benjamin constant - adolphe

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--- ATTENTION : CONSERVEZ CETTE LICENCE SI VOUS REDISTRIBUEZ CE FICHIER ---

License ABU -=-=-=-=-=Version 1, Aout 1997 Copyright (C) 1997 Association de Bibliophiles Universels http://www.abu.org/ [email protected] La base de textes de l'Association des Bibliophiles Universels (ABU) est une oeuvre de compilation, elle peut tre copie, diffuse et modifie dans les conditions suivantes : 1. Toute copie des fins prives, des fins d'illustration de l'enseignement ou de recherche scientifique est autorise. 2. Toute diffusion ou inclusion dans une autre oeuvre doit a) soit inclure la presente licence s'appliquant a l'ensemble de la diffusion ou de l'oeuvre derivee. b) soit permettre aux bnficiaires de cette diffusion ou de cette oeuvre drive d'en extraire facilement et gratuitement une version numrise de chaque texte inclu, muni de la prsente licence. Cette possibilit doit etre mentionne explicitement et de faon claire, ainsi que le fait que la prsente notice s'applique aux documents extraits. c) permettre aux bnficiaires de cette diffusion ou de cette oeuvre drive d'en extraire facilement et gratuitement la version numrise originale, munie le cas echeant des amlioration vise au paragraphe 6, si elle sont prsente dans la diffusion ou la nouvelle oeuvre. Cette possibilit doit tre mentionne explicitement et de faon claire, ainsi que le fait que la prsente notice s'applique aux documents extraits. Dans tous les autres cas, la prsente licence sera rpute s'appliquer l'ensemble de la diffusion ou de l'oeuvre drive. 3. L'en-tte qui accompagne chaque fichier doit tre intgralement conserve au sein de la copie. 4. La mention du producteur original doit tre conserve, ainsi que celle des contributeurs ultrieurs. 5. Toute modification ultrieure, par correction d'erreurs, additions de variantes, mise en forme dans un autre format, ou autre, doit tre indique. L'indication des diverses contributions devra tre aussi prcise que possible, et date. 6. Ce copyright s'applique obligatoirement toute amlioration par simple correction d'erreurs ou d'oublis mineurs (orthographe, phrase manquante, ...), c'est-a-dire ne correspondant pas a l'adjonction d'une autre variante connue du texte, qui devra donc comporter la prsente notice.

----------------------- FIN DE LA LICENCE ABU ---------------------------------- ATTENTION : CONSERVEZ CET EN-TETE SI VOUS REDISTRIBUEZ CE FICHIER -- TRANSCRIPTION ETABLIE LE : 6 fvrier 1994 D'APRES : collection "Grands Ecrivains" (1985) REGLES SUIVIES POUR CETTE EDITION Pas de remarque particulire. Un passage se trouvait en italiques dans le texte original. Il a t plac ici entre guillemets. Version 4 : 29 dcembre 1996. Corrections diverses : - Les E ont t remplacs, le cas chant, par des . - Six espaces parasites ont t supprims afin de reformer les mots : acheter ("achet er") croyais ("cro yais") testament ("testame nt") peut-tre ("peut- tre") rputation ("rp utation") seule ("seu le") - Trois mots ont t corrigs : ge (au lieu de "age") monosyllabes (au lieu de "monosyllables") mcontentement (au lieu de "mcontement") ----------------------- FIN DE L'EN-TETE -------------------------------------------------------- DEBUT DU FICHIER adolphe4 ------------------------------CHAPITRE PREMIER ----------------

Je venais de finir vingt-deux ans mes tudes l'universit de Gottingue. -L'intention de mon pre, ministre de l'lecteur de ***, tait que je parcourusse les pays les plus remarquables de l'Europe. Il voulait ensuite m'appeler auprs de lui, me faire entrer dans le dpartement dont la direction lui tait confie, et me prparer le remplacer un jour. J'avais obtenu, par un travail assez opinitre, au milieu d'une vie trs dissipe, des succs qui m'avaient distingu de mes compagnons d'tude, et qui avaient fait concevoir mon pre sur moi des esprances probablement fort exagres.

Ces esprances l'avaient rendu trs indulgent pour beaucoup de fautes que j'avais commises. Il ne m'avait jamais laiss souffrir des suites de ces fautes. Il avait toujours accord, quelquefois prvenu mes demandes cet gard. Malheureusement sa conduite tait plutt noble et gnreuse que tendre. J'tais pntr de tous ses droits ma reconnaissance et mon respect. Mais aucune confiance n'avait exist jamais entre nous. Il avait dans l'esprit je ne sais quoi d'ironique qui convenait mal mon caractre. Je ne demandais alors qu' me livrer ces impressions primitives et fougueuses qui jettent l'me hors de la sphre commune, et lui inspirent le ddain de tous les objets qui l'environnent. Je trouvais dans mon pre, non pas un censeur, mais un observateur froid et caustique, qui souriait d'abord de piti, et qui finissait bientt la conversation avec impatience. Je ne me souviens pas, pendant mes dix-huit premires annes, d'avoir eu jamais un entretien d'une heure avec lui. Ses lettres taient affectueuses, pleines de conseils, raisonnables et sensibles ; mais peine tions-nous en prsence l'un de l'autre qu'il y avait en lui quelque chose de contraint que je ne pouvais m'expliquer, et qui ragissait sur moi d'une manire pnible. Je ne savais pas alors ce que c'tait que la timidit, cette souffrance intrieure qui nous poursuit jusque dans l'ge le plus avanc, qui refoule sur notre coeur les impressions les plus profondes, qui glace nos paroles, qui dnature dans notre bouche tout ce que nous essayons de dire, et ne nous permet de nous exprimer que par des mots vagues ou une ironie plus ou moins amre, comme si nous voulions nous venger sur nos sentiments mmes de la douleur que nous prouvons ne pouvoir les faire connatre. Je ne savais pas que, mme avec son fils, mon pre tait timide, et que souvent, aprs avoir longtemps attendu de moi quelques tmoignages d'affection que sa froideur apparente semblait m'interdire, il me quittait les yeux mouills de larmes et se plaignait a d'autres de ce que je ne l'aimais pas. Ma contrainte avec lui eut une grande influence sur mon caractre. Aussi timide que lui, mais plus agit, parce que j'tais plus jeune, je m'accoutumai renfermer en moi-mme tout ce que j'prouvais, ne former que des plans solitaires, ne compter que sur moi pour leur excution, considrer les avis, l'intrt, l'assistance et jusqu' la seule prsence des autres comme une gne et comme un obstacle. Je contractai l'habitude de ne jamais parler de ce qui m'occupait, de ne me soumettre la conversation que comme une ncessit importune et de l'animer alors par une plaisanterie perptuelle qui me la rendait moins fatigante, et qui m'aidait cacher mes vritables penses. De l une certaine absence d'abandon qu'aujourd'hui encore mes amis me reprochent, et une difficult de causer srieusement que j'ai toujours peine surmonter. Il en rsulta en mme temps un dsir ardent d'indpendance, une grande impatience des liens dont j'tais environn, une terreur invincible d'en former de nouveaux. Je ne me trouvais mon aise que tout seul, et tel est mme prsent l'effet de cette disposition d'me que, dans les circonstances les moins importantes, quand je dois choisir entre deux partis, la figure humaine me trouble, et mon mouvement naturel est de la fuir pour dlibrer en paix. Je n'avais point cependant la profondeur d'gosme qu'un tel caractre parat annoncer : tout en ne m'intressant qu' moi, je m'intressais faiblement moi-mme. Je portais au fond de mon coeur un besoin de sensibilit dont je ne m'apercevais pas, mais qui, ne trouvant point se satisfaire, me dtachait successivement de tous les objets qui tour tour attiraient ma curiosit. Cette indiffrence sur tout s'tait encore fortifie par l'ide de la mort, ide qui m'avait frapp trs jeune, et sur laquelle je n'ai jamais conu que les hommes s'tourdissent si facilement. J'avais l'ge de dix-sept ans vu mourir une femme ge, dont l'esprit, d'une tournure remarquable et bizarre, avait commenc dvelopper le mien. Cette femme, comme tant d'autres, s'tait, l'entre de sa carrire,

lance vers le monde, qu'elle ne connaissait pas, avec le sentiment d'une grande force d'me et de facults vraiment puissantes. Comme tant d'autres aussi, faute de s'tre plie des convenances factices, mais ncessaires, elle avait vu ses esprances trompes, sa jeunesse passer sans plaisir ; et la vieillesse enfin l'avait atteinte sans la soumettre. Elle vivait dans un chteau voisin d'une de nos terres, mcontente et retire, n'ayant que son esprit pour ressource, et analysant tout avec son esprit. Pendant prs d'un an, dans nos conversations inpuisables, nous avions envisag la vie sous toutes ses faces, et la mort toujours pour terme de tout; et aprs avoir tant caus de la mort avec elle, j'avais vu la mort la frapper mes yeux. Cet vnement m'avait rempli d'un sentiment d'incertitude sur la destine, et d'une rverie vague qui ne m'abandonnait pas. Je lisais de prfrence dans les potes ce qui rappelait la brivet de la vie humaine. Je trouvais qu'aucun but ne valait la peine d'aucun effort. Il est assez singulier que cette impression se soit affaiblie prcisment mesure que les annes se sont accumules sur moi. Serait-ce parce qu'il y a dans l'esprance quelque chose de douteux, et que, lorsqu'elle se retire de la carrire de l'homme, cette carrire prend un caractre plus svre, mais plus positif ? Serait-ce que la vie semble d'autant plus relle que toutes les illusions disparaissent, comme la cime des rochers se dessine mieux dans l'horizon lorsque les nuages se dissipent ? Je me rendis, en quittant Gottingue, dans la petite ville de D***. Cette ville tait la rsidence d'un prince qui, comme la plupart de ceux de l'Allemagne, gouvernait avec douceur un pays de peu d'tendue, protgeait les hommes clairs qui venaient s'y fixer, laissait toutes les opinions une libert parfaite, mais qui, born par l'ancien usage la socit de ses courtisans, ne rassemblait par l mme autour de lui que des hommes en grande partie insignifiants ou mdiocres. Je fus accueilli dans cette cour avec la curiosit qu'inspire naturellement tout tranger qui vient rompre le cercle de la monotonie et de l'