires ontcontribué directement à l’oppression des Palestiniens,l’ont justifiée, ou encore s’en sont fait les complicesen ne la dénonçant pas, nous considérons que la com-munauté internationale et les organisations qui dépen-dent de l’ONU devraient appeler au boycott et à dessanctions contre les instituts scientifiques ou univer-sitaires israéliens.Nous pensons que l’esprit de solidarité internatio-

nale, la conscience et la cohérence morale vis-à-vis dela résistance à l’injustice devraient pousser l’UNESCOà cesser immédiatement de soutenir l’IPSO et tous lesautres projets similaires qu’actuellement elle financeou promeut d’une façon ou d’une autre, en collabora-tion avec des instituts scientifiques ou universitairesisraéliens, jusqu’à ce qu’Israël permette que les droitsde l’homme s’appliquent aussi aux Palestiniens et res-pecte les lois internationales ainsi que les résolutionsde l’ONU. En s’abstenant de le faire, l’UNESCO appor-terait une preuve supplémentaire de sa politique du«deux poids, deux mesures» quand il s’agit d’Israël.

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1. Cf. texte complet de l’appel infra,p. 185.2. Liste complète des séminaires orga-nisés par l’UNESCO entre 1975et 1991 surhttp://www.anc.org.za/un/conf.html3. Desmond Tutu, «L’Apartheid enTerre Sainte», The Guardian, 29 avril2002.http://www.guardian.co.uk/israel/com-ment/0,10551,706911,00.htlm4. Communiqué de presse du Conseilmondial des Églises : Le comité centraldu WCC invite à envisager desmesures économiques pour la paix enIsraël/Palestine, 21 février 2005.http://www2.wcc.coe.org/pressre-lease.nsf/index/pr-cc-05-08.htlm5. Voir par exemple l’appel à des sanc-tions de War on Want et le soutien duchanteur rock britannique RogerWaters.http://www.waronwant.org/lid=9301

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nos besoins réels : une réponse aux arguments anti-boycottElectronicintifada.net, le 23 octobre 2008.

Cet article critique les groupes qui défendent générale-ment les droits des Palestiniens mais qui refusentd’appuyer le BDS — attitude liée à une posture pater-naliste («Nous savons ce qui est bon pour les Pales-tiniens mieux qu’eux-mêmes») ou à une considérationexcessive pour le largement imaginaire «camp de lapaix» israélien.

Depuis le lancement du boycott il y a quelques années,nous nous heurtons à un phénomène étrange auquelil est urgent de réagir. Plusieurs organisations connuesdepuis des années, et certaines depuis des décennies,pour leur soutien indéfectible à la cause palestiniennese sont, pour diverses raisons, fermement opposéesà l’appel lancé le 9 juillet 2005 par la société civilepalestinienne – appel au boycott, au désinvestisse-ment et aux sanctions (BDS). Certaines de ces orga-nisations ont considéré que cela nuirait à la causepalestinienne. D’autres ont estimé qu’un boycott dece type affaiblirait le soi-disant mouvement israélienpour la «paix». D’autres encore ont déclaré que leboycott d’Israël serait perçu comme de l’antisémi-tisme et une trahison des victimes de la Shoah, ce quiporterait gravement atteinte aux efforts de solidaritéavec la Palestine.Au fur et à mesure, bien d’autres arguments furent

avancés dans des milliers d’articles, mais ils sont moins

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significatifs, de sorte que je me concentrerai ici surles trois principaux arguments cités ci-dessus.

Le boycott serait contre-productif

Est-ce vrai? Et qui peut en juger? Un appel signé parplus de 170 partis politiques, syndicats, ONG et réseauxreprésentant l’ensemble de la société civile palesti-nienne – que ce soit dans les territoires occupés, enIsraël même, ou à l’étranger – ne peut être contre-pro-ductif, à moins que les Palestiniens eux-mêmes nesoient pas des êtres suffisamment intelligents pourconnaître leur intérêt. Cet argument sent la condes-cendance à plein nez et trahit une attitude colonialisteque nous croyions – que nous espérions! – éra diquéedu monde occidental progressiste.Si on considère les faits, ce type de boycott a prouvé

au cours des dernières années qu’il était l’une desformes les plus efficaces de résistance civile et non-violente des Palestiniens face au régime colonial et àl’apartheid en Israël. L’étendue et la qualité du sou-tien apportées à cet appel (notamment par les plusgrands syndicats de travailleurs, les associations uni-versitaires, les Églises, en particulier en Afrique duSud, au Royaume-Uni, en Irlande, au Canada, en Nor-vège, en Suède et même aux États-Unis), attestent del’efficacité et du potentiel énormes de cette campagnede résistance à l’injustice israélienne. Par exemple,c’est la première fois depuis des décennies que lesnombreux mouvements qui, en Europe, soutenaientla paix et la justice en Palestine à travers des mani-festations, des appels publics et des interventionsmédiatiques – mêmes si elles sont souvent restéesmarginales – découvraient une démarche à laquelleils pouvaient participer activement et un mode d’actionqui promettait des résultats tangibles, comme l’aprouvé l’issue de la lutte contre l’apartheid en Afrique

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du Sud. À en juger par les résultats obtenus jusqu’ici,et comme nous l’ont maintes fois répété nos cama-rades d’Afrique du Sud, notre campagne de boycottavance à un rythme encore plus rapide que la leur.

Ce type de boycott affaiblirait le mouvementisraélien pour la paix

Quel mouvement israélien pour la paix? Il n’en existepas. Les groupes israéliens qui se proclament «pourla paix» contribuent davantage à aggraver l’oppres-sion israélienne à l’encontre des Palestiniens qu’à l’éli-miner, leur objectif principal étant qu’Israël reste unÉtat juif, c’est-à-dire fondé sur l’exclusion. Même lesgroupes les plus radicaux de la gauche sioniste adhè-rent aux principes racistes selon lesquels les indigènespalestiniens seraient des sous-hommes et constitue-raient une menace démographique.Plus spécifiquement, ces groupes sont opposés aux

droits que les Nations unies reconnaissent aux réfugiéspalestiniens victimes du nettoyage ethnique qui a com-mencé avec la fondation de l’État d’Israël et n’a jamaiscessé depuis ; ils s’opposent au droit à leur retour surleurs propriétés pour la seule raison «qu’ils ne sontpas nés du bon côté». Ils refusent également la fin dusystème d’apartheid unique en son genre établi enIsraël, qui depuis plusieurs décennies introduit la dis-crimination raciale dans la législation et permet detraiter tous les citoyens non juifs de cet État commedes citoyens de seconde zone, qui ne jouissent pas desmêmes droits que les citoyens juifs.Si c’est en cela que consiste le mouvement israélien

pour la paix, alors comment regretter son affaiblis-sement?Ceux qui affirment que la majorité des Israéliens ne

sont pas au courant des crimes engendrés par l’occu-pation, et qu’on doit leur parler et non les boycotter,

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nos besoins réels : une réponse aux arguments…

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s’appuient sur des présupposés erronés et arriventainsi à des conclusions fausses. La plupart des Israé-liens servent dans l’armée d’occupation sans étatsd’âme à chacune de leurs périodes de réserve obliga-toire. Ils connaissent donc les crimes engendrés parl’occupation car soit eux-mêmes y participent, soit ilsen sont les témoins silencieux, et donc les complices.De plus, ce type de boycott n’a jamais prétendu viser

tel ou tel Israélien pris individuellement. Il est insti-tutionnel par nature, visant les institutions universi-taires, culturelles, économiques et politiquesisraéliennes, pour la raison qu’elles sont complicesde la poursuite de l’occupation et des autres formesd’oppression raciste et coloniale à l’encontre des indi-gènes palestiniens.Enfin, « parler » aux Israéliens, comme le font les

groupes de dialogue de la florissante industrie de lapaix, est une pratique qui nuit à la lutte pour une paixjuste car elle donne faussement l’impression que lacoexistence entre les deux peuples est possible, endépit de l’oppression sioniste. Par ailleurs, cette pra-tique n’a jamais amené l’opinion publique israélienneà voir dans la justice une condition préalable à la paix.Les Israéliens juifs se tournent majoritairement versune droite fanatique qui soutient le nettoyage eth-nique – que dans le jargon politique israélien onappelle pudiquement transfert – de ce qui reste desPalestiniens.Le dialogue, associé à une lutte israélo-palestinienne,

ne peut conduire à une paix juste qu’à la conditionqu’il s’oppose à l’occupation et aux autres formes d’op-pression, qu’il soit fondé sur les lois internationaleset respecte les droits fondamentaux, en particuliernotre droit inaliénable à l’autodétermination.Selon ces critères, les seuls à lutter pour la paix en

Israël sont ceux qui soutiennent nos trois droits fonda-mentaux, à savoir: le droit au retour des réfugiés pales-

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tiniens, l’égalité entre citoyens juifs et palestiniens d’Is-raël, et la fin de l’occupation et du régime colonial. Cesont eux, nos vrais partenaires. Ils soutiennent tous dif-férentes formes de boycott de type BDS, non seulementpar principe, mais également parce qu’ils se rendentcompte qu’une paix durable ainsi que la sécurité pourtous ne peuvent être atteintes si la justice, les lois inter-nationales, les droits de l’homme universels, et, avanttout, l’égalité, sont bafoués.Les groupes de solidarité européens qui, sciemment,

laissent des personnalités ou des mouvements de lagauche sioniste piloter leurs actions, les empêchantainsi d’être en phase avec la société civile palesti-nienne et de comprendre ses besoins réels, ne méritentpas le nom de groupes de solidarité.En revanche, les groupes qui, pour des raisons tac-

tiques, ne soutiennent que certaines parties de ce pro-gramme, ou bien boycottent de manière ciblée telsproduits ou telles organisations israéliennes ou pro-israéliennes, restent évidemment nos partenaires. Leboycott n’est pas un procédé standard. Il peut êtreadapté à chaque contexte particulier pour être plusefficace. Ce qui compte est d’être d’accord avec sesmotivations et ses objectifs. Il s’agit d’une approchefondée sur le droit, qui a clairement fixé les objectifsqui doivent être le dénominateur commun à tous lesgroupes solidaires de la Palestine: mettre fin aux troisformes principales de l’injustice israélienne et pro-mouvoir les droits des Palestiniens. Ce sont les condi-tions sine qua non pour que cette campagne soitefficace et réponde aux aspirations de la société civilepalestinienne.

La campagne BDS encouragerait l’antisémitisme

Cette accusation est complètement déplacée. Elle estutilisée à des fins d’intimidation sur le plan intellectuel.

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Est-il vraiment besoin de rappeler ici que les appelspalestiniens au boycott, au désinvestissement et auxsanctions ne visent pas les Juifs ni même les Israé-liens en tant que tels? Ils visent seulement Israël entant que régime colonial qui viole constamment lesdroits des Palestiniens et les lois internationales. Lesoutien grandissant des Juifs américains et européensprogressistes à l’idée d’exercer une pression efficacesur Israël est un argument de taille, qui n’est pour-tant pas médiatisé.De plus, considérer comme antisémites les actions

et les prises de position contre l’apartheid et le régimecolonial établis en Israël est une position antisémiteen soi, d’autres l’ont déjà dit avant moi, car celarevient à estimer que tous les Juifs, en tant que tels,sont d’une façon ou d’une autre responsables descrimes israéliens. Cette attitude évidemment racistes’apparente à la pensée de la responsabilité collec-tive déjà dénoncée au procès de Nuremberg, et elleentretient directement l’antisémitisme.Ce boycott est une lutte civique menée contre l’État

d’Israël, indépendamment de la religion pratiquée parla majorité des Israéliens. La religion des oppresseursimporte peu en réalité – qu’ils soient juifs, chrétiens,musulmans ou hindouistes n’est guère pertinent ! Laseule chose qui importe est le fait qu’ils vous oppres-sent, au mépris de tout droit et de toute morale.Les projets qui soutiennent les Palestiniens qui vivent

sous l’occupation, qu’ils relèvent du domaine médi-cal, éducatif, social ou même politique, sont vitaux.Sans eux, nombre de Palestiniens, surtout les plus vul-nérables, ne pourraient survivre à la cruauté de l’oc-cupation. Nous apprécions au plus haut point le soutienapporté à ces projets, du moins ceux qui ne corrom-pent ni ne sont corrompus, comme c’est souvent lecas. Mais cela ne signifie pas que nous pensions queceux-ci suffisent à faire avancer notre lutte pour la

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liberté et la justice. Ces dernières ne pourront êtreatteintes que lorsque l’occupation et l’apartheid aurontcessé. Comme nous le montrent les expériences dupassé, le moyen le plus sûr et le plus moral d’atteindrecet objectif est de traiter Israël comme on a traitél’Afrique du Sud au temps de l’apartheid, en prenantcontre cet État des mesures de boycott, de désinves-tissement et diverses sanctions en les adaptant aucontexte. C’est la meilleure méthode pour obtenir unepaix juste en Palestine et dans tout le Moyen-Orient.

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Faire dérailler l’injustice: la résistance civile pales-tinienne au tramway de JérusalemJerusalem Quarterly, été 2009.

Je pense qu’il faut construire [le tramway de Jérusalem]. En tout cas, tout ce qui peut rendre

Jérusalem plus puissante, tout ce qui peut la dynamiser et l’agrandir pour en faire la capitale

éternelle du peuple juif et la capitale unifiée de l’État d’Israël, doit être entrepris.

Ariel Sharon, août 2005.

Cet article donne à voir un des grands succès du mou-vement pour le BDS : la campagne « Faire déraillerVeolia et Alstom» lancée lors de l’initiative de Bilbaoen novembre 2008, qui dénonçait la complicité de cesdeux compagnies dans la colonisation des territoirespalestiniens occupés, a joué un grand rôle pour leurfaire perdre des milliards de dollars dans plusieurspays.

«Nager à contre-courant»: aux yeux de nombreusescultures, y compris dans la culture arabe, cette expres-sion s’applique souvent à un caractère imprudent,pour ne pas dire irrationnel ou désespérément vain.Aller à contresens et espérer atteindre la destinationvoulue, en dépit de tout bon sens, cela ne va fran-chement pas de soi. En relevant ce défi, la campagneBDS1, menée par la société civile palestinienne et sou-tenue par de nombreux sympathisants internationaux,a contribué à mener une résistance sur tous les plansvis-à-vis de l’oppression israélienne à l’encontre dupeuple indigène de Palestine. Pour ce faire, il a fallumobiliser la société civile internationale afin qu’ellefasse pression sur Israël, de manière continue et non-

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violente, jusqu’à ce que cet État remplisse toutes sesobligations en respectant les lois internationales etles droits des Palestiniens.La campagne contre la construction du tramway de

Jérusalem-est un cas exemplaire et révélateur dupotentiel de ce type de combat, tout comme du défiqu’il représente.

Réaliser la vision de Herzl

Selon la brochure de présentation officielle2, le tram-way de Jérusalem, le JRL, se propose de réaliser lavision que Theodor Herzl avait de la ville : «Des quar-tiers modernes, des lignes électriques, des boulevardsbordés d’arbres, une métropole du XXe siècle. » Cetélément essentiel de la vision eurocentrique de Herzlde la terre de Palestine comme État juif a été pousséencore plus loin par les concepteurs de ce projet.Bien qu’officiellement la construction du tramway

se réclame des priorités classiques de l’urbanismemoderne – qui consiste à décongestionner et rénoverle centre-ville – le plan du tramway tel qu’il apparaîtactuellement sur papier (son tracé, ses stations) révèleles objectifs tacites du projet. Il s’agit de rendre irré-versible la « judaïsation» de Jérusalem3 et de péren-niser la situation actuelle qui consacre cette villecomme capitale unifiée majoritairement juive et souscontrôle israélien. En reliant entre elles, grâce à cetramway, les grandes colonies et autres « enclavescoloniales» construites illégalement sur des territoirespalestiniens occupés (dont Jérusalem-est4), et ce àl’encontre des lois internationales5, Israël espèreinclure la construction de ce réseau de transport danssa stratégie globale (qui comprend déjà celle du murde séparation et d’autres mesures répressives6) pourrapprocher et cimenter ces différentes «enclaves» etles intégrer au «Grand Jérusalem» qui ne cesse de

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s’étendre. C’est une politique du fait accompli d’uneenvergure inégalée depuis la Nakba7 de 1948 et laguerre de 1967 (qui s’est soldée par l’occupation dela Cisjordanie et de la bande de Gaza). Ces deuxguerres furent accompagnées du déplacement mas-sif et forcé de centaines de milliers de Palestiniens.La portée de la construction de ce tramway et ses

implications politiques et légales doivent être mesu-rées à l’aune du contexte de la stratégie plus globaled’Israël concernant Jérusalem, et du «plan secret8»élaboré par le cabinet du Premier ministre et le mairede la ville, pour « renforcer le statut de Jérusalemcomme capitale de l’État d’Israël». Ce plan, dévoilérécemment par le journal Haaretz, vise à placer laVieille Ville sous hégémonie israélienne, «une poli-tique inspirée par l’idéologie d’extrême droite». Unrécent article paru dans la presse palestinienne9 àpropos de ce tramway indique que « le cadre incom-pressible de la politique israélienne à l’égard de Jéru-salem-est très clairement exposé dans « le plandirecteur 2020 datant de 2004 […] qui énumère lesmesures destinées à empêcher la croissance de lapopulation palestinienne et à encourager celle de lapopulation juive. L’objectif est d’obtenir à terme untaux de 70 % de Juifs contre 30 % de Palestiniens,conformément aux vœux du gouvernement. Un telobjectif implique un nettoyage ethnique de la com-munauté palestinienne de Jérusalem par le truche-ment d’un certain nombre de dispositifs, dont les plusradicaux sont la construction du mur de séparationet l’annulation des papiers d’identité [des résidentspalestiniens de Jérusalem].»Le tramway de Jérusalem-est l’enfant chéri du plan

directeur des transports de Jérusalem, conçu conjoin-tement par le ministère des Transports et la munici-palité. Il joue un rôle stratégique dans le plan decolonisation de Jérusalem car il est destiné à pallier

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l’inadéquation grandissante du réseau routier et dusystème de transports en commun existant, qui aujour-d’hui ne peut plus répondre correctement aux besoinscroissants induits par le développement anarchiquedes colonies israéliennes. Cette expansion s’est accé-lérée après la signature des accords d’Oslo. Au coursde la période qui a suivi la signature des accords depaix avec l’OLP en 1993, le nombre de colons dansles territoires occupés a pratiquement doublé. Commele montre le tracé officiel10, les différentes lignes dutramway sont avant tout prévues pour desservir lescolonies israéliennes illégales construites à Jérusa-lem-est même ou aux alentours de la ville, notam-ment l’aéroport d’Atarot, Neve Yaakov, Pisgat Zeev,Ramot, le campus universitaire de Har HaTzofim del’Université hébraïque et Gilo.

La pérennisation de l’injustice : les aspects légauxde la construction du tramway de Jérusalem

Sur la base de la quatrième convention de Genève,plusieurs résolutions des Nations unies ont condamnéet déclaré illégales les colonies israéliennes construitessur ce que toute la communauté internationale consi-dère comme des territoires palestiniens occupés. Laconfirmation la plus récente de ce verdict vient de laCour internationale de justice qui, le 9 juillet 2004, aémis un avis consultatif contre le mur de séparation etles colonies qu’Israël construit dans les territoirespalestiniens occupés11. Cette décision a été largementconsidérée comme un tournant décisif sur les planslégal et politique dans la lutte des Palestiniens contrel’occupation israélienne. Toute construction d’infra-structures en faveur de ces colonies ainsi que touteinitiative qui, d’une façon ou d’une autre, contribueà renforcer leur existence sont, par extension, illé-gales. Non seulement ce tramway contribue de façon

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significative à l’irréversibilité de l’annexion des ter-ritoires palestiniens occupés, mais il fournit aussi auxcolonies un réseau de transport unique qui les rat-tache à Israël. C’est pourquoi nous considérons cetramway comme inscrit dans la politique colonialed’Israël et constituant une violation des lois interna-tionales assimilable à un crime de guerre. Les entre-prises qui participent à la construction et à la gestiondu tramway, ou encore celles qui construisent, entre-tiennent et fournissent des services aux colonies12

israéliennes en général, peuvent donc, au même titre,être considérées comme criminelles.De plus, invoquant la quatrième Convention de

La Haye du 18 octobre 1907 sur le respect du droitet des usages de la guerre, l’Unité de soutien aux négo-ciations de l’OLP affirme13 : « En tant qu’occupant,Israël n’a aucun droit souverain ni aucun titre sur lesterritoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-est. En conséquence, les seules transformations qu’ilpeut effectuer dans Jérusalem-est et le reste des ter-ritoires palestiniens occupés ne peuvent être que desinterventions au bénéfice de la population palesti-nienne occupée ou répondant à des exigences mili-taires. Dans la mesure où le tramway de Jérusalemne satisfait aucun besoin civil palestinien ni ne répondà aucune nécessité militaire véritable, il constitue unetransformation illégale de Jérusalem-est et des zonesde la Cisjordanie qui l’entourent.» Ceci constitue la base légale des actions juridiques

menées en France contre Veolia et Alstom, les deuxprincipales entreprises membres du consortium qui asigné un contrat avec l’État d’Israël pour construire etgérer le tramway de Jérusalem. Ces deux entreprisessont des groupes français qui travaillent dans desdizaines de pays sur de vastes projets concernant prin-cipalement les transports, l’eau et le traitement desdéchets. Bien qu’aucun jugement n’ait encore été rendu,

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ce procès sans précédent intenté par l’OLP et l’Asso-ciation France-Palestine Solidarité (AFPS) en 200714

auprès du tribunal de Nanterre, a suffisamment pro-gressé pour inspirer des actions similaires contred’autres sociétés impliquées dans le projet du tramwayde Jérusalem. En avril dernier, selon les informationsfournies à la presse par l’AFPS15, le tribunal de grandeinstance de Nanterre a rejeté les requêtes répétées deVeolia et d’Alstom pour que l’affaire soit renvoyée, etil s’est au contraire déclaré compétent pour statuerdans ce procès. De plus, en réponse à Veolia et Alstomqui soutenaient que le tribunal français n’était pas com-pétent dans cette affaire, sous prétexte que l’État d’Is-raël jouit d’une immunité souveraine qui interdit qu’ilsoit poursuivi devant des tribunaux étrangers, le tri-bunal de Nanterre a déclaré : «Mis à part le fait quel’État d’Israël n’est pas partie dans cette action en jus-tice, la position de cet État à propos de la contestationde contrats ne peut pas sérieusement être prise encompte, ni son statut d’État souverain être invoqué,puisque cet État est de fait une puissance occupantedans la partie de la Cisjordanie où le tramway doit êtreconstruit et dont l’exploitation fait l’objet du présentcontentieux, une région que la communauté interna-tionale et la Cour internationale de justice considèrentcomme faisant partie du territoire palestinien.»Par ailleurs, au Royaume-Uni, Daniel Machover, émi-

nent juriste et cofondateur de l’Association des juristespour la défense des droits de l’homme en Palestine,a mis au point une approche innovante pour attaquerVeolia et les entreprises analogues. Machover invoquela réglementation britannique de 2006, à savoir le«UK 2006 Public Procurement Regulations», un docu-ment qui traduit dans la législation britannique lesmesures édictées par la directive européenne2004/18EC16, faisant valoir qu’une autorité locale peutêtre poursuivie si elle n’accepte pas d’exclure Veolia

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d’une procédure d’appel d’offre en tant qu’agent éco-nomique. Plus spécifiquement, il fonde son action surl’article 45 de cette directive européenne qui stipulenotamment qu’une entreprise «peut se voir interdirede prendre part à un contrat si elle s’est rendue cou-pable de graves fautes professionnelles dont la preuvepeut être apportée par les autorités contractantes». M. Machover affirme qu’au Royaume-Uni, ce type

de décision discrétionnaire prise par une personnepublique peut être contesté devant la Haute Cour. Onpeut espérer que dans la mesure où les autoritéslocales disposent de sérieuses preuves des fautes pro-fessionnelles commises par Veolia, qu’elles peuventcompter sur le soutien de l’opinion publique et qu’ilreste la menace de saisir la Haute Cour, elles peuventparfaitement décider d’exclure Veolia des appelsd’offres publics pour éviter des difficultés ultérieures.Si une telle approche donne des résultats concluants,elle pourrait être adoptée dans les différents Étatsd’Amérique où la législation est similaire.

La société civile palestinienne contre-attaque

En dépit de la décision sans équivoque de la Courinternationale de justice au sujet du mur de séparationet des colonies, aucune initiative sérieuse n’a été prise,ni par les dirigeants palestiniens, ni par la Ligue arabe,ni par l’ONU, ni par l’Union européenne, ni par aucuneautre autorité internationale pour faire appliquer lesrecommandations d’une portée considérable quecontient l’avis consultatif de la Cour. Cette passivité apour résultat de permettre à Israël de poursuivre sesinsatiables projets de colonisation de la Cisjordanie.L’incroyable échec de la prétendue communauté inter-nationale qui ne parvient pas à obliger Israël à res-pecter les lois internationales, ni même à mettre unterme à son impunité, a provoqué tant de frustration

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et de colère chez les Palestiniens du monde entierqu’ils ont décidé de repenser les moyens qu’il convientd’employer pour obtenir justice.Le 9 juillet 2005, un an après la décision de la Cour

internationale de justice sur le mur de séparation,plus de 170 partis, syndicats, organisations et réseauxd’associations palestiniens ont signé un appel histo-rique au boycott, au désinvestissement et aux sanc-tions (BDS17) contre Israël jusqu’à ce que ce paysremplisse ses obligations telles qu’elles sont définiesdans les lois internationales, et qu’il mette fin auxtrois formes d’injustice qui sont à la base de sa poli-tique (l’occupation et la colonisation, l’institutionna-lisation de la discrimination raciale et le refus dereconnaître les droits des réfugiés tels que définis parles Nations unies). L’appel est ainsi rédigé :

Nous, représentants de la société civile palestinienne,appelons les organisations de la société civile inter-nationale et tous les gens qui ont une conscience àtravers le monde à mettre en place un boycott géné-ralisé et à prendre des initiatives de désinvestisse-ment à l’encontre d’Israël, semblables à celles quiont été appliquées en Afrique du Sud à l’époque del’apartheid. Nous faisons appel à vous pour fairepression sur vos gouvernements respectifs afin qu’ilsimposent un embargo et des sanctions à l’encontred’Israël. Nous invitons les Israéliens qui ont uneconscience à soutenir cet appel au nom de la jus-tice et de la paix authentiques.

Lancé un an après l’appel palestinien pour le boycottuniversitaire et culturel d’Israël18, inspiré par la résis-tance civile palestinienne séculaire et par le récentcombat contre l’apartheid mené en Afrique du Sud,l’Appel BDS étend la portée du précédent et l’élargit àtous les domaines, notamment économique, financier et

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sportif. Tandis que l’Appel BDS a d’abord été reçu defaçon mitigée par la société civile internationale et aété vigoureusement critiqué par Israël, ses groupesde soutien et ses réseaux de sympathisants en Occi-dent lui ont vite permis de mettre le boycott d’Israël entête des priorités de plusieurs syndicats et organisa-tions religieuses solidaires des Palestiniens. Stricte-ment fondé sur une approche légale, cet appels’adresse à de nombreux secteurs de la société civileinternationale, les inspire et les mobilise autour de lamise en place de campagnes massives de sensibilisa-tion contre les institutions israéliennes ou internatio-nales qui se font complices de l’occupation et de touteautre forme d’oppression de la part d’Israël.Depuis le lancement de l’appel, ses soutiens n’ont

cessé de croître, parfois à un rythme impressionnant19.Des résultats significatifs ont été obtenus, notammentaprès que les dirigeants palestiniens du mouvement –le Comité national pour le BDS, ou BNC20 – se sont asso-ciés au mouvement en mai 2008, et après qu’ils ontréussi, en partenariat avec Mewando (le principalréseau de solidarité basque) à organiser la premièreconférence internationale pour le BDS (appelée l’ini-tiative de Bilbao21) et enfin, après qu’ils ont publié undocument qui analyse en profondeur la politique durégime israélien envers le peuple palestinien22. Le siègeillégal qu’Israël impose à la bande de Gaza, impliquantune brutale aggravation de la pauvreté, une recrudes-cence des maladies et une augmentation du taux demortalité, a fini de convaincre de nombreuses person-nalités du monde culturel et intellectuel d’apporter sonsoutien au BDS. Il en a résulté, dans le monde entier,une multitude de mesures de boycott, créatives et ins-titutionnellement viables. Ceci est le signe indubitableque la solidarité avec la Palestine est entrée dans unephase nouvelle et sans précédent qui rappelle les com-bats menés contre l’apartheid sud-africain23.

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Ce contexte favorable a également engendré desactions concrètes contre le projet de tramway à Jéru-salem. En pratique, l’appel au BDS s’est adressé direc-tement aux mouvements de solidarité de divers payset les a invités à collaborer aux diverses campagnescontre les entreprises impliquées. Ce sont sûrementlà les actions les plus efficaces contre ce projet.

Faire dérailler Veolia et Alstom

Une précédente initiative de BNC pour contrer lesentreprises impliquées dans la construction du tram-way a consisté en un appel24 adressé au royaume d’Ara-bie Saoudite par le Mouvement populaire palestiniencontre le mur d’apartheid et par la Coalition descitoyens pour la défense des droits des Palestiniens deJérusalem. Il s’agissait de faire pression sur le gou-vernement saoudien afin qu’il renonce à signer uncontrat de 2,5 milliards de dollars avec Alstom pourla construction d’une centrale électrique. Le début decet appel expose l’engagement historique de l’ArabieSaoudite pour la cause palestinienne en général etpour la question de Jérusalem occupée en particulier.Le document conclut sur le fait que la signature d’uncontrat avec cette entreprise serait une connivenceévidente avec Israël. Cette collaboration avec Alstomréduirait à néant les engagements saoudiens, sans par-ler des obligations imposées par les lois internatio-nales. Il va de soi que le gouvernement saoudien n’atoujours pas répondu à cet appel et encore moins prisla moindre décision dans ce sens. De fait, selon un rap-port récent de Gulf News, un média basé à Dubaï 25,Alstom fait partie du consortium auquel a été attribuéen mars un contrat de 1,8 milliard de dollars pour laconstruction d’une ligne de chemin de fer entreLa Mecque et Médine, le Haramain Express. L’ironieest amère quand on voit que l’Arabie Saoudite attribue

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à l’entreprise qui se rend sans équivoque complice dela colonisation de Jérusalem, ville sainte pour l’islam,un contrat pour construire la ligne de chemin de ferdestinée à relier Médine et La Mecque, les deux autresvilles saintes de l’islam. Cela a poussé l’autorité pales-tinienne, pourtant habituellement complaisante, àdéposer une plainte officielle auprès des Saoudiens età essayer de les convaincre de revenir sur leur déci-sion de faire participer Alstom à la construction duHaramain Express26.En Europe cependant, on s’est montré plus favo-

rable à la campagne contre les entreprises partenairesde la construction du tramway. Au cours de l’initia-tive Bilbao mentionnée précédemment, des juristes,des militants et des syndicalistes ont lancé, en com-plète coordination avec le comité national du BDS,plusieurs campagnes de boycott ciblé contre les entre-prises et les institutions qui sont manifestement com-plices, d’une manière ou d’une autre, du système missur pied par Israël pour oppresser les Palestiniens.C’est ainsi qu’a vu le jour la campagne «Faire déraillerVeolia et Alstom» qui a pour objectif de coordonnerles initiatives qui existent déjà dans plusieurs pays etd’en initier de nouvelles, afin de faire pression sur cesdeux entreprises en les menaçant de campagnespubliques de boycott si elles refusent de se retirer dece projet illégal.Les exemples suivants sont empruntés aux cam-

pagnes locales les plus significatives contre les deuxentreprises françaises en question et éclairent d’unjour nouveau les différentes tactiques utilisées et, sur-tout, les résultats impressionnants qu’elles ont per-mis d’atteindre.Après une longue campagne de pressions lancée à

l’initiative d’un militant des droits de l’homme extrê-mement déterminé, puis reprise par un groupe influentde la société civile néerlandaise, la Dutch Bank ASN,

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qui se définit elle-même comme une banque éthique,respectueuse des lois internationales et des droits del’homme, a retiré ses investissements de Veolia Trans-ports en novembre 200627. Cette décision a été priseaprès des mois de recherches méticuleuses, de mise enréseau et de sensibilisation du public, le tout à l’ini-tiative des organisateurs de la campagne. Les Citoyensunis pour la paix (une fédération d’associations néer-landaises) ont publié un document qui analyse endétail les liens entre des entreprises néerlandaises etl’occupation du territoire palestinien par Israël. Lacampagne palestinienne contre le mur d’apartheids’est également impliquée dans les différentes étapesde cette démarche, notamment en fournissant desdonnées empiriques et des conseils. En parallèle, leParlement néerlandais a été interrogé au sujet d’unecertaine entreprise néerlandaise impliquée dans laconstruction du mur illégal. Veolia a d’abord prétenduqu’elle n’était pas au courant que son implication dansla construction du tramway était illégale. Cet argu-ment était fallacieux puisque, plusieurs mois aupa-ravant, la section française d’Amnesty Internationalavait publié un document extrêmement clair28, met-tant la direction de Veolia en garde et l’enjoignant dene pas prendre part à ce projet.Les différentes étapes de cette affaire ont largement

été couvertes par les médias néerlandais. Ceux-ci ontmis en lumière la complicité ainsi que la responsabilitélégale et éthique des entreprises concernées, ce qui aeu pour effet de pousser la banque ASN à augmenternotablement la pression. Cette dernière a lancé uneenquête sur les implications de Veolia dans ce projetet a finalement retiré ses investissements.Une fédération d’associations confessionnelles sué-

doises, présidée par Diakonia, lui a rapidement emboîtéle pas. Pendant l’attaque brutale d’Israël contre Gaza,le Conseil de la communauté de Stockholm a annoncé29

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qu’il refusait à Veolia la reconduite prévue pour huitans de son contrat de gestion du métro de Stockholm,dont l’entreprise française était responsable depuisdix ans. Ce contrat de 3,5 milliards d’euros est actuel-lement considéré comme le plus gros contrat publicde fourniture de services en Europe. Bien que leConseil ait affirmé que sa décision ne reposait que surdes considérations commerciales, il est évident quela campagne publique menée contre Veolia par desgroupes suédois durant les mois qui ont précédé a étéun facteur décisif pour tous les hommes politiquessoucieux de leur réélection.Adri Nieuwhof, un militant des droits de l’homme qui

a joué un rôle majeur pour rendre publique la compli-cité de groupes européens avec l’occupation israélienne,a déclaré à propos de l’impressionnante campagnepublique menée en Suède contre Veolia30 : «Les mili-tants suédois ont, par tous les moyens, informé le publicsur le rôle des entreprises qui tirent profit de l’occu-pation israélienne. L’ONG suédoise Diakonia a enquêtésur l’usine Mul-T-Lock implantée dans la zone indus-trielle Barkan d’une colonie de Cisjordanie, et sesconclusions ont eu pour résultat qu’en octobre 2008,le propriétaire de l’usine, Assa Abloy, s’est séparé del’entreprise. Au même moment, Veolia négociait uncontrat de huit ans et d’un montant de 4,5 milliards dedollars pour gérer le métro du comté de Stockholm.Des journalistes suédois ont interrogé des hommes poli-tiques sur le rôle de Veolia dans le projet de tramwayisraélien destiné à relier les colonies et à normaliserleur situation, bien qu’elles soient illégales. Lors de lamanifestation Carton rouge pour Veolia du 15 novembre2008, les usagers du métro de Stockholm ont été invi-tés à apposer un carton rouge sur leur vêtement ensigne de protestation contre l’implication de Veolia dansle projet de construction du tramway de Jérusalemdans les territoires palestiniens occupés.»

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Plusieurs semaines après cet échec cuisant pour Veo-lia, ses partenaires dans le projet du tramway de Jéru-salem ont subi une défaite mémorable quand le Fondsnational de retraite suédois, l’AP7, a décidé d’exclureAlstom de son portefeuille d’actions31. Vu la dimen-sion du fonds suédois qui représente quinze milliardsde dollars, cette décision devait inévitablement avoirde graves conséquences pour Alstom et les entreprisesanalogues. Cette fois, la décision a été explicitementjustifiée par le fait qu’Alstom était engagée dans leprojet illégal du tramway de Jérusalem. Ceci a mon-tré, d’une part, le mécontentement grandissant del’opinion publique suédoise, notamment après la«guerre» de Gaza, sa condamnation des entreprisesqui tirent profit des projets israéliens illégaux, etd’autre part, sa détermination à leur en faire payerle prix, au sens propre du terme.Fin mars, la Campagne de solidarité avec la Pales-

tine (PSC) dans les Midlands de l’Ouest (Royaume-Uni)a célébré une autre victoire dans l’opposition à laconstruction du tramway de Jérusalem. Le Conseil deSandwell Metropolitan Borough a décidé de ne paspoursuivre ses négociations avec Veolia dans le cadred’un projet pour l’amélioration du plan de traitementdes déchets, un contrat de vingt ans et d’une valeurde 1,5 milliard de dollars32. Cette fois aussi, le Conseila précisé que sa décision avait des motifs commer-ciaux et non politiques. Mais là encore, on ne peutmanifestement pas ignorer la pression de l’opinionpublique qui a précédé cette décision.D’autres campagnes ont eu lieu dans diverses

régions du Royaume-Uni pour faire «dérailler» Veo-lia et l’évincer d’un certain nombre de contrats detravaux publics. Du comté du Hampshire à Liverpool,en passant par le Yorkshire du sud, les autorités ontété confrontées à des pressions politiques ou légalescroissantes, de la part de groupes de solidarité avec

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la Palestine associés au PSC, pour empêcher Veoliade répondre à des appels d’offres concernant des pro-jets publics.Récemment, Veolia a pu se rendre compte que ça

commençait à chauffer aussi dans son propre pays.La communauté urbaine de Bordeaux a annoncéqu’elle allait, évidemment pour des motifs commer-ciaux, signer un contrat d’un milliard de dollars avecun concurrent de Veolia, pour réaliser le plus grandréseau urbain de France, malgré les efforts intensesdéployés par Veolia pour emporter le marché. La Pla-teforme BDS Bordeaux a salué ce résultat en décla-rant : « L’implication de Veolia dans l’apartheid quirègne [en Israël] lui a déjà fait perdre plusieurscontrats, et ce n’est qu’un début.33»

La résistance artistique

En Australie, la campagne contre Connex, une filialede Veolia, a pris une tout autre tournure. L’artiste VanThanh Rudd a fait sensation à Melbourne avec soninstallation Économie de mouvement – un morceau dePalestine34. Celle-ci consistait en une pierre posée surun socle de verre. Sur un panneau suspendu derrière,on pouvait lire : «Cette pierre vient de Jérusalem-est(territoire palestinien occupé). Elle a été jetée sur unchar de l’armée israélienne par un jeune Palestinien.»Sur un autre panneau posé à droite était écrit : «Leschars de l’armée israélienne protègent les entreprisesfrançaises Veolia (Connex) et Alstom pendant qu’ellesexécutent des opérations illégales dans les territoirespalestiniens occupés.» Rudd explique ainsi ses moti-vations: «Je pensais que c’était une bonne occasion decréer une œuvre d’art qui montrerait clairement lesopérations illégales de Veolia dans les territoires pales-tiniens occupés.»

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Un goût de victoire

Après des mois de campagnes intensives de sensibili-sation organisées par «Faire dérailler Veolia et Alstom»,le journal Haaretz a annoncé35 que Veolia abandon-nait le projet du tramway de Jérusalem et essayaitmême de vendre les 5 % de parts qu’elle possédaitdans Citypass, le consortium chargé de la construc-tion du tramway. Selon ces informations, « l’organi-sation s’est appuyée sur un article de loi français quipermet à un tribunal d’annuler un contrat commercialsigné par une entreprise française en violation d’uneloi internationale». Cependant, des sources qui ontsouhaité conserver l’anonymat mentionnent aussi despressions politiques et affirment que la perte de mar-chés importants en Europe serait la véritable raison duretrait de Veolia.La seconde victoire était plus prévisible. La Com-

mission islamique pour les droits de l’homme, baséeà Londres, a récemment annoncé36 que le maire deTéhéran avait renoncé à attribuer à Veolia un rôle clédans son projet de réseau de transports urbains. Enmai, la BNC a adressé un courrier aux dirigeants ira-niens par l’intermédiaire d’une ONG de Genève, à l’oc-casion de la présentation du bilan de la conférencede l’ONU à Durban, pour rappeler à Téhéran ses enga-gements à contribuer à la défense de Jérusalem faceaux projets coloniaux israéliens, et pour lui deman-der instamment d’exclure Veolia et Alstom de toutcontrat de travaux publics.Malgré l’annonce de Veolia qu’elle se retirait du pro-

jet de tramway à Jérusalem, la campagne « Fairedérailler Veolia et Alstom» «a l’intention de continuerà maintenir la pression sur Veolia et Alstom jusqu’àce que ces entreprises cessent de fournir leurs ser-vices à Israël pour des projets et des activitéscontraires aux lois internationales», a déclaré Adri

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Nieuwhof 37. Concrètement, Veolia gère toujours cer-taines lignes de bus qui relient Jérusalem aux colo-nies illégales ainsi qu’une déchetterie qui traite lesordures d’Israël et de ses colonies sur le terrain deTovlan, dans la vallée du Jourdain occupée38.

Dernières remarques

De Melbourne à Stockholm, de Bordeaux aux Mid-lands, les entreprises impliquées dans le projet detramway de Jérusalem ne se heurtent pas seulementà des protestations symboliques de la part de mili-tants marginalisés, elles essuient aussi des pertesimportantes que de nombreux indicateurs permettentde relier directement à leur implication dans ce pro-jet. Ce qui aurait pu apparaître au début comme unetentative désespérée de nager à contre-courant esten train de devenir un souffle puissant qui pourraitbien inverser le sens du courant lui-même.

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1. Cf. texte del’Appel, infra, p. 182.2. http://www.rakevetkala-jerusa-lem.org.il/images/Eng_brochure.pdf3. En août 2007, le professeur JohnDugard, qui était alors le rapporteurspécial des Nations unies pour lesdroits de l’homme dans les territoi-res palestiniens occupés, a décrit lemur de séparation à l’assembléegénérale des Nations unies en cestermes : « La construction de 75 kmde mur à Jérusalem-est est pratique-ment achevée. Ce mur de séparationqui traverse des quartiers palestienset sépare des Palestiniens d’autresPalestiniens, relève de l’ingénieriesociale et il est destiné à judaïserJérusalem en réduisant le nombrede Palestiniens habitant cette ville. Ilne répond en aucun cas à des exi-gences de sécurité. »4. Alors que Jérusalem-est est consi-dérée par les Nations unies comme

une partie des territoires palestini-ens occupés en 1967, le reste de laville, appelé désormais Jérusalem-ouest, a également été occupé parles forces sionistes en 1948, en viola-tion du plan de partage de la Pales-tine qui prévoyait que l’ensemble dela ville soit placé sous contrôle inter-national.5. L’article 49 de la quatrième con-vention de Genève interdit expressé-ment aux puissances occupantes detransférer une de leur propre popu-lation civile dans les territoiresqu’elles occupent. Quand il s’agitd’appropriation massive de territoi-res en dehors de toute nécessitémilitaire, l’infraction peut être assi-milée à un crime deguerre. http://www.unhchr.ch/htlm/menu3/b/92.htm6. En mars 2009, le professeurRichard Falk, qui était à l’époque le

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rapporteur spécial des Nations uniespour les droits de l’homme dans lesterritoires palestiniens occupés, adéclaré : « Il existe plusieurs sujetsde préoccupation à propos de l’ave-nir des Palestiniens de Jérusalem-est, et des allégations selonlesquelles Israël s’est engagé dansun processus de nettoyage ethniquesubtil mais aux effets cumulatifs trèsefficaces, afin de faire de tout Jéru-salem une ville majoritairementjuive sur le plan démographique.Diverses pratiques dénoncées par lesPalestiniens ont été confirmées pardes observateurs indépendants ».http://www.transnational.org/Area_MiddleEast/2009/Falk_OralState-ment_Gaza.htlm7. Voir aussi : Ilan Pappe, The EthnicCleansing of Palestine, Oxford, One-world Publications, 2007. Le Nettoy-age ethnique de la Palestine,Fayard, 2008.8. http://www.haaretz.com/hasen/spages/1084402.htlm9. The Grassroots Palestinian Anti-Apartheid Wall Campaign and theCivic Coalition for Defending ThePalestinians’Rights in Jerusalem (Lacampagne populaire palestiniennecontre le mur d’apartheid et la Coa-lition des citoyens pour la défensedes droits des Palestiniens de Jéru-salem), A call to the Kingdom ofSaudi Arabia not to contract AlstomLtd. Its new power plant in Shoaiba :http://www.stopthewall.org/downlo-ads/pdf/briefing%20Alstom.pdf10. Consultez la carte surhttp://www.rakevetkala-jerusalem.org.il/images/Eng_bro-chure.pdf11. Dans son avis consultatif intituléConséquences légales de la construc-tion d’un mur dans les territoirespalestiniens occupés, la Cour inter-nationale de justice déclare : « LaCour conclut que les colonies israéli-ennes dans les territoires palestini-ens occupés, y compris àJérusalem-est, ont été construites enviolation des conventions internatio-nales. » http://www.icj_icj.org/doc-ket/files/131/1677.pdf12. La Coalition israélienne des fem-

mes pour la paix tient à jour uneliste des entreprises israéliennes etétrangères impliquées dans la viola-tion des lois internationales dans lesterritoires palestiniens occupés.13. Negotiation Support Unit, « Jeru-salem Light Rail Fact Sheet »,mars 2007.14. http://www.France-palestine.org/article10614.htlm (enfrançais)15. http://www.France-palestine.org/imprimersans.php3?id_article=1168016. http://eurlex.europa.eu/LexUri-Serv/LexUriServ.do?uri=CELEX:32004L0018:EN:NOT17. http://www.bdsmovement.net/?q=node/5218. http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=86919. Pour une liste partielle des orga-nisations internationales qui soutien-nent le BDS, cf. http://www.bdsmovement.net/?q=node13920. Pour davantage d’informationsur la constitution et les activités duBNC, cf. http://www.bdsmovement.net/?q=node/12621. http://www.bdsmovement.net/?q=node/21322. http://bdsmovement.net/?q=node/22223. Pour en savoir plus sur ce sujet,voir infra : Notre moment sud-afri-cain est arrivé, p. 159. http://www.palestinechronicle.com/view_article_details.php?id=1492124.http://www.stopthewall.org/downlo-ads/pdf/briefing%20Alstom.pdf25. http://www.gulfnews.com/Region/Middle_East/10318479.htlm26. http://www.gulfnews.com/Region/Middle_East/10318479.htlm27. http://electronicintifada.net/v2/article6076.shtlm28. http://amnesty.fr/index.php/amnesty/s_informer/la_chronique/mars_2006_sommaire/israel_et_territoires_occupes29. http://diakonia.se/sa/node.asp?node=280730. http://electronicintifada.net/v2/article10418.shtlm31. Idem.

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32. http://www.palestinecampaign.org/index7b.asp?33. La déclaration originale en fran -çais est consultable sur :http://www.ism-France.org/news/article.php?id=11649&type=communique&etlesujet=Boycott34. http://electronicintifada.net/v2/article10388.shtlm35. http://www.haaretz.com/hasen/spages/1091186.htlm36. http://www.ihrc.org/37. http://electronicintifada.net/v2/article10599.shtlm38. http://www.whoprofits.org/Com-pagny%20info.php?id=581

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« Les boycotts marchent » : entretien avec Ali Mustafa*Electronicintifada.net, le 1er juin 2009.

Interview récente sur le BDS, ses raisons, ses argu-ments et ses perspectives de succès, donnée lors d’unetournée au Canada durant la 5e semaine annuellecontre l’apartheid israélien.

Ali Mustafa : Pourquoi qualifiez-vous Israël d’Étatd’apartheid et en quoi est-il semblable ou différent del’Afrique du Sud de l’apartheid?Omar Barghouti: Le plus important ici, c’est que nousn’ayons pas à prouver qu’Israël est identique àl’Afrique du Sud de l’apartheid pour qu’il mérite l’éti-quette d’État d’apartheid. L’apartheid est un crimegénéralisé selon les conventions de l’ONU, et il existedes critères qui peuvent s’appliquer ou pas à telle outelle situation spécifique – on juge donc la situationdans un État au cas par cas en fonction de la façondont il remplit les conditions pour être qualifié d’Étatd’apartheid. Selon les conventions de l’ONU qui défi-nissent l’apartheid, Israël satisfait à presque toutesles conditions requises. Outre la séparation racialenette dans la Cisjordanie occupée entre Juifs et non-Juifs (les Palestiniens indigènes) – routes séparées,habitations séparées, tout est séparé – l’apartheid seporte très bien en Israël même, malgré les apparencestrompeuses. La version israélienne de l’apartheid estplus sophistiquée qu’en Afrique du Sud : c’est uneforme d’apartheid évoluée. L’apartheid sud-africain

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était rudimentaire, étriqué, primitif, pour ainsi dire –les Noirs, les Blancs, une séparation nette, aucundroit… Les citoyens palestiniens d’Israël (la popula-tion indigène) ont le droit de vote, ce qui constitue unedifférence énorme par rapport à l’Afrique du Sud ;mais pour ce qui est des autres dimensions essen-tielles de la vie, ils font l’objet d’une discrimination,non seulement en pratique, mais inscrite dans la loi.C’est donc un système légitimé et institutionnalisé deracisme qui permet à un groupe racial d’en dominerun autre, et c’est ce qui constitue l’apartheid. Même lesrapports du Département d’État américain sur lesdroits de l’homme ont condamné à plusieurs reprisesla «discrimination institutionnelle, légale et sociétale»d’Israël à l’encontre de sa minorité «non juive». Leracisme existe aussi au Canada et dans d’autres démo-craties occidentales, mais il n’y est pas institutionna-lisé et légitimé. C’était le cas dans le sud des États-Unisà l’époque des lois Jim Crow qui distinguaient lescitoyens selon leur appartenance raciale, mais aujour-d’hui on ne peut plus parler d’apartheid aux États-Unis, au sens légal, malgré la permanence du racismesous d’autres formes, indirectes.En Israël, il y a des lois fondamentales, l’équivalent

d’une constitution (Israël n’a pas de constitution), quiinstituent une discrimination nette entre Juifs et non-Juifs… Le droit le plus important qui est accordé auxJuifs seuls est le droit automatique à la citoyennetéet à la nationalité pour tous les immigrants. Il n’y apas de nationalité « israélienne» reconnue officielle-ment mais il y a une «nationalité juive» – les Palesti-niens en tant que citoyens ne peuvent jamais avoir lanationalité israélienne parce que cette nationalitén’existe pas, tandis que les réfugiés palestiniens vic-times du nettoyage ethnique depuis 1948 n’ont pas ledroit de revenir dans leur foyer d’origine, comme leprévoient les lois internationales, pour la simple rai-

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son qu’ils ne sont pas juifs. C’est le type d’apartheidque nous vivons en Israël.Un autre point très important est le fait que 93 %

du territoire israélien est interdit d’accès aux citoyensnon juifs. Si ce n’est pas de l’apartheid, je ne sais pasce qui l’est. Même en Afrique du Sud, la part du ter-ritoire interdite aux Noirs était de 86 %, moins qu’enIsraël… Mais bien sûr, beaucoup de spécialistes vousdiraient que l’occupation, la colonisation et le déni dudroit des réfugiés par Israël sont bien pires que tout cequi s’est passé en Afrique du Sud, ce qui est vrai –l’Afrique du Sud n’a jamais bombardé les bantous-tans avec des F 16, par exemple; elle n’a jamais connuces niveaux de violence massive, continue, les siègeset les massacres dignes du Moyen Âge. Bien sûr, il y aeu Sharpeville, les massacres de Soweto, etc., maistout cela est presque dérisoire à côté de ce qu’Israël afait aux Palestiniens – et je ne fais là que répéter letémoignage de Desmond Tutu, de Ronnie Kasrils etde nombreux leaders sud-africains qui savent de quoiils parlent.

AM : L’un des aspects les plus controversés de la cam-pagne BDS est bien sûr le boycott universitaire. Pou-vez-vous expliquer précisément ce que cela signifieet pourquoi les institutions universitaires israéliennessont, comme vous l’affirmez, un prolongement fon-damental de l’État et de la politique israéliens?OB : L’appel au boycott universitaire lancé par la Cam-pagne palestinienne pour le boycott universitaire etculturel d’Israël (PACBI) en 2004 est un appel au boy-cott institutionnel – il s’adresse donc à tous les uni-versitaires et toutes les institutions universitairesdisposés à boycotter les institutions universitairesisraéliennes en raison de leur complicité profonde etdurable dans l’occupation et les autres formes d’op-pression israéliennes. Mais qu’entendons-nous par

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complicité, le sens de ce terme étant assez fluctuant?Dans le cas d’Israël, la complicité d’une universitéprend un autre sens. Au Canada, par exemple, lesprincipales universités sont sans doute complices de lapolitique canadienne, d’autant qu’elles sont financéespar l’État, exactement comme en Israël (toutes lesuniversités israéliennes sont financées par l’État) maisla différence, c’est qu’en Israël, elles sont toutes dansun partenariat étroit avec l’appareil militaro-sécuri-taire, si bien que la plupart des armes créées par l’ar-mée israélienne sont développées dans les universités,que la plupart des travaux de recherche justifiant larépression et le déni des droits des Palestiniens sont lefait d’universitaires encadrés par des programmes derecherche, que les principaux projets de colonisationqui sont considérés comme des crimes de guerre parles institutions internationales ont été mis au pointdans les universités. Il y a de nombreux exemples pré-cis – le mur, par exemple, a été créé dans un envi-ronnement universitaire; un professeur de l’universitéd’Haïfa affirme que c’était son idée. Et il n’y a aucuneraison de ne pas le croire car il a donné naissance àd’autres projets qui ont joué un grand rôle dans lenettoyage ethnique en Israël même. À tous les niveaux,il y a donc une complicité profondément enracinéeentre l’université israélienne et l’appareil militaro-sécuritaire.Par ailleurs, tous les universitaires israéliens, comme

tous les adultes d’une certaine classe d’âge, serventdans l’armée de réserve d’occupation. Ils servent donccomme soldats d’occupation pendant une partie del’année. Trois mois par an, chacun d’eux part servircomme il se doit dans l’armée… Imaginez que vousquittez votre université, vos recherches, vous quitteztout et vous allez servir à un barrage routier, ou pire.Pendant cette période, soit vous participez activementà des violations des droits de l’homme et à des crimes

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de guerre, soit vous en êtes le témoin apathique etsilencieux. Dans les deux cas, vous êtes complice,même au niveau individuel. Non seulement les uni-versités tolèrent cela, mais elles l’encouragent – çafait partie du système. Malgré cela, nous n’appelonspas à boycotter les universitaires mais les institutionsuniversitaires, pour la seule raison que si notre boy-cott était individuel, il serait maccarthyste, il impli-querait une forme de maccarthysme ou d’examenpolitique : qui est bon, qui est mauvais et qui décidede cela? Nous y sommes opposés par principe.

AM : Un argument qui revient fréquemment à l’en-contre de la campagne BDS est que le dialogue seraitplus constructif que les boycotts. Comment répondez-vous à cela?OB : Du point de vue des faits comme de la logique,cet argument est faux. Pour les faits, il y a eu de trèsnombreuses tentatives de «dialogue» depuis 1993 etle lancement du «processus de paix» d’Oslo. Il y a eude nombreuses organisations et initiatives pour le dia-logue sur le terrain; c’est devenu une industrie – c’estce que nous appelons « l’industrie de la paix». Vouspouviez devenir riche très vite en participant à un deces groupes de dialogue, et en plus, ça vous donnaitl’opportunité de voyager en Europe et de dormir dansde grands hôtels, mais pour ce qui est de faire pro-gresser la cause d’une paix juste et de la fin de l’op-pression, cela n’a eu absolument aucun résultatconcret. La raison principale de cet échec tient au faitque cette industrie de la paix se fonde sur le principeerroné que ce qu’on appelle le conflit est avant tout lerésultat d’une haine mutuelle, et qu’il faut donc unesorte de thérapie ou de dialogue entre ces deux par-ties en guerre équivalentes, symétriques, pour ainsidire… Mettez-les dans une pièce, poussez-les ou forcez-les à se parler et elles tomberont amoureuses, la haine

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disparaîtra et vous aurez votre fable à la Roméo etJuliette. Bien sûr, c’est une représentation trompeuseet malhonnête dans la mesure où il s’agit d’un conflitcolonial – ce n’est pas une scène de ménage entre unmari et sa femme. C’est un conflit colonial qui reposesur le nettoyage ethnique, le racisme et l’apartheid. Sion n’élimine pas ce qui est à la base du conflit, il nepeut pas y avoir de coexistence, du moins pas de coexis-tence éthique.Il y a beaucoup d’autres problèmes liés à l’industrie

du dialogue qui tiennent au fait qu’entre des partiesasymétriques, il ne peut pas y avoir un dialogue maisdes négociations. Pour qu’il y ait dialogue, il faut undénominateur commun ou une vision commune d’unesolution fondée sur la liberté, l’égalité, la démocratieet la fin de l’injustice. Si ce dénominateur communn’existe pas, il y a alors négociation entre la partie laplus forte et la plus faible, et comme je l’ai écritailleurs, il ne peut pas y avoir de passerelle entre ellesmais seulement une échelle sur laquelle on peut mon-ter ou descendre – il n’y a pas de passage d’un côtéà l’autre. C’est ce que j’appelle une coexistence detype maître/esclave – c’est également une forme de«paix». Un maître et un esclave peuvent parvenir à unaccord au terme duquel l’asservissement est acceptécomme une réalité que l’on ne peut pas remettre enquestion, dont on ne peut que s’efforcer de tirer lemeilleur parti… Il n’y a pas de guerre, pas de conflit,personne ne tue personne, mais le maître reste lemaître et l’esclave reste l’esclave. Ce n’est pas le typede paix que nous, les opprimés, recherchons. La paixdoit au minimum se fonder sur la justice et le respecttotal des droits de l’homme. Seule la justice garantiraune paix durable. Le dialogue entre les oppresseurset les opprimés ne peut pas marcher s’il n’y a pasd’accord sur le fondement de la justice. Ça n’a pasmarché dans les faits et ça ne marche pas dans les

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principes. En revanche, les boycotts marchent dansles faits et dans les principes. Il n’y a absolumentaucune raison pour qu’ils ne fonctionnent pas. L’im-punité totale dont bénéficie Israël grâce au soutienofficiel des pays occidentaux dans tous les domaines(économique, culturel, universitaire, etc.) signifie quesi on ne lui fait pas payer davantage son système d’op-pression par des campagnes de pression concertéesde la société civile, il n’abandonnera jamais, il ne nousaccordera jamais aucun de nos droits.

AM : Bien sûr, il y a le précédent historique de l’apar-theid en Afrique du Sud, mais y a-t-il eu dans l’His-toire d’autres formes de résistance non-violente – pasforcément des boycotts – dont les campagnes PACBIet BDS ont pu s’inspirer?OB : Oui, il y a la résistance civique, ou non-violente,en Palestine même. Depuis cent ans, bien avantl’Afrique du Sud, notre propre histoire est enracinéedans la résistance civique. En cent ans de conquêtede la Palestine par les colonies de peuplement, nousavons résisté au sionisme principalement par la résis-tance civique, et non par la résistance armée, contrai-rement au mythe très répandu selon lequel larésistance palestinienne est uniquement une résis-tance armée. Ce n’est pas vrai. Pendant plus de centans, les Palestiniens ont utilisé pour résister desmoyens culturels et artistiques, des grèves, des mani-festations, des boycotts fiscaux, des organisations defemmes, des syndicats, etc. La majorité des Palesti-niens étaient engagés dans des formes de résistancenon-violente avant Gandhi et l’Afrique du Sud.

AM : De nombreux universitaires, même quand ilssoutiennent la cause palestinienne, affirment que leboycott universitaire menace le principe des libertésacadémiques. Que pensez-vous de cette affirmation?

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OB : Elle est très tendancieuse, dans la mesure où elleprivilégie les libertés académiques des Israéliens surtoutes les autres. Ceux qui soutiennent cette positionignorent totalement que, en déniant aux Palestiniensleurs droits fondamentaux, Israël porte aussi profon-dément atteinte à leurs libertés académiques. On diraitque cela ne compte pas. On n’a pas entendu ces pro-gressistes protester quand Israël a fermé les univer-sités palestiniennes pendant la première Intifada –l’université de Beir Zeit a été fermée quatre ans desuite, par exemple. On n’a pas entendu ces gens quin’ont que les libertés académiques à la bouche crier auscandale à l’époque. Sont-elles un privilège desBlancs? Y avons-nous droit, nous autres citoyens duSud? Sommes-nous des êtres humains égaux? Cesgens sont donc hypocrites ou racistes, je suis désoléde le dire… Ils sont hypocrites dans la mesure où ils nes’intéressent aux libertés académiques que pour lesIsraéliens, qui sont considérés comme blancs, euro-péens, juifs, civilisés, et pas pour nous, Palestiniens, quisommes vus comme des gens du Sud, des basanés…Ceci pour le niveau théorique… En principe, le boy-cott universitaire auquel PACBI appelle et que tousnos partenaires adoptent est un boycott institution-nel. Il n’empiète donc pas sur les droits et les privi-lèges qu’ont les universitaires israéliens de sortir deleur pays, de participer à des conférences, etc., tantque ce n’est pas le résultat d’un lien institutionnel.Nous appelons à rompre tous ces liens institutionnelset non pas à empêcher des universitaires, des artistesou des figures du monde de la culture de répondre àdes invitations et de participer à des événements. Ilspeuvent le faire, ils le font et cela ne s’arrêtera pas.Il est donc particulièrement hypocrite et trompeur dedire que le boycott universitaire est une entrave auxlibertés académiques.

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AM : Certains disent même qu’un tel boycott univer-sitaire pourrait au contraire accroître les libertés aca-démiques des universitaires israéliens. Pouvez-vousdévelopper un peu ce point?OB : Oui, le professeur Oren Ben-Dor, par exemple,qui est un philosophe israélo-britannique qui soutientle boycott, a défendu ce point de vue dans un article ily a quelques années. Il disait qu’en réalité, il n’y a pasde libertés académiques en Israël dès qu’on abordedes sujets tabous comme l’histoire du conflit (le net-toyage ethnique, la Nakba, les lois différentes pourles Juifs et les Arabes à l’intérieur de l’État d’Israël).Il y a certaines questions qui sont intouchables dansl’université israélienne. L’argument d’Oren Ben-Dorétait que le boycott universitaire forcerait les univer-sitaires et les universités à parler de ces questionstaboues. Donc, en un sens, le boycott a en effet défenduun certain niveau de libertés académiques qui n’exis-tait pas en Israël.

AM : Ma question suivante va dans le même sens. Unautre argument qui revient fréquemment chez lesdétracteurs de la campagne BDS est que la paix nesera possible qu’à partir du moment où le Hamas ces-sera de lancer des roquettes sur Israël. Que répon-dez-vous à cela?OB : Par où commencer ? Bon, commençons par laCisjordanie. En Cisjordanie, il y a un gouvernementpalestinien très obéissant qui soutient totalementIsraël dans toutes ses décisions. Israël obtient le sou-tien immédiat de l’Autorité Palestinienne (AP) deRamallah, qui est une autorité non élue imposée parun général américain, bien qu’elle n’ait même pasréussi à arrêter la construction du mur (qui a étédéclaré illégal par la Cour internationale de justicede La Haye), ni l’implantation de nouvelles colonies(qui ont également été déclarées illégales au terme

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de la Quatrième Convention de Genève), ni les postesde contrôle (il y a près de 700 barrages routiers etpostes de contrôle qui entravent la liberté de mou-vement des Palestiniens), ni la confiscation de terres,ni les massacres aveugles (y compris d’enfants), nil’emprisonnement des prisonniers politiques, niaucune autre mesure répressive conçue pour perpé-tuer un nettoyage ethnique de la population indigènepalestinienne de façon très lente et progressive, maisconstante, en particulier dans les territoires occupésdans Jérusalem même et autour. On n’a donc pas vude différence dans la répression entre la Cisjordanieet Gaza, avant le siège et la dernière guerre d’agres-sion bien sûr. Donc, avec ou sans le Hamas, la poli-tique d’oppression généralisée d’Israël ne changepresque pas. En Cisjordanie, le Hamas n’est pas aupouvoir – c’est l’AP, soutenue par Israël et les États-Unis – et pourtant, Israël poursuit sa politique decolonisation et de racisme. La question de savoir sile Hamas accepte le droit à l’existence d’Israël entant qu’État juif et s’il accepte les frontières de 1967est totalement hors de propos. Israël ne reconnaîtrajamais nos droits en tant que peuple à moins qu’il ysoit forcé. 61 ans d’expérience de l’oppression colo-niale sioniste et de l’apartheid nous ont appris qu’àmoins de résister par tous les moyens – notammentpar la résistance civique – pour qu’Israël devienneune sorte de paria aux yeux du monde, comme l’étaitl’Afrique du Sud pendant les années 1980, nousn’avons aucune chance de faire progresser la pers-pective d’une paix juste.

AM : Vous avez dit souvent dans vos écrits que voussouhaitiez voir se réaliser dans la Palestine historiqueun État binational, laïc, démocratique…OB : Pas un État binational! Je suis totalement opposéau « binationalisme » dans notre contexte. Un État

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laïc, démocratique, oui, mais pas binational. Il y a unegrande différence.

AM : D’accord, peut-être pouvez-vous m’expliquer cepoint… Un État laïc, démocratique, où les Palestinienset les Juifs peuvent vivre ensemble égaux devant laloi. Indépendamment du fait que la politique israé-lienne ait rendu très improbable une solution à deuxÉtats viable et du pseudo-consensus international,que pensent réellement les gens sur le terrain enPalestine sur cette question?OB : Tout d’abord, je dois dire que le mouvement BDSne prend pas position sur la solution politique. C’estune approche fondée sur les droits, pas sur la solu-tion. Je suis complètement et catégoriquement opposéau binationalisme comme solution à la question de laPalestine car cela laisse supposer qu’il existe deuxnations qui ont un droit moral égal sur le territoire etque nous devons donc satisfaire leur droit à toutes lesdeux. J’y suis totalement opposé mais ce serait troplong d’expliquer pourquoi. Je m’en tiendrai donc aumodèle que je soutiens, qui est celui d’un État laïc,démocratique : une personne, un vote, indépendam-ment de l’ethnie, de la religion, de la nationalité, dugenre, etc. Pleine égalité devant la loi, en incluant lesréfugiés – cela doit se baser sur le droit au retour desréfugiés palestiniens dans leur foyer d’origine, confor-mément aux résolutions de l’ONU. En d’autres termes,je souhaite un État laïc, démocratique, qui puisseconcilier nos droits inaliénables en tant que Palesti-niens indigènes et les droits acquis des Juifs israé-liens en tant que colons. Pourquoi est-ce que jeconsidère cela comme la meilleure solution ? C’estbien évidemment la solution la plus morale dans lamesure où elle traite les gens comme des êtreshumains égaux. La solution à deux États est non seu-lement impossible maintenant – Israël en a fait une

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chimère absolument irréalisable – mais c’est surtoutune solution immorale. Au mieux, elle satisferait cer-tains des droits des Palestiniens des territoires occu-pés en Cisjordanie et à Gaza tout en ignorant lamajorité des Palestiniens – les exilés, les réfugiés, lescitoyens palestiniens d’Israël. Il y a trois composantesdu peuple palestinien. Tant que vous n’aurez pas satis-fait les exigences de justice fondamentales pour cestrois composantes, nous n’aurons pas exercé notredroit à l’autodétermination. La seule façon dont nouspouvons exercer notre droit à l’autodétermination,sans imposer à nos oppresseurs une injustice inutile,c’est d’avoir un État laïc, démocratique, dans lequelpersonne n’est rejeté à la mer, personne n’est ren-voyé en Pologne et personne n’est maintenu enfermédans des camps de réfugiés. Nous pouvons coexisterde manière éthique si nos droits inaliénables noussont rendus.Maintenant, pour en revenir à votre question, sur

le terrain, il n’y a aucun parti politique aujourd’huien Palestine ou parmi les exilés palestiniens quidéfende la solution d’un État laïc et démocratique.Malgré cela, des sondages en Cisjordanie et à Gazaont montré depuis plusieurs années que cette solu-tion avait la faveur de 25 à 30 % de la population.Deux sondages en 2007 ont montré que les deux tiersde la population soutenaient une solution à un seulÉtat, quelle qu’elle soit – certains souhaitent un Étatpurement palestinien, sans Israéliens. En exil, cetteproportion s’accroît encore puisque les réfugiés et lesgens qui se battent pour le droit au retour de ces der-niers, comme moi, savent qu’on ne peut pas concilierle droit au retour et une solution à deux États. C’est legros problème que tout le monde refuse de voir. Unretour des réfugiés provoquerait la transformationradicale d’Israël d’État juif ethnocentrique en véri-table démocratie fondée sur la justice et l’égalité. Le

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droit au retour est un droit fondamental qui ne peutpas être retiré ; il est inaliénable. La solution à deuxÉtats n’a jamais été morale et elle n’est de toute façonplus envisageable – c’est devenu impossible avec toutesles colonies israéliennes. Il faut donc se tourner versla solution plus morale qui considère tous les individuscomme égaux devant la loi, qu’ils soient juifs-israé-liens ou palestiniens.

AM : On entend beaucoup d’universitaires et d’intel-lectuels comme Noam Chomsky et Norman Finkel-stein dire que la solution à deux États représente le«consensus international» et que la solution à un Étatdu type de celle dont vous parlez est irréaliste. Querépondez-vous à cela?OB : Le siège de Gaza est également une expressiondu consensus international – il n’est pas juste pourautant. C’est une machination internationale, un crimede guerre. C’est un crime contre l’humanité, malgré lesoutien de l’ONU et de toutes les grandes puissances.Je trouve incroyable que des militants, et des intel-lectuels qui sont considérés comme militants, sou-tiennent le consensus international quand ça lesarrange, et pas dans les autres cas. Lorsque le pro-fesseur Chomsky s’est élevé contre l’occupation indo-nésienne du Timor oriental, le consensus internationalétait en faveur de l’Indonésie. Aucune personnalitédu monde intellectuel ne s’était prononcée avant luien faveur de la liberté du Timor oriental. Chomsky futle premier et à lui seul, il a fait pression pour mettrecette question à l’ordre du jour, ce qui a mené à l’ac-tuelle autonomie et à la semi-indépendance du Timororiental. Le consensus international signifie souventque les grandes puissances se mettent d’accord pourperpétuer un ordre injuste parce que cela convient àleurs intérêts. Ça ne veut pas dire que l’on doive l’ac-cepter. On doit lutter pour changer cela et cette lutte

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se joue sur le terrain. En défendant la solution la plusmorale, nous faisons le pari de pouvoir obtenir le sou-tien de tous dans le monde entier – à l’exception deceux qui tiennent à ce qu’Israël demeure cet Étatraciste ethnocentrique qu’il est, un État d’apartheidévolué.

* Ali Mustafa est journaliste indépendant, écrivain et militant des médias. Il estmembre de la Coalition Against Israeli Apartheid (CAIA) et habite actuellement àToronto, Canada.

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Plus jamais contre !La complicité de l’Europe dans le long génocideisraélienElectronicintifada.net, le 21 janvier 2008.

L’Union européenne tient une position unique de com-plicité avec les crimes de guerre d’Israël et ses vio-lations des droits humains. Outre le silence etl’apathie devant le «génocide lent» mené contre lesPalestiniens, Israël et ses institutions sont les bien-venus dans la plupart des pays européens, accueillisavec chaleur et générosité dans tous les domaines,économique, culturel, académique, sportif…

L’Union européenne, le principal partenaire com-mercial d’Israël, regarde impassiblement cet État ren-forcer son siège barbare autour de Gaza, infligeantune punition collective à un million et demi de civilspalestiniens condamnés à la désolation et condam-nant des centaines de patients cardiaques ou néces-sitant une dialyse rénale, les bébés prématurés et tousceux dont la survie dépend de l’alimentation élec-trique à une mort imminente.

En gelant l’approvisionnement en carburant et en élec-tricité à Gaza, Israël, la puissance occupante, garantitavant tout que l’eau «pure» – façon de parler, puis-qu’après des décennies d’abus israéliens, l’eau de Gazaest sans doute la plus polluée de toute la région – nesera pas pompée et distribuée dans les foyers et lesinstitutions ; que les hôpitaux ne pourront pas fonc-tionner correctement, ce qui entraînera la mort de

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nombreux patients, à commencer par les plus vulné-rables; que les quelques usines qui fonctionnent encoremalgré le siège seront forcées de fermer, augmentantencore un taux de chômage déjà extrêmement élevé ;que l’épuration des eaux usées sera interrompue,aggravant encore la pollution des précieuses réservesd’eau de Gaza; que les universités et les écoles ne pour-ront plus assurer leurs services ; et que la vie de tousles civils sera considérablement perturbée, voire irré-versiblement compromise. Et l’Europe regarde sansrien faire.

Avant même cette coupure de l’approvisionnementénergétique, Richard Falk, professeur à l’Universitéde Princeton, désignait ce siège comme «un préludeau génocide ». Aujourd’hui, les crimes israéliens àGaza peuvent réellement être définis comme des actesde génocide, un génocide lent mais un génocide. Selonl’Article II de la Convention pour la prévention et larépression du crime de génocide adoptée par l’ONUen 1948, le terme s’entend comme:

l’un des actes ci-après, commis dans l’intention dedétruire, en tout ou en partie, un groupe national,ethnique, racial ou religieux, comme tel :a) meurtre de membres du groupe ;b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentalede membres du groupe ;c) soumission intentionnelle du groupe à des condi-tions d’existence devant entraîner sa destructionphysique totale ou partielle […]

À l’évidence, le siège hermétique qu’Israël inflige àGaza, conçu pour tuer, pour porter gravement atteinteà l’intégrité physique ou mentale et pour soumettreintentionnellement ses occupants à des conditionsd’existence devant entraîner leur destruction phy-

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sique totale ou partielle peut être qualifié, si ce n’estde génocide complet, d’acte de génocide. Et l’Unioneuropéenne garde un silence méfiant.

Mais pourquoi accuser spécialement l’Europe de com-plicité dans ce crime alors que, quasiment sans excep-tion, dans l’ensemble de la communauté internationale,personne n’a levé le petit doigt, et que l’obséquieuxsecrétaire général de l’ONU, qui a dépassé tous sesprédécesseurs en servilité à l’égard du gouvernementaméricain, se contente de déclarations minimalespathétiques? Et pourquoi ne pas parler du gouverne-ment américain lui-même, le soutien le plus généreuxd’Israël, directement impliqué dans le siège actuel,notamment depuis que le président George Bush, lorsde sa récente visite, a donné le feu vert à peine discretau premier ministre israélien Ehud Olmert pour qu’ildévaste Gaza ? Pourquoi ne pas accuser les frèresarabes des Palestiniens, notamment l’Égypte, le seulpays qui pourrait immédiatement rompre le siège enrouvrant le point de passage de Rafah pour rétablirl’approvisionnement en carburant, en électricité et enmatériel d’urgence? Enfin, pourquoi ne pas accuserl’Autorité palestinienne de Ramallah, dont le chef sou-mis et sans vision a osé se vanter dans une conférencede presse de son «accord total» avec Bush sur toutesles questions importantes?

Après Israël, les États-Unis sont certainement les pluscoupables. Sous l’influence d’une idéologie fonda-mentaliste, militariste et néo-conservatrice qui a prisla barre du pouvoir et d’un lobby sioniste omnipotentdont l’emprise sur celui-ci est sans précédent, lesÉtats-Unis sont dans une classe à part. Il va sans direque l’AP, l’ONU, et les gouvernements des pays arabeset du reste du monde, pour lesquels les affaires avecIsraël continuent comme si de rien n’était, devraient

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tous être jugés responsables de leur assentiment, directou indirect, aux crimes contre l’humanité commis parles Israéliens à Gaza. Il est également vrai que cha-cun d’eux porte la responsabilité légale et morale d’in-tervenir et d’appliquer tous les moyens de pressionnécessaires pour mettre un terme à ces crimes avantqu’ils ne provoquent la mort de milliers de personnes.Mais parmi eux, l’Union européenne a une positiontoute particulière. Elle n’est pas seulement silencieuseet apathique. Dans la plupart des pays d’Europe, Israëlet les institutions israéliennes sont accueillis avec cha-leur, générosité et déférence dans tous les domaines –économique, culturel, universitaire, sportif, etc. Ainsi,Israël était l’invité d’honneur d’un grand salon du livreà Turin, en Italie. Des films financés par le gouverne-ment israélien sont sélectionnés dans les festivals decinéma de tout le continent. Les produits israéliens,depuis les avocats et les oranges jusqu’aux systèmesde sécurité high-tech, inondent les marchés euro-péens. Les institutions universitaires israéliennes béné-ficient d’accords de coopération très lucratifs avecleurs homologues en Europe. Les troupes de danseurs,les groupes de musique et les orchestres israéliensparticipent à des tournées et à des festivals européenscomme si Israël était non seulement un membre nor-mal, mais même un membre particulièrement choyédu club des pays «civilisés». L’étreinte autrefois sanspanache de l’Europe officielle et d’Israël est devenueune histoire d’amour au grand jour, aussi intensequ’énigmatique.

Si l’Europe pense ainsi pouvoir se repentir du génocidequ’elle a elle-même commis contre sa population juive,elle est de fait en train de faciliter sciemment et scan-daleusement de nouveaux actes de génocide contrele peuple de Palestine. Mais les Palestiniens ne comp-tent pas autant, semble-t-il, puisque nous sommes

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considérés non seulement par Israël, mais aussi parses bons vieux soutiens et alliés «blancs» comme desêtres humains inférieurs, ou relatifs. Le continent quia inventé le génocide moderne et qui est responsabledu massacre, depuis deux siècles, de plus d’êtreshumains, pour la plupart des «humains relatifs», quetous les autres continents réunis, couvre des crimesqui rappellent, certes non quantitativement, mais qua-litativement, ses propres crimes contre l’humanité.

Il n’est sans doute pas de dossier international où lesdirigeants européens puissent être accusés d’être àce point coupés de leur opinion publique et indiffé-rents à ses préoccupations. Tandis que les appels auboycott d’Israël font tache d’huile dans les syndicats etles organisations de la société civile européenne, créantun parallèle troublant avec la campagne de boycottde l’Afrique du Sud durant le régime de l’apartheid, lesgouvernements européens ont de plus en plus de malà se détacher de la position américaine clairementcomplice à l’égard d’Israël. Même ces clichés euro-péens que sont la «condamnation» et l’expression de« vives inquiétudes » se font plus rares que jamaisaujourd’hui. Par ailleurs, les violations incessantes dela juridiction européenne sur les droits de l’hommecommises par Israël sont totalement ignorées chaquefois que quelqu’un demande si Israël doit continuerà bénéficier de généreux accords de coopération avecl’Union européenne malgré l’occupation militaire, lacolonisation et un passif considérable en matière denon-respect des droits de l’homme des Palestiniens.Si ce n’est pas de la complicité, qu’est-ce qui l’est?

Indépendamment de la dimension morale, plongerGaza dans la pénombre, la pauvreté, le désespoir etla mort n’est pas un bon calcul pour l’Europe. Enappuyant activement une politique qui mène à l’essor

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du fanatisme et de la violence désespérée près de sesfrontières, l’Europe risque bêtement de se retrouveravec le chaos à sa porte. Faute d’écouter les appelsau boycott, au désinvestissement et aux sanctions lan-cés par la quasi-totalité de la société civile palesti-nienne, ou au moins d’y réfléchir sérieusement, elleaura peut-être affaire bientôt à des sources incontrô-lables de violence irrationnelle et aveugle.

Les élites européennes semblent aujourd’hui déter-minées à ne jamais s’opposer à Israël, quels que soientles crimes qu’il commet, comme si elles réinterpré-taient à leur manière – on ne peut plus hypocrite – lefameux « Plus jamais ça ! » des survivants juifs dugénocide européen en «Plus jamais contre !»

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Boycotter les produits des colonies israéliennes :tactique et stratégieElectronicintifada.net, le 11 novembre 2008.

Le boycott des produits des colonies israéliennes dansles territoires palestiniens occupés n’est pas une finen soi mais un temps tactique, le but étant le boycottde tous les produits en provenance d’Israël.

Selon des nouvelles récentes, certaines compagniesinternationales quittent les territoires palestiniensoccupés pour s’installer à l’intérieur des frontièresisraéliennes de 1967. Cela peut donner l’impressionque le boycott des produits provenant des coloniesisraéliennes illégales devient massif, et qu’il s’agit làd’une victoire importante pour le mouvement BDS.Mais bien que ce développement doive en effet êtresalué, il faut faire une distinction : si ce boycott limitéest pris comme une tactique permettant d’ouvrir lavoie vers un boycott généralisé, il peut en effet aidercertains pays à prendre conscience de l’apartheid etdu caractère colonial du régime israélien ; mais si ceboycott limité est considéré comme une fin en soi,malgré son intérêt il entre en contradiction directeavec les objectifs qui sont ceux de BDS.Récemment, la compagnie suédoise Assa Abloy, sen-

sible aux appels de l’Église et d’autres organisationsimportantes de Suède, a décidé de retirer son usineMulti-Lock de la zone industrielle de la colonie deBarkan, en Cisjordanie, pour l’installer quelque parten Israël. Elle suivait le mouvement des Barkan Wine-

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ries, société en partie hollandaise, qui avait déjà quittéBarkan pour le kibboutz Hulda. (Que ce kibboutz soitimplanté sur le site d’un village palestinien ethni-quement nettoyé en s’appropriant son nom – Khulda– n’a pas été jugé digne d’être mentionné dans lesdocuments accusant l’entreprise vinicole de violer laloi internationale.)Il y a plus : la semaine dernière, l’Independent de

Londres indiquait que le gouvernement britanniqueavait décidé de «mettre un frein aux exportationsprovenant des colonies israéliennes», en raison dufait qu’Israël viole constamment ses engagementscommerciaux avec l’Union européenne, qui prévoientdes exemptions douanières uniquement pour les pro-duits fabriqués en Israël même et non pour ceux quiproviennent des colonies dans les territoires occu-pés. Car, conformément aux résolutions des Nationsunies et aux lois internationales, le Royaume-Uni etses partenaires de l’Union européenne – commed’ailleurs presque tous les pays – tiennent les colo-nies israéliennes pour illégales et les considèrentmême comme des crimes de guerre selon la 4e

convention de Genève. Et c’est pourquoi ils refusentd’accorder un privilège douanier à leurs produits.En réalité, depuis des dizaines d’années les pays de

l’Union européenne détournent les yeux quand Israëlexporte les produits des colonies en les présentantcomme produits israéliens. Par le passé, Israël aaccepté d’indiquer sur ses produits exportés versl’Union européenne leur origine géographique. Maisles Anglais accusent les compagnies israéliennesimplantées dans les colonies d’éviter cette contrainteen s’enregistrant à l’intérieur d’Israël, ce qui leurpermet d’effacer la différence entre produits descolonies et produits israéliens. Désormais, à la suited’une intense mobilisation des organisations dedéfense des droits de l’homme anglaises et palesti-

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niennes, et des progrès de la campagne pour le boy-cott d’Israël en Grande-Bretagne qui a atteint la tourd’ivoire de l’Université comme les principaux syndi-cats, il semble que le gouvernement britannique aitenfin décidé de s’élever contre ces pratiques israé-liennes évidemment illégales, et d’agir avec ses par-tenaires européens pour y mettre fin.Mais le mouvement BDS – dont les objectifs sont

plus ambitieux que ceux du gouvernement anglais –considère que l’interdiction d’importer les produitsdes colonies n’est qu’une étape vers le boycott de tousles produits israéliens. D’un simple point de vue pra-tique, il est extrêmement difficile, on l’a vu, de fairela différence entre ce qui provient des colonies et d’Is-raël même, puisque la plupart des compagnies sontbasées à l’intérieur d’Israël. La plupart des produitsorganiques proviennent des colonies et sont ensuiteconditionnés et commercialisés en Israël. Ce type defraude, très fréquent, repose sur des bases moinstechniques que politiques: la complaisance de l’Unioneuropéenne, le traitement d’Israël comme un Étatau-dessus des lois internationales.Politiquement parlant, même s’il était possible de

distinguer produits des colonies et produits israéliens,ceux qui préconisent le boycott limité aux colonies secomportent comme s’ils s’opposaient uniquement àl’occupation militaire datant de 1967, comme s’ilsn’avaient pas de problème avec la politique d’apar-theid menée par Israël à l’encontre de ses citoyensnon juifs, ni avec le refus du retour des réfugiés, pour-tant réclamé par les Nations unies. Les points faiblesde cette position sont pourtant clairs. Quand un paysX occupe un autre pays Y et viole de façon constanteles résolutions des Nations unies qui l’enjoignent decesser cette occupation, la communauté internatio-nale cherche à punir le pays X et non pas l’un oul’autre des effets de l’occupation. Y a-t-il jamais eu

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un mouvement appelant à boycotter seulement lesbantoustans en Afrique du Sud? Ou seulement l’ar-mée soudanaise présente au Darfour? Les militantsdes droits de l’homme au Tibet réclament-ils un boy-cott limité aux produits chinois fabriqués au Tibet?Oublions un instant qu’Israël a été fondé sur le net-

toyage ethnique et la destruction de la société pales-tinienne. L’État d’Israël est totalement responsablede la construction et du maintien des colonies dansles territoires occupés. Pourquoi punir seulement lescolonies?Malgré toutes leurs bonnes intentions, ceux qui

défendent la cause d’une paix juste en Palestine touten acceptant cette distinction ne font que reconnaîtrel’exception israélienne, le statut d’Israël comme Étatau-dessus des lois.Pour finir, et c’est crucial, il y a là un problème

moral auquel il faut faire face. Si l’on décide d’igno-rer le déni du droit au retour des réfugiés et la dis-crimination raciale exercée par Israël à l’encontrede ses propres citoyens non juifs, cela équivaut àaccepter ces deux graves violations des droits del’homme et des lois internationales comme quelquechose qui va de soi, comme un état de fait dont onpeut s’accommoder. Eh bien non, nous ne pouvonspas nous en accomoder. Pourquoi la société civileeuropéenne, qui a combattu l’apartheid sud-africain,considère-t-elle l’apartheid israélien comme normal,tolérable, au-dessus de toute discussion? La culpa-bilité de l’Europe vis-à-vis du génocide des Juifs nepeut pas justifier moralement sa complicité dans laprolongation des souffrances, du sang versé, de toutesles injustices imposées depuis des dizaines d’annéespar Israël aux Palestiniens et aux Arabes en géné-ral, en prenant le génocide comme prétexte. Ce para-digme doit être combattu et non pas accepté commeun fait acquis.

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Pour toutes ces raisons, le boycott des produits descolonies, s’il peut être proposé dans certainscontextes, ne peut être qu’un premier pas vers le boy-cott de tous les produits israéliens. Il ne peut pasconstituer le but ultime des militants qui luttent contrel’apartheid israélien.

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notre moment sud-africain est arrivéPalestinechronicle.com, mars 2009.

Depuis l’agression israélienne sur Gaza, Israël estconsidéré par la société civile du monde entier commeun État paria qui viole en totale impunité les loisinternationales. En résulte le succès du mouvementBDS, qui a franchi un seuil dans la sensibilisation del’opinion publique occidentale, rappelant aux mili-tants un moment comparable dans l’histoire de lalutte contre l’apartheid sud-africain.

Tandis que les dernières élections israéliennes mar-quent un virage vers une droite fanatique et raciste, lesPalestiniens sont soumis à une politique coloniale et àun apartheid de plus en plus brutaux, destinés à lespousser hors de leur patrie et à faire du vieux bobardsioniste de «la terre sans peuple» une prédiction autoréalisatrice (self-fulfiling prophecy). Mais parallèle-ment, de nombreux indices montrent que la sociétécivile internationale en arrive à considérer Israëlcomme un État paria qui se comporte au mépris deslois internationales. Elle entre en action pour le puniret l’ostraciser comme elle l’a fait pour l’Afrique duSud au temps de l’apartheid.À Jérusalem, à Jaffa, à Hébron, dans la vallée du

Jourdain, dans le Nakab (Neguev), les communautéspalestiniennes sont soumises depuis quelque temps àla pire campagne de nettoyage ethnique, dont le butest de «judaïser» ces lieux. Kalilyia est étouffée par le

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mur qui l’entoure presque entièrement, tandis queNaplouse est soumise à un siège permanent. Il y aquelques mois, les Palestiniens d’Acre ont subi uneattaque brutale de fondamentalistes juifs : l’un despires pogroms qu’on ait vu à l’intérieur même d’Is-raël de mémoire récente. Mais c’est Gaza qui repré-sente le test pour notre commune humanité et notremorale. L’analyse du rôle joué par les gouvernementsoccidentaux et certains régimes arabes vis-à-vis descrimes commis lors de l’attaque israélienne contreGaza montre un total fiasco sur ces deux plans. Toutau long de cette atroce agression, l’Occident officiel, lesgouvernements de l’Égypte et de l’Arabie Saoudite,l’Autorité palestinienne à Ramallah, l’obséquieusedirection des Nations unies1, tous se sont conduitscomme des complices d’Israël dans sa violation deslois internationales et du droit des gens le plus élé-mentaire.Dans des termes qui s’appliquent parfaitement à

Israël, Robert Kagan, l’un des principaux idéologuesnéoconservateurs, justifiait la tendance hégémoniquede son pays comme étant la prérogative du plus fort :«Les États-Unis sont engagés dans l’histoire pour exer-cer leur puissance dans un monde hobbesien où l’on nepeut se fier aux lois et règles internationales, et où lasécurité réelle, la défense et la promotion d’un ordrelibéral reposent sur la possession et l’usage de la puis-sance militaire2. » C’est en suivant un tel paradigmequ’Israël, depuis des dizaines d’années, a maintenuun régime d’occupation, de colonisation et d’apartheidsur le peuple palestinien grâce à « la possession etl’usage de la puissance militaire », et aux largessesinconditionnelles des puissances occidentales.En contribuant au blocus illégal de Gaza, en soute-

nant l’agression d’Israël contre Gaza, l’Union euro-péenne et plusieurs autres États occidentaux ontatteint un nouveau stade de complicité, devenant

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ouvertement des partenaires à part entière d’une poli-tique israélo-américaine fondée sur la loi de la jungle.Ils aident ainsi à réaliser la prophétie de Bush/Ben-Laden : un monde chirurgicalement divisé en axe duBien et axe du Mal, chaque camp considérant l’autrecomme celui du Mal.Face à cette alliance fatale du capitalisme sauvage

et du racisme-colonialisme israélien, le mouvementBDS représente une forme progressiste, antiraciste3,morale et efficace de résistance civile non violente.Mais BDS peut aussi devenir le catalyseur politiqueet l’ancrage moral d’un grand mouvement social inter-national, capable de réaffirmer les droits de tous lesêtres humains à la liberté, l’égalité et la dignité, et lesdroits de toutes les nations à l’autodétermination.

Gaza : la complicité de l’Occident dans les crimesde guerre

Dès 2007, Richard Falk, juriste international renommé,enseignant à Princeton, qui était alors rapporteur spé-cial de l’ONU pour les droits de l’homme dans les ter-ritoires palestiniens occupés, qualifiait le blocus deGaza de prélude à un « génocide4», et un peu plustard, d’«holocauste en préparation» (Holocaust in themaking5). Falk, qui est juif, expliquait que le siège deGaza était particulièrement préoccupant car il expri-mait clairement «une intention délibérée de la partd’Israël et de ses alliés de soumettre toute une com-munauté humaine à des conditions d’une extrêmecruauté mettant les vies en danger6».Dans un langage plus diplomatique, Sarah Roy, spé-

cialiste du développement des territoires occupés àHarvard, accusait l’Union européenne et les États-Unis de complicité avec la politique israélienne déli-bérée de « dé-développement » des territoirespalestiniens occupés, minant ainsi toute possibilité de

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créer un État palestinien indépendant et souverain7. Enpromettant aux Palestiniens «des bénéfices tangibles»,l’Union européenne espérait les entraîner à desconcessions dans les prétendues « négociations depaix». Et Sarah Roy concluait : «La logique des loisinternationales a été abandonnée pour maintenir unprocessus de paix défaillant.»L’analyse du siège de Gaza – dont la population est

composée en majorité de réfugiés de 19488 – permetde comprendre cette politique de dé-développementqui est en fait une punition collective, comme le confir-ment nombre de juristes. Durant ce siège qui duredepuis 21 mois [en mars 2009], plus de 80 % desPalestiniens de la bande de Gaza (1,5 million d’êtreshumains) en ont été réduits à dépendre pour leur sur-vie de l’aide humanitaire internationale ; l’infrastruc-ture économique a été systématiquement détruite ;95 % des usines ont dû fermer, portant la pauvreté etle chômage à des niveaux pires que ceux de l’Afriquesubsaharienne ; le système d’éducation n’a pas pufonctionner normalement à cause du manque de fuelet d’électricité pendant de longues périodes ; le sys-tème de santé est au bord de l’écroulement, et descentaines de patients sont morts faute d’avoir pu accé-der à des hôpitaux hors de Gaza.Les effets du siège à long terme sont plus inquiétants

encore9. Selon l’Organisation mondiale de la santé, lamalnutrition chronique et les maladies liées à l’ali-mentation sont en alarmante augmentation; le poidsmoyen des nouveau-nés a considérablement diminué;plus des deux tiers des enfants de moins d’un an sont enétat d’anémie chronique; des maladies liées à la pol-lution de l’eau de boisson ont commencé à se répandre.Des milliers de gens, principalement des enfants, souf-frent de sérieux troubles de l’audition causés par l’uti-lisation par Israël de bombes soniques, des semainesdurant. Toute une génération d’enfants palestiniens de

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Gaza va éprouver de sérieux désordres physiques etpsychologiques dans les années à venir.Devant les effets dévastateurs du siège de Gaza, le

commissaire général de l’UNWRA, Karen Abou Zayd,écrit cette mise en garde:

Gaza est sur le point de devenir le premier ter-ritoire à être intentionnellement réduit à un étatd’effroyable misère avec l’accord – certainsdiraient même les encouragements – de la com-munauté internationale. L’action humanitairene saurait fonctionner dans un cadre où aucuneffort n’est fait pour résoudre le conflit ni pouren traiter les causes sous-jacentes. De fait, l’ac-tion humanitaire [à Gaza] est profondémentminée, dans un contexte de complicité activeavec ceux qui créent les conditions d’une souf-france de masse10.

C’est cet aspect du siège, ce processus qui mène àune mort lente des masses d’êtres humains et quimet en danger le développement de toute une géné-ration d’enfants, qui a entraîné Falk à parler d’actesde génocide.Shulamit Aloni, ancienne ministre de l’Éducation du

gouvernement Rabin, a tiré la sonnette d’alarme il ya longtemps : dès 2003, elle condamnait les atrocitésisraéliennes, à un moment où elles étaient loin duniveau atteint lors des récents massacres à Gaza :

Certes, il ne s’agit pas encore d’un génocidecomme celui, unique et terrible, dont nous avonsété les victimes dans le passé. Et comme me l’adit l’un de nos intelligents généraux, nous n’avonspas de chambres à gaz ni de fours crématoires.Existe-t-il quelque chose de plus éloigné de notreéthique que cette remarque ? N’a-t-il jamais

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entendu parler d’un peuple entier prétendant qu’iln’avait pas su ce qui se faisait en son nom11?

Les organisations de défense des droits de l’hommeprésentes sur le terrain nous ont appris que pendantles 23 jours de l’attaque israélienne sur Gaza, plus de1400 Palestiniens ont été tués, dont 83 % étaient descivils12 ; des milliers de maisons ont été détruites, demême que la principale université, 45 mosquées, plu-sieurs ministères y compris ceux de l’éducation et dela justice, et quantité d’écoles13 ; un hôpital du Croissantrouge et des dizaines d’ambulances14 ; des centainesd’usines et d’ateliers. La Croix rouge internationale aaccusé Israël, sur un ton inhabituellement sévère, dene pas avoir donné de soins aux blessés et d’avoirempêché les secours de les atteindre, les laissant sai-gner à mort, en violation flagrante des lois interna-tionales15. Pendant les trois semaines qu’a duré cetteattaque, plus de 400 enfants palestiniens sont morts,dont beaucoup par les brûlures causées par l’utilisa-tion illégale de bombes au phosphore.Le jour du début de l’attaque, l’armée israélienne a

détruit massivement des infrastructures civiles et atué près de 400 civils palestiniens. Ce jour-là, aucunIsraélien n’a été tué. Pourtant, les dirigeants occi-dentaux n’ont pas tardé à faire des déclarations surles pertes humaines et les souffrances « des deuxcôtés», à accuser la résistance palestinienne de pro-voquer les atrocités, et à absoudre Israël de toute res-ponsabilité sous prétexte de son «droit à se défendre».Mais des juristes internationaux de premier plan ontrejeté cet argument et ont accusé Israël de crimes deguerre16. Le comité des droits de l’homme et le secré-taire général de l’ONU ont demandé des enquêtesimpartiales et indépendantes. Amnesty Internatio-nal17, Human Rights Watch18, B’Tselem, la principaleorganisation pour les droits de l’homme en Israël19, la

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Fédération internationale des droits de l’homme, leréseau Euro-Méditerranée des droits de l’homme20

ont eux aussi accusé Israël de crimes de guerre, enrefusant l’argument de l’autodéfense.Gerald Kaufman, député travailliste anglais, a com-

paré certaines actions des Israéliens à celles desnazis21, comme Noam Chomsky22 et Hajo Meyer, sur-vivant du génocide nazi et membre de «Une autrevoix juive» aux Pays-Bas23. Dans une lettre au Guar-dian, des intellectuels juifs anglais ont comparé Gazaau ghetto de Varsovie24, comme l’a fait l’InternationalJewish Anti-Zionist Network, lors du Jour du souvenirde l’Holocauste25.

La politique coloniale d’Israël et l’apartheid

Outre Gaza, de nombreuses voix s’élèvent parmi lesdéfenseurs des droits de l’homme pour reconnaître quele traitement par Israël du peuple indigène de Pales-tine représente un régime colonial et un système d’apar-theid. Cette oppression revêt trois formes spécifiquesqui sont au cœur de l’appel du mouvement BDS26 :

– l’occupation prolongée et la colonisation de Gazaet de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-est ;– le système légalisé et institutionnalisé de discri-mination raciale à l’encontre des citoyens palesti-niens d’Israël ;– le refus persistant de reconnaître les droits desréfugiés palestiniens, au premier rang desquelsleur droit à des réparations et au retour dans leurslieux d’origine, reconnu par la résolution 194 del’Assemblée générale des Nations unies.

La société civile palestinienne considère que la fin deces trois formes d’oppression constitue un minimumpour aboutir à une paix juste dans la région.

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De ces trois injustices, la plus importante est sansaucun doute le refus d’Israël d’accepter le droit auretour des réfugiés palestiniens. Le cœur de la ques-tion palestinienne a toujours été la détresse de cesréfugiés chassés par nettoyage ethnique lors de laNakba de 1948, nettoyage qui se poursuit depuis. Les61 ans de souffrance de ces réfugiés, qui forment lamajorité du peuple palestinien, font de la reconnais-sance de leurs droits le test moral décisif pour quicherche une solution juste et durable au conflit israélo-palestinien. Le rejet de ces droits ne peut que garan-tir la perpétuation du conflit27.La politique israélienne dans les territoires palesti-

niens occupés en 1967 est considérée comme consti-tutive d’un apartheid par de nombreuses personnalitéscomme l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, prixNobel de la paix, Jimmy Carter, ancien président desÉtats-Unis, ou John Dugard, ancien rapporteur spécialpour les droits de l’homme en Cisjordanie et à Gaza.De même, Michael Ben-Yair, ancien Attorney Generald’Israël, a écrit dans un article pour Haaretz consacréà la politique israélienne dans les territoires occupés:«Nous avons pris avec enthousiasme le parti de deve-nir une société coloniale, d’ignorer les traités interna-tionaux, d’exproprier des terres, d’implanter des colonsvenus d’Israël dans les territoires occupés et de trou-ver des justifications pour toutes ces activités… De fait,nous avons établi un régime d’apartheid dans les ter-ritoires occupés28.» Et malgré tout, on hésite souventà accuser Israël du crime d’apartheid tel qu’il est définipar les textes des Nations unies: c’est un sujet explo-sif, bien fait pour déclencher la fureur vengeresse despuissants groupes de pression pro-israéliens.L’argument avancé par certains experts qui, par-

fois de bonne foi, écartent le terme d’apartheid s’agis-sant d’Israël, est que l’analogie entre Israël etl’Afrique du Sud n’est pas exacte, et que par bien des

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points l’oppression israélienne est pire et demanderaitun autre terme. Le défaut de cet argument est d’ad-mettre que l’apartheid est une marque sud-africaine,que pour pouvoir accuser un régime de commettrel’apartheid, il faut prouver qu’il est identique au régimequi régnait autrefois en Afrique du Sud. Pourtant, s’il estvrai que c’est le pouvoir raciste sud-africain qui a donnéson nom à l’apartheid et l’a fait mondialement connaître,ce crime a depuis longtemps reçu une définition géné-rale universellement applicable.La Convention des Nations unies contre le crime

d’apartheid le définissait en 1976 comme «une poli-tique et des pratiques de ségrégation raciale et de dis-crimination telles qu’elles sont menées en Afrique duSud29», avec «le but d’établir et de maintenir la domi-nation d’un groupe racial sur un autre groupe racial,de l’opprimer de façon systématique, en particulierpar la ségrégation, l’expropriation de terres, le refusdu droit de quitter son pays ou d’y revenir, le refus dudroit à la nationalité et à la liberté de mouvement etde résidence» (article II). La similitude avec l’Afriquedu Sud est citée non pour en faire une condition maispour reconnaître le précédent historique.Le comité national palestinien pour le BDS a publié

récemment un article30 montrant que les originesd’Israël, ses lois et sa politique à l’encontre du peuplepalestinien rentrent largement dans cette définitionde l’apartheid. Les fondements théoriques de cetteforme particulière qu’est l’apartheid israélien sontà chercher dans le sionisme politique, idéologie euro-péenne adoptée par le courant dominant du mouve-ment sioniste – Organisation sioniste mondiale,Agence juive, Fonds national juif, etc. – afin de jus-tifier et trouver des appuis politiques pour son projetde fonder un État exclusivement juif sur le territoirede la Palestine historique. Les sionistes ont écartél’existence d’une population indigène en Palestine :

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c’est le fameux slogan d’« une terre sans peuple »,dont ils ont fait une prédiction autoréalisatrice enexpulsant par la force 750000 à 900000 Palestiniensde leur pays et en détruisant des centaines de vil-lages vidés de leurs habitants dans une opérationappelée « nettoyage du paysage », qui a duré jus-qu’en 196031.Le traitement imposé par Israël au peuple palesti-

nien relève de l’apartheid car il comporte plusieurséléments essentiels de la définition qu’en donnent leslois internationales :La discrimination raciale contre les Palestiniens

devenus citoyens de l’État d’Israël a été formalisée etinstitutionnalisée par la création d’une «nationalitéjuive », distincte de la citoyenneté israélienne. Iln’existe pas de « nationalité israélienne » : la Coursuprême a obstinément refusé de la reconnaître, carce serait la fin de la suprématie juive en Israël. La« loi du retour», promulguée en 1950, confère à tousles Juifs – et seulement aux Juifs – tous les droits natio-naux et en particulier celui de s’établir dans EretzIsrael (Israël et les territoires palestiniens occupés)et d’y jouir immédiatement de tous les droits légaux etpolitiques. Avec la loi du retour, la «nationalité juive»est extraterritoriale, en contradiction avec toutes lesnormes internationales. Elle concerne les citoyensjuifs d’autres pays, qu’ils souhaitent ou non faire par-tie de la collectivité des «nationaux juifs», et elle exclutles non-Juifs, c’est-à-dire les Palestiniens, de ceux quijouissent des droits nationaux en Israël.La « loi sur la citoyenneté» de 195232 a créé un sys-

tème discriminatoire à deux étages, où les Juifs jouis-sent de la nationalité et de la citoyenneté, alors quela population palestinienne indigène n’a que la citoyen-neté33. La «nationalité israélienne» donne des droitset des avantages importants qui sont refusés auxcitoyens palestiniens.

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La « loi sur le statut israélien» (Israeli Status Law)permet à l’Organisation sioniste mondiale et à l’Agencejuive et ses filiales, dont le Fonds national juif, decontrôler l’essentiel de la terre en Israël, au bénéficedes seuls Juifs. En 1998 le comité des Nations unieschargé des droits économiques, sociaux et culturelsa exprimé sa vive inquiétude au sujet de cette loi34,indiquant que la confiscation systématique à grandeéchelle de terres et propriétés palestiniennes et leurtransfert à ces agences d’État constituaient une formeinstitutionnelle de discrimination : en effet, par défi-nition lesdites agences refusent l’usage de ces pro-priétés aux citoyens non juifs de l’État.Le retour des réfugiés palestiniens et des personnes

déplacées à l’intérieur de l’État, requis par les loisinternationales, a été évité par le recours à la forceet par une législation inspirée par le racisme. Sim-plement parce qu’ils ne sont pas juifs, les réfugiéspalestiniens ont été exclus de la citoyenneté israé-lienne définie par la loi de 1952. Ils ont été «dénatio-nalisés » et réduits à l’état de réfugiés sans patrie.Leurs terres et leurs propriétés ont été confisquéespar l’État. Les quelque 150000 Palestiniens restés enIsraël après la Nakba de 1948 sont restés jusqu’en1966 sous une administration militaire similaire àcelle qui existe aujourd’hui dans les territoires pales-tiniens occupés.Depuis des dizaines d’années, la discrimination

raciale à l’encontre des citoyens palestiniens d’Israëlest la norme dans tous les aspects de la vie. De la pro-priété de la terre à l’éducation, de la santé à l’emploiet au logement, les Palestiniens indigènes se voientrefuser le droit à l’égalité par les lois et la politiquede l’État. Ils ne sont pas autorisés à acheter ou louerdes terres sur 93 % de la surface de l’État d’Israël35.Les sondages d’opinion actuels montrent qu’une majo-rité écrasante d’Israéliens sont opposés à une égalité

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totale avec les Palestiniens indigènes de l’État36. Queces derniers aient le droit de vote, à la différence deleurs homologues d’Afrique du Sud au temps de l’apar-theid, n’est qu’un avantage de pure forme destiné àrenforcer l’image trompeuse d’une démocratie et àrepousser les accusations bien fondées d’apartheid37.La complicité des gouvernements occidentaux dans

cette violation constante des lois internationales etdes droits élémentaires de la personne humaine estmoralement et légalement injustifiable. L’impunitédont jouit Israël lui permet de se conduire en «chienfou» – image employée autrefois par Moshé Dayan etreprise plus récemment par Martin Van Creveld, his-torien militaire israélien38 – pour soumettre les Pales-tiniens, pour leur faire accepter l’esclavage commeun destin.C’est cette impunité, ce déni catégorique des droits

qui ont été la motivation essentielle de la campagnepalestinienne pour le BDS. Depuis le 9 juillet 2005,cette campagne a été appuyée par toute la sociétécivile palestinienne, en tous lieux, comme une formede solidarité efficace qui a de vraies chances d’en finiravec la complicité de l’Occident avec Israël, et parsuite, avec l’occupation, la colonisation et l’apartheid.Durant et depuis l’attaque israélienne contre Gaza,la société civile palestinienne s’est unie pour deman-der aux peuples du monde entier de tenir Israël pourresponsable de ses crimes en le traitant commel’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. En réponse,des syndicats, des groupes universitaires, des orga-nisations religieuses, des partis politiques, des mou-vements sociaux ont lancé des campagnes BDScréatives et adaptées aux différents contextes, del’Afrique du Sud à la Norvège, de l’Australie auCanada, de la Grande-Bretagne au Vénézuela, etmême à la tribune du président de l’Assemblée géné-rale des Nations unies39.

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Le terrorisme d’État d’Israël à Gaza, rendu possiblepar l’appui illimité des États-Unis et des gouverne-ments occidentaux dans leur ensemble, a servi decatalyseur à la diffusion de BDS dans le monde entier.Ainsi, ceux qui soutiennent les droits des Palestinienssont-ils encouragés à penser que notre moment sud-africain est enfin arrivé. Ces dernières semaines ont vuposer d’importants jalons. La Canadian Union of PublicEmployees, l’Ontario’s University Workers Coordina-ting Committee40 ont décidé le boycott des institutionsacadémiques israéliennes. Il y a quelques jours, laFédération autonome des collèges du Québec a elleaussi rejoint la campagne BDS41. À Durban (Afriquedu Sud), en février dernier, les dockers ont refusé dedécharger un cargo israélien42, ce qui rappelle dessanctions analogues autrefois prises contre desbateaux sud-africains. En Australie, un syndicat dedockers a pris position en faveur du BDS. Aux États-Unis, le Hampshire College a créé un précédent his-torique en décidant de se désinvestir de six compagniesprofitant de l’occupation israélienne43. Dans les années1970, le Hampshire College avait été le premier collègeaméricain à se désinvestir d’Afrique du Sud. Au Paysde Galles, l’université de Cardiff a répondu à lademande des étudiants en se désinvestissant de com-pagnies impliquées dans l’occupation44. Même enFrance, où le boycott est en butte depuis des annéesà une opposition virulente, des universitaires de pre-mier plan ont récemment exprimé leur soutien auBDS pour en finir avec l’impunité israélienne45.Ce récent renforcement de la campagne pour le BDS

nous fait espérer que l’impunité israélienne, la collu-sion de l’Occident, des Nations unies et des régimesarabes avec Israël arriveront un jour à leur terme, per-mettant alors l’éclosion d’une véritable paix en Pales-tine et dans toute la région. C’est seulement ainsi qu’unecoexistence éthique a une vraie chance de s’instaurer.

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Dans un poème intitulé Message aux vivants, Henkvan Randwijk, un résistant hollandais contre les nazis,écrivait :

Un peuple qui s’abandonne à des tyransperd, plus que des corps et des biens,la lumière qui va s’éteindre.

Le samedi 24 janvier 2009, deux jours après la fin deshostilités et malgré les morts et la dévastation, descentaines de milliers d’enfants de Gaza sont sortis desruines pour prendre le chemin de l’école, avec leurscartables déchirés, leurs livres froissés et leurs âmesendolories. Ne laissons pas s’éteindre la lumière deleurs yeux.

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1. http://electronicintifada.net/v2/arti-cle10089.shtml2. Robert Kagan, «Power and Weak-ness,» Policy Review, n° 113,juin 2002.3. La campagne palestinienne BDS aconstamment rejeté toute forme deracisme (islamophobie, sionisme, etantisémitisme).www.BDSmovement.net4. http://www.kibush.co.il/show_file.asp?num=226765. http://www.transnational.org/Area_MiddleEast/2007/Falk_PalestineGeno-cide.html6. Ibid.7. Compte-rendu du colloque CIDSE,The EU’s Aid to the Occupied Pales-tinian Territory, Bruxelles, 7 novem-bre 2008.8. Pour plus de détails, voir : IlanPappe, The Ethnic Cleansing of Pales-tine, Oneworld, Oxford, 2007.9. http://www.countercurrents.org/audeh210108.htm10. http://www.guardian.co.uk/com-mentisfree/2008/jan/23/israelandthep-alestinians.world11. http://www.counterpunch.org/aloni03072003.html

12. http://www.pchrgaza.org/files/W_report/English/2008/22-01-2009.htm13. http://right2edu.birzeit.edu/news/article70614. http://www.amnesty.org/en/news-and-updates/news/ambulance-2009012815. http://www.nytimes.com/2009/01/09/world/middleeast/09redcross.html?_r=1&em16. http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/letters/article5488380.ece17. http://www.amnesty.org/en/appeals-for-action/time-accountability-gaza-and-southern-israel18. http://www.hrw.org/en/news/2009/01/27/israelgaza-international-investi-gation-essential19. http://www.btselem.org/English/Gaza_Strip/20090112_Use_of_White_Phosphorus.asp20. http://www.euromedrights.net/pages/560/news/focus/6885921. http://jta.org/news/arti-cle/2009/01/16/1002308/mp-kaufman-likens-israelis-to-nazis22. http://www.zmag.org/znet/viewArticle/2031623. http://alanhartdiary.blogspot.com/2009/01/new-nazis.html

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24. http://www.guardian.co.uk/world/2009/jan/10/letters-gaza-uk25. http://www.ijsn.net/home/26. http://www.bdsmovement.net/?q=node/5227. Pour plus de détails, voir : OmarBarghouti, On Refugees, Creativity &Ethics, ZNet, 28 septembre 2002.28. http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArt.jhtml?itemNo=13643329. http://www.anc.org.za/un/uncrime.htm30. http://bdsmovement.net/files/English-BNC_Position_Paper-Durban_Review.pdf31. Aron Shai, «The Fate of Abando-ned Arab Villages in Israel, 1965-1969» in History and Memory, Vol.18, n° 2 (Fall 2006), University ofIndiana Press. Voir aussi : Meron Ben-venisti, Sacred Landscape : the BuriedHistory of the Holy Land, Berkeley,The University of California Press,2000 ; Walid Khalidi, «Why Did thePalestinians Leave, Revisited.», inJournal of Palestine Studies, 1995 ;Slaman Abu Sitta, Atlas of Palestine1948, Palestine Land Society,décembre 2004 ; Ilan Pappe, The Eth-nic Cleaning of Palestine, op.cit.32. Dans la traduction officielle israé-lienne, cette loi de 1952 est appelée àtort «Loi sur la nationalité».

33. Roselle Tekiner, «Race and theIssue of National Identity in Israel.»34. E/C.12/1/Add.27 du 4 décembre1998.35. http://weekly.ahram.org.eg/2007/855/re92.htm36. Haaretz, 22 mai 2003.37. Ronnie Kasrils et Victoria Brittain,«Both Palestinians and Israelis willbenefit from a boycott», TheGuardian, 25 mai 2005.http://www.guardian.co.uk/educa-tion/.2005/may/25/highereducation.uk138. http://www.guardian.co.uk/world/2003/sep/21/israelandthepalestinians.bookextracts39. http://www.jpost.com/servlet/Satel-lite?pagename=JPost%2FJPArticle%2FShowFull&cid=122640482720940. http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=95441. http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=97142. http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=91643. http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=93044. http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=95945. http://www.ism-france.org/news/article.php?id=11222&type=analyse&lesujet=Boycott

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ConclusionBDS : maintenant ou jamais

Paulo Freire, le grand éducateur brésilien, écrivaitdans sa Pédagogie des opprimés1 que « l’un des plusgraves obstacles à la réalisation de la libération estque la réalité oppressive absorbe ceux qui y sont plon-gés et tend à submerger la conscience des êtreshumains. Fonctionnellement, l’oppression engendrel’asservissement. Pour ne plus être la proie de sa force,il faut en émerger et la surmonter. Ceci n’est possibleque par la praxis: la réflexion et l’action sur le mondepour le transformer.»Ayant réfléchi sur la nature du système israélien

d’oppression, les Palestiniens ont émergé de la réa-lité oppressive en appelant la société civile interna-tionale à prendre la responsabilité morale decombattre l’injustice, comme elle l’a fait jadis pourabolir l’apartheid en Afrique du Sud. Et cette fois-ci,les représentants de la société civile palestinienne sontconvaincus que leur action va porter ses fruits. Danssa lutte contre l’occupation, la colonisation et l’apar-theid israéliens, la campagne palestinienne pour leBDS a les plus grands atouts: une approche basée surle respect des droits humains, qui correspond globa-lement aux trois droits fondamentaux du peuple indi-gène de la Palestine, et qui jouit donc d’un consensussolide parmi tous les Palestiniens, ceux de la Pales-tine historique et ceux qui vivent en exil ; un messagemoral fondé sur l’égalité absolue, la liberté, les droits

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humains universels, l’antiracisme et le respect deslois internationales ; une stratégie reposant sur unerésistance civile, non violente, inventive, que lespeuples du monde ne peuvent qu’épauler.Dans l’appel au BDS, il est une dimension qui est

souvent négligée : l’invitation sans équivoque à sou-tenir cet appel, adressée aux Israéliens de conscience– une façon de reconnaître le rôle important que lesIsraéliens peuvent et doivent jouer dans le combatanticolonialiste et antiraciste pour en finir avec l’im-punité israélienne. Même si le mouvement pour leBDS prône la variété et l’ingéniosité des approchesselon les divers contextes, c’est l’appel palestinien quireste le cadre de référence du mouvement. Un groupede Juifs israéliens soutenant le BDS, groupe en crois-sance rapide, reconnaît pleinement cette référence2.Cependant, quelques membres de la gauche sioniste– et leurs supporters en Occident – ont sauté dans letrain du BDS, voyant le mouvement faire une percéedans l’opinion mondiale. Ils ont tenté, peut-être sanspenser à mal, d’inventer une référence alternative quiperpétue leur vision israélo-centrée, le sens aigu deleur légitimité et de leurs privilèges coloniaux. On voitque certains ont du mal à se défaire de leur vieilleattitude paternaliste envers les Palestiniens, qu’ilssemblent toujours considérer comme des « indigènesirrationnels».Comme autrefois dans la lutte contre l’apartheid

sud-africain, les véritables mouvements de solidaritésont ceux qui reconnaissent et suivent la direction desopprimés3, qui à leur tour cessent d’être des objetspassifs pour devenir des sujets actifs et rationnels,capables d’affirmer leurs aspirations et de définir leurstratégie. Les groupes qui soutiennent le BDS suiventles principes et la stratégie du Comité BDS national, oùse trouvent réunis partis politiques, organisations demasse, ONG, organisations de soutien aux réfugiés,

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associations professionnelles, bref toutes les instancesde la société civile palestinienne.Une autre force du BDS est que la lutte qu’il anime a

pour but la justice et l’égalité des droits. Comme autre-fois en Afrique du Sud, le mouvement n’est pas fondésur quelque idéologie dogmatique ou fanatique maissur les principes universels des droits humains et deslois internationales, principes qui doivent avoir la faveurdes amis de la liberté et des progressistes de tous bords.Dans le domaine opérationnel, l’action du BDS est

fondée sur trois principes essentiels : l’attention por-tée au contexte, la progressivité et la ténacité. Dansun pays donné, les universitaires, les intellectuels, lesmilitants des droits humains et les organisations dela société civile savent mieux que quiconque commentmettre le BDS en action dans leur univers politique.Les priorités de la campagne BDS qui vont être énu-mérées ne sont donc que des recommandations4, quireflètent les expériences collectives accumulées depuisla fondation du mouvement en 2005.Promouvoir un boycott général de tous les produits

et services israéliens jusqu’à ce qu’Israël se plie auxobligations des lois internationales.Promouvoir le boycott de toutes les institutions israé-

liennes universitaires5, culturelles et touristiques quisont complices du maintien de l’occupation et del’apartheid. Ceci implique de faire prendre conscienceaux travailleurs de l’université, de l’art et de la cul-ture, du rôle joué par ces institutions dans la perpé-tuation de l’injustice et de l’oppression coloniale. Lesviolations des critères palestiniens du boycott doiventêtre dénoncées aussi fermement qu’on le faisait parle passé pour ceux qui enfreignaient le boycott anti-apartheid contre l’Afrique du Sud. Tenir compte desrègles du boycott est le minimum auquel devrait s’as-treindre tout universitaire ou artiste de conscience,face à l’oppression persistante exercée par Israël.

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Promouvoir l’engagement éthique des syndicats, desorganisations religieuses6, des conseils locaux, desfonds nationaux de pension, pour qu’ils se désinves-tissent des bons du Trésor israéliens et de toutes lessociétés, banques et autres institutions financières quiprofitent – ou sont complices d’une manière ou d’uneautre – du maintien de l’occupation israélienne, durefus du droit au retour des réfugiés et du système deségrégation raciale envers les Palestiniens citoyensd’Israël.Promouvoir le sens éthique menant au désinvestis-

sement et au boycott des sociétés – qu’elles soientisraéliennes ou non – impliquées dans la violation deslois internationales et des droits humains, comme,entre autres, Elbit Systems, Veolia, Alstom, EdenSprings, Agrexco-Carmel, Ahava, Lev Leviev Dia-monds, Motorola, Caterpillar…Faire en sorte que les pèlerinages en Terre sainte

bénéficient directement aux hôtels, restaurants, guides,transports palestiniens, en refusant qu’Israël en tiredes revenus par sa compagnie aérienne et ses insti-tutions d’apartheid.Faire pression pour ostraciser le Fonds national juif,

pour lui refuser le statut d’«organisation caritative»qui est le sien dans la plupart des pays occidentaux.Faire pression sur les conseils locaux et régionaux

pour qu’ils appliquent strictement les lois intérieureset internationales qui enjoignent d’écarter des contratspublics les sociétés impliquées dans «de graves man-quements» au respect des droits humains.Faire pression sur les officiels et les partis politiques

pour prendre en compte l’appel d’Amnesty Interna-tional en faveur d’un embargo immédiat sur les armes,concernant toutes les parties en cause dans le«conflit» du Proche-Orient. Mises à part les critiquesjustifiées contre la position intenable d’Amnesty quimet sur le même plan la puissance occupante et le

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peuple occupé, ce texte appelle à interdire le com-merce des armes avec Israël et l’expédition d’armesvers cet État à partir de tout port ou aéroport. Unetelle interdiction amènerait les tierces parties à seconformer aux lois internationales et aux principesdes droits humains.Appeler à la suspension immédiate de tous les

accords de libre-échange et autres accords de préfé-rence commerciale avec Israël7, étant donné ses vio-lations des lois internationales et des droits desPalestiniens.Obliger Israël à indemniser pleinement le peuple

palestinien, et éventuellement les pays donateurs,pour toutes les destructions gratuites et illégales cau-sées à la société palestinienne, à son économie, auxpropriétés publiques et privées lors de la récenteagression de Gaza, ainsi que tout au long du blocus,des invasions passées et des offensives militaires enCisjordanie.Faire pression pour obtenir la mise en œuvre immé-

diate et inconditionnelle des recommandations du rap-port Goldstone, adoptées par le Conseil des droits del’homme des Nations unies et par la plupart desgrandes organisations internationales des droits del’homme, qui tiennent Israël pour responsable decrimes de guerre et de crimes contre l’humanité.En luttant contre l’oppression israélienne, la cam-

pagne pour le BDS ne demande pas qu’Israël soit traitéselon d’autres critères que ceux qui s’appliquent à desÉtats commettant le même genre de crimes et de vio-lations des lois internationales. Nous demandons qu’Is-raël cesse d’être juché sur le haut piédestal où l’ontinstallé les puissances occidentales qui ont soutenu etjustifié sa création sur les ruines de la société palesti-nienne. Même si Israël n’est certes pas le pire délin-quant du monde, c’est le seul à être constamment tenupour un membre honorable du club des «démocraties»

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occidentales, le génocide nazi servant cyniquementd’écran de fumée pour masquer cette collusion. Letraitement exceptionnel, l’impunité dont jouit Israëlsont sans équivalent et lui permettent de poursuivrel’apartheid, le nettoyage ethnique et le génocide à basbruit contre le peuple indigène de Palestine, au méprisdes lois internationales et sans se soucier d’éventuellesmesures punissant leur violation.Il faut le répéter, les Palestiniens – et les Arabes en

général – n’ont pas la moindre responsabilité dans legénocide nazi, commis en Europe sur des populationsessentiellement européennes, Juifs, Tziganes, Slaveset autres. Ce n’est pas aux Palestiniens de payer parleur vie, leur terre et leurs moyens d’existence le prixnécessaire pour soulager les Européens de leur sen-timent de culpabilité collective pour ce génocide.Comme l’ont dit récemment des intellectuels juifs pro-gressistes, le «Jamais plus» doit toujours être com-pris comme «Jamais plus sur personne8».La société civile occidentale est particulièrement

impliquée pour obliger Israël à respecter les lois inter-nationales : en effet, la complicité des gouvernementsoccidentaux dans le maintien du système colonial et dela ségrégation raciale israélienne se réalise sur unvaste ensemble – diplomatique, économique, acadé-mique, culturel – au nom des citoyens des pays occi-dentaux et avec l’argent de leurs impôts. Unecomplicité aussi profonde n’est pas simplement liéeà un sentiment de culpabilité par rapport au géno-cide. Elle se fonde sur les intérêts économiques del’establishment occidental, sur un racisme latent etsur un esprit de croisade visant à préserver un sys-tème de privilèges et d’exploitation.Le mouvement BDS pour les droits des Palestiniens

est une forme de résistance populaire non violente,progressiste, antiraciste, morale et efficace. Il est enpasse de devenir l’un des catalyseurs politiques, l’un

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des ancrages moraux pour un vaste mouvement socialinternational capable d’en finir avec la loi de la jungleet d’imposer le règne de la loi, tout en réaffirmant lesdroits de tous les êtres humains à la liberté, l’égalitéet la dignité de la vie.Notre moment sud-africain est enfin arrivé !

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1. Paulo Freire, Pédagogie des oppri-més, Paris, petite collection Maspero,1974.2. http ://boycottisrael.info/ethttp://www.alternativenews.org/, parexemple.3. La Déclaration du Caire, émise etapprouvée par les représentants degroupes de solidarité de plus de 40pays qui ont protesté en Égypte dansle cadre de la Marche pour la Libertéà Gaza, est un exemple de véritablesolidarité : http://cairodeclaration.org/4. Plusieurs de ces recommandationsfurent adoptées lors du Forum de lasociété civile pour la paix et la justicequi s’est tenu à Bilbao (Pays Basque,Espagne) en novembre 2008. Desdizaines d’organisations progressistespalestiniennes, européennes et israé-liennes soutenant la campagne BDS yparticipaient : http://www.bdsmove-ment.net/?q=node/2135. Pour en savoir plus sur le boycottuniversitaire, voir : www.PACBI.org.En outre, une étude récente publiéepar le Centre d’information alternative(AIC) apporte de nombreuses preuvesde la complicité de l’université israé-lienne dans l’oppression du peuplepalestinien :http://alternativenews.org/publica-tions/econoccupation/2223-the-econ-omy-of-the-occupation-23-24-academic-boycott-of-israel.html

6. D’éminentes figures palestinienneschrétiennes ont récemment publié ledocument Kairos Palestine invitant lesÉglises du monde entier «à dire uneparole de vérité et à prendre positionpour la vérité concernant l’occupationisraélienne du territoire palestinien»et approuvant explicitement « le boy-cott et le désinvestissement en tantqu’outils au service de la justice, de lapaix et de la sécurité» :http://www.kairospalestine.ps/sites/default/Documents/French.pdf7. L’accord commercial entre l’Unioneuropéenne et Israël et l’accord delibre-échange entre Le Mercosur etIsraël sont des cibles prioritaires, dansce contexte.8. Voir, par exemple, les propos deNaomi Klein à cet égard lors d’uneconférence l’an passé à Ramallah,couverte par Haaretz : Yotam Feld-man, Naomi Klein, «Oppose the Statenot the People» (S’opposer à l’État pasau peuple), Haaretz, 2 juillet 2009 :http://www.haaretz.com/hasen/spages/1097058.html

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Annexe iAppel de la société civile palestinienne au boycott, au désinvestissement, et aux sanctionscontre israël jusqu’à ce qu’il applique les loisinternationales et les principes universels des droits de l’hommeBdsmovement.net, le 9 juillet 2005.

Un an après que l’avis consultatif historique de laCour internationale de justice (CIJ) a jugé illégal lemur qu’Israël construit sur le territoire palestinienoccupé, Israël en poursuit la construction. Aprèstrente-huit ans d’occupation de la Cisjordanie pales-tinienne (y compris Jérusalem-est), de la bande deGaza et des hauteurs du Golan syriennes, Israëlcontinue à étendre ses colonies juives. Il a unilaté-ralement annexé Jérusalem-est et les hauteurs duGolan et annexe maintenant de facto de grandesparties de la Cisjordanie au moyen du mur. Israëlse prépare également – sous couvert du retrait uni-latéral prévu de la bande de Gaza – à étendre sescolonies en Cisjordanie. Cinquante-sept ans aprèsque l’État d’Israël s’est établi principalement surune terre nettoyée de ses occupants palestiniens, lamajorité de ces derniers sont des réfugiés, la plu-part apatrides. De plus, le système de discrimina-tion raciale institué par Israël contre ses proprescitoyens arabes palestiniens demeure inchangé.Vu les violations persistantes des lois internatio-

nales par Israël,Attendu que depuis 1948, des centaines de réso-

lutions de l’ONU ont condamné sa politique colo-niale et discriminatoire parce qu’illégale et ontappelé à des réparations immédiates, proportion-nées et efficaces,

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Attendu que toutes les interventions internationaleset les initiatives de paix ont, jusqu’à présent, échouéà convaincre Israël ou à le forcer à se conformer audroit humanitaire, à respecter les droits de l’hommefondamentaux et à mettre fin à l’occupation et àl’oppression du peuple de Palestine,Considérant le fait qu’au sein de la communauté

internationale, des hommes et des femmes deconscience ont historiquement endossé la respon-sabilité morale de combattre l’injustice, comme l’amontré la lutte pour abolir l’apartheid en Afriquedu Sud grâce à diverses formes de boycott, de désin-vestissement et de sanctions,Inspirés par la lutte des Sud-Africains contre

l’apartheid et dans un esprit de solidarité interna-tionale, de cohérence morale et de résistance à l’in-justice et à l’oppression,Nous, représentants de la société civile palesti-

nienne, invitons les organisations des sociétés civilesinternationales et les hommes et les femmes deconscience du monde entier à imposer des boycottssignificatifs et à mettre en œuvre des initiatives dedésinvestissement contre Israël semblables à ceuxqui furent dirigés contre l’Afrique du Sud à l’époquede l’apartheid. Nous leur demandons de faire pres-sion sur leurs États respectifs afin qu’ils imposentun embargo et des sanctions contre Israël. Nousinvitons également les Israéliens de conscience àsoutenir cet appel au nom de la justice et d’une véri-table paix.Ces mesures punitives non violentes devront être

maintenues jusqu’à ce qu’Israël reconnaisse le droitinaliénable des Palestiniens à l’autodéterminationet respecte complètement les dispositions des loisinternationales en :1. mettant fin à l’occupation et à la colonisation

de toutes les terres arabes et en démantelant le mur,

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Appel de la société civile palestinienne

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2. reconnaissant le droit fondamental des citoyensarabo-palestiniens d’Israël à une égalité totale,3. respectant, protégeant et soutenant le droit des

réfugiés palestiniens à revenir dans leurs foyerscomme le stipule la résolution 194 de l’ONU.

Approuvé par :Les partis politiques, les syndicats, les associations,les groupements et les organisations palestiniensqui représentent les trois groupes qui font intégra-lement partie du peuple de la Palestine : les réfu-giés palestiniens, les Palestiniens sous occupationet les citoyens palestiniens d’Israël.

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Annexe iiAppel au boycott universitaire et culturel d’israëlPacbi.org, le 21 décembre 2008.

Attendu que l’oppression coloniale, fondée sur l’idéo-logie sioniste, qu’Israël exerce sur le peuple palesti-nien comporte les éléments suivants :– le déni de sa responsabilité dans la Nakba –

notamment dans les vagues d’épuration ethnique etles spoliations qui sont à l’origine du problème pales-tinien – et, en conséquence, son refus de reconnaîtreles droits inaliénables des réfugiés et des personnesdéplacées tels que définis et protégés par les lois inter-nationales,– l’occupation militaire et la colonisation de la Cis-

jordanie (y compris Jérusalem-est) depuis 1967, enviolation des lois internationales et des résolutions del’ONU,– la mise en place d’un système de discrimination

raciale et de ségrégation des Palestiniens citoyensd’Israël, comparable à l’ancien système d’apartheiden Afrique du Sud,Attendu que les institutions universitaires israé-

liennes (la plupart contrôlées par l’État) et la majo-rité des intellectuels et universitaires israéliens,contribuent directement au maintien, à la défense età la justification des formes d’oppression décrites ci-dessus ou s’en rendent complice par leur silence,Attendu que toutes les interventions internationales

n’ont pas réussi à contraindre Israël à respecter ledroit humanitaire ou à mettre fin à l’oppression du

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peuple de Palestine, oppression qui s’exerce de mul-tiples façons, notamment en assiégeant, en tuant indis-tinctement, en détruisant gratuitement, en construisantce mur raciste,Considérant le fait qu’au sein de la communauté

universitaire et intellectuelle internationale, deshommes et des femmes de conscience ont historique-ment endossé la responsabilité morale de combattrel’injustice, comme l’a montré leur lutte pour abolirl’apartheid en Afrique du Sud grâce à diverses formesde boycott,Conscient que l’expansion du mouvement de boy-

cott international contre Israël rend nécessaire larédaction de ses lignes directrices,Dans un esprit de solidarité internationale, de

cohérence morale et de résistance à l’injustice et àl’oppression,Nous, universitaires et intellectuels palestiniens,

appelons nos collègues de la communauté interna-tionale à boycotter toutes les institutions universitaireset culturelles israéliennes, afin de contribuer à la luttepour mettre fin à l’occupation israélienne, à la colo-nisation et au système d’apartheid, en adoptant lespratiques suivantes :– s’abstenir de toute participation, sous quelque

forme que ce soit, à la coopération universitaire etculturelle, à des collaborations ou des projets com-muns en partenariat avec les institutions israéliennes,– plaider en faveur du boycott complet des institu-

tions israéliennes aux niveaux national et internatio-nal, y compris la suspension de toute forme definancement et de subvention de ces institutions,– encourager les désinvestissements et le désenga-

gement vis-à-vis d’Israël de la part des institutionsuniversitaires internationales,– œuvrer en faveur de la condamnation de la poli-

tique d’Israël en incitant les associations et des orga-

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nisations universitaires, professionnelles ou cultu-relles, à adopter des résolutions,– soutenir directement les institutions universitaires

et culturelles palestiniennes sans faire de leur éventuelpartenariat avec leurs homologues israéliens unecondition implicite ou explicite de ce soutien.

Approuvé par :La Fédération palestinienne des syndicats des pro-fesseurs et salariés des universités, la Fédération géné-rale palestinienne des syndicats, le réseau desorganisations non gouvernementales palestiniennes,la Fédération des enseignants de Cisjordanie, la Fédé-ration des écrivains palestiniens, la Ligue des artistespalestinienne, la Fédération des journalistes palesti-niens, l’Union générale des femmes palestiniennes,l’Association des juristes palestiniens, et des dizainesd’autres fédérations, associations palestiniennes etorganisations de la société civile.

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Appel au boycott universitaire et culturel d’israël

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Karl Marx, Friedrich Engels, Inventer l’inconnu. Textes et correspondance autour de la Commune. Précédé de «Politique

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de Marx» par Daniel Bensaïd.

Joseph A. Massad, La persistance de la question palestinienne.

Louis Ménard, Prologue d’une révolution (février-juin 1848).Présenté par Maurizio Gribaudi.

Elfriede Müller & Alexander Ruoff, Le polar français. Crime et histoire.

Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine. Aux origines du conflitisraélo-arabe.

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Cet ouvrage a été reproduit et achevé d’imprimer par l’Imprimerie Floch à Mayenne en mars 2010.

Numéro d’impression : XXXXXXXXDépôt légal : avril 2010.Imprimé en France

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