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  • AUTRES OUVRAGES DE TZVETAN TODOROV

    Littrature et signification, Larousse, 1967. Grammaire du Dcamron, Mouton, 1969 Introduction la littrature fantastique, Le Seuil, 1970 Potique de la prose, Le Seuil, 1971 Dictionnaire encyclopdique des sciences du langage

    (avec Oswald Ducrot), Le Seuil, 1972. Potique (Qu'est-ce que le structuralisme ?), Le Seuil, 1973. Thories du symbole, Le Seuil, 1977. Symbolisme et interprtation, Le Seuil, 1978. Les Genres du discours, Le Seuil, 1978. Mikhal Bakhtine, le principe dialogique, Le Seuil, 1981. La Conqute de l'Amrique, Le Seuil, 1982. Critique de la critique, Le Seuil, 1984. Frle Bonheur : essai sur Rousseau, Hachette, 1985. La Notion de littrature, Le Seuil, 1987. Nous et les autres, Le Seuil, 1989. Les Morales de l'Histoire, Grasset, 1991. Face l'extrme, Le Seuil, 1991 et 1994. loge du quotidien, Adam Biro, 1993. Une tragdie franaise, Le Seuil, 1994. La Vie commune, Le Seuil, 1995. Les Abus de la mmoire, Arla, 1995.

    OUVRAGES COLLECTIFS

    Thorie de la littrature, Textes des formalistes russes, Le Seuil, 1965 L'Enseignement de la littrature (avec Serge Doubrovsky), Plon, 1971. French Literary Theory Today, A Reader,

    Maison des sciences de l'homme, 1982. Rcits aztques de la conqute (avec Georges Baudot), Le Seuil, 1983. Au nom du peuple, ditions de l'Aube, 1992. Mlanges sur l'uvre de Paul Bnichou

    (avec Marc Fumaroli), Gallimard, 1995.

  • Tzvetan Todorov et Annick Jacquet

    GUERRE ET PAIX SOUS L'OCCUPATION

    TMOIGNAGES RECUEILLIS AU CENTRE DE LA FRANCE

    arla

  • En frontispice : Sance de pose, le 7 juin 1944, au lieu-dit La Frolle (commune de Nozires, dans le Cher), devant les carcasses de deux locomotives entres en collision la suite d'un sabotage par le groupe FFI Surcouf-Combat. La photo a t prise par monsieur Jean Bontet, qui a eu l'obligeance de nous communiquer ce document.

    ISBN 2-86959-280-9 Mars 1996 - Arla

  • AVANT-PROPOS

    Ce livre raconte la vie quotidienne des Franais dans des circonstances extrmes.

    Les situations extrmes ont beaucoup d'inconvnients pour ceux qui s'y trouvent plongs, mais aussi un avantage pour nous qui venons aprs : elles agissent la manire d'un verre grossissant, et rendent visible ce qui pouvait autrement passer inaperu. Lorsque rgnent le calme et la paix, les murs sont plus ou moins polices, les conflits dissimuls, les angoisses tra- vesties. La menace constante de mort et de souffrances intenses, la pnurie, la violence dans les rapports humains crent un tout autre climat et jettent une lumire crue sur nos conduites. C'est au cours de l'occupation allemande, pendant la Seconde Guerre mondiale, que la France entire s'est trouve dans une telle situation pour la dernire fois. Ce livre parle donc de la vie sous l'Occupation, entre 1940 et 1944. Les rcits qui le composent ne proviennent pas, il est vrai, de tout le territoire franais, mais d'une seule rgion. Cet chantillon est cepen- dant reprsentatif de la totalit, ainsi que le symbolise ce fait fortuit : nous sommes au centre gographique de la France, c'est--dire dans la partie sud du Berry, la rgion de Saint- Amand-Montrond. Ici les grandes plaines du nord cdent la place aux vallons verdoyants, aux rivires sinueuses, aux mas-

  • sifs boiss, qui deviendront plus au sud les premiers contreforts du Massif Central Nous sommes, aussi, au cur de la France.

    Ce livre raconte la vie quotidienne. Les ouvrages d'histoire choisissent toujours une perspective exclusive, qui leur fait mettre de ct de nombreuses facettes de l'exprience : ils reconstituent les vnements politiques, ou les faits et gestes militaires, ou les ralits conomiques. Dans leur recherche d'une vrit objective, ils cartent de plus toute exprience par trop individuelle ; ce qui les intresse, c'est de savoir comment les choses se sont rellement passes, non ce qu 'en ont pens les participants. Ici, au contraire, l'existence humaine est prsente dans toute sa diversit, ce qui veut dire que le sublime y ctoie le futile, les vnements historiques se mlant aux dtails anec- dotiques. On y raconte la Dbcle, l'Occupation, la Rsistance, la Libration, mais aussi comment, pendant ce mme temps, se transformait la manire qu'avaient les gens de manger, s'ha- biller, se dplacer, s'amuser, s'aimer, se runir et se quereller. Ce ne sont jamais les vnements en eux-mmes qui se trouvent reconstitus, mais toujours et seulement le reflet de ces vne- ments dans la conscience de leurs acteurs.

    C'est que ce livre a un auteur inhabituel : il est l'uvre de ceux qui ont vcu dans les circonstances extrmes de l'Occupa- tion, il y a cinquante ans, selon les souvenirs qu'ils en gardent aujourd'hui. Il est, de plus, le livre de ceux qui n 'crivent pas de livres et ne tiennent pas de discours publics ; ces personnes, aujourd'hui la retraite, sont d'anciens agriculteurs, artisans, commerants, instituteurs, femmes au foyer. Pendant un an et demi, de mai 1992 novembre 1993, nous avons enregistr les tmoignages de tous ceux qui ont bien voulu se confier nous (on trouvera la liste des tmoins, avec leur date de nais- sance, en fin de volume) ; ensuite nous les avons transcrits, les

  • avons regroups par thmes, en avons cart les digressions et attnu un peu le style oral. L'auteur du livre est donc bien cet tre collectif, une partie importante de la population au centre de la France.

    Mais collectif ne veut pas dire unanime. Il est vrai que sur certains thmes les souvenirs se recoupent, ainsi sur les modifi- cations qui se sont produites dans la vie matrielle ; encore que la condition sociale, la relative richesse ou pauvret, fait voir les choses avec des yeux diffrents. Sur d'autres points au contraire le dsaccord est total et la synthse impossible : on ne saurait rconcilier les maquisards et les miliciens, les perscuts et les perscuteurs. Sur bien d'autres sujets encore les images sont diffrentes mais, plutt que de se contredire, elles se compltent : le point de vue du consommateur n'est pas le mme que celui du producteur, les autochtones ne vivent pas dans le mme monde que les trangers, ni les parents que les enfants. Nous les avons accueillis tous ; le rsultat est une chro- nique polyphonique, un oratorio, qui a le mrite de nous rap- peler le danger des jugements tranchs.

    On pourrait se demander: mais ce que racontent ces tmoins, est-ce, oui ou non, la vrit ? Leurs souvenirs les trompent-ils, nous trompent-ils ou disent-ils vrai ? La rponse cette question n' est pas tout fait simple. D'abord, bien sr, la mmoire humaine est faillible : on peut se tromper de nom, de date, de lieu (mais la raret de ces erreurs-l est surpre- nante). De plus, tres humains imparfaits, nous avons tous tendance tirer la couverture soi. La mmoire humaine n' est pas un compartiment de l'esprit, hermtiquement isol du reste, o nous stockons des informations objectives ; la mmoire de notre pass, c'est une grande part de notre identit prsente, nous n' acceptons donc pas qu 'on y touche sans crier au scan- dale. Nous prfrons nous souvenir du mal qu 'on a subi et du

  • bien qu 'on a fait, nous aimons nous penser soit en victimes, soit en hros.

    Cependant, les inconvnients qui dcoulent de cette situa- tion sont moins grands qu'on pourrait le croire. D'abord nous, auditeurs ou lecteurs d'aujourd'hui, pouvons facilement contrler le ct factuel des rcits, en consultant les archives, la presse de l'poque ou les travaux des historiens. Ensuite, la confrontation de plusieurs rcits sur le mme vnement per- met de dpasser rapidement la partialit de chacun et de dcouvrir des facettes insouponnes de l'exprience, respon- sables de cette diversit. Ainsi, mme les souvenirs qui disent faux nous rvlent une vrit celle de l'exprience vcue par leurs auteurs. Enfin aucun individu n' est entirement prison- nier de son intrt : c'est le propre de l'homme que de pouvoir s'lever au-dessus de sa condition particulire, de se voir comme du dehors, avec ironie ou compassion de se voir, en un mot, avec les yeux des autres. Les inconvnients sont donc limits, alors que les avantages sont incontestables : nous sommes intro- duits ici dans une sphre de l'exprience qui chappe habi- tuellement aux historiens. Les vrais rivaux des tmoins ne sont pas les historiens, mais les romanciers qui recrent, eux aussi, la vie telle qu 'elle est vcue par les individus. Ce livre est, si l'on veut, un roman vrai.

    Pour en rendre la lecture plus aise, nous avons envelopp les fragments de tmoignages par un texte de liaison, imprim en italiques, qui assume plusieurs fonctions. Parfois nous condensons en quelques phrases un, voire deux rcits plus

    1. Le lecteur dsirant trouver d'autres informations sur cette priode peut consulter La France des annes noires, deux volumes publis sous la direction de J.-P. Azma et F. Bdarida, Le Seuil, 1993. Sur l'histoire locale, voir M. Nicault, Le Berry dans la guerre de 1939-1945, Roanne, Horvath, 1986. Sur la premire libration de Saint-Amand, T. Todorov, Une tragdie franaise, Le Seuil, 1994.

  • longs ; d'autres fois nous rappelons un contexte historique sans lequel la comprhension risquerait de rester incomplte; d'autres fois encore, notre texte joue un rle d'articulation et de transition. En aucun cas cependant nous n 'avons voulu porter des jugements ; il ne s'agit pas d'un commentaire moral ou politique.

    Un seul texte figurant ci-aprs ne provient pas des entre- tiens : c'est le tout premier, le rcit d'Andr Tuzet sur la dbcle. Il a t crit par Tuzet peu de temps aprs son vasion du camp de prisonniers, et nous l'avons extrait de son cahier. La raison de ce choix est que Tuzet nous a fait oralement peu prs le mme rcit, son texte s'tant mis la place de son souve- nir. Toutes les autres interventions de Tuzet proviennent de l'entretien avec lui.

    Les noms des tmoins figurent avant ou aprs leurs